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Full text of "De la temperature dans les maladies :"

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DE  LA 


TEMPÉRATURE 


LES    MALADIES 


LIBRAIRIE     F.     Slïl 


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NOUVEAUX  ÉLÉMENTS 

DE    PATHOLOGIE    GÉNÉRALE 


PAR 


ERNEST   WAGNER 

Professeur  ordinaire  de  pathologie  générale  et  d'anatomie  pathologique 
Directeur  de  la  polyclinique  médicale  de  Leipzig 

TRADUITS  DE  L'ALLEMAND  SUR  LA  QUATRIÈME  ÉDITION 

Par    MM.    Charles    DELSTANCHE    et    Eugène    MAHAUX 

DE      BRUXELLES 

1   vol.  grand  in-8  de  600  pnges. 
Prix   :   ©    francs    ' 


DE   L'URINE 

ET    DES     SÉDIMENTS     URINAIRES 

PROPRIÉTÉS  ET    CARACTÈRES    CHIMIQUES 

ET  MICROSCOPIQUES   DES    ÉLÉMENTS   NORMAUX  ET    ANORMAUX    DE    L'URINE 

ANALYSE  QUALITATIVE  ET   QUANTITATIVE  DE   CETTE  SÉCRÉTION 

HESCRIPTION     ET    VALEUR     SÉMÉIOLOGIQUE    DE     SES     ALTÉRATIONS     PATHOLOGIQUES,    ETC. 

PAR 

C.  NEUBAUER  J.    VOGEL 


professeur  de  chimie  et  de  pharmacie 
au  laboratoire  de  Wiesbaden 


directeur  et  professeur  de  médecine 
a  l'Institut  pathologique  de  Halle 


PRÉCÉDÉ    D'UNE    INTRODUCTION 

PAR    R.    FRESENIUS 
Professeur  de  chimie  à  l'université  de  Wiesbaden 

TRADUIT    SUR    LA    CINQUIEME    ÉDITION     ALLEMANDE 
PAR    LU     I>      Ii.     GAUTIER 

1  vol.  grand  in-8,  avec  51  gravures  dans  le  texte  et  4. planches  coloriées. 
Prix  :    IO  francs 


PARIS.    —    1MP.   SIMON    RAÇON    ET    COUP.,    HUE    d'eRFUHTH,    I. 


DE    LA 


TEMPÉRATURE 

dan;5 

LES  MALADIES 


Docteur    C.-A.   WUNDERLICH 

PROFESSE  Un     I)  E     CLINIQUE      MÉDICALE     A     I.  '  U  S  I  V  E  R  S  I  T  É     lï  E     LEIPZIG 

TRADUIT  DE  L'ALLEMAND  SUR  LA  DEUXIÈME  EDITION 

P  A  K 

F.   LABADIE-LAGRAVE 

INTERNE     LAURÉAT    U  E  S   HÔPITAUX    DE     PARIS,    C  II  E  V  A  L  I  E  I!     DE    LA    LÉGION     d'iIONNEI 

PRÉCÉDÉ  D'U\'E  INTRODUCTION 
Par    le    Dr    JAGCOUD 

MÉDECIN   DE   L'HOPITAL   LARIEOISIÉR.E 
PROFESSEUR   AGRÉGÉ   A    LA    FACULTÉ   DE    MÉDECINE   DE    PARIS 


AVEC    4  0    FIGUïïES    DANS    LE    TEXTE 

T  H  OGR A  P 


IAT\0^' 


PARIS 
F.    SAVY,   LIBRAIRE-ÉDITEUR 

21,    RUE    H  A  U  T  E  F  E  U  1 1.  L  E 

1872 


Open  Kno 


Internet  Archive 
wWfùnding  from 

Harvard  Médical  School 


http://www.archive.org/details/delatemperaturedOOwund 


INTRODUCTION 


Mon  cher  ami 


Vous  avez  pensé  que  mes  études  de  thermoscopie, 
et  mes  efforts  persévérai!  s  pour  vulgariser  cette  mé- 
thode d'observation,  me  créent  quelque  compétence 
en  la  matière,  et  voir:  n'avez  demandé  de  présenter 
au  public  médical  français  votre  traduction  de  l'ou- 
vrage de  Wunderlich.  Cette  mission  que  vous  voulez 
bien  m'offrir,  je  l'accepte,  la  tenant  pour  un  honneur, 
et  y  voyant  une  occasion  de  servir  la  cause  du  progrès, 
en  affirmant  une  fois  de  plus  l'admirable  puissance  de 
la  nouvelle  arme  clinique. 

Une  chose  pourtant  m'afflige,  c'est  que  cette  affirma- 
tion puisse  être  jugée  nécessaire  ;  car  il  y  a  dans  ce  fait 


a  INTRODUCTION. 

la  preuve  trop  évidente  que  le  thermomètre  n'a  pas 
encore  conquis  chez  les  praticiens  la  place  qui  lui 
est  due. 

Eh  bien,  je  le  déclare  avec  l'inébranlable  conviction 
que  donne  l'expérience,  cette  place  est  marquée  à  côté 
du  stéthoscope  et  du  plessimètre;  au  point  de  vue  de  la 
pratique  médicale,  la  thermomélrie  clinique  est  le  plus 
grand  progrès  qui  ait  été  réalisé  depuis  la  découverte 
de  l'auscultation  et  de  la  percussion.  Ces  trois  métho- 
des s'adressent  à  des  éléments  pathologiques  différents, 
deux  d'entre  elles  éclairant  les  conditions  organiques 
locales,  la  troisième,  révélant  les  conditions  vitales 
du  malade;  elles  se  complètent  donc  l'une  l'autre 
sans  pouvoir  se  suppléer  :  leur  réunion,  permettez- 
moi  cette  image,  représente  et  constitue  l'arsenal  du 
clinicien. 

Et  remarquez,  je  vous  prie,  mon  cher  ami,  que  par 
un  de  ses  côtés,  la  méthode  thermoscopique  est  plus 
précise,  plus  impeccable  que  ses  aînées  ;  l'observation 
des  phénomènes  physiques,  que  révèlent  la  main  et 
l'oreille,  est  soumise  aux  oscillations  de  la  perceptivité 
sensorielle,  l'observation  des  chiffres  thermiques  ne 
contient  aucune  cause  d'incertitude,  c'est  affaire  d'une 
simple  lecture;  —  les  faits  du  premier  groupe,  une 
fois  constatés,  n'acquièrent  une  valeur  utile  et  vrai- 
ment médicale  que  par  un  travail  d'interprétation, 
pour  lequel  le  médecin  doit  faire  appel  à  l'ensemble 
des  symptômes  présentés  par  le  malade;   car  il  n'est 


INTRODUCTION.  m 

pas  un  de  ces  faits  physiques,  pas  un  seul,  qui  dé- 
montre par  lui-même  et  à  coup  sûr  un  état  univoque  ; 
les  chiffres  du  thermomètre,  une  fois  lus,  révèlent  par 
eux-mêmes,  avec  une  précision  qui  n'a  rien  d'aléatoire, 
la  mesure  de  la  combustion  organique,  et  partant  le 
bilan  du  malade  et  le  degré  du  péril. 

Si  donc  il  est  vrai  de  dire  que  l'auscultation  et  la 
percussion  ont  inauguré  le  diagnostic  physique,  il  n'est 
pas  moins  vrai  d'affirmer  que  l'observation  thermo- 
scopique  a  créé  le  diagnostic  mathématique.  On  a  peine 
à  se  figurer  aujourd'hui,  ou  plutôt  on  se  figure  avec 
effroi  ce  que  serait  la  médecine  privée  des  secours 
qu'elle  doit  à  Laennec  et  à  Auenbrùgger  ;  mais  dans 
peu  d'années,  quand  la  méthode  thermique  imposée 
par  ses  inestimables  services  aura  triomphé  de  l'inertie 
et  de  la  routine,  on  se  demandera  avec  un  étonnement 
empreint  d'une  pitié  rétrospective  ce  que  pouvait  être 
l'observation  des  malades,  alors  qu'elle  manquait  de 
l'appui  de  ce  guide  que  son  infaillibilité  rend  précieux 
entre  tous. 

Abordez,  à  votre  choix,  le  terrain  de  la  science  ou 
celui  de  la  pratique,  et  partout,  vous  trouverez  déjà 
l'empreinte  des  progrès  réalisés. 

L'observation  méthodique  par  le  thermomètre  a  dé- 
montré le  caractère  consomptif  de  la  fièvre;  —  elle  a 
fixé  les  caractères  des  différents  cycles  fébriles,  et  par- 
tant elle  a  fourni  la  preuve  d'une  des  vérités  fonda- 
mentales de  la  pathologie,  savoir  :  la  pérennité  et  l'im- 


iv  INTRODUCTION. 

mutabilité  des  espèces  morbides;  —  elle  a  fixé  la  réa- 
lité et  les  règles  des  crises,  rapides  ou  lentes;  elle  a 
établi  sur  une  base  solide  la  doctrine  hippocratique,  et 
la  science  moderne  a  pu  confirmer  de  la  sorte,  après 
des  milliers  d'années,  les  lois  formulées  par  le  génie 
antique; —  cette  méthode  enfin  a  fait  connaître  l'exis- 
tence de  la  fièvre  dans  des  maladies  réputées  apyré- 
tiques. 

A  ces  notions  d'ordre  scientifique  on  peut  rattacher 
dès  maintenant  des  progrès  pratiques  dont  l'importance 
peut  à  peine  être  mesurée. 

La  démonstration  du  caractère  consomptif  de  toute 
fièvre,  quelle  qu'elle  soit,  devait  introduire  et  a  heu- 
reusement introduit  une  réforme  complète  dans 
le  traitement  des  maladies  aiguës,  et  bien  des  ma- 
lades déjà  ont  dû  la  vie  à  cette  révolution  thérapeu- 
tique. 

Le  nombre  et  la  conformité  des  observations  particu- 
lières ont  permis  d'établir  des  lois  thermoscopiques 
pour  l'évolution  de  chacune  des  maladies  fébriles,  et  la 
connaissance  de  cas  lois  a  apporté  de  nouveaux  et  pré- 
cieux éléments  au  diagnostic  différentiel  des  affections 
pyrétiques. 

L'examen  des  rapports  qui  existent  entre  certains 
chiffres  thermiques  et  certaines  modalités  symptoma- 
tiques  a  appris  que  la  plupart,  sinon  la  totalité  des 
formes  fébriles  dites  ataxiques,  sont  le  résultat  d'une 
hyperthermie  excessive;  cette  notion  positive,  qui  a  pris 


INTRODUCTION.  v 

]a  place  des  concepti  ns  hypothétiques,  a  indiqué  du 
même  coup  la  seule  thérapeutique  rationnelle  :  l'emploi 
des  antithermiques  ou  antipyrétiques  combiné  avec  ce- 
lui des  stimulants,  qu'impose,  ici  comme  toujours,  la 
combustion  fébrile. 

Que  dire  maintenant  des  services  particuliers?  com- 
ment estimer  le  prix  d'une  méthode  qui,  en  dehors  de 
toute  hypothèse,  de  toute  interprétation,  révèle  jour 
par  jour,  heure  par  heure,  au  médecin  la  situation 
exacte  de  son  malade,  et  fournit  ainsi  à  son  pronostic  et 
à  sa  thérapeutique  une  certitude,  qui  a  été  le  but  su- 
prême mais  inaccessible  des  praticiens  de  tous  les 
temps? 

Pour  moi,  en  présence  des  résultats  indéniables  de 
la  thermométrie  clinique,  si  quelque  chose  peut  m'é- 
tonner,  c'est  l'abandon  dans  lequel  elle  est  encore  dé- 
laissée par  la  généralité  de  nos  confrères.  Comment! 
voilà  un  moyen  d'exploration  d'une  simplicité  élémen- 
taire, il  fournit  pour  l'intérêt  du  malade  des  indica- 
tions qu'on  demanderait  vainement  à  une  autre  mé- 
thode, il  donne  à  l'appréciation  médicale  un  point  de 
repère  dont  la  solidité  est  telle  que  les  légitimes  an- 
goisses du  médecin  consciencieux  en  sont  grandement 
atténuées,  et  ce  moyen  n'est  pas  encore  dans  les  mains 
de  tous  !  Mais  c'est  à  ne  pas  croire  !  et  c'est  vraiment 
une  abominable  chose  que  l'étreinte  étouffante  de  la 
routine  ! 

Si  un  tel  état  de  choses  a  pu  subsister,  alors   que  la 


vi  INTRODUCTION. 

thermométrie  en  voie  d'évolution  était  réduite  à  en- 
registrer les  résultats  des  observations  particulières,  il 
doit  disparaître  aujourd'hui  que  l'analyse,  patiemment 
poursuivie  pendant  vingt-cinq  années,  a  fait  place  à  une 
synthèse  féconde  dont  les  fruits  sont  accessibles  à  l'uni- 
versalité des  médecins.  Du  moment  que  la  méthode  est 
démontrée  utile  pour  le  malade,  de  quel  droit,  je  le  de- 
mande, la  restreindrait-on  à  l'observation  hospitalière? 
Agir  de  la  sorte,  en  invoquant  je  ne  sais  quelles  diffi- 
cultés d'application,  serait  une  faute,  pour  ne  rien 
dire  de  plus;  il  faut  que  le  thermomètre  prenne  une 
place  définitive  dans  la  pratique  générale,  et  pour 
cela  deux  choses  seulement  sont  nécessaires  :  un 
procédé  convenable  d'observation, —  un  livre  qui  ex- 
pose avec  clarté  les  principes  et  les  acquisitions  de  la 
méthode. 

L'exploration  axillaire  répond  a  toutes  les  exigences 
delà  clinique;  les  médecins  qui  veulent  s'en  tenir  à  l'ex- 
ploration cavitaire  ont  vraisemblablement  pour  dessein 
de  discréditer  la  thermométrie  ou  de  la  confiner  entre 
leurs  mains.  —  Autre  chose  en  effet  est  l'expérimenta- 
tion scientifique,  autre  chosel'observation  médicale  pure; 
pourvu  que  l'on  ait  soin  d'user  toujours  du  même 
thermomètre  pour  le  même  malade,  d'en  faire  l'ap- 
plication toujours  aux  mêmes  heures  et  pendant  la 
même  durée,  tout  ce  qui  est  vraiment  utile  se  trouve 
réalisé. 

Le  livre,  le  voici  ;  c'est  celui-là  même  que  vous  pré- 


INTRODUCTION.  vu 

sentez  aujourd'hui  aux  médecins  français  ;  c'est  le 
code  de  la  thermométrie  clinique,  établi  sur  des  mil- 
liers de  faits  par  un  observateur  attentif  et  con- 
sciencieux que  j'ai  pu  voir  à  l'œuvre,  il  y  a  tantôt  dix 
années,  alors  que  déjà  il  réunissait  les  matériaux  de 
cette  œuvre,  si  petite  par  le  volume,  si  grande  par  la 
richesse. 

En  transportant  ce  livre  dans  notre  langue,  sous  la 
forme  élégante  et  facile  qui  vous  est  habituelle,  vous 
supprimez  le  dernier  obstacle  à  la  vulgarisation  de  la 
méthode,  et  vous  acquérez  un  titre  sérieux  à  la  recon- 
naissance de  tous  les  amis  du  progrès. 

Je  ne  puis  vous  celer  pourtant  un  danger  auquel 
vous  vous  êtes  exposé  :  ce  travail,  qui  vous  a  coûté 
tant  de  veilles,  vous  vaudra  peut-être  le  blâme  de  quel- 
ques critiques  superficiels  ;  on  vous  reprochera  d'avoir 
accordé  l'hospitalité  de  notre  langue  universelle  à  un 
livre  de  provenance  allemande;  on  vous  accusera  de 
n'avoir  pas  compris  que  nous  devons  aujourd'hui, 
plus  que  jamais,  nous  suffire  à  nous-mêmes,  et  l'on  ira 
peut-être  jusqu'à  voir  dans  votre  traduction  la  preuve 
d'un  injuste  dédain  pour  les  travaux  français. 

Ne  vous  laissez  point  émouvoir  par  ces  plaintes  ou 
par  ces  malveillantes  insinuations.  Il  est  des  attaques 
qui  honorent  ceux  qui  les  subissent;  il  est  des  périls 
que  l'on  peut  affronter  sans  grande  témérité  ;  permettez 
en  effet  à  mon  expérience  de  vous  éclairer  sur  ce 
point  Parmi  ces  critiques  qui  portent  les  questions  de 


vin  INTRODUCTION. 

science,  sur  un  terrain  auquel  elles  doivent  rester  étran- 
gères, les  uns,  c'est  le  plus  grand  nombre,  sont  inté- 
ressés dans  le  procès;  car,  s'ils  prennent  le  masque  du 
patriotisme,  c'est  pour  dissimuler  leur  paresse  ou  pour 
cacher  leur  impuissance;  pour  ceux-là,  vous  savez 
la  seule  réponse  qui  convient.  Quant  à  ceux  qui  expri- 
meraient par  hasard  une  conviction  sincère,...  la 
science  peut  avoir  ses  Prudhomme...  renvoyez-les  à 
ces  pages  éloquentes  qu'a  écrites,  en  tête  de  la  première 
édition  française  de  l'ouvrage  de  Niemeyer,  un  maître 
dont  nous  aimons  tous  à  invoquer  la  légitime  autoriié, 
dites-leur  de  lire  et  de  méditer  cette  préface  de  M.  le 
professeur  Béhier  ;  ils  y  verront  démontrés,  par  sa  voix 
persuasive,  les  dangers  de  l'isolement,  la  nécessité 
d'une  pondération  constante  entre  les  travaux  de  toute 
origine,  et  la  suprématie  du  progrès  sur  toutes  les  autres 
considérations.  Que  si,  en  raison  des  événements  qui  ont 
surgi  depuis  lors,  cette  lecture  salutaire  n'entraîne  pas 
la  conversion  de  ces  confrères  inquiets,  demandez-leur 
à  votre  tour  quel  st  le  médecin  qui  sert  le  mieux  son 
pays,  de  celui  qui  l'appauvrit  en  le  privant  de  propos 
délibéré  d'une  classe  entière  de  revenus  scientifiques, 
ou  de  celui  qui  consacre  ses  efforts  à  ajouter  aux 
richesses  indigènes  la  totalité  des  acquisitions  étran- 
gères. 

Posée  en  ces  termes,  et  c'est  ainsi  vraiment  qu'elle 
doit  être  formulée,  la  question,  je  pense,  est  résolue. 

Soyez  donc  sans  inquiétude,  mon  cher  ami,  restez 


INTRODUCTION  .   ,x 

fort  de  l'utilité  de  votre  œuvre,  et  rappelez-vous  que  si 
l'admirable  doctrine  du  poëte 

Homo  sum,  nihil  humani  a  me  alienum  puto. 

est  vraie  pour  l'homme  en  général,  elle  l'est  plus  encore 
pour  le  médecin,  dont  elle  doit  être  le  premier  guide. 

S.  JACCOUD. 


Pans,  3  mai  1872 


PRÉFACE 


Que  mes  lecteurs  veuillent  bien  me  permettre  de  faire 
précéder  mon  travail  d'une  courte  préface. 

Depuis  seize  ans,  je  n'ai  pas  cessé  de  porter  mon  atten- 
tion sur  les  modalités  de  la  température  dans  les  mala- 
dies. Chez  tous  les  malades  de  ma  clinique,  des  mensu- 
rations thermométriques  sont  faites  régulièrement  deux 
fois  par  jour;  dans  les  cas  d'affections  fébriles,  la  tempé- 
rature est  prise  quatre  ou  huit  fois  dans  la  journée,  et 
même  plus  souvent  si  les  circonstances  l'exigent. 

J'ai  acquis  aussi  la  conviction,  par  de  fréquents  essais, 
que  cette  méthode  d'exploration  est  également  appli- 
cable aux  malades  soignés  à  domicile.  J'ai  ainsi  recueilli 
peu  à  peu  des  millions  de  mensurations  thermométriques 
et  j'ai  pu  même  suivre  l'évolution  complète  de  la  tempé- 
rature dans  des  milliers  de  cas  morbides.  Plus  mes  ob- 
servations se  sont  multipliées,  plus  je  me  suis  pénétré  de 
la  valeur  incontestable  de  ce  nouveau  moyen  d'explora- 
tion, qui  fournit  à  la  clinique  des  données  à  la  fois  si 
exactes  et  si  sûres. 

Bien  des  résultats  de  ces  observations  ont  déjà  été  pu- 


xn  PREFACE. 

bliés,  soit  par  moi-même,  soit  par  mes  internes  et  par  les 
élèves  de  mon  service. 

Cédant  aux  nombreuses  et  pressantes  instances  qui 
m'ont  été  adressées,  je  me  suis  enfin  décidé  à  publier  le 
résultat  de  mes  recherches  et  à  exposer  en  détail  l'en- 
semble de  mes  travaux. 

Je  ne  me  dissimule  pas  cependant  la  difficulté  de  ma 
tâche  ;  car  je  me  vois  obligé  d'exposer  d'une  façon  claire 
et  rigoureuse  un  ensemble  de  faits  multiples  et  variables, 
et  de  tirer  des  conclusions  générales  et  positives  d'une 
série  de  cas  particuliers,  dont  le  nombre  est  si  consi- 
dérable qu'il  serait  impossible  de  les  exposer  un  à  un 
et  de  les  étudier  séparément.  Je  n'ai  pu  me  dispenser 
de  traiter  dans  cet  ouvrage  les  questions  théoriques  qui 
se  rattachent  à  la  température  humaine,  mais  mon  prin- 
cipal lut  ,  été  d'écrire  un  livre  essentiellement  pratique, 
et  de  mettre  en  relief  l'incontestable  utilité  de  l'examen 
thermométrique. 

La  connaissance  des  modifications  de  la  température 
dans  les  maladies  est  non-seulement  utile,  mais  même 
indispensable  au  médecin.  En  effet  : 

1°  Tout  phénomène  morbide  mérite  d'être  connu  et 
observé; 

^La  température  du  corps  humain  peut  être  appréciée 
avec  précision  et  exactitude  ; 

5°  Elle  ne  peut  être  ni  simulée  ni  dissimulée  ; 

4°  Tout  écart  brusque  de  la  température  permet  aussitôt 
de  conclure  à  l'existence  d'un  dérangement,  d'un  trouble 
morbide  quelconque; 


P11EFACE.  xm 

5°  Un  certain  degré  d'élévation  dans  la  température  est 
l'indice  de  l'état  fébrile  ; 

6°  L'augmentation  thermique  est  souvent  proportion- 
nelle au  degré  et  à  la  gravité  de  la  maladie  ; 

7°  L'observation  thermométrique  sert  à  découvrir  et  à 
apprendre  les  lois  qui  régissent  l'évolution  de  certaines 
formes  morbides  ; 

8°  En  faisant  constater  la  marche  régulière  et  normale 
de  certaines  de  ces  formes  morbides,  la  thermométrie  fa- 
cilite ou  soutient  le  diagnostic  en  lui  donnant  plus  de 
précision  et  de  sûreté  ; 

9°  L'examen  thermoscopique  indique  avec  autant  de 
promptitude  que  de  précision  les  écarts  survenus  dans 
la  marche  régulière  de  la  maladie  ; 

10°  Les  modalités  de  la  température  dans  le  cours  d'une 
maladie  en  font  aussi  connaître  les  recrudescences  ou 
les  amendements; 

11°  La  thermométrie  peut  ainsi  contrôler  les  résultats 
thérapeutiques; 

12°  Elle  est  susceptible  d'appeler  l'attention  sur  des 
influences  nocives  qui  pourraient  avoir  agi  sur  les  ma- 
lades dans  le  cours  de  leur  maladie  ; 

13°  Elle  marque  la  transition  d'un  stade  morbide  à  un 
autre,  et  notamment  dans  la  période  de  décroissance  ; 

14°  Elle  permet  de  reconnaître  le  moment  où  la  guéri- 
son  s'annonce  et  celui  où  elle  est  achevée  ; 

15°  Elle  fait  découvrir  les  troubles  d'une  convalescence 
irrégulière  et  imparfaite  ; 

16°  Elle  révèle  aussi  la  tendance  de  la  maladie  vers  une 
issue  léthale; 


xiv  PREFACE. 

17°  Elle  annonce  souvent  avec  une  extrême  précision 
le  moment  où  le  malade  a  perdu  toute  chance  de  salut  ; 
elle  dicte,  en  un  mot,  un  pronostic  fatalement  mortel  ; 

18°  Elle  fournit  enfin  une  preuve  certaine  de  la  mort 
réelle. 

J'aurai  atteint  le  but  que  je  me  propose  dans  ce  livre  si 
je  réussis  à  convaincre  mes  lecteurs  de  l'exactitude  de 
ces  conclusions,  et  si  je  puis  fournir  à  mes  confrères  un 
guide  sur  pour  l'application  des  données  thermométri- 
ques, en  un  mot  un  bon  manuel  de  thermométrie  patho- 
logique. 

Dr    WUNDERL1CH. 

Leipzig,  mars  1868. 


AVANT-PROPOS 

DE    LA    DEUXIÈME    ÉDITION 


Dans  cette  deuxième  édition  de  mon  livre,  devenue 
nécessaire,  je  me  suis  efforcé  de  revoir  attentivement  le 
texte  en  comparant  de  nouveau  et  avec  la  plus  grande 
attention  les  déductions  émises  et  les  faits  recueillis; 
j'y  ai  ajouté  en  outre  un  assez  grand  nombre  d'observa- 
tions nouvelles  faites,  soit  par  moi,  soit  par  d'autres. 

J'espère  ainsi  que  mon  ouvrage  n'aura  pas  seulement 
été  augmenté,  mais  encore  amélioré,  et  que  la  nouvelle 
édition  recevra  un  accueil  aussi  favorable  que  celui  qui 
a  été  fait  à  la  première. 

w. 

Leipzig,  février  1870. 


DE   LÀ 


TEMPÉRATURE 


DANS  LES  MALADIES 


"M      \Â TiZ? 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES 

f 
T  *< 

§1. 

Deux  principes  fondamentaux  et  irrécusables  justifient  la  recher- 
che de  la  chaleur  propre  des  malades  et  font  même  un  devoir  de  la 
constater  en  établissant  la  valeur  de  l'examen  thermométrique  : 

En  premier  lieu,  en  effet,  à  l'état  de  santé,  l'homme  possède 
une  température  qui  reste  à  peu  près  constamment  égale  dans  tous 
les  cas,  à  tous  les  âges,  dans  toutes  les  conditions  et  sous  toutes 
les  influences,  pourvu,  toutefois  que  celles-ci  ne  le  rendent  pas 
malade. 

Outre  ce  premier  fait  de  la  température  constante  de  l'homme 
sain,  il  en  est  un  autre  non  moins  important  :  c'est  la  variabilité 
de  la  température  de  l'homme  malade  ;  en  d'autres  termes  la  cha- 
leur propre  d'un  individu  malade  s'écarte  souvent  du  niveau  habi- 
tuel de  la  température  à  l'état  de  santé. 

4 


PROPOSITION  S  FONDAMES  TALES . 


2. 


La  température  du  corps  humain,  dans  ses  parties  internes  ou 
sur  des  points  de  sa  surface  complètement  recouverts  et  protégés, 
présente  à  l'état  normal  une  moyenne  qui  varie  de  57°  à  57°  5 
(=29°, 6  —  50°  R.),  suivant  l'endroit  ou  a  été  pratiquée  la  men- 
suration. Ainsi,  dans  le  creux  axillaire  bien  fermé,  elle  est  en 
général  de  57°  ;  dans  le  rectum  et  dans  le  vagin  elle  atteint  quel- 
ques dixièmes  de  degré  en  sus. 


La  température  normale  de  l'homme  sain  peut  être  considérée 
comme  à  peu  près  invariable  et  constante,  quoique,  dans  le  courant 
de  la  journée,  elle  présente  quelques  variations  spontanées,  mais 
celles-ci  dépassent  rarement  un  demi-degré  chez  le  môme  individu. 
Certains  états  anomaux,  en  tant  qu'ils  ne  constituent  pas  encore 
des  troubles  morbides,  aussi  bien  que  les  influences  extérieures 
qui  n'ont  pas  immédiatement  altéré  la  santé,  peuvent  produire 
des  écarts  de  température  un  peu  plus  considérables,  mais  ils  sont 
toujours  insignifiants  et  ne  doivent  pas  entrer  en  ligne  de  compte. 

Lorsque  la  température  de  la  cavité  axillaire  s'élève  au-dessus 
de  57°, 5,  (50. R.)  ou  descend  au  delà  de  56°25  (29°R),  ces  varia- 
tions, qu'elles  soient  survenues  spontanément  ou  qu'elles  aient  été 
produites  par  toute  autre  influence,  n'en  sont  pas  moins  toujours 
très-suspectes.  Ce  n'est  que  dans  des  cas  tout  à  fait  exceptionnels 
que  l'on  peut  considérer  comme  normal  un  écart  de  température 
plus  grand  encore. 

Une  température  conservant  son  niveau  normal  et  se  maintenant 
en  équilibre  sous  les  influences  diverses  est-habituellement  l'indice 
d'une  bonne  santé. 

3  4. 

Tout  individu  présentant  une  température  normale  n'est  pas 
nécessairement  bien  portant,  mais  celui  dont   la  température 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  3 

dépasse  ou  n'atteint  pas  les  limites  de  la  normale  peut  être  con- 
sidéré comme  malade. 


La  température  des  malades  a  aussi  sa  limite  définie  et  infran- 
chissable. —  Les  différentes  températures  observées  chez  l'homme 
vivant  se  meuvent  dans  un  cycle  de  12  à  13  degrés.  C'est-à-dire 
entre  44°, 75  (55°, 8  R.),  terme  extrême  exprimant  la  température 
la  plus  haute  observée  pendant  la  vie  et  à  peu  près  52°  (25°, 6) 
comme  limite  la  plus  basse,  qui,  du  reste,  ne  me  paraît  pas  avoir 
jamais  été  atteinte. 

Mais  il  est  excessivement  rare  que  le  niveau  thermique  dépasse 
45°  (54°,4  R.)  et  descende  au-dessous  de  55°  (26°, 4  R.). 

Ainsi  donc,  abstraction  faite  des  cas  absolument  exceptionnels, 
la  température  de  l'homme  vivant  n'oscille,  même  dans  les  mala- 
dies les  plus  graves  qu'entre  55°  et  42°,5  (28°  — 54°,4R.). 

§  6. 

Les  modifications  thermiques  ont  toujours  une  cause  et  une 
signification.  —  Leur  début,  leur  intensité,  leur  marche  et  leur 
disparition  même  fournissent  de  précieux  renseignements. 

Un  certain  nombre  d'écarts  de  température  peuvent  déjà  être 
soumis  à  des  lois  rigoureuses  (Ttiermonomie  pathologique)  ;  mais 
celles-ci  deviennent  parfois  méconnaissables,  parce  que,  dans  les 
maladies  encore  plus  que  dans  l'état  de  santé,  la  température  est  le 
résultat  'de  facteurs  multiples  différents  et  en  partie  opposés  les 
uns  aux  autres. 

En  dehors  des  processus  plus  ou  moins  morbides  dont  le  corps 
humain  peut  être  le  siège,  il  est  en  outre  des  influences  acciden- 
telles agissant  sur  le  malade  et  des  circonstances  accessoires  qui 
peuvent  aussi  modifier  sa  température. 


Les  influences  qui  ne  troublent  en  aucune  façon  la  température 
chez  un  homme  sain  peuvent  exercer  sur  elle  une  action  manifeste 


4  PROPOSITIONS  FONDAMENTALES, 

lorsqu'il  existe  un  état  physique  morbide,  que  ce  dernier  ait  ou 
non  produit  des  modifications  thermiques  antérieures.  La  variabi- 
lité de  la  température  selon  les  influences  extérieures  est  donc  un 
signe  d'un  trouble  pathologique. 

En  constatant  des  variations  thermiques  qui  dépassent  le  niveau 
normal  habituel  on  peut  ainsi  reconnaître  ou  confirmer  l'exis- 
tence d'un  état  morbide  souvent  encore  latent,  chez  des  sujets 
jouissant  en  général  d'une  température  moyenne  constante. 


Les  écarts  de  température  peuvent  se  borner  à  certaines  parties 
du  corps  qui  sont  le  siège  d'un  processus  morbide,  tandis  que  la 
température  générale  ne  subit  à  peu  près  aucune  modification. 

Ces  écarts  thermiques  limités  aux  parties  attaquées  n'ont  pas 
une  grande  signification  pratique.  Ils  consistent  tantôt  en  une  élé- 
vation très-faible  dépassant  rarement  un  degré,  tantôt  en  un  léger 
abaissement  de  la  température  d'un  endroit  plus  ou  moins  cir- 
conscrit. 

Ces  modifications  topiques  sont  sans  exception  compliquées 
d'autres  phénomènes  sur  lesquels  on  peut  fonder  un  jugement  à 
la  fois  plus  sur  et  plus  rapide  et  qui  sont,  par  conséquent,  d'une 
valeur  plus  grande  au  point  de  vue  pratique.     - 

§  9. 

La  température  générale  du  corps  (chaleur  propre  du  sang),  telle 
qu'elle  est  indiquée  par  le  thermomètre  appliqué  sur  des  parties 
superficielles,  mais  parfaitement  abritées  et  ne  présentant  aucune 
lésion  locale,  cette  température  générale,  dis-je,  est  l'expression 
d'un  ensemble  de  processus  qui,  d'une  part,  produisent  de  la  cha- 
leur (processus  chimiques  —  oxydations  —  échanges  nutritifs)  et 
qui,  d'autre  part  favorisent  la  déperdition  du  calorique  (réfrigéra- 
tion par  différents  appareils,  —  transformation  de  la  chaleur  en 
mouvement). 

Quelque  multiples  que  soient  les  combinaisons  de  ces  divers 
processus,  quelques  variables  et  changeantes  que  puissent  être  leur 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  5 

action  et  leur  intensité,  quoiqu'ils  soient  soumis  enfin  aux  éven- 
tualités les  plus  nombreuses,  l'expérience  prouve  cependant  que, 
non-seulement  le  résultat  final,  c'est-à-dire  le  degré  de  température 
reste  à  peu  près  au  même  niveau  à  l'état  sain,  mais  aussi  que  les 
écarts  thermiques  dans  les  maladies  constituent  le  moyen  relati- 
vement le  plus  sûr  pour  contrôler  et  apprécier  le  degré  d'altération 
de  l'organisme. 

Les  modifications  de  la  température  coïncident,  il  est  vrai,  avec 
d'autres  troubles  fonctionnels  et  organiques,  mais  aucun  d'eux  ne 
se  laisse  déterminer  et  mesurer  avec  la  même  précision  et  la  même 
exactitude  que  la  température. 

Aucun  ne  retrace  aussi  fidèlement  le  tableau  de  la  maladie  et 
n'est  aussi  conforme  à  son  évolution  morbide  :  il  n'en  est  pas  de 
moins  accessible  aux  influences  accidentelles  et  aux  différentes 
circonstances  accessoires  qui  peuvent  survenir  ;  enfin,  les  modifi- 
cations de  la  température  précèdent  très-souvent  tout  autre  phé- 
nomène et  se  manifestent  avant  même  que  la  maladie  ne  devienne 
appréciable  à  l'observation. 

§  io. 

La  température  générale  du  corps  peut  rester  normale  dans 
les  maladies  ou  bien  subir,  soit  une  augmentation,  soit  un  abais- 
sement, et  présenter  en  outre  une  répartition  inégale  suivant  les 
différents  points. 

La  température  normale  ne  doit  être  regardée  dans  les  maladies 
que  comme  un  signe  relatif;  elle  permet  d'exclure  d'emblée 
certaines  formes  morbides,  mais  n'autorise  jamais  à  poser  un 
diagnostic  précis  et  définitif. 

L'abaissement  de  la  température  au-dessous  de  son  degré  nor- 
mal ne  se  rencontre  d'une  façon  persistante  que  dans  un  petit 
nombre  d'états  morbides  ;  mais  elle  peut  se  montrer  passagère- 
ment dans  beaucoup  de  conditions,  soit  favorables,  soit  fâcheuses. 

Il  en  est  presque  de  même  pour  l'inégale  distribution  de  la 
température  à  la  surface  du  corps,  quoique  cette  dernière  ait  une 
signification  plutôt  favorable. 


6  PROPOSITIONS  FONDAMENTALES. 

L'augmentation  anomale  de  la  température  fournit  les  éléments 
les  plus  précieux  et  les  plus  importants  pour  le  diagnostic  et  le 
pronostic. 

§  H. 

Les  conditions  anomales  do  la  température,  pourvu  qu'elles  ne 
soient  pas  trop  éphémères,  sont  ordinairement  en  connexion  intime 
avec  certaines  modalités  générales  de  l'organisme. 

Une  rapide  augmentation  de  la  chaleur  du  tronc  coïncidant  avec 
un  refroidissement  ou  une  température  normale  des  mains,  des 
pieds,  du  nez  et  du  front,  se  rattache  habituellement  à  de  vives 
sensations  de  froid  (Frisson  fébrile) . 

Une  élévation  de  température  plus  ou  moins  continue  et  assez 
considérable  pour  atteindre  ou  dépasser  58°, 5  (58°  R)  est  le  plus 
souvent  compliquée  de  sensations  subjectives  de  chaleur,  de  lassi- 
tude, de  soif,  de  céphalalgie,  puis  d'accélération  du  pouls  et,  après 
une  durée  plus  longue,  de  diminution  du  poids  du  corps  (Chaleur 
fébrile) . 

Une  diminution  considérable  de  la  chaleur  des  extrémités  et  du 
visage  ou  des  autres  parties  découvertes  du  corps  avec  une  tem- 
pérature du  tronc  élevée  ou  même  basse  est  souvent  compliquée 
de  petitesse  du  pouls  avec  altération  des  traits,  sentiment  de  fai- 
blesse, tendance  à  la  syncope,  sueurs  profuses  mais  localisées  de 
préférence  aux  parties  froides  de  la  peau  (Collapsus) . 

§  12. 

La  grandeur  des  écarts  de  température,  leurs  connexions  et 
leurs  changements  dans  le  cours  d'une  maladie  sont  dans  bien  des 
cas,  déterminés  par  la  nature  même  de  celle-ci,  quoiqu'elle  soit 
souvent  modifiée  par  des  causes  accidentelles. 

Ce  fait  est  d'autant  plus  vrai  que  les  processus  morbides  sont 
plus  typiques  et  mieux  développés.  —  A  beaucoup  de  formes 
spéciales  de  maladies  correspondent  des  types  thermiques  fixes.  — 
Telles  sont  les  formes  morbides  que  l'on  peut  aussi,  pour  d'autres 
raisons,  appeler  typiques.  Par  contre,  il  en  existe  d'autres  qui  sont 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  7 

atypiques  et  dans  lesquelles  la  température  manque   de  régu- 
larité. 

La  limite  de  la  typicité  et  de  Yatypie  n'est  cependant  pas  nette 
et  sans  transition:  un  certain  nombre  d'affections  morbides  se 
tiennent  pour  ainsi  dire  sur  la  limite  et  sont  plus  ou  moins 
approximativement  typiques. 

Nous  rangeons  dans  les  formes  morbides  sûrement  typiques, 
c'est-à-dire  parmi  celles  où  le  type  caractéristique  est  facile  à 
reconnaître  dans  presque  tous  les  cas  et  ne  présente  aucune  dévia- 
tion importante  :  le  typhus  abdominal,  le  typhus  exanthématique, 
la  fièvre  récurrente,  la  variole,  la  rougeole  et  la  scarlatine,  la  pneu- 
monie primitive  croupale  et  lobaire  et  les  fièvres  paludéennes  au 
début. 

Le  groupe  des  formes  morbides  approximativement  typiques  se 
laisse  moins  exactement  délimiter  :  on  peut  encore,  il  est  vrai,  en 
abstraire  des  types  caractéristiques,  mais  ceux-ci  sont  déjà  en  par- 
tie effacés  et  déformés  et  leur  régularité  n'est  parfaite  que  dans 
certains  stades  de  la  maladie.  Cependant  nous  citerons:  la  vari- 
celle, la  roséole,  la  lièvre  éphémère,  la  pyémie  et  la  septicémie, 
l'érysipèle  de  la  face,  les  inflammations  catarrhales  aiguës,  l'an- 
gine tonsillaire,  le  rhumatisme  polyarticulaire  aigu,  l'ostéomyélite, 
la  méningite  de  la  base  et  de  la  convexité,  la  méningite  cérébro- 
spinale, les  oreillons,  la  pleurésie,  la  tuberculose  aiguë,  les  né- 
vroses à  issue  fatale,  dans  leur  dernière  stade,  et  la  trichinose. 

Un  troisième  groupe  comprend  les  maladies  qui,  sous  d'autres 
rapports,  montrent,  il  est  vrai,  un  type  déterminé,  mais  qui  ont 
d'ordinaire  une  marche  apyrétique  et  clans  lesquelles  cependant  la 
fièvre  quand  elle  survient,  suit  habituellement  un  cours  régulier; 
ici  se  placent  en  premier  lieu  :  le  choléra,  l'empoisonnement  aigu 
parle  phosphore,  la  stéatose  aiguë  généralisée,  la  syphilis. 

Dans  les  maladies  généralement  atypiques,  il  peut  y  avoir  de 
temps  en  temps  ou  dans  des  cas  spéciaux,  quelques  analogies 
passagères  avec  les  formes  typiques.  C'est  ce  qui  se  voit  dans  la 
diphthérite,  la  dysenterie,  la  péricardite  et  la  péritonite,  ainsi  que 
dans  les  cas  de  suppuration  aiguës  et  chroniques,  et  de  phthisie. 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES. 


15. 


Quelques  formes  morbides  spéciales  ne  montrent  d'ordinaire 
qu'un  seul  et  unique  type  de  température  :  ce  sont  les  formes 
monotypiques.  D'autres  présentent  plusieurs  types  subordonnés  à 
leur  intensité  et  à  certaines  conditions  particulières  :  formes  pohj- 
typiques  ou  pléotypiques.  Grâce  à  la  thermométrie,  il  est  aisé  de 
reconnaître  et  d'apprécier  plus  exactement  qu\à  l'aide  de  tout 
autre  moyen  d'observation,  le  type  des  formes  morbides  [quand 
il  existe  isolé]  et  de  mieux  analyser  les  cas  où  le  type  est  multiple 
et  complexe. 

Les  maladies  pléotypiques  franches,  avec  accentuation  bien 
marquée  de  chacun  de  leurs  types,  sont  :  la  variole,  le  typhus 
abdominal,  la  scarlatine,  la  pneumonie,  les  fièvres  intermittentes 
paludéennes. 

Un  pléotypisme  plus  étendu  encore,  mais  avec  des  formes  plus 
effacées,  se  rencontre  dans  les  maladies  dont  la  marche  n'est  elle- 
même  qu'approximativement  typique. 

I  14. 

,  Toute  forme  morbide,  quelque  fixes  que  soient  les  types,  peut 
présenter  dans  certains  cas  des  écarts  et  des  irrégularités  qui 
dépendent  de  conditions  individuelles  durables  ou  temporaires, 
d'influences  extérieures  accidentelles  ou  thérapeutiques  pouvant 
exercer  une  action  favorable  ou  nuisible,  ou  bien  enfin  de  com- 
plications intercurrentes.  Ces  irrégularités  ne  sont  pas  illimitées 
et  leur  caractère  aussi  bien  que  leur  étendue  peuvent  toujours 
être  déterminés.  C'est  par  la  thermométrie  qu'il  est  permis  de  les 
juger,  de  les  préciser  nettement  et  de  les  rapporter  à  leurs  véri- 
tables causes. 

C'est  encore  par  son  utile  intervention  qu'il  est  possible  de 
déterminer  le  moment  précis  où  un  état  morbide  devenu  pas- 
sagèrement irrégulier  reprend  son  cours  normal  et  son  caractère 
propre. 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES, 


15. 


L'observation  isolée  et  unique  d'une  élévation  de  température 
anomale  (quelque  grand  que  soit  l'écart  entre  celle-ci  et  la  tem- 
pérature ordinaire  de  l'homme  sain)  ne  suffit  pas  à  elle  seule  pour 
faire  reconnaître  la  nature  d'une  maladie  ;  elle  indique  seulement  : 

1°  Que  l'individu  est  malade  ; 

2°  Qu'il  a  de  la  fièvre,  si  l'élévation  de  la  température  est 
notable  ; 

3°  Que  sa  vie  est  en  danger,  si  les  températures  sont  extrêmes. 

On  peut  attribuer  aux  températures  isolées  (prises  dans  l'ais- 
selle) la  signification  suivante,  tout  en  ne  la  considérant  que 
comme  purement  conventionnelle  : 

A.  Températures  très-basses  et  de  beaucoup  au-dessous  de 
la  normale.  —  Températures  de  collapsus  (au-dessous  de  56° 
(28%8'R.j: 

a.  Collapsus  profond,  léthal,  très-algide,  au-dessous  de  55°, 5 
(26\8R.); 

b.  Collapsus  algide,—  de  55°, 5  à  55°  (26°,8  à  28°R.).  Dans  ce 
cas,  le  péril  est  extrême,  mais  la  vie  peut  être  conservée; 

c.  Collapsus  modéré,  —  de  55°  à  56°  (28°  à  28°, 8  R.).  Celui-ci 
n'offre  pas  en  lui-même  de  danger. 

B.  Températures  normales  ou  presque  normales  : 

a.  Température  sous -normale,  =:  de  56°  à  56°, 5  (28°,  8  à 
29°,2R.). 

b.  Température  normale  confirmée,  ==  de  56°, 6  à  57°, 4  (29°, 5 
à29°,9R.). 

c.  Température  sous-fébrile,  ==  de 57°, 5  à  58° (=  50°  à  50°, 4R.) , 

C.  Températures  fébriles  : 

a.  Léger  mouvement  fébrile:  58°—  38°,4(=:50o,4— 30°,7R.). 

b.  Fièvre  modérée  :  38°, 5  —39°  (=  30°, 8  —  31°, 2  R.),  le  matin 
et  jusqu'à  59°, 5  (=  51°,6R.)  le  soir. 


10  PROPOSITIONS  FONDAMENTALES. 

c.  Fièvre  forte  :  Jusqu'à  59°, 5  (51°, 6  R.)  le  matin  et  jusqu'à 
40°, 5  (=32°,4R.)lesoir. 

D .  Temp  ératures  hyperpyrétiques  =  42°  e  t  au-dessus  (=55° ,  6  R .  ) . 

Dans  tous  les  cas  connus  jusqu'à  ce  jour,  à  l'exception  du  typhus 
récurrent,  elles  atteignent  une  issue  fatale  ' . 

§  16. 

Une  seule  mensuration  thermométrique  faite  sur  un  malade 
permet  déjà  de  déterminer  la  nature  de  sa  maladie  si  l'on  a  soin 
de  constater  les  autres  phénomènes  qu'il  présente,  ou  bien  de  con- 
clure à  l'absence  des  formes  morbides  supposées  d'ailleurs. 

En  tenant  compte  du  diagnostic  de  la  maladie  obtenu  par  une 
autre  voie,  la  seule  constatation  de  la  température  du  malade 
peut  déjà  décider  de  la  légèreté  ou  de  la  gravité  de  sa  maladie 
alors  même  que  le  degré  marqué  par  le  thermomètre  n'est  pas 
extrême  et,  partant,  n'implique  pas  encore  un  danger  immédiat. 

g  17. 

La  température  dans  les  maladies  est  soumise  à  des  variations 
comme  elle  en  offre  aussi  à  l'état  normal  dans  le  courant  du  nycli- 
thémère.  —  Les  fluctuations  thermiques  diurnes  sont  d'ordinaire 
beaucoup  plus  marquées  chez  les  malades  que  chez  les  individus 
sains.  Elles  suivent  habituellement  des  règles  qui,  d'une  part, 
sont  applicables  d'une  façon  générale  à  toutes  les  maladies  fébriles 
et,  d'autre  part,  sont  déterminées  par  la  forme,  la  période  et  le 
degré  de  la  maladie  ;  et  varient  suivant  son  augment,  son  déclin 
ou  sa  crise.  —  Toutefois,  le  cycle  de  la  température  quotidienne 
peut  faire  quelques  infractions  à  ces  règles.  —  Ces  écarts  dépen- 
dent tantôt  de  conditions  individuelles  ou  de  l'irrégularité  dans  la 
marche  de  la  maladie,  tantôt  de  complications  intercurrentes  ou 
d'exacerbations  subites,  tantôt  enfin  de  tout  autre  phénomène  : 
de  la  constipation,  de  la  diarrhée,  de  la  diurèse,  de  pertes  de  sang 

1  Avec  une  extrême  probabilité. 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  \\ 

spontanées  ou  artificielles,  de  sueurs  prôfuses,  d'excès  ou  de  fati- 
gues physiques,  d'excitations  psychiques,  du  sommeil,  ou  bien 
d'écarts  de  régime,  d'influences  thermiques  et,  en  dernier  lieu, 
de  l'action  des  médicaments  ou  de  tout  autre  agent  thérapeutique, 

§  18. 

La  fluctuation  thermique  du  nychthémère  peut  être  simplement 
descendante  ou  ascendante  ou,  plus  souvent,  présenter  un  tracé  à 
une  ou  plusieurs  ascensions  avec  des  abaissements  intercalaires 
(exacerb  citions  et  rémissions  quotidiennes) . 

L'intervalle  compris  entre  le  maximum  et  le  minimum  quotidien 
constitue  la  différence  quotidienne.  —  Les  tracés  à  petites  diffé- 
rences quotidiennes  sont  continus,  les  tracés  à  grandes  différences 
quotidiennes  sont  discontinus,    à  rémissions. 

Le  point  intermédiaire  entre  le  maximum  et  le  minimum  est  la 
moyenne  quotidienne.  C'est  de  l'élévation  de  cette  dernière  que 
dépend  principalement  l'intensité  de  la  fièvre. 

Les  formes  typiques  des  maladies  présentent  le  plus  souvent, 
lorsque  l'affection  est  arrivée  à  son  état  de  complet  développement, 
une  certaine  étendue  de  la  température  moyenne.  —  A  ce  moment 
aussi  le  minimum  thermique  a  des  limites  au-dessous  desquelles 
la  température  ne  descend  pas,  ou  du  moins,  qu'il  ne  franchit  que 
passagèrement;  il  en  est  de  même  des  limites  du  maximum  qui  ne 
sont  guère  dépassées  qu'au  moment  de  l'agonie. 

§  19. 

L'examen  continu  et  répété  plusieurs  fois  par  jourde  l'évolution 
de  la  température  durant  tout  le  cours  d'une  maladie  ou  pendant 
un  assez-  long  stade,  fournit  de  précieux  points  de  repère  pour 
l'observation  d'un  cas  pathologique,  en  tant  que  ce  dernier  est 
accompagné  de  modifications  notables  dans  la  température. 

Cette  exploration  thermométrique,  en  nous  traçant  la  marche 
naturelle  et  régulière  des  maladies  fébriles,  nous  fournit  ainsi  la 
base  fondamentale  pour  l'étude  isolée  de  ces  cas. 


12  PROPOSITIONS  FONDAMENTALES. 

Elle  peut  à  elle  seule  permettre  de  poser  un  diagnostic  certain 
de  la  forme  morbide. 

Elle  complète  dans  tous  les  cas  d'une  façon  extrêmement  pré- 
cieuse les  éléments  du  diagnostic  et  donne  fréquemment  un  impor- 
tant moyen,  peut-êlre  même  unique,  d'affirmer  un  diagnostic  qui 
restait  auparavant  douteux. 

Elle  fait  reconnaître  les  périodes  et  les  stades  d'une  maladie  et 
en  indique  les  différents  points  de  transition. 

Elle  précise  le  degré  de  la  maladie,  ses  rémissions,  ses  exacer- 
bations,  en  un  mot,  toutes  ses  modalités;  les  irrégularités  de  sa 
marche,  produites,  soit  par  des  circonstances  accidentelles,  soit 
par  l'action  des  agents  thérapeutiques,  ou  résultant  de  complica- 
tions imprévues.  —  Elle  fournit  ainsi  le  critérium  des  modifica- 
tions de  la  maladie  et  le  contrôle  de  la  thérapeutique. 

L'observation  thermométrique  nous  montre  avec  exactitude  le 
temps  nécessaire  à  l'évolution  complète  d'un  processus  morbide  et 
suivant  la  façon  dont  la  maladie  se  comporte,  nous  pouvons  sou- 
vent en  déduire  sa  nature  et  son  espèce,  son  degré  de  simplicité 
ou  de  complication  et  prévoir  même  à  l'avance  quelle  en  sera  l'issue, 
quelles  en  seront  les  conséquences. 

Soit  seule,  soit  appuyée  par  l'examen  des  autres  symptômes, 
elle  marque  les  approches  de  la  terminaison  funeste. 

Grâce  à  elle  enfin,  il  est  aisé  de  surveiller  la  convalescence,  de 
constater  si  celle-ci  marche  d'un  pas  égal  et  continu  ou  si  elle  se 
dévie  dans  son  cours. 

3  20. 

D'après  la  marche  que  suit  la  température  dans  les  maladies 
fébriles,  on  peut  distinguer  plusieurs  périodes,  à  savoir  : 

A.  Périodes  qui  précèdent  la  crise  : 

1 .  La  période  du  début  :  stade  pyrogénétique  ou  période  initiale, 
qui  est  d'une  durée  variable  et  se  termine  par  le  développement 
des  localisations  morbides.  —  Sa  fin  est  marquée  par  un  abaisse- 
ment extrême  de  la  température  moyenne  quotidienne  qui  carac- 
térise la  forme  morbide  ; 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  15 

2.  La  période  de  complet  développement  de  la  maladie  [Y acmé; 
le  fastigium)  pendant  laquelle  la  fièvre  se  maintient  à  la  hauteur 
moyenne  caractéristique; 

5.  La  période  qui  survient  ordinairement  dans  les  maladies 
graves  et  manque  le  plus  souvent  dans  les  affections  légères, 
c'est-à-dire  la  période  d'hésitation  (stade  amphibole)  qui  présente 
des  irrégularités  nombreuses  et  plus  ou  moins  considérables. 

B.  Périodes  dans  les  cas  de  décroissance  : 

1.  La  période  de  perturbation  critique  (perturbatio  critica)  ou 
de  décroissance  certaine,  mais  encore  insuffisante  (stadium  decre- 
mentï)  ; 

2.  La  période  du  retour  à  la  température  normale  (stade  de 
défervescence)  ; 

5.  La  période  épicritique  et  la  convalescence  pendant  lesquelles 
la  température  est  normale  ou  anomale  et  quelquefois  aussi  est 
un  peu  au-dessus  de  la  norme. 

C.  Périodes  dans  les  cas  de  mort  : 

1 .  La  période  proagonique  indiquant  la  tendance  léthale  par 
une  configuration  plus  ou  moins  particulière  de  la  courbe  thermi- 
que ou  par  d'autres  phénomènes  spéciaux  ; 

2.  V agonie; 

5.  La  mort  et  les  modifications  thermiques  qui  l'accompagnent. 

Fréquemment,  certaines  de  ces  périodes  sont  très-courtes,  échap- 
pent à  l'observation  ou  font  même  complètement  défaut. 

§  21. 

La  période  initiale  présente  un  début  très-caractéristique  dans 
quelques  formes  de  maladies  (les  maladies  fébriles  infectieuses, 
par  exemple)  ;  elle  est  parfois  si  courte  qu'elle  se  soustrait  ainsi 
assez  souvent  à  l'observation. 

Ce  qu'il  y  a  de  caractéristique,  c'est  que,  dans  certaines  formes 
morbides,  l'élévation  de  la  température  atteint  avec  une  extrême 
rapidité  des  degrés  considérables  ;  d'autres  fois,  au  contraire,  ce 


14  PROPOSITIONS  FONDAMENTALES. 

n'est  qu'au  bout  de  plusieurs  jours  que  la  température  arrive  à 
son  maximum. 

Le  type  peut  s'effacer  et  s'obscurcir,  si  la  maladie  vient  à 
frapper  un  individu  déjà  malade  et  surtout  fébricitant.  Ce  n'est 
que  dans  les  cas  d'une  violence  exceptionnelle  que  l'intensité  des 
phénomènes  initiaux  décide  de  l'intensité  et  de  la  gravité  de  la 
maladie. 

Le  fastigium  fournit  par  l'élévation  des  températures,  par  leurs 
divers  changements  et  par  sa  durée,  des  points  de  repère  caracté- 
ristiques pour  l'appréciation  de  la  forme  nosologique.  L'intensité 
et  la  gravité  de  la  maladie  sont  indiquées  par  des  températures 
extrêmement  hautes  et  se  maintenant  longtemps  à  ces  degrés  ex- 
trêmes d'élévation,  et,  d'un  autre  côté  aussi,  par  des  déviations  du 
type  normal  (irrégularités  du  tracé  thermique). 

En  revanche,  une  élévation  générale  modérée,  un  maximum 
thermique  de  courte  durée  et  des  rémissions  précoces  sont  des 
signes  favorables  pour  la  bénignité  de  la  maladie. 

Les  irrégularités,  alors  même  qu'elles  consisteraient  en  un 
abaissement  de  température  sont  en  général  fâcheuses  et  ne  peu- 
vent être  considérées,  sauf  dans  des  cas  bien  déterminés,  comme 
des  signes  particulièrement  favorables. 

L'apparition  des  complications  dans  la  période  d'acmé  se  révèle 
souvent  par  des  élévations  tardives  de  la  température. 

rè  25. 

Le  stade  amphibole  manque  rarement  dans  les  cas  qui,  sans 
aboutir  à  Une  issue  funeste  et  rapide*  prennent  cependant  un 
caractère  fâcheux»  —  Il  est  d'autant  plus  accentué  que  le  fastigium 
a  été  plus  irrégulier  dans  son  cours  ; 

Ce  stade  amphibole  est  la  période  des  exacerbations  et  des 
rémissions  variables  souvent  sans  motifs  apparents;  c'est  surtout 
pendant  ce  stade  que  les  complications  se  présentent.  Elles  s'ail- 
noncent  d'habitude  par  des  élévations  prolongées  de  la  tempéra- 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES:  15 

ture.  Le  stade  amphibole  est  toujours  un  indice  de  la  gravité  de  la 
maladie  et  pendant  toute  sa  durée,  qui  varie  de  quelques  jours  à 
plusieurs  semaines,  tout  pronostic  sûrement  favorable  doit  être 
proscrit;  mais  il  faut  aussi  se  tenir  en  garde  contre  les  trompeuses 
apparences  d'un  extrême  danger. 

Les  élévations  thermiques  isolées  atteignant  même  des  hauteurs 
considérables  de  même  que  des  abaissements  analogues  ont  bien 
moins  de  signification  dans  cette  période,  et  ce  n'est  que  la  répéti- 
tion ou  la  persistance  de  phénomènes  qui  rendent  probables  l'ag- 
gravation ou  l'amendement  de  la  maladie. 

§  24. 

Vers  la  fin  du  fastigium  ou  de  la  période  amphibole,  souvent 
il  apparaît  avant  la  crise  favorable  une  dernière  élévation  de  tem- 
pérature dépassant  plus  ou  moins  le  niveau  de  la  température  anté- 
rieure. —  Cette  augmentation  thermique  ne  dure  parfois  qu'une 
demi-journée  et  est  accompagnée  d'une  légère  rémission  matinale  ; 
dans  d'autres  cas,  elle  se  prolonge  deux  ou  trois  jours.  Cette  exa- 
cerbation,  jointe  à  d'autres  phénomènes  correspondants  produit 
sous  tous  les  rapports  l'impression  décevante  d'une  aggravation  ou 
même  d'un  péril  imminent  (perturbatio  critica).  Cependant  on 
peut  tirer  un  signe  favorable  du  moment  et  des  conditions  de  son 
apparition.  —  La  durée  et  l'enchaînement  des  phénomènes  qui  la 
caractérisent  permettront  de  conclure  sûrement  à  une  amélioration 
prompte  et  certaine. 

£25. 

Le  stadium  decrementi,  la  période  de  l'amélioration  prépara- 
toire, fait  défaut  dans  beaucoup  de  cas  où  l'issue  est  favorable  ;  la 
défervescence  succède  alors  à  l'acmé  ou  à  la  période  amphibolej 
soit  immédiatement,  soit  à  la  suite  d'une  perturbation  critique. 

Lé  stadium  decrementi  est  caractérisé  tout  d'abord  par  des 
abaissements  de  température  qui  ne  sont  pas  suivis  d'élévations 
thermiques,  mais  qui,  eux-mêmes  ne  font  pas  de  progrès  bieri 


16  PROPOSITIONS  FO.NDAME.NTALES. 

rapides,  Ces  premiers  abaissements  thermiques  se  montrent  tantôt 
seulement  à  la  place  des  exacerbations  vespérines,  tantôt  dans  les 
températures  matutinales,  soit  enfin  à  ces  deux  moments  de  la  jour- 
née. Pendant  ce  stade,  il  n'est  pas  rare  de  constater  une  tempéra- 
ture descendant  même  au-dessous  de  56°, 5  (  =  29°, 2  R.)  et  com- 
pliquée de  tous  les  phénomènes  du  collapsus. 

Ces  abaissements  thermiques  extrêmes  peuvent  ne  se  produire 
qu'une  seule  fois  ;  après  quoi  la  température  reprend  son  niveau 
primitif;  ou  bien  ils  se  répètent  tous  les  jours,  tandis  que  les 
exacerbations  intercalaires  ne  montrent  encore  aucune  tendance 
manifeste  à  l'amoindrissement  décisif. 

§  26. 

La  défervescence,  tantôt  se  relie  immédiatement  au  fastigium 
ou  au  stade  amphibole  et  tantôt  succède  à  une  perturbation  criti- 
que ou  à  la  période  de  ralentissement  préparatoire. 

Dans  ce  stade  la  température  revient  à  la  norme.  —  Il  offre  deux 
types  principaux  et  bien  accusés,  mais  il  peut  aussi  présenter  quel- 
ques nuances  intermédiaires  : 

1°  La  défervescence  rapide  qui  s'effectue  en  une  nuit  ou  tout  au 
plus  en  56  heures  (crisis)  ; 

2°  La  défervescence  lente  qui  reste  traînante  pendant  plusieurs 
jours  (lysis). 

Elle  s'accomplit  :  tantôt  sous  forme  de  descente  continue  avec 
ralentissement  de  sa  marche  dans  l'après-midi,  si  elle  dure  plus 
de  douze  heures; 

Tantôt  d'une  façon  rémittente,  c'est-à-dire  avec  quelques  retours 
ascensionnels  vespéraux. 

Souvent  la  défervescence  est  accompagnée  de  phénomènes  de 
collapsus  avec  diminution  considérable  de  la  température  pouvant 
faire  craindre  un  danger  extrême;  mais  ces  phénomènes  sont  pas- 
sagers [quoiqu'ils  puissent  se  prolonger  pendant  plusieurs  jours] 
et  n'entravent  pas  la  marche  favorable  de  la  maladie. 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  17 


27. 


La  période  épicritique  se  distingue  d'une  façon  d'autant  plus 
tranchée  du  stade  de  défervescence  que  l'évolution  de  celui-ci  a 
été  plus  rapide  et  plus  complet. 

Dans  cette  période,  la  température  est  alors  devenue  complète- 
ment normale  et  présente  les  variations  quotidiennes  de  l'état  de 
santé;  mais,  le  plus  souvent,  elle  reste  encore  un  peu  mobile, 
incertaine  et  instable.  Parfois  elle  persiste  à  un  degré  infé- 
rieur au  niveau  normal  ;  dans  d'autres  cas  (le  fait  est  constant  dans 
certaines  maladies,  surtout  dans  le  rhumatisme  polyarticulaire 
aigu)  elle  se  maintient  un  peu  au-dessus  de  la  moyenne  normale. 

11  peut  encore  y  avoir  dans  le  stade  épicritique  des  accroisse- 
ments thermiques  isolés  et  éphémères,  souvent  très-considérables 
(de  2°,  5°  et  même  plus)  qui  surviennent  sous  l'influence  de  causes 
légères,  parfois  même  sans  motif  apparent. 

La  persistance  de  pareilles  élévations  révèle,  d'habitude,  l'ap- 
parition des  vraies  rechutes  ou  des  maladies  secondaires. 

La  durée  et  la  terminaison  du  stade  épicritique  est  impossible 
à  déterminer  par  le  seul  examen  de  la  température,  car  la  conva- 
lescence véritable  succède  à  ce  stade  sans  modification  thermique 
appréciable. 

I  28. 

Si  la  convalescence  est  complète,  régulière  et  indemne  de  lésion 
persistante  e'c  de  toute  complication,  la  température  est  la  même 
qu'à  l'état  hygide. 

Tout  changement  thermique,  élévation  ou  abaissement,  qui 
dépasse  les  limites  du  cycle  normal  est  un  signe  certain  d'une 
convalescence  incomplète  et  trompeuse. 

I  29. 

Dans  les  cas  morbides  graves  à  tendance  mortelle,  apparaît 
souvent  un  stade  proagonique  qui  succède  d'ordinaire  au  fastigium 

2 


18  _  PROPOSITIONS  FONDAMENTALES. 

ou  à  la  période  amphibole  et  peut  même  se  montrer  inopinément 
dans  le  cours  des  stades  de  déclin.  Dans  ce  stade  proagonique  qui 
diffère  de  l'agonie  proprement  dite,  la  température  s'élève  ou 
s'abaisse,  tantôt  reste  stationnaire,  tantôt  présente  de  nombreuses 
irrégularités.  —  Ce  n'est  que  par  la  coexistence  d'autres  phéno- 
mènes et  principalement  par  l'état  du  pouls  que  l'on  peut  appré- 
cier la  signification  de  ce  stade. 

§  50. 

Pendant  Yagonie,  la  température  peut  offrir  les  modalités  sui- 
vantes : 

1°  Tantôt  elle  ne  présente  aucun  changement  appréciable  ; 

2°  Tantôt  elle  s'abaisse  notablement  et  tombe  au-dessous  de  la 
normale  (comme  dans  la  mort  par  inanition)  ; 

5°  En  dernier  lieu,  enfin,  elle  peut  s'élever  rapidement  à  des 
hauteurs  plus  ou  moins  considérables  qu'elle  n'avait  jamais  appro- 
chées ni  atteintes  dans  tout  le  cours  de  la  maladie. 

§  ol. 

Au  moment  de  la  mort  la  température  baisse  souvent  ;  mais  fré- 
quemment aussi,  elle  monte,  surtout  dans  les  cas  où  l'agonie  a 
donné  lieu  à  de  rapides  augmentations.  Jusqu'au  dernier  soupir, 
parfois  quelques  minutes,  etmème  pendant  plus  d'une  heure  après 
la  mort,  elle  continue  à  s'élever. 

Dans  les  cas  d'abaissement,  la  température  tombe  vite  après  le 
décès  ;  dans  ceux  d'élévation  thermique,  le  refroidissement  s'opère 
souvent  avec  une  telle  lenteur,  que,  douze  heures  même  après  la 
mort,  la  température  cadavérique  peut  être  encore  de  beaucoup 
plus  élevée  que  celle  de  l'état  hygide. 

£52, 

Les  7naladies ptjréliques  considérées  au  point  de  vue  de  leur  mar- 
che, de  la  durée  et  de  la  succession  des  phénomènes  fébriles^  se 
divisent  en  cinq  groupes  principaux  : 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  19 

1°  Les  accès  de  fièvre  de  courte  durée  (fébricule,  fièvre  éphé- 
mère et  terminale)  ; 

2°  Les  fièvres  essentiellement  continues  :  ne  présentant  dans  leur 
fastigium  que  de  légères  différences  quotidiennes  et  à  déferves- 
cence  habituellement  rapide  ; 

5°  Les  fièvres  aiguës  essentiellement  rémittentes  :  offrant  de 
grandes  différences  quotidiennes  (le  plus  souvent  des  exacerba- 
tions  vespérines  et  des  rémissions  matinales)  tant  que  leur  inten- 
sité n'est  pas  du  moins  trop  considérable,  souvent  aussi  pendant 
l'acmé,  mais  en  tout  cas  durant  la  période  de  déclin. 

Ces  fièvres  ne  perdent  leur  caractère  de  rémittence  que  dans 
les   cas   désespérés  ou  lorsqu'il  survient  des   complications. 

Leur  défervescence  s'accomplit  aussi  le  pius  souvent  suivant  le 
type  rémittent  et  par  gradations  lentes  ; 

4°  Les  fièvres  intermittentes  et  à  rechutes  ; 

5°  Les  pyrexies  à  forme  chronique  qui  traînent  pendant  plu- 
sieurs semaines  ou  plusieurs  mois,  tantôt  d'une  façon  interrom- 
pue, le  plus  souvent  avec  le  type  intermittent  et  rémittent,  tantôt 
aussi  avec  des  interruptions  temporaires  assez  longues. 


55. 


La  fébricule  et  la  fièvre  éphémère  sont  caractérisées  par  des 
accès  fébriles,  légers  et  de  courte  durée,  se  terminant' promptement 
parla  guérison. 

a.  La  température  dans  ces  cas  peut  monter  avec  ou  sans  stade 
de  frisson  jusqu'à  40°,  40°,5  (=  32"—  52°, 4  R.  )  et  même  plus  ;  elle 
ne  se  maintient  que  peu  de  temps  à  cette  hauteur  et  descend  en- 
suite rapidement,  tout  au  plus  avec  de.  très-courts  temps  d'arrêt. 

L'accès  fébrile  dure  parfois  moins  d'un  jour,  jusqu'à  quarante- 
huit  heures  et  rarement  dépasse  trois  jours. 

Cette  forme  pyrétique  se  rencontre  dans  la  fièvre  traumatique, 
comme  accès  éphémère  dans  les  couches,  dans  la  convalescence, 
dans  les  catarrhes  légers,  les  lésions  organiques  peu  intenses  et 
dans  beaucoup  d'autres  conditions  plus  ou  moins  appréciables. 


20  PROPOSITIONS  FONDAMENTALES. 

—  Les  accès  isolés  de  fièvre  intermittente  affectent  le  même  type. 

b.  La  température  peut  d'abord  ne  s'élever  que  modérément  et 
revenir  au  bout  de  peu  de  temps  à  son  point  de  départ  ou  bien 
monter  progressivement  après  deux  à  cinq  jours  de  durée,  à  son 
maximum  qui  dépasse  rarement  40°(52°R.)  et  tourner  ensuite, 
après  un  très-court  temps  d'arrêt,  à  une  défervescence  rapide. 

Cette  évolution  thermique  peut  se  présenter  dans  les  conditions 
pathologiques  que  nous  avons  précédemment  énumérées,  à  l'ex- 
ception cependant  de  la  fièvre  intermittente  ;  mais  en  revanche, 
elle  se  montre  dans  beaucoup  d'autres  maladies  infectieuses  s'ar- 
rêtant  à  leurs  premières  phases  et  restant  incomplètes  dans  leur 
développement. 

§  54. 

Les  fièvres  terminales  qui,  il  est  vrai,  ont  une  toute  autre  signi- 
fication pathologique  que  les  formes  fébriles  précédentes,  offrent 
cependant  avec  elles,  au  moins  à  leur  début,  une  grande  ana- 
logie. 

Dans  la  période  proagonique  des  maladies  restées  jusqu'à  ce  mo- 
ment apyrétiques,  ou  même  à  l'agonie  seulement,  la  température 
augmente  rapidement,  et  quand  elle  a  atteint  son  point  culmi- 
nant ou  subi  dans  les  dernières  minutes  une  légère  diirïinution,  la 
mort  arrive. 

Cette  forme  se  présente  à  la  période  ultime  des  névroses  mor- 
telles, dans  les  lésions  traumatiques  de  la  moelle  cervicale,  dans 
quelques  empoisonnements  ou  dans  les  maladies  que  l'on  peut 
assimiler  aux  intoxications. 

Dans  tous  ces  cas,  la  température  peut  atteindre  les  degrés  les 
plus  élevés  qui  aient  été  observés  chez  le  vivant. 

g  55. 

Les  fièvres  avec  accroissement  continu  de  la  température  dé- 
butent ordinairement  parune  période  initiale  rapide,  marquée  fré- 
quemment par  un  violent  accès  de  frisson. — Pendant  le  fastigium, 
la  température  moyenne  varie,  selon  l'intensité  des  cas,  entre  59° 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  21 

et 40° (51°, 2 —  52°R.),  rarement  plus,  rarement  moins;  les  diffé- 
rences entre  le  maximum  et  le  minimum  quotidiens  atteignent 
exceptionnellement  1°(0°,8R.)  et  le  plus  souvent  un  demi-degré 
seulement.  —  Le  fastigium  dure  à  peine  une  semaine.  — La  dé- 
fervescence  est  prompte,  ou  du  moins  relativement  rapide. 

Le  type  le  plus  parfait  de  ce  groupe  est  la  pneumonie  lobaire  pri- 
mitive, croupale  simple  (quoiqu'elle  puisse  quelquefois  affecter 
d'autres  types).  —  On  peut  ranger  parmi  les  maladies  qui  suivent 
une  marche  analogue  :  la  fièvre  d'éruption  de  la  variole,  la  scar- 
latine (celle-ci  a  cependant  une  défervescence  plus  lente),  l'angine 
tonsillaire  parenchymateuse,  la  méningite  de  la  convexité,  le  ty- 
phus exanthématique  (la  durée  de  la  fièvre  est  dans  ce  cas  plus 
longue),  l'érysipèle  de  la  face  au  début,  enfin,  souvent  aussi  tou- 
tes les  maladies  fébriles  intenses  dans  lesquelles  la  marche  de  la 
température  auparavant  irrégulière  suit  un  cours  ascendant  con- 
tinu proportionnel  aux  progrès  de  la  maladie. 


56. 


Dans  les  fièvres  à  température  rémittente,  la  période  initiale 
peut  être  courte  ou  prolongée  :  la  moyenne  thermique  quotidienne 
est  très-variable  parce  que  les  cas  légers  aussi  bien  que  les  for- 
mes graves  peuvent  revêtir  le  type  rémittent.  —  Ainsi  elle  peut 
descendre  au-dessous  de  58°, 5  (  =  50°,8R.)  et  monter  jusqu'à 
40°, 5  (  =  52°, 4  R.)  et  au-dessus.  —  Dans  ce  dernier  cas,  il  n'y  a 
plus  à  vrai  dire  que  des  exacerbations  et  non  pas  de  véritables 
rémissions  ;  car  les  températures  minima  restent  toujours  dans 
ce  cas  excessivement  fébriles.  La  durée  de  l'évolution  rémittente 
de  la  température  fébrile  est  moins  limitée  que  celle  de  la  tem- 
pérature fébrile  continue  :  elle  persiste  parfois  pendant  plusieurs 
semaines.  La  défervescence  est  ordinairement  lylique  et  rémit- 
tente. 

Le  type  le  plus  saillant  de  ce  groupe  est  représenté  par  le  typhus 
abdominal.  Le  caractère  rémittent  se  rencontre  en  outre  dans  les 
inflammations  catarrhales  fébriles  ;  la  grippe,  la  pneumonie  catar- 


22  PROPOSITIONS  FONDAMENTALES. 

rhale  ;  dans  les  affections  rhumatismales  fébriles  et  aussi  dans  la 
rougeole,  au  début  de  la  méningite  basilaïre,  dans  la  tuberculose 
aiguë,  assez  souvent  dans  la  phthisie  aiguë,  et  enfin  dans  la  trichi- 
nose fébrile,  etc. 

§  57. 

Les  types  intermittents  et  à  rechutes  ont  cela  de  caractéristique 
que,  entre  les  accès  de  fièvre  isolés,  le  plus  souvent  très-courts 
ou  du  moins  peu  prolongés,  se  placent  des  intervalles  pendant 
lesquels  la  température  est  complètement  normale. 

Dans  les  formes  intermittentes,  les  paroxysmes  sont  courts  et 
atteignent  rarement  la  durée  d'un  jour  ;  la  température  s'élève 
plus  haut  que  dans  les  autres  maladies  de  pareille  inocuité. 
Elle  monte  ordinairement  jusqu'à  41°  ou  41°, 5  (=  52°, 8  — 
55°,2Pu)  et  même  encore  à  1  ou  2  dixièmes  de  degré  en  sus.— 
L'apyrexie,  également  courte,  peut  varier  entre  quelques  heures 
et  plusieurs  jours  ;  d'ailleurs,  les  paroxysmes  et  les  périodes  in- 
tercalaires alternent  avec  plus  ou  moins  de  régularité. 

Dans  les  formes  à  rechutes,  la  durée  de  l'accès  est  moins 
limitée  et  la  température  plus  variable;  l'apyrexie  est  plus  lon- 
gue et  les  accès  ne  se  répètent  qu'une  ou  deux  fois,  très-rare- 
ment plusieurs  fois.  L'exemple  le  plus  frappant  du  type  inter- 
mittent est  la  fièvre  palustre,  celui  du  type  à  rechute  est  la  fièvre 
récurrente. 

Mais  un  certain  nombre  de  maladies  se  rapprochent  plus  ou 
moins  de  l'un  de  ces  deux  types.  Notamment,  la  pyoémie,  l'é- 
rysipèle,  la  variole,  quelques  cas  de  pneumonie  lobaire,  assez 
souvent  la  tuberculose  aiguë,  la  méningite  basilaire  et  la  phthi- 
sie aiguë. 

I  58. 

Les  formes  fébriles  chroniques,  aussi  appelées  fièvres  hectiques, 
se  distinguent  d'abord  par  leur  longue  durée  ;  il  y  a,  en  effet,  des 
cas  où  la  fièvre  persiste  presque  uniformément  pendant  plusieurs 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  25 

années.  Avec  cela,  leur  marche  est  parfois  très-irrégulière,  mais 
elles  affectent  le  plus  souvent  un  certain  type  qui,  malgré  cer- 
taines variations  dans  le  cours  de  la  maladie,  se  maintient  cepen- 
dant pendant  assez  longtemps,  avec  une  régularité  quelquefois 
parfaite. 

Ce  type  est  le  plus  souvent  rémittent  avec  une  ou  deux  exa- 
cerbations  quotidiennes  offrant  tous  les  caractères  fébriles  plus 
ou  moins  accusés.  —  Ces  exacerbations  atteignent  chaque  jour  à 
peu  près  les  mêmes  maxima,  tandis  que  les  rémissions  se  rappro- 
chent d'habitude  de  la  température  normale  qu'elles  peuvent  at- 
teindre ou  même  dépasser.  —  Il  est  plus  rare  d'observer  un  type 
intermittent  avec  des  intervalles  apyrétiques  de  deux  ou  plu- 
sieurs jours.  —  A  l'approche  de  la  mort  ou  dans  le  cas  de  com- 
plications intercurrentes,  le  type  rémittent  se  transforme  souvent 
en  type  continu. 

Ce  processus  thermique  se  montre  de  la  façon  la  plus  frappante 
dans  toutes  ces  inflammations  chroniques  des  poumons  et  des 
bronches  que  l'on  comprend  sous  le  nom  générique  de  phthisie  ; 
mais  il  se  rencontre  aussi  :  dans  les  ulcérations  intestinales  chroni- 
ques, dans  les  suppurations  prolongées,  dans  les  inflammations 
lentes  des  séreuses  ;  en  outre,  dans  les  cas  où  le  sang  est  altéré 
par  l'apport  incessant  de  détritus  emboliques  ou  infectieux. 


59. 


V élévation  de  température  considérée  en  elle-même,  en  dehors 
de  toute  condition  pathologique,  exerce  une  influence  incontes- 
table sur  les  fonctions  générales  et  en  particulier  sur  la  nutrition 
des  tissus  et  sur  les  sécrétions. 

Pour  les  augmentations  thermiques  modérées,  on  n'est  pas  en- 
core parvenu  jusqu'ici  à  démontrer  avec  un  certain  degré  d'ap- 
proximation cette  influence  dans  chaque  cas  isolé. 

Les  élévations  thermiques  considérables  ont  pour  résultat  le 
plus  sûr  une  diminution  du  poids  du  corps.  —  Une  température 


24  PROPOSITIONS  FONDAMENTALES. 

très-haute  produit  en  outre  une  augmentation  de  la  fréquence 
du  pouls  et  de  la  respiration,  une  perturbation  fonctionnelle 
du  cerveau.  Elle  accroit'la  sécrétion  cutanée  et  la  proportion  de 
matières  extractives  de  l'urine;  elle  produit  également  des  stases 
sanguines  avec  leurs  conséquences  ;  peut-être  amène-t-elle  aussi, 
à  la  longue,  une  dégénérescence  graisseuse  rapide  et  la  destruc- 
tion des  tissus.  —  Mais  toutes  ces  conséquences  ne  sont  nulle- 
ment proportionnées  au  degré  d'élévation  de  la  température,  à  sa 
durée  ni  à  sa  rapidité;  du  reste,  la  persistance  de  ces  troubles  et 
de  ces  lésions  consécutives  est  très-exceptionnelle.  Il  arrive  un 
moment  où  la  température  est  élevée  à  un  degré  si  extrême  que 
l'accomplissement  des  fonctions  de  la  vie  devient  impossible, 
sans  que  l'on  puisse  encore  donner  la  raison  de  cette  incompati- 
bilité. 

I  40. 

Les  modifications  thermiques  brusques  et  rapides  peuvent  exer- 
cer une  influence  sur  les  fonctions  de  l'organisme. 

Dans  les  élévations  très-rapides,  surtout  quand  la  chaleur  du 
tronc  précède  de  beaucoup  celle  des  extrémités,  le  frisson  fébrile 
avec  ou  sans  mouvements  convulsifs  est  un  phénomène  habituel. 

Dans  l'abaissement  rapide  d'une  température  auparavant  très- 
haute,  on  observe  souvent  des  troubles  généraux  graves,  la  dys- 
pnée, le  délire,  ainsi  que  des  phénomènes  de  collapsus. 


41. 


Les  cas  morbides  qui  ne  se  caractérisent  pas  par  une  tempéra- 
ture élevée,  mais  au  contraire  par  une  diminution  anomale  de 
chaleur,  ne  présentent  jamais  rien  de  régulier  ni  de  constant  dans 
leur  évolution  thermique. 

Il  faut  placer  ici  plusieurs  cas  d'inanition,  de  sclérème,  d'in- 
toxication chronique,  de  cancer  et  d'aliénation  mentale  grave. 

Dans  beaucoup  d'autres  cas,  et  ce  sont  les  plus  fréquents,  on 


PROPOSITIONS  FONDAMENTALES.  25 

n'observe  qu'un  abaissement  passager  de  la  température.  C'est  ce 
qui  se  rencontre  parfois  clans  les  rémissions  des  fièvres  rémittentes 
à  la  suite  des  hémorrhagies  ou  d'évacuations  abondantes,  sous 
forme  de  diminution  thermique  excessive  dans  le  stade  de  défer- 
vescence  et  quelquefois  dans  l'agonie. 

Un  abaissement  anomal  de  la  température  peut  avoir  aussi  une 
influence  perturbatrice  sur  les  fonctions  et,  quand  il  devient  ex- 
trême, rendre  impossible  la  continuation  de  la  vie. 


HISTORIQUE  DE  LÀ  THERMOMÈTRES  MÉDICALE 


1.  Dès  les  temps  les  plus  reculés  de  la  médecine,  on  a  reconnu 
la  valeur  de  la  température  du  corps  comme  symptôme  morbide. 

Pour  Iïippocrate  et  pour  tous  les  médecins  de  l'antiquité  et  du 
moyen  âge,  même  jusqu'au  commencement  des  temps  moder- 
nes, la  température  a  été  regardée  comme  le  signe  le  meilleur 
et  le  plus  important  dans  les  maladies  aiguës.  —  La  plupart  con- 
sidéraient l'augmentation  de  chaleur  comme  le  symptôme  pa- 
thognomonique  de  la  lièvre  qui,  par  sa  dénomination  tant  grec- 
que que  latine,  indique  déjà  l'élévation  thermique  comme  le  point 
le  plus  essentiel. 

L'augmentation  de  la  température  générale  du  corps  ayant  été 
reconnue  sans  conteste,  pendant  près  de  deux  mille  ans,  comme 
signe  caractéristique  et  essentiel  de  la  fièvre,  il  est  surprenant 
que  sa  signification  pathologique  ait  été  écartée  ou  méconnue  pré- 
cisément à  une  époque  où  il  devenait  possible  de  la  constater 
exactement  à  l'aide  d'un  instrument  de  précision,  et  que  l'explora- 
tion thermique  ait  joui  d'un  moindre  crédit  dans  une  école  qui  a 
vu  naître  les  applications  de  la  physique  à  la  pathologie  et  au  sein 
de  laquelle  aussi  le  thermomètre  a  été  recommandé  et  expéri- 
menté dans  la  clinique.  Ce  fait  n'a  pourtant  rien  d'inexplicable  : 
car  c'est  précisément  par  suite  de  tendances  iatro-mécaniciennes 
que  l'attention  s'est  tournée,  dans  la  fièvre,  vers  les  phénomènes  de 


HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  27 

mouvement  qui  frappaient  d'abord  les  esprits,  c'est-à-dire  sur  les 
troubles  circulatoires,  qui  s'adaptaient  merveilleusement  à  la 
nouvelle  théorie  régnante.  En  outre,  les  aspirations  de  cette  école 
nouvelle,  qui  sentait  le  besoin  d'une  observation  plus  exacte,  la 
détournaient  de  l'étude  des  phénomènes  généraux,  plus  difficiles 
à  préciser,  pour  porter  son  attention  sur  les  lésions  locales  négli- 
gées auparavant. 

L'invention  de  nombreux  instruments  nouveaux  et  perfection- 
nés destinés  à  explorer  ces  modifications  locales,  parut  fournir 
au  diagnostic  un  si  solide  appui  que,  satisfait  de  cette  précieuse 
acquisition,  chacun  négligea  de  combler  les  lacunes  que  laissait 
après  elle  l'observation  incomplète  des  phénomènes  généraux. 

Aussi  advint-il  qu'au  moment  où  l'examen  thermoscopique  eût 
pu  acquérir  une  extrême  précision  à  l'aide  des  nouveaux  moyens 
de  mensuration,  on  n'en  profita  que  dans  des  cas  rares  et  isolés. 
Ainsi  la  thermométrie  tomba  presque  dans  l'oubli  ;  mais  il  était 
réservé  à  l'époque  la  plus  récente  de  l'en  retirer. 

2.  Le  premier  qui  fit  usage  d'un  instrument  thermométrique, 
inventé  et  construit  d'ailleurs  par  lui-même,  pour  la  détermination 
de  la  température  humaine,  fut  le  précurseur  de  l'École  iatro-mé- 
canicienne,  Sanctorius  (1658).  Il  n'est  pas  sans  intérêt  de  faire 
remarquer  que  Sanctorius  avait  déjà  compris  toute  l'importance 
de  la  mensuration  et  de  l'élévation  thermique,  comme  principal 
critérium  des  modifications  générales  de  l'organisme. 

Mais  ce  ne  fut  qu'un  siècle  après  lui  que  la  thermométrie  rena- 
quit, pour  ainsi  dire,  avec  les  perfectionnements  apportés  à  la 
technique  instrumentale. 

C'est  au  grand  Boerhaave  qu'en  revient  le  mérite.  Quoiqu'il 
cherchât  le  caractère  essentiel  de  la  fièvre  dans  les  conditions  de 
la  circulation  et  qu'il  ait  dit,  par  exemple,  dans  son  581e  apho- 
risme :  «Velocior  cordis  contractio,  cum  aucta  resistentia  adcapil- 
laria,  febris  omnis  acutse  ideam  absolvit,  »  il  fait  cependant  obser- 
ver dans  le  675e  aphorisme  :  «  Calor  febrilis  thermoscopio 
externus,  sensu  segri  et  rubore  urinae  internus  cognoscitur.  » 

Son  élève,  van  Swieten,  a  été  encore  plus  explicite  ;  bien  qu'à 
son  tour,  il  redise  dans  ses  Commentaires  des  Aphorismes  de 
Boerhaave  (Lyon,  1745,  t.  II,  p.  26)  :  «  Signum  pathognomoni- 


28  HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

cum  omnis  febris  est  pulsus  aucta  velocitas  »  ,  il  ajoute  toutefois 
à  cet  aphorisme  : 

L'appréciation  de  la  température  par  la  main  est  incertaine. 
«  Omnium  certissima  mensura  habetur  per  thermoscopia,  qualia 
hodie  pulcherrima  habentur  et  portatilia  quidem,  Fahrenheitiana 
dicta  a  primo  inventore  :  accuratissima  imprimis  illa  sunt,  quae 
argentum  vivum  loco  alterius  cujuscunque  liquidi  continent.  Tali 
thermometro  prius  mensuraLur  calor  hominis  sani  et  plerumque 
in  indice  affixo  ille  gradus  notatus  est  ;  deinde  hoc  cognito,  si 
idem  thermometrum  a  febricitante  a}gro  manu  teneatur,  vel  bul- 
bus  ejus  oriimmittatur,  vel  nudo  pectori  aut  sub  axillis  applicetur 
per  aliquot  minuta  horse,  apparebit  pro  varia  altitudine  ascen- 
dentis  argenti  vivi,  quantum  calor  febrilis  excédât  naturalcm  et 
sanum  calorem.  »  Il  ajoute  aussi  dans  son  commentaire,  au§  476: 
«  Datur  in  corpore  hominis  sani  caloris  gradus,  thermometris 
mensurandus,  a  quo  nec  liquidis,  nec  solidis  aliquid  noxœ  accidit. 
Raro  etiam  in  fortissimis  hominibus  calor  ille  nonagesimum  sex- 
tum  gradum  thermometri  Fahrenheitiani  excedit.  Ubi  vero  ultra 
centesimum  gradum  in  morbis  ascendit,  incipit  sanguis  ejusque 
sérum  ad  coagulationem  disponi  ;  si  autem  centesimum  et  vigesi- 
mum  gradum  sequat  calor,  sérum  sanguinis  coagulatur.  » 

Un  autre  élève  illustre  de  Boerhaave  et  en  même  temps  col- 
lègue de  van  Swieten,  le  premier  clinicien  de  Vienne  et  de  l'Alle- 
magne, le  célèbre  de  Haën,  ne  s'est  pas  contenté  de  ces  données 
théoriques  incomplètes,  mais  a  fait  une  application  très-étendue 
de  la  thermométrie  clinique.  —  Il  est  vrai  que  lui  aussi  a  défini 
la  fièvre  :  Une  maladie  caractérisée  par  l'accélération  anomale  du 
pouls  ;  mais  avec  cela  il  a  utilisé  dans  une  vaste  mesure  la  ther- 
mométrie à  l'observation  des  fébricitants. 

L'emploi  de  ses  instruments  thermométriques  était  très-défec- 
tueux puisqu'il  avait  l'habitude  de  laisser  le  thermomètre  appliqué 
pendant  7  minutes  1/2  et  d'ajouter  encore  1°  ou  2°  Fahrenheit  au 
chiffre  primitivement  constaté,  parce  qu'il  avait  remarqué  que  la 
colonne  de  mercure  s'élevait  encore  à  peu  près  à  cette  hauteur  après 
ce  laps  de  temps.  —  Malgré  l'imperfection  de  ce  procédé,  le  ther- 
momètre lui  fournissait  des  résultats  très-précieux,  que  l'époque 
actuelle  a  confirmés  ou  plutôt  qu'elle  a  été  obligée  de  découvrir 
de  nouveau. 


HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  29 

Les  observations  prises  par  de  Haën  sont  dispersées  dans  les 
quinze  volumes  de  son  traité  :  Ratio  medendi.  Les  plus  impor- 
tantes sont  consignées  dans  le  t.  Il,  chap  x  :  De  supputando 
calore  corporis  humani;  t.  III,  chap.  m  :  De  sanguine  humano 
ejïïsdemque  calore;  t.  IV,  chap.  vi  :  De  sanguine  et  calore  hu- 
mano; t.  VII,  chap.  v.  :  Varia,  $  5  ;  t.  X,  chap.  i  :  De  febribus  in- 
termittentibus  ;  chap.  n  :  De  morbis  acutis,  t.  XII,  chap.  n  :  His- 
toria  pulsus,  etc.. 

De  Haën  en  pratiquant  ses  expériences  thermométriques  sur 
un  certain  nombre  d'individus  à  l'état  de  santé  et  de  différents 
âges,  a  parfaitement  reconnu  la  loi  qui  régit  l'évolution  normale  de 
la  température.  «  Non  autem  semel  deciesve,  sed  pluriesipsissima 
expérimenta  iterata  sunt  et  semper  idem  docuerunt.  »  Déjà  il  avait 
constaté  cette  curieuse  particularité  de  l'élévation  de  la  tempéra- 
ture chez  les  vieillards.  —  Partout  dans  ses  ouvrages  on  peut  recon- 
naître les  importantes  inductions  pathologiques  que  de  Haën  pui- 
sait dans  l'examen  thermométrique.  Il  connaissait  les  rémissions 
matinales  et  les  exacerbations  vespérines  de  la  température  chez 
les  fébricitants,  l'augmentation  thermique  pendant  le  stade  algide 
«  tempore  frigoris  homini  intolerabilis  cum  pulsu  contractiore 
minore  thermometrum  signât  octo  gradus  ultra  calorem  natura- 
lem  »  (t.  II,  p.  142)  ;  il  n'ignorait  pas  les  paroxysmes  thermi- 
ques de  la  lièvre  intermittente,  en  apparence  guérie,  et  ne  présen- 
tant en  réalité  aucun  autre  symptôme  morbide.  —  Il  avait 
également  remarqué  le  désaccord  qui  existe  chez  certains  mala- 
des entre  le  pouls  et  la  température,  et  le  contraste  fréquent  entre 
la  sensation  subjective  de  chaleur  et  l'élévation  objective  de  la  tem- 
pérature ;  les  modifications  thermiques  lui  servirent  à  contrôler 
les  résultats  de  ses  médications  et  il  considéra  le  retour  de  la  tem- 
pérature à  son  degré  normal  comme  une  preuve  de  complet  réta- 
blissement. —  Il  s'est  aussi  beaucoup  occupé  de  la  théorie  de 
la  chaleur  propre  et  a  combattu  son  origine  mécanique  (t.  II, 
p.  163). 

Malgré  l'autorité  du  célèbre  professeur  de  Vienne,  ses  contem- 
porains semblent  avoir  dédaigné  la  thermométrie  médicale. 

5.  En  revanche,  en  Angleterre,  dès  1740,  Ch.  Martin  publia 
les  premières  observations  thermométriques  exactes  sur  la  tem- 


50  HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMETR1E  MEDICALE. 

pérature  de  l'homme  et  des  animaux  à  l'état  hygide  :  De  anima- 
lium  colore.  L'école  de  Haller  a  dirigé  aussi  son  attention  vers 
l'étude  des  phénomènes  thermiques  (Haller-Marcard,  Dissertatio 
de  generatione  coloris  et  usu  in  corpore  humano.  1.741  ,-Grôtt.)-  — 
Rôderer.  Dissertatio  de  animalium  colore,  observ.  1758,  Gôtt.). 
—  On  peut  citer  également  une  dissertation  de  Pickel  [Expérimenta 
med.  physica  de  electricitate  et  colore  animali.  1778,  Wûrzb.), 
dans  laquelle  il  serait  fait  mention  d'expériences  relatives  à  l'in- 
fluence des  bains  de  rivière  sur  la  température. 

Un  des  faits  les  plus  importants  et  les  plus  remarquables  de 
thermophysiologie  fut  néanmoins  établi  dès  1 774  :  Blagden  (Philo- 
sophical  Transactions,  p.  5,  1775)  prouva  que  l'homme  sain  con- 
servait une  température  invariable  dans  un  milieu  chauffé  jusqu'à 
100°,  et  Dobson  (ibid.,  p.  466)  fit  la  même  remarque  dans  des 
cas  où  la  chaleur  était  portée  encore  bien  plus  haut. 

Ces  faits  engagèrent  l'illustre  physiologiste  J.  Hunter  à  publier 
ses  expériences,  commencées  déjà  en  1 766  (Philosophical  Transac- 
tions, 1775-78).  Ce  célèbre  médecin  montra  que  les  animaux 
pouvaient  supporter  le  froid  extérieur,  par  la  raison  qu'ils  produi- 
saient en  eux-mêmes  assez  de  chaleur  pour  rétablir  l'équilibre 
thermique, 

J.  Hunter  observa  le  premier  |l'augmentation  de  la  température 
dans  les  inflammations  (il  signala  pour  la  première  fois  ce  fait 
à  la  suite  d'une  opération  d'hydrocèle  —  Works,  édit.  1857, 
vol.  III,  p.  558)  et  combattit  l'opinion  qui  tendait  à  considérer  la 
chaleur  propre  comme  le  résultat  du  mouvement  du  sang.  «  Vrai- 
semblablement, dit-il,  la  chaleur  dépend  d'un  autre  principe  inti- 
mement uni  à  la  vie  et  indépendant  de  la  circulation  aussi  bien  que 
de  la  sensation  et  de  la  volonté,  et  ce  principe  même  est  une 
force  qui  soutient  et  règle  la  machine.  »  Il  ne  peut  cependant 
réussir  à  déterminer  le  siège  de  cette  force  et  il  tend  à  la  placer 
dans  l'estomac. 

Peu  de  temps  après,  parut  en  France  le  remarquable  travail  snr 
la  chaleur  de  Lavoisier,  l'inventeur  de  l'oxygène  et  le  réformateur 
de  la  chimie  (Mémoires  de  l'Académie,  1780).  Il  chercha  avec  La- 
place  les  causes  de  la  chaleur  animale,  et  cet  illustre  auteur  l'at- 
tribua aux  combinaisons  chimiques  de  l'oxygène  avec  l'hydrogène 
et  le  carbone  dans  la  respiration.  Voici  comment  il  s'exprime  : 


HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  51 

«  La  machine  animale  est  gouvernée  par  trois  grands  régulateurs  : 
la  respiration  qui  consume  l'oxygène  et  le  carbone  et  produit  la 
chaleur  ;  la  transpiration  qui,  selon  les  besoins,  diminue  et  sous- 
trait le  calorique,  et  la  digestion  qui  restitue  au  sang  ce  que  la 
respiration  et  la  transpiration  lui  ont  fait  perdre.  »  Bien  que  La- 
voisier  considère  la  combustion  de  l'oxygène  et  du  carbone  comme 
cause  de  la  chaleur  propre,  il  n'exclut  pas  pour  cela  les  autres  pro- 
cessus chimiques  thermogènes.  —  Pour  lui,  le  siège  de  la  for- 
mation de  la  chaleur  doit  être  placé  dans  les  poumons. 

En  Angleterre,  également,  Crawfort  (De  colori  animait,  1779. 
Experiments  and  Observations  an  animal  heat,  1786,  et  2e  édit., 
1788)  cherche  les  sources  de  la  chaleur  animale  dans  les  actes  chi- 
miques de  la  respiration  ;  il  suppose  qu'il  se  dégage  du  calorique 
parce  que  la  chaleur  spécifique  de  l'air  est  plus  grande  que  celle 
de  l'acide  carbonique.  11  dirige  en  outre  son  attention  sur  quelques 
écarts  pathologiques  de  la  chaleur  propre,  en  particulier  sur  la 
température  de  quelques  parties  enflammées  et  cherche  à  interpré- 
ter ses  expériences  en  faveur  de  sa  théorie. 

4.  Vers  la  fin  du  siècle  dernier  parut  un  ouvrage  qui,  tout  en 
restant  à  l'écart  des  hypothèses  et  des  discussions  théoriques, 
présente  une  éminente  signification  pratique  ;  cet  ouvrage  met  à 
profit,  pour  la  première  fois  depuis  de Haën,  les  observations  ther- 
mométriques  pour  la  médecine  elle-même,  notamment  pour  les 
indications  thérapeutiques  et  pour  le  contrôle  des  médications  : 
c'est  le  travail  de  James  Currie  (Médical  Reports  on  the  effects  of 
mater  cold  and  warm  as  aremedy  in  fever  and  other  diseases). 
■ —  Presque  partout  dans  cet  ouvrage,  les  mensurations  thermo- 
métriques accompagnent  les  observations  des  maladies  et  la  ther- 
mométrie  pénètre  toute  la  pratique  de  Currie.  C'est  d'après  les 
altérations  de  la  chaleur  propre  des  malades  qu'il  examine  les  ef- 
fets de  l'eau  tant  froide  que  chaude,  de  la  digitale,  de  l'opium,  de 
l'alcool,  de  la  diète.  —  Il  regarde  la  perspiration  cutanée  comme 
le  régulateur  de  la  température  (p.  620). 

La  valeur  seméiologique  accordée  par  Currie  à  la  température 
dans  les  fièvres  ressort  clairement  du  passage  suivant  (que  le  tra- 
ducteur allemand  Hegewisch  aurait  voulu,  d'après  ce  qu'il  dit 
lui-même,  supprimer,  s'il  n'avait  jugé  utile  de  le  conserver  comme 


52  HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

un  curieux  document  du  triste  état  de  la  médecine  en  Angle- 
terre) :  «  Though  I  am  far  from  thinking  that  fever,  properly  so 
called,  consists  merely  of  a  séries  of  phaenomena  originating  in 
a  morbid  accumulation  of  beat  in  the  System,  yet  this  symptom 
evidently  occurs  more  or  less  early  in  that  disease  »  (p.  624).  Il 
dit  plus  loin  :  «  That  some  advantages  are  to  be  obtained  from  a_ 
strict  attention  to  the  state  of  the  heat  in  fever  and  to  the  pro- 
per  function  of  the  perspiration,  this  volume  affords,  if  I  do  not 
deceive  myself,  important  proofs.  A  careful  attention  to  the 
changes  of  the  animal  heat  and  to  the  state  of  those  functions, 
on  which  it  dépends  and  by  which  it  is  regulated,  though  more 
requisite  in  fébrile  diseases  perhaps  than  in  others  is  however  of 
importance  throughout  the  vhole  circle  of  diseases»  (p.  621). 
Quoique  l'ouvrage  de  Currie  ait  eu  plusieurs  éditions  en  Angle- 
terre et  ait  été  très-favorablement  accueilli  par  la  critique,  il  n'a 
cependant  pas  exercé  à  cette  époque  de  notable  influence  dans  le 
monde  médical  britannique.  —  En  Allemagne  il  fut  moins  appré- 
cié encore.  La  traduction  de  la  première  partie  de  ce  traité,  faite 
par  Michaelis,  fut  à  peine  remarquée,  et  le  traducteur  du  second 
volume,  llegewisch,  déplore  que  la  première  partie  ne  semblât 
même  pas  être  connue  des  Allemands.  —  Sa  part  de  traduction 
parait  avoir  eu  le  même  sort  dans  le  principe  et  ce  ne  fut  que 
quinze  ans  après  que  Hufeland  tira  momentanément  de  l'oubli 
l'ouvrage  de  Currie. 

5.  Tandis  que  les  praticiens  de  tous  les  pays,  à  l'exception  tou- 
tefois de  Hufeland,  négligèrent  l'étude  de  la  température  dans 
les  maladies,  les  physiologistes  persistèrent  à  considérer  les  phé- 
nomènes chimiques  de  la  respiration  comme  la  source  de  la  cha- 
leur animale  et  la  théorie  de  Lavoisier,  universellement  adoptée, 
trouva  à  peine  quelques  contradicteurs  :  (Vacca  Berlinghieri 
[Esame  delta  teoria  di  Crawfort], Buntzen«t  quelques  autres).  Ce- 
pendant, les  recherches  de  Coleman  (Diss.  on  suspended  respi- 
ration, 1791)  et  le  travail  de  Saissy  (Recherche  sur  la  physique 
des  animaux  hibernants,  1808)  fournirent  quelques  faits  intéres- 
sants qui  semblaient  en  opposition  avec  cette  théorie. 

A  cette  époque,  B.-C.  Brodie,  en  Angleterre,  s'éleva  contre  la 
doctrine  qui  faisait  provenir  la  chaleur  animale  des  processus 


HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  55 

chimiques  de  la  respiration  (Some  Phijsiological  researches  respec- 
ting  the  influence  of  the  brain  on  the  action  of  the  heat  and  on 
génération  of  animal  heat.  [Philosophie.  Transactions,  p.  56, 
1810]  et  Fnrther  expemments  and  observations  on  the  influence 
of  the  brain  in  the  génération  of  animal  heat,  1812,  p.  578).  Il 
avait  constaté,  dans  ses  expériences,  que  chez  les  animaux  déca- 
pités après  la  ligature  préalable  des  vaisseaux  du  cou,  quand  on  en- 
tretenait artificiellement  la  respiration  et  la  circulation  pendant 
plusieurs  heures,  la  température,  malgré  la  transformation  inces- 
sante du  sang  veineux  en  sang  artériel,  s'abaissait  plus  vite  que 
chez  les  animaux  auxquels  la  respiration  artificielle  n'avait  pas 
été  faite  après  leur  décollation.  Il  conclut  de  là  que  la  transfor- 
mation du  sang  veineux  en  sang  artériel  dans  l'acte  respiratoire 
ne  produit  pas  de  chaleur  et  il  cherche  la  source  thermique  dans 
le  système  nerveux. 

Cette  assertion,  en  provoquant  une  polémique  très-vive,  sus- 
cita des  recherches  ultérieures  sur  les  conditions  thermogéniques. 
—  Dalton  et  surtout  John  Davy  (Philosophie.  Transactions,  1814, 
p.  590)  combattirent  avec  ardeur  la  théorie  de  Brodie  ;  ce  der- 
nier entreprit  des  recherches  sur  la  chaleur  spécifique  du  sang 
artériel  et  du  sang  veineux  et  examina  comparativement  les  qua- 
lités de  ces  deux  liquides.  —  Parmi  les  adversaires  de  Brodie,  il 
faut  citer  en  outre  :  Haie  (mémoire  publié  dans  les  Archives  de 
Meckel,  t.  III,  p.  429)  et  Legallois  (ibid.,  p.  456). 

D'un  autre  côté,  Nasse,  le  traducteur  allemand  de  l'ouvrage  de 
Brodie,  se  rangea  résolument  du  côté  de  celui-ci  {Archives  de  Pœil 
et  d'Autenrieth,  1815,  vol.  XII,  p.  404-446).  —  Earle  crut  même 
pouvoir  appuyer  l'opinion  de  Brodie  sur  des  observations  patholo- 
giques (Medico-chirurgic.  Transactions,  t.  VII,  p.  175).  —  Chos- 
sat,  se  fondant  sur  ses  nombreuses  expériences  physiologiques,  as- 
sura que  la  source  de  la  chaleur  animale  se  trouvai V  dans  le 
sympathique  (mémoire  Sur  Vinfluence  du  système  nerveux  sur  la 
chaleur  animale.  Thèse  de  Paris,  1820).  A  la  suite  de  ces  dis- 
cussions, l'Académie  de  Paris  mit  au  concours  la  question  des  ori- 
gines de  la  chaleur  animale.  —  Deux  mémoires  furent  présentés  : 
celui  deDulong  (lu  en  décembre  1822)  et  celui  deDespretz  (lu  en 
janvier  1825).  Tous  les  deux  se  prononcèrent  en  faveur  de. la 
théorie  de  Lavoisier.  —  Ces  auteurs,  en  déterminant  chez  les  ani- 


54  HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

maux  la  quantité  de  l'oxygène  inspiré,  et  de  l'acide  carbonique 
exhalé  par  la  respiration,  mirent  l'excédant  d'oxygène  sur  le 
compte  de  la  formation  d'eau.  —  Puis  ils  calculèrent  la  quantité 
de  chaleur  que  devaient  produire  la  combinaison  de  l'oxygène 
absorbé  avec  le  carbone  de  l'acide  carbonique  exhalé  et  la  com- 
binaison supposée  de  l'oxygène  en  excès  avec  une  quantité  corres- 
pondante d'hydrogène,  et  ils  comparèrent  ensuite  ces  résultats 
avec  la  quantité  de  chaleur  constatée  sur  les  animaux  par  le  pro- 
cédé calorimétrique  (dont  ils  ont  été  les  promoteurs  dans  les  re- 
cherches physiologiques).  —  Mais,  ayant  trouvé  par  cette  voie  de 
comparaison  un  excédant  de  chaleur  produite,  ils  furent  conduits 
à  admettre  l'existence  d'autres  sources  de  chaleurs  dans  l'orga- 
nisme animal  en  dehors  des  processus  thermogènes  de  la  respi- 
ration. 

6.  Au  moment  où  ces  discussions  théoriques  étaient  soulevées, 
les  observations  directes  sur  la  température  humaine  devinrent 
très-rares. 

Gentil  étudia  cependant  les  différences  thermiques  produites 
par  l'âge,  le  tempérament,  le  sexe  et  les  différentes  heures  de 
la  journée  (De  la  chaleur  animale.  —  Diss.  inaugurale.  Paris, 
1815;  citée  par  Deyeux  dans  les  Annales  de  chimie,  t.  XCVI, 
p.  45). 

Thomson  fit  un  travail  sur  la  chaleur  produite  dans  les  parties 
enflammées  (reproduit  dans  les  Archives  cleMeckel.  Voy.  p.  405). 

Peu  de  temps  après  parurent  en  Allemagne  deux  travaux  d'une 
certaine  valeur  pratique  qui  se  rattachent  à  celui  de  Currie.  En 
effet,  Hufeland  avait,  en  1821,  mis  au  concours  l'examen  des  ex- 
périences de  Currie  sur  l'action  de  l'eau  dans  les  maladies  fébri- 
les ;  la  deuxième  partie  du  programme  renfermait  les  propositions 
suivantes  :  «  Faire  une  série  d'expériences  individuelles,  dans  le 
but  de  modérer  l'intensité  delà  chaleur  fébrile  par  l'usage  externe 
de  l'eau,  selon  la  méthode  de  Currie.  —  L'emploi  du  thermomè- 
tre, avant  et  après  l'application  de  l'eau,  et  l'indication  du  chiffre 
des  pulsations  paraissent  devoir  être  exigées  à  cet  effet.  » 

Des  trois  mémoires  couronnés  et  imprimés  dans  le  volume  sup- 
plémentaire du  journal  de  Hufeland  (année  1822),  le  troisième 
(celui  de  Pitschaft)  est  sans  valeur.  En  revanche,  ceux  d'Antoine 


HISTORIQUE  DE  LA  THER.M0MÉTR1E  MÉDICALE.  55 

Frôlich  (de  Vienne)  et  de  Reuss  (d'Aschaffenbourg)  renferment 
d'utiles  et  remarquables  contributions  à  la  thermométrie  patholo- 
gique. 

On  peut  trouver  quelques  mensurations  thermiques  dans  la  thèse 
de  Lucas  (Expérimenta  circa  famem,  1824). 

Bailly  a  écrit  un  mémoire  sur  l'altération  de  la  chaleur  animale 
dans  les  fièvres   algides  (Revue  médicale,  1825,  V.  p.  584). 

Everard  Home  (On  the  influence  ofnerves  and  ganglions  in  pro- 
ducin g  animal  heat,  in  Philosophie.  Transactions,  1825,  p.  257) 
a  contesté  les  résultats  thermiques  exagérés  que  Grainville  préten- 
dait avoir  observés  sur  un  utérus  gravide  dont  la  température  au- 
rait, selon  cet  auteur,  atteint  une  élévation  vraiment  incroyable 
(11.8°  F.). 

Edwards  (De  l'influence  des  agents  physiques  sur  la  vie,  1824) 
a  exposé  l'ensemble  des  faits  connus  jusqu'à  cette  époque  relative- 
ment à  la  chaleur  animale. 

7.  Dans  les  dix  années  qui  suivirent  1850,  il  ne  parut  également 
que  très-peu  d'observations  complètes  et  méthodiques  sur  les  mo- 
dalités thermiques  dans  l'état  de  santé  et  dans  les  maladies. 

Il  faut  ranger  dans  cette  catégorie  les  excellentes  recherches  de 
Breschet  et  Becquerel  (1855.  Annales  des  sciences  naturelles, 
2m°  série,  Zoologie,  t.  III,  IV  et  IX)  qui,  il  est  vrai,  n'ont  accordé 
qu'une  faible  attention  aux  conditions  pathologiques.  A  l'aide 
d'un  appareil  thermo-électrique  d'une  extrême  sensibilité,  ces  au- 
teurs ont  examiné  les  différences  de  température  dans  les  diverses 
parties  du  corps;  ils  ont  aussi  constaté  une  certaine  augmentation 
thermique  dans  les  parties  enflammées. 

Le  travail  presque  exclusivement  zoophysiologique  de  Berger, 
et  ayant  trait  à  peine  à  la  pathologie,  embrasse  l'étude  de  la  tem- 
pérature des  différentes  espèces  d'animaux  (faits  relatifs  à  la  con- 
struction d'une  échelle  de  degrés  de  la  chaleur  animale  dans  les 
mémoires  de  la  Société  de  physique  et  d'Histoire  naturelle  de  Genè- 
ve, t.  VI,  2,ue  partie,  p.  257,  et  1856,  t.  VII,  p.  1). 

Edwards  a  écrit  un  article  analytique  dans  Y  Encyclopédie  de 
Todd  (vol.  II,  p.  648,  1856-59). 

Les  publications  purement  médicales  de  cette  époque  sont  d'un 
bien  moindre  intérêt. 


56  HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMETRIE  MEDICALE. 

Collard  de  Martigny  fit  paraître,  en  1852,  dans  le  Journal  com- 
plémentaire (t.  XLIII,  p.  268)  un  travail  sur  l'influence  de  la  circu- 
lation générale  et  pulmonaire  sur  la  chaleur  du  sang  et  de  celle 
de  ce  fluide  sur  la  chaleur  animale. 

L'article  sur  la  chaleur  animale  inséré  dans  le  Dictionnaire  en 
50  volumes  (1854,  t.  VII,  p.  175)  est  divisé  en  deux  parties  :  la 
première,  purement  physiologique,  est  écrite  par  P.  H.  Bérard, 
tandis  que  la  seconde,  consacrée  aux  applications  pathologiques, 
est  signée  par  Chomel,  le  premier  clinicien  de  France  à  cette, 
époque.  Chomel,  il  est  vrai,  attache  un  grand  prix  à  la  tempéra- 
ture, mais  il  pense  que  la  main  suffit  à  la  déterminer  et  que  le 
thermomètre  ne  peut  donner  qu'une  idée  imparfaite  de  l'élévation 
thermique  et  n'indique  nullement  les  autres  modifications  de  la 
température  humaine. 

En  revanche,  Bouillaud,  dans  sa  Clinique  médicale  (t.  I, 
p.  294;  t.  III,  p.  426),  assure  avoir  pris  plus  de  trois  cents  ob- 
servations thermiques. 

Donné  (Arch.  génér.  de  médec. ,  2'1,e  série,  t.  IX,  p.  129)  a  examiné 
la  température  chez  un  très-grand  nombre  de  malades,  en  compa- 
rant ses  variations  avec  la  fréquence  du  pouls  et  de  la  respiration. 

Piorry  (Traité  du  diagnostic,  t.  III,  p.  28,  1858)  reconnaît  la 
nécessité  de  la  mensuration  de  la  température  cutanée  dans  plu- 
sieurs cas  morbides  et  cite  à  ce  sujet  le  passage  suivant  de  Biot  : 
«  Lorsqu'on  voit  tant  de  résultats  obtenus  parle  seul  secours  d'un 
peu  de  mercure  enfermé  dans  un  tube  de  verre  et  qu'on  songe 
qu'un  morceau  de  fer  suspendu  sur  un  pivot  a  fait  découvrir  le 
nouveau  monde,  on  conçoit  que  rien  de  ce  qui  peut  agrandir  et 
perfectionner  les  sens  de  l'homme  ne  doit  être  pris  en  légère  con- 
sidération. » 

Piorry  a  adapté  un  thermomètre  à  son  stéthoscope  et  a  fait 
ressortir  avec  éloquence  toute  la  valeur  de  la  thermométrie  ;  mais 
les  précautions  qu'il  recommande  de  prendre  pour  la  mensuration 
sont  à  la  fois  si  nombreuses  et  si  pénibles  qu'elles  suffiraient  pres- 
que à  éloigner  de  ce  moyen  d'investigation. 

Malgré  les  conditions  minutieuses  prescrites  par  lui,  ses  pro- 
pres observations  sont  toutes  inexactes  et  improbables.  Il  a  trouvé 
à  l'état  de. santé  des^  températures  axillaires  s'élevantà  32°  R.  et 
au-dessus  ;  chez  un  certain  nombre  de  malades,  il  a   noté  des  élé- 


HISTORIQUE  DE  LA  TI1ERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  7>1 

vations  thermiques  de  54°,  56°  et  même  58°  R.  (cette  dernière 
température  se  rapporte  à  un  cas  de  fièvre  typhoïde)  ;  dans  un 
prurigo  apyrétique,  il  a  constaté  à  l'aisselle  54°  et  à  l'épigastre 
55°.  Il  a  pratiqué  en  outre  des  mensurations  isolées  chez  91  in- 
dividus, sur  différents  points  du  corps,  mais  on  conçoit  l'impossi- 
bilité de  mettre  à  profit  des  observations  aussi  inexactes. 

B.  Brodie  rapporta,  en  1857,  ses  expériences  sur  l'élévation  de 
la  température  après  la  section  de  la  moelle  épinière  et  son  cas 
d'hémorrhagie  traumatique  dans  la  portion  supérieure  de  la  moelle 
accompagné  d'une  énorme  augmentation  thermique  (Path.  and 
surgical  observations  relating  to  injuries  ofthe  spinal  cord,  — in 
Médico-chirurgie,  translations ,  t.  XX,  p.  118). 

En  1837,  parut  àDorpat,  une  dissertation  insignifiante  de  Wis- 
tinghausen  {Decalore  animali  quadam)  ayant  trait  aux  causes  de 
la  chaleur  animale  et  de  sa  constance. 

Fricke  (de  Hambourg)  (Zeitschrift  fur  à.  gesammte  Med.  1858. 
—  Heft  5)  a  fait  des  recherches  comparatives  sur  la  température 
axillaire  et  vaginale  avant  et  pendant  la  menstruation  et  a  trouvé 
clans  ce  dernier  cas  une  légère  élévation  thermique. 

Frédéric  Hasse  a  publié  en  1859  {Untersuchungen  zur  Physio- 
logie und  Pathologie  von  Friedrich  und  Hermann  Nasse.  —  Bd  ïï, 
Heft  I,  p.  115)  de  nouvelles  recherches  sur  la  relation  de  la  cha- 
leur animale  avec  le  système  nerveux  et  Hermann  Nasse  (Ibid., 
190)  a  communiqué  clans  le  même  travail  des  expériences  sur  l'in- 
fluence thermogène  du  cerveau  et  de  la  moelle. 

Gavarret  (journal  l'Expérience,  1859)  confirma  le  fait  déjà 
trouvé  par  deïlaën,  mais  resté  jusque-là  dans  l'oubli,  que  la  tem- 
pérature du  tronc  présente  pendant  le  frisson  fébrile  des  élévations 
aussi  considérables  que  dans  le  stade  de  chaleur. 

La  thermométrie  normale  a  surtout  été  enrichie  à  cette  époque 
par  les  travaux  de  John  Davy  qui  a  consigné  et  réuni  dans  ses  re- 
cherches physiologiques  et  anatomiques  (1859)  toutes  ses  publi- 
cations antérieures.  En  résumé,  les  travaux  sur  la  chaleur  animale 
sont  restés  épars  et  clair-semés  dans  cette  période  décennale.  — 
Aussi,  Nasse,  a-t-il  très-bien  peint  la  situation  en  disant  :  Dans  ces 
dix  dernières  années  l'étude  de  la  chaleur  animale  a  été  beaucoup 
plus  négligée  qu'auparavant;  elle  est  même  resté  presque  complè- 
tement stationnaire. 


58  HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉ 'I  RIE  MÉDICALE. 

8.  Entre  1 840  et  1850  commence  une  série  continue  de  recher- 
ches de  plus  en  plus  sérieuses  et  exactes  sur  la  température  du 
corps,  tant  à  l'état  sain  que  dans  les  maladies. 

A  dater  seulement  de  cette  époque,  les  faits  de  thermométrie 
normale  et  pathologique  furent  recueillis  en  plus  grand  nom- 
bre et  avec  plus  de  méthode. 

Au  point  de  vue  de  l'observation  clinique  et  abstraction  faite  de 
toute  hypothèse  théorique,  quelques  auteurs  avaient  déjà  reconnu 
l'importance  de  la  mensuration  thermique  pour  apprécier  la  gra- 
vité d'une  maladie,  son  amélioration  ou  ses  progrès  ;  d'autres 
avaient  fixé  leur  attention  sur  l'élévation  de  la  température  mor- 
bide considérée  en  elle-même  ou  dans  ses  rapports  avec  quelques 
symptômes  particuliers  (pouls,  etc.);  mais  personne  (depuis 
Currie)  n'avait  tenté  de  soumettre  à  une  loi  régulière  l'évolution 
morbide  de  la  température  ;  l'existence  delà  thermonomie  patho- 
logique n'avait  pas  même  été  soupçonnée  ! 

Andral  que  nous  retrouvons  partout  et  toujours  à  la  tête  du  vrai 
progrès  de  son  temps,  a  aussi  été  le  premier  à  reconnaître  la  va- 
leur clinique  de  la  thermométrie  et,  en  1841,  dans  son  cours  de 
pathologie  générale,  il  a  formulé  un  certain  nombre  de  lois 
positives  sur  l'augmentation  de  la  température  clans  les  maladies. 

En  réponse  à  la  question  posée  par  la  Faculté  de  Halle  :  Quœnam 
sit  ratio  calons  organici  partium  inflammatione  laborantium,  in- 
vestigetur  experimentis  accuratius  faciendis.  —  Gierse  fit  paraî- 
tre, en  1842,  une  remarquable  dissertation  qu'il  compléta  ulté- 
rieurement par  des  mensurations  soigneuses.  —  Il  ne  s'était  pas 
contenté  d'examiner  la  température  de  la  peau  et  des  muqueuses, 
artificiellement  ou  spontanément  enflammées,  mais  il  avait  aussi 
observé  la  marche  de  la  température  chez  les  féhricitants  (dans 
plusieurs  cas,  de  fièvre  intermittente,  de  scarlatine,  de  rougeole  et 
d'autres  pyrexies).  Il  avait  également  examiné  la  température  du 
vagin  pendant  la  menstruation  et  pendant  la  grossesse,  et  pris  sur 
lui-même  des  observations  thermométriques  aux  différentes  heures 
de  la  journée.  —  Enfin  il  a  ajouté  encore  à  ces  précieux  travaux 
des  recherches  sur  les  plantes.  Les  résultats  de  Gierse  ont  été  pen- 
dant longtemps  regardés  et  cités  comme  les  plus  importants  sur 
la  matière  et  ils  conservent  encore  aujourd'hui  une  valeur  consi- 
dérable. 


HISTORIQUE  DE  LA  TÏIECMOMÉTRIE  MÉDICALE.  59 

Les  mensurations  thermiques  pratiquées  par  Hallmann  et  inter- 
calées dans  son  travail  sur  le  traitement  rationnel  de  la  fièvre 
typhoïde  (1844),  quoique  peu  appréciés  pendant  assez  longtemps, 
n'en  sont  pas  moins  très-intéressantes.  —  Pénétré  de  l'utilité  de 
la  thermométrie  médicale  et  de  sa  valeur  clinique,  Hallmann  s'est 
appuyé  de  préférence  sur  les  résultats  fournis  par  l'observation  de 
la  température  dans  la  fièvre  typhoïde  pour  préconiser  contre  cette 
maladie  le  traitement  hydrothérapique.  îî  a  en  outre  fait  un  cer- 
tain nombre  d'expériences  sur  les  variations  thermiques  chez  les 
individus  sains  soumis  à  diverses  influences. 

En  France,  vers  1845,  furent  publiées  les  recherches  expéri- 
mentales de  Chossat  sur  l'inanition  (Mém.  de  l'Académie  royale 
des  sciences,  t.  VIII,  p.  458)  qui,  du  reste,  avaient  été  déjà  dépo- 
sées à  l'Académie  depuis  1858. 

Dans  la  deuxième  partie  de  son  travail  (à  partir  de  la  page  552), 
Chossat  étudie  les  effets  de  l'inanition  sur  la  chaleur  animale,  et  à 
ce  sujet  il  discute  avec  soin  les  variations  quotidiennes  de  la  tempé- 
rature à  l'état  normal.  11  considère  les  écarts  entre  la  température 
du  jour  et  celle  de  la  nuit  comme  une  preuve  «  que  les  combinai- 
sons d'où  résultent  les  dégagements  de  la  chaleur  animale  se  font 
essentiellement  sous  l'influence  nerveuse  »  (p.  554).  Il  examine 
ensuite  l'abaissement  thermique  dans  l'abstinence  complète,  ainsi 
que  dans  les  cas  d'alimentation  insuffisante  et  indique  les  minima 
que  la  température  peut  présenter  dans  la  mort  par  inanition. 

Les  recherches  de  H.  Roger  sur  la  température  chez  les  enfants 
à  l'état  physiologique  et  pathologique,  publiées  à  partir  de  1844, 
dans  les  Archives  générales  de  médecine  (série  iv,  t.  IV -IX),  sont 
très-intéressantes,  quoique  exécutées  sur  un  plan  trop  restreint  et 
dépourvues  en  partie  des  précautions  qui  garantissent  la  certitude 
des  résultats.  —  Après  avoir  traité  la  question  de  la  technique  ther- 
mométrique, Roger  consacre  une  partie  de  son  travail  à  l'étude  de 
la  température  physiologique  des  nouveau-nés  (depuis  la  naissance 
jusqu'à  la  première  semaine  et  même  plus  tard),  puis  il  examine  les 
modifications  thermiques  que  produisent  chez  les  enfants  la  fièvre 
éphémère,  la  fièvre  typhoïde,  les  fièvres  intermittentes,  la  variole, 
la  scarlatine,  la  rougeole,  l'érysipèle,  le  rhumatisme,  la  péricar- 
dite  et  l'hypertrophie  du  cœur,  la  stomatite,  l'entérite,  la  dysen- 
terie, la  méningite,  l'encéphalite,  la  laryngite,  la  bronchite,  la 


40  HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMETRIE  MEDICALE, 

pleurésie,  la' pneumonie,  la  tuberculose,  la  coqueluche,  la  chorée, 
les  hydropisies,  le  rachitisme  et  la  paralysie  ;  il  termine  par  l'é- 
tude de  la  température  dans  la  gangrène  de  la  bouche,  et  dans 
l'œdème  des  nouveau-nés. 

Il  résume  à  la  fin  de  son  travail  le  résultat  de  ses  recherches,  au 
point  de  vue  pratique,  c'est-à-dire  sous  le  rapport  de  leur  appli- 
cation au  diagnostic  et  au  pronostic.  —  Personne  avant  cet  auteur 
n'avait  réuni  encore  un  ensemble  aussi  considérable  de  faits  ther- 
mométriques et  il  a  su  parfaitement  apprécier  la  valeur  clinique 
de  ses  recherches. 

Si,  malgré  son  étendue,  son  travail  ne  fait  pas  suffisamment  res- 
sortir toute  l'importance  de  la  thermométrie  pathologique,  il  fa-ut 
en  chercher  la  raison  dans  ce  fait  que  Roger  avait  trop  rarement 
répété  ses  mensurations  dans  chaque  cas  isolé.  Il  n'avait  pratiqué 
en  général  qu'une, seule  mensuration,  car  il  avait  plus  de  tendance 
à  comparer  les  degrés  d'élévation  dans  différentes  maladies  et  à 
fixer  la  limite  inférieure  extrême  que'  la  température  pouvait  at- 
teindre, qu'à  étudier  l'évolution  thermique  propre  à  chaque  mala- 
die, ce  qui,  cependant,  constituait  le  point  essentiel.  Néanmoins, 
les  conclusions  de  son  travail  plein  d'observations  exactes  sont  en- 
core aujourd'hui  du  plus  grand  intérêt. 

Demarquay  a  publié  un  mémoire  de  pathologie  expérimentale 
dans  lequel  il  examine  l'influence  de  la  douleur,  de  l'hémorrhagie, 
de  la  ligature  des  vaisseaux,  des  inflammations  traumatiques,  des 
étranglements  intestinaux,  de  l'action  des  différents  agents  toxi- 
ques sur  la  température  des  animaux  (Recherches  expérimentales 
sur  la  température.  — Dissert.,  1847).  L'année  suivante  il  a  en- 
trepris avec  Duméril  des  expériences  relatives  à  l'influence  dépres- 
sive del'éther  et  du  chloroforme  sur  la  température  (1848.  Archiv. 
génér.  de  médec,  t.  XVI  ;  4me  série,  p.  189). 

A  la  même  époque,  G.  Zimmermann,  chirurgien  militaire  à 
Hamm,  commençait  à  faire  de  nombreuses  observations  sur  la  tem- 
pérature. Ses  premiers  travaux,  publiés  en  Prusse  dans  le  Medic. 
d.  Vereins  fur  Hellkunde  (1846,  n°  50  et  40),  furent  peu  de  temps 
après  suivis  de  nombreuses  recherches  insérées  dans  le  même  jour- 
nal (1847,  n°  19-20  et  55-56),  dans  le  Prager  med.  Viertel, 
1847,  R.  IV,  p.  1,  dans  les  Archives  de  Chimie  et  de  Micrographie, 
(184)  et  dans  son  traité  Sur  V analyse  du  sang.  —  Avec  l'année 


HISTORIQUE  DE  L\  TIIERMOMÉTR1E  MÉDICALE.  41 

1850,  commence  une  nouvelle  série  de  publications  faites  par  ce 
médecin  :  en  premier  lieu,  dans  les  Archiv  fur  physiologisch. 
Heilkunde  (1850,  p.  285),  dans  la  première  livraison  d'une  Revue 
scientifique  dont  il  était  lui-même  le  rédacteur  (Archiv  fiïr  Patho- 
logie und  Thérapie,  1850),  dans  Deutsche  Klinik,  1851,  n°56,  et 
1852,  n°  9  ;  dans  le  journal  médical  trimestriel  de  Prague  (Pra- 
ger  medicin.  Vierteljahrsclirift,  1852,  B.  IV,  S.  97)  clans  la 
Gazette  médicale  de  la  Santé  (Med.  Zeitung  der  Vereins  fur  Heil- 
kunde in  Preussen,  1852)  ,  surtout  dans  une  brochure  spéciale  : 
Pœcherches  cliniques  sur  la  fièvre,  V inflammation  et  les  crises, 
1854.  —  Zimmermann  a  eu  le  grand  et  incontestable  mérite  de 
poursuivre  avec  une  rare  persévérance  ses  observations  de  thermo- 
métrie  clinique  à  une  époque  où  l'importance  de  cette  étude  était 
méconnue  de  tous.  Aussi  peut-on  lui  pardonner  ses  paroles  violen- 
tes et  acerbes  contre  ses  antagonistes,  qui  mettaient  en  doute  la 
valeur  de  ce  nouveau  mode  d'observation. 

Zimmermann  nous  a  laissé  un  nombre  très-imposant  de  publi- 
cations sérieuses.  Mais  leur  abondance  et  leur  étendue  ont,  il  est 
vrai,  peu  encouragé  les  auteurs  à  le  suivre  dans  cette  voie.  Sans 
parler  de  la  quantité  considérable  de  faits  importants  qu'ils  ren- 
ferment, ses  travaux  ont  en  outre  l'avantage  d'avoir  posé  d'une 
façon  claire  et  précise  l'indépendance  absolue  des  élévations  ther- 
miques anomales  dans  les  processus  inflammatoires  locaux,  et  l'aug- 
mentation de  chaleur  des  parties  phlogosées. 

Grâce  sans  doute  à  l'heureuse  influence  de  Nasse  qui,  à  cette 
époque,  paraissait  être  le  seul  clinicien  de  l'Allemagne  et  qui  s'in- 
téressait vivement  à  l'étude  de  la  thermométrie,  parut  à  Bonn  la 
dissertation  inaugurale  de  J.  Peter  Schmitz  :  De  calore  in  morho, 
accompagnée  de  près  de  trois  cents  mensurations  thermiques  pri- 
ses dans  différentes  maladies  (1849). 

A  ces  travaux  pratiques  se  rattachent  les  recherches  de  John 
Davy  que  nous  avons  précédemment  mentionnées  et  qui  renferment 
un  certain  nombre  de  faits  simplement  observés,  sans  déductions 
théoriques,  mais  qui  peuvent  être  utiles  par  leur  synthèse  et  leur 
généralisation. 

John  Davy,  depuis  1844  jusqu'à  1850,  a  publié  un  certain  nom- 
bre de  travaux  d'une  importance  de  plus  en  plus  grande,  qu'il  a 
réunis  en  1865  dans  ses  Physiological  Researches.  Ils  ont  trait 


42  HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTR1E  MÉDICALE. 

à  la  température  chez  les  vieillards,  à  l'influence  de  la  tem- 
pérature du  milieu  ambiant  sur  la  chaleur  animale,  aux  fluc- 
tuations quotidiennes  de  la  température,  à  l'influence  ther- 
mique des  saisons,  des  mouvements  actifs,  de  la  contention 
d'esprit,  de  la  diète,  du  mal  de  mer.  Ces  études  faites  aussi 
bien  dans  les  pays  froids  que  dans  les  climats  tropicaux,  ren- 
ferment encore  quelques  autres  considérations  de  moindre  im- 
portance. 

Quoique  ces  recherches  ne  puissent  en  tous  points  prétendre  à 
une  exactitude  complète,  elles  n'en  renferment  pas  moins  une 
série  de  notions  élémentaires  d'une  grande  valeur. 

Quelques  autres  physiologistes  se  sont  appliqués  à  l'étude  de 
certains  points  de  la  chaleur  animale.  Fourcault,  Flourens,  et  sur- 
tout Magendie  ont  fourni  des  contributions  expérimentales  à  la 
physiologie  thermique. 

Bergmann  a  fait  paraître  en  1845  dans  les  Archives  de  Millier 
(1840)  un  travail  critique  sur  la  chaleur  animale,  et  en  1847  [Gôt- 
tinger  Studien,  p.  595)  un  mémoire  sur  le  rapport  qui  existe  entre 
le  volume  des  animaux  et  leur  économie  thermique. 

Helmholtz  publia  en  1846  un  article  de  fond  très-complet  sur  la 
chaleur  dans  le  Dictionnaire  encyclopédique  des  sciences  médicales 
de  Berlin  (livr.  XXV,  p.  525),  et  ce  célèbre  physiologiste  fournissait 
en  1848  la  preuve  du  développement  de  chaleur  produit  par  l'ac- 
tion musculaire. 

Un  traité  de  Donders  traduit  du  hollandais  parut  en  1847  ;  il 
avait  pour  titre  la  Nutrition  comme  source  de  chaleur  dans  les 
plantes  et  chez  les  animaux.  A  ces  travaux  physiologiques  nous 
devons  rattacher  encore  le  traité  de  Frédéric  Nasse  intitulé  Com- 
bustion et  respiration  (1846). 

9.  C'est  surtout  à  partir  de  1850  que  la  théorie  de  la  chaleur  en 
général  et  de  la  chaleur  animale  en  particulier  a  fait  les  plus 
grands  progrès.  Des  principes  nouveaux  qui,  au  début,  parais- 
saient insignifiants,  vont  maintenant  dominer  toute  la  doctrine  de 
la  thermologie. 

11  faut  mentionner  en  premier  lieu  l'opinion  de  Liebig  sur  l'ori- 
gine de  la  chaleur  animale,  fondée  moins  sur  des  expériences 
directes  que  sur  des  conceptions  judicieuses  et  habiles.  Elle  réside, 


HISTORIQUE  DE  LA  TIIERMOMETRIE  MEDICALE.  ',5 

selon  lui,  dans  les  échanges  réciproques  entre  les  parties  consti- 
tuantes des  aliments  et  l'oxygène  répandu  dans  le  corps  par  l'in- 
termédiaire de  la  circulation.  (De  la  chimie  organique  et  de  ses 
applications  à  la  physiologie  et  à  la  patliologie,  1842).  —  Les 
hypothèses  émises  par  Liebig  dans  ce  traité  ne  sont  pas  toutes 
soutenables  :  ainsi,  il  est  difficile  de  maintenir  dans  toute  sa 
rigueur  la  distinction  qu'il  établit  entre  les  aliments  plastiques 
et  les  aliments  respiratoires  thermogènes  ;  sa  digression  dans  le 
domaine  de  la  pathologie  n'est  pas  précisément  heureuse.  Quoi 
qu'il  en  soit,  les  conclusions  faisant  dériver  la  chaleur  animale 
des  processus  chimiques  et  en  particulier  des  oxydations  intersti- 
tielles, persistent  dans  toute  leur  intégrité  et  dans  leur  plus  com- 
plète signification.  L'édifice  dont  Lavoisier  avait  posé  les  premiers 
fondements,  étayé  et  accru  par  Liebig,  recevait  ainsi  son  couron- 
nement, et  la  théorie  de  l'illustre  savant  français  se  trouvait  désor- 
mais à  l'abri  de  toute  attaque. 

Mais  la  connaissance  plus  approfondie  de  la  nature  singulière 
des  agents  dits  impondérables,  des  forces  chimiques  et  du  mouve- 
ment devait  bientôt  conduire  à  une  conception  toute  nouvelle  qui 
ramenait  tous  les  processus  physiques  et  chimiques  à  une  force 
unique.  Celle-ci  pouvait  se  présenter  sous  forme  de  lumière, 
comme  celle  du  soleil,  foyer  inépuisable  de  lumière,  tantôt  comme 
différence  chimique  se  transformant  bientôt  en  chaleur  ;  ou  bien 
en  tant  qu'effet  mécanique  (mouvement)  se  changeant  en  élec- 
tricité. 

Dans  toutes  ces  modalités,  dans  toutes  ces  transformations,  cette 
force  reste  toujours  constante  dans  la  nature  inorganique  aussi 
bien  qu'organique. 

Cette  idée  sublime  destinée  à  faire  époque  appartient  au  docteur 
J.  R.  Mayer,  médecin  à  Heilbronn,  et  se  trouve  pour  la  première 
fois  émise  dans  son  court  travail  sur  les  forces  de  la  nature  inani- 
mée (Annales  de  Wôhler  et  Liebig,  mai  1842),  puis  développée 
dans  son  opuscule  sur  le  mouvement  organique  et  ses  rapports  avec 
la  nutrition  (1845).  Sa  théorie  du  mouvement  considéré  comme 
équivalent  mécanique  de  la  chaleur,  au  début  très-incomplète, 
après  avoir  progressivement  acquis  toute  son  extension  et  sa  véri- 
table portée  est  devenue  la  base  des  doctrines  modernes  ayant  trait 
à  la  nature  de  la  chaleur,  aux  forces  naturelles  en  général,  à  leur 


44  HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

conservation  et  à  leurs  transformations  mutuelles;  lorsque  dix  ans 
plus  tard  Helmholtz  appliqua  ces  mêmes  idées  à  la  science  en 
général,  leur  influence  sur  l'étude  de  la  chaleur  entreprise  sur 
ces  bases  nouvelles  est  devenue  décisive  et  radicale.  Aussi  encore 
aujourd'hui  en  tous  lieux  chacun  s'accorde  à  proclamer  que  Mayer 
est  le  véritable  inventeur  de  la  théorie  mécanique  des  forces  natu- 
relles. 

«  Ex  nihilo  nilfit  :  nil  fit  ad  nihilum,  »  dit  Mayer  (le  Mouve- 
ment organique.,  p.  5).  L'effet  est  semblable  à  la  cause,  l'effet  d'une 
force  est  à  son  tour  une  force.  Il  n'y  a  donc  en  réalité  qu'une  seule 
et  même  force  qui,  dans  son  éternelle  transformation  agit  inces- 
samment aussi  bien  chez  les  êtres  vivants  que  clans  la  nature  ina- 
nimée. Toujours  quand  elle  entre  en  jeu  cette  force  se  transforme 
(p.  6).  La  chaleur  est  une  force  :  elle  se  change  en  effet  mécanique 
(p.  10).  La  combinaison  chimique  est  une  force,  sa  transforma- 
tion en  chaleur  produit  la  combustion  (p.  55).  Dans  tous  les  actes 
physiques  et  chimiques  la  susdite  force  conserve  la  même  inten- 
sité :  c'est  une  constante  mathématique  (p.  52).  L'unique  source 
de  la  chaleur  animale  est  un  processus  chimique,  et  dans  l'espèce 
c'est  un  processus  d'oxydation  (p.  46).  La  force  chimique  renfer- 
mée dans  les  aliments  ingérés  et  dans  l'oxygène  absorbé  par  la 
respiration  est  la  cause  productrice  des  deux  manifestations  dyna- 
miques du  mouvement  et  de  la  chaleur,  et  la  somme  des  forces 
physiques  produites  dans  un  être  vivant  est  égale  à  l'intensité  des 
processus  chimiques  qui  se  sont  opérés  dans  le  même  temps 
(p.  45). 

Ces  données  qui  ont  déjà  été  si  fructueusement  utilisées  en  phy- 
sique et  en  physiologie,  ne  peuvent  manquer  de  s'étendre  tôt  ou 
tard  à  la  pathologie,  quoique  dans  ce  cas  leur  application  soit 
rendue  extrêmement  difficile  par  la  multiplicité  des  conditions 
morbides  si  obscures  et  si  complexes. 

Mayer,  dans  son  célèbre  travail,  n'a  pas  seulement,  par  sa 
théorie,  jeté  un  jour  tout  nouveau  sur  beaucoup  d'actes  physiolo- 
giques, mais  il  a  encore  éclairé  de  la  façon  la  plus  ingénieuse 
quelques  points  de  pathologie.  Dans  son  travail  sur  la  fièvre 
sont  consignées  des  applications  pathologiques  plus  complètes  et 
plus  étendues  de  sa  théorie  (Archiv  der  Heilkunde,  1862,  page 
585). 


HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉÏRIE  MÉDICALE.  45 

Peu  de  temps  après  Mayer,  Joule  (de  Manchester)  a  démontré  ex- 
périmentalement le  rapport  invariable  qui  existe  entre  la  chaleur 
et  la  force  mécanique,  eu  établissant  que  une  quantité  donnée  de 
force  produit  une  quantité  déterminée  de  chaleur,  et  que,  d'autre 
part,  la  quantité  de  chaleur  qui  accroît  d'un  degré  la  température 
d'une  certaine  masse  d'eau  est  capable  de  produire  une  action  mé- 
canique d'une  intensité  proportionnelle.  —  C'est  de  là  qu'ont  pris 
naissance  la  notion  et  le  terme  de  kilogrammètre  pour  désigner  la 
force  mécanique  nécessaire  et  suffisante  pour  élever  un  kilogramme 
d'eau  à  la  hauteur  d'un  mètre  (ou  un  gramme  à  la  hauteur  d'un  ki- 
lomètre). On  a  ainsi  trouvé  que  la  chaleur  qui  peut'augmenterd'un 
degré  la  température  d'un  kilogramme  d'eau,  élevé  à  un  mètre, 
est  424  kilogrammes,  et  inversemenLque  cette  même  force  mécani- 
que qui  produit  cette  dernière  action,  fait  croître  d'un  degréla  tem- 
pérature d'un  kilogramme  d'eau  ;  en  d'autres  termes  que  l'équiva- 
lent mécanique  de  la  chaleur  (la  quantité  de  chaleur  nécessaire 
pour  échauffer  d'un  degré  un  kilogramme  d'eau,  étant  prise  pour 
unité)  =  424  kilogrammètres. 

Ilirn  (de  Colmar),  s'appuyant  sur  des  expériences  directes,  a 
prouvé  que  la  production  de  chaleur  dans  le  travail  ne  correspon- 
dait pas  à  la  quantité  d'oxygène  consumé  et  qu'elle  se  transformait 
elle-même  en  partie  en  travail.  Tandis  que  dans  le  repos  absolu,  il 
se  consume  clans  une  heure  50  grammes  d'oxygène  et  il  se  produit 
155  calories  ;  pour  un  travail  de27,450  kilogrammètres  à  l'heure, 
la  consommation  d'oxygène  est  de  152,  et  la  chaleur  produite  at- 
teint à  peine  251  calories;  en  comparant  ces  résultats,  on  voit  que 
la  dépense  d'oxygène  dans  le  second  cas  est  4  fois  §  plus  grande, 
tandis  que  la  chaleur  produite  esta  peine  augmentée  de  1  fois  f. 
Par  conséquent,  la  différence  a  dû  servir  d'aliment  au  travail. 

Il  faudrait,  pour  approfondir  ces  travaux,  entrer  dans  de  plus 
amples  détails  ;  qu'il  nous  suffise  de  montrer  ainsi  l'impulsion 
nouvelle  que  l'initiative  de  Mayer  a  imprimée  à  l'étude  de  la  cha- 
leur. 

10.  Dans  ces  dix  dernières  années,  la  thermométrie  est  entrée 
dans  une  nouvelle  voie  toute  pratique  et  a  ainsi  atteint  son  plus 
complet  développement. 

Deux  médecins  allemands  avaient  déjà,  depuis  1850  et  1851, 


46  HISTORIQUE  DE  LA  THEUMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

publié  d'importantes  observations  au  point  de  vue  de  la  thermo- 
métrie  clinique    c'étaient  :  Bœrensprung  et  Traube. 

La  question  de  priorité  entre  ces  deux  auteurs  reste  encore 
douteuse. 

Traube  avait  déjà  publié  avant  Bœrensprung  ses  premières  men- 
surations thermiques  dans  son  mémoire  sur  l'action  de  la  digitale 
envisagée  surtout  au  point  de  vue  de  son  influence  sur  la  tempé- 
rature dans  les  maladies  fébriles  (Annales  de  la  Charité,  1850, 
p.  622)  ;  mais,  clans  d'autres  publications  faites  la  même  année  (en 
mars  et  en  juin),  il  avoue  qu'il  n'a  pas  encore  appliqué  le  thermo- 
mètre sur  les  pneumoniques.  Son  premier  cas  renfermant  des 
tracés  thermiques  est  une  fièvre  typhoïde  observée  le  18  juin 
1850. 

Le  travail  de  Bserensprung  intitulé  Recherches  sur  la  tempéra- 
ture du  fœtus  et  de  l' adulte  à  l'état  physiologique  et  morbide^  parut 
en  185!  dans  les  Archives  deMûller;  par  conséquent,  bien  après  la 
première  publication  de  Traube.  Mais  l'abondance  des  matériaux 
réunis  dans  cet  ouvrage  permettent  de  supposer  que  ses  recher- 
ches ont  été  antérieures  à  celles  de  Traube. 

Ainsi  donc  il  importe  fort  peu  de  juger  la  question  de  priorité 
entre  ces  deux  éminents  observateurs  qui  ont  travaillé  simultané- 
ment le  même  sujet  à  i'insu  l'un  de  l'autre,  et  alors  même  que 
l'un  d'eux  aurait  eu  le  mérite  de  l'initiative,  la  valeur  de  l'autre 
n'en  serait  nullement  amoindrie. 

Le  travail  de  Bœrensprung  est  un  ouvrage  vraiment  classique  : 
il  pose  en  effet  tous  les  principes  fondamentaux  de  la  thermomé- 
trie,  il  étudie  la  température  dans  ses  innombrables  modalités,  et 
les  résultats  de  toutes  ses  recherches  sont  d'une  telle  exactitude 
qu'ils  ont  servi  de  base  aux  observations  ultérieures.  Les  faits  qui 
jusque-là  n'était  qu'imparfaitement  connus  ou  incomplètement 
tracés  dans  quelques  écrits  douteux,  se  trouvent  maintenant,  grâce 
aux  travaux  de  Bœrensprung,  généralisés,  répandus,  approfondis, 
rassemblés  enfin  et  constituent,  en  un  mot,  un  corps  de  doctrine.  Si, 
malgré  cela^  son  œuvre  n'a  pas  exercé  sur  les  praticiens  l'influence 
qu'elle  aurait  pu  avoir  et  à  laquelle  son  mérite  lui  donnaitledroit.de 
prétendre,  il  faut  en  chercher  la  cause  dans  les  précautions  minu- 
tieuses dont  il  a  entouré  sa  méthode  d'investigation.  Mais  cette 
exactitude  même  n'est  elle  pas  une  garantie  nouvelle  pour  un  ob- 


HISTORIQUE  DE  LA  THEKMOMÊTRIE  MÉDICALE.  47 

servateur  consciencieux  ?  11  est  vrai  que  les  doubles  décimales  que 
Bœrensprung  avait  cru  devoir  ajouter  à  l'échelle  thermométrique, 
l'importance  qu'il  ajoutait  à  des  différences  de  T'0  de  degré  (et 
même  moins),  l'obligation  qu'il  imposait  de  laisser  le  thermomè- 
tre appliqué  pendant  une  demi-heure  pour  chaque  mensuration, 
devaient  rendre  la  thermométrie  fort  peu  séduisante  pour  la  pra- 
tique et  pouvaient  même  la  faire  paraître  incommode  et  imprati- 
cable dans  la  clientèle  privée  et  exceptionnellement  possible  dans 
la  pratique  nosocomiale. 

Les  recherches  thermométriques  de  Traube,  au  contraire,  tout 
en  portant  l'empreinte  d'un  esprit  éminemment  observateur,  et 
entreprises  dans  le  but  d'élucider  des  questions  a  la  fois  théori- 
ques et  classiques  (action  de  la  digitale,  crises,  jours  critiques)  ont 
démontré  qu'il  existe  un  moyen  d'éclaircir  les  points  les  plus 
obscurs  et  les  plus  controversés  de  la  pathologie  :  ce  précieux  et 
incomparable  instrument  est  le  thermomètre. 

H .  J'ai  moi-même  commencé,  sous  l'instigation  de  Traube  lui- 
même,  des  mensurations  thermiques  à  partir  du  mois  d'octobre 
1851.  L'emploi  du  thermomètre,  réservé  au  début  à  certains  cas 
particuliers,  acquit  peu  à  peu  une  plus  grande  extension  dans  ma 
clinique  et  fut  continué  avec  beaucoup  de  soins  et  de  persévérance. 
Depuis  dix-sept  ans,  il  n'entre  pas  un  seul  malade  dans  mon  ser- 
vice dont  la  température  ne  soit  prise  régulièrement.  Tandis 
qu'au  début  je  me  contentais  de  deux  mensurations  par  jour,  de- 
puis près  de  douze  ans,  la  température  des  fébricitants  est  prise 
quatre  à  six  fois  par  jour  et  quelquefois  même  plus  souvent  encore 
s'il  y  a  lieu.  Le  nombre  des  observations  recueillies  dans  ma  cli- 
nique et  accompagnées  de  tracés  thermométriques  s'élève  à  plus 
de  25,000  et  j'évalue  à  plusieurs  millions  le  chiffre  des  mensura- 
tions isolées. 

Je  me  suis  proposé  tout  d'abord  l'étude  aussi  complète  que  pos- 
sible de  révolution  de  la  température  dans  les  maladies,  abstrac- 
tion faite  de  toutes  considérations  théoriques  et,  sans  me  laisser 
égarer  au  début  par  la  recherche  de  quelques  faits  isolés  ou  de 
questions  posées  à  l'avance,  voulant  surtout^annihiler  l'influence 
des  cas  fortuits  par  le  nombre  même  des  observations  rassem- 
blées. 


48  HISTORIQUE  DE  LA  TUERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

Comme  mes  observations  se  comptent  par  centaines  de  mille, 
elles  me  semblent  constituer  une  donnée  suffisante  pour  répondre 
à  la  question,  à  mon  sens,  la  plus  importante,  la  plus  sérieuse  et 
qui  domine  toutes  les  autres  ;  c'est-à-dire  celle  de  savoir  s'il  existe 
une  loi  qui  régisse  le  cours  régulier  de  certaines  formes  morbides, 
et  s'il  nous  est  permis  de  la  connaître  et  de  la  préciser  d'après  la 
marche  de  la  température  ? 

La  réponse  affirmative  à  cette  question  pourrait  déjà  nous  être 
donnée  par  l'examen  d'une  maladie  aiguë  la  plus  grave  :  la  lièvre 
typhoïde,  et  par  celui  d'une  épidémie  de  typhus  exanthématique, 
il  est  vrai  légère  et  de  courte  durée,  que  j'ai  très-attentivement 
observée  à  Leipzig. 

Une  observation  attentive  et  un  examen  scrupuleux  m'ont  fait  éga- 
lement reconnaître  la  régularité  du  cours  des  autres  formes  mor- 
bides. —  Je  me  suis  ainsi  fermement  convaincu  de  la  valeur  incal- 
culable de  la  thermométrie.  Je  suis  si  profondément  pénétré  de  son 
utilité  pratique,  que  personne  auparavant  n'avait  soupçonnée, 'que 
je  voudrais  faire  partager  aux  autres  ma  ferme  et  inébranlable  con- 
viction. 

Je  crois  avoir  fait  des  recherches  d'un  certain  intérêt  et  les  avoir 
corroborées,  vérifiées,  et  confirmées  complètement.  —  Sans  parler 
des  communications  faites  par  mon  ancien  interne  (M.  Thierfelder) 
sur  la  fièvre  typhoïde,  ni  de  mes  propres  publications  relatives  au 
typhus  exanthématique  et  de  mes  considérations  générales  sur 
l'évolution  thermique  dans  certaines  maladies,  insérées  dans  mon 
Traité  de  pathologie  et  de  thérapeutique  (deuxième  édition)  ;  déjà 
six  ou  sept  ans  après  avoir  entrepris  mes  premières  mensurations 
dans  ma  clinique,  j'avais  établi  les  points  les  plus  importants  et 
les  données  les  plus  utiles  de  la  thermométrie;  plus  tard,  j'ai  re- 
cherché, d'après  de  nouveaux  cas,  les  différentes  applications  de 
cette  méthode  à  la  pathologie  et  les  éléments  nombreux  qu'elle 
pouvait  fournir  au  diagnostic. 

[Voir  mes  travaux  dans  les  Archives  de  médecine  physiologique 
(Arch.  fur  phijsiol.  Heilkunde,  1857  et  58)  et  dans  les  Archives  de 
médecine  (Arch.  fiïrHeilkunde,  1860-69).]  Néanmoins,  la  réunion 
des  immenses  matériaux  que  j'avais  déjà  à  ma  disposition,  et  qui 
m'ont  permis  d'établir  des  principes  généraux  et  de  déterminer  le 
cours  normal  et  régulier  des  formes  morbides,  m'eût  semblé  une 


HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.]  49 

œuvre  au-dessus  de  mes  forces,  si  je  n'avais  été  aidé  dans  ma  tâche  par 
un  certain  nombre  de  collaborateurs  intelligents  et  dévoués  qui 
ont  bien  voulu  travailler,  nuit  et  jour,  à  la  révision  et  au  classement 
de  mes  observations.  La  plupart  d'entre  eux  ont  déjà  traité,  dans 
des  publications  spéciales,  un  certain  nombre  de  questions  relatives 
à  la  thermométrie,  en  s'appuyant  d'une  part  sur  leurs  propres  expé- 
riences, et  en  puisant  d'autre  part  les  éléments  de  leurs  travaux 
dans  les  archives  de  ma  clinique  recueillies  depuis  seize  ans. 

J'éprouve  le  besoin  de  citer  les  noms  de  mes  collaborateurs  et  de 
mes  anciens  élèves,  et  de  leur  renouveler  ici  tous  mes  remercîments. 
Ce  sont  :  MM.  les  docteurs  Thierfelder  (depuis  professeur  de  clinique 
à  Bostock),  Uhle  (d'abord  professeur  de  clinique  à  Dorpat,  puis  à 
Iéna),  Friedmann  (médecin  praticien),  Rosser,  Nakonz,  Geissler 
(aide  de  clinique  et  professeur),  Wolf,  Blass,  Thomas  (professeur 
et  directeur  de  la  Polyclinique),  Siegel  (médecin  à  Leipzig), 
Schenkel,  Treibmann,  Friedlander,  Heinze  ;  mes  internes  actuels, 
les  docteurs  Heubner,  Stecher  et  Hankel,  enfin  la  plupart  de  mes 
anciens  élèves,  qui  ont  aussi  publié  d'intéressantes  études  de  ther- 
mométrie, en  particulier  MM.  les  docteurs  Seume,  Michael  et 
Hûbler,  etc. 

Je  dois,  il  est  vrai,  reconnaître  que  ma  tâche  n'est  pas  restée 
infructueuse. 

Les  mensurations  thermiques  dont  on  avait  osé  sourire  après  les 
premières  communications  que  j'en  avais  faites  dans  ma  clinique 
et  qu'un  critique  français  avait  regardées  comme  des  tentatives  in- 
fructueuses, tout  au  plus  applicables  dans  les  petits  hospices  alle- 
mands où  le  nombre  des  malades  est  à  peu  près  égal  à  celui  des 
médecins,  ces  mensurations,  dis-je,  se  sont  généralisées  aussi  bien 
dans  tous  les  établissements  cliniques  de  l'Allemagne  que  dans  la 
plupart  des  hôpitaux,  sont  même  devenues  usuelles  dans  la  prati- 
que civile  et  sont  aujourd'hui  considérées  comme  une  partie  essen- 
tielle de  l'étude  des  fièvres. 

Que  l'on  compare  l'état  de  la  thermométrie,  il  y  a  dix  ans,  avec 
le  développement  qu'elle  a  acquis  aujourd'hui,  et  l'on  verra  qu'il 
est  peu  de  doctrines  scientifiques  qui  aient  fait  de  plus  grands  et 
de  plus  rapides  progrès.  C'est  principalement  sur  les  modalités  de 
la  température  que  l'attention  a  été  le  plus  vivement  attirée. 

R.  Litchenfels  et  R.  Frôhlich  ont  étudié,  à  plusieurs  points  de 


50  HISTORIQUE  DE  LA.  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

vue,  les  conditions  de  température  à  l'état  hygide  ainsi  que  ses  mo- 
difications et  ses  changements  (Observations  sur  les  lois  de  la  fré- 
quence du  pouls  et  de  la  température  à  l'état  physiologique  et 
sous  l'influence  de  certaines  causes  —  in  Denkschr.  der  Wiener 
Académie,  1852,  Math.naturivissenschafl.  Classe,  Bd.  III,Abth.  2, 
p.  115).  Parmi  les  travaux  qui  se  rattachent  à  ce  sujet,  nous  de- 
vons citer  ici  ceux  de  :  Damrosch  (Sur  les  fluctuations  quotidiennes 
de  la  température  de  l'homme  à  l'état  de  santé,  in  Deutsche  Klinïk, 
1855,  p.  515);  Knauthe  (Tracés  de  la  température  physiologique 
prise  toutes  les  demi-heures  et  tous  les  quarts  d'heure,  in  Zeitschrift 
fur  Medicin,  1865,  Heft  8)  ;  W.  Ogle  (On  the  diumal  variations 
in  the  temp.  of  the  human  body  in  Saint-Georges  hospit.  reports, 
1866,  1,  221)  ;  Jûrgensen  (Sur  la  marche  typique  de  la  tempéra- 
ture quotidienne  chez  l'homme  bien  portant,  in  Deutsches  Arch. 
fùrUinisch.  Medici?i,  1867,  t.  III,  p.  166). 

Les  modifications  imprimées  à  la  température  par  la  grossesse, 
par  la  parturition  et  les  couches,  aussi  bien  que  les  modalités  ther- 
miques des  nouveau-nés  ont  été  l'objet  de  recherches  conscien- 
cieuses qui,  du  reste,  ont  été  confirmées  plus  tard.  —  L'état  de  la 
température  après  les  traumatismes  a  été  aussi  étudié  avec  le  plus 
grand  soin,  notamment  par  Billroth  et  par  0.  Weber.  Grâce  à 
leurs  travaux,  la  thermométrie  est  entrée  dans  la  pratique  chirur- 
gicale. 

Quant  aux  maladies  internes,  elles  ont  été  le  sujet  d'un  très- 
grand  nombre  d'observations  thermométriques.  —  Les  faits  rap- 
portés par  Bœrensprung,  Traube  et  ceux  de  ma  clinique  me  sem- 
blent déjà  considérables  par  eux-mêmes,  et  l'on  doit  encore  y 
ajouter  toutes  les  observations  ultérieures  qui  ont  servi  à  confir- 
mer les  principes  déjà  établis  ou  à  élucider  quelques  points  spé- 
ciaux. Nous  aurons  occasion  de  les  citer  à  propos  de  chaque  mala- 
die en  particulier.  ■ —  Les  travaux  d'ensemble  ont  été  entrepris  par 
Jenni  (Observations  sur  la  température  dans  les  maladies,  1860), 
Wolf  (Aperçu  général  des  observations  thermométriques  faites  jus- 
qu'à ce  jour,  in  Archiv  des  Vereins  fur  wissenschaft.  Heilkunde, 
1864,  neueFolge,  t.  I,  p.  561)  et  l'on  peut  trouver  un  bon  résumé 
analytique  dans  le  Traité  de  pathologie  générale  de  Uhle  et  Wagner 
(3Aufl.,p.  557-560). 

L'emploi  du  thermomètre  dans  les  maladies  a  exercé  une  in- 


HISTORIQUE  DE  LA  THERMOMÉTME  MÉDICALE.  51 

fluence  incontestable  sur  l'administration  plus  rationnelle  des 
bains  froids  dans  la  fièvre  typhoïde  et  dans  quelques  autres  mala- 
dies. A  cet  égard,  Brand  (de  Stettin)  a  frayé  la  voie  nouvelle,  bien- 
tôt suivie  par  Bartels  et  Jùrgensen,  Liebermeister,  Ziemssen, 
Obernier,  Wahl,  Barth,  Mosler,  Immermann,  qui,  tous,  ont  plus 
ou  moins  préconisé  le  traitement  hydrothérapique  dans  les  mala- 
dies fébriles. 

De  toutes  parts,  à  l'étranger,  en  Hollande,  en  Bussie,  en  France, 
en  Italie,  en  Angleterre  et  jusqu'aux  Etats-Unis,  la  tiiermométrie 
médicale  est  entrée  dans  la  pratique,  et  quoique  j'ai  trouvé  mes 
travaux  ou  ceux  de  mes  élèves  et  de  mes  internes  fidèlement  repro- 
duits (parfois  sans  que  mon  nom  soit  même  mentionné)  dans  les 
nombreuses  publications  étrangères,  elles  n'en  renferment  pas 
moins  parfois  d'intéressantes  recherches  personnelles.  —  Nous 
devons  citer  en  premier  lieu  les  importants  travaux  de  tiiermomé- 
trie publiés  en  Russie  par  des  médecins  qui,  pour  la  plupart,  sont 
d'origne  allemande.  —  En  Hollande,  van  Fokker  a  fait  paraître, 
en  1865,  un  résumé  général  des  éléments  delà  tiiermométrie  : 
Over  de  Temperatuur  van  den  Mensch  in  gezandenen  zieken 
tœstand.  —  En  France,  non-seulement  on  trouve  de  très-nombreu- 
ses dissertations  sur  ce  sujet  (thèses  de  Maurice,  Spielmann,  Fou- 
que,  Aronssohn,  Hardy,  Duclos,  etc.);  mais  encore  plusieurs 
médecins  distingués,  connaissant  la  littérature  allemande,  ont  fait 
ressortir  toute  l'importance  de  la  tiiermométrie  clinique  ;  au  pre- 
mier rang  doivent  se  placer  Charcot  (dans  plusieurs  mémoires  et 
travaux),  et  Jaccoud (Leçons  de  clinique  médicale,  1867,  et  Traité 
de  pathologie  interne,  1869,  p.  72-92). 

A  Genève,  Ladé  a  fait  un  bon  travail  sur  la  température  du  corps 
dans  les  maladies  (1866),  ainsi  que  Ladame,  à  Neufchàtel  :  Le 
thermomètre  au  Ut  du  malade  ;  recherches  physiologiques  et  pa- 
thologiques sur  la  température  de  l'homme  in  Bulletins  de  la 
société  des  sciences  naturelles  de  ISeufchâtel. 

En  Amérique,  Bennet  Dowler  (de  New-Orléans),  aurait,  d'après 
Lewick  (Pennsylv.  Hosp.  Reports,  1868, 1. 1,  p.  582),  déjà  bien 
avant  1851,  entrepris  un  certain  nombre  d'expériences  (Resear- 
ches  in  to  animal  heatin  the  living  and  dead  body),  publiées  beau- 
coup plus  tard  (1856)  dans  le  New-York  médical  Gazette  (juillet) 
et  dans  le   New-Orleans  med.  and  surgical  Journal.    —  Seguin 


52  HISTORIQUE  DE  U  THERMOMÉTRIË  MÉDICALE. 

(Médical  record,  1866;  t.  I,  p.  516)  a  surtout  fait  connaître  nos 
travaux  en  Amérique,  et,  grâce  à  lui,  la  thermométrie  s'est  ainsi 
répandue  et  vulgarisée.  —  En  Angleterre,  John  Simon  et  puis 
surtout  Sidney  Ringer  (On  the  température  ofthebody  as  a  means 
of  diagnosis  in  phthisis  and  tuberculosis,  1865)  et  Aitkin  (cet  au- 
teur dans  son  traité  intitulé  :  Science  and  praclice  of  médiane,  a 
publié  mes  observations  sur  chaque  maladie  fébrile  en  particulier 
ainsi  que  la  plupart  de  mes  tracés  thermiques)  ;  ces  trois  derniers 
ont,  par  leurs  travaux,  fait  ressortir  d'une  façon  saisissante  la  va- 
leur de  la  thermométrie  et  ont  réussi  à  convaincre  leurs  compa- 
triotes des  précieux  avantages  de  ce  nouveau  mode  d'investigation. 
Plusieurs  médecins  distingués  de  l'Angleterre  ont  imprimé  tout 
récemment  à  la  thermométrie  pathologique  une  impulsion  à  la- 
quelle sans  nul  doute  les  derniers  travaux  allemands,  en  particu- 
lier ceux  de  Weber  et  deBaumler,  ne  sont  certainement  pas  restés 
étrangers.  Voyez  les  articles  de  Compton  (dans  Dublin  Journal, 
août  1866),  de  Grimshaw  (ibid.,  niai,  1867),  de  Warter  (St-Bar- 
ilwlom.  Hospit.  Reports,  !866),M'Cormak  (Med. Times  and  Gazet., 
1866),  Gibson  (British  med.  Journal,  1866),  Smith  (Edin'b.  med. 
Journal,  1866),  et  bien  d'autres  encore. 

12.  Tandis  que  les  observations  directes  de  la  température  chez 
les  malades  se  multipliaient  et  que  la  thermométrie  pathologique 
se  trouvait  ainsi  constituée,  dans  ces  dernières  années  appa- 
raissaient en  même  temps  les  recherches  et  les  discussions  théo- 
riques. 

Nous  devons  en  premier  lieu  signaler  les  traités  généraux,  les 
mémoires  et  les  travaux  sur  la  chaleur  en  général  et  sur  la  cha- 
leur animale  en  particulier. 

F.  Nasse  :  Chaleur  animale  (Rud.  Wagner's  Handwôrterbuch 
der  Physiologie,  1855;  Bd.  IV,  p.  1). 

Gavarret  :  De  la  chaleur  produite  par  les  êtres  vivants  (1855). 
A.  Fick  :  Physique  médicale  (1856,  p.  162). 
G. -A.  Hirn  :  Recherches  sur  V  équivalent  mécanique  delà  cha- 
leur (Colmar,1858;  2meédit.,  1865). 

G.  Zeuner  :  Essais  sur  la  théorie  mécanique  de  la  chaleur  avec 
des  considérations  spéciales  sur  Pévaporation  (1860);  deuxième 
édition  complètement  revue  et  corrigée  (1866). 


HISTORIQUE  DE  LÀ  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  53 

C.  Ludvwg  :  Traité  de  Physiologie  humaine;  2me  édit,  1861 
(t.  II,  p.  719-758). 

R.Clausius  :  Mémoire  sur  la  théorie  mécanique  de  la  chaleur 
(1864). 

John  Tyndall  :  La  chaleur  considérée  comme  un  mode  de  mou- 
vement (traduit  de  l'anglais  par  l'abbé  Moigno,  1864). 

Bertelot  :  Sur  la  chaleur  animale  clans  le  Journal  de  Vanatomie 
et  de  la  physiologie  normale  et  pathologique,  de  Robin  (t.  II, 
p.  652)  et  dans  la  Gazette  médicale  de  Paris  (c.  XX,  p.  474  ; 
1865). 

Onimus  :  De  la  théorie  dynamique  de  la  chaleur  (1866)  dans 
les  Comptes  rendus  de  la  société  de  biologie. 

R.  Mayer  :  Mécanique  de  la  chaleur,  1867  (résumé  de  ses  pu- 
blications antérieures).  Voyez  aussi  les  chapitres  spéciaux  dans 
les  récents  dictionnaires  de  physique  et  de  physiologie. 

Les  nombreuses  recherches  expérimentales  et  les  discussions 
théoriques  qui  s'y  rattachent  sont  également  du  plus  haut  intérêt 
au  point  de  vue  de  l'interprétation  des  faits  pathologiques  et  de 
l'explication  des  causes  de  la  chaleur  fébrile.  —  Les  expériences 
entreprises  par  Cl.  Bernard,  depuis  1852,  n'ont  pas  peu  contribué 
à  démontrer  l'influence  que  les  nerfs  vasculaires  exercent  sur  la 
température. 

Un  grand  nombre  de  physiologistes  distingués  se  sont  occu- 
pés de  cette  intéressante  question.  —  Les  travaux  de  Liebermeis- 
ter  (1859)  sur  la  répartition  de  la  chaleur  dans  le  corps  des  ani- 
maux ont  fait  le  sujet  de  nouvelles  recherches.  La  théorie  de  la 
fièvre,  émise  par  Traube  (1865),  qui  se  demandait  si  la  chaleur 
fébrile  était  le  résultat  d'une  déperdition  moindre  ou  d'une  pro- 
duction exagérée,  a  soulevé  de  très-vives  discussions.  —  En  même 
temps,  Billroth  et  0.  Weber  recherchaient  par  voie  expérimentale 
l'étiologie  de  la  fièvre,  et  leur  méthode  a  trouvé  depuis  un  très- 
grand  nombre  d'imitateurs. 

Nous  aurons  l'occasion  de  citer  dans  le  courant  de  notre  ouvrage 
les  travaux  spéciaux  qui  se  rattachent  à  notre  sujet. 


BUT  ET  UTILITÉ  PRATIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE 


\ .  C'est  à  juste  titre  que  la  médecine  nouvelle  ajoute  la  plus 
grande  importance  aux  phénomènes  objectifs  et  en  particulier  aux 
signes  physiques. 

Or  la  température  d'un  malade  fait  partie  des  signes  physi- 
ques et  objectifs  de  la  maladie  :  la  thermométrie  se  rattache  donc 
au  même  ordre  de  moyens  de  diagnostic  que  la  percussion,  l'aus- 
cultation, etc.,  et,  par  conséquent,  tous  les  avantages  attribués 
à  ces  précieuses  méthodes  d'investigation  sont  également  appli- 
cables à  la  thermométrie. 

Mais  la  thermométrie  surpasse  même  tous  ces  procédés,  en  ce 
qu'elle  fournit  des  signes  pour  ainsi  dire  pondérables,  qui  peuvent 
être  exprimés  et  évalués  en  chiffres,  et,  partant,  un  élément  dia- 
gnostic indiscutable,  indépendant  de  l'observateur  aussi  bien  que 
de  l'exercice  et  de  la  finesse  de  ses  sens,  et  qui  possède  en  un  mot 
une  exactitude  mathématique. — De  tous  les  phénomènes  morbides 
dont  le  corps  humain  peut  être  le  siège,  il  en  est  peu  qui  puissent 
se  prêter  à  un  examen  aussi  vrai  et  aussi  sûr. 

Les  résultats  obtenus  par  le  thermomètre  ont  encore  un  second 
avantage  sur  ceux  que  fournissent  les  autres  procédés  d'explora- 
tion. Tandis  que  ceux-ci  ne  nous  révèlent  que  Jdes  modifications 
locales  fixes  et  invariables  ou  à  peine  susceptibles  de  modifications 
lentes,  la  mensuration  de  la  température  nous  permet  de  constater 


BUT  ET  UTILITÉ  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  55 

des  états  éphémères  et  changeants,  dont  les  oscillations  normales 
sont,  il  est  vrai,  peu  considérables,  mais  qui,  dans  les  maladies, 
présentent  des  écarts  et  des  variations  relativement  énormes,  in- 
dices de  perturbations  profondes  dans  l'organisme. 

La  température  est  donc  une  sorte  d'échelle  graduée,  non-seu- 
lement nette,  mais  sensible,  servant  à  mesurer  l'intensité  des 
processus  morbides  qui  ne  se  manifestent  encore  par  aucun  symp- 
tôme, ou  du  moins  ne  se  révèlent  qu'avec  lenteur  et  très-tardive- 
ment. 

Outre  ces  précieux  avantages,  la  thermométrie  en  possède 
encore  un  autre  qui  lui  permet  de  revendiquer  une  place  spéciale 
parmi  les  procédés  physiques  d'observation.  Ceux-ci,  en  effet,  ne 
s'appliquent  qu'à  la  recherche  de  la  lésion  locale,  tandis  que  la 
thermométrie  complète  ces  données  insuffisantes  en  appréciant 
un  phénomène  du  ressort  de  l'état  général  de  l'organisme. 

Ainsi,  grâce  aux  nombreux  matériaux  fournis  par  une  mensu- 
ration exacte,  la  thermométrie  ouvre  aux  médecins  une  voie  nou- 
velle et  inaccessible  à  toute  autre  méthode  d'investigation,  c'est- 
à-dire  l'étude  pathologique  de  la  vie.  —  Elle  permet,  en  effet, 
d'apprécier  les  perturbations  survenues  dans  l'état  général  de 
l'organisme  vivant  et  l'importance  de  cette  étude' est  d'autant  plus 
grande  dans  les  maladies  que  les  troubles  généraux  ont  une  signi- 
fication plus  essentielle  et  plus  décisive. 

La  thermométrie  chez  les  malades  est  donc  une  méthode  objec- 
tive d'examen  physique  qui  fournit  des  données  d'une  exactitude 
mathématique  et  pouvant  être  appréciées  et  évaluées  par  des  chif- 
fres numériques  et  des  signes  assez  sensibles  pour  suivre,  pas  à 
pas,  les  progrès  des  altérations  de  l'organisme.  Elle  donne  encore 
un  précieux  élément  à  l'observateur  en  lui  permettant  d'analyser 
un  phénomène  résultant  de  l'ensemble  des  processus  généraux  de 
l'économie. 

2.  La  détermination  de  la  température  d'un  malade,  en  tant 
que  moyen  de  diagnostic  de  l'état  pathologique,  peut  être  exami- 
née à  trois  points  de  vue  différents  : 

a.  Elle  paraît  nécessaire  parce  que  tout  dérangement  de  la 
santé  est  un  élément  morbide  digne  d'être  connu  ;  ce  trouble  pa- 


56  BUT  ET  UTILITÉ  DE  LA  TIIERMOMÉTRIE  MEDICALE. 

thologique  l'est  d'autant  plus  qu'il  peut  être  déterminé  avec  pré- 
cision et  par  un  moyen  physique. 

b.  La  température  est  un  phénomène  assez  uniformément  ré- 
pandu sur  tout  le  corps  et  résulte  manifestement  des  processus 
auxquels  participe  l'organisme  tout  entier.  —  Les  modifications 
thermiques  étant  donc  le  symptôme  d'un  trouble  général,  doivent 
être  examinées  avec  d'autant  plus  d'attention  que,  jusqu'ici,  elles 
sont  la  seule  manifestation  pathologique  que  l'on  puisse  préci- 
ser avec  exactitude  et  poursuivre  jusque  dans  ses  moindres  moda- 
lités. 

c.  Puisque  les  changements  de  température  sont  l'indice  d'un 
trouble  général  dans  la  santé  et  peuvent  être  constatés  avec  promp- 
titude et  à  toute  heure,  il  est  possible,  en  suivant  l'évolution  ther- 
mique dans  les  cas  nombreux  d'une  même  forme  morbide,  de  dé- 
cider la  question  suivante  :  Y  a-t-il  des  formes  pathologiques  dans 
lesquelles  le  trouble  général  de  l'économie  est  soumis  à  une  loi  ? 
A  ce  sujet  se  rattache  l'étude  des  infractions  faites  à  cette  loi  et  des 
causes  qui  les  provoquent. 

On  ne  doit  pas  négliger  ce  triple  point  de  vue,  si  l'on  veut  con- 
naître la  valeur  pratique  de  la  thermométrie  et  le  rôle  qu'elle  joue 
dans  la  clinique. 

Le  corps  humain  possède  une  température  à  peu  près  indépen- 
dante du  milieu  ambiant.  Un  procédé  facile  et  sûr  fait  constater 
cette  température  et  ses  différentes  modalités  dans  certaines  con- 
ditions physiologiques  ou  morbides.  Dans  l'état  de  santé  la  tempé- 
rature reste  la  même  dans  presque  toutes  les  circonstances;  tandis 
que  dans  les  maladies,  elle  présente  des  écarts  qui,  cependant,  ne 
peuvent  pas  dépasser  certaines  limites. 

Ce  premier  fait  n'est-il  pas  déjà  de  la  plus  haute  importance  et 
du  plus  grand  intérêt?  Quand  nous  voyons  la  température  humaine 
ne  subir  ni  élévation  ni  abaissement  considérables  sans  un  trou- 
ble préalable  ou  concomitant  de  la  santé,  cette  particularité  ne 
doit-elle  pas  nous  suggérer  de  sérieuses  réflexions?  Cette  chaleur 
propre  du  corps  humain  à  l'état  hygide,  oscille  à  peine  de  quel- 
ques dixièmes  de  degrés,  quels  que  soient  le  genre  et  la  nature  de 
l'alimentation,  quelle  que  soit  l'intensité  du  fonctionnement  des 
muscles  et  de  l'activité  cérébrale,  quelle  que  soit  la  quantité  des 


BUT  ET  UTILITÉ  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  57 

recettes  ou  des  déperditions  organiques  chez  tous  les  sujets,  à  tous 
les  âges,  dans  tous  les  tempéraments  et  toutes  les  constitutions, 
enfin  sous  les  différentes  influences  externes,  à  la  condition  toute- 
fois qu'elles  ne  soient  pas  de  nature  à  déranger  la  santé.  D'un  au- 
tre côté,  n'est-il  pas  tout  aussi  merveilleux  que,  dans  les  diverses 
formes  de  maladie,  la  température  du  corps  subisse  tôt  ou  tard 
des  écarts  considérables,  et  que  l'existence  d'un  trouble  morbide 
produise  toujours,  sinon  une  modification  de  température,  du 
moins  une  certaine  tendance  à  des  variations  thermiques,  sous  l'in- 
fluence de  la  moindre  cause? 

S'il  est  une  condition  organique  digne  d'attention,  certes,  c'est 
bien  ce  contraste  frappant  qui  existe  entre  les  températures  phy- 
siologique et  morbide. 

Alors  même  que  ce  curieux  phénomène  resterait  sans  applica- 
tions pour  la  médecine,  pourrait-on  rester  indifférent  en  présence 
d'une  propriété  aussi  singulière? 

Mais  il  faut  le  reconnaître,  l'importance  pratique  de  la  thermo- 
métrie  est  immense. 

Elle  ressort  clairement  de  la  relation  intime  des  phénomènes 
thermiques  avec  les  divers  processus  dont  le  corps  humain  est  le 
siège. 

En  admettant  l'exactitude  de  l'hypothèse  qui  attribue  une  im- 
portance eapitale  à  l'état  de  l'organisme  et  de  la  nutrition  géné- 
rale dans  les  maladies,  on  voit  de  quelle  précieuse  ressource  doit 
être,  pour  l'observation  d'un  cas  morbide,  la  possibilité  d'obtenir, 
à  l'aide  d'un  simple  phénomène  physique  dont  les  moindres 
nuances  peuvent  être  appréciées  et  rigoureusement  exprimées  par 
des  chiffres  exacts,  une  sorte  d'échelle  graduée  des  processus 
qui  autrement  passeraient  inaperçus. 

Il  est  vrai  que  ce  signe  peut  paraître  d'une  valeur  tout  à  fait 
illusoire  pour  apprécier  l'état  de  la  nutrition,  quand  on  songe 
que  l'élévation  de  la  température  n'est  nullement  proportionnelle 
à  la  quantité  de  chaleur  produite  dans  le  corps  par  les  combus- 
tions organiques;  on  ne  peut  donc  tirer  à  cet  égard  de  conclu- 
sions exactes  qu'en  faisant  entrer  en  [ligne  de  compte  la  déperdi- 
tion de  chaleur. 

L'élévation  de  la  température  est  le  produit  de  facteurs  multi- 
ples et  en  partie  divergents  ;  aussi]  l'application  théorique  immé- 


5N  BUT  ET  UTILITE  DE  LA  THERMOMETRÏE  MÉDICALE. 

diate  des  conditions  thermiques  à  la  pathologie  est  presque  nulle, 
et  tous  les  efforts  tentés  dans  cette  voie  sont  restés  infructueux. 
D'après  cela  il  semblerait  qu'un  écart  de  température  ne  pourrait 
indiquer  en  général  qu'un  désordre  quelconque  clans  l'organisme, 
et  que  toute  déduction  tirée  de  l'élévation  thermique  serait  fausse 
ou  prématurée. 

Or  l'expérience  démontre  le  contraire. 

Le  résultat  le  plus  important  des  observations  thermométriques 
n'est  donc  atteint  qu'au  moment  où  l'on  réussit  à  découvrir  par  la 
voie  expérimentale,  que  les  modifications  de  la  température  dans 
les  maladies  sont  fondées  sur  une  loi.  La  valeur  delà  thermométrie 
pathologique  ne  devient  considérable  que  lorsque  des  expériences 
innombrables  montrent  d'une  façon  irréfutable  que  ces  modifica- 
tions petites  et  en  apparence  insignifiantes  du  phénomène  isolé 
sont  subordonnées  à  des  règles  rigoureuses. 

Car  le  fait  suivant,  à  savoir  que  le  corps  d'un  homme  malade 
est  plus  chaud  ou  plus  froid,  à  l'état  de  santé,  a  une  signification 
beaucoup  plus  importante  que  celle  qui  résulte  de  l'observation 
qu'un  individu  pèse  plus  ou  moins,  qu'il  se  sent  fort  ou  faible,  qu'il 
tousse  fréquemment  ou  à  de  rares  intervalles,  qu'il  a  le  sommeil 
long  ou  court,  qu'il  se  plaint  de  douleurs  plus  ou  moins  vives  ; 
sous  beaucoup  de  rapports,  la  déviation  de  la  température  est 
dans  une  connexion  étroite  avec  des  processus  très-répandus  dans 
l'organisme. 

En  découvrant  ces  lois  et  ces  rapports  de  corrélation,  la  thermo- 
métrie ouvre  à  la  pathologie  un  nouveau  champ  dans  lequel  on 
avait  vainement  cherché  à  pénétrer  par  d'autres  voies  et  qui  avait 
été  généralement  considéré  par  les  uns  comme  inaccessible  et  que 
d'autres,  après  tant  d'inutiles  efforts  et  de  tentatives  infructueu- 
ses, avaient  regardé  comme  chimérique  :  nous  voulons  parler  du 
domaine  des  normes  morbides  ou  pour  mieux  dire  de  la  thermo- 
nomie  pathologique. 

Mais  il  se  présente  une  difficulté  dès  que  l'on  veut  abstraire  les 
règles  de  la  thermonomie  pathologique  et  les  appliquer  à  l'étude 
d'un  cas  isolé  ;  c'est  la  suivante  : 

Dans  les  états  pathologiques ,  les  écarts  de  la  température 
résultent  souvent  du  processus  morbide  seul  ;  d'autres  fois  des  ef- 
fets momentanés  et  accidentels  viennent  s'y  joindre  dans  l'orga- 


BUT  ET  UTILITÉ  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  59 

nisnie  malade.  Cette  difficulté,  qui  peut  prendre  de  grandes  pro- 
portions, est  vaincue  par  la  multiplicité  des  observations  et  par  un 
examen  judicieux  et  approfondi. 

Une  fois  ces  obstacles  surmontés,  la  thermométrie  peut  mener  à 
des  théories  toutes  nouvelles  sur  un  grand  nombre  de  maladies 
et  entraîner  ainsi  une  rénovation  radicale  de  la  pathologie  tout 
entière. 

3.  Les  considérations  qui  précèdent  font  clairement  ressortir 
quel  doit  être  l'objet  de  la  thermométrie  : 

Elle  constitue  un  élément  essentiel  et  primordial  de  l'observa- 
tion clinique. 

Elle  est  nécessaire  toutes  les  fois  qu'il  existe  des  variations  de 
température,  indispensable  dans  beaucoup  de  cas  douteux  ;  c'est 
enfin  dans  presque  toutes  les  maladies  un  précieux  adjuvant. 

Le  médecin  qui  veut  soigner  des  fébricitants  sans  avoir  connais- 
sance des  premiers  linéaments  de  la  thermométrie  et  sans  mesu- 
rer la  température  de  ses  malades,  est  pareil  à  l'aveugle  qui  cher- 
cherait à  s'orienter  sans  guide  dans  sa  route. 

Avec  beaucoup  d'exercice  et  un  grand  jugement,  il  finira  peut- 
être  aussi  par  retrouver  son  chemin,  mais  il  se  trompera  le  plus 
souvent  et,  en  tous  les  cas,  ce  ne  sera  qu'après  de  longs  efforts 
qu'il  parviendra  à  atteindre  incomplètement  ce  qui  se  révèle  d'em- 
blée à  tout  autre. 

Mais  la  thermométrie  ne  doit  pas  s'en  tenir  là.  Il  faut  qu'elle 
indique  les  lois  qui  régissent  l'évolution  des  maladies,  et  ce  n'est 
qu'après  avoir  rempli  cette  tâche,  après  s'être  ainsi  transformée 
en  thermonomie,  qu'elle  pourra  résoudre,  si  faire  se  peut,  le  pre- 
mier problème  qui  est  d'abord  purement  pratique. 

4.  Après  avoir  jusqu'ici  essayé  de  montrer  la  signification  de  la 
thermométrie,  telle  qu'elle  ressort  de  la  nature  des  choses,  il  n'est 
peut-être  pas  superflu  de  rappeler  maintenant  quelques  applica- 
tions immédiates  et  pratiques  de  cette  méthode  de  recherches. 

a.  La  température  normale  du  corps  humain  n'est  pas  en  elle- 
même  le  signe  certain  de  la  santé,  mais  si  cette  température  se 
maintient  normale  sous  différentes  influences,  c'est-à-dire  la  tem- 


00  BUT  ET  UTILITÉ  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

pérature  normale  constante  peut  être  considérée  comme  la  preuve 
d'une  constitution  saine. 

Qu'un  individu  sain  se  nourrisse  bien  ou  mal,  qu'il  ait  faim  ou 
qu'il  digère,  qu'il  boive  de  l'eau  ou  des  boissons  excitantes,  que 
ses  intestins  soient  à  l'état  de  réplétion  ou  de  vacuité,  qu'il  reste 
en  repos  ou  qu'il  fasse  des  mouvements,  de  l'exercice,  des  efforts  ; 
que  son  esprit  soit  inactif  ou  occupé,  etc..  sa  température  restera 
à. peu  près  la  même,  tant  que  les  conditions  précédemment  énu- 
mérées  n'entraînent  pas  de  dérangement  de  sa  santé. 

L'administration  d'un  médicament,  la  saignée  elle-même 
n'exercent  pas  d'influence  appréciable  sur  la  température,  tant 
que  la  santé  n'est  pas  altérée.  —  En  pareils  cas,  on  n'observe 
que  de  très-légères  variations  de  quelques  dixièmes  de  degré.  — 
Par  conséquent,  plus  la  température  normale  d'un  individu  reste 
constante  et  invariable,  dans  les  conditions  les  plus  différentes 
de  la  vie  et  sous  les  influences  les  plus  diverses,  moins  on  doit  s'in- 
quiéter de  l'état  de  sa  santé. 

b.  En  pratique,  il  se  présente  maintes  fois  des  circonstances  où 
il  est  utile  et  nécessaire  même  de  s'assurer  si  un  individu  est 
réellement  malade  ou  tout  au  moins  indisposé.  —  Or  l'examen 
tbermométrique,  en  révélant  un  certain  écart  de  la  température, 
prouve  plus  vite  que  tout  autre  mode  d'exploration  l'existence 
d'un  dérangement. 

Par  ce  moyen,  nous  possédons  un  signe  objectif,  facile  à  perce- 
voir et  d'une  valeur  sans  égale  dans  certaines  circonstances. 

Un  malade  se  plaint-il  de  douleurs  vagues,  de  malaises  indéfi- 
nissables; si  l'on  trouve  chez  lui  une  température  anormale,  on 
sait  déjà  a  priori  que  ses  souffrances  ne  sont  ni  simulées  ni  exagé- 
rées et  que  son  état  doit  appeler  l'attention  du  médecin. 

Si,  d'autre  part,  on  constate  un  écart  de  température  chez  des 
hommes  qui  prétendent  et  affirment  énergiquement  n'être  plus 
malades  ou  qui,  au  déclin  de  leur  maladie,  se  considèrent  comme 
guéris  complètement,  on  peut  positivement  assurer  qu'il  existe 
encore  chez  eux  un  trouble  de  la  santé  ou  que  le  rétablissement 
n'est  pas  encore  radical  et  parfait.  —  Il  n'y  a  pas  seulement  que  le 
médecin  qui  puisse  se  laisser  guider  par  ce  signe,  mais  le  malade 
lui-même  comprendra  ainsi  que  les  soins  lui  sont  encore  nécessaires. 


BUT  ET  UTILITE  DE  LA  THEKM0METR1E  MEDICALE.  Gl 

c.  Dans  bien  des  cas,  il  ne  s'agit  pas  seulement  de  savoir  s'il 
existe  un  trouble  morbide  et  quelle  est  sa  nature,  mais  en  même 
temps  quels  sont  le  degré  et  l'importance  de  la  maladie. 

Très-fréquemment,  l'observation  thermique  fournit  en  pareille 
circonstance  un  moyen  qui  surpasse  en  précision  tous  les  autres. 
Trouve-t-on  une  température  normale,  on  peut  être  rassuré  sur  la 
gravité  du  cas,  abstraction  faite,  bien  entendu, d'une  affection  pu- 
rement locale. 

Si,  au  contraire,  l'écart  thermique  est  considérable,  on  doit 
tenir  le  cas  pour  sérieux.  De  cette  façon,  le  thermomètre  devient 
un  moyen  aussi  sûr  que  précieux  de  juger  le  degré  de  gravité  ou  de 
bénignité  de  la  maladie.  Pour  ne  citer  qu'un  exemple  : 

Dans  les  maladies  des  jeunes  enfants  qui  donnent  souvent  lieu 
à  des  interprétations  différentes,  le  médecin,  tantôt  cédant  à  de 
pressantes  instances,  a  recours  à  une  médication  inutile,  tantôt 
néglige  d'intervenir  en  temps  opportun  ou,  du  moins,  manque 
d'appliquer  la  méthode  abortive  si  nécessaire  au  début  des  mala- 
dies graves. Le  thermomètre  peut  aussi  bien  indiquer  que  le  cas  est 
bénin  qu'il  peut  annoncer  la  prochaine  invasion  d'une  maladie 
grave.  Confié  aux  mains  de  parents  intelligents,  cet  instrument 
peut  servir  d'utile  critérium  pour  savoir  s'il  est  nécessaire  d'ap- 
peler immédiatement  un  médecin  ou  si  sa  visite  peut  encore  être 
remise. 

Souvent  c'est  la  température  qui,  à  elle  seule,  révèle  des  trou- 
bles latents  sérieux  ou  légers.  —  Une  indisposition  qui  s'accompa- 
gne d'une  élévation  considérable  de  température  n'est  jamais 
à  négliger,  car  elle  masque  d'ordinaire  le  début  d'une  maladie 
grave. 

d.  Quand  la  maladie  est  assez  développée,  parfois  même  dès  les 
premiers  jours,  l'observation  thermométrique  suffît,  à  elle  seule, 
dans  beaucoup  de  cas,  pour  faire  diagnostiquer  avec  certitude  le 
genre  de  la  maladie.  Plus  fréquemment  encore,  elle  permet  d'ex- 
clure avec  une  rigoureuse  certitude  des  formes  morbides  indiquées 
par  les  autres  symptômes,  ou  bien  elle  peut  servir  à  éclaircir 
des  cas  douteux.  Il  n'y  a  point  de  moyen  de  diagnostic  plus  riche 
en  données  positives  ;  il  n'en  est  pas  de  meilleur  pour  rectifier  les 
erreurs  commises. 


62  BUT  ET  UTILITÉ  DE  LA.  TflERMOMÉTRIE  MÉDICALE.- 

Si  l'on  a  sous  les  yeux  le  tracé  graphique  de  l'évolution  thermi- 
que de  la  maladie,  on  peut  encore  déterminer  avec  la  plus  grande 
précision  l'espèce  morbide  dans  la  plupart  des  affections  fébriles, 
en  suivant  ainsi  sur  le  papier  la  marche  de  la  maladie.  —  Nous 
verrons  dans  la  suite  combien  la  thermométrie  contribue  puissam- 
ment à  résoudre  les  questions  en  litige  et  comment,  d'un  seul  coup 
d'œil  jeté  sur  un  tracé  thermométrique,  on  peut  poser  un  dia- 
gnostic. 

e.  Mais  ce  n'est  pas  seulement  au  diagnostic  nosologique  que 
doit  s'arrêter  le  clinicien.  Il  est  encore  une  foule  de  modalités 
pathologiques  dont  il  doit  tenir  compte,  telles  que  :  la  transition 
d'un  stade  à  un  autre,  le  moment  des  exacerbations  et  des  rémis- 
sions, l'apparition  des  complications,  l'intensité  de  la  maladie, 
l'imminence  du  danger  ;  toutes  questions  non  moins  importantes 
à  résoudre. 

La  thermométrie  est,  en  pareil  cas,  le  guide  le  plus  prompt  et 
le  plus  sur. 

f.  Tant  que  dans  le  cours  d'une  maladie  qui  est  en  cile-mème 
susceptible  de  guérison,  la  marche  de  la  température  correspond 
au  type  morbide,  le  médecin  peut  compter  presque  sûrement  sur 
une  issue  favorable  et  s'épargner  ainsi  beaucoup  d'autres  recher- 
ches ;  au  contraire,  dès  qu'il  se  présente  un  écart  extraordinaire 
dans  la  température,  c'est  un  avertissement  important  et  souvent 
le  premier  indice,  il  exige  une  recherche  soigneuse  des  causes  de 
l'irrégularité  et  aide  souvent  à  découvrir  des  troubles  qu'on  n'aurait 
pas  soupçonnés  sans  lui. 

g.  A  la  période  de  décroissance,  la  marche  de  la  température 
est  aussi  le  plus  sûr  moyen  de  distinguer  une  amélioration  réelle 
d'un  amendement  trompeur  et  de  reconnaître  la  guérison  sous  les 
dehors  d'une  aggravation  apparente.  —  Si  tous  les  phénomènes 
s'amendent  sans  que  la  température  subisse  de  notables  abaisse- 
ments, la  guérison  est  encore  bien  lointaine.  D'un  autre  côté,  les 
approches  d'une  solution  favorable  sont  parfois  accompagnées  de 
symptômes  si  alarmants*  et  l'on  serait  tenté  de  croire  à  cette  im- 
pression décevante  si  les  indications  précises  fournies  par  la  tem- 
pérature ne  venaient  annoncer  d'une  façon  formelle  le  début  de  la 

onvalescence. 


BUT  ET  UTILITÉ  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  65 

h.  Les  observations  de  température  sont  de  la  plus  grande  valeur 
pour  contrôler  [intervention  thérapeutique.  11  est  extrêmement 
difficile  de  rendre  manifeste  l'utilité  d'une  médication  dans  les 
maladies  aiguës  qui,  si  souvent,  guérissent  spontanément  ;  or  la 
température  est  le  meilleur  critérium  de  l'utilité  ou  de  1 -inefficacité 
des  agents  thérapeutiques  mis  en  usage.  —  Elle  peut  faire  recon- 
naître qu'une  médication  a  eu  un  commencement  d'effet  salu- 
taire, alors  même  que  l'issue  de  la  maladie  aurait  été  fatale.  — On 
ne  peut  juger  et  apprécier  sainement  la  valeur  des  méthodes  de 
traitement  des  maladies  fébriles  qu'en  les  faisant  contrôler  par  la 
thermométrie. 

Ces  exemples  doivent  nous  suffire;  il  serait  aisé,  du  reste,  de 
les  multiplier  ;  mais  en  entrant  ultérieurement  dans  les  détails  des 
différentes  conditions  on  verra  ressortir,  sur  tous  les  points  et  de 
la  façon  la  plus  lucide,  l'utilité  pratique  de  cette  nouvelle  méthode 
d'examen. 

i.  Il  faut  avouer  cependant  que  beaucoup  d'entre  ceux  qui  con- 
viennent volontiers  de  l'utilité  de  la  thermométrie  dans  la  clini- 
que et  dans  la  pratique  nosocomiale,  sont  d'avis  quelle  est  ex- 
trêmement difficile  ou  même  absolument  inapplicable  dans  la 
clientèle  privée. 

Le  nombre  des  sceptiques  a  considérablement  diminué  dans  ces 
derniers  temps,  à  la  suite  des  nombreux  essais  entrepris  par  des 
praticiens  autorisés  qui  ont  ainsi  prouvé  que  la  thermométrie  était 
praticable  même  dans  la  clientèle  privée.  Tous,  aujourd'hui,  s'ac- 
cordent à  reconnaître  que  les  mensurations  ne  présentent  aucune 
difficulté,  et  que  la  dépense  pour  les  instruments  est  tout  à  fait 
insignifiante. 

Nous  montrerons  dans  le  chapitre  suivant,  à  propos  de  la  techni- 
que thermométrique,  que  le  temps  consacré  à  ces  recherches  peut 
être  tellement  diminué  que  le  médecin  même  le  plus  occupé 
pourra  y  avoir  recours.  —  Il  n'est  pas  nécessaire  que  le  médecin 
mesure  lui-même  la  température  à  chaque  visite  qu'il  fait  à  ses 
malades.  Jusqu'à  un  certain  point  même,  la  thermométrie  lui  fera 
plutôt  économiser  du  temps,  en  lui  fournissant,  à  l'aide  d'un  seul 
signe,  des  données  qui  pourraient  à  peine  être  acquises  par  un 
long  examen  et  des  recherches  plus  étendues.  Il  est  même  permis 


M  BUT  ET  UTILITÉ  DE  LA  THERMOMÊTRIE  MÉDICALE. 

de  dire  que  si  la  percussion  et  l'auscultation  pratiquées  avec  soin 
peuvent,  dans  beaucoup  de  cas,  dispenser  de  tout  autre  moyen 
d'exploration  ;  de  même  le  médecin,  qui  aura  acquis  une  grande 
expérience  de  la  thermométrie,  pourra  bien  souvent  déduire  des 
conclusions  qui  auraient  complètement  échappé  à  celui  qui  n'est 
pas  versé  dans  cette  matière. 

Les  difficultés  inhérentes  aux  malades,  que  plusieurs  médecins 
se  complaisent  h  invoquer,  sont  sans  fondement.  IN'a-t-on  pas  jadis 
adressé  la  même  objection  à  l'auscultation  et  à  la  percussion? 
Aujourd'hui  on  sait  bien  que  la  grande  majorité  des  malades  sont 
mécontents  si  l'on  n'applique  pas  ces  moyens  d'exploration,  tant 
le  public  est  convaincu  de  leur  nécessité. 

Aussi,  les  malades  s'intéressent-ils  vivement  à  la  thermomé- 
trie qui  ne  présente  à  leurs  yeux  aucun  inconvénient,  et  ne  peut 
en  aucune  façon  blesser  leur  pudeur.  —  Ils  puisent  même  de  la 
confiance  dans  l'exactitude  des  résultats  qu'elle  fournit  et  de  l'es- 
poir dans  les  chances  favorables  que  la  décroissance  thermique  leur 
fait  présager.  Partout  où  le  thermomètre  est  entré  dans  la  pratique 
médicale,  il  est  promptement  devenu  populaire  et  n'a  jamais 
trouvédans  son  application  aucune  résistance  de  la  part  du  public. 

Toutefois  ,  pour  que  la  thermométrie  soit  réellement  utile, 
il  faut  commencer  par  examiner  les  procédés  auxquels  on 
doit  avoir  recours  pour  obtenir,  en  clinique,  des  résultats  positifs, 
certains  et  authentiques  ;  en  outre,  on  doit  connaître  auparavant 
les  données  fournies  par  l'examen  des  conditions  de  la  tempéra 
ture  à  l'état  hvgide. 


III 

TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMËTRIE  MÉDICALE 


1 .  Les  méthodes  et  les  procédés  employés  à  la  recherche  de  la 
température  humaine  sont  multiples.  Pour  arriver  à  des  résultats 
positifs  et  pour  pouvoir  en  apprécier  l'exactitude,  il  faut  con- 
naître les  diverses  causes  d'erreurs  qui  peuvent  être  commi- 
ses dans  l'observation  thermique  et  les  moyens  propres  à  les 
éviter. 

Il  n'y  a  pas  d'exactitude  ni  de  sûreté  absolues  dans  l'exploration 
de  la  température  et,  pût-on  l'atteindre,  elle  serait  inutile  et  même 
impropre  à  la  tâche  que  se  pose  la  thermométrie  médicale,  car 
cette  précision  même  nécessiterait  un  appareil  compliqué  et  des 
précautions  longues  et  minutieuses  qui  enlèveraient  à  sa  méthode 
toute  sa  portée  pratique.  Il  est  indubitable  qu'on  ne  peut  arriver 
à  des  résultats  utiles  que  par  des  observations  rigoureuses  ;  mais 
Userait  absurde  d'exiger  dans  tous  les  cas  l'application  d'une  mé- 
thode minutieusement  exacte. 

Avec  la  précision  qu'exigent  les  recherches,  il  ne  faut  pas  non 
plus  perdre  de  vue  le  but  que  l'on  poursuit  dans  tel  cas  isolé; 
car  une  méthode  n'est  pas  également  valable  dans  toutes  les  cir- 
constances ;  il  faut  donc  commencer  par  se  rendre  compte  du  degré 
d'exactitude  que  réclame  le  cas  échéant. 

Dans  bien  des  cas,  des  observations  multipliées,  fussent-elles 
même  approximativement  faites,  peuvent  être  plus  précieuses  que 


66  TECHNIQUE  DE  LA  TIIERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

quelques  rares  mensurations  isolées  et  dont  l'exactitude  ne  lais- 
serait rien  à  désirer. 

Au  point  de  vue  pratique,  une  recherche  précipitée,  quoique 
imparfaite,  peut  être  plus  utile  qu'une  observation  longue  et 
minutieuse  dans  laquelle  on  aurait  soigneusement  évité  toute 
cause  d'erreur. 

L'abus  des  précautions  techniques  entrave  l'application  de  la 
méthode,  car  en  voulant  donner  aux  résultats  une  extrême  préci- 
sion, les  observations  sont  rendues  plus  longues  et,  partant,  plus 
rares  et  ne  fournissent  ainsi  qu'une  base  trop  étroite  pour  l'expé- 
rience. —  La  déduction  des  faits  généraux  devient  alors  impos- 
sible. 

Un  examen  superficiel  peut  suffire  s'il  ne  s'agit  que  de  savoir 
promptement  si  un  individu  est  atteint  de  fièvre,  si  celle-ci  est 
intense  ou  modérée,  et  lorsqu'on  ne  veut  obtenir  ce  résultat  que 
pour  y  puiser  soit  un  surcroît  de  confiance,  soit  au  contraire  un 
encouragement  à  redoubler  de  précautions  et  de  soins. 

Dans  la  pratique  ordinaire,  c'est-à-dire  pour  l'appréciation  de 
l'état  et  de  la  marche  d'une  maladie,  au  point  de  vue  du  diagnostic 
et  du  pronostic,  de  plus  grandes  précautions  sont  nécessaires  ; 
mais  là  aussi  l'examen  thermométrique  relativement  à  la  multi- 
plicité et  à  l'exactitude  des  mensurations  est  soumis  aux  exigences 
spéciales  du  cas. 

Tant  que  l'état  du  malade  reste  conforme  aux  résultats  fournis 
par  l'expérience  dans  des  formes  morbides  analogues,  tant  qu'il  ne 
se  présente  aucun  phénomène  anomal  ou  suspect,  tant  que  le  dia- 
gnostic n'est  pas  douteux  et  que  la  marche  de  la  maladie  est  régu- 
lière, il  suffira  d'une  mensuration  thermique  approximative  et  peu 
fréquente. 

Des  erreurs  qui  ne  dépassent  pas  un  quart  de  degré  sont,  dans 
ce  cas,  le  plus  souvent  sans  importance  et  si  l'on  a  soin  d'appli- 
quer le  thermomètre  aux  mêmes  heures,  on  ne  devra  faire  que 
deux  mensurations  par  jour  et  quelquefois  même  une  seule. 

Une  plus  grande  exactitude  jointe  à  des  mensurations  réitérées 
deviendra  nécessaire  dès  qu'il  s'agira  de  résoudre  un  problème 
difficile  de  diagnostic  ou  de  pronostic,  ou  de  contrôler  les  effets 
d'une  médication.  —  Mais  là  encore  des  erreurs  d'un  ou  de  deux 
dixièmes  de  degré  seront   insignifiantes  dans  la  plupart   des  cas. 


TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMETRIE  MEDICALE.  07 

Ce  n'est  que  pour  les  températures  extrêmement  élevées  (au-des- 
sus de  41°)  que  même  un  dixième  de  degré  peut  acquérir  une 
grande  signification  pratique  et  décider  du  pronostic. 

Les  observations  devront  être  encore  plus  rigoureuses  quand  il 
s'agira  d'en  abstraire  des  faits  généraux  ou  d'analyser  les  résultats 
obtenus.  —  Dans  des  questions  de  cette  nature,  ceux  dont  les  men- 
surations ne  seront  ni  assez  sûres  ni  assez  réitérées  devront  gar- 
der le  silence.  —  La  répétition  des  observations  thermométriques 
est  plus  nécessaire  encore  que  leur  extrême  exactitude.  Des  er- 
reurs de  un,  deux  dixièmes  de  degré  et  quelquefois  même  plus, 
perdent  de  leur  importance  quand  on  peut  réunir  et  mettre  à  pro- 
fit un  grand  nombre  de  mensurations  faites  dans  des  états  mor- 
bides analogues  ou  dans  des  conditions  à  peu  près  semblables  ; 
pourvu  toutefois  que  l'observation  ait  eu  pour  but  de  déterminer 
la  marche  de  la  température  et  non  son  élévation  absolue.  Par 
contre,  des  mensurations  trop  fréquentes  ne  donnent  le  plus  sou- 
vent que  des  idées  confuses  et  inexactes  sur  la  marche  de  la  tempé- 
rature dans  un  cas  morbide. 

Enfin  il  reste  encore  des  questions  d'un  intérêt  purement  scien- 
tifique qui,  pour  leur  solution,  exigent  une  rigoureuse  exactitude 
dans  les  mensurations,  car,  en  pareil  cas,  les  écarts  thermiques 
les  plus  minimes  peuvent  avoir  leur  importance. 

Mais,  nous  le  répétons,  la  précision  absolue  n'existe  pas  et 
c'est  dans  les  observations  pratiques  qu'on  doit  le  moins  la  deman- 
der. Du  reste,  il  ne  faut  pas  tenter  l'impossible  et,  comme  en  toutes 
choses,  se  contenter  de  ce  qu'il  est  permis  d'obtenir. 

2.  Les  moyens  propres  à  déterminer  la  température  ont  une 
portée  très-différente,  mais  chacun  d'eux  peut,  selon  les  circon- 
stances, trouver  son  application. 

L'appréciation  de  la  chaleur  par  la  main  est  une  méthode  très- 
infidèle.  Celui  qui  n'a  pas  déjà  pratiqué  des  mensurations  thermo- 
métriques ou  qui  n'en  a  fait  qu'un  très-petit  nombre  s'expose  par 
un  tel  procédé  à  de  nombreux  mécomptes.  Même  après  un  long 
exercice,  l'erreur  est  encore  fréquente  et  il  est  très-diffîciie  d'arri- 
ver à  distinguer  des  fractions  de  degré.  Si  la  main  est  froide,  la 
sensibilité  thermique  est  émoussée  ou  fautive,  et  dans  ces  cas,  les 
médecins  même  les  plus  exercés  peuvent  commettre  des  erreurs 


68  TECHNIQUE  DE  LA  TIIERMOMËTRIE  MÉDICALE. 

d'évaluation  de  plus  d'un  demi-degré  et  quelquefois  même  de  plu- 
sieurs degrés. 

Néanmoins,  en  appliquant  la  main  sur  la  peau  d'un  malade,  on 
peut  avoir  la  notion  approximative  de  sa  température  et  puiser 
ainsi  une  utile  indication  de  l'opportunité  d'une  mensuration  plus 
exacte. 

Jamais  on  ne  doit  se  borner  à  la  simple  palpation  des  mains  et 
delà  face,  mais  il  faut  aussi  toucher  les  parties  couvertes,  parce 
que  ce  n'est  que  sur  elles  que  l'on  peut  avoir  une  notion  relative- 
ment fondée  de  l'élévation  de  la  température. 

3.  La  mensuration  pratiquée  à  l'aide  des  instruments  peut  seule 
fournir  des  résultats  positifs. 

a.  Dans  la  pratique  médicale,  on  se  sert  habituellement  d'un 
thermomètre  à  mercure,  instrument  il  est  vrai  paresseux  et  tardif, 
mais  qui  peut  répondre  à  toutes  les  exigences,  à  la  condition  tou- 
tefois d'être  employé  avec  justesse  et  dans  les  cas  où  la  tempéra- 
ture ne  subit  pas  de  modifications  trop  rapides.  —  Néanmoins,  il 
est  préférable  au  thermomètre  à  alcool,  qui  n'est  pas  assez  sûr 
dans  les  élévations  dont  il  s'agit. 

Le  récipient  destiné  à  renfermer  le  mercure  ne  doit  être  ni  trop 
grand,  ni  trop  petit;  car  s'il  est  trop  vaste,  le  thermomètre  est 
moins  sensible,  s'il  est  trop  exigu,  il  ne  s'adapte  pas  exactement 
sur  les  parties.  —  Un  diamètre  d'environ  |  à  f  de  centimètre 
nous  paraît  être  le  plus  convenable.  La  forme  globulaire  est  meil- 
leure que  la  cylindrique  pour  les  mensurations  axillaires,  ou  du 
moins,  si  le  réservoir  est  cylindrique,  il  doit  avoir  un  diamètre 
longitudinal  très-petit  afin  de  se  rapprocher  de  la  forme  globu- 
laire.—  Si  l'on  veut  pratiquer  des  mensurations  dans  le  rectum 
et  dans  le  vagin,  il  vaut  mieux  se  servir  d'un  récipient  conique  se 
rétrécissant  en  bas.  —  Pour  rechercher  la  température  des  sur- 
faces cutanées,  on  a  recommandé  un  récipient  de  forme  hémisphé- 
rique à  base  plane  qui,  à  la  vérité,  est  d'une  application  facile, 
mais  dont  les  résultats  sont  inexacts  et  douteux  —  Le  verre  du  ré- 
servoir, ne  doit  pas  être  trop  mince,  caril  serait  alors  trop  fragile, 
ni  trop  épais  pour  que  la  sensibilité  du  thermomètre  n'en  soit  pas 
amoindrie. 


TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  09 

Le  tube  de  l'instrument  doit  avoir,  autant  que  possible,  un  ca- 
libre uniforme  et  être  assez  étroit  pour  que  l'œil  puisse  aisément 
diviser  par  moitié  et  même  par  quarts  les  distances  comprises 
entre  deux  dixièmes  de  degré.  La  longueur  du  tube  doit  être  assez 
grande  pour  que  les  degrés  qui"  nous  intéressent  soient  éloignés 
d'au  moins  12  centimètres  du  récipient  et  qu'on  puisse  ainsi 
facilement  lire  sur  l'instrument  appliqué  le  degré  marqué  par  le 
mercure. 

Toutefois,  un  tube  trop  long  rendrait  l'instrument  peu  por- 
tatif. Il  suffit  que  sa  longueur  corresponde  à  la  limite  extrême 
des  élévations  thermiques  observées  chez  l'homme.  —  Le  zéro  de 
l'échelle  peut  donc  parfaitement  tomber  dans  le  réservoir  et,  d'un 
autre  côté,  il  ne  faut  pas  que  le  tube  soit  assez  long  pour  que  le 
mercure  puisse  arriver  jusqu'au  point  d'ébullition  de  l'eau;  il  suf- 
fit, au  contraire,  que  les  degrés  compris  entre  52°, 5  et  45° 
(^r:  26°  à  56°  R.)  correspondent  au  tube,  de  telle  sorte  que  le 
55e  degré  (28°  R.)  soit  éloigné  de  i2  centimètres  du  récipient  (ce 
thermomètre,  mis  en  usage  pour  les  bains,  doit  être  gradué  à  par- 
tir du  24e  degré). 

Les  degrés  indiqués  ci-dessus  devront  seuls  être  marqués  sur 
l'échelle  du  thermomètre.  Il  est  tout  à  fait  indifférent  de  se  servir 
des  divisions  de  Réaumur  ou  de  Celsius;  quant  à  celles  de  Fahren- 
heit, auparavant  les  plus  usitées,  elles  sont  à  peu  près  complète- 
ment abandonnées  sur  le  continent. 

La  graduation  de  l'échelle  en  cinquièmes  de  degrés  est  très-suf- 
fisante dans  les  conditions  habituelles.  —  Les  lignes  indiquant  les 
divisions  des  degrés  et  des  fractions  de  degrés  doivent  être  nettes 
et  distinctes.  —  Les  degrés  seront  marqués  par  des  traits  plus 
longs  que  les  lignes  fractionnelles. — Les  thermomètres  a  maxima, 
très-employés  en  Angleterre  (H.  Weber)  et  en  France  (Niederkorn), 
sont  d'une  grande  utilité  dans  bien  des  cas,  quoique  un  peu  plus 
coûteux.  —  La  colonne  de  mercure  y  est  séparée  par  une  petite 
couche  d'air  en  deux  parties  inégales  :  une  inférieure  plus  grande 
qui  communique  en  même  temps  avec  le  réservoir,  l'autre,  supé- 
rieure, plus  petite,  ne  mesurant  que  quelques  lignes,  dont  la 
limite  suprême  indique  le  maximum  de  l'élévation.  En  s'échauf- 
fant,  le  mercure  monte  comme  dans  un  thermomètre  ordinaire, 
tandis  que  par  la  réfrigération,  il  n'y  a  que  la  colonne  mercurielle 


70  TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMETRIE  MEDICALE. 

inférieure  qui  descende,  la  supérieure,  restant  en  place  et  séparée 
de  l'autre  par  la  couche  d'air  dilatée;  de  3ette  façon,  la  limite  su- 
périeure du  mercure  indique  d'une  façon  durable  l'ascension 
antérieure,  et  l'on  peut,  à  un  moment  quelconque  après  la  men- 
suration, lire  encore  l'élévation  de  la  température.  —  Si  l'on  veut 
se  servir  de  nouveau  de  l'instrument,  il  faut  avoir  soin  de  rappro- 
cher, par  un  léger  choc,  la  partie  supérieure  du  mercure  de  la 
colonne  inférieure. 

On  conçoit  que  toute  recherche  positive  suppose  l'exactitude  de 
l'instrument  ;  or,  l'uniformité  de  calibre  du  tube  importe  plus 
pour  la  justesse  du  thermomètre  que  sa  graduation.  Il  est  évidem- 
ment très-utile  que  celle-ci  soit  également  exacte,  mais  les  imper- 
fections de  cette  dernière  sont  plus  faciles  à  corriger  ;  il  suffit  pour 
cela  de  plonger  l'instrument  dans  de  l'eau  chaude  et  de  comparer 
le  degré  de  température  qu'il  indique  à  celui  marqué  par  un  autre 
thermomètre  servant  d'étalon  et  parfaitement  gradué.  —  On  tien- 
dra compte  de  l'écart  constaté  pour  faire  la  correction. 

La  différence  entre  le  thermomètre  étalon  et  celui  que  l'on  ex- 
périmente est-elle  la  même  pour  tous  les  degrés  de  l'échelle,  sait- 
on,  par  conséquent,  une  fois  pour  toutes,  combien  il  faut  ajouter 
au  degré  de  l'instrument  ou  ce  qu'on  doit  en  soustraire,  il  est  facile 
alors  d'obtenir  avec  celui-ci  des  résultats  aussi  satisfaisants  que  si 
l'on  se  servait  du  thermomètre  étalon  lui-même. 

Il  devient  ainsi  possible  d'employer  des  instruments  à  meilleur 
marché,  et  la  mensuration  est  rendue  accessible  à  tout  le  monde. 
Cette  circonstance  est  d'autant  plus  importante  qu'il  est  bien  plus 
avantageux  dans  la  pratique  de  disposer  d'un  grand  nombre  de 
thermomètres  que  d'en  posséder  de  parfaits,  mais  en  bien  moin- 
dre quantité.  —  Il  faut  seulement  que  l'observateur  retienne  avec 
soin  la  réduction  que  nécessite  chaque  instrument  afin  d'éloigner 
ainsi  toute  cause  d'erreur. 

Si,  au  contraire,  le  tube  est  mal  calibré  ou  si  la  graduation 
est  si  défectueuse  que  les  écarts  diffèrent  à  chaque  degré,  l'usage 
d'un  tel  instrument  est  vicieux  et  doit  être  rejeté. 

D'ailleurs,  l'instrument  Je  meilleur  et  le  plus  correctement  gra- 
dué a  besoin  d'être  plusieurs  fois  mis  à  l'épreuve  dans  les  pre- 
mières années  qui  suivent  sa  fabrication  ;  si  l'on  vient  à  en  faire 
usage,  au  point  de  vue  médical,  il  est  bon  d'en  contrôler  de  temps 


TECHNIQUE  DE  LA  TIIERMOMETRIE  MEDICALE.  71 

en  temps  la  justesse.  —  Car,  avant  d'arriver  à  la  stabilité,  si  tou- 
tefois elle  est  jamais  complète,  le  verre  éprouve  pendant  un  certain 
temps  des  changements  dans  l'état  d'agrégation  de  ses  molécules. 
Ainsi  le  calibre  du  tube  et  surtout  celui  du  récipient  subissent  de 
notables  variations  ;  il  peut  se  faire  qu'un  thermomètre  dont  la  gra- 
duation était  très-exacte  à  l'origine,  diffère  de  plusieurs  dixièmes 
de  degré  six  mois  après.  Peut-être  les  manipulations  fréquentes, 
la  compression  sur  ce  globe  mince  de  cristal  ou  toutes  autres  cau- 
ses contribuent-elles  aussi,  cà  la  longue,  à  rétrécir  le  calibre  du 
réservoir.  Voilà  pourquoi  les  thermomètres  dont  on  se  sert  en  cli- 
nique doivent  être  d'autant  plus  souvent  contrôlés  qu'on  en  fait 
un  plus  fréquent  usage. 

Lorsqu'en  pratiquant  une  mensuration  on  obtient  un  degré 
anomal  et  que  rien  ne  semble  justifier,  on  doit  aussitôt  procédera 
un  examen  de  l'instrument  pour  s'assurer  s'il  n'a  pas  subi  quel- 
que avarie  restée  inaperçue  qui  pourrait  donner  la  raison  de  cet 
étrange  phénomène. 

Il  va  sans  dire  qu'on  devra  tout  d'abord  s'assurer  si  le  thermo- 
mètre a  conservé  son  intégrité  et  si  la  colonne  de  mercure  n'est 
pas  brisée. 

On  doit,  autant  que  possible,  se  servir  du  même  instrument  chez 
le  même  malade  et  indiquer  dans  chaque  observation  le  numéro 
du  thermomètre  mis  en  usage. 

Il  est  toujours  nécessaire  d'avoir  à  sa  disposition  un  grand  nom- 
bre de  thermomètres  reconnaissables  à  leurs  numéros. 

Dans  la  clientèle  privée  on  dépose  un  de  ces  instruments  chez 
les  malades  dont  on  veut  prendre  la  température  pendant  tout  le 
cours  de  leur  maladie.  A  l'hôpital,  les  observations  de  ce  genre 
sont  extrêmement  facilitées  si  l'on  possède  assez  d'instruments 
pour  pouvoir  les  appliquer  simultanément  sur  tous  les  malades 
d'une  salle. 

Si  un  seul  thermomètre  étalon  suffit  pour  le  contrôle,  il  ne  faut 
pourtant  pas  négliger  de  le  comparer  de  temps  en  temps  à  d'au- 
tres thermomètres  normaux  (celui  d'un  cabinet  de  physique,  par 
exemple,  ou  d'un  observatoire  météorologique) . 

Dans  certaines  circonstances,  il  peut  être  utile  ou  même  néces- 
saire de  posséder  un  ou  plusieurs  instruments  qui  marquent  jus- 
qu'aux centièmes  de  degré.  Dans  la  pratique,  une  pareille  gradua- 


72  TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMETRIE  MEDICALE. 

tion  est  superflue,  et  même,  pour  toutes  les  questions  purement 
cliniques,  le  besoin  ne  s'en  est  pas  encore  fait  sentir. 

b.  On  arrive  à  une  exactitude  extrême,  mais  inutile  dans  la  pra- 
tique privée,  à  l'aide  du  thermomètre  métastatique  de  W al  fer  clin. 
Dans  cet  instrument  perfectionné,  le  réservoir  du  mercure  est  très- 
petit  ;  le  tube  extrêmement  étroit  se  divise  à  volonté  en  sections 
également  distantes.  A  l'extrémité  du  tube  opposée  au  récipient, 
c'est-à-dire  au  bout  supérieur  de  ce  thermomètre  est  adapté  un 
renflement  globuleux  clans  lequel  pénètre,  en  s'amincissant  peu  à 
peu,  le  tube  capillaire.  Le  calibre  de  l'instrument  est  si  faible  que, 
dans  un  écart  de  trois  à  quatre  degrés,  le  mercure  parcourt  toute 
la  longueur  du  tube.  La  quantité  de  mercure  que  renferme  l'ins- 
trument doit  être  calculée  de  façon  qu'à  la  température  la  plus 
basse  que  l'on  veuille  examiner,  le  réservoir,  le  tube  entier  et 
encore  une  partie  du  globe  supérieur  soient  remplis  par  le  métal 
et,  qu'arrivé  à  un  ou  deux  degrés  au-dessus  de  la  température  à 
laquelle  on  s'attend,  tout  l'appareil  et  le  globe  supérieur  en  entier 
soient  pleins  de  mercure. 

S'agit-il  maintenant  de  mesurer  des  températures  inférieures  à 
42°,  on  chauffe  l'instrument  jusqu'au-dessus  de  42°,  le  mercure 
remplit  alors  tout  le  tube  et  une  grande  partie  du  renflement  su- 
périeur. On  le  place  ensuite  dans  un  bain  à  42°  et  on  l'y  laisse  jus- 
qu'à ce  que  le  mercure  ait  subi  la  dilatation  correspondante  à  ce 
degré.  L'instrument  est  alors  retiré  et  on  lui  imprime  une  forte 
secousse.  —  Par  ce  choc,  la  colonne  de  mercure  se  brise  au  point 
le  plus  étroit  du  thermomètre.  La  partie  que  renferme  le  tube 
descend  au  fur  et  à  mesure  du  refroidissement,  tandis  que  la  par- 
tie antérieurement  montée  dans  le  globe  supérieur  y  reste  enfer- 
mée. Il  faudrait  arriver  de  nouveau  à  une  température  de  42°  pour 
que  le  mercure  du  tube  se  réunisse  avec  celui  du  renflement. 

L'instrument  est  de  cette  façon  préparé  pour  toutes  les  obser- 
vations de  températures  inférieures  à  42°  ;  il  ne  reste  plus  qu'à 
marquer  sur  l'instrument  placé  dans  le  bain,  les  degrés  de  cha- 
leur en  les  comparant  avec  ceux  d'un  thermomètre  étalon.  L'avan- 
tage de  ce  thermomètre  est  la  grande  distance  comprise  entre 
chaque  degré. 

Walferdin  a  ainsi  construit,  relativement  à  peu  de  frais,  des 


TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  75 

thermomètres  métastatiques  dans  lesquels  la  longueur  d'un  degré 
centigrade  correspondait  à  10  centimètres.  Comme  on  peut  aisé- 
ment distinguer  à  l'œil  nu  la  dimension  d'un  demi-millimètre,  il 
sera  facile  de  lire  sur  l'instrument  ~  de  degré,  à  simple  vue,  et 
j^  de  degré,  à  l'aide  d'une  bonne  loupe.  — Des  différences  ther- 
miques aussi  minimes  n'ont  aucune  signification  pratique  chez  les 
malades,  et  il  est  douteux  que  de  semblables  approximations 
puissent  même  avoir  quelque  portée  dans  les  questions  théori- 
ques. 

c.  Dans  certaines  recherches,  les  appareils  thermo-électriques 
présentent  des  avantages  tout  particuliers.  —  Voici  sur  quel  prin- 
cipe ils  sont  fondés  :  Dans  un  anneau  formé  de  deux  métaux 
soudés  ensemble,  il  se  développe  un  courant  électrique  aussitôt  que 
les  soudures  diffèrent  de  température,  la  différence  fût-elle  très- 
minime,  et  ce  courant  peut  être  rendu  visible  et  appréciable  à 
l'aide  d'aiguilles  aimantées.  Becquerel,  le  premier,  a  construit  un 
semblable  appareil  pour  faire  des  recherches  physiologiques,  no- 
tamment pour  déterminer  la  différence  de  température  entre 
diverses  parties  du  corps,  et  Dutrochetya  apporté  des  perfection- 
nements. 

Ces  deux  savants  ne  s'étaient  servis  que  d'un  seul  élément  (fer 
et  cuivre),  tandis  qu'Helmholtz  (Archives  cleMûller,  1848,  p.  147) 
en  a  réuni  trois  (fer  et  cuivre  blanc).  Les  appareils  thermo-élec- 
triques sont  extrêmement  sensibles.  Lombard  (Arch.  de  physiologie 
normale  et  pathologique,  t.  I,  p.  198)  donne  la  description  (peu 
explicite  à  la  vérité)  d'un  appareil  à  l'aide  duquel  il  prétend  avoir 
constaté  des  différences  de  température  allant  jusqu'à  0,00025°. 
—  Si  les  soudures  se  terminent  en. pointe,  on  peut  déterminer,  au 
moyen  de  l'appareil  thermo-électrique,  la  différence  de  tempéra- 
ture de  deux  points  de  la  peau  avec  une  précision  qu'on  ne  sau- 
rait jamais  atteindre  avec  le  thermomètre  à  mercure  ;  ne  serait-ce 
que  par  la  raison  que,  pour  l'application  de  ce  dernier  instrument, 
la  peau  doit  être  recouverte  et  protégée  contre  le  refroidissement, 
ce  qui  modifie  toujours  les  conditions  de  l'expérience  et  peut  même 
conduire  à  des  résultats  fautifs. 

Gavarret  a  recommandé,  pour  la  recherche  de  la  différence  de 
température  des  surfaces,  au  lieu  des  soudures  pointues,  de  min- 


74  TECHNIQUE  DE  LA  THERM0MÉTR1E  MÉDICALE. 

ces  plaques  métalliques,  composées  de  deux  feuilles  soudées  en- 
semble, l'une  de  cuivre  et  l'autre  de  bismuth. 

Les  appareils  thermo-électriques  sont  superflus  au  point  de  vue 
pratique,  mais  ils  servent  à  indiquer  des  modifications  thermiques 
légères  et  rapides  ;  ils  sont,  en  outre,  très-propres  à  la  mensura- 
tion de  la  température  des  parties  isolées  de  la  peau  et  à  la  dé- 
termination de  celle  des  organes  inaccessibles  aux  thermomètres 
ordinaires,  mais  qui  peuvent  être  explorés  par  les  soudures  poin- 
tues de  l'appareil  thermo-électrique. 

d.  Marey  a  inventé  un  instrument  destiné  aux  observations 
thermiques  continues,  et  qui  retrace  et  enregistre  pour  ainsi  dire 
lui-même  les  modifications  de  température  des  parties,  c'est  le 
thermographe  (Le  thermographe,  appareil  enregistreur  des  tempé- 
ratures, 1865.  Journal  de  V anatomie  et  de  la  physiologie  normale 
et  pathologique  de  Robin,  t.  II,  p.  182).  Il  est  constitué  par  un 
thermomètre  à  air  dont  le  réservoir  de  cuivre  est  surmonté  d'un 
tube  capillaire  de  même  métal  (d'un  tiers  de  millimètre  de  diamè- 
tre) fixé  sur  un  tube  en  U  et  qui  se  porte  à  l'appareil  enregistreur. 
L'extrémité  de  ce  tube  capillaire  vient  s'ouvrir  dans  un  tube  de 
verre,  fermé  à  la  lampe  par  une  de  ses  extrémités,  recourbé  en 
demi-cercle  et  fixé  sur  une  roue  de  cuivre.  Ce  tube  de  verre  con- 
tient une  petite  quantité  de  mercure  servant  d'index.  —  Dès  que 
l'air  du  réservoir  thermométrique  est  échauffé,  il  se  dilate  et  fait 
aussitôt  mouvoir  l'index  métallique,  mais  par  son  propre  poids, 
cet  index  tend  à  occuper  la  partie  inférieure  de  ce  système  équili- 
bré ;  il  en  résultera  une  rotation  du  tube  de  verre  autour  de  son 
axe  de  suspension  et,  en  réalité,  le  mercure  restera  immobile  pen- 
dant que  l'appareil  tournera.  Une  longue  aiguille  placée  perpendi- 
culairement sur  l'axe,  amplifiera  en  raison  de  sa  longueur  la  rota- 
tion imprimée  à  cette  partie  de  l'appareil  et  pourra,  par  sa  pointe, 
tracer  sur  une  glace  enfumée  qui  chemine  à  côté  d'elle,  les  oscil- 
lations qu'elle  décrit.  L'utilité  de  cet  appareil  enregistreur  n'a  pas 
encore  été  jusqu'à  présent  éprouvée  chez  les  malades.  Il  est  dou- 
teux qu'il  puisse  être  utilisé  dans  la  pratique,  et  l'on  doit  crain- 
dre qu'une  application  imparfaite  du  thermomètre  sur  un  point  du 
corps  n'empêche  l'instrument  de  bien  fonctionner  et  n'enlève 
ainsi  à  l'observation  thermographique  toute  sa  valeur. 


TECHNIQUE  DE  IA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  75 

Les  thermomètres  électriques  enregistreurs,  tels  que  ceux  de 
Zecchi  et  du  général  Morin,  destinés  à  l'étude  des  modifications 
de  la  température,  n'ont  pas  encore  été  introduits  dans  la  pra- 
tique. 

4.  En  dehors  de  la  mensuration  des  degrés  de  température,  il 
faut  mentionner  la  détermination  des  calories  ou  unités  de  cha- 
leur ;  c'est-à-dire  de  la  quantité  de  chaleur  nécessaire  pour  élever 
d'un  degré  la  température  d'une  certaine  masse  d'eau  distillée 
(1  gramme  ou  1  kilogramme,  suivant  la  proportion  qui  en  aura 
été  fixée).  En  évaluant  l'augmentation  de  chaleur  qu'éprouve,  dans 
un  temps  donné  l'eau  d'un  bain  après  que  l'on  y  a  plongé  un 
corps  vivant,  on  voit  la  perte  de  calorique  qu'a  subie  ce  corps  pen- 
dant le  même  temps  (ou  pour  mieux  dire,  une  partie  de  cette 
perte),  et  l'on  essaye,  en  comparant  l'élévation  de  la  température 
au  commencement  et  à  la  fin  de  l'expérience,  de  calculer  la  quan- 
tité de  chaleur  qui  se  produit  dans  le  corps  pendant  le  même  laps 
de  temps.  Ces  recherches  calorimétriques  ont  été  très-souvent  faites 
par  Liebermeister,  Kernig,  de  Wahl,  Leyden  et  Rembold.  —  Mais 
quelque  importantes  que  soient  ces  expériences  pour  la  solution 
de  certaines  questions  théoriques,  elles  laissent  cependant  beau- 
coup à  désirer  au  point  de  vue  delà  précision  et,  pour  le  moment, 
ne  peuvent  par  conséquent  être  utilisées  en  pratique. 

5.  L'endroit  le  plus  propice  pour  l'application  de  l'instrument 
n'est  nullement  le  même  dans  tous  les  cas  et  diffère  suivant  le  but 
que  l'on  se  propose.  Quand  on  désire  déterminer  la  température 
d'une  partie  restreinte,  il  va  sans  dire  que  c'est  en  ce  point  que 
l'on  pratique  la  mensuration.  S'il  s'agit  d'une  surface  extérieure, 
les  résultats  obtenus  à  l'aide  du  thermomètre  à  mercure  seront  tou- 
jours incertains,  car,  si  l'instrument  reste  à  découvert,  il  est  re- 
froidi par  l'air  extérieur  et,  si  on  le  recouvre,  on  modifie  ainsi 
l'état  thermique  de  la  partie  enveloppée. 

L'appareil  thermo-électrique  est  donc  préférable  dans  ce  cas. 

Si  l'on  veut,  comme  cela  a  généralement  lieu,  connaître  la  tem- 
pérature générale  du  corps,  le  thermomètre  à  mercure  est  le  plus 
pratique.  Mais  on  doit  le  placer  dans  un  endroit  abrité  et  recou- 
vert parles  parties  voisines.  —  Plusieurs  points  peuvent  être  choi- 


70  TECHMQLE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

sis  à  cet  effet  ;  mais  chacun  d'eux  présente  des  avantages  et  des 
inconvénients  dont  on  tiendra  compte  suivant  les  circonstances. 

L'application  de  l'instrument  dans  Vaisselle  bien  fermée  paraît 
le  procédé  le  plus  propre  et  ïe  plus  facile  dans  la  majorité  des  cas  ; 
l'examen  n'y  est  pas  importun  et  n'a  rien  d'indécent  ;  il  est  vrai 
que  chez  les  malades  très-amaigris  et  très-agités,  la  mensuration,  en 
ce  point,  n'est  pas  sûre  ;  la  température  axillaire  est  en  outre  infé- 
rieure à  celle  de  plusieurs  autres  endroits  également  accessibles  ; 
et  les  variations  thermiques  y  sont  enfin  moins  sensibles  que  dans 
les  cavités  muqueuses.  Si  ces  imperfections  peuvent  être  réelles 
dans  certains  cas  et  nécessiter  un  autre  lieu  d'application,  elles 
ne  portent  néanmoins  aucun  préjudice  à  l'usage  des  mensurations 
axillaires  en  général. 

L'introduction  du  thermomètre  dans  la  cavité  buccale  donne 
des  résultats  peu  positifs  ;  l'air  expiré  produit  souvent  des  réfri- 
gérations de  l'instrument,  spécialement  dans  le  choléra.  Les  chif- 
fres observés  sont  plus  faibles  qu'en  tout  autre  point  d'applica- 
tion. Cependant,  on  doit  recourir  à  l'application  du  thermomètre 
dans  la  bouche  quand  on  ne  peut  pas  faire  autrement  (par  exemple, 
au  bain,  chez  les  individus  emmaillottés,  etc.). 

La  mensuration  thermique  pratiquée  dans  le  rectum  donne  des 
résultats  plus  prompts  et  en  général  plus  sûrs  que  celle  des  cavités 
axillaire  et  buccale.  C'est  surtout  chez  les  nouveau-nés,  sur  les 
individus  arrivés  au  dernier  degré  du  marasme,  chez  les  malades 
turbulents  et  agités,  ou  bien  chez  ceux  qui  sont  plongés  dans  un 
état  de  collapsus  ou  qui  ont  été  longtemps  exposés  au  froid  exté- 
rieur, que  l'on  doit  examiner  la  température  rectale. 

Ce  mode  d'exploration  est  généralement  préférable,  quand  le 
malade  n'y  oppose  pas  de  résistance,  comme  cela  a  lieu  d'or- 
dinaire dans  la  pratique  privée.  Nous  devons,  d'un  autre  côté, 
reconnaître  que  la  mensuration  rectale  est  incontestablement  désa- 
gréable, ne  peut  pas  se  renouveler  aussi  fréquemment  dans  bien 
des  cas  et  provoque  éventuellement  des  évacuations  alvines.  —  Elle 
peut  en  outre  donner  de  faux  résultats,  le  thermomètre  pénétrant 
quelquefois  dans  de  grandes  masses  fécales.  —  D'après  Billroth, 
les  fortes  contractions  du  rectum  qui  succèdent  parfois  à  l'intro- 
mission de  l'instrument  pourraient  aussi  altérer  la  température.  — 
Il  est  tout  à  fait  pratique  de  procéder  à  la  mensuration  rectale  dans 


TECHNIQUE  DE  LA  TIIERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  77 

les  périodes  où  l'exactitude  est  nécessaire,  et  de  revenir  à  la  mensu- 
ration axillaire  quand  l'importance  du  cas  décroît.  Il  faut  seule- 
ment avoir  soin  d'indiquer  toujours  dans  l'observation  le  lieu 
d'application  de  l'instrument. 

L'introduction  du  thermomètre  clans  le  vagin,  bien  qu'incontesta- 
blement plus  sûre  que  la  mensuration  axillaire,  est  cependant  beau- 
coup plus  rarement  mise  en  usage.  Ce  mode  d'examen  est  excellent 
dans  les  cas  de  choléra.  On  conçoit  la  nécessité  absolue  de  l'explo- 
ration vaginale  quand  il  s'agit  de  déterminer  la  température  locale 
des  parties  sexuelles  internes. 

Levier  a  pratiqué,  dans  des  cas  spéciaux,  la  mensuration  dans 
le  pli  de  l'aine,  mais  ce  procédé  n'est  pas  plus  recommandable, 
en  général,  que  celui  de  Montegazza  qui  consiste  à  prendre  la  tem- 
pérature de  l'urine  au  moment  de  son  émission. 

L'application  du  thermomètre  dans  le  poing  fermé  ne  mérite 
aucune  confiance  au  point  de  vue  de  la  détermination  de  la  tem- 
pérature générale  ;  mais  elle  peut  avoir  une  certaine  valeur  quand 
il  s'agit  de  comparer  la  température  des  deux  moitiés  du  corps. 

6.  Le  mode  d'application  de  l'instrument  peut  beaucoup  con- 
tribuer à  assurer  le  résultat  ou  à  le  rendre  inefficace. 

Pour  la  mensuration  axillaire,  il  faut  suivre  les  préceptes  sui- 
vants : 

On  doit  d'abord  déterger  la  partie  des  sueurs  qui  la  couvrent  et 
l'essuyer  soigneusement  ;  puis,  il  est  bon  de  laisser  la  cavité  fer- 
mée avant  d'appliquer  le  thermomètre.  —  Liebermeister  a  très- 
justement  appelé  l'attention  sur  ce  point  ;  il  a  démontré  que,  grâce  à 
cette  précaution,  le  temps  que  met  le  mercure  à  atteindre  son  point 
maximum  se  réduit  à  4  ou  6  minutes  (Prager  Viertelj.,  LXXXV, 
p.  15).  Il  est  vrai  que  l'occlusion  préalable  du  creux  de  l'aisselle 
demande  aussi  un  certain  temps. 

On  commence  par  échauffer  dans  la  main  le  thermomètre,  puis 
on  l'introduit  dans  la  cavité  axillaire  que  l'on  ferme  en  mettant  le 
bras  dans  l'adduction  complète  et  en  le  faisant  reposer  sur  le 
thorax. 

Si  ce  moyen  ne  suffit  pas  pour  fixer  le  thermomètre,  ou  si  le 
malade  est  inquiet,  récalcitrant,  indifférent  ou  engourdi,  ou  s'il 
est  d'une  extrême  maigreur,  il  est  nécessaire  que  le  bras  du  pa- 


78  TECHNIQUE  DE  LÀ  THERMOMÊTRIE  MÉDICALE. 

tient  et  le  thermomètre  soient  maintenus  par  l'observateur.  En 
tout  cas,  il  faut  s'assurer  ensuite  si  l'instrument  est  bien  appli- 
qué et  s'il  n'a  pas  subi  de  déplacement.  On  peut  déjà  juger  a 
priori,  d'après  l'ascension  plus  ou  moins  rapide  de  la  colonne 
mercurielle,  si  elle  atteindra  ou  non  une  grande  hauteur  ;  par  con- 
séquent, il  est  possible  dès  les  premières  heures  de  se  faire  une 
idée  approximative  de  l'existence  et  du  degré  delà  fièvre. 

Le  point  auquel  le  mercure  s'arrête  est  rarement  atteint  avant 
dix  minutes,  le  plus  souvent  en  quinze,  quelquefois  même  après 
vingt  minutes  et  plus,  lorsque  le  thermomètre  est  placé  dans  la 
cavité  axillaire,  à  moins  que  celle-ci  ait  été  fermée  assez  longtemps 
auparavant.  —  Il  ne  faut  pas  oublier  que  le  mercure  monte  beau- 
coup plus  rapidement  au  commencement  que  plus  tard,  et,  qu'ar- 
rivé aux  derniers  dixièmes,  son  ascension  se  ralentit  pendant  plu- 
sieurs minutes  d'un  dixième  à  l'autre. 

Pour  que  l'observation  soit  exacte,  il  faut  donc  laisser  le  ther- 
momètre quelques  minutes  après  avoir  aperçu  l'ascension  du 
mercure.  Cependant,  il  ne  faut  pas  que  son  application  soit  trop 
longue,  car  il  parait  que,  chez  certains  malades  très-sensibles,  le 
mercure,  après  être  resté  stationnaire,  peut  encore  subir  une 
légère  élévation,  par  suite  de  la  position  incommode  et  continue 
du  bras  et  peut-être  aussi  à  cause  de  la  contraction  prolongée  des 
muscles  ;  or,  cette  élévation  est  donc  indépendante  de  la  maladie 
elle-même. 

En  outre,  il  ne  faut  pas  négliger  dans  les  examens  minutieux 
l'instabilité  elle-même  du  mercure  dans  les  cas  pathologiques.  — 
Dans  ces  circonstances,  il  faut  donc  noter  les  valeurs  changeantes 
d'après  les  minutes.  En  général,  on  peut  arrêter  l'observation 
quand  il  ne  se  présente  pas,  durant  cinq  minutes,  de  modifications 
notables  dans  le  niveau  du  mercure.  Dans  la  pratique  ordinaire, 
il  suffit  même  d'un  arrêt  de  deux  ou  trois  minutes.  Il  semble 
superflu  de  noter  que  l'élévation  doit  se  lire  sur  l'instrument 
encore  en  place,  à  moins  que  l'on  ne  se  soit  servi  d'un  thermomètre 
a  maxima. 

On  peut  considérablement  abréger  l'examen,  au  détriment,  il 
est  vrai,  de  la  certitude  des  résultats,  en  chauffant  l'instrument, 
avant  de  l'appliquer,  à  quelques  degrés  au-dessus  de  la  tempé- 
rature probable  ;  néanmoins  on  ne  gagne  pas  ainsi  beaucoup  de 


TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  79 

temps,  puisque  le  mercure,  comme  Liebermeister  l'a  déjà  indi- 
qué, tombe  d'abord,  à  cause  de  la  chaleur  insuffisante  de  la  cavité 
axillaire,  au-dessous  du  degré  de  la  température  du  corps  et  ne 
commence  à  remonter  qu'ensuite  ;  à  moins  que  la  cavité  axillaire 
n'ait  été  préalablement  fermée. 

Dans  les  températures  très-élevées,  cet  inconvénient  n'est 
cependant  pas  si  considérable,  et  l'on  peut  toujours  recommander 
ce  procédé  pour  des  mensurations  dans  lesquelles  une  exactitude 
extrême  n'est  pas  urgente  ;  tandis  que  pour  des  températures 
moyennes,  ce  moyen  est  contre-indiqué,  à  moins  que  l'on  n'ait 
pris  soin  de  maintenir  auparavant  la  cavité  axillaire  fermée. 

En  procédant  à  la  mensuration  thermique  dans  la  cavité  buc- 
cale, il  faut  placer  l'instrument  au-dessous  de  la  langue,  engager 
le  malade  à  fermer  la  bouche  et  à  respirer  par  le  nez. 

Pour  les  mensurations  rectales  et  vaginales,  il  faut  introduire  le 
réservoir  du  mercure,  bien  huilé,  assez  profondément  (à  peu  près 
à  6  centimètres). 

Thomas  (Jahrber.  fùrKinderheilk.,N.  F.,  t.  Iî,  p.  259)  donne  le 
conseil  pratique  de  chauffer  le  thermomètre  à  1°  ou  2°  au-dessus 
du  degré  prévu  erde  l'introduire  aussitôt  après.  Par  ce  moyen,  on 
arrive  à  des  résultats  parfaitement  suffisants  en  pratique,  au  bout 
de  quinze  secondes  ou  en  une  demi-minute.  Il  va  sans  dire  qu'il 
faut  s'assurer  de  la  solidité  de  l'instrument  pour  ne  pas  le  briser 
pendant  son  application  et  causer  ainsi  des  accidents  au  malade. 

7.  Il  faut  encore  mentionner  quelques  précautions  nécessaires 
dans  la  mensuration.  Y  a-t-il  eu  des  influences  anomales  exercées 
sur  le  malade  immédiatement  ou  du  moins  peu  de  temps  avant  la 
mensuration?  A-t-il  eu  une  évacuation,  une  hémorrhagie,  des 
vomissements  ?  A-t-il  fait  un  repas  copieux  ?  A-t-il  pris  des  bois- 
sons excitantes  ou  rafraîchissantes  en  quantité  considérable?  Est-il 
couvert  de  sueurs  profuses?  Toutes  ces  considérations  doivent 
entrer  d'autant  plus  en  ligne  de  compte  qu'elles  peuvent  modifier 
nolablement  la  température. 

La  température  ambiante  au  moment  de  la  mensuration  est 
ordinairement  de  peu  d'importance,  puisque  la  plupart  des  obser- 
vations se  font  à  la  température  à  peu  près  constante  des  salles  ou 
des  chambres  de  malades  (15°  à  20°  C.)  ;  ce  n'est  que  dans  les 


80  TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

cas  où  la  température  extérieure  est  très-élevée,  comme  dans  les 
étés  extrêmement  chauds,  qu'il  peut  être  utile  de  ne  pas  la 
négliger. 

De  même,  il  n'est  pas  essentiel  de  prendre  en  considération 
l'état  du  baromètre  pour  les  observations  ordinaires  de  la  tempé- 
rature morbide. 

En  revanche,  il  faut  noter,  outre  les  jours  du  mois,  les  heures 
quotidiennes  de  la  mensuration,  car,  sans  ces  dernières,  l'obser- 
vation serait  presque  sans  valeur. 

8.  Quant  au  moment  ou  à  la  répétition  plus  ou  moins  fréquente 
des  mensurations,  ce  sont  les  circonstances  particulières  du  cas  et 
les  points  de  vue  sur  lesquels,  est  fondé  l'examen  qui  devront  en 
décider. 

Dans  les  conditions  ordinaires,  il  est  bon  de  prendre  la  tempé- 
rature autant  que  possible  exactement  à  la  même  heure  pendant 
tout  le  cours  de  la  maladie,  et  au  point  de  vue  de  la  pratique  mé- 
dicale deux  mensurations  par  jour  seront  ordinairement  suffisantes. 

Le  moment  le  plus  favorable  pour  pratiquer  la  mensuration  est 
le  matin  entre  7  heures  et  9  heures  (correspondant  en  général 
aux  températures  les  plus  basses)  et  le  soir  entre  4  heures  et  6 
heures  (correspondant  ordinairement  aux  températures  les  plus 
élevées) . 

Si  l'on  trouve  que  le  cas  observé  présente  des  rémissions  et  des 
exacerbations  fébriles  à  d'autres  heures,  c'est  à  ces  heures-là  qu'il 
faut  pratiquer  la  mensuration.  S'il  s'agit  d'une  maladie  très-inté- 
ressante ou  d'une  question  spéciale,  on  pourra  répéter  les  mensu- 
rations toutes  les  deux  heures  ;  ainsi,  par  exemple,  dans  les  cas 
aigus  et  graves,  principalement  au  début,  afin  de  pouvoir  constater 
l'heure  des  rémissions  et  des  exacerbations.  Il  en  sera  de  même 
si  le  diagnostic  est  encore  douteux  ou  si  la  maladie  offre  des  dé- 
viations dans  l'évolution  thermique  habituelle.  On  devra  générale- 
ment répéter  les  mensurations  chaque  fois  que  le  malade  accusera 
un  phénomène  particulier  et  anomal. 

Pour  reconnaître  réellement  et  avec  exactitude  la  marche  de  la 
température  dans  une  maladie,  deux  observations  par  jour  ne 
suffisent  pas,  il  faut  en  faire  au  moins  quatre  ou  six,  et  même  plus. 

Les  heures  les  plus  propices  sont  celles  de  7  à  8  heures,  de  9 


TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE.  81 

à  10  heures  du  matin  :  de  midi  à  1  heure,  de  5  à  4  heures,  de 
6  à  7  heures  de  l'après-midi,  de  10  à  11  heures  du  soir.  Il  faut 
encore  y  ajouter  une  mensuration  faite  de  grand  matin,  lorsque 
les  conditions  de  la  fièvre  sont  graves  ou  que  sa  marche  présente 
de  grandes  variations. 

Quand  il  se  produit  des  modifications  rapides  dans  la  tempé- 
rature d'un  malade  (par  exemple,  dans  une  crise  à  marche  rapide, 
dans  un  accès  de  fièvre  intermittente),  des  mensurations  prati- 
quées d'heure  en  heure  ou  toutes  les  demi-heures,-  et  même  des 
observations  continues  et  permanentes  sont  seules  en  état  de  rendre 
le  processus  manifeste.  Dépareilles  exigences  concernent  rarement 
la  pratique  privée,  mais  elles  deviennent  nécessaires  lorsqu'il 
s'agit  de  rechercher  les  lois  qui  régissent  la  marche  d'une  maladie. 

9.  La  question  de  savoir  qui  doit  procéder  à  la  mensuration 
n'est  pas  sans  importance. 

Bien  que  la  mensuration  pratiquée  par  le  médecin  traitant  ou 
par  son  interne  paraisse  être  la  seule  garantie  de  l'exactitude  des 
résultats,  on  peut  cependant  adresser  plus  d'une  objection  aux  exi- 
gences d'un  tel  moyen.  En  admettant,  en  effet,  que  le  médecin 
procède  lui-même  à  la  mensuration  thermique,  le  temps  qu'il 
devra  y  consacrer  enlève  à  la  thermométrie  clinique  toute  son 
utilité  et  la  rend  presque  matériellement  impraticable.  Tant  qu'il 
ne  faut  faire  dans  les  cas  graves  qu'une  ou  deux  observations  ther- 
miques par  jour,  l'objection  tirée  de  la  perte  de  temps  que  ces  ma- 
nœuvres nécessitent,  a  moins  de  portée,  car  tout  médecin  a  géné- 
ralement assez  de  temps  disponible  pour  pouvoir  consacrer  chaque 
jour  quelques  quarts  d'heure  à  des  cas  aigus  et  graves,  heureu- 
sement peu  nombreux  dans  la  pratique  privée.  Si  le  temps  lui  fait 
défaut,  il  ne  doit  pas  se  charger  du  traitement  de  pareils  malades. 
Le  prétexte  de  la  perte  de  temps  n'est  pas  plus  acceptable  ici  que 
dans  le  cas  où  un  accoucheur  ne  voudrait  pas,  pour  le  même  motif , 
attendre  la  fin  d'un  accouchement  dont  il  se  serait  chargé.  D'un 
autre  côté,  il  est  certain  qu'aucun  praticien  occupé  ne  peut  procé- 
der à  six  ou  huit  mensurations  par  jour  chez  le  même  malade  (si  ce 
n'est  dans  des  cas  tout  à  fait  exceptionnels)  ;  ni  même  appliquer  le 
thermomètre  matin  et  soir  dans  les  cas  légers. 

Mais  cela  n'est  pas  nécessaire. 


82  TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMETRIE  MÉDICALE. 

11  faut  seulement  qu'il  sache  par  qui  et  comment  est  faite  la 
mensuration  thermique  et  qu'il  connaisse  assez  bien  la  thermo- 
nomie  pathologique  pour  contrôler  les  résultats  obtenus. 

Tout  individu  sur,  sincère,  intelligent,  ayant  la  vue  bonne,  peut 
apprendre  en  très-peu  de  temps  à  faire  des  mensurations  suffisam- 
ment exactes.  La  tâche  du  médecin  ne  réside  pas  dans  la  tech- 
nique elle-même,  mais  bien  dans  la  surveillance  de  l'application 
du  thermomètre,  dans  le  contrôle  et  l'utilisation  des  résultats  ob- 
tenus. —  La  lecture  des  degrés  marqués  par  le  thermomètre  ne 
fait  pas  plus  le  diagnostic  que  l'administration  des  médicaments 
ne  constitue  la  thérapeutique. 

Dans  les  observatoires  astronomiques  et  météorologiques,  les 
mensurations  thermométriques  et  maintes  autres  sont  faites  éga- 
lement par  des  gens  qui  n'ont  pas  un  intérêt  direct  à  leur  applica- 
tion. Un  homme  sûr,  plein  d'attention  et  de  bonne  volonté,  con- 
sciencieux et  dépourvu  de  connaissances  médicales,  commettra 
bien  moins  d'erreurs  dans  ses  mensurations  que  plus  d'un  méde- 
cin ;  car  il  n'est  pas  dominé  par  des  idées  préconçues  qui  font 
apercevoir  à  certains  médecins  les  faits  tels  qu'ils  conviennent  à 
leurs  théories.  A  l'hôpital,  des  infirmiers  sûrs  et  bien  enseignés, 
et,  dans  la  pratique  civile,  des  parents  intelligents  du  malade, 
peuvent  donc  être  de  très-bons  et  très-utiles  auxiliaires  pour  la 
thermométrie  médicale. 

J'ai  souvent  constaté  que  les  parents  s'apercevaient  bien  vite  de 
l'importance  de  ce  mode  d'observation  ;  ils  procèdent  presque  tou^ 
jours  avec  un  soin  minutieux  à  la  mensuration  thermique  et  n'ont5 
pour  la  plupart,  que  trop  de  tendance  à  tourmenter  leurs  malades 
par  une  trop  fréquente  application  de  l'instrument  ;  mais  certes, 
tous  ceux  à  qui  l'on  confie  la  mensuration  doivent  être  bien 
instruits  et  très-attentivement  surveillés  ;  la  moindre  négligence  de 
leur  part  est  un  signe  de  leur  impéritie,  et  il  faut  que  le  médecin 
soit  assez  versé  dans  la  thermométrie  pathologique  pour  savoir  à 
l'avance  le  degré  approximatif  de  température  auquel  il  doit  s'afc 
tendre  ;  et  tout  écart  imprévu  doit  lui  paraître  suspect  et  l'engager 
à  renouveler  la  mensuration.  Il  va  sans  dire  qu'il  ne  faut  pas  at- 
tribuer à  ces  observations,  suffisantes  dans  la  pratique  privée,  une 
exactitude  assez  grande  pour  pouvoir  en  abstraire  des  données 
générales. 


TECHNIQUE  DE  LA  TI1ERM0MÉTR1E  MÉDICALE.  85 

Lorsque  les  observations  thermométriques  paraissent  être  en 
contradiction  avec  les  résultats  obtenus  à  l'aide  de  meilleurs  pro- 
cédés, il  faut  au  moins  attendre,  avant  de  juger  le  cas,  jusqu'à  ce 
que  l'on  ait  acquis  la  conviction  qu'une  pareille  infraction  aux 
règles  habituelles  se  reproduit  fréquemment,  ou  bien  que  cet  écart 
thermique  concorde  avec  d'autres  particularités  du  cas. 

10.  La  méthode  mise  en  usage  pour  arriver  promptement  à  des 
résultats  utiles  dépend  des  circonstances  dans  lesquelles  on  se 
trouve  et  du  but  que  l'on  poursuit. 

Dans  la  pratique  privée,  on  aura  le  plus  souvent  recours  aux 
mensurations  axillaires.  Aussitôt  arrivé  chez  son  client,  le  méde- 
cin, après  avoir  préalablement  échauffé  le  thermomètre  dans  sa 
main,  applique  celui-ci  dans  le  creux  de  l'aisselle,  qu'il  a  soin 
d'essuyer  auparavant,  s'il  est  humide  de  sueurs  ;  ou  bien  il  le  fait 
appliquer  par  les  parents  un  quart  d'heure  avant  son  arrivée. — Le 
thermomètre  mis  en  place  n'empêche  pas  le  médecin  d'interroger 
son  malade,  d'examiner  le  pouls,  la  langue,  les  déjections.  S'il  a 
lui-même  introduit  l'instrument  dans  la  cavité  axillaire,  il  regar- 
dera, après  deux  minutes  d'intervalle,  si  la  colonne  de  mercure  a 
monté  rapidement  et  si  le  thermomètre  est  resté  bien  appliqué.  11 
est  bon  de  jeter  un  coup  d'œil  de  temps  en  temps,  et  si  le  mercure 
a  cessé  de  s'élever  pendant  5  ou  5  minutes,  l'instrument  est  en- 
levé et  l'observation  finie.  Dans  la  pratique  privée,  il  importe 
d'ailleurs  rarement  de  connaître  l'élévation  absolue  et  complète  de 
la  température;  on  peut  donc,  sans  grand  inconvénient,  clore  l'ob- 
servation avant  que  l'élévation  thermique  ne  soit  marquée  en  toute 
certitude. 

Si  l'on  pouvait  s'attendre  encore  à  une  ascension  d'un  ou  de 
deux  dixièmes  de  degré,  cela  modifierait  peu  l'opinion  du  méde- 
cin sur  la  maladie.  De  même  que,  pour  la  fréquence  du  pouls,  il 
il  est  presque  toujours  indifférent  en  pratique  de  compter  chez  un 
malade  80  ou  84,  100  ou  \  04,  140  ou  150  pulsations  à  la  minute , 
de  même  pour  la  température,  une  différence  de  quelques  dixiè- 
mes peut  être  considérée  comme  à  peu  près  nulle.  C'est  au  méde- 
cin d'apprécier  dans  quelles  circonstances  il  importe  de  tenir 
compte  de  ces  différences.  Dans  certains  cas,  on  peut  même  abré- 
ger  encore  plus  la  durée  de  la  mensuration.  Dans  la  pratique 


84  TECHNIQUE  DE  LA  TIIERMOMETRIE  MÉDICALE. 

privée  on  peut  parfaitement  procéder  à  la  caléfaction  préalable  de 
l'instrument  à  l'aide  d'une  allumette  enflammée,  et  laisser  des- 
cendre ensuite  le  mercure  au  degré  de  la  température  du  corps. 
Grâce  à  ce  moyen  on  abrège  la  mensuration,  qui  peut  ainsi  se  faire 
en  quelques  minutes.  Les  résultats  obtenus  de  la  sorte  ne  sont 
pas,  il  est  vrai,  très-exacts,  mais  ils  suffisent  le  plus  souvent  dans 
la  pratique  privée. 

Lorsqu'il  paraît  nécessaire  de  répéter  plus  souvent  les  mensu- 
rations, ce  que  le  médecin  ne  peut  pas  faire  clans  la  pratique  pri- 
vée :  par  exemple,  dans  toutes  les  fièvres  graves  ou  intermittentes, 
même  quelquefois  dans  les  pyrexies  cbroniques  ;  il  doit  en  confier 
le  soin  à  un  parent  intelligent  du  malade,  en  lui  faisant  compren- 
dre l'importance  de  l'observation  thermométrique  pour  l'appré- 
ciation de  l'état  morbide  ;  puis,  après  l'avoir  familiarisé  à  l'usage 
de  l'instrument,  le  médecin  lui  fait  répéter  plusieurs  fois  sous  ses 
yeux  la  manœuvre  du  thermomètre  ;  il  pourra  ensuite  se  fier  à  lui 
pour  les  mensurations  ultérieures,  tout  en  ayant  soin  d'exercer 
un  contrôle  d'autant  plus  attentif  sur  les  résultats,  que  les  chif- 
fres indiqués  lui  sembleront  plus  extraordinaires.  Outre  le  nombre 
de  degrés  et  de  dixièmes  constatés  à  chaque  mensuration,  l'heure 
et  la  durée  de  l'application  du  thermomètre  devront  également 
être  soigneusement  indiquées.  —  Ces  observations  n'eussent-elles 
d'autre  avantage  que  d'indiquer  le  moment  précis  des  exacer- 
bations  et  des  rémissions,  seraient  déjà  fort  précieuses,  car  elles 
fourniraient  au  médecin  des  indications  extrêmement  utiles 
en  lui  permettant  de  régler  l'heure  de  ses  visites  et  celles  des 
mensurations  ultérieures.  Mais  on  peut  encore  déduire  avec  une 
certaine  probabilité  de  ces  données  thermométriques  des  conclu- 
sions beaucoup  plus  importantes.  —  Elles  éveillent,  en  effet,  l'at- 
tention sur  des  changements  brusques  opérés  dans  le  cours  de  la 
maladie,  qu'il  est  très-urgent  de  connaître  en  temps  opportun,  car 
ils  échappent,  dansleur  début,  à  tous  les  autres  procédés  d'inves- 
tigation. 

11  est  à  peine  nécessaire  de  mentionner  qu'en  pareil  cas  il  faut 
laisser  en  permanence  chez  le  malade  un  bon  thermomètre  mis  à 
l'épreuve  et  bien  contrôlé. 

Dans  les  grands  services  nosocomiaux,  l'emploi  du  thermomètre 
méthodiquement  appliqué    donne  une  économie  de  temps  qui  le 


TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMETRIE  MEDICALE.  85 

rend  plus  précieux  que  dans  la  pratique  privée.  Les  mensurations 
régulières  doivent  être  faites  avec  exactitude,  tous  les  jours  aux 
mêmes  heures.  —  Avant  que  le  médecin  entre  dans  les  salles,  il 
faut  que  l'instrument  soit  posé  sur  tous  les  malades.  —  Dans  une 
tournée  rapide,  il  s'assure  que  les  thermomètres  sont  bien  appli- 
qués, et  il  les  replace  s'il  y  a  lieu.  —  Pendant  qu'il  procède  à 
l'examen  clinique  des  malades,  il  peut  de  temps  en  temps  contrôler 
l'application  des  thermomètres  et  la  position  des  bras,  etc.  Chez  les 
malades  qui  ne  tiennent  pas  l'instrument  assez  étroitement  appli- 
qué dans  le  creux  de  l'aisselle,  ou  qui  se  remuent  et  s'agitent,  il 
faut  faire  maintenir  par  un  infirmier  leur  bras  solidement  accolé 
contre  les  parois  de  la  poitrine  (ce  cas  se  présente  d'autant  plus 
rarement  chez  les  malades  qui  ont  toute  leur  connaissance,  qu'ils 
ont  eux-mêmes  le  plus  grand  intérêt  à  ce  que  la  mensuration 
soit  exacte).  —  Après  vingt  minutes  environ,   on  fait   lire  et 
noter  rapidement,  par  un  élève  ou  un  infirmier  intelligent,  les 
chiffres  marqués  par  les  divers  thermomètres.  On  laisse  cependant 
ces  instruments  en  place,  jusqu'à  ce  que,  après  cinq  minutes, 
le  médecin  les  ait  de  nouveau  contrôlés.  Si,  à  ce  dernier  examen, 
les  résultats  diffèrent  de  la  première  notation,  il   faut  encore 
laisser  l'instrument  jusqu'à  ce  que  l'ascension  soit  complètement 
achevée.  De  cette  façon,  la  mensuration  thermométrique  peut 
être  terminée  chez  tous  les  malades,  d'une  salle  de  vingt  lits, 
dans  l'espace  d'une  demi-heure,  et  ce  laps  de  temps  pourra  être 
consacré  à  l'examen  des  autres  phénomènes  morbides  et  ne  sera 
donc  pas  perdu.  —  Dans  un  service  d'hôpital  bien  organisé,  on 
trouvera  bien  vite  des  infirmiers  assez  intelligents  et  assez  con- 
sciencieux pour  prendre  les  températures,  et  l'on  s'en  servira  pour 
les  cas  où  la  maladie  ne  présentera  rien  d'anomal,  surtout  en  de- 
hors des  heures  de  visite.  11  ne  faut  jamais  perdre  de  vue  qu'un 
médecin  versé  dans  les  expériences  thermométriques  n'est  pas  faci- 
lement trompé  par  de  fausses  indications  et  par  des  mensurations 
inexactes.  Mais  c'est  un  écueil  et  un  danger  pour  les  commençants 
en  matière  de  thermométrie,  que  de  se'faire  remplacer  par  d'au- 
tres dans  leurs  mensurations.  Il  reste  naturellement  un  certain 
nombre  de  malades  dont  l'observation  thermique  exige  plus  de 
temps,  soit  parce  que  le  résultat  obtenu  est  suspect  pour  une  rai- 
son quelconque,  soit  que  la  nature  même  de  leur  affection  impli- 


86  TECHNIQUE  DE  LA  THERMOMÉTRIE  MÉDICALE. 

que  une  exactitude  plus  rigoureuse  dans  les  résultats.  En  pareil 
cas,  on  ne  devra  pas  reculer  devant  une  dépense  de  temps  néces- 
saire, ni  hésiter  à  entrer  dans  tous  les  détails  de  l'observation. 
N'est-on  pas  forcé,  pour  d'autres  conditions  pathologiques,  d'ac- 
corder à  certains  malades  plus  de  temps  et  un  examen  plus  cir- 
constancié ?  Celui  qui  connaît  l'importance  de  la  thermométrie  ne 
croira  pas  perdre  ainsi  ni  son  temps  ni  sa  peine. 

Dans  toute  espèce  d'observation  thermométrique,  qu'elle  se  rap- 
porte à  des  points  de  vue  pratiques  ou  théoriques,  il  est  indispen- 
sable de  noter  les  degrés  obtenus  en  série  continue  ;  ils  ne  devien- 
nent pour  ainsi  dire  perceptibles,  et  la  marche  thermique  n'est 
vraiment  saisissable,  qu'autant  qu'ils  sont  représentés  dans  un 
tableau  sous  forme  de  courbe  ou  de  tracé.  —  Pour  les  rendre  plus 
intelligibles,  on  peut  noter  sur  la  même  courbe  les  degrés  Réau- 
mur  aussi  bien  que  les  degrés  centigrades.  Il  est,  en  outre,  utile 
d'indiquer  à  l'encre  rouge  sur  le  même  tableau,  le  tracé  de  la  fré- 
quence du  pouls  et  de  la  respiration  ;  on  peut  aussi  ajouter  d'au- 
tres détails,  les  accidents  importants,  les  médications  mises  en 
usage,  etc.  (Voy.  Tabl.  I).  Par  ce  moyen,  on  peut  embrasser  d'un 
seul  coup  d'œil  toute  la  marche  de  la  maladie  avec  ses  variations, 
ses  recrudescences  et  ses  différentes  modalités. 

La  mémoire  la  plus  fidèle,  le  récit  le  plus  frappant  et  le  plus 
détaillé  ne  pourront  jamais  retracer  un  tableau  plus  saisissant  de 
la  maladie  que  cette  simple  courbe.  —  La  comparaison  d'un  grand 
nombre  de  ces  tracés  entre  eux  fait  ressortir  les  points  communs 
des  évolutions  thermiques  et  la  loi  qui  les  régit.  Les  écarts,  les 
irrégularités  de  la  température  et  l'influence  exercée  sur  elle  par 
les  agents  thérapeutiques,  y  sont  reproduits  d'une  façon  si  frap- 
pante que  tout  homme,  à  l'abri  de  préventions  injustes,  ne  sau- 
rait résister  à  un  pareil  moyen  de  contrôle  et  d'épreuve. 


IV 

TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN 


1.  L'étude  des  modalités  de  la  température  de  l'homme  à  l'état 
de  santé  est  la  base  la  plus  sûre  pour  apprécier  les  résultats  de  la 
tbermométrie  pathologique.  Quoique  des  observations  thermiques 
multipliées  aient  été  faites  sur  l'homme  sain,  elles  ne  sont  pas 
encore  assez  nombreuses  ni  assez  certaines  pour  éclaircir  tous  les 
points  douteux. 

Ces  observations  ne  portent,  en  général,  que  sur  quelques 
dixièmes  de  degré  ;  avec  des  différences  aussi  minimes,  on  ne  sau- 
rait exclure  l'influence  du  hasard,  même  en  évitant  soigneusement 
des  erreurs  d'observation  ;  souvent  même  des  doutes  peuvent 
naître  sur  la  question  de  savoir  si  les  individus  soumis  aux  expé- 
riences ont  été  jugés  sains  à  bon  droit  et  notamment  dans  les  cas 
où  la  température  de  l'individu  sain  a  dû  être  examinée  sous  l'in- 
fluence des  différents  agents,  dans  des  conditions  qui  ne  lui  étaient 
pas  habituelles  ;  il  est  très-difficile  de  décider  si  ces  diverses  cir- 
constances n'ont  pas  déjà  pu  exercer  quelque  action  morbigène 
sur  les  individus  ainsi  examinés;  soit  que  les  agents  aient  été  trop 
intenses  en  eux-mêmes,  soit  que  les  sujets  n'aient  pas  eu  une 
santé  assez  robuste  pour  résister  à  l'action  nocive  d'un  régime  inac- 
coutumé, de  bains  prolongés  et  autres  épreuves  analogues.  Il  est, 
en  effet,  des  séries  d'auto-observalions  qui  ont  perdu  la  majeure 
partie  de  leur  valeur  par  suite  d'une  maladie  survenue  ulténeu- 


88  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

rement  chez  l'expérimentateur  (tel  est  le  fait  de  Gierse);  et  dans 
bien  d'autres  cas,  l'extrême  divergence  entre  les  résultats  consignés 
dans  les  observations  nouvelles  et  ceux  que  l'on  a  obtenus  autre- 
fois, permet  de  soupçonner  que  les  individus  examinés  n'étaient 
pas  en  parfaite  santé.  C'est  ainsi  que  les  nombreuses  données  rela- 
tives aux  conditions  de  la  température  à  l'état  hygide  restent 
encore  incertaines,  et  l'exactitude  la  plus  scrupuleuse  de  l'obser- 
vation isolée  est  impuissante  à  combler  une  pareille  lacune. 

Plusieurs  de  ces  observations  ont  été  faites  avec  peu  de  soin  et 
dans  beaucoup  de  recherches  sur  la  température  de  l'homme  sain, 
on  n'a  pas  satisfait  aux  conditions  que  l'on  exige  à  bon  droit  de 
la  thermométrie  pathologique,  dont  les  résultats  sont  utilisés  scien- 
tifiquement. 

Mais  il  est  surtout  fâcheux  que  l'on  pose  les  fondements  de  la 
thermométrie  physiologique  avec  des  matériaux  insuffisants.  Si 
l'on  possédait  des  observations  en  grand  nombre  sur  chaque  cas 
particulier,  bien  des  erreurs  isolées  pourraient  ainsi  s'annihiler. 

Au  lieu  de  cela,  on  a  essayé  de  résoudre  une  foule  de  questions 
avec  des  données  très-restreintes,  même  à  l'aide  d'observations  iso- 
lées ou  faites  sur  quelques  rares  individus,  et,  par  conséquent,  il 
n'est  pas  permis  d'en  déduire,  sans  autres  preuves,  des  lois  géné- 
rales. On  conçoit  aisément  qu'en  présence  des  résultats  si  minimes 
fournis  par  les  différences  thermiques  de  Tbomme  sain,  on  trouve 
rarement  assez  de  persévérance  pour  examiner  les  mêmes  points 
pendant  un  grand  nombre  d'années  et  pour  renouveler  sans  cesse 
les  mêmes  observations,  comme  cela  est  indispensable  dans  la 
thermométrie  pathologique,  lorsqu'on  veut  arriver  à  des  résultats 
utiles  et  vrais.  —  Le  plus  souvent  les  problèmes  physiologiques 
doivent  se  résoudre  très-promptement,  car  la  durée  des  phéno- 
mènes est  très-éphémère;  et,  par  conséquent,  ces  solutions  ne 
s'appuient  que  sur  des  cbiffres  si  faibles  qu'on  n'oserait  pas  en 
tirer  une  conclusion  quelconque  en  thermométrie  pathologique. 

Il  faut  ajouter,  en  outre,  que  le  nombre  des  individus  en  par- 
fait état  de  santé  est  relativement  assez  restreint,  et  pourrait-on 
même  les  réunir,  il  serait  plus  difficile  de  les  soustraire  aux 
diverses  influences  nocives  que  les  malades  couchés  dans  un  lit 
d'hôpital. 

Pour  remédier  au  petit  nombre  d'individus  sains  servant  aux 


TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  89 

recherches  thermométriques,  on  a  eu  recours  aux  expériences 
sur  les  animaux  ;  mais  cet  expédient  est  également  sujet  à 
caution. 

Les  animaux,  en  général,  et  notamment  ceux  qui  sont  ordinai- 
rement utilisés  pour  les  expériences  (lapins,  chiens,  etc..)  ne  pré- 
sentent pas  une  température  constante,  et  leur  cycle  thermique,  à 
l'état  hygicle,  est  beaucoup  plus  restreint  que  chez  l'homme,  aussi 
les  résultats  obtenus  par  cette  voie  ne  sont  pas  directement  appli- 
cables à  l'espèce  humaine. 

Les  données  de  la  thermométrie  physiologique  sont  donc  bien 
moins  nombreuses  et  bien  moins  certaines  que  les  faits  révélés 
par  la  mensuration  thermique  chez  les  malades,  dans  le  cours  des 
vingt  dernières  années. 

2.  Si  l'on  avait  rempli  toutes  les  exigences  de  l'observation, 
on  pourrait  bien  fixer  les  limites  du  cycle  normal  de  la  tempéra- 
ture physiologique,  mais  il  serait  encore  impossible  de  le  déter- 
miner complètement. 

Tant  qu'il  n'y  a  pas  d'autres  symptômes  de  la  maladie,  il  sem- 
blera arbitraire  de  désigner  tels  degrés  de  température,  comme 
encore  normaux,  et  tels  autres  comme  morbides.  Cette  démarca- 
tion est  extrêmement  difficile  et  ne  peut  guère  être  tentée  que 
dans  les  cas  où  l'on  a  placé  les  hommes  ou  les  animaux  en  expé- 
rience, clans  des  conditions  anormales,  ou  qu'on  a  laissé  agir 
sur  eux  des  influences  très-actives.  —  Ici  même,  un  effet  encore 
physiologique  peut  toucher  immédiatement  un  acte  déjà  patholo- 
gique, et  l'on  ne  saurait,  bien  souvent,  décider  si  la  compensation 
de  chaleur  subit  aussi  dans  le  corps  sain  de  grands  troubles  sous 
l'influence  d'un  agent  extérieur  énergique  ou,  s'il  faut  considérer 
l'insuffisance  de  cette  compensation  de  chaleur  comme  le  signe 
d'un  trouble  pathologique  artificiellement  produit.  On  pourra 
considérer  cet  état  thermique  comme  appartenant  au  cycle  normal 
si,  aussitôt  après  que  l'influence  nocive  a  cessé  d'agir,  la  tempéra- 
ture redevient  normale  et  s'il  ne  se  déclare  aucun  trouble  fonc- 
tionnel ou  organique. 

Le  même  phénomène  se  produit  spontanément  dans  certains 
états  physiologiques  qui  ne  comptent  pas  encore  parmi  les  mala- 
dies, tels,  par  exemple,  que  :  la  fatigue,  la  menstruation,  la  gros- 


90  TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

sesse,  les  couches,  et  il  apparaît  d'autant  plus  vite  que  la  santé 
générale  du  sujet  est  plus  chancelante  et  moins  forte. 

5.  L'incertitude  des  observations  thermiques  chez  l'homme  sain 
et  la  difficulté  de  constater  l'existence  des  troubles  légers  ou  gra- 
ves, mais  occultes,  des  individus  en  expérience;  d'autre  part,  enfin, 
l'impossibilité  de  séparer  nettement  les  phénomènes  morbides  des 
effets  physiologiques,  toutes  ces  conditions  fâcheuses  sont  autant 
d'obstacles  à  la  constatation  précise  des  limites  dans  lesquelles  se 
meut  le  cycle  normal  de  la  température  humaine. 

Cependant,  on  arriverait  presque  à  la  vérité,  notamment  après 
les  observations  infiniment  plus  considérables  que  l'on  a  si  sou- 
vent l'occasion  de  faire  sur  les  convalescents,  en  adoptant  comme 
limite  de  la  température  axillaire  normale  :  de  56°  25  à  57°  5  (29° 
à  50°  R.)  et  comme  moyenne  normale,  au  même  point,  57°  (29°,  G 
R.).  —  Toutes  les  températures  dépassant  ces  limites,  en  haut  ou 
en  bas,  sont  suspectes,  ou  ne  peuvent  être  considérées  comme 
normales  que  dans  des  conditions  spéciales  et  sous  des  influences 
particulières. 

La  température  de  l'homme  étant  le  résultat  de  recettes  et  de 
dépenses  variables,  il  faut  regarder  comme  un  fait  tout  particu- 
lier que  de  ces  actions  multiples,  de  ces  processus  incessamment 
variables,  il  puisse  résulter,  dans  l'état  physiologique,  un  total 
toujours  aussi  uniforme  et,  qu'en  un  mot,  les  variations  de  la 
température  générale  du  corps  ne  dépassent  pas  l'étendue  d'un 
degré. 

Ce  que  Lavoisier  a  dit  du  poids  du  corps  peut  se  dire  avec  plus 
de  vérité  de  la  température  :  «  Quelle  quantité  d'aliments  qu'il 
prenne,  le  même  individu  revient  tous  les  jours  après  la  révolu- 
tion des  24  heures,  au  même  poids  à  peu  près  qu'il  avait  la  veille, 
pourvu  qu'il  soit  d'une  forte  santé,  que  sa  digestion  se  fasse  bien, 
qu'il  ne  s'engraisse  pas,  qu'il  ne  soit  pas  dans  un  état  de  crois- 
sance et  qu'il  évite  les  excès.   » 

Tant  que  le  corps  reste  sain,  la  température  se  maintient  à  peu 
près  au  même  niveau,  ou  y  revient  toujours  ;  même  quand  elle  a 
subi,  sous  certaines  influences,  un  écart  plus  considérable,  l'état 
normal  se  rétablit  bientôt,  pourvu  que  la  santé  n'ait  pas  été  affec- 
tée ;  et  même  après  les  maladies  et  tous  les  écarts  thermiques 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  91 

qu'elles  ont  provoqués,  la  température  redevient,  aussitôt  après  la 
guérison,  la  même  qu'elle  a  été  avant  l'invasion  de  la  maladie. 

L'homme  se  rapproche  beaucoup,  à  cet  égard,  d'une  foule  d'au- 
tres êtres  et,  en  particulier,  de  ceux  qui  le  suivent  de  près  dans  la 
série  zoologique. 

La  chaleur  animale,  en  général,  est  une  propriété  essentielle 
de  tout  organisme  vivant.  Tous  les  êtres  vivants,  quoique  soumis 
aux  lois  de  la  chaleur  rayonnante,  possèdent  la  propriété  sui- 
vante :  pendant  toute  la  durée  de  leur  existence,  il  n'est  pas 
nécessaire  qu'ils  soient  en  équilibre  de  température  avec  celle 
des  corps  qui  les  avoisinent,  avec  la  chaleur  du  milieu  ambiant 
liquide  ou  gazeux. 

Ils  possèdent  tous,  à  l'état  normal,  une  température  supérieure 
à  celle  du  milieu  qui  les  environne,  et  si  la  température  de  celui- 
ci  dépasse  exceptionnellement  40°  ou  42°,  ils  ne  la  suivent  pas 
dans  cette  ascension.  En  outre,  les  mammifères  et  les  oiseaux  pré- 
sentent en  particulier  une  température  plus  ou  moins  constante  ; 
c'est-à-dire  que  leur  température  est  indépendante,  ou  du  moins 
presque  indépendante  de  la  chaleur  du  milieu  ambiant,  tandis 
que  les  autres  animaux  sont  très-manifestement  influencés  par  ce 
milieu;  les  expressions  :  d'animaux  à  sang  chaud  ou  à  sang  froid, 
servent  précisément  à  désigner  cette  différence. — Il  est  néan- 
moins plus  exact  d'établir  la  distinction  entre  les  animaux  à  tem- 
pérature constante  et  les  animaux  à  température  variable,  quoique 
la  constance  thermique  des  premiers  ne  soit  pas  absolue  ;  il  en  est 
même  qui,  avec  une  température  ordinairement  constante,  pré- 
sentent dans  certaines  circonstances  une  variation  considérable 
de  leur  chaleur  propre,  tels  que  les  animaux  hibernants  chez  les- 
quels, durant  le  sommeil  d'hiver,  la  température  se  rapproche 
beaucoup  de  celle  du  milieu  ambiant. 

L'homme  appartient  à  la  catégorie  des  êtres  chez  lesquels  la 
constance  de  la  température  est  la  plus  parfaite,  bien  que  chez 
lui  aussi,  elle  ne  soit  pas  complètement  absolue  ;  elle  est,  par 
exemple,  toujours  soumise  chez  tout  homme  à  de  légères  oscilla- 
tions et  dans  certaines  circonstances,  sous  l'influence  d'agents 
extérieurs  énergiques,  elle  subit  de  grandes  variations  qui  peuvent 
atteindre  une  hauteur  considérable,  notamment  dans  les  ma- 
ladies. 


92  TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

4.  Ce  phénomène  de  la  stabilité  de  la  température  est  le  résul- 
tat d'une  part  de  la  production  continuelle  de  chaleur  qui  s'opère 
pendant  la  vie,  sur  presque  tous  les  points  du  corps,  et,  d'autre 
part,  des  pertes  thermiques  qui  se  produisent  aussi  sans  inter- 
ruption. 

Le  fait  de  la  production  de  chaleur  dans  le  corps  humain  et 
chez  tous  les  êtres  vivants  en  général,  n'est  pas  difficile  à  com- 
prendre. Il  n'y  a  certainement  pas  d'autre  source  de  chaleur  spon- 
tanée dans  l'organisme  que  les  processus  chimiques  d'oxydation. 

Le  corps  vivant  ne  crée  pas  plus  la  chaleur  qu'il  ne  crée  la  ma- 
tière ;  il  n'y  a  dans  l'organisme  qu'une  transformation  de  forces. 

Les  forces  qui,  à  l'intérieur  du  corps,  se  transforment  en  cha- 
leur, sont  les  affinités  de  sa  propre  substance  et  des  matières 
venues  du  dehors.  A  chaque  processus  dans  lequel  des  affinités  se 
saturent  plus  qu'il  ne  s'en  est  saturé  auparavant,  une  force  estmise 
en  liberté  (chaleur,  mouvement). 

En  formant  de  nouvelles  combinaisons  chimiques  qui  ne  possè- 
dent plus  de  force  de  tension  (chimique),  les  ingesta  oxydables  et 
l'oxygène  inspiré,  ayant  été  transformés  en  acide  carbonique  et 
en  excrétions  oxydées  et  évacuées,  les  affinités  inhérentes  aux  élé- 
ments organiques  du  corps  et  aux  matières  qu'on  y  a  introduites 
se  transforment  en  chaleur  et  en  mouvement.  Les  nombreux  pro- 
cessus chimiques  de  l'organisme,  en  particulier  l'absorption  des 
produits  assimilables  et,  à  un  plus  faible  degré,  la  combinaison  des 
éléments  organiques  des  tissus  avec  l'oxygène  inhalé,  c'est-à-dire 
les  oxydations  interstitielles,  en  un  mot  la  combustion  sourde  et 
latente,  mais  continue,  du  sang  et  de  tous  les  matériaux  oxyda- 
bles introduits  dans  le  corps  et  assimilés  dans  la  nutrition  ;  telles 
sont  les  sources  fécondes  et  incessantes  de  la  chaleur  animale. 

Par  sa  propriété  d'absorber  l'oxygène,  le  sang  est  l'intermé- 
diaire obligé  delà  thermopoïèse.  11  possède,  en  outre,  grâce  à  sa 
circulation  même,  le  moyen  d'égaliser  la  température  des  diffé- 
rentes parties  du  corps  et  de  la  rendre  ainsi  uniforme.  —  Il  im- 
porte peu,  pour  le  moment,  de  savoir  si  le  sang  est  le  principal 
milieu  dans  lequel  s'élaborent  les  processus  thermogènes,  ou  si 
cette  transformation  des  affinités  chimiques  en  chaleur  ne  s'opère 
pas  dans  la  trame  des  tissus  eux-mêmes  et  quelle  en  est  l'inten- 
sité. —  Mayer  dit  «  que  c'est  à  peine  si  la  centième  partie  du  pro- 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  95 

cessus  de  combustion  se  fait  en  dehors  des  parois  vasculahes  »  et 
la  physiologie  a  commencé  à  lui  donner  en  partie  raison. 

Il  est  généralement  admis  que  toutes  les  parties  du  corps,  sauf 
les. tissus  cornés,  prennent  part  au  processus  thermogène,  par  l'as- 
similation et  la  désassimilation  de  leur  substance  :  les  glandes,  les 
viscères  abdominaux  et  les  muscles  passent  pour  être  les  princi- 
paux foyers  de  la  thermopoïèse,  sans  qu'il  soit  possible  cependant 
de  calculer  exactement  la  part  qui  revient  à  chacun  de  ces  organes 
dans  la  production  thermique  générale. 

La  somme  de' chaleur  produite  dans  un  temps  donné  par  un  in- 
dividu à  l'état  normal  (c'est-à-dire  la  quantité  de  calories  qui  se 
forment  dans  l'organisme  humain  pendant  ce  même  temps),  ne 
peut  pas  être  exprimée  en  chiffres  précis,  parce  qu'on  ne  saurait 
ni  évaluer  ni  empêcher  la  perte  de  chaleur  qui  se  fait  simultané- 
ment et  qu'en  outre,  on  rencontre  des  obstacles  insurmontables 
en  essayant  de  constater  la  somme  de  chaleur  produite,  soit  par 
les  produits  de  désassimilation,  soit  par  la  quantité  de  combustible 
que  fournissent  les  aliments  ingérés  (c'est-à-dire  la  quantité  de 
chaleur  qu'ils  dégagent  par  leur  combustion). 

Enfin  de  nouvelles  difficultés  surgissent  encore  :  l'oxygène  dé- 
pensé ne  donne  pas  la  mesure  de  la  chaleur  produite  ;  car  les 
matières  oxydables  ne  présentent  pas  dans  leur  combustion  le 
même  degré  de  chaleur  et  qu'enfin  toute  la  force  mise  en  liberté 
par  l'oxydation  ne  se  présente  pas  seulement  sous  forme  de 
chaleur,  mais  se  transforme  en  partie  en  mouvement  (travail 
utile). 

Toutes  les  évaluations  numériques  relatives  à  la  quantité  de 
chaleur  produite  chez  l'homme,  dans  un  temps  donné,  ne  sont  fon- 
dées que  sur  des  approximations  plus  ou  moins  arbitraires.  — 
Nous  prendrons  pour  exemple  les  calculs  d'Helmhoitz  (Diction- 
naire encyclopédique  de  Berlin  :  Berl.  encycl.  Wôrterbuch,  XXXV, 
p.  555).  D'après  cet  auteur,  la  production  thermique  quotidienne 
d'un  individu  pesant  82  kilogrammes,  s'élèverait  à  2,752,472  ca- 
lories (les  calories  sont,  dans  ce  cas,  rapportées  au  gramme  et 
représentent  la  quantité  de  chaleur  nécessaire  pour  élever  de 
1°  C.  la  température  de  1  gramme  d'eau  distillée);  en  d'autres 
termes,  chaque  gramme  du  corps  de  cet  homme  produit  dans  un 
jour  autant  de  chaleur  qu'il  en  faudrait  pour  élever  de  1°  58  :* 


H  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

grammes  d'eau  distillée  et,  dans  une  heure,  le  calorique  néces- 
saire pour  augmenter  de  1°,6  la  température  de  1  gramme  d'eau. 

5.  De  même  qu'il  s'opère  dans  le  corps  une  production  con- 
tinue de  chaleur,  il  s'y  fait  aussi  une  déperdition  incessante  de 
calorique: 

Par  rayonnement  (à  la  surface); 

Par  diffusion  ; 

Par  évaporation  des  liquides  sécrétés. 

Finalement  par  le  travail  mécanique  (transformation  de  la  cha- 
leur en  mouvement) . 

Le  siège  principal  de  la  déperdition  thermique  est  la  surface  du 
corps.  —  Le  refroidissement  s'y  fait  non-seulement  par  le  rayon- 
nement, mais  aussi  par  émission  et  diffusion  dans  des  milieux  plus 
froids  et  entin  par  l' évaporation  cutanée. 

La  quantité  de  ces  pertes  thermiques  dépend,  en  premier  lieu, 
des  conditions  des  parties  circonvoisines  (degré  de  froid,  faculté 
de  transmission  du  calorique),  en  second  lieu,  de  la  disposition 
même  des  organes  (le  nez,  les  oreilles,  les  doigts  se  refroidissent 
plus  rapidement) .  Le  degré  du  refroidissement  dépend  encore  de 
l'épaisseur  et  de  la  consistance  de  la  couche épidermique,  de  l'état 
de  la  circulation  capillaire  sous-cutanée,  mais  principalement  de 
l'humidité  de  la  peau  et  de  l'intensité  de  l'évaporation.  —  Mais 
il  existe  aussi,  dans  les  voies  respiratoires,  une  déperdition  de  cha- 
leur produite  par  l'air  inspiré  et  par  l'évaporation  pulmonaire  ; 
mais  comme  ces  organes  sont  en  même  temps  des  foyers  de  calo- 
rifieation,  il  en  résulte  que  la  dépense  de  chaleur  est  immédiate- 
ment neutralisée  par  une  production  nouvelle  de  calorique. 

11  se  fait  aussi,  mais  à  un  bien  moindre  degré,  des  pertes  de 
chaleur  dans  l'estomac  (après  l'ingestion  d'aliments  froids  et  en 
proportion  de  la  masse  ingérée)  et  dans  le  gros  intestin  (masses 
fécales).  Enfin,  les  muscles  en  action  transforment  en  mouvement 
une  partie  de  la  chaleur  (effet  mécanique).  Mais  là  aussi  il  y  a 
compensation  produite  par  la  contraction  musculaire  elle-même; 
—  On  a  calculé  la  part  numérique  qui  revient  à  chacun  des  agents 
précédemment  énumérés  dans  la  déperdition  de  chaleur,  et  les  ré- 
sultats obtenus  ont  été  les  suivants  :  60  à  75  pour  100  pour  le 
rayonnement  et  la  diffusion  du  calorique  à- la  surface  du  corps; 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  95 

^O  à  50  pour  100  sur  le  compte  de  l'évaporation  ;  4  à  8  pour  100 
absorbés  par  l'air  inspiré  ;  là  2  pour  100  réservés  à  l'excrétion 
tant  urinaire  que  fécale,  et  2  pour  100  produits  par  l'ingestion 
d'aliments  froids.  —  La  somme  totale  de  pertes  thermiques  dans 
un  temps  déterminé  est  aussi  impossible  à  préciser  que  la  quan- 
tité de  chaleur  produite.  Tout  ce  que  nous  savons,  c'est  qu'à  l'état 
de  santé,  la  dépense  est  égale  au  gain. 

6.  Bien  que  les  conditions  thermogéniques  et  les  origines  de 
la  déperdition  du  calorique  nous  soient  connues,  nous  som- 
mes encore  bien  peu  éclairés  sur  les  causes  du  maintien  de  la 
température  à  un  niveau  fixe,  ou  pour  mieux  dire,  celles  qui  pré- 
sident à  la  régulation  thermique. 

En  tout  cas,  on  conçoit  aisément  que  la  production  de  chaleur 
se  règle  sur  l'augmentation  ou  la  diminution  accidentelle  des  per- 
tes thermiques  ;  l'individu,  obéissant  à  son  propre  instinct,  s'ef- 
force de  restreindre  cette  déperdition  quand  elle  devient  excessive 
(à  l'aide  de  vêtements  plus  chauds)  et  de  remplacer  la  chaleur 
perdue  par  un  surcroît  de  production  (nourriture  plus  abondante); 
par  contre,  lorsque  sa  calorification  est  trop  considérable,  il  essaye 
de  recourir  à  des  moyens  destinés  à  lui  soustraire  de  la  chaleur 
(boissons,  ablutions  froides,  bains,  etc.).  Il  existe,  en  outre  dans 
l'organisme  une  série  d'appareils  qui  viennent  en  aide  à  son  in- 
stinct. Lorsque  la  production  thermique  est  accrue,  la  circulation 
est  accélérée,  la  peau  se  vascularise  et  la  perte  de  chaleur  à  sa  sur- 
face est  encore  augmentée  par  la  sécrétion  sudorale  ;  la  respiration 
devient  en  même  temps  plus  fréquente  et,  partant,  la  réfrigération 
produite  par  l'air  froid  inspiré  est  également  accrue  ;  on  conçoit 
également  que,  dans  le  cas  contraire,  c'est-à-dire  quand  la  calori- 
fication est  ralentie,  les  vaisseaux  de  la  peau  se  rétrécissent,  et 
grâce  à  cette  ischémie  passagère,  la  déperdition  du  calorique  à  la 
surface  cutanée  se  trouve  ainsi  diminuée. 

Une  modification  partielle  dans  la  production  ou  dans  la  dépense 
de  chaleur  entraîne  aussitôt  un  changement  dans  l'élévation  de  la 
température.  Mais  si,  dans  le  cas  de  modification  de  la  production 
thermique,  les  appareils  de  calorification  conservent  leur  intégrité 
ou  bien  dans  le  cas  de  perte  de  chaleur,  si  les  matériaux  de  pro- 
duction ne  font  pas  défaut,  si  les  processus  thermogènes  ne  sont 


96  TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

pas  enrayés  et  que,  en  un  mot,  l'organisme  soit  dans  des  conditions 
normales,  les  conséquences  de  ces  modifications  se  neutralisent  si 
rapidement  que  l'équilibre  thermique  est  bientôt  rétabli.  —  L'aug- 
mentation partielle  de  chaleur  est.suivie  d'une  déperdition  dispro- 
portionnée et  une  perle  extraordinaire  est  amplement  compensée 
par  une  production  exagérée  ;  de  façon  qu'après  une  ascension  ou 
une  diminution  de  la  température,  il  s'ensuit  toujours,  en  premier 
lieu,  une  oscillation  eu  sens  contraire  avant  le  rétablissement  com- 
plet de  l'équilibre.  Mais  tout  cela  n'explique  pas  pourquoi  la  tem- 
pérature à  l'état  hygide,  conserve  constamment  un  certain  niveau, 
pourquoi  elle  se  tient  chez  l'homme  aux  environs  de  57°,  tandis 
que  chez  d'autres  animaux  pourvus  des  mêmes  organes  thermo- 
poïétiques  et  sujets  aux  mêmes  causes  de  déperdition  de  calorique, 
la  température  reste  moins  fixe.  —  Cet  équdibre  thermique  résul- 
tant de  facteurs  multiples,  est  fondée  sur  r'enchaînemeut  délicat 
de  nombreux  appareils  dont  le  concours  simultané,  immédiat  et 
précis  est  nécessaire  pour  conserver,  c'est-à  dire  pour  régulariser 
la  température. 

Aussi,  Ludwig  (Physiologie,  t.  11,  p.  754)  en  cherchant  à  ap- 
profondir les  moyens  de  conservation  du  degré  thermique  normal, 
avoue-t-il  que,  malgré  la  connaissance  imparfaite  que  nous  possé- 
dons des  conditions  organiques  qui  président  aux  rapports  entre 
la  dépense  et  la  recette  thermiques,  le  mécanisme  intime  de  ces 
rapports  est  cependant  encore  loin  d'être  découvert. 

Il  est  vraiment  singulier  et  surprenant  que  des  facteurs  si  mul- 
tiples et  si  variables  puissent  toujours  donner,  à  l'état  de  santé, 
un  résultat  sans  cesse  identique,  c'est-à-dire  une  température  ré- 
gulière, uniforme,  presque  constante  et  ne  dépassant  jamais  cer- 
taines limites  quelles  que  soient  les  différences  de  production  ou 
de  perte  thermique? 

N'est-il  pas  plus  étonnant  encore  que  cette  régularisation  ther- 
mique ne  se  révèle  complètement  qu'à  l'état  de  santé  et  que  des 
écarts  plus  ou  moins  étendus  se  manifestent  dès  l'apparition  du 
moindre  trouble  morbide? 

Il  est  vrai  que  cette  propriété  singulière  de  l'organisme  est  aussi 
inexplicable  que  celle  qui  préside  à  l'uniformité  de  composition  du 
sang,  à  l'état  de  santé,  malgré  toutes  les  variations  de  dépenses  et 
de  recette,  et  ne  trouve-t-on  pas  en  physiologie  des  problèmes  aussi 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  97 

insolubles  :  tels,  par  exemple,  que  les  conditions  sur  lesquelles 
reposent  tous  les  résultats  ultimes  de  la  vie  organique,  l'emploi  des 
éléments  pour  la  constitution  des  formes  définies  de  la  matière, 
l'équilibre  de  la  nature  vivante  tout  entière,  la  conservation  de 
l'individu,  de  la  proportion  numérique  des  sexes,  des  espèces,  mal- 
gré les  luttes,  les  accidents  et  les  causes  de  destruction  de  tout  genre. 

C'est  précisément  en  cela  que  consiste  l'ordre  etl'harmonie  dans 
l'organisme.  Tout  excès,  tout  surcroît,  partiel  et  unilatéral,  est 
compensé  tant  que  l'organisme  se  maintient  à  l'étal  de  santé. 

Il  est  nécessaire,  pour  que  la  vie  suive  son  cours  régulier, 
que  les  recettes  et  les  dépenses  organiques  soient  en  parfait  équi- 
libre. —  11  en  est  de  même  de  la  force,  et  c'est  sur  cet  équilibre 
thermique  que  repose  la  santé. 

On  n'a  besoin  pour  cela  d'imaginer  aucun  appareil  ou  organe 
régulateur  spécial  ni  d'invoquer  son  influence  mystique  sur  les 
processus  chimiques.  —  L'organisme  n'est  en  aucune  façon  régi 
par  l'une  ou  l'autre  de  ses  parties  constituantes.  C'est,  au  con- 
traire, le  maintien  de  l'état  normal  qui  implique  l'intégrité  com- 
plète ou  tout  au  moins  relative  des  fonctions  nutritives  ;  la  machine 
humaine  est  construite  avec  une  telle  perfection  que  le  fonction- 
nement même  insuffisant  d'une  de  ses  parties  ne  trouble  pas  l'har- 
monie de  l'ensemble.  —  Mais  aussi  bien  qu'à  d'autres  points  de 
vue,  les  organes  isolés  ne  sont  pas  d'une  importance  également 
grande;  de  même  pour  la  conservation  de  l'équilibre  thermique, 
l'intégrité  de  certains  organes  est  plus  importante  que  celle  de 
certains  autres. 

Il  est  vrai  que  si  les  compensations  sont  empêchées  par  des  con- 
ditions anomales,  spontanées  ou  artificiellement  produites,  si  le 
fonctionnement  de  certains  organes  essentiels  est  sérieusement 
troublé,  il  peut  se  produire  des  désordres  notables  dans  le  bilan 
des  productions  et  des  pertes,  et  par  conséquent,  des  écarts  de  la 
température  normale.  Le  médecin  appréciera  selon  l'étendue  et  la 
durée  de  ces  écarts,  s'ils  doivent  ou  non  être  rangés  dans  le  cycle 
thermique  normal.  Mais  il  est  certain  que  des  écarts  considérables 
ou  persistants  de  la  température  sont  bientôt  suivis  d'autres  symp- 
tômes de  perturbation.  —  Il  va  sans  dire  que  ces  dérangements  de 
l'harmonie  générale  peuvent  avoir  leur  point  de  départ  dans  les 
processus  les  plus  divers. 

7 


98  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

Mais,  en  prenant  en  considération  l'influence  à  la  fois  si  complexe 
et  si  puissante  du  système  nerveux  sur  tous  les  organes,  on  conçoit 
également  que  des  anomalies  clans  l'action  nerveuse  puissent  avoir 
aussi  leur  part  dans  ces  désordres.  Il  est  vrai  qu'on  n'est  pas  auto- 
risé pour  cela  à  attribuer  au  système  nerveux  ou  à  certaines  de 
ses  parties  isolées,  une  action  régulatrice  sur  la  température  ani- 
male. —  Le  système  nerveux  participe  à  cette  régularisation  ther- 
mique, en  tant  que  faisant  partie  de  l'ensemble  de  l'organisme.  Il 
y  prend,  il  est  vrai,  une  part  majeure,  parce  que  ses  rapports  avec 
les  autres  parties  sont  plus  intimes,  plus  nombreux  et  plus  im- 
portants. Il  participe  d'autant  plus  fréquemment  au  dérangement 
de  l'équilibre  qu'en  premier  lieu,  ses  troubles  même  légers  ont 
un  plus  grand  retentissement  que  ceux  des  autres  parties  consti- 
uantes  du  corps  et  que,  d'autre  part,  les  modifications  dans  le 
calibre  des  petits  vaisseaux  sont  sous  la  dépendance  du  système 
nerveux,  qui  répartit  ainsi  la  quantité  de  sang  dans  tous  les  organes. 

7.  Quelque  constante  que  soit,  en  somme,  la  hauteur  de  la 
température  physiologique,  elle  se  meut  cependant  dans  un  cycle 
d'une  certaine  étendue.  L'étude  attentive  des  faits  permet  de  dé- 
couvrir les  causes  qui  entraînent  les  oscillations  légères  de  la  tem- 
pérature comprises  dans  ce  cycle  normal. 

Tous  les  points  du  corps  n'ont  pas,.à  un  moment  donné,  la  même 
température  : 

La  température  locale  d'une  partie  dépend  : 

1°  De  la  quantité  de  chaleur  introduite  ; 

2°  De  la  chaleur  produite  in  situ  ; 

5°  Des  pertes  locales  de  calorique. 

Ces  conditions  n'étant  pas  les  mêmes  pour  les  différentes  par- 
ties du  corps,  lVflux  du  sang  chaud  pouvant  être  plus  ou  moins 
abondant,  la  production  locale  de  chaleur  plus  ou  moins 
intense,  le  refroidissement  plus  ou  moins  considérable,  la  tempé- 
rature présentera  des  degrés  différents  sur  les  divers  points  du 
corps. 

Le  sang  lui-même  n'a  pas  partout  la  même  température  dans  les 
voies  circulatoires. 

Le  sang  des  veines  cutanées  est  ordinairement  plus  froid  que  le 
sang  artériel   des  extrémités;  en  revanche,  le  sang  veineux  des 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  99 

reins  et  du  foie  est  plus  chaud  que  celui  qui  pénètre  dans  ces  or- 
ganes. —  On  a  constaté  que  le  sang  des  artères  intestinales  est 
tantôt  plus  chaud,  tantôt  plus  froid  que  celui  de  la  veine  porte  ;  il 
en  est  de  même  du  sang 'des  veines  s'alivaires  et.  musculaires  par 
rapport  au  sang  artériel  correspondant.  —  Le  sang  des  veines  ju- 
gulaires a  été  trouvé  plus  chaud  que  celui  de  la  carotide. 

Le  sang  de  la  veine  cave  inférieure  est  plus  chaud  que  celui  de 
la  supérieure  et  des  cavités  droites.  Ce  dernier  est  à  son  tour  plus 
chaud  que  celui  des  veines  des  extrémités.  Le  sang  du  ventricule 
droit  est  plus  chaud  que  celui  du  ventricule  gauche. 
,  Il  est  clair  que  dans  les  organes  où  se  produit  beaucoup  de  cha- 
leur, !e  sang  veineux  qui  en  sort  est  plus  chaud  que  le  sang  arté- 
riel qui  y  arrive  ;  dans  les  parties  où  il  y  a  dépense  de  chaleur, 
c'est  le  contraire  qui  a  lieu.  Le  sang  des  artères  se  refroidit  dans 
les  extrémités,  tandis  que  celui  qui  traverse  les  viscères  abdomi- 
naux en  revient  plus  chaud  et  communique  sa  chaleur  à  la  veine 
cave  inférieure  dont  le  sang  se  trouve  ainsi  plus  chaud  que  celui 
de  la  veine  cave, supérieure  et  même  que  le  sang  artériel  en  général. 
Bien  que  ces  f.iits  n'aient  encore  aucune  valeur  pratique  immé- 
diate, ils  indiquent  cependant  les  foyers  de  la  production  de  cha- 
leur et  les  lieux  de  réfrigération  ;  ils  peuvent  servir  aussi  parfois 
de  termes  de  comparaison  dans  un  cas  pathologique. 

Parmi  les  nombreuses  recherches  relatives  à  la  température  du 
sang  dans  les  différents  vaisseaux,  les  plus  importantes  sont  celles 
de  Becquerel  (Gavarret,  De  la  chaleur,  p.  107)  ;  de  G.  Liebig 
(Sur  les  différences  de  température  du  sang  veineux  et  du  sang 
artériel.  — Dissertation.  Giessen,  1852)  ;  de  Cl.  Bernard  (Comptes 
rendus  de  l'Académie  des  sciences,  t.  XL,  p.  551  et  56  î. —  Leçons 
sur  les  propriétés  physiologiques  et  les  altérations  pathologiques  des 
liquides  de  l'organisme,  1859,  t.  I,  p.  54)  ;  de  Savory  (Lancel,  Avr. 
1857)  ;  de  Wurlitzer  (Dissertât.  Greifswald,  1858). 

Relativement  au  sang  du  cœur,  Colin,  en  faisant  usage  des  ther- 
momètres a  maxima  (du  plus  petit  calibre)  de  Walferdin,  est 
arrivé  à  des  résultats  un  peu  différents  :  sur  95  mensurations  com- 
paratives des  deux  moitiés  du  cœur  chez  les  chevaux,  les  rumi- 
nants et  chez  les  chiens,  il  a  trouvé  21  fois  égalité  de  température 
pour  les  deux  côtés,  45  fois  la  chaleur  plus  grande  dans  les  cavités 
droites^  27  fois  dans  les  cavités  gauches. 


100  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

Colin  explique  ce  dernier  phénomène  par  la  formation  de  cha- 
leur dans  le  poumon.  —  D'ailleurs,  il  suppose  que  la  température 
du  cœur  ne  dépend  pas  seulement  du  sang  afférent,  mais  aussi  de 
l'état  thermique  variable  de'Testomac  et  des  intestins  (Annales  des 
sciences,  Zoologie,  t.  VII,  p.  85-105). 

Pour  ce  qui  est  des  organes  internes,  on  conçoit  que  toutes  les 
expériences  qui  s'y  rapportent,  manquent  chez  l'individu  sain. 

On  leur  suppose  à  peu  près  la  même  température  que  celle  des 
parties  accessibles,  mais  protégées.  —  JacobsonetBernhard  (Cen- 
tralblatt.  1868,  p.  645)  ont  trouvé  dans  15  cas  le  cœur  gauche  de 
0°,12  à  0°,42  (C.)  plus  chaud  que  le  cœur  droit.  —  Dans  deux 
cas  seulement,  la  température  des  deux  était  égale.  Ils  ont  trouvé 
aussi  les  cavités  pleurales  à  l'état  normal,  de  0°,01  à  0°,02  plus 
froides  que  la  cavité  abdominale,  et  de  0°,02  à  0°,05  moins  chaudes 
que  le  cœur  gauche. 

Les  différences  de  température  dans  les  parties  servant  de  pré- 
férence à  l'examen  pratique  sont  assez  insignifiantes  quand  la  men- 
suration est  faite  avec  soin.  Parmi  ces  endroits,  c'est  le  vagin  et  le 
rectum  exempt  de  masses  fécales,  qui  présentent  la  température 
la  plus  élevée  ;  de  1  à  4  dixièmes  plus  élevée  que  celle  de  la  ca- 
vité axillaire.  —  La  température  de  la  cavité  buccale  tient  le  mi- 
lieu, pourvu  qu'il  n'y  ait  pas  eu  de  causes  perturbatrices. 

La  température  moyenne  clans  la  cavité  axillaire  d'un  individu 
sain  étant  de  57°,  on  peut  aisément  supposer  que  celle  de  la  cavité 
buccale  sera  de  57°, 1  à  57°, 2,  et  celle  du  rectum  vide  et  du  vagin 
de  57°,5à57°,5.  Mais  les  données  des  divers  observateurs  diffèrent 
un  peu.  —  Comparez  L.  Fick  (Topographie  thermique  de  l'orga- 
nisme —  dans  les  Archives  de  Millier.  1855,  p.  408). 

Winckel  (Monatschrift  fur  Geburtskunde  uud  Frauenki'ankheiteu, 
1862,  t.  XX,  p.  415)  ;  Ziemssen  (Pleurésie  et  pneumonie  des  en- 
fants, 1862,  p.  10)  ;  Schrœder  (Archives  de  Virchow,  XXXV,  p. 
255). 

Les  différences  sont  beaucoup  plus  accusées  clans  les  parties  im- 
parfaitement protégées  de  la  peau  extérieure.  Le  refroidissement 
étant  ici  considérable  et  changeant,  les  différences  indiquées  par 
le  thermomètre  n'ont  presque  aucune  valeur.  En  revanche,  les  ré- 
sultats obtenus  à  l'aide  des  appareils  thermo-électriques  dans  la 
mensuration  de  points  isolés,  montrent  qu'il  y  a  des  changements 


TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  101 

presque  incessants  de  température  dans  ces  parties,  mais  renfer- 
més cependant  dans  un  cycle  restreint  et  subordonnés  aux  influen- 
ces les  plus  diverses  ;  toutefois,  les  fluctuations  continuelles  de 
l'ondée  sanguine  n'y  restent  pas  étrangères.  Lombard  (Experi- 
ments  on  the  relation  ofheatto  mental  Works,  analysé  par  Brown- 
Séquard  dans  les  Archives  de  physiologie  normale  et  pathologique. 
1868,  t..I,  p.  070)  a  constaté  que  de  semblables  variations,  par 
exemple  à  la  peau  de  l'occiput,  peuvent  être  produites  sous  la 
seule  influence  d'une  activité  psychique  modérée. 

8.  Les  différences  de  température  des  individus  sains,  dans  di- 
verses conditions  sont  toujours  insignifiantes  et  ne  dépassent  pas 
quelques  dixièmes  de  degré. 

A  de  très-rares  exceptions  près,  la  température  axillaire  physio- 
logique varie  sous  les  influences  et  dans  les  conditions  les  plus 
diverses  entre  562°,  et  58°,  ou  du  moins  ne  franchit  que  très-pas- 
sagèrement ces  limites. 

W.  Ogle  (On  the  diurnal  variations  in  the  température  o f  the  hu- 
manbodij.  —  St-Georges  hospital  reports.  1866,  t.  II,  p,  221)  a 
indiqué  une  température  minima  un  peu  plus  basse  et  une  tem- 
pérature maxima  un  peu  plus  élevée,  mais  il  a  trouvé  le  minimum 
de  56°, 1  pendant  une  matinée  d'hiver  et  le  maximum  de  58°, 1 
dans  un  bain  turc. 

Chez  certains  individus,  d'ailleurs  bien  portants,  mais  d'une 
extrême  irritabilité,  notamment  chez  les  enfants  et  chez  les  fem- 
mes, la  mobilité  delà  température  est  un  peu  plus  grande  et  dans 
des  conditions  analogues,  les  limites,  précédemment  indiquées, 
peuvent  être  franchies.  Toutes  les  fois  qu'un  écart  thermique  est 
constaté,  il  faut  se  souvenir  qu'on  ne  peut  jamais  garantir  une 
santé  réellement  parfaite  chez  tous  les  individus  jugés  bien  por- 
tants. De  très-nombreuses  recherches  ont  été  faites  sur  les  modali- 
tés de  la  température  physiologique.  Uneénumération  complète  de 
toutes  ces  observations  présenterait  de  grands  inconvénients,  ne 
serait-ce  qu'à  cause  de  leur  valeur  différente.  Nous  nous  contente- 
rons de  mettre  en  relief  les  faits  les  plus  importants. 

9.  Influence  de  l'âge.  —  La  température  du  fœtus  dépasse  à 
peine  celle  du  vagin  et  de  l'utérus  de  la  mère  (Bârensprung)."  Cette 


102  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

différence,  si  minime  qu'elle  soit,  a  son  importance  en  théorie  : 
elle  indique  non-seulement  que  le  fœtus  possède  des  sources  ther- 
miques qui  lui  sont  propres,  mais  aussi  que  les  causes  de  réfrigé- 
ration sont  chez  lui  de  toute  autre  nature  ;  le  résultat  final  est  ce- 
pendant égal  à  celui  de  l'organisme  maternel. 

Ala  naissance,  les  enfants  présentent  en  moyenne,  selon  Bâren- 
sprung  (dans  le  rectum),  une  température  de  57°, 55  (50°, 2  R.). 
—  Sur  57  nouveau-nés,  elle  dépassait  57°, 5  chez  26  et  chez  un 
seul  elle  descendait  au-dessous  de  56°, 75.  —  Schàfer  {Disserta- 
tion. Greifswald,  1865)  a  trouvé  chez  les  nouveau-nés,  avant  la 
section  du  cordon  ombilical,  une  température  rectale  supérieure  à 
la  température  vaginale  de  la  mère,  16  fois  sur  23  cas  ;  deux  fois 
elle  lui  était  inférieure  ;  la  température  moyenne  du  vagin  étant 
de  57°, 5,  et  dans  le  premier  cas,  la  moyenne  thermique  atteignant 
57°, 8.  On  peut  comparer  à  ce  sujet  les  travaux  de  "Wurster  (Berli- 
ner  klinische  Wochenschrift.  1869,  n°  57). 

Immédiatement  après  la  naissance,  et  surtout  après  le  premier 
bain,  les  enfants  perdent  en  moyenne  0°,7  à  0°,8.  Leur  moyenne 
est  de  57°.  Sur  22  enfants,  il  n'y  en  avait  que  5  qui  restassent 
au-dessus  de  5 7°, 5  et  8  qui  descendissent  au-dessous  de  56°, 75 
(Bàrcnsprung) . 

Dans  les  dix  jours  suivants,  la  température  rectale  remonte  légè- 
rement, et  s'arrête  en  général  enlre  57°, 5  et  57°, 6  ;  c'est-à-dire  à 
un  niveau  un  peu  plus  élevé  que  chez  l'adulte.  —  Du  sixième  au 
huitième  jour  après  la  naissance,  on  observe  souvent  une  nouvelle 
petite  élévation.  —  Voir  également  Fôrster  (Journal  fur  Kinder 
Kranhh.  1862). 

Du  reste,  les  différences  entre  les  observations  isolées  sont  beau- 
coup plus  grandes  chez  les  nouveau-nés  que  dans  un  âge  plus 
avancé  ;  chez  eux  en  effet,  le  moindre  vagissement  peut  déjà  pro- 
voquer une  augmentation  thermique.  Dans  la  soirée,  ils  présentent 
également  une  élévation  qui  peut  atteindre  un  demi-degré  et  qui 
est  plus  grande  encore  vers  midi. 

Chez  des  nouveau-nés,  en  apparence  très-bien  portants,  on  ob- 
serve, assez  exceptionnellement,  il  est  vrai,  des  écarts  de  tempé- 
rature allant  jusqu'à  deux  degrés  qui  ne  se  montrent  pas,  dans  les 
mêmes  conditions,  chez  l'adulte. 

Ce  fait  peut  s'expliquer  de  deux  façons  :  ou  bien  les  nouveau-nés 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  105 

ont  en  général  une  température  moins  constante  et  moins  uuiforme, 
ou  bien  ils  sont  sujets  à  des  troubles  morbides  plus  faciles  à  mé- 
connaître que  chez  les  adultes.  —  Cette  particularité  se  retrouve 
dans  les  premières  années  de  la  vie. 

Finlayson  (The normal  température  in  chiklren.  1869)  a  constaté 
que  les  fluctuations  quotidiennes  sont  plus  grandes  chez  les  enfants 
que  chez  les  adultes. 

Chez  les  enfants  bien  portants,  on  n'observe  pas  de  différences 
notables  avec  les  progrès  de  l'âge.  Tout  au  plus,  peut-on  dire  que  la 
température  moyenne  tombe  de  1.  à  2  dixièmes  de  la  première 
enfance  à  la  puberté  ;  à  partir  de  celte  époque  de  la  vie  jusqu'à  la 
cinquantaine,  et  même  jusqu'à  soixante  ans,  elle  diminue  encore 
du  même  chiffre  et  remonte  un  peu  à  partir  de  la  soixantaine  pour 
se  rapprocher,  notamment  chez  les  octogénaires,  de  la  tempéra- 
ture moyenne  du  premier  âge.  —  Cette  température,  relativement 
élevée  chez  les  vieillards,  semble  un  phénomène  extrêmement  cu- 
rieux quand  on  songe  aux  différences  considérables  dans  la  respi- 
ration, la  nutrition  et  l'exhalation  de  l'acide  carbonique,  et  si  l'on 
réfléchit  aux  idées  traditionnelles  émises  sur  l'activité  vitale  à  cet 
âge.  —  Peut-être  cette  élévation  thermique  se  rattache-t-elle  à  la 
perspiration  cutanée,  amoindrie  par  suite  de  l'état  d'anémie  de  la 
peau. 

Consultez,  sur  la  température  sénile,  John  Davy  (Philosophical 
Transactions.  1844,  p.  59). 

10.  Influence  du  sexe.  —  Quant  au  sexe,  il  n'y  a  pas  à  noter 
de  différences  notables  dans  la  température.  —  Elle  est  peut-être 
légèrement  plus  élevée  chez  les  femmes  adultes  que  chez  les  hom- 
mes du  même  âge.  Cependant,  les  observations  ne  sont  pas  assez 
nombreuses  pour  nous  permettre  d'établir,  à  cet  égard,  une  règle 
fixe  et  générale.  —  Davy  est  arrivé  à  un  résultat  contraire  ;  il  est 
vrai  que  ses  recherches  sont  insuffisantes  (Médical  Times.  24  sep.- 
tembre  1864). 

11.  Influence  des  r.vces,  des  professions,  du  genre  de  vie.  — 
Livingstone  (Travelsin  south  Africa,  p.  509)  affirme  avoir  observé 
que  la  température  des  Africains  était  inférieure  de  deux  degrés  à 
la  sienne.  D'un  autre  côté,  la  température  des  Islandais  serait, 


104  TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

d'après  Thomsen  (Ueber  Krankheiten  und  Krânkheits-Verhàltnisse 

auf  Island  und  den  Parôerinseln,  p.  24)  un  peu  plus  élevée  que 
la  sienne  (en  moyenne  =  57°, 27  sous  la  langue). 

Jusqu'ici,  nous  ne  possédons  encore  aucun  fait  qui  nous  auto- 
rise à  admettre  une  différence  même  fort  minime  de  température 
selon  la  position  sociale,  c'est-à-dire  entre  les  pauvres  et  les  riches, 
malgré  la  différence  qui  existe  dans  l'alimentation. 

Les  professions,  pourvu  qu'elles  ne  soient  pas  insalubres,  ne 
paraissent  exercer  aucune  influence. 

Il  faut  donc  nécessairement  admettre  que  la  production  thermi- 
que, bien  que  sans  doute  très-variable,  trouve,  à  l'état  hygide,  sa 
compensation  dans  une  élévation  correspondante  de  la  dépense 
thermique. 

12.  Différences  individuelles.  —  Abstraction  faite  de  l'âge,  du 
sexe,  de  la  race,  du  genre  de  vie  et  des  influences  accidentelles,  la 
température  moyenne  n'est  pas  la  même  chez  tous  les  individus  à 
l'état  de  santé.  Il  est  vrai  que,  sur  ce  point,  nous  ne  possédons  pas 
un  grand  nombre  d'expériences  faites  sur  des  sujets  dont  la  santé 
n'a  jamais  été  altérée  ;  mais,  s'il  est  permis  de  tirer  une  conclusion 
de  recherches  faites  sur  d'anciens  malades  rétablis,  ayant  vécu  dans 
les  mêmes  conditions,  comme,  par  exemple,  dans  la  même  salle 
d'un  hôpital  et  soumis  au  même  régime,  on  peut  admettre  que  la 
température  de  ces  différents  individus  n'est  pas  absolument  la 
même  et  qu'elle  oscille  entre  56°, 5  et  37°, 8. 

Je  n'ai  trouvé  chez  eux  aucune  condition  physique  qui  put  ren- 
dre compte  de  ces  différences  individuelles,  cependant  assez  tran- 
chées. Il  importe  de  prendre  ces  faits  en  considération,  afin  de  ne 
pas  regarder  comme  pathologiques  certaines  températures  nor- 
males. Chez  les  animaux  soumis  aux  expériences  physiologiques, 
on  a  également  constaté  des  différences  individuelles  encore  plus 
accusées. 

13.  Fluctuation  quotidienne  de  la  température  physiologique. — 
Chez  les  individus  à  l'état  de  santé,  la  température  présente  de 
légères  variations  quotidiennes,  suivant  le  moment  de  la  journée. 

Un  certain  nombre  d'observateurs  ont  fixé  leur  attention  sur  ce 
point. 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  105 

D'après  Lichtenfels  et  Frôhlich  (loco  citaio),  les  écarts  quoti- 
diens de  la  température  physiologique  atteignent  à  peine  une 
moyenne  de  un  demi-degré.  —  Suivant  ces  auteurs,  la  tempéra- 
ture la  plus  basse  se  montre  de  10  heures  du  soir  à  une  heure  de 
la  nuit  et,  dans  la  matinée,  enire  6  heures  et  8  heures;  la  plus 
haute  dans  l'après-midi,  entre  4  et  5  heures.  —  Selon  Damrosch 
(Deutsche  Klinik.  1855,  p.  517),  la  température  s'élève  d'environ 
|°  entre  7  heures  et  10  heures  du  matin,  descend  de  0°,^  à  0°,~ 
entre  10  heures  et  une  heure,  remonte  jusqu'à  5  heures  du  soir 
de  yô  à  tô  pour  redescendre  de  ■—  à  ~  jusqu'à  7  heures  du  soir. 
La  rémission  de  midi  fait  souvent  défaut.  L'élévation  la  plus  con- 
stante a  lieu  de  7  heures  à  10  heures  du  matin  et  l'abaissement 
thermique  de  5  heures  à  7  heures  du  soir.  La  température  à  7 
heures  du  soir  est  fréquemment  égale  à  celle  de  7  heures  du  ma- 
tin, mais  souvent  aussi  elle  est  plus  basse. 

Suivant  Ogle  ($t-George,s  hospital  reports.  1866,  t.  I,  221),  la 
température  la  plus  basse  est  celle  de  6  heures  du  matin,  puis 
commence  l'ascension  qui  se  prolonge  bien  avant  dans  la  jour- 
née. —  Cette  élévation  et  cette  descente  sont  indépendantes  du 
sommeil. 

Jûrgenten  (Deutsche  Àrchiv  fur  Min.  Med.  1867,  t.  III, 
p.  165)  place  le  maximum  diurne  entre  4  heures  et  9  heures 
du  soir,  le  minimum,  entre  2  heures  et  8  heures  du  matin. 

14.  Influence  de  la  menstruation,  de  la  grossesse  et  des  couches. 
—  La  menstruation  normale  chez  la  femme  bien  portante  reste  or- 
dinairement sans  effet  sur  la  température  du  corps  :  ainsi  que 
l'affirment  tous  les  observateurs  dignes  de  foi  et  comme  je  l'ai 
moi-même  constaté.  En  revanche,  il  y  a  parfois  des  ascensions  de 
la  température  pendant  les  règles  que  l'on  doit  positivement  con- 
sidérer comme  fébriles  et  qui,  tantôt,  sont  accompagnées  d'autres 
troubles  fonctionnels,  tantôt  constituent  le  seul  phénomène  patho- 
logique. 

La  grossesse  n'exerce  à  peu  près  aucune  influence  sur  la  tem- 
pérature. Dans  les  deux  derniers  mois  seulement,  la  température 
du  vagin  semble  un  peu  plus  élevée.  Dans  la  matinée,  la  moyenne 
est  de  58°,  15  (minimum  =  57°, 9  ;  —  maximum,  58°, 55)  et  le 
soir  de  58°,22  (minimum  =  58°, 1  ;  —  maximum,  58°, 65). 


106  TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

Selon  Schroder  (Virchow's  Archiv,  t.  XXXV,  p.  255),  l'utérus 
gravide  présente  une  température  qui  dépasse  de  0,5  celle  de  l'ais- 
selle, de  0,15  celle  du  vagin.  Cette  élévation  est  sans  doute  pro- 
duite par  la  température  du  fœtus. 

Immédiatement  avant  Faccouchemeint,  on  n'observe  pas  d'ascen- 
sion. Pendant  le  travail,  on  constate  une  augmentation  de  quel- 
ques dixièmes  (0,20  à  0,25).  Le  thermomètre  s'élève  un  peu  au 
moment  des  douleurs  expultrices  et  redescend  ensuite  quand  elles 
ont  cessé. 

Les  fluctuations  quotidiennes  physiologiques  ne  sont  pas  essen- 
tiellement modifiées.  Pendant  la  parturition,  la  température 
moyenne  du  matin  est  plus  élevée  de  0,18,  celle  du  soir  de  0,25 
qu'avant  cet  acte  :  elle  serait  également  plus  haute  de  0,07  dans 
la  deuxième  période  de  l'accouchement  que  dans  la  première.  — 
Selon  Hecker,  la  température  monte  d'autant  plus  que  les  dou- 
leurs expulsives  sont  plus  intenses  et  plus  rapprochées  ;  mais  les 
observations  de  cet  auteur  ne  sont  pas  suffisamment  nombreuses 
pour  établir  la  réalité  du  fait.  —  Schroder  a  trouvé  chez  les  accou- 
chées une  plus  grande  différence  entre  la  température  de  l'aisselle 
et  du  vagin  et  celle  de  l'utérus  que  chez  les  femmes  enceintes  : 
(la  température  de  l'utérus  chez  les  premières  dépasse  de  0,85 
celle  de  l'aisselle  et  de  0,175  celle  du  vagin).  —  Dans  son  récent 
ouvrage,  il  considère  comme  très-variable  et  très-inconstante  la 
température  des  accouchées  et  suppose  que  chez  elles  la  plus  ou 
moins  grande  dépense  de  chaleur  serait  d'une  importance  ma- 
jeure. 

Immédiatement  après  l'accouchement,  Bàrensprung  a  noté  un 
abaissement  thermique  pouvant  aller  jusqu'à  56°, 2  et  en  moyenne 
de  57°, 1  (le  minimum  se  présente  dans  le  cas  où  l'accouchement 
a  lieu  entre  minuit  et  midi).  Winckel  n'a  observé  cette  diminution 
thermique  que  dans  le  cas  où  la  parturition  avait  lieu  pendant  la 
rémission  diurne.  —  Schroder  a  trouvé  les  plus  basses  tempéra- 
tures chez  les  femmes  qui  étaient  accouchées  à  11  heures  du  ma- 
tin. —  Winckel  a  constaté  une  légère  élévation  dans  les  12  pre- 
mières heures  après  l'accouchement  et  un  abaissement  correspon- 
dant dans  les  12  heures  suivantes. 

Grùnewald  estime  à  57°  le  minimum  moyen  de  la  température 
axillaire  pendant  les  couches  régulières  :  sur  57  accouchées,  la 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  107 

température  la  plus  basse  était  :  chez  5,  de  56Q,ô  ;  chez  9,  de 
56°, 8  ;  chez  45,  de  57°  et  au  delà.  Les  températures  maxima  dé- 
passaient plusieurs  fois  58°,  surtout  dans  les  cas  où  il  y  avait  de  la 
constipation  avec  une  sécrétion  lactée  excessive.  Cet  observateur  con- 
sidère comme  suspecte  chez  les  accouchées  toute  température  qui 
dépasse  57°, 8  (50°, 2  R.).  Schrôder  a  même  démontré  que  les  ac- 
couchées qui  tombent  malades  dans  la  première  semaine  de  leurs 
couches,  peuvent  présenter,  au  début,  un  état  thermique  complè- 
tement normal.  Il  fait  remarquer  en  outre  que  la  température 
puerpérale  présente  deux  facteurs:  1°  des  fluctuations  quotidien- 
nes régulières  (ascension  jusqu'à  5  heures  du  soir,  diminution  jus- 
qu'à 1  heure  du  matin)  ;  2°  une  augmentation  dans  les  premières 
24  heures  et  une  rémission  dans  les  12  heures  suivantes.  —  Par 
conséquent,  l'état  thermique  varie  un  peu  suivant  l'heure  de  l'ac- 
couchement, —  La  température  peut  atteindre  le  maximum  entre 
5  heures  et.  8  heures  du  soir  environ,  si  l'accouchement  a  eu  lieu 
dans  la  matinée,  le  minimum  (vers  minuit)  s'il  a  eu  lieu  dans  les 
premières  heures  de  la  matinée,  parce  qu'il  y  a  coïncidence  dans  le 
premier  cas  entre  l'ascension  quotidienne  et  la  première  élévation 
thermique  produite  par  les  couches  ;  dans  le  deuxième,  l'abaisse- 
ment quotidien  coïncide  avec  la  première  diminution  thermique 
post-puerpérale. 

Winckel  assure  qu'après  les  quatre  premières  heures  d'abaisse- 
ment, la  température  commence  à  remonter  peu  à  peu  ;  en  outre, 
la  température  quotidienne  vespérine  est  ordinairement  plus 
élevée  que  celle  du  matin,  mais  la  fluctuation  diurne  est  faible.  Le 
degré  de  la  température  est,  en  général,  proportionnel  à  la  sécré- 
tion lactée.  Cette  dernière  est-elie  abondante  et  régulière',  la  tem- 
pérature s'accroît  avec  elle  pendant  trois  ou  cinq  jours;  et  si  la 
sécrétion  lactée  est  tarie  comme  chez  les  femmes  qui  ne  nour- 
rissent pas,  on  observe,  dans  ce  cas,  une  diminution  progressive 
de.  la  température. 

Winçkel  dit,  en  outre,  que  les  primipares  aussi  bien  que  les 
multipares,  qu'elles  allaitent  ou  non,  ne  présentent  aucune  diffé- 
rence au  point  de  vue  de  la  température  ;  que  les  suites  de  cou- 
ches régulières  restent  aussi  sans  effet  sous  ce  rapport  ;  enfin  que 
la  température  moyenne  des  accouchées  est  un  peu  plus  élevée 
que  la  moyenne  normale  physiologique. 


108  TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

Faut-il  cependant  admettre  une  plus  grande  mobilité  de  la  tem- 
pérature pendant  les  couches?  C'est  un  point  que  nous  discuterons 
dans  notre  partie  pathologique. 

D'ailleurs,  suivant  Winckel,  les  différences  entre  les  tempéra- 
tures axillaires  et  vaginales  restent  presque  tout  à  fait  parallèles 
chez  les  accouchées,  même  dans  les  cas  de  maladie  du  vagin  ou 
de  l'utérus.  Schrôder  a  trouvé  que,  chez  les  accouchées,  la  diffé- 
rence entre  la  température  utérine  et  les  températures  axillaire 
et  vaginale,  diminuait  et  que,  dans  l'utérus,  elle  ne  dépassait  que 
de  0°,28  celle  de  la  cavité  axillaire  et  de  0°,1Î  celle  du  vagin. 

Consultez,  pour  les  modalités  de  la  température  pendant  la 
grossesse  etl'accouchement,  et  dans  les  couches  normales  :  Hecker 
in Annalen  dés  Charité Krankenhauser.  1854,  p.  555;  Winckel: 
Temperatur-Studien  bel  der  Geburt  und  im  Wôchenbett  in  Mo- 
natschrift  fur  Geburtskunde.  1862.  Bd.  XX,  p.  409,  etl865,Bd. 
XXII,  p.  521  ;  Grùneyvald  :  Ueber  die  Eigenwàrme  gesunder  und 
Kranker  Wôcherinnen  in  Petersburger  medic.  Zeitung.  1865, 
Bd.  V,  p.  1  ;  Oscar  Woif  :  Beitr.  zur.  Kennlniss  der  Eigenwàrme 
im  Wôchenbett:  Marb.  dissert.  1866  ;  Baumfelder  :  Beitràge  zu 
d en  Beobachtungen  der  Kôrperwârme,  der  Puis- und  Piespirations 
frequenz  im  Wôchenbett  :  Leipzig.  Dissert.  1867  ;  Schrôder  (loco 
citatoet  in  Schvangerschaft,  Geburt  und  Wôchenbett.  1867,  page 
177)  ;Squire  {Lancet.  1867,  n°10). 

15.  Influence  du  repos,  de  la  contraction  musculaire  et  du  tra- 
vail. —  Le  contraste  entre  le  repos  et  le  mouvement  est  difficile  à 
expliquer  au  point  de  vue  de  son  action  sur  la  température  qui  ne 
peut  être  éclnircie  par  le  simple  examen  des  faits. 

Helmholtz  a  montré  que  la  conlraction  d'un  muscle  est  accom- 
pagnée d'une  augmentation  de  la  température.  Plus  récemment 
encore,  Solger,  Heidenhain,  Meierstein  et  Thiry,  ont  entrepris 
d'importantes  recherches  sur  ce  sujet.  Ces  auteurs  ont  constaté 
entre  autres  phénomènes  que,  dans  le  premier  moment  de  son 
excitation,  le  muscle  se  refroidissait  légèrement  (cette  oscillation 
thermique  négative  a  été  vérifiée  plus  tard  par  Heidenhain),  puis  il 
se  réchauffait  ;  mais  cette  caléfaction  n'était  nullement  proportion- 
née au  travail  mécanique;  qu'en  outre,  le  muscle  développait  plus 
de  chaleur  à  l'excitation,  si  on  l'empêche  de  se  contracter  que 


TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  109 

dans  le  cas  opposé  ;  qu'avec  un  poids  égal  et  une  fatigue  progres- 
sive, la  chaleur  développée  par  la  contraction  diminuait  plus 
promptement  que  l'exercice  mécanique;  qu'avec  un  fardeau  crois- 
sant, la  chaleur  augmentait  jusqu'à  une  certaine  limite  et  décrois- 
sait ensuite. 

•  Conformément  à  la  théorie  de  J.  R.  Mayer,  il  faut  supposer  qu'à 
l'étal  de  repos,  les  forces  de  tension  chimiques  qui  sont  mises  en 
liberté  par  la  combinaison  de  la  substance  oxydable  avec  l'oxygène, 
se  transforment  complètement  en  chaleur;  tandis  que,  dans  le  cas 
de  mouvement,  une  partie  de  ces  forces  se  changerait,  à  l'aide  des 
muscles,  en  travail  mécanique.  D'où  il  résulte  que  la  production 
thermique  doit  être  plus  grande,  à  l'état  de  repos.  Il  faut  encore 
noter  que  le  refroidissement  par  la  respiration  et  la  transpiration 
est  moindre  pendant  le  repos.  D'après  une  citation  de  Mayer  (Die 
oj^ganische  Beivegung,  p.  95),  Dauville  a,  en  effet,  trouvé  40°, 2  sur 
un  nègre  couché  au  soleil  dans  la  plus  parfaite  immobilité,  et  seu- 
lement 59", 75  chez  le  même  individu  pendant  qu'il  travaillait  au 
soleil. 

Mais,  tandis  que  dans  le  corps  en  activité,  une  partie  de  la  force 
dégagée  par  les  processus  chimiques  est  perdue  pour  la  production 
thermique,  parce  qu'elle  est  consacrée  au  travail  mécanique  et 
qu'elle  se  transforme  en  mouvement;  en  revanche,  l'échange  des 
matériaux  nutritifs  est  simultanément  exagéré  par  le  travail,  la 
quantité  d'oxygène  absorbé  est  accrue  par  la  fréquence  même  de  la 
respiration,  la  circulation  est  plus  active  et,  partant,  le  nombre  des 
globules  rouges  soumis  à  l'action  de  l'oxygène  devient  aussi  plus 
considérable  dans  un  temps  donné,  l'action  chimique  d'où  résulte 
la  production  de  chaleur  devient  donc  plus  étendue  et  plus  rapide. 
Mais  l'emploi  d'une  partie  des  forces  au  fonctionnement  mécani- 
que ne  compense  pas  complètement  l'excès  de  leur  production.  La 
force  produite  dans  l'activité  musculaire  par  l'action  chimique 
accrue  qui  l'accompagne  est  ordinairement  bien  plus  grande  qu'il 
ne  le  faudrait  pour  sa  transformation  en  travail.  —  Déduction  faite 
du  fonctionnement  mécanique,  il  reste  encore  un  excédant  de 
chaleur. 

Le  cerveau,  à  l'état  de  repos,  produit  1  55  calories  par  heure  et 
251  pendant  le  même  temps  dans  l'activité  psychique.  Ce  surcroît 
de  chaleur  est  éliminé  du  corps  de  l'individu  sain  par  une  série 


110  TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

d'actes  tels  que  :  respiration  accélérée,  circulation  périphérique 
plus  active,  et  par  conséquent,  refroidissement  cutané  plus  rapide 

par  la  transpiration,  par  les  sueurs,  etc Il  en  résulte  q*ue  les 

conditions  opposées  s'équilibrent  et  se  compensent,  à  savoir  : 
d'un  côté,  la  dépense  de  force  produite  par  le  fonctionnement  mé- 
canique et  par  une  réfrigération  plus  active  et,  d'autre  part,  l'ex- 
cès de  production  déterminé  par  l'augmentation  des  processus 
chimiques  ;  de  sorte,  qu'en  réalité,  la  différence  entre  la  tempé- 
rature dans  l'état  de  repos  et  celle  qui  se  produit  pendant  le  tra- 
vail est  presque  insignifiante. 

John  Davy  a  étudié  l'influence  qu'exerce  les  mouvements  du  corps 
sur  la  température.  Voici  les  résultats  auxquels  il  est  arrivé  en  se 
plaçant  dans  diverses  conditions  :  la  température  sublinguale  va- 
riait après  un  mouvement  actif  entre  98°, 7  et  99°, 4  Fahrenheit 
(=57°  —  57°, 5  C),  dans  une  promenade  en  voiture,  elle  était  de 
97°  à  97°, 7  F.  (=56°  —  56°, 5  C).  —Dans  les  régions  tropicales, 
la  température  montait  plus  encore  pendant  un  mouvement  actif, 
tandis  que  le  minimum  observé  dans  une  promenade  en  voiture 
était  presque  aussi  bas  que  dans  les  climats  tempérés  (dans  un  cas 
seulement,  le  maximum  atteignait  99°, 7  (=57°,6  C). 

Breschet  et  Becquerel  (loc.  cit.)  ont  constaté,  à  l'aide  de  la  men- 
suration thermo-électrique,  une  augmentation  thermique  de  1° 
dans  un  muscle  qui  se  contractait  depuis  cinq  minutes. 

Les  expériences  de  Speck  (1865.  Archiv  der  Vereins  fur  wis- 
senschaftl.  Heilk.)  ont  démontré  que,  pendant  les  efforts  violents, 
la  température  s'élevait  un  peu.  A  en  juger  d'après  l'exhalation 
considérable  d'acide  carbonique,  on  aurait  dû  s'attendre  à  une 
production  bien  plus  grande  de  chaleur  dans  le  corps.  L'abaisse- 
ment de  la  température,  aussitôt  après  la  cessation  des  efforts, 
prouva,  en  outre,  que  les  forces  régulatrices  de  la  température 
agissaient  avec  autant  de  promptitude  que  d'intensité.  Le  corps 
n'avait,  pour  ainsi  dire,  été  que  surpris  pendant  un  moment,  par 
cette  augmentation  thermique  temporaire  et  peu  après,  le  refroi- 
dissement avait  développé  une  action  assez  puissante  pour  que  la 
température  normale  fût  rétablie  ou  qu'elle  descendît  même  au- 
sous  du  degré  habituel.  D'ailleurs,  dans  les  quelques  expériences 
où  les  efforts  n'avaient  pas  amené  la  transpiration,  il  n'y  avait  pas 
eu  augmentation  de  température  et  l'élévation  thermique  la  plus 


TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  111 

forte  correspondait  aux  cas  où  les  sueurs  avaient  été  les  plus  abon- 
dantes. 

D'après  Kernig  (Experiment.  Beitràge,  p.  41),  le  décubitus  dé- 
termine une  diminution  de  quelques  dixièmes- de  degré  dans  la 
température  de  la  cavité  axillaire  comparée  à  celle  que  produit  la 
position  verticale  ou  assise. 

Récemment,  Obernier  (De  l'insolation,  p.  80)  a  recherché  l'in- 
fluence des  mouvements  sur  la  température.  Des  marches  de  50  à 
55  minutes  firent  monter  la  température  d'un  demi-degré  et  au 
delà  (la  fréquence  du  pouls  fut  accrue  bien  davantage  :  de  20  à  44 
pulsations  ;  à  l'exception  d'un  cas  où  elle  resta  stationnaire).  Une 
marche  forcée  d'une  heure  et  demie,  éleva  la  température  de  1°  à 
1°,2  (le  pouls,  de  50  cà  48  pulsations). 

Le  fait  bien  connu  d'un  coureur  chez  lequel  on  constata  59°, 6 
après  une  course  d'une  heure,  ne  doit  pas  être  rangé  au  nombre 
des  effets  de  la  fatigue  musculaire  à  l'état  de  santé,  car  le  sujet 
présentait  de  nombreux  symptômes  morbides. 

D'après  la  théorie  de  Mayer,  la  production  thermique,  résultat 
des  échanges  nutritifs,  n'est  employée  dans  la  contraction  muscu- 
laire qu'autant  que  cette  dernière  est  appliquée  à  une  fonction 
mécanique  réelle. 

L'observation  directe  de  Béclard  confirme  cette  thèse  ingénieuse. 
Il  a  trouvé  (De  la  contraction  musculaire  clans  ses  rapports  avec  la 
température  normale.  —  Arch.  génér.  '1861,  t.  XVII,  p.  21  à  40  ; 
157  à  180  et  257  à  279)  que  la  quantité  de  chaleur  produite 
par  la  contraction  d'un  muscle  est  plus  grande  si  cette  contrac- 
tion est  statique  que  si  elle  produit  un  travail  mécanique  utile.  Il 
a  constaté,  en  outre,  que  la  quantité  de  chaleur  qui  se  perd  dans 
un  muscle  avec  un  pareil  travail  correspond  exactement  à  l'effet 
mécanique  produit.  Il  arrive  aussi  à  ce  résultat  que  les  deux  pro- 
duits de  la  contraction  musculaire  :  la  chaleur  et  le  travail  méca1 
nique  utile,  étaient  la  commune  expression  de  l'action  chimique 
qui  se  passe  dans  le  muscle. 

Liebermeister  (Reichert's  Archiv,  1862,  p.  661)  a  contesté  l'in- 
fluence exercée  sur  la  température  par  des  respirations  amples  et 
fréquentes. 

16.   Influence  des  efforts  intellectuels.    —  Cette  influence 


112  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

paraît  moindre  que  celle  des  efforts  physiques.  —  D'après  John 
Davy,  la  température,  après  un  effort  intellectuel,  n'est  montée 
qu'à  98°  à  98°, 7  F.  (=  56°, 6  à  57°  C.)  dans  les  climats  du  Nord; 
tandis  que,  dans  les  régions  tropicales,  ce  même  effort  détermina 
une  ascension  thermique  bien  plus  considérable  qui  atteignit  98, °1 
et  même  104  F.  (=  56°, 7  à  58°  C).  —  D'après  Lombard  (Experi- 
ments  on  the  relation  of  heat  to  mental  Works,  analysé  dans  les 
Archives,  de  Physiologie,  t.  I,  p.  670),  on  constate  à  la  tète,  dans 
l'état  de  repos  intellectuel,  des  modifications  thermiques  nom- 
breuses, mais  toujours  insignifiantes  (0°,01)  ;  mais  toute  impres- 
sion psychique  exigeant  de  la  réflexion  provoque  une  élévation  de 
la  température.  —  Les  fortes  contentions  d'esprit  déterminent  une 
augmentation  de  £■  à  |  degré. 

À  l'état  de  santé,  le  sommeil  n'exerce  pas  d'action  sur  la  tempé- 
rature. D'après  les  connaissances  que  nous  possédons  actuellement, 
il  nous  est  permis  de  dire  que  pendant  le  sommeil  la  production 
et  la  perte  de  chaleur  se  font  équilibre. 

17.  Influences  thermiques.  —  Action  de  l'air,  de  l'eau  et  de  l'hu- 
midité. —  L'influence  du  froid  extérieur  et  de  la  chaleur  ambiante 
sur  la  température  de  l'homme  sain  présente  souvent,  malgré  sa 
simplicité  apparente,  des  conditions  très-complexes  dont  on  doit 
tenir  compte  si  l'on  veut  arriver  à  une  appréciation  exacte  et  ri- 
goureuse des  expériences. 

En  premier  lieu,  ce  ne  sont  pas  toujours  le  froid  ou  la  chaleur 
qui  agissent  exclusivement  sur  l'organisme,  mais  ils  se  rattachent 
eux-mêmes  à  un  milieu  quelconque  dont  l'influence  simultanée  ne 
doit  pas  être  négligée.  —  Ainsi,  dans  un  bain  froid  ou  chaud,  il 
faut  tenir  compte  de  l'action  de  l'eau,  dans  l'atmosphère  froide 
ou  chaude,  on  doit  avoir  égard  à  son  degré  de  sécheresse  ou  d'hu- 
midité: et  il  n'est  pas  toujours  possible  de  calculer  exactement  ia 
part  qui  revient  exclusivement  à  l'agent  thermique  et  celle  qui  ap- 
partient aux  influences  secondaires. 

Mais,  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  l'analyse  est  encore  plus 
complexe  et  plus  difficile  quand  il  s'agit  d'apprécier  l'effet  ther- 
mique des  applications  froides  ou  chaudes. 

Cette  action  est  en  effet  extrêmement  compliquée,  car  elle  offre 
à  étudier  une  succession  ininterrompue  de  processus  : 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  113 

L'action physique  primitive,  directe  et  immédiate  du  froid  est  de 
soustraire  de  la  chaleur  ;  celle  des  températures  plus  élevées  em- 
pêche le  refroidissement  et  communique  elle-même  du  calorique. 
Ainsi,  le  froid  tend  à  abaisser  la  température  générale  du  corps  et 
la  chaleur  à  l'élever. 

Mais  à  côté  de  cette  action  physique  primitive  vient  se  placer 
une  action  physiologique  secondaire  qui  produit  des  effets  plus  ou 
moins  opposés  aux  premiers.  Sous  l'impression  du  froid,  les  capil- 
laires de  la  peau  se  resserrent,  et  cette  constriction  diminue  la  quan- 
tité normale  de  sang  qu'ils  renferment.  La  masse  sanguine  se 
trouvant  ainsi  plus  restreinte,  Ja  réfrigération  du  sang  est  amoin- 
drie, et  partant,  l'action  du  froid  devient  moindre.  —  Sous  l'in- 
fluence de  la  chaleur  extérieure,  au  contraire,  les  petits  vaisseaux 
se  dilatent  tant  que  la  température  ambiante  dépasse  celle  du  corps; 
le  refroidissement  du  sanç  est  ainsi  augmenté.  L'action  de  la  cha- 
leur  rend  plus  abondante  la  sécrétion  sudorale  et  l'évaporation  de 
la  sueur  à  la  surface  du  corps  devient  une  nouvelle  et  puissante 
cause  de  réfrigération.  Mais  le  surplus  de  froid  qui  reste  est  bien- 
tôt compensé  par  un  surcroît  dans  la  production  de  chaleur  tant 
que  l'organisme  conserve  sa  constitution  normale  ;  et  lorsque  la 
réfrigération  est  moindre  ou  cesse  complètement,  la  production  de 
chaleur  est  également  diminuée. 

Les  élévations  ou  abaissements  de  la  température  qui  se  produi- 
sent au  moment  des  applications  thermiques  sont  donc  très-éphé- 
mères ;  elles  sont  bientôt  effacées  par  les  modifications  que  subit 
la  production  de  chaleur.  —  Ce  n'est  pas,  d'ordinaire,  immédiate- 
ment que  l'équilibre  se  rétablit  :  après  la  réfrigération  artificielle, 
la  production  thermique  devient  souvent  plus  grande  qu'il  ne  le 
faudrait,  et  l'abaissement  de  température  est  bientôt  suivie  d'une 
caléfaction  exagérée.  —  L'inverse  a  lieu  dans  le  cas  d'élévation 
artificielle  de  la  température.  Ainsi,  après  un  bain  froid,  la  tem- 
pérature du  corps  est  ordinairement  plus  élevée  ;  au  sortir  d'un 
bain  chaud,  au  contraire,  on  éprouve  plutôt  une  sensation  de  froid  ; 
dans  les  régions  tropicales  aussi  bien  que  pendant  les  fortes  cha- 
leurs de  l'été,  rien  n'est  plus  rafraîchissant  qu'un  bain  tiède  ou  une 
aspersion  d'eau  très -chaude.  —  Cet  effet  est,  il  est  vrai,  en  partie 
compensé  par  la  dilatation  des  capillaires  cutanés,  qui  favorise 
l'élimination  de  la  chaleur  ;  mais  les  circonstances  les  plus  insi- 

8 


114  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

gnifiantes  peuvent  augmenter  l'un  ou  l'autre  de  ces  effets  et  don- 
ner ainsi  naissance  à  des  troubles.  —  La  réaction  peut  même  avoir 
des  conséquences  plus  durables.  Mais  ces  effets  persistants  ne  se 
produisent  pas  chez  des  individus  sains,  et  la  température  reprend 
bien  vite  son  niveau  habituel.  Dans  des  conditions  opposées,  il 
peut  survenir  des  écarts  thermiques  considérables. 

Il  en  résulte  encore  d'autres  différences  :  l'influence  des  agents 
thermiques  s'exerce  d'abord  sur  le  point  même  de  leur  application, 
puis  elle  s'étend  aux  parties  voisines  et  sous-jacentes,  gagne  les 
endroits  les  plus  éloignés  pour  se  répandre  ensuite  à  l'organisme 
tout  entier.  Or  ces  effets  n'étant  pas  uniformes,  les  combinaisons 
les  plus  multiples  peuvent  encore  se  produire.  Enfin,  il  faut  con- 
sidérer que,  lorsqu'il  s'agit  d'apprécier  les  résultats  de  certaines 
influences  extérieures  et,  par  conséquent,  des  effets  thermi- 
ques, les  dispositions  individuelles  pèsent,  en  général,  beaucoup 
clans  la  balance.  —  Ces  idiosyncrasies,  si  nombreuses  dans  l'état 
pathologique,  ne  manquent  pas  d'exercer  dans  l'état  de  santé,  leur 
influence  puissante,  en  particulier  sur  la  réaction. 

Si  le  milieu  dans  lequel  s'exercent  les  influences  thermiques 
consiste  en  air  humide  ou  en  un  liquide,  les  conditions  devien- 
nent plus  complexes  encore.  Un  liquide  ou  de  l'air  humide  à  une 
basse  température,  mis  en  contact  avec  le  corps  humain,  lui  sous- 
trait de  la  chaleur  à  un  bien  plus  haut  degré  que  le  froid  sec;  les 
effets  du  refroidissement  sont  donc  encore  plus  considérables  ;  mais, 
en  revanche,  le  mouvement  de  réaction  peut,  à  son  tour,  suivre  la 
même  progression. 

En  outre,  les  résultats  dépendent  de  la  durée  de  l'effet  thermi- 
que, de  son  uniformité  ou  de  ses  changements;  enfin  de  l'état  de 
repos  ou  de  mouvement  du  milieu  réfrigérant.  En  résumé,  on  peut 
conclure  que  les  effets  des  influences  thermiques  sont  loin  d'être 
aussi  simples  que  l'on  serait  tenté  de  le  croire  tout  d'abord.  — 
Ainsi  s'expliquent  les  nombreuses  contradictions  que  présentent 
entre  elles  les  observations  isolées,  et  l'on  apprend  de  la  sorte  à  ne- 
pas  s'empresser  d'ériger  en  loi  les  faits  observés  sur  des  animaux 
soumis  à  expérience  ou  sur  des  individus  sains  examinés  isolé- 
ment. 

Nous  allons  citer  ici  (plutôt  comme  exemple  qu'avec  la  préten- 
tion de  présenter  une  énumération  complète)  les  résultats  les  plus 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  115 

importants  fournis  par  les  expériences  relativement  à  l'influence 
qu'exercent  le  froid  et  le  chaud. 

En  ce  qui  concerne  l'application  extérieure  de  l'eau  froide, 
Fleury,  entre  autres,  a  constaté  un  abaissement  de  température 
allant  jusqu'à  54°  et  même  jusqu'à  29°.  Speck  (Archiv  filr  gemeins- 
chaflkhe  Arbeiten,  1860,  p.  422)  a  trouvé,  au  moment  de  l'ap- 
plication d'une  douche  froide,  une  petite  élévation  de  la  tempéra- 
ture buccale  ;  après  10  minutes  de  séjour  dans  un  bain  à  22°,  un 
abaissement  de  1°,25  de  la  température  prise  au  même  point.  C'est 
Liebermeister  qui  a  fait  les  observations  les  plus  intéressantes  sur 
l'action  thermique  des  bains.  Sous  l'influence  de  l'eau  froide  appli- 
quée sur  la  surface  du  corps  d'un  individu  sain,  dans  des  conditions 
régulières,  il  n'a  jamais  observé  d'abaissement  de  température 
dans  l'aisselle;  mais  un  tel  effet  se  produisait  sous  l'action  de 
l'eau  chaude.  —  Cet  abaissement  est  le  résultat  de  la  production 
augmentée  de  chaleur.  —  Dans  un  bain  de  20°  à  25°  (16°  à  18°R.), 
la  production  thermique  est  trois  ou  quatre  fois  plus  grande  que 
la  production  moyenne  ordinaire;  dans  un  bain  à  50°  (21°  R.),  elle 
est  le  double.  Dans  un  bain  à  la  température  du  sang,  la  production 
thermique  dépasse  faiblement  la  quantité  ordinaire. 

Kernig  a  recherché  en  détail  l'influence  des  bains  de  25°, 7  à 
56°,  et  il  est  arrivé  à  conclure  que  la  perte  de  chaleur  est  en  raison 
directe  des  déperditions  subies  ;  plus  celles-ci  sont  considérables, 
plus  grande  est  la  réfrigération.  (Experimenlelle  Beitrcige  zur 
Kenntniss  der  Wàrme  regidirung  beim  Menschen.  1864,  p.  169.) 

Schuster  (d'Aix-la-Chapelle)  (Deutsche  Klinik,  1864,  n°  22)  a 
trouvé  dans  quelques  expériences,  faites  sur  lui-même  et  sur  un  de 
ses  aides,  que,  dans  un  bain  de  57°,6à41°,  la  température  rectale 
s'élevait  notablement.  Il  a  publié  des  observations  sur  le  même 
sujet  dans  les. Archives  de  Virchow  (XLIII,  p.  60). 

D'un  autre  côté,  l'action  réfrigérante  se  fait  sentir  bien  manifes- 
tement sur  les  régions  les  plus  exposées  du  corps  (telles  que  le 
nez,  le  front,  les  mains,  les  pieds)  et  la  différence  de  température 
peut  aller  jusqu'à  6  ou  7  degrés  ;  Tholozan  et  Brown  Sequard 
(Joilmal  de  physiologie,  t.  I,  p.  497)  ont  même  constaté  qu'en 
plongeant  la  main  dans  de  l'eau  très-froide,  elle  perdait  en  peu  de 
temps  (5  à  17  minutes)  environ  10°  à  18°,  tandis  que,  pour  la  ré- 
chauffer, il  fallait  beaucoup  plus  de  temps  (58  minutes  étaient  né- 


116  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

cessaires  après  une  immersion  de  5  minutes,  et  si  elle  durait  10 
minutes,  le  retour  de  la  chaleur  exigeait  plus  d'une  heure  de 
temps).  —  L'influence  de  cet  abaissement  thermique  local  sur  la 
température  générale  est  tout  à  fait  insignifiante  ;  parfois  même 
celle-ci  semble  accrue  par  la  réfrigération  partielle  ;  —  enfin,  l'au- 
tre main,  se  trouvant  exposée  à  l'air  libre,  se  refroidit  à  mesure 
que  l'eau  froide  produit  une  impression  douloureuse  sur  la  main 
immergée. 

Bârensprung  a  prouvé  que  l'eau  courante  enlevait  plus  de  cha- 
leur que  l'eau  stagnante  et  que  le  refroidissement  le  plus  considé- 
rable était  produit  par  des  vêtements  mouillés  et  agités  par  le 
vent. 

Hoppe  (Virchow's  Archiv,  t.  XI,  p.  462)  a  remarqué  que  l'hu- 
midité du  corps  entravait  la  calorification  quand  l'évaporation  était 
empêchée,  mais  qu'une  perte  de  chaleur  excitait  sa  production. 

Il  a,  en  outre,  constaté  que  la  température  du  rectum  d'un 
chien,  exposé  à  l'air  d'une  étuve  chauffée  de  60°  à  70°,  montait 
d'un  degré  après  55  minutes,  de  2°  après  41  minutes.  Remis  à 
l'air  extérieur,  sa  température  tombait,  dans  l'espace  d'un  quart 
d'heure,  à  son  niveau  primitif,  et  quelques  minutes  après,  encore 
plus  bas.  Le  même  abaissement  au-dessous  de  la  normale  a  été 
constaté  par  Hoppe  après  un  bain  chaud  :  la  température  s'abais- 
sait d'autant  plus  que  son  ascension  précédente  avait  été  plus  grande. 
Enfin,  il  a  remarqué  qu'une  perte  de  chaleur  considérable  et  conti- 
nue maintenait  la  température  à  son  maximum,  tandis  qu'une  dé- 
perdition faible  et  constante  la  faisait  baisser. 

Lehmann,  Bôcker  et  Kirejeff,  ont  étudié  Faction  thermique  des 
bains  locaux  (bains  de  siège  et  autres).  Le  dernier  de  ces  auteurs  a 
remarqué  (Virchoiv's  Archiv,  t.  XXII,  p.  496)  que  la  température 
générale  s'élevait  légèrement  dans  un  bain  de  siège  chaud,  mais 
que  cette  augmentation  thermique  se  dissipait  promptement  à  la 
sortie  du  bain.  —  Dans  un  bain  de  siège  froid,  la  température  gé- 
nérale s'abaissait  de  2°  ;  mais  immédiatement  après  le  bain,  elle 
remontait,  dépassant  même  le  niveau  normal  et  atteignait  en  2  ou 
5  heures  son  maximum  plus  élevé  d'un  degré  que  la  température 
ordinaire  et  d'un  |°  que  la  température  maxima  présentée  par  les 
individus  soumis  à  l'expérience  pendant  les  jours  où  ils  ne  pre- 
naient pas  de  bains. 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  117 

Hagspiel  a  montré  que  les  applications  topiques  de  glace  peu- 
vent abaisser  la  température  des  viscères  abdominaux  et  du  rectum 
(Leipzig  Dissertation,  1857).  Après  une  application  glacée 
d'une  heure,  la  température  de  la  cavité  abdominale  lombe  de  37° 
à  35°,25. 

Suivant  Binz  (Becbacht.  ziïr  innern  Klinik.  1865,  p.  159),  la 
glace  appliquée  sur  le  ventre  produirait  une  descente  considérable 
de  la  colonne  mercurielle  d'un  thermomètre  placé  sous  la  paroi  ab- 
dominale, mais  celle-ci  serait  nulle  dans  le  rectum. 

Lichtenfels  et  Frôhlich,  en  étudiant  l'influence  de  l'ingestion 
d'eau  froide  sur  la  température,  ont  constaté  une  diminution  ma- 
nifeste (de  ^°,  six  minutes  après  avoir  avalé  la  valeur  d'une  cho- 
pine  de  liquide  à  la  température  de  18°  et  de  ~°  dans  le  même 
espace  de  temps  si  l'eau  ingérée  était  à  16°3). 

D'autres  observateurs  ont  reproduit  ces  expériences  ;  ainsi  Win- 
ternitz  (Oesterr.  Zeitschrift  fûrprakt.  Heilkunde.  1865,  p.  130), 
après  avoir  absorbé  six  verres  d'eau  à  4°, 6  pris  à  des  intervalles 
de  dix  minutes,  trouva  sa  température  abaissée  de  1°,4  après 
70  minutes,  mais  il  éprouva  des  troubles  pathologiques  (nausées, 
éructations).  Dans  une  autre  expérience  (p.  168),  après  l'ingestion 
de  quatre  verres  d'eau  à  6°, 7  pris  à  des  intervalles  de  15  à  20  mi- 
nutes, la  température  descendit  de  0°, 8  dans  l'espace  de  cinq  quarts 
d'heure  ;  dans  ce  cas  aussi  il  avait  eu  des  éructations. 

En  été,  la  température  humaine  est  plus  élevée  qu'en  hiver  (de 
1  à  2  dixièmes  de  degré) .  Dans  les  saisons  très-chaudes,  l'augmen- 
tation thermique  peut  devenir  encore  un  peu  plus  considérable. 

John  Davy,  en  passant  d'une  région  tropicale  dans  un  climat 
plus  tempéré,  avec  une  différence  moyenne  de  11°,  1  1  dans  la  tem- 
pérature atmosphérique,  a  constaté  une  diminution  de  0°,88. 

Brown  Sequard  (Journal  de  physiologie,  t.  II,  p.  551),  dans  un 
voyage  en  France,  avec  une  température  atmosphérique  de  8°,  a 
trouvé  chez  huit  personnes  en  bonne  santé,  âgées  de  17  à  55  ans, 
une  température  buccale  de  36°, 625  :  huit  jours  après  la  tempéra- 
ture ambiante  étant  de  25°,  la  moyenne  s'était  élevée  à  37°, 428,  et 
neuf  jours  après  cette  dernière  expérience,  il  a  constaté,  sous  l'équa- 
teur,  le  thermomètre  marquant  à  l'ombre  29°  que  la  moyenne'de 
la  température  humaine  était  de  37°, 5  ;  enfin  six  semaines  plus 
tard  à  37°, 4  de  latitude  sud  et  avec  16°  de  température  extérieure  : 


118  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN. 

la  moyenne  thermique  de  l'homme  était  retombée  à  57°25.  — Les 
différences  observées  par  Eydoux  et  Souleyet  sont  encore  plus  mi- 
nimes (Comptes  rendus  de  l'Académie  des  sciences.  1858,  t.  VI, 
p.  456). 

John  Davy(o»  the  Effect  of  air  of  différent  température  on  ani- 
mal heat  in  Philosophie.  Transact.  1845,  p.  61)  a  cru  remarquer 
une  élévation  notable  de  la  température  chez  les  individus  qui  sé- 
journent dans  des  lieux  trop  chauffés.  Ses  observations  ne  sont  ni 
assez  nombreuses  ni  assez  précises  pour  fournir  des  résultats  con- 
cluants. Il  a,  en  outre,  pratiqué  des  mensurations  thermométriques 
à  Constantinople,  dans  une  saison  où  la  température  atmosphéri- 
que variait  de  51°  à  94°  F.  Les  différences  qu'il  a  notées  dans  la 
température  linguale  variaient  entre  97°  et  99°  F.  (==  56°  à  57°, 2 
C).  —  Dans  son  mémoire  (on  the  Température  ofman  ivithin  the 
tropics  ;  Philosophie.  Transactions.  1850),  il  arrive,  entre  autres 
conclusions,  aux  deux  suivantes  :  La  température  moyenne  de 
l'homme,  sous  les  tropiques,  est  de  1°  F.  plus  élevée  que  dans  les 
climats  tempérés  ;  les  fluctuations  quotidiennes  ne  sont  Lpas  les 
mêmes  dans  les  deux  régions. 

Voyez  encore,  au  sujet  de  l'influence  de  la  température  am- 
biante, le  chapitre  intitulé  :  Causes  des  écarts  morbides  delà  tem- 
pérature, p.  7. 

18.  Influence  de  la  pression  atmosphérique  sur  la  température 
humaine.  —  Je  la  crois  à  peu  près  nulle,  car  je  n'ai  pas  constaté 
de  modifications  thermiques  dans  différents  états  du  baromètre, 

Cependant,  Vivenot  (Jahrbuch  der  Gesellschaft  der  Aertze  zu 
Wien,  t.  XI,  p.  115-146)  a  trouvé  dans  une  chambre  remplie  d'air 
comprimé  que,  durant  l'augmentation  de  pression  atmosphérique, 
la  température  montait  d'environ  0°4,  qu'elle  retombait  pendant 
que  la  pression  était  à  son  maximum  et  qu'à  la  fin,  elle  pouvait 
être  plus  basse  qu'au  commencement. 

19.  Influence  de  l'alimentation.  —  La  nature  et  la  quantité  des 
aliments  introduits  dans  le  corps,  bien  que  ceux-ci  soient  les  ma- 
tériaux de  la  thermopoïèse,  n'exercent  qu'une  très-faible  influence 
sur  la  température,  tant  que  l'individu  est  en  état  de  parfaite 
santé;  quoiqu'il  soit  incontestable  que  la  nature,  la  quantité  et  la 


TEMPERATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  119 

qualité  des  aliments  ingérés  contribuent  puissamment  à  la  produc- 
tion thermique  ;  cette  relation  indéniable  se  trouve  évidemment 
compensée  par  une  perte  correspondante  de  chaleur  et  l'équilibre 
n'est  pas  troublé  ou  du  moins  ne  subit  qu'un  dérangement  pas- 
sager. 

Les  repas,  dans  l'état  de  santé,  n'ont  ordinairement  qu'une  très- 
faible  action  sur  la  température.  D'après  Bârensprung,  la  tempéra- 
ture ne  s'élèverait  que  de  0°,6  entre  2  heures  et  6  heures  (c'est-à- 
dire  après  le  dîner),  et  à  ce  moment  de  la  journée,  l'ascension  se 
fait  aussi  sans  cela. 

Le  souper  (à  8  heures  du  soir)  est  peut-être  capable  de  ralentir 
modérément  l'abaissement  thermique  qui  survient  normalement  à 
cette  heure. 

Oglc  a  noté  que  l'élévation  normale  dans  la  fluctuation  quoti- 
dienne était  surtout  marquée  après  le  premier  déjeuner,  si  celui-ci 
était  très-copieux,  quelle  l'était  moins  après  le  second  déjeuner 
et  que  le  principal  repas  pris  le  soir  n'imprimait  qu'un  simple 
ralentissement  dans  la  diminution  thermique  qui,  d'ordinaire,  se 
produit  à  cette  heure. 

La  suppression  d'un  de  ces  trois  repas  ne  modifie  que  très-légè- 
rement la  fluctuation  quotidienne. 

Toutes  les  fois  que  le  repas  agit  autrement,  il  est  permis  de  sup- 
poser que  l'individu  ne  se  trouve  pas  dans  des  conditions  tout  à 
fait  normales,  ou  que  les  aliments  ingérés  ont  exercé  une  influence 
nocive. 

Jùrgensen  a  reconnu  qu'une  nourriture  abondante,  prise  après 
une  longue  abstinence,  est  capable  de  produire  une  augmentation 
thermique  assez  considérable  (de  plus  d'un  demi-degré)  (Deutsches 
Archiv  fur  Min.  Mecl.,  t.  111,  p.  177). 

Le  manque  de  kourriture  n'exerce  d'influence  appréciable  sur  la 
température  que  lorsque  la  santé  commence  à  être  altérée.  Selon 
Lichtenfels  et  Frohlich,  du  dixième  au  quinzième  jour  d'une  diète 
sévère,  la  température  s'abaisse  graduellement  de  //  —  ^0°;  cette 
diminution  thermique  est  accompagnée  de  sensation  de  froid  ; 
mais  après  le  vingtième  jour,  la  température  remonte  de  ^°  et  le 
refroidissemeut  subjectif  disparaît.  Les  remarquables  effets  de 
l'inanition,  signalés  pour  la  première  fois  par  Chossat,  sont  du  do- 
maine de  la  pathologie. 


120  TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAÏN. 

20.  Influence  des  boissons  alcooliques  et  fermentées. —  En  expé- 
rimentant ces  substances,  il  ne  faut  pas  négliger  l'action  concomi- 
tante que  peut  exercer  la  température  qu'elles  possèdent  au  mo- 
ment de  leur  inçjestion. 

Lichtenfels  et  Frôhlich  ont  vu  leur  propre  température  baisser 
d'environ  0°,5  dans  l'espace  d'un  quart  d'heure  après  avoir  bu 
deux  ou  trois  litres  de  bière  contenant  5  à  4  pour  100  d'alcool  ; 
cette  diminution  thermique  persista  durant  plus  d'une  heure  et 
demie. 

Le  vin  et  l'eau-de-vie  exercent  également  une  action  dépressive 
sur  la  température.  —  De  nombreux  observateurs  ont  confirmé  ce 
fait  en  réfutant  les  opinions  contraires,  et  récemment  encore, 
Cuny  Bouvier  (Pfliigers  Archiv,  1869,  p.  570)  a  reconnu  que  des 
doses  faibles  d'alcool  faisaient  toujours  diminuer  la  température 
du  corps  (en  produisant  une  accélération  du  pouls)  ;  mais  cette 
action  est  momentanée  et  très-éphémère.  —  D'après  le  même  au- 
teur, l'alcool  à  hautes  doses  peut  diminuer  de  plusieurs  degrés  la 
température  (en  augmentant  en  même  temps  la  force  et  la  fré- 
quence du  pouls).  [Voyez  aussi  son  mémoire  le  plus  récent  :  ueher 
die  Wirkung  des  Alkohols  aufdie  Température,  1869  ;  et  Godfrin  : 
de  l'Alcool,  sun  action  physiologique,  ses  applications  thérapeuti- 
ques, 1869.] 

Le  mode  d'action  de  l'alcool  n'est  pas  encore  bien  connu  : 

11  paraît  lié  en  partie  au  ralentissement  de  la  nutrition,  et,  d'au- 
tre part,  à  une  plus  grande  déperdition  de  chaleur  à  la  surface  du 
corps. 

Mais  ici  les  effets  physiologiques  et  pathologiques  (toxiques) 
sont  très-difficiles  à  séparer  ;  je  renvoie  donc  le  lecteur  au  chapitre 
suivant. 

Les  boissons  alcooliques  chaudes  peuvent,  au  contraire,  faire 
monter  la  température  :  le  punch  chaud  (à  50°  environ)  élève  la 
température  de  0°,1  à  0°,5  dans  l'espace  d'une  demi-heure  à  une 
heure. 

L'acide  carbonique  (eau  de  Seltz,  etc..)  produit  tout  au  plus  un 
abaissement  de  deux  dixièmes  de  degré,  qui  est  en  général  com- 
pensé après  une  demi-heure. 

Le  café  fort  détermine  une  élévation  de  température  qui  atteint 
son  maximum  (2  à  4  dixièmes)  au  bout  d'une  heure  environ. 


TEMPÉRATURE  DE  L'HOMME  SAIN.  121 

Le  thé  chinois  (pris  à  la  température  du  sang)  agit  d'une  façon 
semblable,  mais  son  action  est  plus  faible  et  de  plus  courte 
durée. 

21.  Influence  des  émissions  sanguines  sur  la  température.  — 
L'influence  d'une  émission  sanguine  n'est  pas  très- grande  à  l'état 
de  santé  ;  cependant  après  une  abondante  saignée,  la  température 
s'élève  de  plusieurs  dixièmes  et  revient  progressivement  dans  les 
jours  suivants,  à  l'état  normal  ;  mais  plus  tard  encore,  elle  peut 
momentanément  descendre  même  au-dessous  du  niveau  habituel 
(Bàrensprung).  Après  de  fortes  saignées  faites  sur  les  animaux,  on 
voit  parfois  la  température  tomber  considérablement  (Marshall 
Hall).  Suivant  Frese  (Virchow's  Archiv,  t.  XL,  p.  305),  une  abon- 
dante saignée  est  immédiatement  suivie  d'un  abaissement  de  plu- 
sieurs degrés  dans  la  température ,  mais  peu  d'heures  après  se  pro- 
duit une  augmentation  qui  dépasse  rarement  l'état  thermique 
antérieur  à  l'émission  sanguine.  En  présence  des  difficultés  dont 
est  entourée  l'étude  de  ces  influences,  il  est  impossible  de  poser  à 
cet  égard  des  principes  sûrs  et  précis. 

22.  En  résumé  :  toutes  les  variations  thermiques,  à  l'état  de 
santé,  sont  presque  toujours  insignifiantes.  —  Que  ces  écarts  de 
température  soient  l'effet  d'un  acte  spontané  ou  d'influences  ex- 
ternes, ils  n'en  sont  pas  moins  passagers. 

Dès  qu'une  modification  thermique  s'est  produite,  il  y  a  une 
tendance  manifeste  de  la  température  à  réagir  en  sens  inverse. 

Toutes  les  fois  que  la  production  de  chaleur  s'est  momentané- 
ment accrue  dans  le  corps,  non-seulement  il  s'opère  bientôt  des 
pertes  thermiques  correspondantes,  mais  encore  la  production 
thermogénique  elle-même  est  pendant  longtemps  amoindrie.  — 
Lorsque  la  recette  thermique  est  diminuée,  les  dépenses  sont  éga- 
lement plus  restreintes  ;  si  enfin  les  pertes  sont  excessives,  elles 
sont  bientôt  compensées  par  une  production  surabondante. 

Tel  est  le  mystère  de  l'organisme.  —  Tant  qu'il  est  sain,  tout 
s'y  passe  dans  un  ordre  merveilleux  et  le  moindre  dérangement 
accidentel  y  est  promptement  réparé. 


V 
CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE 


I.  L'observation  thermométrique  elle  aussi  montre  combien  la 
santé  et  la  maladie  se  touchent  de  près  et  comme  elles  se  confon- 
dent insensiblement. 

Entre  les  degrés  thermiques  hygides  et  les  degrés  pathologiques, 
le  pas  à  franchir  est  presque  imperceptible,  et  il  est  impossible 
d'indiquer,  ni  en  général,  ni  dans  les  cas  isolés,  le  point  où  cesse 
la  santé,  où  commence  la  maladie.  Entre  l'état  normal  et  l'état 
pathologique  se  trouve  un  espace  intermédiaire  fort  minime. 

Il  en  est  de  même  des  causes  qui  peuvent  produire  des  écarts 
dans  la  température. 

Il  y  a  des  influences  qui  déterminent  d'une  façon  absolue,  chez 
tout  individu  qui  les  subit,  des  modifications  thermiques.  Mais 
pour  un  grand  nombre  d'autres  influences,  leur  effet  dépend  de 
la  prédisposition  de  celui  qui  s'y  trouve  exposé  et  souvent  aussi  de 
circonstances  accidentelles. 

Les  mêmes  influences  qui,  chez  un  individu  sain,  ne  produisent 
aucune  modification  thermique,  ou  du  moins  ne  déterminent 
qu'une  légère  modification  ne  dépassant  pas  les  limites  du  cycle 
normal,  peuvent  occasionner  des  écarts  plus  ou  moins  considéra- 
bles et  morbides  chez  un  autre  individu  sain,  mais  dont  la  force  de 
résistance  est  moindre,  ou  chez  un  malade  dont  la  température 
n'était  pas  auparavant  altérée. 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  123 

Mais  les  influences  exercées  sur  la  température  n'entrent  pas 
seulement  en  ligne  de  compte,  en  tant  que  produisant  un  écart 
morbide  de  la  température  antérieurement  normale,  mais  aussi 
parce  qu'elles  modifient  les  températures  déjà  morbides.  Les  mê- 
mes circonstances  qui  altèrent  l'équilibre  normal  de  la  tempé- 
rature et  agissent  ainsi  comme  causes  d'écarts  pathologiques  peu- 
vent également  produire  des  écarts  ultérieurs  quand  l'équilibre 
thermique  est  déjà  dérangé. 

Mais  leur  action  sur  l'individu  qu'elles  rendent  malade  et  sur 
celui  chez  lequel  l'on  constate  déjà  un  écart  de  température  n'est 
pas  toujours  la  même,  et  l'on  ne  saurait  nullement  induire  l'effet 
qui  est  produit  sur  le  malade,  de  la  nature  seule  de  l'influence  ou 
de  son  mode  d'action  sur  l'état  de  santé. 

Pour  juger  cet  effet,  il  importe  infiniment  de  savoir  dans  quel 
état  se  trouve  le  corps  malade,  quelle  est  la  nature  de  la  forme 
morbide  qui  le  frappe,  quelle  est  l'intensité,  la  régularité  ou  l'ir- 
régularité de  la  maladie,  la  période  de  son  évolution,  en  un  mot, 
l'ensemble  des  conditions  de  l'individu  malade. 

Par  conséquent,  si  déjà  le  fait  d'une  action  morbigène  et  ther- 
mo-perturbatrice sur  des  individus  préalablement  sains  ne  dépend 
pas  seulement  de  la  nature  de  cette  influence  et  de  son  degré, 
mais  aussi,  à  beaucoup  de  points  de  de  vue,  de  l'idiosyncrasie  de 
l'individu  atteint  et  de  maintes  autres  circonstances  accidentelles, 
à  plus  forte  raison  faut-il  mettre  en  ligne  de  compte  pour  appré- 
cier les  résultats  d'une  influence  perturbatrice  sur  des  malades  à 
température  déjà  anormale,  tout  l'appareil  compliqué  des  condi- 
tions morbides. 

Une  seule  et  même  influence  peut  donc  produire  des  effets  très- 
différents  et  même  opposés. 

2.  Le  point  commun  de  l'action  des  influences  thermo-pertur- 
batrices n'est  pas  dans  l'augmentation  ou  la  diminution  de  la  pro- 
duction ou  delà  dépense  de  chaleur,  mais  dans  une  régulation  plus 
imparfaite  que  dans  l'état  de  santé. 

A  l'état  de  santé,  il  peut  se  produire  plus  ou  moins  de  cha- 
leur, mais  aussitôt  la  dépense  se  règle  sur  le  plus  ou  le  moins  de 
recettes  thermiques. 

A  l'état  de  santé  aussi,  la  dépense  de  chaleur  peut  être  excessi- 


124  CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPERATURE. 

"vement  grande  ou  petite,  mais  la  production  thermique  se  règle 
exactement  sur  la  quantité  delà  perte. 

Voilà  pourquoi,  le  résultat  final,  c'est-à-dire  la  hauteur  de  la 
température,  reste  toujours  à  un  point  déterminé  aussi  bien  que 
le  poids  du  corps,  que  la  moyenne  quotidienne  de  la  sécrétion 
urinaire,  que  le  nombre  des  respirations,  que  la  composition  du 
sang  et  qu'en  général  l'organisme  dans  son  ensemble  et  dans  cha- 
cun de  ses  systèmes  les  plus  importants. 

Quand,  chez  un  malade  dont  la  température  est  d'ordinaire  nor- 
male, il  se  produit  sous  des  influences  qui  n'altèrent  pas  encore  la 
température  de  l'individu  sain,  un  écart  thermique,  voici  com- 
ment il  faut  le  comprendre  :  bien  que  la  régulation  de  sa  tempé- 
rature suffise  encore  pour  les  conditions  ordinaires,  elle  devient 
insuffisante  sous  des  influences  un  peu  plus  fortes.  —  Une  pareille 
mobilité  de  la  température  chez  des  individus  malades,  mais  à 
température  encore  normale  à  l'ordinaire,  peut  se  ranger  encore 
plus  ou  moins  parmi  les  fluctuations  de  l'état  de  santé,  mais  les 
écarts  deviennent  plus  frappants  et  plus  excessifs  à  mesure  que  le 
pouvoir  de  résistance  ou  de  régulation  devient  moindre  ou  les  in- 
fluences plus  prépondérantes  . 

Les  influences  qui  amènent  chez  un  individu  sain  une  élévation 
morbide  de  la  température  la  produisent  de  celte  façon  :  ou  bien 
il  s'opère  une  modification  unilatérale  si  considérable  de  la  pro- 
duction ou  de  la  dépense  thermique,  que  la  compensation  devient 
impossible  ;  ou  bien  elle  provoque  une  maladie  dont  un  des  élé- 
ments est  un  bilan  mal  équilibré  entre  le  débit  et  la  recette. 

Tout  écart,  en  effet,  de  l'élévation  thermique  estime  preuve  que 
la  compensation  entre  la  production  et  la  dépense  est  incomplète. 

La  régulation  n'est  pas  suspendue,  mais  elle  ne  peut  plus  main- 
tenir la  constance  normale  de  la  température.  —  Parfois  la  pro- 
duction et  la  perte  se  couvrent  toujours  de  façon  à  ce  qu'un  cer- 
tain équilibre  persiste,  mais  c'est  un  équilibre  qui  se  tient  à. un 
autre  niveau  qu'à  l'état  de  santé,  et  qui,  en  tout  cas,  est  plus  in- 
stable qu'à  l'état  sain. 

5.  On  conçoit  aisément  que  l'équilibration  défectueuse  de  plu- 
sieurs fonctions  qui,  à  l'état  normal,  se  compensent,  peut  avoir 
divers  points  de  départ  et  différentes  sources. 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  125 

Les  pertes  thermiques  peuvent  devenir  si  considérables,  que  la 
production  la  plus  excessive  ou  du  moins  la  plus  grande  augmen- 
tation possible  soit  impuissante  à  les  compenser. 

La  dépense  thermique  peut  être  empêchée  à  tel  point  que,  avec 
une  production  très-restreinte  et  réduite  à  son  minimum,  un  arrêt 
thermique  devienne  inévitable. 

La  production  peut  être  tellement  augmentée, .que  tous  les  ap- 
pareils de  réfrigération,  ou  du  moins  ceux  dont  l'organisme  peut 
disposer  dans  ce  cas,  ne  suffisent  pas  pour  rétablir  l'équilibre. 

La  production  thermique  peut  être  diminuée  à  tel  point  que,  si 
restreinte  que  soit  la  dépense,  elle  ne  fournisse  pas  de  compensa- 
tion suffisante. 

En  outre,  l'augmentation  de  la  recette  et  la  diminution  de  la 
dépense,  et  vice  versa,  peuvent  encore  se  combiner  de  différentes 
façons  et  cumuler  leurs  influences  perturbatrices  ;  l'augmentation 
et  la  diminution  peuvent  encore  ne  pas  être  les  mêmes  en  diffé- 
rents endroits  du  même  organisme. 

Les  rapports  des  processus  compensateurs  réciproques  peuvent 
encore,  au  lieu  de  se  faire  avec  la  rapidité  nécessaire,  être  lents, 
tardifs  et  interrompus.  Avec  tout  cela,  il  est  encore  très-proba- 
ble qu'à  l'état  de  maladie,  il  ne  s'agisse  pas  toujours,  seulement 
du  plus  ou  moins  de  productions  ou  de  pertes  par  rapport  à  l'état 
de  santé,  mais  aussi  de  nouvelles  sources  de  productions  thermi- 
ques étrangères  à  l'état  hygide,  et  d'un  autre  côté  de  nouvelles 
voies  de  déperdition  qui  manquent  au  corps  sain. 

Au  nombre  de  ces  nouvelles  sources  des  productions  thermiques, 
il  faul  citer  les  destructions  plus  ou  moins  rapides  des  tissus,  [des- 
tructions qui  ne  sont  pas  imaginables  sans  processus  chimiques],  la 
formation  des  produits  chimiques  ultimes  anormaux  de  la  dénu- 
trition ;  enfin  il  n'est  pas  impossible  qu'il  puisse  se  produire  dans 
le  corps  sans  participation  de  l'oxygène,  des  produits  fermen- 
tescibles  qui  deviennent  une  nouvelle  source  thermique,  comme 
cela  se  produit  à  l'extérieur  de  l'organisme  (c'est  peut-être  ce  qui 
a  lieu  dans  les  maladies  zymotiques). 

Parmi  les  nouvelles  voies  de  déperdition  se  rangent  encore  les 
pertes  abondantes  de  liquides,  les  détritus  nécrobiotiques  (masses 
d'extravasalions  et  d'exsudats)  dans  le  corps,  où  il  ne  se  produit 
pas  de  chaleur,  mais  qui  en  reçoivent. 


126  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

Mais  bien  que,  dans  les  maladies,  l'équilibre  soit  troublé,  l'orga- 
nisation du  corps  se  met  à  l'abri  d'un  excès  de  disproportion  et 
est  capable  d'opérer  après  une  perturbation  d'une  durée  plus  ou 
moins  longue  un  rétablissement  de  l'équilibre  ;  soit  que  l'augmen- 
talion  excessive  unilatérale  de  la  production  ou  de  la  dépense  re- 
vienne à  la  normale  ou  même  descende  plus  bas,  soit  que  les  acti- 
vités compensatrices,  d'abord  insuffisantes,  s'accroissent  peu  à 
peu,  ou  qu'en  premier  lieu,  il  s'ouvre  de  nouvelles  sources  de 
production  ou  de  déperdition.  —  L'organisme  offre  à  cet  effet  des 
procédés  aussi  complexes  qu'ingénieux  ;  prenons,  par  exemple, 
l'accroissement  de  la  chaleur  :  il  augmente  le  mouvement  du 
cœur,  ce  mouvement  pousse  le  sang  chaud  avec  plus  de  rapidité 
à  travers  les  vaisseaux  vers  la  surface,  ce  qui  fait  que  dans  le  même 
temps  une  quantité  plus  grande  de  sang  vient  en  contact  avec  le 
milieu  ambiant  plus  froid  et  qu'il  peut  être  refroidi  plus  complète- 
ment. En  outre,  la  chaleur  augmente  le  besoin  de  respirer,  les 
mouvements  des  organes  respiratoires  sont  accélérés  et  l'air  réfri- 
gérant est  amené  en  plus  grande  quantité. 

L'anémique,  avec  les  corpuscules  sanguins,  diminués  dénombre, 
produit,  il  est  vrai,  moins  de  chaleur,  mais  ses  vaisseaux  superfi- 
ciels se  contractent  et  la  réfrigération  de  son  sang  est  limitée,  et 
ainsi  de  suite... 

11  reste  donc,  même  dans  les  maladies,  une  certaine  régulation 
seulement  avec  des  fluctuations  moins  étendues,  et  le  retour  à 
l'équilibre  est  ainsi  préparé  et  effectué  pourvu  que,  dans  l'inter- 
valle, les  causes  originelles  de  la  perturbation  de  l'équilibre  (c'est- 
à-dire  de  la  maladie)  soient  écartées  et  qu'il  ne  s'en  ajoute  pas  de 
nouvelles  dans  le  cours  de  la  maladie. 

Quand  ces  efforts  naturels  font  défaut  et  que  les  moyens  artifi- 
ciels ne  sont  pas  capables  de  les  remplacer,  quand,  par  conséquent, 
les  perturbations  de  l'équilibre  entre  la  production  et  la  perte  de- 
viennent insurmontables,  il  n'y  a  pas  non  plus  de  rétablissement  ; 
et  quand  les  disproportions  et  les  écarts  deviennent  trop  grands 
d'un  côté  ou  de  l'autre,  l'état  de  la  température,  à  lui  seul,  peut 
déjà  produire  la  mort. 

Ces  faits,  à  peine  contestables  en  principe,  peuvent  être  consta- 
tés, plus  rarement,  il  est  vrai,  dans  les  cas  isolés. 

S'il  est  déjà  impossible  de  déterminer,  chez  un  individu  sain,  la 


CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPERATURE.  137 

somme  de  chaleur  produite  ou  dépensée  dans  un  temps  donné,  il 
l'est  encore  davantage  de  désigner,  même  approximativement,  les 
sources  et  les  moyens  de  productions  ou  les  quantités  de  dépenses 
thermiques  et  la  participation  respective  des  parties  isolées  dans 
une  maladie  spéciale  ou  dans  un  cas  morbide  individuel,  et  dans 
une  certaine  période  de  sa  marche. 

Les  combinaisons  sont  si  nombreuses  et  si  variables  et  souvent 
formées  simultanément  de  conditions  antagonistes,  elles  ont  trait 
en  partie  à  des  endroits  si  inaccessibles  du  corps  ;  les  grandes  ou 
petites  modifications  dans  les  fonctions  de  chaque  organe  sont  si 
multiples  et  si  complexes,  que  même  une  évaluation  approximative 
devient  impossibilité  ou  fiction. 

Nous  ne  pouvons  déterminer  que  le  résultat,  la  modification  de 
l'élévation  de  température  ;  les  facteurs  qui  concourent  à  ce  résul- 
tat échappent  à  l'observation  directe,  et  c'est  à  peine  si  on  peut 
les  évaluer  approximativement  par  des  voies  indirectes. 

Puisque  l'on  ne  peut  parvenir  (et  l'on  ne  parviendra  sans  doute 
jamais)  à  ramener  à  ses  vraies  conditions  et  d'une  façon  calcula- 
ble les  modifications  thermiques  du  corps  malade,  il  faut  donc 
songer  à  établir  un  rapport  empirique  aussi  sûr  que  possible  en- 
tre la  manière  d'être  de  la  température  du  corps  malade  et  cer- 
taines influences,  états  ou  processus. 

4.  Les  causes  qui  sont  capables  d'amener  un  écart  morbide 
dans  la  température  ou  de  modifier  un  écart  morbide  préexistant, 
sont  : 

1°  Les  influences  extérieures  ; 

2°  Conditions  et  dispositions  individuelles  ; 

5°  Processus  organiques. 

Dans  les  cas  particuliers,  ces  causes  sont  combinées  de  la  façon 
la  plus  complexe  et,  vu  leur  inextricabilité,  il  peut  paraître  impos- 
sible de  séparer  de  la  coopération  des  influences  et  circonstances 
les  plus  multiples,  la  part  qui  revient  à  chacune,  de  ramener  leurs 
effets  à  leurs  éléments  et  de  les  rendre  palpables  dans  leur  simple 
nécessité. 

Par  conséquent,  bien  que,  pour  l'action  des  perturbations  ther- 
miques5  l'observation  clinique  juge  en  dernier  ressort,  il  est  ce- 


128  CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LÀ  TEMPERATURE. 

pendant  parfaitement  justifié  qu'on  ait  eu  recours,  presque  dès  le 
début,  à  l'expérience,  c'est-à-dire  à  la  production  artificielle  de 
processus  morbides  simples. 

Les  résultats  de  l'examen  expérimental  de  différentes  influences 
sur  la  température  des  animaux  ou  des  bommes  à  l'état  de  santé, 
bien  qu'en  eux-mêmes  offrant  le  plus  grand  et  le  plus  incontesta- 
ble intérêt,  ne  peuvent  cependant  être  utilisés  qu'avec  prudence  et 
circonspection,  pour  accuser  la  façon  dont  l'organisme  humain  se 
comporte  vis-à-vis  des  influences  nocives  extérieures  et  morbides. 
Il  est  vrai  que  quelques-uns  des  effets  expérimentaux  coïncident 
ou  présentent  une  analogie  saisissante  avec  des  influences  qui 
frappent  accidentellement  un  homme  sain,  et  le  rendent  malade, 
ou  qui,  chez  un  homme  déjà  malade,  produisent  des  modifications 
dans  sa  température. 

Mais  il  ne  faut  pas  négliger  cette  circonstance,  que  les  résultats 
obtenus  sur  des  animaux  sains  ne  sont  pas  absolument  applicables 
à  l'homme  ;  car  le  cycle  thermique  normal  de  ce  dernier  est  beau- 
coup moins  étendu  que  celui  des  animaux  soumis  aux  expériences; 
par  exemple  :  les  lapins  peuvent  donner  des  résultats  très-trom- 
peurs, à  cause  des  variations  considérables  de  leur  température, 
produites  déjà  par  la  simple  contention. 

Il  en  est  à  peu  près  de  même  pour  les  expériences  sur  l'homme 
sain,  quoique  les  effets  de  certains  agents  thérapeutiques  puissent 
être  étudiés  avec  fruit  chez  eux;  mais  il  faut  se  garder  d'appliquer, 
sans  plus  ample  informé,  les  résultats  de  ces  expériences  à  des  or- 
ganismes malades,  car  il  est  possible  que  ces  résultats  y  soient 
tout  autres  et  diffèrent  suivant  les  états  pathologiques. 

Dans  beaucoup  de  maladies,  par  exemple,  il  y  a  des  conditions 
irréalisables  expérimentalement. 

Les  résultats  expérimentaux  servent  admirablement  à  appeler 
l'attention  sur  certains  effets,  à  guider  dans  l'analyse  des  faits  com- 
plexes, à  examiner  des  suppositions  fondées  sur  des  cas  patholo- 
giques; mais  ces  résultats  ont  partout  besoin  du  contrôle  de  l'ob- 
servation clinique,  à  l'exception  des  influences  traumatiques  et 
toxiques,  pour  lesquelles  ils  fournissent  immédiatement  des  don- 
nées assez  nettes. 

Les  matériaux  cliniques  sont  extrêmement  nombreux  et  per- 
mettent de  noter  des  faits  généraux  relativement  à  de  certaines  in- 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE'.  129 

fluences  amenant  des  écarts  thermo-pathologiques  et  touchant  les 
conditions  accidentelles  plus  ou  moins  étrangères  à  la  maladie 
elle-même  qui,  pendant  son  cours,  influent  sur  la  marche  de  la  tem- 
pérature ;  mais  ces  matériaux  présentent  cependant  de  très -gran- 
des lacunes  et  ne  sont  souvent  pas  sûrs  ;  il  faut  apporter  beaucoup 
d'attention  et  posséder  une  grande  expérience  thermométrique 
pour  dégager  les  faits  dans  leur  intégrité  du  conflit  des  circon- 
stances accessoires  et  de  la  multiplicité  de  leurs  combinaisons. 
Entre  autres  choses,  il  ne  faut  pas  négliger  de  faire  la  distinction 
entre  les  effets  des  influences  accidentelles  sur  la  température  des 
malades  et  les  effets  des  mêmes  influences  quand  elles  produisent 
en  même  temps  une  véritable  amélioration  ou  une  aggravation 
dans  la  maladie  elle-même  ou  dans  un  de  ses  principaux  symp- 
tômes. Evidemment,  il  n'est  pas  indifférent  qu'après  un  effet 
accidentel,  toute  la  maladie  ait  été  améliorée  ou  aggravée,  ou  que 
les  conditions  thermiques  seules  soient  changées,  sans  être  ac- 
compagnées d'une  modification  essentielle  dans  la  maladie.  De 
même,  il  faut  savoir  reconnaître  si  l'écart  de  température  pro- 
duit chez  des  individus  antérieurement  sains  sous  une  influence 
quelconque,  est  la  conséquence  pure  et  simple  de  cette  influence, 
ou  s'il  ne  dépend  pas  d'une  modalité  spéciale  de  la  maladie,  dont 
L'un  des  éléments  est  une  élévation  anomale  de  température. 

5.  Les  influences  qui  exercent  une  action  dépressive  sur  la  tem- 
pérature, peuvent  agir  de  plusieurs  façons  : 

Soit  en  soustrayant  du  calorique  au  corps  ou  en  augmentant  ses 
pertes  thermiques. 

Soit  en  diminuant  ou  même  en  empêchant  l'afflux  du  sang 
vers  la  partie  soumise  à  l'examen  (la  température  du  liquide  san- 
guin pouvant  être  normale  ou  bien  au-dessus  ou  au-dessous  de  la 
norme). 

Soit  enfin  en  affaiblissant  simplement  la  production  de  chaleur 
dans  le  corps. 

On  ne  peut  nullement  indiquer  avec  précision  le  mode  d'action 
des  influences  thermo-dépressives  ;  une  seule  et  même  cause  pou- 
vant d'ailleurs  agir  souvent  par  différentes  voies  ;  mais  la  même 
cause  peut  agir  en  même  temps  ou  alternativement  en  sens  op- 
posé; c'est-à-dire  en  augmentant  la  température.  L'effet  primitif 


130  CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPERATURE. 

peut  subir  ainsi  une  compensation  telle,  que  la  température  elle- 
même  n'en  soit  pas  modifiée  ;  mais  il  faut  nécessairement  que  la 
compensation  soit  restée  imparfaite  pour  que  l'influence  dépressive 
se  fasse  sentir  sur  la  température. 

Les  observations  expérimentales  et  cliniques  touchant  l'éléva- 
tion de  la  température  tant  générale  que  locale,  sont  relativement 
beaucoup  plus  nombreuses  que  les  précédentes. 

Une  augmentation  de  la  température  générale  au-dessus  de  la 
norme  doit  avoir  sa  raison  d'être,  soit  dans  une  production  accrue, 
soit  dans  une  moins  grande  dépense  de  chaleur,  soit  dans  ces  deux 
causes  réunies.  — Pas  plus  que  pour  la  diminution  thermique,  on 
ne  peut  évaluer  ici  la  part  relative  qui  revient  à  chacune  de  ces 
deux  conditions. 

Comme,  d'autre  part,  une  cause  d'augmentation  thermique  peut 
aussi  exercer,  d'une  manière  ou  de  l'autre,  une  action  dépressive 
secondaire  et  compenser  ainsi  l'hyperproduction  de  la  dépense 
amoindrie,  l'élévation  de  la  température  est  peut-être  le  résultat 
de  facteurs  différents  et  complexes. 

Dans  l'augmentation  thermique  locale  aussi  bien  que  dans  celle 
qui  se  fait  sentir  sur  toute  la  surface  du  corps,  il  n'est  pas  toujours 
certain  que  l'élévation  observée  corresponde  à  un  accroissement 
réel  de  chaleur  ;  car  il  peut  être  simplement  relatif  et  produit  par 
l'afflux  d'une  plus  ou  moins  grande  quantité  de  sang  possédant  sa 
température  normale,  vers  le  point  observé  ou  vers  la  périphérie 
du  corps  tout  entier  ou  bien,  enfin,  résulter  de  ce  que  les  dépenses 
thermiques  ont  été  moindres  au  niveau  de  l'endroit  soumis  à  la 
mensuration. 

6.  Les  degrés  les  plus  bas  de  la  température  ambiante  sont  le 
plus  sûr  moyen  de  soustraire  du  calorique  au  corps  humain  ;  et  si 
leur  action  est  intense  et  prolongée,  ils  abaissent  à  tel  point  la 
température  que  la  mort  en  est  la  conséquence  inévitable. 

A.  Walther  (de  Kiew)  a  étudié  les  conséquences  du  refroidisse- 
ment artificiel  (Virchow's  Archiv,  t.  XXV,  p.  414  et  Reichert's 
Archiv,  1865,  p.  25).  Le  minimum  auquel  il  a  pu  réduire  latent 
pérature  des  lapins  avant  que  la  mort  ne  s'ensuive  a  été  de  9°. 
Des  animaux  refroidis  jusqu'à  18°  et  20°,  et  plongés  ensuite  dans 
un  milieu  ambiant  dont  la  température  n'était  pas  plus  élevée  que 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  loi 

la  leur,  perdirent  la  faculté  de  recouvrer  leur  température  initiale 
propre.  — En  revanche,  Walther  a  pu,  à  l'aide  de  la  respiration 
artificielle,  ramener  ces  animaux  à  leur  température  normale.  — 
Certains  d'entre  eux  soumis  à  la  réfrigération  et  artificiellement 
réchauflés,  conservèrent  pendant  quelques  jours  une  température 
fébrile  (jusqu'à  42°)  mais  revinrent  ensuite  à  l'état  normal. 

Nous  manquons  d'observations  exactes  relativement  à  l'influence 
pathogénique  directe  du  froid  sur  les  individus  sains. 

Il  est  vraisemblable  que  la  mort  par  congélation  se  produit  (chez 
l'homme),  de  la  même  façon  que  chez  les  lapins  de  Walther,  bien 
qu'à  une  température  beaucoup  moins  basse. 

Dans  les  maladies  causées  par  le  froid,  il  existe  toujours  des 
conditions  complexes  :  les  degrés  de  température  que  l'on  y  con- 
state ne  peuvent  pas  être  regardés  comme  la  conséquence  immé- 
diate de  l'action  du  froid. 

En  revanche,  les  observations  relatives  aux  effets  exercés  par  le 
froid  sur  des  individus  présentant  une  température  fébrile,  sont 
de  la  plus  grande  importance  ;  puisque  le  froid  passe  pour  être  un 
des  plus  précieux  agents  anlipyrétiques  et  antiphlogistiques,  et 
qu'à  ce  titre,  il  est  très-largement  mis  en  usage  dans  les  maladies 
fébriles  et  surtout  dans  le  traitement  des  fièvres  typhoïdes. 

L'action  des  boissons  et  des  injections  froides  est  éphémère  et 
fugace. 

Les  lotions  froides,  les  applications  glacées  et  les  bains  de  siège 
froids  sont  plus  efficaces  ;  mais  leur  influence  ne  paraît  pas  s'é- 
tendre bien  au  delà  du  point  d'application  et  n'imprime  à  la  tem- 
pérature générale  qu'une  modification  très-légère  ou  même  le  plus 
souvent  nulle. 

L'action  de  l'eau  plus  ou  moins  froide  employée  sous  forme  de 
draps  mouillés  enveloppant  le  corps  tout  entier,  de  bains  complets, 
de  douches  ou  d'aspersion,  est  beaucoup  plus  intense  et  plus  mar- 
quée. L'utilité  de  ces  procédés  hydrothérapiques  appliqués  éner- 
giquement  et  avec  plus  ou  moins  de  méthode,  a  été  bien  des  fois 
éprouvée  et  quoiqu'il  reste  encore  bien  des  lacunes  à  combler,  il 
est  certain  cependant  que  ces  agents  sont  d'une  extrême  puissance 
et  qu'il  n'existe  pas  de  médications  plus  apte  à  amener  des  modi- 
fications favorables  dans  un  cas  grave,  avec  plus  de  certitude  et 
d'intensité  (voy.  Typhus  abdominal). 


152  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

Il  est  vrai  que  les  conditions  et,  à  plus  forte  raison,  les  causes 
par  lesquelles  le  froid  agit  sur  l'abaissement  de  la  température 
dans  le  frisson  fébrile  et  influe  sur  l'évolution  de  la  maladie,  sont 
loin  d'être  parfaitement  établies  et  le  derniermot  n'est  pas  encore 
dit  sur  les  conséquences,  tant  immédiates  qu'éloignées,  de  cette 
métbode. 

Certes,  son  effet  dépend  beaucoup  de  la  façon  dont  elle  est  ap- 
pliquée, du  degré  thermique  de  l'eau  employée,  de  la  durée  de 
son  action,  mais,  d'un  autre  côté,  il  est  subordonné  aux  conditions 
morbides  elles-mêmes,  à  l'intensité  et  à  la  période  de  la  maladie. 
—  L'effet  n'est  pas  non  plus  simple  de  sa  nature.  Au  moment  de 
son  application  ou  bien  quand  l'eau  n'atteint  pas  le  degré  de  froid 
voulu,  la  température  s'élève  et  ne  descend  que  sous  le  coup  d'une 
action  continue.  Quand  les  applications  ne  sont  pas  assez  souvent 
renouvelées,  la  réaction  est  d'autant  plus  certaine  que  la  maladie 
est  plus  intense  et  plus  récente,  et  souvent  même  on  ne  peut  ar- 
river à  un  résultat  définitif  qu'après  des  applications  continuées 
avec  énergie  et  persévérance. 

Nous  ne  connaissons  pas  encore  la  cause  prochaine  des  effets 
produit  par  l'hydrothérapie  ,  sans  doute  c'est  une  erreur  de  croire 
que  l'action  de  l'eau  froide  se  réduit  à  une  simple  soustraction 
d'un  excès  nuisible  de  chaleur.  Schroder  (Deutsches  Minisches  Ar- 
chiv,  t.  VI,  p.  585)  a  trouvé  que  les  bains  froids  diminuaient  (dans 
le  typhus)  la  sécrétion  d'acide  carbonique  et  d'urée  et  ralentis- 
saient la  nutrition  tout  entière.  Wahl  (Petersb.  Med.  Zeit.,  1867, 
t.  XII,  p.  341)  place  l'action  principale  du  bain  froid  dans  son  in- 
fluence sur  les  nerfs  et  les  centres  nerveux  ;  il  suppose  que  cette 
action  fait  défaut  quand  la  température  est  en  voie  d'ascension,  et 
il  conseille  de  n'appliquer  le  froid  que  pendant  les  rémissions  ou 
au  moment  des  exacerbations  thermiques,  parce  que,  dans  ce  der- 
nier cas,  l'élimination  de  la  chaleur  qui  peut  être  accumulée, 
exerce  une  influence  salutaire.  Après  l'application  extérieure  du 
froid,  la  réaction  est  si  puissante  que  l'on  peut  avoir  recours  avec 
succès  à  des  applications  froides  de  courte  durée,  mais  énergi- 
ques, pour  augmenter  une  température  extrêmement  basse  :  une 
température  de  collapsus,  par  exemple. 

7.  Une  température  plus  élevée  que  celle  du  sang  ou  à  peu  près 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  155 

égale,  exerce,  quand  elle  est  très-prolongée,  une  influence  morbi- 
fique  et  ascensionnelle  sur  la  température. 

Cl.  Bernard  (1859.  Gaz.  méd.,  t.  XIV,  p.  462)  a  trouvé  que  les 
animaux  exposés  à  une  haute  température  extérieure,  périssent 
dès  que  leur  température  propre  dépasse  de  4  à  5°  la  normale. 

Obernier  (de  l'Insolation,  1867)  a  constaté  une  élévation  de  la 
température  chez  les  animaux  exposés  pendant  un  certain  temps  à 
une  très-grande  chaleur  extérieure.  Leur  température  s'abaissait 
d'abord  légèrement  (0°,4  et  même  moins),  quand  la  chaleur  am- 
biante s'élevait  avec  lenteur  ;mais  aussitôt  que  l'air  ambiant  s'éle- 
vait de  50  à  55°,  la  température  commençait  à  monter,  et  d'ordi- 
naire, atteignait  un  degré  supérieur  à  celui  de  la  chaleur  am- 
biante. 

La  mort  de  l'animal  survenait  le  plus  souvent  entre  44  et  45°, 
bien  que  l'air  dans  lequel  se  trouvait  l'animal  ne  dépassât  pas 
40  à  41°.  —  Presque  toujours,  il  y  avait  une  augmentation  fost 
mortem  de  quelques  dixièmes.  les  animaux  dont  la  température 
était  montée  à  41°, 6  et  même  à  43°, 8  ont  pu  revenir  à  la  vie. 

A.  Walther  a  exposé  des  lapins  garrottés,  directement  à  la  cha- 
leur du  soleil  de  30  à  54°.  —  La  température  monta  jusqu'à  peu 
près  46°,  après  quoi  l'animal  succomba.  La  température  post-le- 
thale  s'accrut  encore  jusqu'à  50°.  —  A  l'autopsie,  on  constata  une 
anémie  des  viscères,  à  l'exception  des  poumons  qui  étaient  hypé- 
rémiés  et  des  muscles  qui  étaient  aussi  rigides  que  s'ils  avaient 
été  soumis  à  la  coction.  Walther  est  d'avis  que,  dans  ses  expé- 
riences, l'augmentation  thermique  n'est  que  la  conséquence  delà 
diminution  dans  la  perte  de  chaleur.  Pour  ce  qui  est  de  l'augmen- 
tation post  mortem,  il  l'attribue  à  un  développement  calorifique 
dû  à  la  rigidité  musculaire  (Bulletin  de  l'Académie  de  Pétersbourg. 
Berliner  Centralblatt,  1867,  p.  391). 

Chez  l'homme,  on  observe  aussi  assez  souvent  une  augmentation 
morbide  de  la  température  par  suite  d'une  élévation  excessive  de 
la  chaleur  extérieure.  —  Dans  le  chaud  été  de  1865,  j'ai  constaté 
chez  la  plupart  de  mes  fiévreux  des  températures  excessivement  éle- 
vées ;  la  raison  en  était  indubitablement  dans  l'impossibilité  de 
conserver  les  salles  assez  fraîches;  donc,  dans  l'insuffisance  de  la 
dépense  thermique  nécessaire  aux  malades,   vingt-cinq  person- 


\U  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

nés  moururent  dans  ma  clinique,  du  5  juillet  au  1er  août,  époque 
pendant  laquelle  la  température  postméridienne  de  l'atmosphère, 
à  deux  heures,  était  de  26°, 6  C,  six  fois  seulement  dépassa  25°  et 
six  autres  fois  50°  (maximum  ==  54°). 

Chez  25  malades,  on  prit  la  température,  au  moment  fatal  ;  sur 
ce  nombre,  6  avaient  la  température  habituelle  du  collapsus  (3 
phthisiques,  1  cardiaque,  1  paludéen  et  1  varioleux),  5  des  tem- 
pératures subfébriles  et  modérément  fébriles  (2  phthisiques  et  1 
cancéreux)  et  14  autres  (donc,  plus  de  la  moitié  !)  de  40°  et  au- 
dessus,  et  voici  dans  quelles  proportions  : 

40°  —  1  cas  d'ostéomyélite  pseudo-rhumatismale  ; 

40°, 5  —  2  cas  de  péritonite  ; 

41°, 575  —  2  cas  de  typhus  abdominal  (fièvre  typhoïde)  ; 

41°, 7 5  —  1  cas  de  delirium  tremens  ; 

42°  —  1  cas  de  pneumonie  et  1  cas  ayant  trait  à  une  jeune  fille 
de  25  ans  qui  mourut  après  une  forte  fièvre  de  quelques  jours 
sans  aucune  localisation  et  dont  le  cadavre  ne  révéla  l'existence 
d'aucune  lésion  appréciable  ; 

42°, 25  —  1  cas  de  typhus  abdominal  et  1  de  délire  alcoolique  ; 

42°, 875  —  1  cas  de  choléra; 

43°, 25  —  1  cas  d'insolation  ; 

45°, 75  —  1  cas  de  septicémie  puerpérale  et  1  cas  de  ramollis- 
sement cérébral. 

Jamais,  ni  avant  ni  après,  je  n'ai  trouvé,  même  approximative- 
ment, des  températures  si  élevées  au  moment  fatal  pendant  une 
période  si  courte  et  en  si  grand  nombre. 

Plusieurs  observateurs  ont  confirmé  cette  donnée  de  l'augmen- 
tation thermique  rapide  et  considérable  dans  les  cas  où  il  y  avait 
tous  les  symptômes  de  l'insolation.  —  Schneider  (Diss.  léna  : 
Zur  Lehre  von  Sonnenstich,  1867)  a  trouvé  dans  un  cas  suivi  de 
mort  plus  de  40°  deux  heures  et  demie  après  l'admission  du  ma- 
lade à  l'hôpital.  —  Helbig  (trois cas  d'insolation.  Leipzig  Dissert., 
1868)  de  même,  Ferber  {Arch.  fur  Heilk.,  t.  IX,  p.  487),  40° 
dans  un  cas  de  guérison.  —  Bàumler  (Med.  sciences  Gaz.,  vol.  I, 
août  1868)  42°, 9  dans  un  cas  mortel,  une  heure  après  l'admis- 
sion. —  Levick  a  constaté  42°, 8  (Heat  fever  onPensylvanian  hosp. 
reports,  1868,  t.  \,  369)  dans  un  cas  relatif  à  un  homme  de  55 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  155 

ans  et  terminé  par  la  guérison.  —  Même  résultat  dans  un  cas  sem- 
blable chez  un  homme  de  40  ans.  Il  rapporte  en  outre  un  certain 
nombre  d'autres  observations,  parmi  lesquelles  une  deDowleroù 
il  y  aurait  eu  jusqu'à  45°. 

D'un  autre  côté,  il  est  de  règle  que,  dans  une  température  infé- 
rieure à  la  normale,  une  élévation  de  la  chaleur  extérieure,  ou 
l'emploi  d'enveloppements  chauds  peuvent  augmenter  la  tempéra- 
ture du  corps. 

8.  L'application  d'agents  excitants  à  l'extérieur  paraît  provo- 
quer plutôt  un  abaissement  qu'une  élévation  de  la  température 
générale. 

Montegazza  (Schmidt's  Jahrb.,  1867,  t.  I,  p.  155)  a  trouvé 
que  les  douleurs  chez  les  animaux,  ainsi  que  chez  les  hommes, 
exerçaient  une  action  dépressive  sur  la  température. 

Aux  endroits  sinapisés,  la  plupart  des  observateurs  n'ont  pas 
constaté  d'augmentation  thermique  et  Naumann  (Prager  Viert. 
1867,  t.  XC1II,  p.  155)  prétend  même  avoir  observé  un  abaisse- 
ment delà  température  générale  à  la  suite  de  la  sinapisation. 

Heidenhaina  fait,  au  congrès  des  naturalistes,  à  Insprùck,  une 
communication  portant  que,  d'après  ses  recherches,  l'irritation  des 
nerfs  sensitifs  a  abaissé  constamment  et  rapidement  la  température 
à  l'exception  des  cas  où  il  y  avait  une  séparation  entre  le  bulbe  et 
la  moelle  ou  quand  il  y  avait  de  la  fièvre. 

9.  Une  hypérémie  considérable  provoquée  mécaniquement  peut 
augmenter  la  température  ;  de  même  que  la  diminution  mécani- 
que de  l'afflux  sanguin  peut  la  diminuer. 

Kussmaul  et  Tenner  (loc.  cit.)  ont  montré  que,  par  la  ligature 
des  rameaux  artériels  émergeant  de  l'artère  qui  apporte  le  sang  à 
une  certaine  partie,  il  se  produit  en  ce  point  un  plus  grand  afflux 
sanguin  (par  exemple,  la  tête  après  la  ligature  de  la  sous-clavière), 
et  partant,  une  congestion,  mais  aussi  une  élévation  de  la  tempé- 
rature. 

Brown-Séquard  (Comptes  rendus  de  VAcad.  des  sciences,  1854, 
t.  XXXVIII,  p.  117)  a  trouvé  que  la  température  s'élevait  sur  la 
tête  chez  les  animaux  suspendus  par  le  train  postérieur  et  dont  on 
tient  la  tête  en  bas. 


156  CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

D'un  autre  côté,  un  rétrécissement  des  vaisseaux  par  une  cause 
quelconque  amène  dans  la  partie  alimentée  par  eux,  un  abaisse- 
ment de  la  température.  Depuis  longtemps  déjà,  la  thérapeutique 
met  à  profit  les  conditions  qui  sont  basées  sur  l'influence  exercée 
sur  la  température  par  l'augmentation  ou  la  diminution  mécanique 
de  l'afflux  sanguin. 

10.  Les  grandes  pertes  de  sang  ont,  en  général,  pour  consé- 
quence chez  les  individus  sains,  aussi  bien  que  chez  les  malades, 
un  abaissement  de  température,  compensé  le  plus  souvent,  après 
quelques  jours  ou  même  quelques  heures,  à  moins  que  la  mort  ne 
s'en  suive  ou  que  la  maladie  ne  prenne  une  autre  voie. 

Marshall-Hall  a  vu  chez  un  chien  terrier  pesant  17  livres,  à  qui 
il  avait  enlevé  52  onces  de  sang,  un  abaissement  de  température 
de  57°, 5  à  29°, 45  auquel  moment  la  mort  eut  lieu  ;  chez  un  autre 
chien,  pesant  19  livres,  la  température  tomba  jusqu'à  51°, 65  après 
émission  de  30  onces  de  sang.  (Comparez,  en  revanche,  les  expé- 
riences à  saignées  abondantes,  faites  parFrese  et  citées  page  120.) 

Après  de  fortes  hémorrhagies  des  poumons,  de  l'estomac,  de 
l'intestin  ou  de  l'utérus,  survient  d'ordinaire  chez  les  malades, 
d'abord  un  abaissement  considérable  delà  température  allant  jus- 
qu'au collapsus,  même  'quand  la  température  a  été  auparavant 
hyperpyrétique;  le  temps  que  met  la  température  à  s'élever  aussi 
bien  que  le  degré  qu'elle  atteint  dépendent  des  conditions  mêmes 
du  cas. 

Une  perte  de  sang  spontanée,  même  modérée,  produit  le  plus 
souvent  chez  les  fébricitants  un  abaissement  passager  de  la  tem- 
pérature. 

Les  saignées  pratiquées  en  temps  opportun  chez  les  malades, 
de  même  que  les  émissions  sanguines  locales  produisent  les  mê- 
mes résultats,  quoique  moins  accusés  ;  il  n'est  pas  rare  de  voir  à 
leur  suite  la  température,  auparavant  très-fébrile,  approcher  delà 
température  normale  ou  même  l'atteindre  ;  mais  la  réaction  est 
d'ordinaire  considérable. 

Le  plus  souvent,  la  température  remonte  à  son  degré  antérieur, 
ou  même  le  dépasse.  —  La  température  ne  peut  être  amenée  à 
une  réduction  permanente  qu'en  tant  que,  avec  la  perte  de  sang, 
coïncide  une  amélioration  sensible  du  processus  morbide. 


CAUSES  Dh'S  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  157 

Il  paraît  être  d'une  médiocre  importance  pour  le  résultat  que 
l'émission  sanguine  ait  lieu  sur  un  réseau  capillaire  ou  sur  un 
gros  vaisseau  ;  en  revanche,  il  importe  beaucoup  plus  de  savoir  si 
la  mafadie  est  assez  avancée  pour  admettre  une  action  durable  de 
l'émission  du  sang. 

L'éruption  des  règles  est  précédée  d'une  augmentation  de  tem- 
pérature beaucoup  plus  souvent  dans  les  cas  morbides  que  dans 
les  cas  hygides.  —  L'hémorrhagie  elle-même  a  quelquefois  pour 
conséquence  un  abaissement  de  la  température  précédemment 
élevée  par  suite  d'une  maladie  ;  en  outre,  les  menstrues  mettent 
souvent  les  femmes  passagèrement  dans  la  condition  de  tempéra- 
ments nerveux  ou  augmentent  cette  condition  quand  elle  a  existé 
auparavant,  et  il  en  résulte  une  grande  variabilité  de  la  tempéra- 
ture, ou  bien  elles  se  compliquent  d'un  accès  de  fébricule  chez 
certaines  personnes  de  nature  irritable. 

11.  Chossat  a,  le  premier,  fait  des  recherches  très-intéressantes 
sur  l'influence  de  la  privation  de  nourriture,  sur  l'abaissement  de 
la  température  (1845.  Recherches  expérimentales  sur  ï inanition. 
—  Mémoire  présenté  à  V Académie  des  sciences.  —  Se.  math,  et 
phys.,  t,  VII,  p.  458). 

En  outre,  Schmidt,  Lichtenfels  et  Frôhlich  ont  fait  des  expé- 
riences relatives  à  l'influence  de  la  faim  sur  la  température,  et  ils 
ont  constaté  que  la  privation  de  nourriture  persistante  produisait 
des  décroissances  considérables  de  température,  sans  exclure  des 
ascensions  relatives  intercurrentes. 

Dans  l'état  morbide,  l'effet  de  la  privation  de  nourriture  n'est 
jamais  nettement  défini  ;  les  observations  pathologiques  qui  s'y 
rapportent  ne  sont  d'aucune  utilité. 

12.  L'ingestion  d'aliments  exerce,  au  contraire,  sur  les  malades 
une  action  très-frappante,  comparée  à  celle  qui  se  produit  à  l'état 
de  santé.  L'alimentation  peut  produire  une  élévation  considérable 
de  température,  non- seulement  chez  les  malades  dont  le  degré 
thermique  est  plus  ou  moins  élevé,  mais  aussi  chez  ceux  dont  la 
température  est  normale  ou  l'est  redevenue,  et  il  ne  faut  pas  pour 
cela  que  le  malade  ait  commis  un  écart  de  régime  ou  ait  repris  des 
aliments  avant  d'avoir  recouvré  l'appétit  ;  mais  avec  l'alimentation 


138  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

la  plus  légère,  notamment  avec  la  première  ingestion  de  viande, 
dans  la  convalescence,  au  moment  où  l'appétit  est  extrêmement 
vif,  on  voit  souvent  la  température  s'élever  de  deux  degrés  et  plus  ; 
cette  augmentation  thermique  peut  persister  ainsi  plusieurs  jours. 
Il  va  sans  dire  que  l'ingestion  d'aliments  trop  copieux  ou  contre- 
indiqués  produit  un  effet  analogue  et  souvent  même  beaucoup  plus 
grave. 

15.  Une  constipation  durant  plusieurs  jours,  quelquefois  même 
l'absence  de  selles  pendant  vingt-quatre  heures,  surtout  lorsqu'elle 
succède  à  des  évacuations  abondantes,  donnent  souvent  lieu,  chez 
les  malades,  à  une  augmentation  de  température.  —  La  rétention 
d'urine,  Y  aménorrhée,  peuvent  également  produire  le  même  effet. 
C'est  aussi  la  température  qui  indique  souvent  plusieurs  heures  à 
l'avance,  l'imminence  d'une  hémorrhagie  pathologique. 

La  diarrhée,  surtout  celle  qui  est  artificiellement  provoquée, 
abaisse  ordinairement  une  haute  température.  Après  une  consti- 
pation opiniâtre  et  une  élévation  thermique  persistante,  il  suffit 
d'une  abondante  évacuation  alvine  pour  amener  l'abaissement  de 
la  température  ;  mais  la  réaction  qui  lui  succède  est  d'ordinaire 
assez  considérable  pour  que  la  température  puisse  même  dépasser 
son  degré  antérieur  d'élévation. 

La  nature  du  purgatif  ne  paraît  pas  d'ailleurs  exercer  d'influenee 
sur  l'intensité  de  la  dépression  thermique. 

Les  vomissements  ont,  à  cet  égard,  une  action  beaucoup  plus 
puissante.  Souvent  même,  ils  sont  accompagnés  et  suivis  de  véri- 
tables températures  decollapsus.  Mais,  dans  ce  cas  aussi,  la  réac- 
tion peut  produire  une  élévation  thermique. 

14.  L'abaissement  de  température  produit  par  action  toxique  de 
l'alcool,  s'accorde  avec  ce  que  l'on  observe,  bien  qu'à  un  moindre 
degré,  dans  les  effets  physiologiques  de  cet  agent.  La  dépression 
thermique  provoquée  par  des  doses  toxiques,  peut  devenir  très- 
considérable. 

Duinéril  et  Demarquay  ont  été  les  premiers  à  démontrer  ce  fait 
que  beaucoup  d'autres  expérimentateurs  ont  confirmé  après  eux. 
Il  est  probable  que  l'absorption  de  l'alcool  ralentit  le  mouvement 
nutritif;  mais  il  faut  cependant  remarquer  que  l'action  dépressive 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  139 

de  l'eau-de-vie  sur  la  température  est  souvent  suivie  d'une  réaction 
proportionnellement  aussi  intense.  —  Cependant,  l'action  de  l'al- 
cool exerce  la  même  action  dépressive  dans  les  états  fébriles,  ainsi 
que  plusieurs  médecins  anglais  l'ont  affirmé  en  se  fondant  sur  l'ob- 
servation clinique,  et  comme  C.  Bouvier  l'a  plus  récemment  dé- 
montré par  la  méthode  expérimentale  (Pflùger's  Archiv,  1869, 
page  581). 

Chez  les  alcooliques,  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  la  tempé- 
rature est  ordinairement  plus  basse  que  chez  les  autres  individus, 
et  ils  présentent  fréquemment,  dans  le  cours  des  maladies  pyi cli- 
ques ou  apyréliques,  des  températures  de  véritable  collapsus. 

Il  existe  encore  un  certain  nombre  de  substances  plus  ou  moins 
toxiques  qui  exercent  une  action  dépressive  sur  la  température, 
Demarquay  a  démontré  ce  fait  pour  l'éther  et  le  chloroforme. 

Brown-Séquard  (1849.  Comptes  rendus  des  séances  de  la  so- 
ciété de  biologie,  n°  7,  p.  102)  range  parmi  les  substances  ther- 
mo-dépressives :  l'opium,  l'acide  cyanhydrique,  l'hyoscyamine,  la 
digitale,  la  belladone,  le  tabac,  l'euphorbe,  le  camphre,  l'acide 
acétique,  l'acide  oxalique,  les  acides  sulfurique,  nitrique  et  chlor- 
hydrique.  Parmi  les  agents  thérapeutiques,  il  y  a  des  substances 
qui  font  baisser  la  température  des  fébricitants,  auparavant  élevée. 
Cette  action  est  certaine  pour  la  digitale  (après  l'administration 
de  3  à  6  grammes,  répartis  dans  un  espace  de  plusieurs  jours), 
pour  la  vératrine,  la  quinine,  le  tartre  stibié  et  le  calomel. — Elle 
est  moins  sûre  pour  les  acides,  le  nitrate  de  potasse  et  quelques 
autres  sels.  —  Cette  action  dépressive  est  surtout  marquée  chez 
les  enfants  et  chez  les  femmes  qui  sont  doués  d'une  plus  grande 
sensibilité. 

15.  D'autres  substances,  au  contraire,  produisent  une  élévation 
de  la  température.  C'est  un  fait  qu'on  peut  observer,  en  partie, 
chez  les  individus  sains  après  l'absorption  des  agents  toxiques  ;  en 
partie  dans  les  maladies  à  température  très-haute  ou  très-basse. — 
Dans  cette  catégorie  se  rangent  :  le  café,  le  musc,  le  camphre.  — 
C'est  surtout  le  curare  dont  l'action  thermique  a  été  le  mieux  étu- 
diée. Cl.  Bernard  avait  déjà  trouvé  qu'il  agit  d'abord  sur  les  nerfs 
vaso-moteurs  et  que  l'élévation  de  la  température  n'est  qu'un  ef- 
fet consécutif.  —  Yoisin  etLiouville  (Gazette  des  Hôpitaux,  1866, 


440  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPERATURE. 

n°  109  et  'J 1 1 ,  et  Journal  de  ïanatomie  et  de  la  physiologie,  1867, 
p.  114)  ont  produit  chez  l'homme,  à  l'aide  d'injections  sous-cuta- 
nées de  curare,  des  accès  complets  de  fièvre  avec  frissons,  chaleur 
et  sueurs,  et  des  élévations  de  température  allant  jusqu'à  40°,  ac- 
compagnées de  tous  les  troubles  fébriles  de  la  circulation,  des  sé- 
crétions et  du  système  nerveux.  Tscheschichin,  au  contraire,  a 
trouvé  que  quelques  minutes  après  l'injection  du  curare,  il  se 
produisait  chez  les  animaux  un  léger  abaissement  thermique  qui 
augmente  jusqu'au  moment  où  éclatent  les  convulsions  ;  alors 
la  température  commence  à  remonter  insensiblement.  —  Flei- 
scher,  de  son  côté  (Pflùger's  Archiv.,  1869,  p.  441),  a  confirmé 
l'action  thermo-élévatrice  du  curare. 

16.  Billroth  et  Hufschmidt,  0.  Weber  et  Frese,  ont  démontré 
l'action  pyrogène  de  certaines  substances  introduites  dans  la  circu- 
lation. 

Billroth  et  Hufschmidt  (1864.  Archiv  fur  klin.  Chir.,  t.  YI, 
p.  552)  ont  trouvé  que,  dans  tous  les  cas  où  un  liquide  ichoreux  ou 
du  pus  frais  avaient  été  injectés  dans  le  sang,  il  y  avait  une  aug- 
mentation de  la  température  rectale,  sensible  déjà  deux  heures 
après  l'injection  et  atteignant  son  maximum  dans  un  intervalle  de 
deux  à  vingt-huit  heures  ;  ils  ont,  en  outre,  constaté  que  le  mini- 
mum de  l'écart  était  de  1°,  le  maximum  de  2°, 2;  qu'après  une 
seule  injection,  l'acmé  était  ordinairement  suivie  d'une  défer- 
vescence  rapide  ;  qu'au  contraire,  après  plusieurs  injections,  la 
mort  survenait,  précédée  d'une  certaine  élévation  de  la  tempé- 
rature. 

Bientôt  après,  0.  Weber  (1864.  Deutsche  Klinik,  p.  495,  et 
1865,  p.  15,  21,  55  et  55)  a  constaté,  par  des  expériences  ana- 
logues, l'effet  pyrétogène  (et  phlogogène)  du  pus  introduit  dans  le 
tissu  sous-cutané,  dans  les  cavités  séreuses  et  dans  le  sang  ;  il  a 
constaté,  en  outre,  l'effet  pyrétogène  de  l'injection  du  sang  d'ani- 
maux pyémiques  et  septicémiques,  et  même  du  sang  d'animaux 
affectés  simplement  de  fièvres  inflammatoires.  Mais,  dans  ce  der- 
nier cas,  l'augmentation  thermique  était  peu  considérable  et  ne 
dépassait  pas  (J°,65  à  1°,15. 

Frese  (1866.  Beitràge  zur  JEtiologie  der  Fiebers.  —  Dissertât.) 
a  encore  plus  multiplié  ces  expériences.  Il  a  fait  voir  que  le  sang 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  lit 

d'animaux  fébricitants  introduit  dans  la  circulation  d'un  autre  ani- 
mal en  bonne  santé,  quelle  que  fût  la  nature  de  la  fièvre,  provo- 
quait une  élévation  de  la  température.  Cette  augmentation  ther- 
mique suivait  assez  rapidement  la  transfusion  :  dans  un  cas,  la 
température  était  déjà  montée  de  1°  après  deux  heures  et  demie. 

Mais,  dans  les  cas  observés  par  Frese,  aussi  bien  que  dans  les 
expériences  précédentes,  l'élévation  thermique  n" était  pas  considé- 
rable. Dans  les  trois  cas  (où  une  partie  du  sang  vicié  fut,  par  mé- 
garde,  injecté  dans  le  tissu  cellulaire  et  y  provoqua  une  inflamma- 
tion locale),  la  température  ne  monta  que  de  0°,7à  1°,5  au-dessus 
du  maximum  de  l'animal  bien  portant.  —  Ce  degré  d'élévation  ne 
se  maintint  pas  longtemps  (1  |,  4|,  6  §  jours)  et  n'atteignit  des 
températures  reconnues  fébriles  chez  l'homme  que  pendant  un 
très-court  espace  de  temps. 

Voici  ce  que  Frese  a,  de  plus,  vu  et  confirmé  : 

a.  Les  produits  de  décomposition  des  tissus,  tant  septiques  qu'in- 
flammatoires, introduits  dans  la  circulation,  soit  qu'ils  provien- 
nent d'un  organisme  étranger,  ou  du  sujet  lui-même,  provoquent 
une  augmentation  de  température. 

b.  L'effet  obtenu  ne  tient  pas  aux  corpuscules  du  pus,  mais  à 
la  sérosité  purulente. 

c.  Par  la  cuisson  et  lafiltration  subséquente,  la  sérosité  putride 
ne  perd  pas  ses  propriétés  pyrogènes. 

d.  A  l'état  frais,  la  sérosité  purulente  possède  au  plus  haut  degré 
cette  propriété. 

e.  L  injection  d'un  sang  normal  ne  provoque  pas  la  fièvre;  le  sang 
injecté  d'un  fébricitant  produit  au  contraire  une  action  pyréto- 
gène. 

f.  Le  battage  suivi  de  la  filtration  du  sang  fébrile  ne  lui  enlè- 
vent pas  cette  propriété  qui  ne  doit  donc  pas  être  attribuée  à  la 
fibrine. 

Dans  ces  derniers  temps,  E.  Bergmann  (1 868.  Petersburgermed. 
Zeitschr.,  t.  XV,  p.  16)  a  fait  un  grand  nombre  d'expériences  re- 
latives à  l'action  des  matières  septiques  et  inflammatoires,  et  il  a 
constaté  que,  après  l'injection  de  quantités,  relativement  faibles 


U2  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

de  matières  délétères,  la  température  revêt  un  caractère  particulier 
et  précis,  revenant  toujours  sans  exception  de  la  même  façon  et, 
par  conséquent,  typique  (ascension  immédiate  après  l'injection, 
fastigium  dans  l'intervalle  de  la  deuxième  à  la  cinquième  heure, 
retour  à  l'état  normal  dans  trois  ou  six  heures).  Des  altérations 
locales,  développées  sur  place,  peuvent  empêcher  la  guérison  et 
faire  entrer  des  modifications  dans  la  marche  de  la  température. 
Ce  caractère  de  la  température  reste  le  même  que  la  matière  injec- 
tée ait  été  composée  de  matières  septiques  ou  inflammatoires,  ou 
bien  des  produits  normaux  de  dénutrition.  Il  semble  même  à  l'ob- 
servateur (p.  84)  que,  des  injections  de  grande  quantité  d'eau  ou 
de  petites  quantités  de  substances  irritantes,  il  puisse  s'ensuivre 
une  altération  thermique  analogue,  qui  est  constante  après  l'injec- 
tion de  liquides  provenant  de  produits  septiques  ou  inflammatoires. 
A  ces  recherches  expérimentales  sur  l'action  pyrogène  de  sub- 
stances animales  introduites  dans  le  sang,  se  rattachent  les  influen- 
ces inconnues  qui  sont  capables  de  produire  chez  l'individu  atteint, 
des  processus  morbides  spécifiques.  Cependant,  abstraction  faite 
de  la  pyohémie  et  de  la  septicémie,  la  ressemblance  est  assez  res- 
treinte dans  l'état  actuel  de  la  science,  nous  sommes  loin  de  con- 
cevoir ou  de  pouvoir  rapporter  d'une  façon  claire  et  positive  à  la 
cause  spécifique,  le  caractère  de  la  température  qui  est  excessive- 
ment particulier,  précisément  après  avoir  subi  ces  influences  in- 
connues, mais  sans  doute  spécifiques. 

17.  Breschet  et  Becquerel  ont  été  les  premiers  {Séances  de 
V Académie  des  sciences,  18  octobre  1841)  à  appeler  l'attention 
sur  l'abaissement  considérable  de  la  température  chez  les  animaux 
dont  la  surface  extérieure  est  recouverte  d'un  enduit  imperméable, 

Us  ont  rapporté  que  des  lapins  dont  la  peau  rasée  avait  été  re- 
couverte d*un  enduit  décolle,  de  suif  et  de  résine,  avaient  perdu 
dans  l'espace  d'une  heure  à  une  heure  et  demie,  environ  14°  à 
18°  C.  de  leur  température  et  étaient  morts  peu  de  temps  après. — 
Ces  observateurs  ont  déjà  fait  remarquer  que  ce  qu'ils  avaient  vu 
paraissait  être  en  contradiction  avec  les  idées  généralement  reçues 
sur  les  fonctions  de  la  peau. 

Cette  observation  a  été  complètement  confirmée  par  plusieurs 
expérimentateurs,    et  récemment  encore  par  Gerlach    (Muller's 


CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPERATURE.  143 

Arch.,  1851,  p.  45);  Val.entin  {Arch.  fur  phys.  Heilk.,  1858,  p, 
455);  Edenhuizen  (InZeitschr.  fur  rat.  Mecl.,  1865,  p.  25). 

En  outre,  Valentin  a  montré  que,  chez  les  animaux  ainsi  traités, 
les  mouvements  respiratoires  étaient  réduits  au  tiers  ou  même  au 
quart,  l'absorption  d'oxygène  et  l'exhalation  d'acide  carbonique 
diminuaient  plus  encore  (jusqu'à-^);  mais  que,  d'un  autre  côté,  par 
l'augmentation  de  la  température  de  l'air  dans  lequel  se  trouvait  les 
animaux,  le  refroidissement  a  pu  être  évité,  la  respiration  accrue, 
la  gaieté  rétablie  et  la  terminaison  funeste  retardée  bien  que  non 
empêchée.  —  Edenhuizen  a  trouvé  que  les  animaux  (lapins)  péris- 
saient même  quand  la  peau  n'était  que  partiellement  enduite, 
aussitôt  que  |  ou  |  de  la  surface  avait  été  recouvertes.  Plus  l'en- 
duit était  étendu,  plus  l'abaissement  de  la  température  était  consi- 
dérable et  rapide,  et  plus  la  terminaison  funeste  était  prompte. 
Si  une  partie  considérable  de  la  surface  extérieure  reste  libre,  il 
est  vrai,  la  température,  la  fréquence  du  pouls  et  de  la  respira- 
tion, s'abaissent  aussi  au  commencement,  mais  les  deux  premières 
se  relèvent  vite  et  peuvent  même  dépasser  le  degré  normal,  tandis 
que  la  fréquence  de  la  respiration  reste  amoindrie.  Quand  la  sur- 
face restée  libre  est  encore  plus  grande  (|  à  |),  la  fréquence  delà 
respiration  monte  aussi  après  un  abaissement  initial,  mais  elle  ne 
se  maintient  pas  aussi  longtemps  au-dessus  de  la  température 
que  le  pouls  au-dessus  du  degré  normal.  —  Si  l'on  ne  recouvre 
que  |  à  |  de  la  surface,  c'est  la  fréquence  de  la  respiration  qui 
prédomine,  tandis  que  la  température  et  la  fréquence  du  pouls  ne 
subissent  qu'une  élévation  insignifiante. 

Laschekewitsch  ( Richert's  Archiv,  1868,  p.  65)  explique  ce  ca- 
ractère par  l'augmentation  de  la  dépense  thermique  résultant  de 
la  dilatation  paralytique  dçs  vaisseaux  cutanés. 

18.  Les  recherches  les  plus  nombreuses  ont  été  entreprises  pour 
expliquer  l'influence  du  système  nerveux  sur  les  modalités  thermi- 
ques. Beaucoup  de  faits  intéressants  ont  été  acquis  tant  par  la  voie 
expérimentale  que  par  l'observation  clinique.  —  Il  serait  encore 
prématuré,  même  aujourd'hui,  de  donner  une  appréciation  com- 
plète et  définitive  du  mode  d'action  des  nerfs  sur  la  température. 

Déjà,  depuis  longtemps,  on  possédait  un  certain  nombre  d'ob- 
servations relatives  à  l'augmentation  de  la  température  périphéri- 


144  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

que,  après  la  section  expérimentale  de  la  moelle  ou  dans  les  cas  de 
lésions  médullaires  graves,  en  particulier,  les  recherches  de  Chos- 
sat  (1820.  Mémoire  sur  l'influence  du  système  nerveux  sur  la  cha- 
leur animale)  ;  Brodie  {Medico-chirurg.  Transactions,  t.  XX,  p. 
146)  ;  Macartny  (1858.  Treatise  on  inflammation,  p.  13);  Fr. 
Nasse  (1859.  Untersuchungen  zur  Plnjs.  und  Pathol.,  t.  H,  p. 
115)  ;  surtout  II.  Nasse  (ibid.,  t,  II,  p.  190). 

En  opposition  avec  ces  données,  Flourens  et  Magendie  avaient 
observé  un  abaissement  de  température  après  les  lésions  des  nerfs. 
C'était  un  abaissement  local  quand  des  troncs  nerveux  étaient 
attaqués  et  un  abaissement  général  quand  la  lésion  portait  sur  des 
parties  centrales. 

S'appuyant  sur  ces  derniers  faits,  qu'il  considère  à  tort  comme 
un  phénomène  constant,  Cl.  Bernard  a  fait  (1852.  Comptes  rendus 
de  l'Académie  des  sciences,  t.  XXXIV,  p.  472)  sa  découverte  sur- 
prenante de  l'action  qu'exerce  la  section  de  la  partie  cervicale  du 
sympathique  ;  il  avait  trouvé  que,  après  la  section  du  filet  anasto- 
motique  des  ganglions  cervicaux,  supérieur  et  inférieur,  survenait 
aussitôt  une  élévation  de  température  dans  le  côté  correspon- 
dant de  la  tête;  surtout  marquée  sur  l'oreille  du  lapin.  11  a  trouvé, 
en  outre,  que  la  simple  dénudation,  le  contact  et  la  pression  sur 
les  ganglions  ou  les  tilets  du  grand  sympathique  avaient  pour  con- 
séquence une  congestion  et  un  plus  grand  développement  thermi- 
que. —  Plus  tard  (1862.  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  sciences, 
t.  LV,  p.  252),  il  y  ajouta  d'autres  communications,  d'après  les- 
quelles la  section  du  plexus  lombo-sacré  ou  du  sciatique  détermi- 
nait une  élévation  de  la  température  dans  la  patte  postérieure,  et, 
de  même,  la  section  du  plexus  brachial,  aux  environs  de  la  pre- 
mière côte,  une  élévation  de  la  patte  antérieure  correspondante. 

S'appuyant  sur  ces  résultats,  Bernard  suppose  une  influence  par- 
ticulière du  sympathique  sur  les  vaisseaux  et  sur  la  caloi  ification  et 
sépare  des  nerfs  sensitifs  et  moteurs  le  système  sympathique  qu'il 
considère  comme  composé  de  nerfs  moteurs  vasculaires  et  calori- 
fiques. 

Bernard  formule  ainsi  son  opinion  : 

1.  La  section  des  nerfs  du  sentiment,  outre  l'abolition  du  sen- 
timent, produit  la  diminution  de  la  température  des  parties. 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  145 

2.  Celle  des  nerfs  du  mouvement,  outre  l'abolition  du  mouve- 
ment, donne  également  lieu  à  un  refroidissement  des  parties  pa- 
ralysées. 

3.  La  destruction  du  nerf  sympathique  qui  ne  produit  ni  l'im- 
mobilité des  muscles  ni  la  perte  de  sensibilité,  amène  constamment 
une  augmentation  très-considérable  de  la  température. 

Les  questions  les  plus  importantes  qui  se  rattachent  à  ces  résul- 
tats expérimentaux  sont  les  suivantes  : 

1°  L'augmentation  thermique  est-elle  en  rapport  avec  l'hy- 
perémie  consécutive  à  la  section  du  sympathique  ? 

2°  La  chaleur,  bien  que  considérablement  élevée  dans  l'oreille 
du  côté  lésé  comparativement  à  l'autre  et  à  l'élévation  de  la  tem- 
pérature avant  la  section,  reste-t-elle  dans  les  limites  de  la  tempé- 
rature des  organes  internes  de  l'animal  ? 

Si  l'on  répond  à  ces  questions  par  l'affirmative,  le  phénomène 
ne  se  trouve  plus  que  dans  un  rapport  subordonné,  médiat  et 
presque  insignifiant,  avec  la  production  thermique.  En  ce  cas,  la 
section  n'agit  qu'en  causant  une  hyperémie,  et  la  conséquence  de 
cette  congestion  est  que  la  température  normale  du  sang  peut  être 
plus  complètement  obtenue  et  constatée  dans  cette  partie  plus  abon- 
damment pourvue  de  sang  après  la  section  ; 

5°  Enfin  se  pose  cette  autre  question  :  Sont-ce  réellement  les 
vraies  fibres  du  sympathique  ou  celles  que  lui  envoie  la  moelle 
épinière  dont  dépend  l'influence  sur  ce  phénomène  ?  En  d'autres 
termes,  le  sympathique  est-il  le  nerf  vaso-moteur  spécifique 
(comme  le  suppose  Bernard),  ou  bien  les  contractions  vasculaires 
dépendent-elles  aussi  du  centre  cérébro-spinal? 

La  grande  majorité  des  observateurs  a  pris  parti  contre  Bernard 
dans  ces  questions. 

En  premier  lieu,  Brown-Séquard  s'est  élevé  contre  les  conclu- 
sions de  cet  auteur.  — Il  avait  déjà  rapporté  avant  les  publications 
de  Bernard  (août  1852.  Med.  Examiner  of  Philadelphie/,  p.  486) 
ce  fait  expérimental  que  la  galvanisation  de  la  partie  cervicale  du 
sympathique  sectionné  produit  la  contraction  des  vaisseaux  de  la 
moitié  céphalique  correspondante  ;  d'où  anémie  et  diminution  de 

la  température  et  de  la  sensibilité. —  En  outre,  il  a  déclaré  (1853, 

10 


146  CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

Expérimental  researches,  p.  9),  qu'il  fallait  rapporter  les  effets  delà 
section  de  la  portion  cervicale  du  sympathique,  à  une  dilatation 
paralytique  des  vaisseaux  de  la  tête  et  l'élévation  de  la  température 
à  l'afflux  plus  considérable  du  sang  ;  et  ensuite  il  a  montré  que  la 
suspension  des  animaux  par  le  train  postérieur  avait  exactement 
les  mêmes  effets  que  ceux  que  Ton  observe  après  la  section  du  sym- 
pathique ;  il  termine  le  chapitre  :  On  the  increase  of  animal  heat 
after  injuries  of  the  nervous  System,  par  les  conclusions  suivantes  : 

1°  Une  lésion  du  système  nerveux  peut  produire  dans  les  par- 
ties paralysées  une  augmentation  ou  une  diminution  de  tempé- 
rature ; 

2°  Le  sympathique  et  le  système  nerveux  cérébro-spinal  ne  pa- 
raissent pas  différer  l'un  de  l'autre  par  rapport  à  cette  action  ; 

5°  Le  degré  de  température  des  parties  paralysées  dépend  de  la 
quantité  de  sang  qu'elles  reçoivent  et  cette  quantité  varie  d'après 
l'état  des  artères  et  des  capillaires  de  ladite  partie  ; 

4°  Il  est  un  fait  encore  inexpliqué  jusqu'ici,  à  savoir  que  les  ar- 
tères et  les  capillaires  dans  les  parties  paralysées  peuvent  être  soit 
dilatés,  soit  normaux,  soit  contractés. 

Budge  (1855.  Comptes  rendus,  t.  XXXVI,  p.  571  et  Med.  Ztg. 
von  dem  Verein  fur  Heilk.  in  Preussen,  t.  XXII,  p.  149)  a  montré 
que  l'augmentation  de  température  ne  dépend  pas  seulement  de 
la  section  du  sympathique,  mais  qu'une  extirpation  de  la  portion 
de  moelle  épinière  comprise  entre  la  septième  vertèbre  cervicale  et 
la  troisième  dorsale,  renfermant  par  conséquent  la  huitième  paire 
cervicale  et  les  premières  et  deuxième  dorsales,  ont  le  même  effet 
sur  la  température  de  la  tête. 

Waller  aussi  (Comptes  re?idus,  t.  XXXVI,  p.  578)  ne  rapporte 
l'élévation  thermique  qu'à  la  paralysie  des  fibres  circulaires  des 
artérioles  consécutive  à  la  section  et  à  l'hyperémie  qui  en  ré- 
sulte. 

De  Ruyter  (de  actione  atropx  belladone.  —  Disserta  1855) 
fait  aussi  remarquer  qu'il  n'a  jamais  constaté  de  différence  de 
température  qui  ne  trouvât  son  explication  dans  un  afflux  de 
sang  augmenté,  etDonders  (Aanteekingen  van  het  Utr.  gen.  1855) 
dit  que,  dans  ses  expériences,  la  température  des  oreilles  ne  dépas- 
sait que  rarement  celle  du  rectum  et  qu'elle  montait  d'autantplus 


CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPERATURE.  147 

que  l'afflux  du  sang  vers  les  oreilles  était  plus  grand,  et  qu'elle  di- 
minuait avec  la  congestion.  Il  fait  remarquer,  en  outre,  qu'après  la 
ligature  de  la  carotide,  la  température  de  l'oreille  n'était  pas  plus 
grande  du  côté  où  la  section  avait  été  faite  que  du  côté  opposé  et 
que,  après  une  forte  friction  faite  sur  les  deux  oreilles,  la  tempé- 
rature des  deux  était  la  même. 

Schiff  a  discuté  la  question  dans  tous  ses  détails  et  fait  beaucoup 
d'expériences  nouvelles  (1855.  Untersuchungen  zur  Physiologie 
derNerv en  Systems,  t.  I,  p.  124).  îl  a  observé  que  la  différence  de 
température  dans  les  deux  moitiés  de  la  tête  (aux  deux  oreilles)  était 
encore  plus  considérable  et  qu'elle  pouvait  aller  jusqu'à  12°  et 
même  16°  ;  que  la  différence  de  température  était  proportionnée  à 
celle  de  l'hyperémie  et  que  la  section  du  sympathique  au  cou  ne 
provoquait  pas  d'élévation  de  température,  à  moins  qu'à  l'occasion 
de  cette  section  les  vaisseaux  de  l'oreille  n'aient  été  atteints  (ce  qui 
arrive  exceptionnellement).  Il  essaye  de  prouver  que  la  distension 
plus  grande  des  vaisseaux  dépendait  de  la  paralysie  même  de  leur 
parois  et  que  c'était  à  la  plus  grande  quantité  de  sang  en  circula- 
tion qu'était  due  l'élévation  locale  de  la  température.  Il  explique, 
en  outre,  que  le  sympathique  n'est  pas  le  seul  nerf  vasculaire  de 
la  tête,  mais  qu'elle  en  reçoit  d'autres  par  l'auriculaire  cervical, 
le  facial  et  le  trijumeau  et  que  même  la  partie  des  nerfs  vasculaires 
de  la  tête  qui  appartient  au  sympathique,  ne  renferme  que  des 
nerfs  médullaires  qui  traversent  le  sympathique;  que,  en  général, 
les  nerfs  vasculaires  passent  par  la  moelle  épinière  et  qu'il  faut 
considérer  un  certain  point  de  la  moelle  allongée  comme  centre 
des  nerfs  vasculaires,  parce  que  là  se  rencontrent  ceux  de  la  tête 
avec  ceux  du  tronc.  Il  suppose  que,  dans  la  paralysie  spinale  com- 
plète d*une  partie,  la  température  de  celle-ci  doit  être  relative- 
ment élevée,  tandis  qu'elle  sera  abaissée  quand  la  paralysie  est  in- 
complète etn'a  atteint  que  le  mouvement  (p.  226).  Proposition  qui, 
en  effets  a  été  confirmée  depuis  en  partie  par  les  faits  pathologi- 
ques que  l'on  a  constatés. 

Une  seconde  hypothèse  de  Schiff,  extrêmement  importante  pour 
la  pathologie  de  la  fièvre,  et  qu'il  croit  avoir  démontrée  par  des 
expériences,  est  celle-ci  :  les  nerfs  vasculaires  de  la  face  et  de  la 
partie  terminale  des  extrémités  d'un  côté  et  ceux  du  tronc,  du  bras 
et  de  la  cuisse,  de  l'autre,  forment  deux  groupes  distincts  présen- 


148  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

tant  un  trajet  différent  à  travers  la  moelle  épinière  ;  que  ce  der- 
nier groupe  de  nerfs  vasculaires  se  croise  latéralement  avec  les 
nerfs  correspondants  de  l'autre  moitié  du  corps,  croisement  qui 
manque  au  premier  groupe  ;  que,  par  conséquent,  si  l'on  coupe 
dans  sa  largeur  (par  ex.)  la  moitié  gauche  de  la  moelle  épinière 
dans  le  voisinage  de  la  moelle  allongée,  les  nerfs  vasculaires  de  la 
peau  de  la  face,  des  mains,  des  pieds,  de  la  partie  inférieure  des 
avant-bras  et  des  jambes  du  côté  gauche  et,  au  contraire,  ceux 
du  tronc,  des  bras  et  cuisses  du  côté  droit  sont  paralysées. 

Schiff  a  encore  publié  d'autres  expériences  d'un  grand  intérêt 
(1859.  Allgemein.  Wiener  Med.  Zeitimg,  p.  518).  Chez  des  ani- 
maux auxquels  il  avait  coupé  le  sympathique  cervical  gauche  ou  les 
nerfs  d'une  extrémité,  il  a  produit  la  fièvre  au  moyen  d'injections 
de  pus  dans  la  plèvre  ou  dans  le  système  vasculaire.  Aussitôt  que 
commençait  l'accès  fébrile,  les  parties  non  influencées  par  la  sec- 
tion des  nerfs  s'échauffaient  considérablement,  tandis  que  dans  les 
organes  dont  les  vaso-moteurs  étaient  paralysés,  et  dont  la  tempé- 
rature avait  été  élevée  auparavant,  elle  ne  s'éleva  pas  du  tout  ou  ne 
monta  que  très-lentement  et  quand  la  température  fébrile  eut  atteint 
son  complet  développement,  l'organe  auparavant  plus  chaud,  mais 
dont  le  nerf  était  coupé,  fut  plus  froid  que  la  partie  correspondante 
du  côté  sain.  Schiff  conclut  que  l'afflux  du  sang  (paralytique)  produit 
par  la  section  nerveuse  et  celui  que  provoque  la  fièvre  (et  la  con- 
gestion) ne  dérivent  pas  du  même  processus  ;  que  cette  dernière 
hyperémie  (fébrile)  est  plutôt  de  nature  active  et  que,  dans  les 
nerfs  vasculaires  aussi  il  doit  y  avoir  des  éléments  dont  l'excita- 
tion produit  la  dilatation,  mais  qui  ne  peuvent  plus  agir  après  la 
section  des  nerfs  (comme  d'ailleurs  Cl.  Bernard  l'a  supposé  pour 
la  glande  sous-maxillaire) . 

Le  travail  de  Kussmaul  etdeTenner  (Moleschott  Untersuchungen 
zur  NaturLehre  der  Meuse  lien  und  der  Thiere,  1856,  t.  I,  p.  90- 
152)  a  été  d'une  grande  importance  pour  rattacher  le  phénomène 
thermique  à  l'afflux  du  sang.  —  Ces  auteurs  sont  parvenus  à  abaisser 
toujours  l'élévation  de  température  de  l'oreille  du  côté  où  le  sym- 
pathique avait  été  coupé,  à  l'abaisser,  dis-je,  au-dessous  de  celle  de 
l'autre  oreille  et  même  au-dessous  de  la  température  d'avant  la 
section,  aussitôt  qu'ils  avaient,  après  la  ligature  ou  la  compres- 
sion de  la  carotide  du  même  côté,  lié  aussi  les  deux  sous-clavières 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  149 

à  leur  origine  et  qu'ils  avaient  ainsi  empêché  l'établissement  d'une 
circulation  collatérale.  D'un  autre  côté,  ils  produisaient  une  élé- 
vation de  la  température  en  ne  liant  que  la  sous-clavière  et  en  aug- 
mentant ainsi  la  pression  latérale  du  sang  dans  la  carotide.  — 
Les  effets  de  la  compression  unilatérale  de  la  carotide,  après  liga- 
ture préalable  de  la  sous-clavière  étaient  les  mêmes  que  le  sympa- 
thique eût  été  préalablement  coupé  ou  non;  et  la  section  du 
sympathique  ne  produisait  pas  d'élévation  plus  grande  que  l'aug- 
mentation elle-même  de  l'afflux  sanguin. 

V  Les  deux  Lussana  et  Embrosoli  (Gaz.  Lombardo.  1867,  nos25- 
55)  n'ont  pas  trouvé,  en  suspendant  des  animaux  par  le  train  pos- 
térieur, une  élévation  de  température  si  considérable  aux  oreilles, 
qu'après  la  section  du  sympathique;  et  ils  croient  que,  dans  cette 
dernière  expérience,  ce  n'est  pas  de  l'afflux  du  sang,  ni  du  sur- 
croit d'activité  fonctionnelle  que  résulte  l'élévation  de  la  tempéra- 
ture, mais  d'un  processus  local  de  dissolution  pathologique  du 
sang  produit  par  ladite  section. 

Brown-Séquard  (Exp.  res.  applied  to  physiology  andpathology, 
p.  75)  a  trouvé,  en  outre,  que  la  section  d'une  moitié  latérale  de 
la  moelle  épinière,  dans  la  région  dorsale,  était  suivie  d'une  élé- 
vation de  température  à  l'extrémité  postérieure  du  côté  correspon- 
dant et  d'un  abaissement  de  celle-ci  à  l'extrémité  du  côté  opposé. 
Schiff  (Untersuchuïigen,  p.  194)  a  confirmé  ces  résultats,  mais  il 
rattache  la  température  du  côté  opposé  à  une  irritation  accidentelle 
qu'aurait  subie  une  des- moitiés  de  la  moelle  au  moment  de  la  sec- 
tion de  l'autre. 

Tscheschichin  qui  avait  toujours  observé,  après  des  sections  de 
la  moelle  épinière,  dans  les  points  les  plus  différents,  outre  l'in- 
terruption des  mouvements  volontaires,  une  cessation  de  l'activité 
des  vaisseaux,  et  un  abaissementde  la  température  générale  (1866. 
Reichert's  Arch.,  p.  152),  cherche  la  cause  de  cet  abaissement  dans 
la  dilatation  paralytique  des  vaisseaux  sanguins,  dans  l'afflux  du 
sang  (surtout  dans  les  veines)  et  le  retard  dans  la  circulation  et,  par 
conséquent,  dans  l'augmentation  du  rayonnement  thermique.  11  a 
trouvé  qu'après  la  section  de  la  moelle  épinière,  on  peut  retarder 
ou  prévenir  l'accélération  de  l'abaissement  thermique  interne  en 
enveloppant  le  corps  dans  de  mauvais  conducteurs  et  en  diminuant 
ainsi  la  perte  de  chaleur  par  la  surface  externe. 


150  CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPERATURE. 

Quand  Tscheschichin  coupait,  sur  un  lapin,  la  moelle  allongée 
à  sa  jonction  avec  la  protubérance,  la  température  générale  mon- 
tait aussitôt  après  l'opération,  la  respiration  et  les  battements  du 
cœur  s'accéléraient.  Après  une  demi-heure,  la  température  était 
montée  de  59°, 4  à  40°,  1  ;  après  une  heure,  à  41°, 2  ;  la  fréquence  de 
la  respiration  de  78  à  90  ;  le  pouls  était  devenu  innombrable.  En 
outre,  après  l'opération,  les  phénomènes  réflexes  étaient  considé- 
rablement accrus  et  atteignaient  un  si  haut  degré  que  le  plus  léger 
contact  de  l'animal  produisait  un  tremblement  général  du  corps. 
Après  une  heure  et  demie,  il  atteignit  42°,  1  ;  après  deux  heures, 
42°, 6;  à  ce  moment  survinrent  la  dyspnée  et  des  convulsions  au 
milieu  desquelles  l'animal  mourut  après  une  demi-heure. 

Tscheschichin  rattache  ces  faits  à  l'existence  supposée  dans 
le  cerveau  de  centres  modérateurs  de  l'activité  médullaire  ;  ces 
modérateurs  diminuent,  par  leur  action  continuelle,  l'intensité 
de  l'action  de  la  moelle  épinière  ;  de  la  destruction  ou  de  la 
section  de  ces  centres  résulterait  l'augmentation  morbide  de  l'ac- 
tivité des  centres  médullaires,  et  pendant  un  certain  temps,  un 
fonctionnement  excessif  (augmentation  des  mouvements  réflexes, 
précipitation  de  la  respiration,  accélération  des  mouvements  du 
cœur,  élévation  de  la  chaleur  animale). 

Naunyn  et  Quincke  (Reichert's  Arch.,  1869,  p.  174)  ont  con- 
staté que,  après  le  broiement  de  la  moelle  supérieure,  l'élévation 
de  la  température  ne  se  produisait  que  si  le  refroidissement  des 
animaux  avait  été  complètement  empêché.  Autrement,  il  se  pré- 
sentait constamment  jusqu'à  la  mort,  un  abaissement  continu  et 
rapide  de  la  température.  Ils  supposent  un  double  effet  à  ce 
broiement  de  la  moelle  :  augmentation  de  la  production  et  de  la 
dépense  thermiques,  et  c'est  par  ces  points  opposés  qu'ils  expli- 
quent la  divergence  des  résultats  obtenus  par  les  différents  expé- 
rimentateurs. —  Ils  ont,  en  outre,  trouvé  que,  après  la  séparation 
de  la  moelle,  l'élévation  de  température  se  présentait  plus  rapide- 
ment et  atteignait  des  degrés  beaucoup  plus  élevés,  quand  cette 
séparation  avait  été  faite  clans  la  partie  cervicale  que  quand  elle 
avait  lieu  dans  la  partie  dorsale. 

Naunyn  et  Quincke  ont  publié  récemment  d'intéressantes  re- 
cherches par  lesquelles  ils  ont  démontré  que,  après  la  destruction 
de  la  moelle,  au  moyen  de  la  quinine  (qui  restreint  la  production 


CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPERATURE,  451 

thermique),  la  température  pouvait  être  maintenue  à  des  degrés 
très-bas. 

Fischer  (Einfluss  die  Ruckenmarhs  Verletzungen  àufdie  Kôrper 
Wârme,  mémoire  original  dans  :  Centralblatt.  1869,  p.  259)  a  cru 
être  autorisé,  par  quelques  cas,  à  supposer  qu'il  y  avait  un  centre 
dépresseur  dans  la  moelle  cervicale  dont  l'irritation  déterminait 
un  abaissement  de  température  et  dont  la  paralysie  produisait  une 
augmentation  thermique  et  qu'il  fallait  chercher  ce  ceutre  dans 
les  cordons  antérieurs  de  la  partie  cervicale  de  la  moelle. 

Il  faut  encore  ajoutera  cela  une  expérience  ne  se  rattachant  pas 
à  toutes  ces  recherches  et  pour  ainsi  dire  négative,  c'est  celle  de 
Breuer  et  Chrobak  (1868.  Wiener  Medic.  Jahrbùclier,  t.  XIV,  p.  5). 
Relativement  à  l'influence  que  les  nerfs  d'une  partie  enflammée 
peuvent  exercer  sur  l'élévation  fébrile  de  la  température,  ces  au- 
teurs se  croient  en  droit  de  poser  la  conclusion  suivante  : 

Dans  les  inflammations  traumatiques,  la  fièvre  est  indépen- 
dante de  toute  connexion  de  la  partie  enflammée  avec  les  cen- 
tres nerveux.  —  Pour  arriver  à  ce  résultat,  ils  ont  pratiqué  leurs 
expériences  sur  des  animaux  auxquels  ils  coupaient  autant  que 
possible  tous  les  nerfs  d'une  partie  du  corps  et  ils  produisaient  des 
inflammations  locales  sur  les  parties  privées  de  leurs  nerfs,  après 
la  cicatrisation  des  plaies  faites  par  la  névrotomie. 

L'observation  clinique  ne  présente  qu'un  très-petit  nombre  d'ana- 
logies avec  les  faits  expérimentaux,  relativement  aux  rapports  qui 
existent  entre  le  système  nerveux  et  la  température. 

Voici  les  deux  seuls  faits  qui  pourraient  être  considérés  comme 
des  conditions  spontanées  analogues  : 

Les  modifications  thermiques  locales  pendant  les  accès  de  né- 
vralgie. 

Les  observations  thermiques  faites  sur  les  membres  paralysés. 
Les  changements  de  température  que  l'on  constate  dans  les  for- 
mes morbides  qui  ont  été  désignées  sous  le  nom  de  névroses  vaso- 
motrices. 

L'élévation  thermique  résultant,  chez  les  malades,  de  la  tension 
d'esprit,  du  délire  et  l'abaissement  de  la  température  fébrile  con- 
staté parfois  après  un  sommeil  tranquille  et  réparateur. 

Les  fortes  élévations  dans  les  inflammations  cérébrales  à  mar- 
che rapide. 


152  CAUSES  DES  ECARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPERATURE. 

Les  élévations  thermiques  plus  grandes  encore  dans  les  lésions 
de  la  moelle  cervicale. 

Les  degrés  excessifs  observés  à  la  fin  du  tétanos  et  dans  la  période 
ultime  des  névroses  mortelles. 

Les  faits  précédemment  énumérés  suffisent  pour  admettre  que, 
dans  les  cas  complexes,  le  système  nerveux  exerce  une  certaine  in- 
fluence sur  les  modalités  thermiques.  —  Il  est  indubitable  que 
certains  départements  nerveux  tiennent  sous  leur  dépendance,  d'un 
côté,  l'activité  cardiaque  et  de  l'autre,  la  circulation  elle-même  , 
il  est  donc  permis  d'admettre  avec  autant  de  raison  que  les  modi- 
fications de  Paftiux  sanguin  dans  les  vaisseaux  périphériques  in- 
fluencent manifestement  la  température  des  parties  correspon- 
dantes et,  par  conséquent  aussi,  la  température  générale.  —  La 
majeure  partie  des  phénomènes  thermo-pathologiques  pourrait 
bien  n'être  que  l'expression  même  du  mode  d'action  des  nerfs  vaso- 
moteurs  dans  les  maladies. 

Dans  les  lésions  essentielles  du  système  nerveux,  on  pourrait 
également  mettre  les  écarts  de  température  (surtout  les  plus  fai- 
bles) sur  le  compte  des  modifications  circulatoires.  Mais  il  existe 
une  série  d'observations,  notamment  celles  qui  ont  trait  à  des  élé- 
vations thermiques  énormes  qui  semble  démontrer  l'existence  de 
conditions  nouvelles,  quoique  encore  aujourd'hui  très-obscures. 
—  Un  trouble  profond  du  système  nerveux,  sans  anomalie  corres- 
pondante de  la  circulation,  mais  accompagné  d'écarts  thermiques 
excessifs,  semble  légitimer  l'hypothèse  quelintégrité  de  certaines 
parties  de  l'appareil  nerveux  central  est  plus  nécessaire  pour  la 
régularisation  de  la  température  que  celle  d'une  autre  partie  quel- 
conque du  corps. 

19.  Les  efforts  musculaires  exercent  sur  la  température  une  in- 
fluence fortement  ascensionnelle,  alors  même  que  l'état  morbide 
est  d'ailleurs  peu  accusé.  On  est  donc  en  droit  de  concevoir  des 
craintes  sur  la  santé  d'un  individu,  lorsque  un  effort  musculaire 
modique  suffit  pour  élever  sa  température.  Chez  les  convalescents, 
la  température  s'élève  ordinairement  d'un  ou  de  plusieurs  degrés, 
quand  ils  quittent  le  lit  pour  la  première  fois,  même  à  l'époque  où 
l'on  peut  les  autoriser  à  se  lever.  —  Lorsque  le  convalescent  reste 
levé  pendant  plus  de  temps  que  ne  le  permet  son  état,  sa  tempe- 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  153 

rature  monte  proportionnellement  à  la  durée  de  l'imprudence  qu'il 
a  commise.  —  La  thermométrie  peut  donc,  dans  ce  cas,  servir  de 
critérium  de  l'état  des  forces. 

A  l'appui  de  mes  recherches  sur  l'élévation  extrême  de  la  tem- 
pérature, dans  la  période  ultime  du  tétanos,  Leyden  (Beitrâge  zur 
Pathologie  der  Tetanus  —  Virchow's  Archiv,  t.  XXVI,  p.  558. 
1865)  ;  Billroth  et  Fick  (1865.  VersucJie  ùber  die  Temperaturen  bei 
Tetanus  —  Schweizerische  Vierteljalirschrift,  t.  VIII,  p.  427)  ont 
produit  artificiellement  le  tétanos  chez  les  animaux  et  ont  constaté 
une  augmentation  thermique  de  5°  à  6°. 

Le  transport  d'un  malade  et  l'ensemble  des  influences  auxquelles 
il  est  soumis  dans  son  déplacement  produisent  presque  toujours 
une  modification  de  la  température  dans  un  sens  ou  dans  l'autre.  — 
Il  en  résulte,  par  conséquent,  qu'une  mensuration  thermométrique 
pratiquée  dans  ces  circonstances,  n'a  rien  de  décisif. 

J'ai  constaté  une  élévation  thermique  très-considérable,  consé- 
cutive à  des  efforts  excessifs  chez  un  coureur  qui  s'était  évanoui  au 
milieu  de  sa  course  et  avait  été  transporté  sans  connaissance  à  ma 
clinique.  Sa  température  était  de  40°, 5  et  son  pouls  battait  108  pul- 
sations par  minute.  L'urine  contenait  ~  de  son  volume  d'albu- 
mine. —  Deux  heures  après,  la  température  était  déjà  retombée  à 
59°, 1.  Le  lendemain  elle  était  redevenue  normale  et  resta  telle; 
l'albumine  de  l'urine  diminua  et  disparut  ensuite  au  bout  de  quel- 
ques jours. 

Nous  indiquerons  ultérieurement  la  part  qui  revient  à  la  rigi- 
dité cadavérique  des  muscles  dans  la  température  post  mortem. 

20.  Il  va  sans  dire  que  l'étiologie  des  modalités  thermiques  est 
loin  d'être  épuisée  par  cette  énumération  des  influences  qui  s'exer- 
cent sur  la  température. 

J'ai  dû  renoncer  à  reproduire  ici  les  observations  cliniques  et 
expérimentales  dans  tous  leurs  détails  et  leurs  infinies  variétés  ;  il 
reste  encore  de  nombreuses  causes  de  modifications  thermiques 
dont  l'existence  est  à  peine  connue  ou  en  partie  seulement  soup- 
çonnée. 

Cela  est  surtout  vrai  pour  les  causes  perturbatrices  de  la  tem- 
pérature dans  les  maladies  dites  spontanées,  ainsi  que  dans  cer- 
taines maladies  infectieuses.  Il  est  très-probable  qu'à  l'élévation 


\M  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

thermique  concourent  puissamment  les  lésions  plus  ou  moins  éten- 
dues des  tissus,  surtout  les  vastes  destructions  parenchymateuses 
qui  se  rencontrent  dans  différentes  maladies  graves  et  qui,  depuis 
peu  de  temps  seulement,  sont  devenus  accessibles  à  l'observation 
microscopique  ;  mais  la  complexité  même  de  ces  conditions  rend 
encore  toute  explication  impossible  à  cet  égard. 

Il  est  également  vraisemblable  que  dans  le  sang  lui-même,  il 
peut  se  produire  des  transformations,  des  processus  de  fermenta- 
tion qui  augmentent  aussi,  considérablement,  la  production  ther- 
mique. D'un  autre  côté,  il  est  permis  d'admettre  que  ce  liquide 
présente  certaines  conditions  qui  contribuent  à  ralentir  les  proces- 
sus chimiques  thermogènes  ou  à  accroître  les  pertes  de  chaleur. 
Mais,  pour  le  moment,  on  est  forcé  de  s'en  tenir  à  émettre  cette  hy- 
pothèse très-admissible  que  certains  états  pathologiques  des  tissus 
ou  du  sang  exercent  une  influence  sur  les  conditions  thermiques. 

On  ne  saurait  préciser  les  processus  chimiques  spéciaux  qui  ac- 
célèrent la  formation  de  chaleur  ni  expliquer  pourquoi,  dans  tel 
type  morbide,  la  température  se  modifie  d'une  façon  déterminée  et 
différente  de  celle  d'un  autre  type  ;  et  c'est  en  vain  que  l'on  se 
demande  comment  la  température  reste  ordinairement  normale 
dans  certains  troubles  graves  de  l'organisme,  dans  des  lésions  or- 
ganiques très-étendues.  Parfois,  l'intégrité  thermique  semble 
dépendre  de  la  lenteur  avec  laquelle  les  états  pathologiques  se  dé- 
veloppent ;  et,  en  pareil  cas,  les  écarts  qui  se  manifestent  dans 
la  température  indiquent,  soit  la  présence  de  complications  nou- 
velles, soit  une  accélération  dans  le  cours  de  la  maladie  primitive. 
D'un  autre  côté,  des  maladies  essentiellement  chroniques  peuvent 
présenter  pendant  des  mois  et  même  des  années,  des  modifica- 
tions thermiques  souvent  très-notables  (par  exemple,  les  formes  de 
la  fièvre  chronique) . 

Il  ne  faut  pas  oublier  enfin  que  nous  n'observons  d'habitude 
que  le  résultat  des  deux  facteurs  :  la  production  et  la  perte  de  cha- 
leur et  non  pas  ces  facteurs  eux-mêmes.  Plus  d'un  cas  de  produc- 
tion thermique  abondante  échappera  à  notre  attention,  parce  que 
la  perte  se  sera  accrue  dans  la  même  proportion  et  que  la  manifes- 
tation d'une  production  excessive,  mais  restée  latente  par  suite  de 
la  compensation  thermique,  peut  dépendre  d'une  influence  secon- 
daire exercée  sur  les  parties  qui  éliminent  la  chaleur. 


CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  155 

21.  Outre  les  influences  extérieures  et  les  processus  intrinsè- 
ques de  l'organisme,  les  conditions  individuelles  et  les  idiosyncra- 
sies  ont  encore  leur  part  dans  les  écarts  de  la  température.  Elles 
se  révèlent  surtout  par  la  facilité  avec  laquelle  ces  modifications 
thermiques  se  produisent  et  par  l'étendue  même  de  ces  écarts. 

Qu'une  maladie  détermine  ou  non  des  écarts  de  température, 
on  observe  presque  toujours  chez  le  sujet  qui  en  est  atteint  une 
grande  sensibilité  aux  influences  accidentelles. 

L'équilibre  thermique,  alors  qu'il  n'est  pas  troublé  par  la 
maladie  elle-même,  est  aisément  compromis  chez  les  malades 
par  les  causes  les  plus  diverses.  —  La  température  montrera  par- 
fois des  élévations  et  des  abaissements  très-étendus  ;  tantôt  ces 
écarts  ne  seront  que  partiels,  d'autres  fois  ils  se  propageront  à  l'or- 
ganisme tout  entier. 

Cette  mobilité  de  la  température,  sous  l'influence  de  causes 
accessoires,  s'observe  aussi  dans  les  cas  morbides  où  les  conditions 
thermiques  ne  sont  déjà  plus  normales.  —  La  seule  différence  ré- 
side dans  le  degré  de  la  fluctuation.  Plus  la  marche  d'une  maladie 
prend  un  caractère  régulier,  typique  et  simple,  moins  l'influence 
des  causes  accidentelles  est  marquée.  Au  contraire,  dans  les  formes 
morbides  atypiques,  dans  les  maladies  légères  et  dans  celles  où 
d'autres  circonstances  ont  fait  naître  des  écarts  de  température, 
les  influences  accidentelles  ont,  dans  ce  cas,  une  action  beaucoup 
plus  manifeste. 

La  stabilité  de  la  température  ou  sa  variabilité  dépendent  égale- 
ment de  la  marche  de  la  maladie  et  de  la  phase  de  son  évolution  : 
ainsi,  lorsque  le  début  d'une  maladie  aiguë  typique  est  franc  et 
bien  accusé,  les  influences  extérieures  restent  presque  sans  action 
sur  la  température;  plus  les  débuts  sont  insidieux  et  peu  tranchés, 
plus  leurs  effets  sont  considérables. 

Dans  la  période  ascendante  de  la  maladie  jusqu'à  l'acmé,  ce  sont 
surtout  les  cas  légers  et  bénins  qui  sont  les  plus  accessibles  aux 
influences  étrangères.  —  Dans  le  cours  ultérieur  de  la  maladie,  la 
température  se  comporte  différemment  vis-à-vis  des  causes  acci- 
dentelles :  plus  la  maladie  présente  de  fluctuations  et  tarde  à  gué- 
rir, plus  cette  influence  sera  grande. 

Tandis  que  si  la  guérison  est  prochaine,  les  influences,  même  les 
plus  énergiques,  restent  sans  effet  sur  la  température. 


156  CAUSES  DES  ÉCARTS  MORBIDES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

Dans  la  convalescence,  elles  reprennent  leur  empire  surtout  dans 
les  cas  où  le  rétablissement  est  imparfait  et  où  les  foyers  morbi- 
des ne  sont  pas  complètement  dissipés. 

Il  importe  aussi  de  connaître  dans  quel  sens  agissent  les  causes 
accidentelles.  Si  c'est  dans  celui  du  cours  naturel  de  la  maladie, 
leur  effet  n'en  sera  que  plus  certain  ;  si  c'est  dans  une  direction 
opposée,  leur  action  en  sera  bien  moins  sûre. 

La  fluctuation  quotidienne  exerce  à  cet  égard  une  certaine  in- 
fluence. 

Les  conditions  qui  produisent  une  élévation  de  température  agis- 
sent avec  beaucoup  plus  d'intensité  dans  le  jour  et  les  conditions 
opposées  dans  l'après-midi  ;  présentent  leur  maximum  d'action 
dans  la  nuit  et  dans  les  premières  heures  de  la  matinée. 

22.  Abstraction  faite  des  conditions  morbides  existantes,  la  tem- 
pérature est  plus  ou  moins  accessible  aux  influences  accidentelles. 

Dans  les  maladies  des  enfants,  elle  offre  une  extrême  mobilité. 
Non-seulement  les  affections  les  plus  légères  produisent  chez  eux 
des  élévations  thermiques  plus  considérables  et  des  fluctuations 
diurnes  plus  accentuées  que  chez  les  sujets  plus  âgés,  mais  l'action 
de  toutes  les  autres  influences  est  aussi  plus  intense. 

Dans  le  sexe  féminin,  la  variabilité  de  la  température  persiste 
jusque  dans  l'âge  adulte  et  est  beaucoup  plus  grande  que  dans 
l'autre  sexe.  —  On  constate  chez  les  femmes  des  élévations  ther- 
miques inexplicables  en  apparence,  des  ascensions  brusques  et 
considérables  ;  les  influences  extérieures  se  révèlent  dans  toute 
leur  puissance,  surtout  chez  les  femmes  nerveuses  et  hystériques. 

Les  vieillards  diffèrent  notablement  des  adultes  sous  le  rapport 
de  leur  température  qui  est  le  plus  souvent  paresseuse,  insensible 
et  réfractaire  aux  causes  accidentelles.  Elle  est,  en  outre,  ordinai- 
rement d'un  demi-degré  plus  basse  que  celle  des  adultes  placés 
dans  les  mêmes  conditions. 

Il  faut  enfin  mentionner  la  prédisposition  de  quelques  sujets  à  su- 
bir certaines  impressions  contre  lesquelles  d'autres  peuvent  réagir. 
Cette  tendance  particulière  peut  résulter  des  idiosyncrasies  indivi- 
duelles. —  Il  est  évident  que  la  répétition  fréquente  de  certains  effets 
rend  la  température  plus  accessible  à  leur  action  ;  mais,  d'un  autre 
côté,  leur  trop  fréquent  retour  finit  par  émousser  sa  sensibilité. 


VI 


MODIFICATIONS  THERMIQUES  LOCALES  ET  GENERALES 

DANS  LES  MALADIES 


1.  Les  modifications  de  la  température  normale  qu'on  observe 
dans  les  maladies  peuvent  être  locales,  c'est-à-dire  bornées  à  cer- 
taines parties  du  corps,  ou  générales  et  plus  ou  moins  étendues. 

Cette  distinction  n'est  pas  absolument  rigoureuse  ;  car  il  est  ex- 
trêmement rare  et  peut-être  même  impossible  qu'avec  un  écart 
thermique  local  très-accusé,  les  conditions  générales  de  l'organisme 
restent  absolument  normales  et  que  sa  température  propre  n'en 
subisse  pas  un  certain  retentissement.  D'un  autre  côté,  dans  un 
trouble  de  la  température  générale,  la  déviation  thermique  n'est 
jamais  absolument  la  même  dans  toutes  les  parties  du  corps.  C'est 
surtout  au  début  du  trouble  thermique  et  à  l'époque  de  ses  modi- 
fications ultérieures  que  la  disproportion  entre  les  températures 
des  différentes  parties  est  la  plus  accentuée. 

Il  faut  cependant  maintenir  la  distinction  entre  les  écarts  topi- 
ques et  les  déviations  générales,  suivant  que  les  uns  ou  les  autres 
prédominent  dans  tel  ou  tel  cas. 

2.  Puisque  déjà,  à  l'état  de  santé,  on  observe  sur  certaines  par- 
ties du  corps  des  degrés  thermiques  plus  ou  moins  différents,  les 
écarts  seront  beaucoup  plus  considérables  à  l'état  pathologique. 


158  MODIFICATIONS  THERMIQUES. 

Les  différences  que  présente  la  température  locale  peuvent  être 
de  trois  sortes  : 

1°  Elle  peut  être  plus  élevée  en  certains  points  qu'en  d'autres  ; 
2°  Elle  peut  être  plus  haute  que  la  température  générale  ; 
5°  Enfin,  elle  peut  être  partiellement  plus  basse  que  dans  le 
reste  du  corps. 

Bien  que  plusieurs  observations  semblent  mettre  hors  de  doute 
l'existence  de  températures  locales  un  peu  plus  élevées  que  la  tem- 
pérature du  sang,  il  en  est  d'autres,  au  contraire,  dans  lesquelles 
il  est  certain,  ou  au  moins  très-probable,  que  la  température  locale 
n'est  qu'apparente  et  qu'elle  n'est  autre  que  la  température  même 
du  sang,  indiquée  avec  plus  d'exactitude  que  dans  les  autres  points 
accessibles  du  corps.  Il  ne  faut  donc  pas  négliger  cette  circonstance  : 
que  nous  ne  connaissons  pas  très-bien  la  température  du  sang, 
qu'elle  peut  être  plus  élevée  que  cela  ne  résulte  des  mensurations 
pratiquées  aux  endroits  du  corps  les  mieux  abrités.  Si  la  suppo- 
sition de  Brown-Séquard,  que  nous  avons  précédemment  émise, 
relative  à  la  véritable  élévation  thermique  des  intestins  humains, 
était  confirmée,  celle-ci  n'aurait  jamais  été  dépassée  par  aucune 
température  purement  locale. 

L'élévation  topique,  en  tant  que  manifestation  mieux  accusée 
de  la  température  du  sang,  résulte  d'un  afflux  sanguin  plus  consi- 
dérable vers  la  partie  soumise  à  l'examen,  ou  d'une  réfrigération 
incomplète  ;  ou  même  de  ces  deux  conditions  réunies. 

5.  Voici  les  différents  états  pathologiques  dans  lesquels  on  a 
constaté  une  élévation  de  la  température  locale  : 

cl  Dans  les  inflammations. 

Des  hypothèses  théoriques,  aussi  bien  que  la  sensation  subjec- 
tive du  malade  et  l'impression  objective  de  chaleur  perçue  par  la 
main  de  l'observateur i  avaient  fait  croire  à  une  élévation  réelle  et 
excessive  de  température  dans  les  parties  enflammées.  Les  mensu- 
rations directes  ont  toutefois  démontré  que,  en  général,  le  fait 
n'était  pas  fondé  et  que  l'augmentation  de  chaleur  des  parties  en- 
flammées n'était  pas  constante,  et  quand  elle  existait,  elle  était  tou- 
jours très-modérée. 


MODIFICATIONS  THERMIQUES.  159 

La  première  observation  relative  à  ce  sujet  est  due  à  John  Hun- 
ter,  comme  nous  avons  eu  déjà  l'occasion  de  le  mentionner. 

Après  une  opération  d'hydrocèle,  il  trouva  une  température  de 
92°  F.  (=  35°, 55  G.)  dans  la  cavité  vaginale.  La  cavité  fut  rem- 
plie de  charpie  enduite  de  cérat,  et  le  lendemain,  le  thermomètre 
marquait  98° f  F.  (=  37°, 1  C),  élévation  considérable,  mais  ne 
dépassant  pas  toutefois  la  température  du  sang.  J.  Hunter  prétend 
avoir  plusieurs  fois  renouvelé  la  même  observation  ;  mais,  dans  les 
expériences  sur  les  animaux  auxquels  il  provoquait  artificiellement 
des  phlegmasies  locales,  la  température  des  parties  enflammées 
ne  présentait  aucune  modification. 

Breschet  et  Becquerel  (1855,  /.  c.)  ont  signalé  plusieurs  exem- 
ples de  températures  locales  élevées.  Elles  furent  constatées  à 
l'aide  d'un  appareil  thermo-électrique  :  chez  une  jeune  fille  scro- 
fuleuse,  dont  la  température  buccale  était  de  57°, 5,  ces  auteurs 
observèrent  dans  un  adénite  aiguë  de  la  nuque,  une  température 
de  40°.  Dans  d'autres  cas,  ils  constatèrent  aussi  des  différences 
entre  les  parties  enflammées  et  la  température  générale,  mais  elles 
étaient  beaucoup  moins  considérables.  Toutefois,  on  a  mis  en 
doute  l'exactitude  de  ces  expériences. 

Gierse,  dans  ses  recherches  ultérieures,  a  observé  des  différen- 
ces de  |°  à  1°  en  plus  dans  les  parties  enflammées.  — Bïirensprung 
n'a  pas  remarqué  d'élévation  thermique  de  la  peau  atteinte  d'éry- 
thème  artificiel  ;  mais,  clans  un  cas  de  phlébite  crurale,  il  a  trouvé 
sur  la  jambe  malade  1°  R.  de  plus  que  sur  la  jambe  saine.  —  John 
Simon  (Holmes  System  ofSurgery,  1860.  —Article  Inflammation, 
p.  43)  a  fait  d'importantes  observations  au  moyen  d'un  appareil 
thermo-électri  que . 

Voici  les  résultats  auxquels  il  est  arrivé  : 

1°  Le  sang  artériel  arrivant  aux  parties  enflammées  est  moins 
chaud  que  le  foyer  phlegmasique  lui-même; 

2°  Le  sang  veineux  efférent  est,  il  est  vrai,  moins  chaud  que  le 
foyer  inflammatoire  $  mais  plus  chaud  que  le  sang  artériel  affé- 
rent ; 

5°  Le  sang  veineux  d'un  membre  enflammé  est  plus  chaud  que 
celui  du  membre  sain  correspondant. 

Billroth  et  Hufsclimidt  n'ont  obtenu  que  des  résultats  négatifs 


160  MODIFICATIONS  THERMIQUES. 

(1864.  Archiv  fur  klinische  Chirurgie,  t.  VI,  p.  575).  (Les  addi- 
tions sont  incorrectes  dans  l'original.)  — 11  résulte  de  leurs  obser- 
vations que,  sur  trente-sept  mensurations  comparatives  de  la  tem- 
pérature d'une  plaie  et  de  celle  du  rectum,  vingt-hnit  fois  la 
température  de  la  plaie  était  inférieure  à  celle  du  rectum,  huit  fois 
elle  lui  était  égale  et  deux  fois  seulement  elle  lui  était  supérieure 
de  0°,5  (dans  ce  dernier  cas,  la  plaie  avait  été  irritée  par  des  appli- 
cations d'essence  de  térébenthine). 

Dans  neuf  cas  de  vaginite,  la  température  vaginale  fut  examinée 
comparativement  avec  celle  du  rectum  :  cinq  fois  la  première  était 
la  plus  basse,  trois  fois  elles  étaient  égales  et  une  fois  seulement  la 
température  du  vagin  dépassait  de  0°,2  celle  du  rectum. 

Billroth  fait  également  remarquer  que  les  parties  congestionnées 
peuvent  paraître  plus  chaudes,  parce  que  les  vaisseaux  y  sont  plus 
gorgés  de  sang  que  dans  les  parties  saines  et  qu'il  ne  faut  pas  in- 
voquer, par  conséquent,  une  plus  grande  production  de  chaleur 
dans  les  points  enflammés. 

Dans  quatre  mensurations  faites  sur  un  individu  affecté  de  phleg- 
mon diffus  suppuré,  la  température  de  la  plaie  était  plus  basse 
que  celle  de  l'aisselle  ou  du  rectum. 

0.  Weber  a  publié,  en  1864,  un  certain  nombre  d'observations 
qui  ne  fournissent  également  que  des  résultats  douteux  (Deutsche 
Klinik,  numéros  45  et  44).  Sur  douze  observations  thermométri- 
ques faites  sur  des  individus  opérés,  il  a  trouvé  la  température  de 
la  plaie  plus  élevée  dans  six  cas,  plus  basse  dans  trois,  et  dans 
trois  autres  enfin,  elle  était  égale  aux  températures  buccale  et 
axillaire  ;  dans  les  premiers  cas,  la  différence,  en  faveur  de  la 
plaie,  n'était  que  de  0°,6. 

Keber  a  noté  que  la  température  de  la  partie  enflammée  parais- 
sait être  plus  élevée  dans  la  profondeur  de  la  plaie  qu'à  sa  surface 
où  l'évaporation  et  la  réfrigération  doivent  être  évidemment  plus 
actives.  Il  a  remarqué  aussi  que  la  température  d'une  plaie 
s'abaissait  dès  que  la  suppuration  devenait  abondante  et  pro- 
longée. 

Dans  une  série  de  51  expériences,  pratiquées  sur  des  chiens  et 
sur  des  lapins,  l'observation  thermométrique  montra  la  tempéra- 
ture des  plaies  ou  des  parties  enflammées  plus  élevée  dans  neuf  cas, 
plus  faible  dans  quinze  et  égale  cinq  fois  à  celle  du  rectum. 


MODIFICATIONS  THERMIQUES.  .  161 

Le  maximum  de  la  différence  en  faveur  de  la  plaie  était,  chez  les 
lapins,  de  1°,  et  chez  les  chiens,  de  0°,55. 

En  outre,  0.  Weber  a  répété  et  confirmé  les  expériences  de  Si- 
mon et  adhère  entièrement  aux  conclusions  posées  par  ce  dernier 
observateur. 

On  peut  du  moins  conclure  de  ces  expériences  que  la  cha- 
leur des  parties  enflammées  ne  montre  qu'une  élévation  tout  au 
plus  légère,  et  il  reste  à  déterminer  encore  ce  qui  appartient  à  la 
réplétion  sanguine  et  ce  qui  revient  à  la  vraie  production  thermi- 
que locale.  Dans  un  grand  nombre  de  cas,. il  n'y  avait  aucune  élé- 
vation dans  la  plaie,  et  très-fréquemment  sa  température  était 
plus  basse  que  celle  du  rectum. 

hcobsonei^eruhavàt  (Centralblatt.— Ori0.  Mïtt/i.,p.645.-1868) 
ont  trouvé  que  la  température  des  membranes  séreuses  enflam- 
mées (plèvres  et  péritoine)  est  plus  ba^se  que  celle  des  mêmes 
parties  à  l'état  de  santé  ou  que  celle  du  cœur. 

De  même,  Laudien  a  observé  ^(CenlralblaU. —  Orig.  Mitth., 
p.  291.  1869)  que  la  température  de  la  peau  ou  des  muscles  jusqu'à 
leurs  couches  les  plus  profondes,  quelque  intense  que  fût  leur 
inflammation,  n'était  jamais  aussi  élevée  que  la  température  inté- 
rieure du  corps,  et  que  celle  du  sang  artériel  était  plus  élevée 
que  la  chaleur  du  foyer  inflammatoire  auquel  il  affluait. 

b.  La  simple  hyperémie  peut  déterminer  une  élévation  de  tem- 
pérature, du  moins  relative  et  proportionnelle  à  d'autres  points  de 
la  surface  du  corps,  comme  il  résulte  des  expériences,  plusieurs  fois 
citées  précédemment,  de  section  du  grand  sympathique,  de  liga- 
ture de  la  sous-clavière  ;  ainsi  que  de  suspension  des  animaux 
par  le  train  postérieur.  Chez  l'homme,  cependant,  on  n'a  pas 
observé  d'une  façon  certaine  d'élévation  de  température  par  sim- 
ple hyperémie.  Notamment,  on  n'a  pas  pu  le  démontrer  par  l'ap- 
plication de  sinapismes. 

c.  Dans  les  exanthèmes,  la  température  paraît  quelquefois  un 
peu  plus  élevée  que  dans  les  points  qui  en  sont  exempts,  comme 
l'ont  montré  les  recherches  de  Gierse  et  de  Bârensprung. 

d.  Dans  les  névralgies  et  les  spasmes  locaux,  la  température  cu- 
tanée delà  partie  douloureuse  ou  contracturée,  paraît  quelquefois 

il 


162  MODIFICATIONS  THERMIQUES. 

un  peu  plus  élevée  ;  et  cette  augmentation  thermique  concorde 
d'ordinaire  avec  une  rougeur  plus  marquée  ;  ce  qu'il  faut  proba- 
blement attribuera  l'hyperémie,  peut-être  aussi  à  un  amoindrisse- 
ment de  la  réfrigération  locale  et  dans  les  spasmes,  peut-être  à 
une  augmentation  de  production  thermique  locale. 

e.  Schmitz  a  observé,  il  est  vrai,  une  légère  diminution  de  tem- 
pérature dans  les  parties  paralysées.  — Bârensprung  aussi  a  trouvé 
la  température  des  membres  paralysés  amoindrie  trois  fois  sur 
quatre,  et  dans  le  quatrième  cas,  un  peu  plus  élevée  que  dans  les 
membres  sains. 

Nothnagel  (Berliner  klinische  Wochenschrift,  p.  557.  1867)  a 
trouvé  dans  la  paume  de  la  main,  sur  un  membre  parésié,  une 
température  plus  basse  de  2°  que  celle  du  côté  sain. 

En  revanche,  Folet  {Gaz.  hebd.,  n°  12  et  14.  1867)  a  fait  des 
observations  approfondies  chez  des  hémiplégiques,  et  il  est  arrivé 
aux  résultats  suivants  : 

Dans  l'immense  majorité  des  cas,  une  hémiplégie  est  accompa- 
gnée dès  le  début  d'une  élévation  de  température  du  côté  paralysé, 
très-rarement  les  deux  côtés  présentent  une  égalité  de  tempé- 
rature et  presque  jamais  on  ne  remarque  d'abaissement  ther- 
mique du  côté  malade. 

L'élévation  varie  entre  0°,5  et0°,9,  mais  elle  n'atteint  pas  habi- 
tuellement un  degré. 

La  présence  ou  l'absence  de  contracture  n'influe  pas  sur  ce  ré- 
sultat thermométrique. 

Plusieurs  causes  peuvent  faire  disparaître  ces  différences  ther- 
mométriques. La  cause  de  l'hémiplégie  est  sans  influence  sur  le 
résultat. 

La  guérison  de  la  paralysie  ramène  aussi  l'équilibre  ther- 
mique ;  quand  la  paralysie  persiste,  l'élévation  de  température 
est  très-variable  :  chez  les  uns,  elle  cesse  déjà  après  quelques 
mois,  tandis  que  chez  les  autres  elle  se  maintient  pendant  des 
années. 

Une  atrophie  paralytique  manifeste  détermine  un  abaissement 
de  température» 

Quand  dans  une  hémiplégie  ancienne  avec  élévation  de  tempé- 
rature du  côté  malade,  l'autre   côté  se  paralyse  à  son  tour  ou 


MODIFICATIONS  THIRMIQUES.  165 

l'équilibre  thermométrique  se  rétablit,  ou  bien  le  côté  paralysé 
en  dernier  lieu,  présente  une  température  extrêmement  élevée. 

La  température  générale  des  hémiplégiques  n'est  pas  habituel- 
lement augmentée,  et  présente  57°,  à  l'exception  des  dernières 
heures  de  la  vie  dans  lesquelles  elle  s'élève  fréquemment. 

Lépine  (Gazette  médicale,  p.  501.  1868)  a  constaté  que  dans 
une  hémiplégie  récente,  le  côté  paralysé  est  d'abord  plus  chaud 
que  le  côté  sain,  mais  si  on  leur  fait  subir  un  certain  degré  de 
réfrigération,  le  premier  devient  plus  froid  que  l'autre;  quand 
on  appliqué  une  réfrigération  encore  plus  forte,  il  se  refroidit 
moins  que  la  partie  saine.  Au  contraire,  lorsque  l'hémiplégie  est 
très-ancienne,  le  côté  paralysé  semble  d'abord  plus  froid  ;  quand 
on  le  soumet  à  la  réfrigération,  il  conserve  relativement  plus  de 
chaleur  que  le  côté  sain,  et  par  la  caléfaction  artificielle,  il  ab- 
sorbe moins  de  chaleur  que  l'autre. 

Le  côté  paralysé  présente  donc,  sous  l'influence  d'applications 
thermiques  externes,  une  tendance  plus  grande  au  refroidissement 
qu'à  la  caléfaction. 

4.  J'ai  observé  à  plusieurs  reprises  chez  une  femme  hystérique^ 
souffrant  de  la  moelle  épinière,  une  élévation  persistante  de  la 
température,  s'étendant  à  toute  une  moitié  du  corps,  sans  qu'il  se 
soit  montré  de  processus  morbide  local  ni  d'un  côté  ni  de  l'autre. 

Cette  jeune  fille,  âgée  de  dix-huit  ans,  est  sujette  à  des  conges- 
tions partielles,  notamment  du  côté  droit,  accompagnées  d'érup- 
tion d'urticaire  et  de  sueurs  locales,  en  même  temps  que  divers 
phénomènes  nerveux  se  manifestent  dans  plusieurs  organes  inter- 
nes. Même  en  dehors  des  poussées  congestives  vers  la  peau,  cette 
malade  présente  : 

1°  Sur  toute  la  surface  du  corps,  une  température  plus  élevée 
de  I  à  |  degré  que  celle  du  vagin  ; 

2°  Dans  la  cavité  axillaire  droite  (aussi  bien  que  dans  le  pli  in- 
guinal du  même  côté)  des  températures  constamment  plus  élevées 
que  celles  des  parties  correspondantes  du  côté  opposé,  de  façon 
cependant  à  ce  que  la  différence,  tantôt  se  réduise  à  quelques 
dixièmes  de  degré,  tantôt  ne  dépasse  pas  1°|  ; 

5°  De  temps  à  autre  des  élévations  thermiques  spontanées,  sou- 
daines, éphémères^  pouvant  atteindre  59°, 5,  avec  une  plus  ou  moins 
grande  divergence  dans  les  tempéraures  des  deux  côtés  du  corps.. 


164 


MODIFICATIONS  THERMIQUES. 


Cet  état  extrêmement  singulier  qui  persiste  depuis  près  d'un 
an  et  dont  la  courbe  thermique  ci-con(re  (fig.  1)  retrace  une 
simple  phase,  saurait  difficilement  trou- 
ver son  explication  ailleurs  que  dans 
un  trouble  bilatéral  du  système  vaso- 
moteur  ,  mais  plus  prononcé  dans  la 
moitié  droite  du  corps  que  du  côté 
gauche. 


5.  On  observe  assez  souvent  des  abais- 
sements thermiques  partiels  :  en  premier 
lieu,  sur  les  parties  sphacélées,  puis  sur 
les  points  œdémateux  et  indurés,  et  sur 
les  membres  privés  de  leur  mobilité  ; 
partout  enfin  où  l'afflux  du  sang  est  di- 
minué et  dans  les  endroits  où  la  réfrigé- 
ration est  accrue. 

La  surface  du  corps  présente,  en  outre, 
un  abaissement  thermique  plus  ou  moins 
étendu ,  notamment  après  des  applica- 
tions froides,  pendant  le  frisson  et  dans 
toutes  les  variétés  de  collapsus.  —  Il 
serait  cependant  erroné  de  ne  voir  dans 
ces  cas  qu'un  abaissement  thermique 
partiel  et  isolé,  car  la  diminution  locale 
de  la  température  n'est  qu'un  des  élé- 
ments pathologiques  d'un  état  morbide 
complexe. 


(3.  Il  n'est  pas  nécessaire  de  recourir 
à  une  démonstration  particulière  pour 
prouver  que  les  conditions  les  plus  im- 
portantes de  la  thermométrie  pathologi- 
que, tant  en  théorie  qu'en  pratique, 
résident  dans  les  modifications  morbides 
de  la  température  générale. 

Les  mensurations  pratiquées  dans  l'aisselle,  le  vagin  ou  le  rec- 
tum indemnes  de  toute  affection  locale,  indiquent  de  la  façon  la 


MODIFICATIONS  THERMIQUES.  165 

plus  exacte  le  degré  de  chaleur  du  sang,  par  conséquent,  la  tem- 
pérature générale  de  l'individu. 

Cette  température  générale  avec  ses  variations  multiples  et  in- 
cessantes constitue  un  des  moyens  les  plus  sensibles,  sinon  le  seul, 
d'apprécier  l'état  général  de  l'organisme  dans  les  maladies. 

Ici  se  posent  deux  questions  préliminaires  : 

Quelle  importance  doit-on  accorder  à  l'état  général  dans  les  ma- 
ladies? 

Avec  quels  processus  physiques  la  température  est-elle  en  rap- 
port? 

L'état  général  décide,  avant  toute  chose,  du  sort  du  malade,  de 
la  marche  et  de  la  durée  de  la  maladie,  des  chances  de  gnérison  ou 
de  mort,  par  conséquent,  il  constitue  l'élément  primordial  du  pro- 
nostic. (Nous  ne  parlons  pas,  bien  entendu,  des  cas  morbides  dans 
lesquels  se  développent  des  néoformations  ou  des  lésions  graves 
intéressant  des  organes  essentiels  à  la  vie,  ni  de  ceux  dans  lesquels 
on  observe  une  occlusion  de  canaux  dont  la  viabilité  ne  saurait 
rester  longtemps  entravée.) 

De  même,  la  thérapeutique  puisera  dans  l'état  général  de  l'or- 
ganisme des  indications  plus  sûres  que  dans  les  lésions  locales 
auxquelles  souvent  la  maladie  emprunte  son  nom  (abstraction  faite 
des  indications  causales  ou  symptomatiques  pressantes  et  des  in- 
dications topiques  toutes  spéciales) . 

(Voir  mon  mémoire  :  Sur  l'importance  de  l'état  général  au 
■point  de  vue  du  pronostic  et  de  la  thérapeutique;  in  Ar'chiv  (1er 
Heilkunde,MA,91.  1860.) 

Ces  prémisses  étant  posées,  il  reste  encore  à  découvrir  les  liens 
qui  rattachent  les  modifications  de  la  température  avec  les  états 
pathologiques  de  l'organisme.  —  Quels  sont  les  rapports  qui. les 
unissent  et  les  enchaînent  l'un  à  l'autre?  D'où  vient  que  certains 
troubles  réels  de  l'organisme  ne  retentissent  point  sur  la  tempé- 
rature, tandis  que  d'autres  produisent  sûrement  des  écarts  ther- 
miques ?  Quelles  sont  les  vraies  raisons  de  ces  différences?  Quelles 
sont  les  causes  essentielles  des  perturbations  thermiques?  Où  sont 
les  régulateurs  qui  maintiennent  la  température  dans  son  cycle 
défini,  même  dans  les  cas  pathologiques? 

Toutes  ces  questions  ne  me  semblent  pas  suffisamment  élucidées 
pour  qu'il  soit  permis  de  poser  ici  des  conclusions  définitives.  Nous 


166  .  MODIFICATIONS  THERMIQUES. 

devons  donc  nous  contenter  de  déduire  des  préceptes  empiriques 
des  faits  que  nous  possédons.  L'étude  attentive  et  judicieuse  des 
innombrables  faits- isolés  peut  seule  nous  mettre  en  état  d'en  faire 
ressortir  les  règles  générales  et  les  principes  fondamentaux  de  la 
thermométrie  pathologique. 


VII 


FORMES  GÉNÉRIQUES  DES  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS 

LIÉS  AUX  MODIFICATIONS  DE  LA  TEMPÉRATURE 


1.  Dans  beaucoup  d'états  morbides,  l'anomalie  de  la  température 
ne  consiste  que  dans  sa  plus  grande  mobilité.  Les  influences  les 
plus  minimes  produisent  aisément,  dans  ce  cas,  de  notables  écarts 
dans  la  température  normale. 

Les  fluctuations  diurnes  sont  plus  étendues  ;  les  troubles  légers 
survenus  accidentellement  dans  l'état  général,  se  combinent  aussi 
bien  avec  des  élévations  thermiques  considérables,  mais  éphémères, 
qu'avec  des  abaissements.  Ces  modifications  thermiques,  en  appa- 
rence spontanées  et  sans  cause  appréciable,  se  manifestent  comme 
phénomènes  isolés  ou  se  renouvellent  dans  des  conditions  tout' à 
fait  irrégulières  et  disparaissent  sans  qu'il  soit  possible  de  décou- 
vrir leur  véritable  cause. 

Les  états  morbides  qui  présentent  ces  particularités  thermiques 
sont  extrêmement  nombreux  :  on  les  rencontre  non-seulement  dans 
les  maladies  nettement  accusées  et  démontrables,  mais  aussi  dans 
un  grand  nombre  d'états  morbides  mal  définis  dans  lesquels  on 
ne  peut  que  soupçonner  des  troubles  dans  la  santé  ;  tels  que  les 
cas  d'indisposition,  d'irritabilité  générale,  de  fatigues  excessives  et 
continues,  de  troubles  légers  dans  toutes  les  fonctions,  d'indiges- 
tion, de  respiration  insuflisante,  de  convalescence,  etc..  —  Les 


'168  PROCESSUS  CONSTlTUTIO>NELS. 

maladies  réelles  et  développées  sont  principalement  de  nature 
chronique,  de  marche  uniforme  ou  d'un  développement  encore  si 
peu  avancé,  que  des  anomalies  thermiques  n'ont  pas  encore  eu  le 
temps  de  s'y  produire  ;  dans  d'autres  cas,  ce  sont  des  temps  d'arrêt 
limités  de  phénomènes  pathologiques  intenses  ou  les  derniers  ves- 
tiges d'affections  à  leur  déclin,  ou  bien  enfin  des  troubles  récents  de 
nature  atypique,  qui  ne  déterminent  pas,  en  général,  à  moins  d'exa- 
cerbations  nouvelles,  des  écarts  thermiques  durables  et  accusés. 

2.  Ou  constate  fréquemment  des  modifications  thermiques  pré- 
sentant les  caractères  suivants  :  la  température  reste  un  peu  supé- 
rieure à  la  normale,  à  toutes  les  heures  du  jour  et  de  la  nuit  ou 
seulement  dans  les  élévations  vespérales.  La  mobilité  plus  grande 
que  nous  avons  précédemment  mentionnée,  jointe  à  des  élévations 
isolées  et  sans  cause.  Cette  modalité  thermique  se  rencontre  éga- 
lement dans  les  états  pathologiques  peu  appréciables,  chez  les  con- 
valescents (en  particulier  après  le  rhumatisme  articulaire)  dans 
toutes  les  affections  à  marche,  lente,  ainsi  chez  les  phthisiques, 
dans  les  périodes  de  rémission  et  surtout  dans  beaucoup  de  for- 
mes morbides  atypiques  ou  subaiguës. 

Il  est  beaucoup  plus  rare  de  voir  un  semblable  écart  se  produire 
dans  l'échelle  thermique  descendante,  c'est-à-dire  un  abaissement 
de  la  température  au-dessous  du  niveau  habituel,  soit  constant,  soit 
seulement  dans  les  heures  matinales.  Mais  si  ce  phénomène  a  lieu, 
il  n'exclut  pas  des  élévations  intercalaires  accidentelles  ou  moti- 
vées. —  C'est  ce  que  l'on  observe  dans  les  affections  chroniques  et 
lentes  et  surtout  dans  celles  qui  présentent  les  caractères  de  l'ina- 
nition telles  que  :  les  cachexies,  le  cancer,  le  diabète,  l'anémie 
profonde.  On  rencontre  cet  état  de  la  température  exceptionnel- 
lement chez  les  phthisiques  et,  d'après  Williams  '(Media.  Times, 
4867,  n°  86),  chez  les  aliénés,  tant  dans  la  période  de  dépression 
que  dans  les  formes  chroniques  simples,  mais  incurables;  et,  sui- 
vant Wolff  (Zeitschrift  fur  Psychiatrie,  Bd.  XXIV,  Heft.  4),  sur- 
tout dans  la  mélancolie. 

3.  En  connexion  avec  ces  faibles  écarts  thermiques  et  reliés  à 
eux  par  des  chaînons  intermédiaires,  lesprocessus  constitutionnels 
qui  se  combinent  avec  des  déviations  thermiques,  peuvent  consti- 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  *169 

tuer  des  formes  typiques  et  définies  qui  présentent  des  différences 
tranchées  avec  la  marche  thermique  normale  et  sont  en  même 
temps  plus  exacts  et  plus  précis. 

Voici  les  formes  génériques  fixes  que  présentent  les  processus 
morbides  constitutionnels  et  auxquelles  les  modifications  ther- 
miques prennent  une  part  essentielle. 

1°  Le  frisson  ; 

2°  La  chaleur  fébrile  ; 

5°  Le  collapsus. 

C'est  une  erreur  de  croire  que  les  écarts  de  la  température  sont 
le  seul  point  qui  caractérise  ces  états  pathologiques.  Chacun  d'eux, 
au  contraire,  est  un  complexus  de  phénomènes  nombreux,  plus 
ou  moins  essentiels  auquel  concourent  de  la  façon  la  plus  variée 
chaque  organe  et  chaque  partie  du  corps.  —  L'étude  physiologi- 
que du  frisson,  de  la  fièvre  et  du  collapsus,  est  aussi  étendue  et 
aussi  complexe  que  la  physiologie  générale,  elle  est  même  plus 
obscure,  car  les  secours  de  l'expérience  lui  font  presque  complè- 
tement défaut. 

Nous  avons  surtout  pour  but  d'étudier  la  part  que  prend  la  tem- 
pérature à  ce  syndrome  pathologique  ;  quant  au  reste,  nous  nous 
bornerons  à  signaler  les  points  absolument  nécessaires  pour  l'in- 
telligence du  sujet. 

4.  Dans  le  frisson,  arrivé  à  son  paroxysme,  la  température  gé- 
néral est  ordinairement  très-élevée  (elle  atteint  le  plus  souvent 
40°  et  peut  même  dépasser  ce  chiffre)  ;  par  contre,  les  endroits  de 
la  peau  les  plus  éloignés  du  tronc  (mains,  avant-bras,  pieds  et 
jambes)  aussi  bien  qu'une  partie  de  la  face  (le  nez,  le  menton,  les 
oreilles  et  souvent  aussi  le  front)  présentent  un  abaissement  de 
température  plus  ou  moins  considérable.  —  Outre  ce  contraste 
évident  entre  la  température  générale  et  celle  des  parties  sus-men- 
tionnées,  il  existe  encore  une  sensation  subjective  de  froid,  pres- 
que toujours  extrêmement  accusée.  Il  s'y  rattache  encore  des  phé- 
nomènes secondaires  plus  ou  moins  nombreux  :  le  plus  fréquem- 
ment, de  la  pâleur  de  la  peau,  avec  coloration  violcàtre  des  ongles 
et  de  quelques  autres  paities  du  corps,  des  mouvements  automa- 
tiques et  convulsifs  (pandiculations5  claquement  des  dents,  trem- 


170  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

blements,  etc.),  de  la  soif,  de  la  céphalalgie,  un  malaise  intense 
et  des  urines  pâles  et  aqueuses. 

En  général,  les  phénomènes  caractéristiques  du  frisson  se  pré- 
sentent au  début  d'une  pyrexie  ou  d'un  accès  de  fièvre,  mais  ils  ne 
coïncident  nullement  avec  l'élévation  de  la  température  ;  celle-ci, 
au  contraire,  devance  même  le  frisson  (fig.  2).  Les  phéno- 
mènes du  frisson  ne  surviennent 
qu'au  moment  où  la  température  s'est 
élevée  au-dessus  de  son  degré  habi- 
tuel, tantôt  modérément,  tantôt  de 
près  de  2°  (qu'elle  ait  auparavant  été 
normale,  sous-normale  ou  fébrile)  et 
lorsque  la  chaleur  des  extrémités  et 
de  certaines  parties  de  la  face  n'a  pas 
suivi  cette  élévation  ou  même  s'est 
abaissée.  — Concurremment  avec  l'as- 
cension ultérieure  de  la  température 
du  tronc,  le  frisson  augmente  aussi 
d'intensité  jusqu'au  moment  où  la 
caléfaction  s'est  successivement  éten- 
due aux  doigts,  aux  orteils  et  au  nez;  alors  le  frisson  disparaît 
graduellement.  Mais  à  peine  a-t-il  cessé  qu'il  peut  encore  être 
reproduit  par  une  réfrigération  locale  brusque  si  le  malade  se 
découvre  trop,  s'il  expose  à  l'impression  de  l'air  ses  mains,  ses 
bras  ou  ses  pieds. 

La  température  (après  avoir  atteint  son  maximum,  soit  pen- 
dant le  frisson,  soit  dans  le  stade  de  chaleur  qui  le  suit)  redes- 
cend ensuite  et  dans  sa  chute,  tantôt  lente,  tantôt  rapide,  elle 
peut  regagner  plus  ou  moins  le  niveau  normal  ou  même  le  dépas- 
ser et  tomber  ainsi  jusqu'aux  degrés  thermiques  du  collapsus.  — 
Mais  pendant  cette  évolution  régressive  ou  descendante,  il  ne  se 
produit  d'ordinaire  ni  frisson  ni  aucun  des  autres  phénomènes 
concomitants. 

Tel  est  le  type  habituel  du  frisson,  principalement  dans  les  cas 
où  il  atteint  son  entier  développement  et  parcourt  toutes  ses  pha- 
ses en  un  temps  limité  (d'une  demi-heure  à  deux  heures).  C'est  ce 
mode  habituel  qui  a  servi  de  base  aux  différentes  explications 
théoriques  qui  ont  été  émises  à  ce  sujet. 


Fie.  '2. 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  171 

Mais  dans  l'étude  du  frisson,  on  ne  doit  pas  négliger  les  mo- 
difications que  présentent,  rarement  il  est  vrai,  ses  symptômes 
même  les  plus  légers  et  son  mode  de  début  aussi  bien  que  ses  for- 
mes incomplètes  ;  souvent  on  ne  trouve  pas  précisément  les  carac- 
tères qui  ont  servi  de  base  à  l'interprétation  du  phénomène. 

Ainsi,  il  est  bon  de  se  rappeler  les  frissonnements  qui  se  produi- 
sent chez  les  sujets  très-nerveux,  souvent  sans  la  moindre  modifi- 
cation thermique  (frisson  nerveux). 

Il  est  vrai  que  le  nervosisme  se  soustrait  à  toute  recherche  ;  les 
expériences  faites  sur  les  personnes  nerveuses  seront  donc  d'un 
bien  faible  secours  pour  l'interprétation  physiologique  du  phéno- 
mène ;  elles  démontrent  uniquement  que  tous  les  symptômes  du 
frisson  peuvent  se  manifester  sans  modification  concomitante  de  la 
température  objective. 

A  ces  cas  se  rattachent  ceux  où  un  frisson  violent  éclate  après 
une  vive  excitation  locale,  comme  après  le  cathétérisme,  par 
exemple;  là  aussi  les  écarts  thermiques  objectifs  font  défaut  ou 
sont  du  moins  insignifiants,  on  peut  donc  les  ranger  parmi  les  fris- 
sons nerveux.  De  même,  on  constate  parfois  des  frissons  peu  de 
temps  après  l'introduction  de  substances  toxiques  dans  le  torrent 
circulatoire,  sans  que  la  température  en  soit  essentiellement  af- 
fectée. 

Même  parmi  les  signes  précurseurs  et  dans  le  cas  de  dévelop- 
pement rudimentaire  d'un  vrai  frisson  (tremblements,  horripila- 
tions,  claquement  de  dents),  le  froid  objectif  des  extrémités  man- 
que souvent,  ou  du  moins  est  très-circonscrit,  tandis  que  l'éléva- 
tion thermique  du  tronc  fait  de  rapides  progrès.  —  La  décolora- 
tion de  la  peau  est  souvent  absente,  en  général,  on  n'observe  fré- 
quemment sur  l'individu  que  la  seule  élévation  thermique  du  tronc 
encore  toute  récente,  tandis  qu'il  y  a  positivement  des  sensations 
de  froid  qui  peuvent  aller  jusqu'au  frisson  le  plus  violent  chez 
des  personnes  nerveuses,  sous  l'influence  de  certaines  conditions 
fâcheuses. 

Mais  souvent  on  trouve  aussi  des  frissons  combinés  à  un  abais- 
sement de  température  ;  frissons  de  collapsus  n'arrivant,  en  géné- 
ral qu'à  un  développement  incomplet  et  imputable  à  d'autres  rai- 
sons que  l'abaissement  thermique  lui-même.  Ces  frissons-là  sont 
probablement  aussi  surtout  des  frissons  nerveux. 


172  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

Il  se  présente  en  outre  des  accès  de  frisson  au  milieu  d'une  tem- 
pérature très-élevée,  souvent  sans  cause  appréciable  et  sans  refroi- 
dissement des  extrémités  ;  chez  les  pyémiques,  par  exemple.  On 
observe,  en  général,  que  pendant  une  température  élevée,  surtout 
dans  les  périodes  d'augment  de  la  maladie,  les  frissons  se  présen- 
tent plutôt  que  dans  les  périodes  de  déclin  ou  de  convalescence. 
Plus  une  maladie  est  près  de  son  début  et  plus  l'exposition  de 
l'air,  les  refroidissements  produisent  une  impression  désagréable 
et  chez  les  individus  sensibles,  un  frisson  soudain  pourra  facile- 
ment se  rencontrer  malgré  le  degré  très-élevé  delà  température. 

Des  accès  de  frisson  très-complets  se  manifestent  encore  quand 
la  température,  bien  qu'en  voie  d'ascension  rapide,  est  partie  d'un 
degré  trop  inférieur  et  ne  dépasse  pas  encore  le  niveau  thermique 
normal.  J'ai  observé  des  cas  d'inanition  chronique  dans  lesquels  il 
y  avait  pour  ainsi  dire  habituellement  des  températures  de  col- 
lapsus  d'environ  55°,  mais  où  l'on  constatait  tous  les  soirs  une  élé- 
vation de  2°  à  5°  qui  permettait  à  la  température  de  regagner  son 
niveau  normal.  Ces  élévations  étaient  le  plus  souvent  accompa- 
gnées d'une  très-grande  sensation  de  froid  avec  tremblement,  cla- 
quements de  dents  et  autres  phénomènes  du  frisson  fébrile,  quoi- 
que l'élévation  thermique  ne  fût  que  relative. 

D'un  autre  côté,  il  ne  faut  pas  négliger  ce  fait  que  l'élévation  de 
la  température  du  tronc  peut  être  aussi  rapide  et  aussi  intense  que 
dans  les  cas  de  frisson  sans  qu'il  y  ait  sensation  subjective  de  froid 
et  même  en  l'absence  de  tous  les  phénomènes  qui  trahissent  une 
élévation  de  température.  De  pareils  accès  purement  thermiques 
s'observent  fréquemment  une  ou  deux  fois  après  qu'une  fièvre  in- 
termittente a  été,  en  apparence,  coupée  parla  quinine;  on  les 
constate  encore,  dans  les  accès  fébriles  éphémères,  chez  les  conva- 
lescents et  dans  mainte  autre  circonstance.  L'élévation  thermique 
peut  parfaitement  aller  jusqu'à  41°,  atteindre  rapidement  ce  degré 
x  tout  comme  s'il  y  avait  frisson,  et  dans  la  fièvre  intermittente  elle 
peut  retomber  rapidement,  de  même  absolument  que  dans  les  ac- 
cès antérieurs  caractérisés  parle  stade  algide. 

On  observe  aussi  assez  souvent  un  refroidissement  objectif  des 
avant-bras  et  des  mains,  des  jambes  et  des  pieds,  avec  une  tempé- 
rature du  tronc  plus  ou  moins  élevée  sans  qu'il  y  ait  la  moindre 
sensation  de  froid. 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  175 

Ce  n'est  donc  pas  le  refroidissement  des  parties  périphériques 
éloignées  qui,  en  lui-même,  détermine  la  sensation  de  froid  et  les 
autres  signes  du  frisson.  Le  froid  des  extrémités  peut  atteindre  un 
degré  considérable  sans  qu'il  y  ait  frisson,  et  il  fait  souvent  défaut 
(en  dépit  de  l'opinion  contraire  formulée  par  certains  auteurs) 
bien  que  le  frisson  existe. 

Ce  n'est  pas  non  plus  l'élévation  de  la  température  du  tronc  qui 
provoque  le  frisson.  Celle-ci  peut  atteindre  des  degrés  énormes, 
les  mêmes  que  dans  les  cas  de  frisson,  sans  que  ce  dernier  phéno- 
mène ait  lieu.  Par  contre,  il  peut  y  avoir  frisson  dans  des  cas  où 
la  température  reste  à  son  niveau  normal  ou  le  dépasse  de  très- 
peu. 

Le  frisson  ne  dépend  pas  non  plus  exclusivement  du  contraste 
entre  la  basse  température  des  extrémités  et  les  degrés  élevés  de 
celle  du  tronc.  Ce  contraste  se  montre  dans  le  collapsus  sans  que 
pour  cela  il  y  ait  frisson.  Dans  le  frisson  nerveux,  ce  contraste  fait 
défaut.  Lorsque  la  différence  entre  le  froid  des  mains  et  des  pieds 
et  la  chaleur  du  tronc  s'établit  d'une  façon  rapide  et  croissante, 
ce  fait  influe  beaucoup  plus  puissamment  sur  la  production  du 
frisson  ;  ce  n'est  pas  quand  les  mains  et  les  pieds  se  refroidissent, 
tandis  que  le  tronc  a  déjà  depuis  longtemps  une  température  fé- 
brile, que  le  frisson  se  produit,  mais  bien  lorsque  la  température 
monte  rapidement  dans  le  tronc,  tandis  que  la  chaleur  n'existe  pas 
encore  aux  extrémités  et  que  même  la  température  y  descend  en- 
core. —  Le  frisson  devient  immédiat  si  la  surface  du  corps  et  sur- 
tout celle  des  extrémités  éprouvent  des  pertes  subites  et  abon- 
dantes de  calorique  après  une  élévation  rapide  de  la  température 
antérieure.  Au  début  d'une  fièvre  intense  les  individus  sont  habi- 
tuellement atteints  d'un  frisson  très-violent  au  moment  où  ils  se 
mettent  dans  un  lit  froid  qui  soustrait  beaucoup  de  calorique  à  la 
surface  de  leur  corps  ;  ainsi  se  trouve  marqué  le  contraste  entre  la 
chaleur  interne  et  le  froid  périphérique.  Mais  la  rapidité  dont  s'ac- 
croît la  différence  entre  les  températures  interne  et  superficielle, 
n'exerce  pas  une  influence  décisive,  car  il  se  produit  des  frissons, 
tant  avec  une  température  normale  qu'avec  une  température  anor- 
male, pendant  lesquels  les  conditions  thermiques  ne  sont  nulle- 
ment modifiées  (frisson  nerveux) . 

Tout  cela  démontre  d'une  façon  irréfutable  que  le  frisson  fébrile 


174  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

est  un  complexus  de  phénomènes  dont  les  éléments  isolés,  tels 
que  les  écarts  thermiques,  les  sensations  subjectives  et  autres 
troubles  fonctionnels  ne  marchent  pas  parallèlement,  en  un  mot, 
qu'ils  ne  sont  pas  nécessairement  solidaires  les  uns  des  autres. 
Plus  le  développement  du  processus  est  parfait  et  pour  ainsi  dire 
normal,  plus  ses  éléments  constitutifs  se  présentent  dans  leur  com- 
plète intégrité.  Mais  chacun  d'eux  peut  faire  défaut  en  même  temps 
que  les  autres  sont  plus  accusés. 

Dans  le  cas  où  le  frisson  se  produit  pendant  que  la  température 
du  tronc  s'élève  à  des  hauteurs  considérables,  il  est  ordinairement 
suivi  d^une  chaleur  fébrile  de  plus  ou  moins  longue  durée.  Dans 
les  autres  formes  du  frisson,  cette  chaleur  peut  indifféremment  se 
présenter  ou  faire  défaut. 

5.  La  chaleur  fébrile  peut  être  précédée  de  frisson  ou  de  légers 
frissonnements,  mais  elle  peut  aussi  succéder  à  une  température 
normale  sans  la  moindre  trace  de  frisson.  Ce  dernier  mode  est 
d'autant  plus  important  qu'il  exclut  d'emblée  le  frisson  dans  l'in- 
terprétation physiologique  de  la  fièvre. 

Dans  la  chaleur  fébrile  nos  moyens  d'observation  se  réduisent 
souvent  à  constaier  l'élévation  de  la  température  qui  atteint 
ou  dépasse  parfois  2°  à  5°  (par  exemple,  dans  les  accès  fébriles 
éphémères  des  convalescents,  dans  les  paroxysmes  thermiques  qui 
se  montrent  après  la  guérison  de  la  fièvre  intermittente).  Dans  ces 
cas,  tous  les  troubles  fonctionnels  concomitants  peuvent  faire  dé- 
faut :  soif,  sensation  de  malaise  et  de  lassitude,  accélération  du 
pouls,  modifications  de  la  circulation  périphérique,  troubles 
respiratoires,  altération  dans  les  sécrétions,  dans  les  fonctions 
du  système   nerveux. 

Ce  sont  là  des  faits  que  tout  médecin  expert  en  thermométrie  a 
dû  constater  et  qui  sont  d*une  extrême  importance  au  point  de  vue 
théorique. 

Dans  d'autres  cas,  on  trouve  bien  à  côté  de  l'élévation  thermi- 
que d'autres  manifestations  pathologiques  ;  mais  elles  sont  parfois 
si  insignifiantes  qu'elles  peuvent  échapper  à  l'observateur  ou  tout 
au  moins  l'élévation  thermique  anormale  n'est-elle  nullement  pro- 
portionnée aux  autres  phénomènes. 

Dans  les  deux  séries  de  cas,  voici  ce  que  l'on  observe:  la  tempe- 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  175 

rature  qui,  dans  le  calme  parfait  et  en  dehors  des  influences  étran- 
gères, n'atteint  qu'une  hauteur  moyenne,  s'élève  très-manifeste- 
ment aussitôt  que  des  efforts  fonctionnels  ou  des  influences  exté- 
rieures puissantes  se  font  sentir  et  qu'alors  il  se  rattache  le  plus 
souvent  à  l'élévation  thermique  un  ensemble  d'autres  phéno- 
mènes. 

En  opposition  à  ces  cas  d'élévation  thermique  plus  ou  moins  iso- 
lée, nous  trouvons  dans  la  plupart  des  maladies,  à  côté  de  l'aug- 
mentation de  la  température,  un  complexus  de  phénomènes  géné- 
raux, de  troubles  fonctionnels  et  d'altérations  nutritives. 

Les  modifications  du  pouls,  celles  des  urines  qui  deviennent 
rares  et  sédimenteuses,  les  troubles  respiratoires,  la  sensation  de 
chaleur  subjective,  la  soif,  l'anorexie,  le  malaise,  la  lassitude,  l'in- 
somnie, les  perturbations  psychiques,  la  diminution  de  l'activité 
musculaire,  les  troubles  digestifs,  la  diminution  des  globules  san- 
guins et  du  poids  du  corps  :  tels  sont  les  phénomènes  qui  accom- 
pagnent d'ordinaire  l'élévation  morbide  de  la  température,  même 
dans  le  cas  où  il  n'y  a  pas  de  lésion  spéciale  des  organes  intéres- 
sés et  que  l'on  résume  par  le  terme  de  fièvre. 

Mais,  pour  répondre  aux  affirmations  contraires,  il  est  nécessaire 
de  faire  ressortir  nettement  qu'il  n'existe  aucun  parallélisme  en- 
tre l'élévation  thermique  et  la  nature  ou  l'intensité  des  autres 
phénomènes  ;  que,  par  conséquent,  ni  le  sentiment  de  lassitude, 
ni  la  soif,  ni  l'accélération  du  pouls,  ni  la  pâleur  ou  l'injection  de 
la  peau,  ni  les  troubles  sécrétoires,  ni  la  fréquence  de  la  respi- 
ration, ni  les  modifications  de  l'urine,  ni  enfin  les  perturbations 
du  système  nerveux  ne  se  rattachent  pas  nécessairement  par  un 
lien  général  à  l'élévation  de  la  température. 

Pour  certaines  formes  morbides  seulement,  on  peut  quelquefois 
constater  un  rapport  entre  la  température  et  les  autres  phénomè- 
nes, et  cela  tant  que  la  marche  de  la  maladie  est  normale  ;  mais4 
les  particularités  habituelles  et  spéciales  d'une  forme  morbide  ne 
peuvent  nullement  s'appliquer  à  une  autre. 

Ce  défaut  de  coïncidence  entre  l'élévation  thermique  et  les  au- 
tres manifestations  d'une  maladie  fébrile^  pourrait  faire  supposer 
que  la  température  ne  constitue  pas  l'échelle  des  processus  de  l'or- 
ganisme ou  que  du  moins  elle  ne  fournit  qu'un  moyen  trompeur 
de  les  mesurer  ;  mais  l'expérience  démontre  qu'il  y  a  des  condi- 


17G  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

lions  pathologiques  (elle  peut  même  les  spécifier),  dans  lesquelles 
l'examen  attentif  de  la  température  et  de  ses  modalités,  est  un 
point  d'appui  beaucoup  plus  sûr  pour  juger  de  la  marche  générale 
d'une  maladie,  que  tout  autre  phénomène  ou  même  que  l'ensem- 
ble des  symptômes  qui  constituent  la  fièvre.  Tout  scrupule  théo- 
rique doit  donc  être  dissipé  par  ce  simple  fait  empirique,  quoi- 
qu'il nous  soit  impossible  d'en  donner  l'explication. 

Dans  la  chaleur  fébrile,  on  constate  d'ordinaire  une  élévation 
générale  de  la  température,  mais  cela  n'empêche  pas  que  cer- 
taines parties  du  corps  puissent  être  ou  paraître  plus  chaudes  que 
d'autres. 

Non-seulement  le  tronc  présente  une  élévation  thermique  rela- 
tivement plus  grande  que  celle  des  extrémités  où  le  refroidisse- 
ment est  plus  considérable  ;  mais,  en  revanche,  on  trouve  fréquem- 
ment aussi  une  température  relativement  plus  élevée  à  la  tête, 
aux  oreilles,  à  la  paume  des  mains.  L'augmentation  notable  de 
chaleur  dans  ces  parties  se  fait  sentir  plus  tôt  qu'en  d'autres 
points,  et  forme  ainsi  un  contraste  avec  l'élévation  encore  insigni- 
fiante de  la  température  du  tronc  (comme  cela  a  lieu  dans  les  cas 
où  la  chaleur  fébrile  se  développe  sans  frisson  précurseur). 

Dans  les  mouvements  fébriles  modérés,  l'élévation  thermique  se 
borne  parfois  exclusivement  à  ces  mêmes  parties  qui,  dans  le  fris- 
son, paraissent  ordinairement  froides. 

Dans  la  chaleur  fébrile,  le  degré  d'élévation  peut  être  très-va- 
riable :  cela  ne  dépend  pas  seulement,  comme  nous  aurons  occa- 
sion de  le  démontrer  plus  tard,  de  l'intensité  de  la  maladie,  mais 
bien  essentiellement  de  la  forme  morbide.  Ainsi,  dans  certaines  de 
ces  formes,  quelques  bénignes  et  légères  qu'elles  soient,  la  tempé- 
rature atteint  des  degrés  auxquels  elle  n'arrive  jamais  (si  ce  n'est 
seulement  dans  les  cas  extrêmement  intenses)  dans  d'autres  for- 
mes morbides.  Il  faut,  par  conséquent,  que  les  conditions  qui  rè- 
glent le  niveau  de  la  température  soient  au  moins  en  partie 
déterminées  par  la  spécialité  même  du  processus  de  la  maladie 
essentielle. 

Une  abondante  diaphorèse  diminue  ordinairement  d'une  façon 
notable  la  chaleur  fébrile  ;  aux  points  où  la  transpiration  est  pro- 
fuse, la  température  peut  même  tomber  au-dessous  de  la  normale. 
Mais  cet  effet  est  purement  local  et  il  dépend  de  toute  autre  cir- 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  177 

constance  que  l'élévation  de  température  du  sang  s'abaisse  ou 
persiste,  ou  qu'après  les  sueurs,  elle  revienne  à  son  ancien  niveau. 
Il  y  a  des  cas  d'élévation  thermique  énorme  qui,  sous  beaucoup 
de1  rapports,  diffèrent  de  la  température  fébrile  ;  ce  sont,  en  géné- 
ral, les  maladies  dans  lesquelles  la  chaleur  fébrile  n'existe  pas  ou 
n'est  que  faiblement  marquée  et,  dans  ces  cas,  l'élévation  extrême 
ne  se  présente  qu'aux  approches  de  la  mort  ;  les  phénomènes  sub- 
jectifs qui  accompagnent  la  chaleur  fébrile  font  ici  défaut  ;  le  mode 
d'action  du  cœur  révèle  un  état  parésique  de  cet  organe;  dans  les  uri- 
nes on  ne  trouve  que  les  produits  d'une  désassimilation  imparfaite. 
Reste  à  savoir  s'il  ne  faut  considérer  ces  cas  que  comme  les  degrés 
les  plus  élevés  de  la  chaleur  fébrile.  Leur  développement  souvent 
rapide  avec  l'apyrexie  pour  point  de  départ,  semble  militer  contre 
cette  hypothèse  ;  ils  pourraient  donc  être  absolument  étrangers  à 
la  classe  des  fièvres. 

6.  Le  collapsus  se  présente  tantôt  isolément,  tantôt  au  milieu 
d'une  chaleur  fébrile  plus  ou  moins  intense  ;  dans  ce  dernier  cas, 
il  apparaît  surtout  au  moment  du  déclin,  rarement  pendant  le  fris- 
son, quoiqu'il  ait  beaucoup  de  symptômes  communs  avec  cet  état. 

Le  collapsus  n'est  pas  une  maladie,  pas  plus  que  le  frisson  ou  la 
chaleur  fébrile  :  ce  n'est  qu'un  acte  pathologique  plus  ou  moins 
isolé,  qui  survient  incidemment  dans  le  cours  d'une  maladie  ;  mais 
lorsque  chez  un  malade,  il  atteint  un  certain  degré  d'intensité,  il 
peut  momentanément  absorber  toute  l'attention,  réclamer  les 
soins  les  plus  urgents  et  les  plus  assidus,  au  détriment  de  la  ma- 
ladie primitive. 

Ce  processus  doit,  sans  aucun  doute,  dériver  de  lésions  anato- 
miques,  mais  jusqu'à  présent  il  est  impossible  de  lui  assigner  une 
cause  matérielle  directe. 

C'est  comme  le  frisson  et  la  chaleur  fébrile,  un  trouble  général, 
un  dérangement  de  l'organisme.  Malgré  le  caractère  d'anomalie 
essentielle  que  revêt  le  collapsus,  les  écarts  thermiques  s'y  présen- 
tent d'abord  localement,  comme  cela*  a  lieu  souvent  dans  le  fris- 
son et  la  chaleur  fébrile  ;  il  ne  se  manifeste  qu'en  certains  endroits 
et  ne  paraît  s'étendre  et  se  généraliser  que  quand  il  est  arrivé  à  son 
complet  développement. 

Le  collapsus  est  de  sa  nature,  plus  éphémère  et  plus  accidentel 

12 


178  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

que  la  chaleur  fébrile  et  même  que  le  frisson  ;  et  lors  même  que 
sa  durée  est  relativement  prolongée,  il  ne  constitue  qu'un  épisode 
ou  un  dénoûment  relativement  court. 

Sous  bien  des  rapports,  il  est  opposé  à  la  chaleur  fébrile,  mais 
par  sa  nature,  il  n'en  forme  nullement  le  contraste,  car  il  peut  se 
produire  en  pleine  chaleur  fébrile,  et  la  fièvre,  bien  que  modifiée 
par  son  apparition,  peut  marcher  concurremment  avec  lui. 

Dans  les  degrés  les  plus  légers  ducollapsus,  le  malade  n'accuse 
pas  de  phénomènes  particuliers  ;  son  aspect  subit  peu  de  change- 
ments, en  comparaison  de  la  période  précédente  ;  la  fièvre  peut 
continuer  ou  disparaître  ;  on  ne  trouve,  ni  dans  le  pouls,  ni  dans 
la  respiration,  ni  dans  l'état  général,  rien  qui  diffère  de  la  période 
précédente;  mais  la  joue,  le  nez,  sont  froids,  souvent  d'un  seul 
côté  ou  seulement  en  certains  points. — On  constate  fréquemment 
aussi  f'algidité  du  front,  des  oreilles,  des  mains  et  des  pieds.  — 
Bien  que  la  circulation  n'ait  pas  nécessairement  éprouvé  de  modi- 
fication notable,  et  que  l'influence  du  froid  extérieur  ne  soit  pas 
plus  vive  sur  le  sang  que  sur  les  autres  parties  du  corps,  sa  tempé- 
rature est  sensiblement  abaissée,  sans  que  le  malade  en  ait  con- 
science. 

A  ces  premiers  et  légers  degrés  du  collapsus  succèdent  par  gra- 
dations insensibles,  d'autres  phénomènes  plus  nombreux  et  plus 
graves  qui  augmentent  d'intensité  jusqu'à  l'acmé.  Dans  cet  état,  le 
malade  reste  couché,  presque  inerte,  pâle,  les  joues  creuses, 
presque  sans  donner  signe  de  vie,  pareil  à  un  cadavre,  et  bientôt 
lui-même  inanimé  ;  la  tête  et  les  pieds,  parfois  aussi  le  tronc,  sont 
glacés,  le  pouls  est  insensible,  les  contractions  du  cœur  insuffi- 
santes et  presque  nulles,  la  respiration  à  peine  appréciable,  la 
peau  exsangue  et  décolorée,  couverte  d'abondantes  sueurs  froides. 

Parfois  dès  les  premiers  stades  du  collapsus  et  souvent  dans  une 
période  plus  avancée,  se  manifestent  des  sensations  subjectives 
fort  désagréables.  —  Ce  n'est  pas  la  douleur,  ce  n'est  plus  le  fris- 
son, mais  c'est  un  sentiment  pénible  de  faiblesse  et  d'inertie  pro- 
fondes, compliquée  d'anxiété,  d'oppression  et  de  prostration  géné- 
rale auxquelles  s'ajoutent  la  soif  ardente,  des  vertiges,  des 
hallucinations  visuelles,  auditives  et  psychiques. 

Le  collapsus  se  rattache  souvent  à  des  accidents  isolés,,  tels  que 
des  vomissements,  des  diarrhées  colliquatives,  des  hémorrhagies 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  179 

ou  des  perforations  des  séreuses.  Dans  ces  cas,  le  collapsus  n'a  de 
signification  grave  qu'autant  que  sa  cause  occasionnelle  implique 
en  elle-même  un  danger.  En  toute  autre  circonstance,  il  disparaît 
assez  vite  et  sans  laisser  de  traces. 

De  même  que  l'importance  du  collapsus  qui  se  montre  dans  la 
syncope  dépend  de  la  nature  des  conditions  étiologiques  et  des 
états  morbides  préexistants. 

Le  collapsus  est  d'ordinaire  extrêmement  intense  dans  les  cas  de 
choléra;  on  le  rencontre  déjà  dans  les  formes  sporadiques  aussi 
bien  chez  les  enfants  que  chez  les  adultes,  mais  c'est  surtout  dans 
le  choléra  épidémique  et  infectieux  qu'il  se  révèle  dans  toute  sa 
violence  et  dans  sa  gravité. 

Dans  les  maladies  chroniques  également,  il  n'est  pas  rare  d'ob- 
server un  collapsus  passager  ou  continu  et  parfois  même  intermit- 
tent et  à  répétition. 

Les  caractères  du  collapsus  offrent  de  nombreuses  particularités 
quand  il  se  présente  dans  les  maladies  fébriles  aiguës. 

Dans  ce  cas,  son  début  échappe  presque  toujours  à  l'attention  du 
malade  :  parfois  seulement  le  sujet  est  pris  d'un  léger  frisson  ou 
éprouve  un  malaise  général  ;  mais  ce  n'est  guère  que  lorsque  le 
collapsus  atteint  un  plus  haut  degré  d'intensité,  que  les  malades 
ressentent  la  faiblesse  et  la  prostration. 

Dans  les  débuts  insidieux,  on  ne  reconnaît  le  collapsus  qu'au 
refroidissement  du  nez,  des  membres,  du  front  et  des  extrémités. 
En  revanche,  quand  il  a  fait  des  progrès,  la  figure  devient  pâle, 
parfois  jaunâtre  et  livide,  les  téguments  perdent  leur  souplesse  et 
leur  élasticité,  les  joues  deviennent  creuses,  les  yeux  profondé- 
ment cernés  et  l'expression  de  la  physionomie  est  méconnais^ 
sable. 

Les  malades  ont  peine  à  faire  le  moindre  mouvement,  leur  voix 
est  faible  et  sans  timbre  ;  la  peau,  tantôt  sèche,  tantôt  couverte  de 
sueurs  générales  ou  partielles  sous  forme  de  grosses  gouttes  venant 
perler  en  certains  points,  et  notamment  sur  le  front. 

Tandis  que  la  face  et  les  extrémités  sont  plus  ou  moins  refroi- 
dies, la  température  du  tronc  est  tantôt  très-élevée,  tantôt  nor- 
male ou  abaissée.  Telle  est  la  différence  la  plus  essentielle  ;  mais 
il  ne  faut  pas  fonder  son  jugement  sur  cette  seule  circonstance  ; 
car  les  collapsus  à  température  basse  peuvent  souvent  présenter 


180  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

une  grande  gravité,  aussi  bien  que  ceux  à  haute  température,  mais 
ces  derniers  procèdent  d'une  toute  autre  faron.  Les  uns  et  les 
autres  enfin  peuvent  se  compenser  de  différentes  manières. 

Les  collapsus  à  température  descendante  du  tronc,  se  montrent 
de  préférence  dans  les  maladies  fébriles  et  réclament  des  soins  tout 
particuliers.  La  température  auparavant  plus  ou  moins  élevée 
descend  jusqu'au  niveau  normal  ou  à  peu  près,  très-souvent  même 
au-dessous  (en  général,  elle  se  tient  entre  35°  et  57°),  et  cela  avec 
une  certaine  rapidité,  dans  l'espace  de  quelques  heures,  souvent 
même  dans  un  plus  bref  délai.  La  diminution  de  température  peut 
descendre  de  G0  ou  8°  dans  le  cours  d'une  journée.  Cet  abaissement 
ne  dure  que  quelques  heures  ou  se  prolonge  pendant  plusieurs 
jours  ;  après  quoi  la  température  peut  redevenir  normale  ou  mon- 
ter jusqu'au  degré  de  la  chaleur  fébrile  plus  ou  moins  intense  ; 
d'autres  fois,  le  malade  succombe  en  plein  collapsus. 

Ces  collapsus  à  température  descendante  se  présentent  : 

Pendant  la  défervescence  :  le  plus  souvent  dans  la  pneumonie, 
mais  aussi  dans  les  exanthèmes  aigus  et  dans  d'autres  maladies. 
Souvent  l'état  du  malade  semble  devenir  inquiétant  sans  qu'il  pré- 
sente cependant  le  moindre  danger. 

Pendant  les  rémissions  :  principalement  dans  la  fièvre  typhoïde, 
au  moment  de  la  transition  d'un  accès  de  fièvre  intermittente  au 
stade  d'apyrexie,  surtout  dans  les  formes  pernicieuses  et  dans 
la  pyémie. 

Pendant  l'accès  du  frisson  :  en  particulier  dans  les  fièvres  per- 
nicieuses algides,  dans  quelques  autres  maladies  très-graves  et 
chez  des  individus  de  faible  constitution  et  d'un  tempérament 
nerveux. 

Comme  épiphénomène  accidentel  spontané  ou  artificiel  :  après 
des  hémorrhagies,  des  vomissements  ou  d'abondantes  évacuations 
alvines,  dans  les  indigestions  et  les  états  nauséeux,  pendant  de  très- 
fortes  douleurs,  dans  le  cours  de  sueurs  rapides  et  abondantes  ; 
dans  les  perforations  de  la  plèvre  ou  du  péritoine  et  dans  les  cas  de 
thromboses  cardiaques. 

Dans  quelques  intoxications  et  dans  la  période  algide  du  cho- 
léra. 

Dans  la  période  préagonique  et  pendant  l'agonie  elle-même. 

Des  collapsus  avec  hautes  températures  ne  se  présentent  près- 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  481 

que  exclusivement  que  dans  les  fièvres  graves,  et  il  paraît  que 
cette  élévation  thermique  anomale  et  excessive  peut  elle-même 
servir  de  cause  dé  1er  minante  au  col  lapsus. 

Voir  aussi  relativement  au  collapsus  les  chapitres  suivants,  mais 
surtout  mon  travail  sur  le  collapsus  dans  les  maladies  fébriles 
(Archiv.  der  Heilkunde,  t.  Il,  p.  289.  1861). 

7.  En  résumé,  voici  les  principales  modalités  que  présente  la 
température  dans  les  trois  formes  de  troubles  généraux  : 

La  température  générale  peut  être  élevée  dans  tous  les  cas  :  elle 
l'est  presque  toujours  dans  la  chaleur  fébrile,  le  plus  souvent  dans 
le  frisson  et  fréquemment  dans  le  collapsus. 

Le  degré  d'élévation  thermique  ne  constitue  pas  de  différence. 
Dans  le  collapsus  on  trouve  souvent  une  température  normale 
ou  sous-normale  qui  ne  se  rencontre  qu'exceptionnellement  dans 
les  cas  incomplets  de  frisson. 

Le  froid  des  extrémités  et  de  la  face  est  constant  dans  le  collap- 
sus et  fréquent  dans  le  frisson. 

L'augmentation  rapide  de  la  température  du  tronc,  à  côté  du 
refroidissement  des  extrémités,  est  un  des  phénomènes  habituels 
du  frisson. 

La  diminution  rapide  et  considérable  de  la  température  du  tronc 
s'allie  souvent  au  collapsus. 

L'abaissement  thermique  local  et  limité  à  certains  points  avec 
conservation  d'une  température  très-élevée  du  tronc  appartient 
aussi  au  collapsus. 

8.  L'interprétation  et  l'explication  théorique  de  ces  différentes 
modalités  thermiques  viennent  se  briser  contre  d'insurmontables 
obstacles. 

Les  tentatives  de  la  physiologie  pathologique  ont,  jusqu'ici,  pres- 
que exclusivement  porté  sur  la  théorie  de  la  fièvre  et  ont  laissé  de 
côté  le  collapsus,  si  intéressant  au  point  de  vue  pratique.  Ces  es- 
sais ont,  du  reste,  été  très-restreints. 

La  plupart  des  observateurs,  en  prenant  pour  point  de  départ 
l'hypothèse  de  l'identité  de  la  fièvre  et  de  l'élévation  thermique, 
n'ont  eu  en  vue  que  cette  dernière  dans  leurs  théories. 

Mais  le  raisonnement  aussi  bien  que  les  faits  rendent  cette  sup- 


182  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

position  inadmissible.  Quelques-uns  ont  étudié,  tantôt  le  frisson, 
tantôt  la  chaleur  fébrile  et  n'ont  pu  de  cette  façon  émettre  que  des 
idées  étroites.  D'autres  encore  ont  été  conduits  par  l'examen  des 
modalités  thermiques  dans  les  lièvres  complètement  développées, 
à  des  conclusions  qui  ne  sont  pas  applicables  aux  formes  impar- 
faites. 

Quoique  la  clinique  ait  puisé  de  précieuses  indications  dans  la 
thermométrie  appliquée  à  l'étude  des  pyrexies,  il  paraît  douteux 
cependant  que  la  théorie  de  la  fièvre  en  ait  été  de  beaucoup  avan- 
cée. Ce  doute  semble  légitimé  par  la  divergence  des  opinions  ré- 
cemment émises  à  ce  sujet,  précisément  depuis  l'introduction  du 
thermomètre  dans  la  clinique.  Certaines  théories  sont  en  contra- 
diction flagrante  avec  les  faits  les  plus  communs  ;  et  l'on  retrouve 
partout  encore  la  même  tendance  à  reprendre  la  voie  trompeuse 
dans  laquelle  s'est  si  souvent  engagée  la  médecine  et  à  vouloir  res- 
treindre en  une  formule  simple  les  actes  si  complexes  dont  l'orga- 
nisme est  le  théâtre. 

A  l'époque  où  l'augmentation  de  la  température  n'avait  pas  en- 
core acquis  l'importance  capitale  qu'on  lui  a  depuis  attribuée  dans 
les  phénomènes  fébriles,  la  simple  observation  des  faits  avait  in- 
spiré l'idée  que  le  système  nerveux  devait  être  en  cause. 

(Voir  mon  mémoire  sur  la  fièvre  in  Archiv  fur  Physiolog.  Heil- 
kunde,  t.  II,  p.  6.  1842.) 

Lorsque  les  observations  thermométriques  eurent  péremptoire- 
ment démontré  l'importance  majeure  de  la  température  dans  les 
états  fébriles ,  Virchow ,  dans  son  Compendium  (Handbuch  der 
speciellen  Pathologie  und  Thérapie,  t.  I,  p.  55.  1854),  traça  un 
tableau  fidèle  des  rapports  intimes  qui  relient  entre  eux  ces  phé- 
nomènes. —  Conformément  à  l'opinion  généralement  admise,  cet 
auteur  considéra  l'élévation  de  la  température  comme  le  phéno- 
mène le  plus  constant  de  la  tîèvre.  —  Pour  lui,  elle  n'était  que 
l'expression  d'une  combustion  plus  active  des  parties  intégrantes 
du  sang  ;  il  fit  ressortir  en  même  temps  que  cette  élévation 
thermique  dans  la  fièvre  n'était  pas  pure  et  simple,  mais  qu'elle 
dérivait  d'une  cause  spéciale  qui  ne  pouvait  se  trouver  ailleurs  que 
dans  le  système  nerveux. 

Cette  manière  de  voir  fut  généralement  acceptée  ;  aussi,  la  théo- 
rie de  Zimmermann  qui  ramenait  la  chaleur  fébrile  à  des  foyers 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  183 

locaux  d'inflammation,  trouva-t-elle  peu  de  partisans.  La  fièvre 
fut  donc  regardée  comme  un  processus  dans  lequel  la  suractivité 
des  combustions  organiques  produit  un  accroissement  de  cha- 
leur et  l'influence  exercée  par  le  système  nerveux  sur  ce  processus 
ne  put  pas  être  démontrée,  mais  fut  regardée  comme  incontes- 
table. 

Dans  un  article  sur  la  fièvre  (publié  en  1859  dans  :  Allgem. 
Wiener  mecl.  Zeitung,  numéros  23  et  24),  Claude  Bernard  a  es- 
sayé d'utiliser,  pour  l'explication  de  la  fièvre,  le  résultat  de  ses 
recherches  sur  les  effets  de  la  section  du  sympathique.  Il  est  ainsi 
conduit  à  considérer  la  fièvre,  quelle  qu'en  soit  l'origine,  comme 
un  phénomène  purement  nerveux,  dû  à  une  paralysie  incomplète 
et  passagère  du  grand  sympathique  (qui,  d'après  lui,  est  le  seul 
appareil  nerveux  vaso-moteur).  A  la  suite  d'une  influence  quelcon- 
que, se  produit  la  sensation  de  froid,  c'est-à-dire  un  trouble  de  la 
sensibilité  générale,  le  frisson  est  déterminé  par  une  action  ré- 
flexe du  grand  sympathique  ;  la  détente  nerveuse  qui  lui  succède 
promptement,  entraîne  à  la  suite  une  augmentation  des  phéno- 
mènes circulatoires,  de  la  température  et  de  la  sécrétion  sudo- 
rale,  etc Cl.  Bernard  est  porté  à  voir  dans  le  frisson  une  irrita- 
tion générale,  et  dans  la  chaleur  fébrile  une  dépression  des  nerfs 
vasculaires  de  toute  la  surface  du  corps.  D'après  cela,  le  frisson  de- 
vrait être  considéré  comme  l'acte  primitif,  comme  un  état  d'acti- 
vité réelle,  et  la  chaleur  comme  un  phénomène  secondaire,  comme 
une  espèce  d'épuisement  consécutif  au  frisson. 

Ces  opinions  ont  été  contredites  par  Schiff  dans  un  article  (in- 
séré dans  Allgem.  Wiener  mecl.  Zeitung,  numéros  41  et  42.  — 
\  859)  où  il  fait  ressortir  avec  justesse  que  le  frisson  et  la  chaleur 
fébriles  sont  deux  phénomènes  indépendants  l'un  de  l'autre  ;  que 
la  chaleur  ne  peut  pas  être  expliquée  par  le  frisson  et  que  toute 
théorie  qui  fait  de  l'un  des  deux  phénomènes  une  condition  indis- 
pensable pour  la  production  de  l'autre,  doit  être  rejetée  comme 
incomplète  et  fautive.  Schiff,  à  son  tour,  suppose  qu'il  se  trouve 
dans  les  nerfs  vasculaires  (qui  ne  sont  nullement  pour  lui  des 
fibres  spéciales  du  grand  sympathique)  à  côté  des  éléments  prési- 
dant à  la  contraction  des  vaisseaux,  d'autres  éléments  qui  peuvent 
les  dilater.  —  Selon  lui,  la  chaleur  fébrile  est  un  état  actif  dans 
lequel  ces  nerfs  dilatateurs  sont  mis  en  jeu,  tandis  que  dans  le  fris- 


184  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

son,  une  partie  des  nerfs  constricteurs  entrent  en  action  (c'est-à- 
dire  ceux  qui  ne  se  croisent  pas  dans  la  moelle  et  se  ramifient  à  la 
face,  aux  mains  et  aux  pieds).  Il  suppose,  en  outre,  que  les  nerfs 
dilatateurs  vasculaires,  de  même  que  les  constricteurs  se  dirigent 
vers  la  moelle  allongée  où  tous  les  nerfs  vaso-moleurs  viennent 
s'anastomoser  ;  les  influences  directes  plus  intenses  font  ressortir 
l'action  des  nerfs  angiosténosiques  plus  que  celle  des  angiectasi- 
ques  (elles  produisent  ainsi  plutôt  du  frisson)  ;  mais  les  nerfs  dila- 
tateurs peuvent  être  plus  facilement  excités  par  voie  réflexe  et  à 
la  suite  d'influences  moins  fortes  que  les  constricteurs  qui  n'obéis- 
sent qu'à  des  excitations  énergiques.  En  supposant  ainsi  un  état 
actif  d'irritation  aussi  bien  dans  le  frisson  que  dans  la  chaleur  fé- 
brile, Schiff  déclare  expressément  qu'il  n'a  nullement  l'intention 
de  mettre  en  doute  la  possibilité  de  modes  pathologiques  d'éléva- 
tion de  température  qui  n'aient  leur  raison  d'être  que  dans  une 
paralysie  des  nerfs  vasculaires. 

Tandis  que  l'on  avait  généralement  admis,  soit  tacitement,  soit 
en  termes  explicites,  qu'il  fallait  considérer  l'accroissement  de 
chaleur  dans  la  fièvre  comme  la  conséquence  d'un  surcroît  de  pro- 
duction thermique,  Traube  qui,  en  1855,  considérait  encore  cette 
production  comme  augmentée  dans  la  fièvre  (Deutsche  Klinik, 
n°  46.  1855)  déclara,  contrairement  à  toutes  les  idées  reçues, 
que  l'élément  essentiel  de  la  fièvre  ne  résidait  plus  dans  l'augmen- 
tation de  la  production  thermique,  mais  bien  dans  la  diminution  de 
la  perte  de  chaleur.  Je  reproduis  ici  ces  propres  paroles  :  «  L'élé- 
vation thermique,  avec  îous  les  autres  phénomènes  de  la  fièvre,  est 
provoquée  de  la  façon  suivante:  sous  l'influence  exercée  par  la 
cause  pyrétogène  sur  le  système  nerveux  vaso-moteur  (influence 
que  je  crois  être  de  nature  excitante)  les  muscles  vasculaires  qui  sont, 
comme  on  le  sait,  surtout  développés  dans  les  artérioles  et  dans 
leurs  ramuscules  se  contractent  énergiqueinent.  Le  rétrécissement 
relatif  de  ces  petits  vaisseaux  doit  avoir  une  double  conséquence  : 
la  quantité  de  sang  que  les  capillaires  reçoivent  du  système  aorti- 
que  diminue,  dans  un  temps  donné,  mais  en  revanche,  la  pression 
sur  la  surface  interne  de  ces  vaisseaux  extrêmement  ténus  devient 
plus  forte.  Le  premier  de  ces  effets  a  pour  résultat  (avec  un  moin- 
dre apport  d'oxygène  aux  tissus)  une  réfrigération  plus  faible  du 
sang  par  voie  de  transmission  et  de  rayonnement  périphérique  ; 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  185 

une  transsudation  moins  grande  du  plasma  sanguin  qui  s'exhale  à 
travers  les  parois  vasculaires  sous  l'influence  de  la  pression  arté- 
rielle et  qui  fournit  à  chaque  tissu  les  éléments  de  leur  nutrition, 
en  dehors  de  l'oxygène,  et  en  particulier  aux  appareils  sécréteurs, 
les  matériaux  qu'ils  doivent  élaborer.  L'approvisionnement  d'eau 
diminué,  dans  les  couches  superficielles  de  la  peau  et  de  la  muqueuse 
respiratoire,  entraîne  nécessairement  une  diminution  dans  l'éva- 
poration,  et  tel  est  la  deuxième  cause  de  la  moindre  réfrigération 
du  corps.  »  (Allgemein  medic.  Centraheitung,  t.  XXXIf,  numéros 
52,  54  et  102.  1865).  Dans  les  développements  qu'il  donne  à 
cette  théorie,  Traube  essaye  de  faire  concorder  avec  elle  toutes  les 
conditions  et  tous  les  phénomènes  qui  se  présentent  dans  la  fièvre. 

Il  prend  pour  point  de  départ  de  sa  théorie  pathogénique  le 
frisson  avec  le  spasme  vasculaire  qui  l'accompagne,  et  voici  com- 
ment il  explique  l'élévation  thermique  qui  précède  le  frisson  et 
la  fièvre  qui  débute  sans  frisson.  L'action  des  agents  pyrétogènes 
sur  le  système  nerveux  varie  d'intensité  :  dans  le  premier  de  ces 
deux  cas,  la  cause  pyrétogène  était  au  début  encore  trop  minime  et 
ne  pouvait  produire  qu'une  légère  contraction  des  vaisseaux  ;  en 
devenant  plus  puissante,  elle  produit  une  contraction  intense  et 
avec  elle  le  frisson.  Dans  le  cas  de  fièvre  débutant  sans  frisson, 
le  poison  pyrétique  n'est  pas  assez  violent  pour  agir.  Behse  est  ar- 
rivé à  un  résultat  à  peu  près  analogue  (Beitràge  zur  Lehre  von 
Fieber.  1864).  Il  résume  son  opinion  en  ces  termes  :  «  Il  faut  en- 
tendre sous  le  nom  de  fièvre  un  surcroît  de  nutrition  produite  par 
des  altérations  du  système  nerveux,  compliquées  d'un  trouble  des 
appareils  régulateurs  de  la  température,  mais  cette  dernière  per- 
turbation également  sous  la  dépendance  de  l'affection  du  système 
nerveux  rend  les  pertes  de  chaleur  moindres  comparativement  à 
sa  production.  » 

En  revanche,  Auerbach  s'élève  contre  la  théorie  de  Traube  (Er- 
wàgungen  iiber  die  Ursachen  der  Eigenwàrme.  1864;  in  Deutsche 
Klinik,  numéros  22  et  25)  et  la  soumet  à  une  juste  et  sévère  criti- 
que :  il  démontre  qu'on  ne  peut  pas  ramener  simplement  à  l'al- 
ternative d'une  recette  augmentée  ou  d'une  dépense  amoindrie 
toutes  les  causes  possibles  d'élévation  thermique  dans  l'état  fébrile 
que  la  contraction  des  artérioies  dans  la  fièvre  n'est  pas  absolu- 
ment prouvée,  que  notamment  la  pâleur  de  la  peau  peut  aussi  pro- 


186  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS, 

venir  de  la  contraction  des  muscles  papillaires  ;  que,  dans  le  stade 
de  chaleur,  cette  contraction  artérielle  n'est  pas  admissible,  et 
qu'en  général,  Traube  n'expliquait  pas  suffisamment  l'augmenta- 
tion de  chaleur  dans  cette  période  ;  que  la  durée  souvent  si  pro- 
longée de  ce  stade  ne  permett  pas  de  déduire  l'élévation  de  la 
chaleur,  des  courts  instants  de  frisson  qui  l'ont  précédée;  qu'enfin, 
dans  ces  périodes,  l'économie  de  calorique  réalisée  par  la  contrat 
tion  des  artérioles  est  entravée  par  maintes  circonstances  et  ne 
peut  en  aucune  façon  être  assez  grande  pour  produire  un  niveau 
thermique  tel  que  celui  de  la  température  augmentée.  En  termi- 
nant, Auerbach  émet  une  autre  hypothèse  :  selon  lui,  la  chaleur 
produite  dans  le  corps  pendant  la  fièvre,,  surtout  dans  les  mala- 
dies fébriles  chroniques,  doit  son  existence  en  grande  partie  à  la 
combustion  de  l'hydrogène,  car  la  quantité  absolue  de  chaleur 
produite  par  la  combustion  de  cet  élément  est  plus  grande  dans  la 
fièvre  qu'à  l'état  normal. 

Liebermeister  aussi (Prager  Vierteljarhrsschrift,l8Q5)  etlmmer- 
mann  (Deutsche  Klinik,  numéros  1  et  4.  4865)  s'élèvent  contre 
l'opinion  d'après  laquelle  la  fièvre  aurait  pour  cause  une  simple 
diminution  dans  la  réfrigération  et  ils  appuient  leur  réfutation 
sur  les  tentatives  qu'ils  ont  faites  de  prouver  par  le  calcul  que  la 
température  pendant  le  frisson  montait  plus  que  cela  ne  pourrait 
se  faire  par  une  diminution  dans  la  perte  de  chaleur.  A  leur  sens, 
il  doit  donc  toujours  y  avoir  augmentation  dans  la  production 
thermique. 

Wachsmuth  déclare,  au  contraire  (Arehiv  der  Heilkunde,  t.  VI, 
p.  211.  1865),  que  ce  n'est  ni  la  production  augmentée  ni  le  re- 
froidissement diminué  qui  produisent  le  frisson  au  moins  à  eux 
seuls  ;  mais  que  la  fièvre  résulte  d'un  trouble  dans  la  régulation 
thermique,  Telle  serait,  suivant  lui,  la  cause  essentielle  de  la  fiè- 
vre. D'après  cet  auteur,  la  fièvre  est  la  résultante  d'au  moins  deux 
facteurs,  dont  l'un  renforce  la  production  thermique  et  dont  l'au- 
tre paralyse  le  système  nerveux. 

En  opposition  à  toutes  ces  théories  qui  n'envisagent  la  fièvre 
que,  sous  un  seul  point  de  vue,  Billroth  a  essayé  (Arehiv  fur  klini- 
sche  Chirurgie,  t.  VI,  p.  129.  1864)  d'exposer  les  différentes  condi- 
tions qui  font  naître  l'élévation  de  température  et  partant  la  fièvre. 
Voici,  d'après  lui,  les  diverses  conditions  qui  peuvent  se  présenter  : 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  187 

I.  L'approvisionnement  thermique  est  augmenté,  les  conditions 
de  déperdition  restant  les  mêmes.  Dans  ce  cas,  les  foyers  où  se 
produit  l'augmentation  de  température  peuvent  être  : 

A.  Locaux. 

B.  Généraux.  —  Tous  les  processus  d'oxydation  seront  acti- 
vés : 

a.  La  quantité  d'oxygène  dans  l'air  inspiré  et  dans  les  aliments 
ingérés  ; 

b.  La  quantité  des  matières  oxydables  du  corps  ; 

c.  La  capacité  d'absorption  de  toutes  les  matières  du  corps  sus- 
ceptibles de  recevoir  l'oxygène; . 

cl.  La  vitesse  du  mouvement  des  corps  oxydables. 

C.  Les  conditions  secondaires  pour  la  conservation  d'une  tem- 
pérature constante  sont  :  le  frottement  du  sang  contre  les  parois 
des  vaisseaux,  les  frottements  qu'exercent  les  uns  sur  les  autres 
les  muscles  et  les  articulations,  etc —  De  toutes,  la  plus  im- 
portante est  la  production  thermique  développée  par  la  contrac- 
tion musculaire. 

II.  Les  conditions  deviennent  moins  favorables  à  la  déperdition 
thermique,  et  par  ce  fait  il  se  produit  une  accumulation  de  cha- 
leur, c'est-à-dire  une  élévation  de  la  température. 

Billroth  examine  en  outre  les  conditions  qui  peuvent  amener  la 
fièvre  : 

D'après  lui,  on  peut  admettre  trois  modes  d'excitation  fébrile  : 

a.  Il  se  forme  dans  le  sang,  sans  coopération  des  nerfs,  des  mo- 
difications qui  donnent  lieu  à  une  combustion  plus  active,  ou  bien 
il  s'y  introduit  des  substances  qui  préparent  et  maintiennent  de 
pareils  changements. 

b.  Le  sang  intoxiqué  excite  les  centres  nerveux,  et  c'est  alors 
que  se  produit  la  fièvre. 

aa.  Le  sang  intoxiqué  excite  les  nerfs  trophiques  et  ceux-ci  à 
leur  tour  agissent  directement  sur  l'activité  des  processus  d'oxy- 
dation. 


488  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

bb.  Le  sang  altéré  excite  tous  les  autres  vaso-moteurs  et  par 
leur  intermédiaire  : 

a.  La  nutrition  est  activée  dans  toutes  les  parties  de  l'organisme 
et  par  conséquent,  tous  les  processus  oxydateurs  sont  accrus. 

6.  Il  se  produit  une  contraction  des  artérioles,  la  -nutrition  di- 
minue, et  la  température  s'élève  par  suite  des  conditions  défavora- 
bles cà  la  déperdition  du  calorique. 

c.  Le  sang  n'est  pour  rien  dans  l'origine  de  la  fièvre  :  celle-ci 
se  produit  par  une  irritation  spécifique  agissant  directement  sur 
les  nerfs  périphériques  et  produisant  par  voie  réflexe  l'excitation 
des  nerfs  vaso-moteurs. 

Cette  analyse  un  peu  schématique  a  du  moins  le  mérite  d'indi- 
quer la  multiplicité  des  conditions  qui  peuvent  se  présenter. 

0.  AYeber  (Pitha  und  Billroth's  Handbuch  der  allg.  und  spec. 
Chirurgie,  1. 1,  p.  599.  1865)  voit  dans  la  fièvre  une  augmentation' 
générale  de  la  nutrition  liée  à  l'élévation  thermique,  produite  par 
une  altération  du  sang  due  à  la  présence  des  détritus  organiques 
faisant  office  de  ferments  ;  cette  augmentation  détermine  une  dé- 
croissance rapide  du  poids  du  corps.  Il  est  facile  de  voir  combien 
celte  conception  est  restreinte  et  limitée.  Si  elle  est  applicable  à 
quelques  cas,  elle  est  inadmissible  pour  le  plus  grand  nombre. 

Tscheschichin,  de  son  côté  (Zur  Fieber  Lehre,  1867  ;  in 
Deuùchen  Archiv  fur  klinische  Medicin,  t.  II,  p.  588),  a  émis 
cette  judicieuse  hypothèse,  que  la  fièvre  est  une  augmentation  mor- 
bide de  l'activité  des  centres  spinaux  consécutive  à  une  affection 
(affaiblissement,  paralysie)  des  parties  modératrices  du  cerveau. 
D'où  une  série  de  processus  chimiques  acquérant  une  intensité 
qu'ils  ne  présentent  jamais  quand  les  fonctions  du  cerveau  sont 
normales.  Cette  théorie  jette  un  jour  nouveau  sur  certains  proces- 
sus, mais  ne  peut  être  acceptée  pour  la  fièvre  en  général.  Elle 
mériterait  d'être  prise  en  sérieuse  considération  dans  le  cas  de 
température  hyperpyrétique  à  la  période  ultime  des  maladies  gra- 
ves du  système  nerveux  ou  des  infections  pernicieuses. 

Il  faut  surtout  mentionner  deux  travaux  récents  sur  les  propor- 
tions respectives  de  la  production  et  de  la  perte  thermiques  dans 
la  fièvre. 

Senator  (Virchow's  Ardiiv,  t.  XLV,  p.  551)  se  range  du  côté  de 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  189 

la  théorie  de  Traube,  tandis  que  Leyden  (Deutsch.  Archiv,  t.  V, 
p.  275)  arrive  par  des  recherches  calorimétriques  aux  résultats 
suivants  :  la  perte  thermique  est  augmentée  dans  la  fièvre,  tant  avec 
une  température  constante  que  quand  il  y  a  abaissement  ou  éléva- 
tion. L'augmentation  de  la  production  thermique  est,  par  consé- 
quent, indubitable.  Quand  la  fièvre  est  extrêmement  forte,  la  perte 
thermique  est  de  moitié  etmême  du  double  plus  grande  qu'à  l'état 
normal.  Cette  perte  est  à  son  maximum  dans  le  stade  critique  avec 
une  température  qui  s'abaisse  rapidement  ;  elle  peut,  en  effet, 
dépasser  de  deux  à  deux  fois  et  demie  et  jusqu'à  trois  fois  celle  de 
l'état  normal.  Cette  défervescence  se  produit  toujours  à  la  suite  de 
sueurs  abondantes  et  d'évaporation  aqueuse,  tandis  que  dans  la 
période  ascendante  de  la  fièvre  on  ne  trouve  pas  cette  transpira- 
tion même  sur  les  points  de  la  peau  recouverte  d'un  enduit  im- 
perméable. 

9.  Il  est  certain  que  ces  diverses  tentatives  faites  pour  expliquer 
la  fièvre,  ses  causes  et  son  processus,  ont  éclairé  un  certain  nom- 
bre de  points  obscurs,  malgré  la  divergence  des  hypothèses  qui 
ont  été  émises. 

La  plupart  des  auteurs  de  ces  théories  se  sont  placés  à  un  point 
de  vue  trop  restreint;  ils  ont  presque  tous  eu  le  tort  de  ne  consi- 
dérer qu'une  seule  modalité  de  la  fièvre,  et  l'interprétation  qu'ils 
en  ont  donné  leur  a  servi  à  expliquer  le  processus  général  ;  ils 
ont  tous  péché  par  l'excès  de  vouloir  tout  expliquer  lorsqu'ils  au- 
raient dû,  à  cet  égard,  faire  l'aveu  de  leur  impuissance. 

La  première  question  qui  se  pose,  à  savoir  :  sur  quelle  base  re- 
pose l'élévation  thermique  anomale?  n'est  nullement  identique 
avec  cette  autre  :  quelle  est  la  cause  essentielle  de  la  fièvre? 

La  fièvre  est  un  ensemble,  un  complexus  de  phénomènes  géné- 
raux dont  l'élévation  de  la  température  constitue  peut-être  l'élé- 
ment le  plus  important;  mais  il  est  impossible  de  déduire  es  au- 
tres phénomènes  de  celui-ci. 

Il  faut  d'abord  que  la  valeur  et  la  signification  des  phénomènes 
isolés  soient  d'abord  jugés,  avant  qu'il  soit  possible  d'essayer  d'en 
concevoir  l'ensemble. 

Pour  ce  qui  est  spécialement  de  l'état  thermique,  il  est  très- 
complexe  et  peut  aussi  relever  de  différentes  causes. 


190  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

Même  lorsque  la  température  présente  des  variations  identiques, 
il  ne  faut  pas  nécessairement  admettre  que  le  résultat  se  soit  pro- 
duit de  la  même  façon  ;  il  est  au  contraire  extrêmement  probable 
que  la  proportion  réciproque  de  production  et  de  perte  thermiques 
n'ait  pas  été  la  même  dans  tous  les  cas  ou  à  différentes  périodes 
d'un  seul  et  même  cas,  quand  bien  même  la  température  serait 
toujours  restée  égale. 

On  ne  devrait  pas  demander  quelle  est  la  raison  de  la  modifica- 
tion thermique  dans  la  fièvre,  mais  bien  quelle  est  la  cause  ou 
plutôt  quelles  sont  les  causes  d'une  élévation  déterminée  de  tempé- 
rature, chez  un  individu  donné  et  k  un  moment  précis  ou  tout 
au  moins  :  quelles  sont  les  causes  de  la  modalité  thermique  dans 
une  forme  morbide,  dans  une  espèce  et  dans  un  temps  déterminés. 

On  ne  pourra,  il  est  vrai,  répondre  à  cette  question  que  lors- 
qu'on aura  passé  en  revue  les  conditions  dans  lesquelles  se  produi- 
sent les  écarts  thermiques  pendant  la  vie  (c'est  la  voie  que  Bill- 
roth  a  été  le  seul  à  suivre)  et  lorsqu'on  aura  réfléchi  en  outre,  à 
la  part  qui  peut  revenir  aux  diverses  causes  de  ces  modifications 
de  la  température  dans  les  différents  états  pathologiques. 

Parmi  les  écarts  thermiques  qui  sont  considérés  comme  les  signes 
d'une,  maladie  constitutionnelle,  voici  ceux  que  l'on  peut  faire  en- 
trer en  ligne  de  compte  : 

1°  L'élévation  de  la  température  générale  ; 
2°  L'élévation  thermique  de  la  majeure  partie  du  corps  à  côté 
d'un  abaissement  de  température  dans  certains  points  ; 
o°  L'abaissement  de  la  température  générale. 

10.  L'élévation  de  la  température  générale  qui  constitue  le  phé- 
nomène le  plus  ordinaire  d'une  maladie  fébrile  ayant  dépassé  son 
début,  mais  n'étant  pas  encore  confirmée,  peut  résulter,  d'après 
nos  connaissances  actuelles  sur  ce  sujet  : 

a.  D'une  stase  thermique  par  défaut  d'élimination.  La  perte 
moindre  de  chaleur  peut  reconnaître  différentes  causes  :  mais  on 
saurait  à  peine  admettre  que,  pendant  une  chaleur  fébrile  prolon- 
gée, les  conditions,  qui  rendent  possible  le  maintien  d'une  chaleur 
normalement  produite,  puissent  persister;  il  faut,  au  contraire, 
supposer  que,  s'il  se  produisait  jamais  un  arrêt  dans  l'élimination 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  191 

ordinaire,  la  production  diminuerait  bientôt  ou  bien  de  nouvelles 
voies  d'élimination  se  développeraient. 

On  peut  constater  tous  les  jours  le  fait  suivant  :  dans  la  période 
de  chaleur  fébrile,  les  malades  échauffent  promptement  tout  ce 
qui  les  couvre  (draps  de  lit,  couvertures),  on  peut,  au  contraire, 
parfaitement  bien  s'imaginer  qu'un  accès  fébrile  de  courte  durée 
puisse  se  produire  par  suite  d'une  stase  thermique  et  que,  pen- 
dant le  frisson,  ce  soit  le  refroidissement  défectueux  du  sang  dans 
la  peau  anémiée  qui  détermine  en  grande  partie  l'augmentation  de 
la  chaleur  intérieure.  Il  est,  en  outre,  très-probable  que,  dans  bien 
des  cas,  la  température  soit  accrue  aussi  en  dehors  de  toute  autre 
cause,  par  la  stase  thermique  par  défaut  d'élimination. 

b.  On  peut  encore  supposer  que,  dès  qu'il  se  trouve  dans  un  point 
quelconque  du  corps,  un  foyer  local  d'hyperproduction  thermique 
(hyperthermo genèse) ,  le  surcroît  de  la  chaleur  qui  en  dérive,  soit 
communiqué  par  l'intermédiaire  de  la  circulation,  au  corps  tout 
entier,  et  que  la  température  générale  en  soit  ainsi  augmentée.  — 
Les  lieux  dans  lesquels  il  peut  y  avoir  une  hyperthermogenèse  sont 
les  foyers  d'inflammation  ou  d'hyperémie,  mais  ils  sont  trop  cir- 
conscrits, par  rapport  à  l'ensemble  de  l'organisme  et  l'on  peut 
tout  au  plus  admettre  que  le  surcroît  de  production  thermique 
locale  fasse  naître  une  élévation  très-modérée  de  la  température 
générale  qui,  d'ailleurs,  à  moins  qu'il  ne  survienne  de  nouveaux 
troubles,  doit  être  promptement  et  facilement  compensée  par  les 
voies  normales  d'élimination. 

Il  y  a,  en  outre,  un  fait  qui  empêche  de  ramener  toute  chaleur 
fébrile  à  la  simple  transmission  thermique  des  processus  locaux, 
c'est  le  suivant  :  dans  les  pyrexies  les  plus  intenses,  dans  toutes 
les  maladies  à  température  extrêmement  élevée,  la  fièvre  précède 
d'ordinaire  le  trouble  local,  tandis  que  dans  le  cas  où  elle  lui  est 
consécutive,  on  n'observe  habituellement  que  des  températures 
modérément  fébriles.  Nous  ne  voulons  pas  dire  par  là  que  l'hyper- 
production  thermique  locale  ne  puisse  nullement  contribuer  à 
l'élévation  de  la  température  générale  ;  il  faut  qu'il  y  ait  encore 
d'autres  troubles  dans  l'organisme  qui  empêchent  la  compensation 
de  l'apport  provenant  de  l'affection  locale. 

c.  Une  élévation  delà  température  générale  peut  encore  sepro- 


192  PROCESSUS  CONSMTUTIONNELS. 

duire  par  l'activité  des  processus  thermogènes  normaux  ;  il  est  ce- 
pendant très-probable  que,  dans  ce  cas  aussi,  les  émonctoires  ther- 
miques ne  permettent  pas  à  la  disproportion  de  prendre  une  longue 
durée  ni  une  grande  consistance,  à  moins  que  l'organisme  ne  ré- 
cèle d'autres  altérations  qui  entravent  l'action  de  ces  agents  élimi- 
nateurs. 

Il  faut  encore  faire  observer  que  nous  ne  connaissons  pas  un  seul 
fait  dont  on  puisse  déduire  que,  dans  un  cas  quelconque  de  fièvre, 
il  n'y  aurait  eu  simplement  qu'une  augmentation  et  une  accéléra- 
tion des  processus  chimiques  normaux.  Au  contraire,  les  données 
que  nous  possédons  sur  l'accroissement  des  produits  normaux  de 
décomposition  (acide  carbonique  expiré,  urée),  telles  qu'elles  ré- 
sultent de  l'examen  fait  sur  les  fébricitants,  sont  en  partie  très- 
divergentes  et,  d'autre  part,  ne  répondent  pas  absolument  à  l'aug- 
mentation thermique;  la  perte  de  poids  que  subit  le  corps  dans  la 
fièvre  ne  s'accorde  pas  avec  la  destruction  des  parties  organiques 
qui  devrait  résulter  du  surcroît  de  production  thermique. 

d.  Une  élévation  générale  de  la  température  peut  encore  avoir 
lieu  par  suite  de  l'hyperproduction  qui  résulte  de  processus  chi- 
miques plus  ou  moins  étrangers  à  l'état  physiologique  ;  dans  ces 
cas,  la  chaleur  produite  est  tellement  abondante  que  les  émonc- 
toires thermiques  sont  impuissants  à  la  compenser,  leur  action  est 
d'autant  plus  faible  que  l'état  pathologique  peut  avoir  entraîné  des 
troubles  dans  leur  fonctionnement. 

Il  nous  paraît  très-vraisemblable  que  les  choses  se  passent  de  la 
sorte  dans  de  très -nombreux  cas  de  fièvre,  mais  nous  sommes  en- 
core très-loin  de  pouvoir  préciser  ce  qui  se  passe  réellement  et  cal- 
culer l'effet  produit  sur  la  température. 

Il  paraît  que  ce  sont  les  processus  suivants  qui  peuvent  se  pré- 
senter : 

1°  Augmentation,  dans  la  fièvre,  de  la  combustion  d'hydrogène 
capable  de  donner  un  résultat  thermique  beaucoup  plus  considé- 
rable que  celle  du  carbone,  la  chaleur  spécifique  du  premier  étant 
beaucoup  plus  grande  que  celle  du  second  (Auerbach)  ; 

2°  Décomposition  organique  rapide  et  étendue  qui  pourrait  dé- 
gager de  la  chaleur,  mais  ce  processus  est  si  promptement  mortel 
qu'il  ne  saurait  se  produire  que  dans  la  période  ultime  d'une  maladie 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  193 

mortelle,  dans  le  fastigium  agonique  ou  dans  les  fièvres  terminales  ; 

5°  Hyperthermogenèse  par  contraction  musculaire  violente  et 
prolongée,  ne  produisant  pas  de  travail  mécanique  (convulsions 
toxiques)  et  amenant  ainsi  une  élévation  rapide  de  la  température  ; 
mais,  dans  ces  conditions,  elle  ne  se  produit  que  dans  quelques 
cas  particuliers  et,  comme  le  démontre  l'expérience,  la  compensa- 
tion ne  cesse  de  se  faire  que  vers  la  fin  de  la  maladie,  partant,  sous 
l'influence  de  conditions  nouvelles  ; 

4°  Développement  de  nouveaux  processus  (fermentations)  dans 
les  parties  organiques,  avec  dégagement  de  chaleur  et  ne  dépen- 
dant pas  nécessairement  de  l'apport  d'oxygène  :  ces  fermentations, 
il  est  vrai,  ne  sont  pas  directement  prouvées,  mais  leur  existence 
est  assez  probable,  bien  qu'on  ne  puisse  pas  préciser  exactement 
les  maladies  qui  se  rattachent  à  ces  processus,  ni  dire  s'il  faut  y 
rapporter  la  fièvre  déterminée  par  la  transfusion  d'un  sang  de 
fébricitant,  par  l'introduction  dans  l'économie  de  produits  phleg- 
masiques  ou  de  décomposition  et  jusqu'à  quel  point  on  doit  admet- 
tre dans  les  cas  non  mortels,  l'hypothèse  de  processus  fermentes- 
cibles. 

e.  Les  troubles  fonctionnels  des  nerfs  vaso-moteurs,  pourvu 
qu'ils  soient  assez  intenses  et  prolongés,  doivent  presque  néces- 
sairement influer  sur  l'état  thermique,  et  cela  aussi  bien  parce 
qu'ils  peuvent  altérer  les  conditions  de  production  de  la  chaleur 
que  parce  qu'ils  peuvent  modifier  celles  de  la  perte  thermique. 
Bien  des  phénomènes  indiquent  en  effet  que,  non-seulement  dans 
le  frisson,  mais  aussi  pendant  la  chaleur  fébrile,  les  vaisseaux  ne 
sont  pas  dans  leur  état  normal,  et  il  est  à  peine  possible  de  déduire 
ce  fait  du  seul  trouble  des  contractions  du  cœur  ou  de  la  chaleur 
seule. 

Il  paraît,  au  contraire,  que,  dans  beaucoup  de  cas,  l'état  des  vais- 
seaux n'est  pas  la  conséquence,  mais  bien  la  cause  de  l'augmentation 
de  température.  Mais  tant  qu'on  ne  connaît  positivement  comme 
effet  unique  et  direct  de  l'excitation  des  nerfs  vasculaires  que  la 
contraction  des  artérioles,  on  rencontre  d'insurmontables  difficul- 
tés à  faire  dépendre  la  chaleur  de  l'activité  des  nerfs  vaso-moteurs. 
Car  la  contraction  des  artérioles  n'existe  que  pendant  une  très- 
courte  période  de  la  fièvre  et  l'idée  que  leur  dilatation,  qui  engen- 

13 


m  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

dre  l'hyperémie  et  la  calorification,  n'est  basée  que  sur  la  para- 
lysie ou  du  moins  sur  la  faiblesse  et  l'épuisement  des  nerfs  vaso- 
moteurs,  peut  bien  être  admise,  dans  des  cas  isolés,  de  fièvre 
intense  ;  mais  elle  est  à  peine  acceptable  pour  la  majorité  des  cas. 
La  difficulté  serait  en  grande  partie  levée,  si  la  supposition  de  Schiff 
se  confirmait.  Ce  physiologiste  admet  qu'il  y  a  dans  les  nerfs  vascu- 
laires  à  côté  des  éléments  constricteurs,  des  éléments  de  dilatation. 
Grâce  à  cette  hypothèse,  on  s'expliquerait  aisément  que  l'action 
première  et  intense  de  la  cause  morbifique  produisît  d'abord  une 
excitation  de  l'appareil  vaso-moteur  central  où  les  éléments  con- 
stricteurs prédominent,  mais  que,  plus  tard,  ou  sous  l'influence  de 
causes  moins  graves,  agissant  progressivement  et  d'une  façon  plus 
douce,  l'effet  fut  tel,  qu'il  ne  se  manifesterait,  au  moins  de  préfé- 
rence, que  sur  les  éléments  dilatateurs  ;  de  même  qu'après  une 
forte  excitation  des  nerfs  locomoteurs,  ce  sont  les  extenseurs  dont 
l'action  prévaut,  tandis  qu'avec  une  excitation  plus  faible  ou  plus 
persistante,  les  contractions  sont  surtout  marquées  dans  les  fléchis- 
seurs, et  leurs  antagonistes  restent  à  peu  près  dans  l'inaction. — 
La  seconde  hypothèse  de  Schiff  supposant  l'existence  de  deux 
sphères  différentes  dans  les  nerfs  vaso-moteurs  n'est  pas  moins, 
séduisante  ;  elle  permet  de  concevoir  que  l'état  de  contraction  vas- 
culaire  ne  doive  pas  subsister  dans  tout  le  corps  en  même  temps  ; 
mais  qu'elle  puisse  être  circonscrite  à  la  face  et  aux  extrémités. 
Elle  s'accorde  en  outre  avec  plusieurs  autres  conditions  pathologi- 
ques, par  exemple  avec  la  distribution  de  la  chaleur  et  du  froid  sur 
la  surface  du  corps,  même  en  l'absence  de  frisson,  avec  l'exten- 
sion de  certains  exanthèmes,  etc.. 

f .  L'élévation  de  la  température  peut  encore  être  l'effet  de  l'ac- 
tivité morbide  des  centres  spinaux,  anormalement  accrue  par  la 
faiblesse  des  centres  modérateurs  du  cerveau.  —  Cet  état  ne  peut 
être  admissible  que  dans  les  cas  où  il  existe  encore  d'autres  signes 
d'une  suspension  de  l'influence  cérébrale  normale,  aussi  dans  les 
maladies  très-graves,  dans  les  lésions  de  ia  moelle  cervicale,  dans 
certaines  fièvres  terminales,  ne  faudrait-il  pas  rejeter  cette  expli- 
cation qui  est,  en  revanche,  inapplicable  aux  fièvres  modérées  dans 
lesquelles  rien  n'indique  le  trouble  d'une  partie  quelconque  du 
cerveau. 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  195 

g.  Mais  l'élévation  thermique  peut  sans  doute  être  déterminée 
aussi  par  plusieurs  des  conditions  précédemment  énumérées  agis- 
sant à  la  fois  et  dans  une  succession  différente  ;  il  est  même  pro- 
bable que,  dans  la  plupart  des  cas,  il  existe  des  combinaisons  telles 
qu'il  est  impossible  d'attribuer  à  chacune  des  causes  prise  isolé- 
ment la  part  qui  lui  revient  et  que  rénumération  de  toutes  celles, 
qui  entrent  en  action  se  réduit  le  plus  souvent  à  une  hypo- 
thèse. 

En  réfléchissant  à  la  coopération  possible,  sinon  certaine,  de 
plusieurs  causes,  ou  conçoit  que  dans  deux  cas  différents  ou  à  deux 
périodes  différentes  d'un  même  cas,  une  seule  et  même  élévation 
de  la  température  morbide  puisse  avoir  une  toute  autre  significa- 
tion. Pour  un  égal  niveau  de  température,  l'hyperproduction  de 
chaleur  peut  être  très-variable,  selon  que  les  pertes  thermiques 
sont  diminuées,  normales  ou  augmentées  ;  et  il  est  très-probable 
que  les  effets  consécutifs,  tels  que  les  troubles  fonctionnels  et  nu- 
tritifs seront  très-différents,  suivant  qu'une  température  élevée  se 
maintient,  parce  qu'il  reste  une  hyperproduction  énorme  de  cha- 
leur, malgré  l'abondance  des  pertes  thermiques  ou  que  la  tempé- 
rature reste  très-haute  avec  une  hyperproduction  modérée,  parce 
qu'il  y  a  en  même  temps  stase  thermique.  Ces  différences  peuvent 
expliquer  comment,  avec  une  élévation  thermique  également  grande 
et  d'égale  durée,  tantôt  les  produits  ultimes  de  la  dénutrition  sont 
considérablement  augmentés  et  la  diminution  du  poids  du  corps 
est  très-grande,  tantôt  ces  deux  résultats  sont  à  peine  marqués. 
Les  élévations  fébriles  considérables  delà  température  ne  donnent 
pas  à  la  main  la  sensation  du  degré  de  chaleur  marqué  par  le, 
thermomètre.  Parfois  et  sans  que  la  température  de  l'individu  sou- 
mis à  l'examen  soit  pour  cela  nécessairement  plus  élevée  que  dans 
d'autres  cas,  la  sensation  perçue  par  la  main  est  celle  d'une  cha- 
leur sèche  et  brûlante  (calor  mordax).  On  peut  aussi  supposer  que 
le  phénomène  de  la  chaleur  mordicante  appartient  à  des  cas  dans 
lesquels  l'élévation  de  la  température  résulte  principalement  d'une 
production  thermique  considérablement  accrue  où,  par  consé- 
quent, la  main  de  l'observateur  appliquée  sur  la  peau  du  malade, 
peut  moins  facilement  se  mettre  en  équilibre  de  température  avec 
celle-ci,  puisque  la  production  surabondante  de  calorique  y  est 
sans  Cesse  alimentée.  Cette  supposition  concorde  avec  ce  fait  que 


196  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

la  chaleur  mordicante  se  rencontre  de  préférence  dans  les  mala- 
dies zymotiques. 

11.  L'élévation  thermique  de  la  majeure  partie  du  corps  à  côté 
d'un  abaissement  dans  la  température  de  certaines  parties,  peut 
avoir  sa  source  : 

1°  Dans  une  inégale  répartition  de  la  chaleur  produite  dans  le 
corps  ; 

2°  Dans  des  refroidissements  inégaux  résultant  des  différences 
de  pertes  thermiques  dans  certains  points  ;  notamment  à  la  péri- 
phérie en  opposition  avec  les  parties  internes  où  la  production 
thermique  serait  toujours  augmentée  ; 

5°  Mais  surtout  dans  l'inégale  réplétion  des  vaisseaux. 

La  différence  très-fréquente,  mais  non  constante,  enlre  la  tem- 
pérature du  tronc,  des  bras  et  des  cuisses  d'une  part  et  celle  des 
avant-bras,  et  des  jambes  d'autre  part,  trouverait  son  explication 
complète,  si  l'on  supposait  avec  Schifl  l'existence  de  plusieurs  cen- 
tres dont  les  nerfs  vaso-moteurs  correspondants  présenteraient  une 
inarche  différente  suivant  leurs  points  d'origine.  On  pourrait  com- 
prendre de  cette  façon  pourquoi,  au  début  d'une  maladie  et  même 
à  son  déclin  (dans  le  collapsusdeladéfervescence),  les  deux  grou- 
pes de  nerfs  vaso-moteurs  ne  sont  pas  affectés  de  la  même  façon 
et  au  même  degré  ;  et  comment  aussi  il  peut  y  avoir  un  contraste 
frappant  entre  les  vaisseaux  influencés  par  eux  et  par  conséquent 
entre  les  températures  des  parties  dans  lesquelles  ces  vaisseaux  se 
ramifient.  Ce  n'est  pas  le  frisson  que  l'hypothèse  de  Schiff  sert  à 
expliquer;  car  il  peut  se  manifester  sans  que  cette  divergence 
thermique  existe  ;  mais  elle  rend  compte  d'un  phénomène  très- 
fréquent  du  frisson;  c'est  le  contraste  du  froid  des  avant-bras  et 
des  jambes  avec  la  chaleur  du  tronc. 

Il  est  très-probable  aussi  que  la  différence  des  causes  de  l'iné- 
galité de  répartition  thermique  dans  l'organisme- a  une  significa- 
tion très-précise.  —  Dans  le  frisson  et  dans  le  collapsus,  les  mala- 
des présentent  un  élat  très-différent  bien  que  dans  les  deux  cas  le 
contraste  entre  le  niveau  des  températures  du  tronc  et  des  extré- 
mités puisse  paraître  complètement  égal.  Il  est  permis  de  supposer 
que  les  autres  symptômes  se  combinant  avec  le  phénomène  de  la 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  197 

divergence  des  températures,  résultent  plutôt  de  la  différence  des 
causes  que  du  degré  de  leur  action  et  l'on  peut  admettre  que 
même  quand  cette  différence  n'apparaît  pas,  parce  que  les  causes 
ont  été  trop  faibles,  il  se  rattache  cependant  à  ces  dernières  des 
conséquences  correspondantes. 

12.  L' abaissement  de  la  température  générale  peut  résulter: 

1°  De  la  diminution  dans  la  production  de  chaleur  ; 
2°  D'un  excédant  de  pertes  thermiques  ; 
3°  De  la  combinaison  de  ces  deux  éléments. 

Un  pareil  abaissement  au-dessous  de  la  norme  peut  se  produire, 
après  une  température  normale  ou  élevée,  et  dans  ce  dernier  cas, 
une  diminution  thermique  qui  n'atteint  pas  le  niveau  normal,  peut 
avoir  la  même  signification  et  les  mêmes  conséquences  que  pré- 
sente, dans  d'autres  circonstances,  la  chute  de  la  température  à 
des  degrés  sous-normaux. 

Dans  la  plupart  des  cas,  sinon  dans  tous,  il  est  entièrement  im- 
possible de  préciser  exactement,  ni  même  d'une  façon  approxima- 
tive, la  part  qui  revient  à  l'amoindrissement  de  la  production  de 
chaleur  et  celle  qui  incombe  à  l'augmentation  de  la  perte.  Mais  on 
pourra  parfois  conclure  à  la  cause  principale  delà  diminution  ther- 
mique, des  conditions  même  du  cas,  de  la  rapidité  de  l'abaisse- 
ment de  la  température  et  surtout  de  l'efficacité  des  médicaments 
mis  en  usage. 

15.  Les  autres  phénomènes  du  frisson,  de  la  chaleur  fébrile  et 
du  col  lapsus  présentent  un  complexus  très-varié  de  troubles  fonc- 
tionnels et  en  partie  aussi  de  modifications  chimiques  et  histolo- 
giques.  Quelques-uns  de  ces  phénomènes  pourront  bien  se  ratta- 
cher à  la  température,  mais  il  en  restera  toujours  un  grand  nombre 
qui  indiqueront  que,  dans  ces  processus,  les  organes  les  plus  va- 
riés du  corps  subissent  des  modifications  anomales  sous  l'influence 
directe  de  la  cause  morbide;  et  l'action  réciproque  des  troubles 
qui  se  présentent  de  la  sorte,  est  si  intime  qu'il  doit  y  avoir  des 
dépendances  mutuelles  multiples  et  qu'en  ce  qui  concerne  les  rap- 
ports particuliers  de  la  température  avec  les  autres  phénomènes 
pathologiques,  elle  peut  sans  nul  doute  être  influencée  par  eux. 


198  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

Si,  par  exemple,  il  est  positif  que  l'élévation  de  la  température 
produit  certaines  modifications  clans  les  contractions  cardiaques  et 
dans  la  respiration,  il  n'est  pas  moins  sûr  que  les  troubles  car- 
diaques et  respiratoires  exercent  à  leur  tour  leur  influence  sur  la 
la  température. 

D'après  l'inextricable  chaos  d'influences  et  d'actions  diverses, 
il  semblerait  que  leurs  résultats  et  leurs  conséquences  soient  vrai- 
ment incalculables,  si  dans  les  maladies,  les  phénomènes  patholo- 
giques n'étaient  soumis  à  certaines  lois  que  nous  pouvons  décou- 
vrir par  des  observations  exactes  et  multipliées,  mais  que  nous 
n'approfondirons  probablement  jamais. 

14.  Ainsi,  le  frisson  se  présente  comme  un  complexus  initial, 
rarement  comme  terminaison  générale,  dans  certaines  formes 
morbides  et  dans  certains  accès  à  répétition.  Chez  les  uns,  il  se 
montre  presque  régulièrement  ;  chez  d'autres,  il  faut  pour  qu'il 
se  produise  une  certaine  intensité  de  la  maladie  ou  une  certaine 
prédisposition  de  l'individu.  Si  cette  dernière  existe  à  un  haut 
degré,  des  formes  morbides  qui,  d'ordinaire,  n'ont  pas  de  période 
de  frisson,  peuvent  commencer  par  une  semblable  période  et 
même  au  milieu  de  la  maladie,  il  peut  se  présenter  un  frisson  tel, 
qu'il  n'a  lieu  d'ordinaire  que  dans  les  maladies  récentes  ou  dans 
les  nouveaux  accès. 

Sans  doute  le  frisson  se  produit  le  plus  sûrement  dans  les  cas  où 
la  température  du  tronc  monte  si  rapidement,  que,  dans  un  court 
espace  de  temps,  il  s'y  établit  un  contraste  considérable  avec  la 
température  des  extrémités  arrêtée  dans  son  ascension  ou  même 
en  décroissance.  Mais  il  n'est  pas  toujours  forcément  lié  à  cette 
condition.  Chez  les  hommes  dont  l'impressionnabilité  est  faible  ou 
chez  ceux  dont  elle  a  été  diminuée  par  des  médicaments  (quinine) 
ou  par  certains  états  morbides,  il  peut  ne  pas  survenir  malgré  une 
augmentation  rapide  de  la  température  du  tronc.  Chez  les  hommes 
excitables,  au  contraire,  il  ne  faut  pas  de  contraste  si  considérable 
pour  le  produire  ;  cette  disposition  même  des  parties  centrales  qui, 
d'ordinaire,  est  déterminée  par  la  divergence  des  températures 
peut  sans  doute  être  aussi  amenée  par  d'autres  causes.  —  Puisque 
même  à  l'état  de  santé,  la  sensation  du  frisson  est  provoquée  par 
des  modifications  légères  ou  subites  de  la  chaleur  objective  du  mi- 


PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS.  199 

lieu  ambiant  (courant  d'air,  transition  en  été  d'une  chaleur  atmo- 
sphérique de  50°  à  une  température  de  22°).  Ici  aussi  la  prédispo- 
sition individuelle  au  frisson  montre  des  différences  très-considé- 
rables suivant  les  individus. 

15.  Le  frisson  fébrile  est  l'expression  d'un  rapide  développe- 
ment de  conditions  nouvelles  et  spécialement  de  celles  à  tempéra- 
ture ascendante,  mais  dans  la  chaleur  fébrile  les  conditions  sont 
plus  ou  moins  arrivées  à  un  certain  équilibre  relatif  qui  n'est  pas 
celui  du  niveau  de  l'état  de  santé.  Mais  un  équilibre  tel,  qu'il  est 
déterminé  par  les  processus  pathologiques  qui  se  sont  produits, 
équilibre  dans  lequel,  ou  bien  la  température  persiste  dans  des 
élévations  sus-normales  ou  du  moins  accuse  des  fluctuations 
diurnes  à  élévations  plus  ou  moins  considérables,  surpassant  de 
beaucoup  les  élévations  diurnes  de  l'état  normal.  —  On  conçoit 
que  dans  les  cas  où  cet  équilibre  relatif  se  rétablit  progressivement 
ou  dans  lesquels  même  avec  une  augmentation  de  température,  il 
conserve  toujours  un  certain  degré  et  une  certaine  stabilité,  le 
passage  de  l'état  de  santé  à  l'état  fébrile,  puisse  se  faire  sans  pé- 
riode de  frisson  et  que  la  chaleur  fébrile  puisse  être  primitive  ou 
n'èlre  précédée  que  de  vestiges  de  frissons  (frissonnements) . 

Le  maintien  d'un  certain  équilibre  de  la  température  dans  le 
cours  de  la  maladie  n'exclut  pas  la  possibilité  de  fréquentes 
modifications  de  niveau,  pourvu  qu'elles  ne  soient  pas  trop  rapi- 
des, elles  peuvent  n'avoir  d'autre  conséquence  que  l'augmentation 
ou  la  diminution  des  autres  phénomènes.  —  Si  une  nouvelle  élé- 
vation rapide  se  présente  et  que  la  température  en  différents  en- 
droits soit  inégale,  le  frisson  peut  se  présenter  de  nouveau. 

16.  Les  collapsus  se  manifestent,  soit  comme  des  phénomènes 
relativement  primitifs  (sous  l'influence  de  certaines  causes),  soit 
accidentellement  comme  des  modifications  de  courte  durée  dans 
le  cours  de  la  chaleur  fébrile  ou  bien  à  l'issue  léthale  de  la  mala- 
die ou  enfin  au  moment  de  la  guérison. 

Le  collapsus  relativement  primitif  auquel  se  rattache  aussi  le 
collapsus  de  frisson  (  c'est-à-dire  celui  qui  se  présente  parfois  pen- 
dant des  accès  de  froid  très-intense)  dépend  sans  doute  essentiel- 
lement d'une  certaine  influence  sur  le  système  nerveux  ;  à  côté  de 


200  PROCESSUS  CONSTITUTIONNELS. 

cela  il  y  a  des  pertes  thermiques  rapides  (ordinairement  avec  des 
sueurs  profuses)  et  sans  qu'il  y  ait  compensation  par  hyperther- 
mogenèse. 

Le  collapsus  accidentel  pendant  la  chaleur  fébrile  n'est  souvent 
que  la  conséquence  d'influences  particulières  ou  de  prédispositions 
individuelles;  ou  bien  il  est  déterminé  par  des  conditions  dans  la 
marche  de  la  maladie  produisant  d'abondantes  pertes  thermi- 
ques qui  ne  peuvent  pas,  vu  là  circulation  incomplète  et  malgré 
l'hyperproduction  continue,  se  compenser  simultanément  dans 
tous  les  points  du  corps  et  surtout  à  sa  périphérie. 

Il  se  présente  donc  principalement  quand  les  contractions  car- 
diaques affaiblies  ont  été  accompagnées  de  sueurs  abondantes. 

Le  collapsus  de  l'agonie  peut  reconnaître  les  mêmes  causes  :  ou 
bien  résulter  de  ce  que  la  production  thermique  est  tombée  au- 
dessous  du  niveau  normal  par  suite  de  la  marche  même  de  la  ma- 
ladie. 

Le  collapsus  de  la  convalescence  ne  se  présente  que  quand  il  y 
a  un  brusque  abaissement  de  la  température  auparavant  très-éle- 
vée  ;  que  cette  chute  soit  détinitive  ou  qu'elle  soit  le  prélude  de 
nouvelles  élévations.  Ici  c'est  la  thermogenèse  qui  doit  avoir  été 
suspendue,  mais  sans  doute  les  pertes  de  chaleur  ont  été  aug- 
mentées (sueurs).  La  nature  favorable  de  ce  processus  est  garantie 
par  ce  fait  :  que,  dans  la  terminaison  de  l'évolution  morbide,  la 
compensation  des  pertes  peut  bientôt  se  rétablir,  puisque  les  pertes 
thermiques  augmentées  elles-mêmes  ne  sont  plus  maintenues  par 
un  état  morbide  persistant. 


VIII 

DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉIÊIOLOGIQUE 


1.  Une  mensuration  pratiquée  une  fois  seulement  est  toujours 
un  moyen  insuffisant.  La  mensuration  isolée  ne  permet  presque 
jamais  par  elle-même  de  formuler  que  des  conclusions  incertaines. 
Elle  peut,  par  occurrence,  coïncider  avec  une  période  qui  présente 
des  caractères  thermiques  décisifs,  mais  elle  peut  aussi  se  présen- 
ter à  un  moment  où  la  température  ne  fournit  aucune  indication 
importante.  Cependant,  c'est  avant  tout  elle  qu'il  faut  connaître 
dans  sa  signification  ;  car  : 

a.  Elle  peut  décider  si  un  individu  est  probablement  bien  por- 
tant ou  sûrement  malade,  si  ses  plaintes  sont  simulées  ou  dûment 
justifiées,  si  des  troubles  sont  méconnus  ou  s'il  n'y  a  pas  lieu  de 
les  soupçonner  avec  juste  raison. 

b.  Dans  un  trouble  subit,  indépendant  d'une  maladie  locale, 
confirmée  el  essentielle,  elle  peut  révéler  la  présence  et  le  degré 
de  ce  trouble. 

c.  Si  c'est  la  première  mensuration  dans  une  maladie,  une  ap- 
préciation rigoureuse  et  précise  est  assez  importante  ;  pratiquée 
avec  certaines  précautions,  elle  donne  aussitôt  la  clef  de  l'espèce 
morbide  en  question  et  indique  plus  sûrement  encore  l'absence  de 
certaines  formes. 

d.  Surtout  en  prenant  en  considération  toutes  les  autres  con- 


202       DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE. 

ditions  du  même  cas,  une  mensuration  isolée  peut  même  donner 
des  éclaircissements  sur  le  diagnostic  et  le  pronostic. 

e.  La  connaissance  d'une  température  isolée,  en  dehors  du  cours 
général  de  la  température  est  un  élément  important  qui,  inter- 
prété d'après  les  règles  précises  de  l'expérience,  peut  fournir  de 
précieuses  indications. 

f.  Enfin  l'appréciation  d'une  température  isolée  est  déjà  néces- 
saire par  cette  seule  raison  que  le  cycle  thermique  général  se 
compose  d'une  série  de  températures  isolées  et  que,  par  consé- 
quent, l'importance  de  toute  température  isolée  pour  les  conclu- 
sions à  tirer  du  cours  général  est  la  suprême  base  de  toutes  les 
règles  expérimentales. 

Plus  les  conséquences  qu'on  doit  tirer  d'une  mensuration  isolée 
sont  importantes,  plus  elle  doit  naturellement  être  précise,  plus  on 
doit  se  mettre  soigneusement  à  l'abri  de  toute  erreur.  Bien  que  dans 
une  analyse  continue  de  la  marche  thermique  et  dans  un  cas  qui 
n'admet  pas  beaucoup  de  doutes,  l'exactitude  extrême  importe 
peu  au  point  de  vue  purement  pratique,  on  conçoit  cependant  que 
lorsque  c'est  sur  une  mensuration  isolée  que  se  fondent  les  conclu- 
sions, leur  justesse  dépende  surtout  de  l'exactitude  de  cette  mensu- 
ration, même  toutes  les  mesures  de  précautions  contre  une  erreur 
reconnue,  soit  par  l'instrument,  soit  par  le  procédé,  doivent  être 
prises,  si  l'on  veut  accorder  aux  résultats  d'une  mensuration  isolée 
une  valeur  décisive  dans  l'appréciation  ;  mais  même  dans  ces  cas 
on  peut  affirmer  que  les  centièmes  de  degré  importent  peu,  que 
même  le  plus  souvent  une  erreur  d'observation  d'un  dixième 
et  même  de  plusieurs  dixièmes  ne  pèse  pas  trop  dans  la  balance 
et  que  les  conclusions  décisives  n'en  sont  souvent  pas  essentielle- 
ment altérées. 

2.  Nous  avons  dit  au  §  5  que  les  températures  observées  sur 
l'homme  vivant  ne  dépassent  pas,  à  de  rares  exceptions  près,  un 
cycle  de  huit  degrés,  le  minimum  de  la  température  générale, 
ne  peut  d'ailleurs  pas  être  précisé,  même  approximativement; 
c'est  précisément  dans  les  degrés  inférieurs  que  les  erreurs  d'ob- 
servation se  présentent  le  plus  facilement  et  une  température 
excessivement  basse  dans  les  parties  accessibles  à  la  mensura- 


DE  LA  MENSURATION  ISOLEE,  SA  VALEUR  SEMEIOLOGIQUE.       203 

tion,  quelque  bien  abritées  qu'elles  soient,  ne  permet  nulle- 
ment de  conclure  à  une  égale  diminution  de  température  des 
organes  internes  et  du  sang.  Dans  la  grande  majorité  des  cas,  la 
température  de  la  cavité  axillaire  bien  close  dépasse  55°,  et  il  est 
déjà  extrêmement  rare  d'observer  un  abaissement  thermique  al- 
lant jusqu'à  58°  ou  même  52°,  et  dans  les  cas  isolés  de  choléra  où 
l'on  a  trouvé  à  la  face  du  corps  des  températures  de  26°  et  au- 
dessous,  on  peut  supposer,  d'après  d'autres  observations  faites 
dans  la  même  maladie  que  la  chaleur  dans  le  rectum  et  dans  leva- 
gin  auront  été  essentiellement  plus  élevées.  —  Dans  ces  derniers 
temps,  Lôwenhardt  (Allg.  Zeitschr.  fur  Psych.,  t.  XXV,  p.  685. 
1868)  a  rendu  compte  de  quatre  cas  de  manie  dans  lesquels  il  a 
observé  les  plus  basses  températures  qui  aient  été  observées  :  avant 
la  mort,  et  quelques  jours  même  avant,  les  malades  présentaient 
25°,5,  25°,75  et  28°. 

Il  s'agissait  d'individus  d'un  âge  avancé  qui  quittaient  souvent 
leur  lit  pendant  la  saison  froide,  se  promenaient  tout  nus,  qui 
avaient  pris  des  bains  réitérés  et  chez  lesquels  l'inanition  avait  été 
presque  complète,  la  fréquence  du  pouls  était  tombée  dans  un  cas 
à  45  et  dans  un  autre  même  à  25  par  minute. 

Magnan  {Gaz.  des  Hôpït.,  n°  82.  1869)  prétend  avoir  trouvé 
26°  C.  dans  le  vagin  d'une  femme  adonnée  à  l'ivrognerie  qui  avait 
couché  en  plein  air  pendant  une  nuit  entière,  exposée  à  une  pluie 
glaciale.  Deux  jours  après  elle  était  rétablie.  —  Le  maximum  de 
température  trouvé  sur  un  homme  vivant  n'a  pas  encore  dépassé 
jusqu'ici  positivement  44°, 75  (dans  un  tétanos  observé  par  moi). 
Les  élévations  même  approchant  de  celles-là  n'ont  été  que  rare- 
ment observées  (abstraction  faite  de  données  fabuleuses) . 

Ainsi,  Currie  a  trouvé  chez  un  scarlatineux  44°, 45.  —  Simon 
(Charité  s  Annalen,  t.  XIII,  Bd.  8.  1865)  a  trouvé  dans  un  cas  de 
variole  hémorrhagique  44°, 5  (il  est  vrai  qu'il  n'a  fait  la  mensuration 
qu'après  le  décès).  Lehmann  (Schmidt's  Jahrbùcher,  159,  p.  256) 
a  trouvé  dans  un  cas  de  tétanos  44°, 4  avant  la  mort.  Quincke  (Berl. 
Klin.  Wochensch.,  n°  29.  1869)  dans  un  rhumatisme  aigu  44°, 5. 
Brodie,  dans  un  cas  de  déchirure  de  la  moelle  cervicale  inférieure, 
45°, 9.  Moi-même,  j  ai  observé  plusieurs  cas  où  la  température  ap- 
prochait et  atteignait  même  44°.  Après  la  mort,  on  peut  parfois 
trouver  une  température  encore  plus  élevée.  Ainsi,  dans  le  cas 


204       DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE. 
mentionné  de  tétanos  elle  était  de  45°, 57 5,  57  minutes  après  la 
mort. 

Même  des  températures  variant  entre  42°, 5  et  43°, 5  doivent  être 
rangées  parmi  les  cas  rares  et  ne  se  produisent  que  dans  des  cir- 
constances toutes  spéciales. 

Dans  la  grande  majorité  des  maladies,  même  de  celles  à  issue 
jéthale,  la  température  ne  dépasse  même  pas  41°, 5.  Tant  sont 
étroites  les  limites  entre  lesquelles  se  meuvent  les  différences  de 
quantité  dont  on  ne  peut  tirer  les  conclusions  les  plus  décisives  ! 

5.  Ce  qui  importe  avant  tout,  c'est  la  constatation  aussi  sûre 
que  possible  d'une  température  apyrétique,  c'est-à-dire  d'une  tem- 
pérature axillaire  au-dessous  de  58°  (=  50°, 4  R.).  Elle  prouve 
qu'au  moins  au  moment  de  l'observation  il  n'y  avait  pas  de  fièvre, 
mais  il  faut  bien  considérer  ici  que  plus  la  température  approche 
de  cette  limite,  plus  on  peut  supposer  que  dans  d'autres  moments 
elle  a  pu  la  franchir  ;  mais  aussitôt  qu'une  température  est  limi- 
trophe de  la  fièvre,  on  ne  peut  pas  se  dispenser  de  faire  des  men- 
surations multiples. 

Avec  tout  cela,  il  n'y  a  naturellement  pns  de  point  fixe  qui  sé- 
pare nettement  l'état  apyrétique  de  l'état  fébrile.  Sur  la  limite 
même  de  ces  deux  états,  il  peut  dépendre  de  circonstances  acces- 
soires, que  l'on  ait  lieu  d'admettre  fa  fièvre  ou  non.  On  penchera 
plutôt  pour  l'affirmative,  si  le  degré  thermique  en  question  se 
présente  le  matin  à  jeun,  après  un  décubitus  prolongé,  si  c'est 
le  soir  ou  vers  midi,  après  le  déjeuner  ou  après  l'ingestion  de 
boissons  spiritueuses,  après  l'exercice,  etc. 

Pour  décider  de  la  présence  de  la  fièvre,  il  faudra  aussi  faire 
entrer  en  ligne  de  compte  les  autres  phénomènes. 

On  peut  regarder  comme  suspectes  de  fébrilité  toutes  les  tempé- 
ratures qui  dépassent  58°.  Jusqu'à  58°, 4  on  peut  encore  considérer 
la  température  comme  l'indice  d'un  léger  mouvement  fébrile, 
mais  celles  qui  dépassent  ce  chiffre  sont  positivement  pyrétiques. 

Pour  savoir  si  la  fièvre  est  modérée,  forte  ou  violente,  il  faut 
considérer  en  premier  lieu  les  heures  du  jour  dans  lesquelles  l'ob- 
servation a  été  faite.  A  niveau  égal,  les  températures  prises  le  ma- 
tin et  pendant  le  temps  de  la  rémission  habituelle,  sont  de  toutes 
les  plus  importantes. 


DE  LA.  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE.       205 

Quelquefois  il  se  présente  des  températures  qui  dépassent  même 
de  beaucoup  les  sus-fébriles,  et  que  l'on  ne  saurait  cependant 
considérer  comme  l'expression  d'une  fièvre  excessive,  mais  qui, 
au  contraire,  se  présentent  précisément  dans  des  conditions  qui 
ne  correspondent  pas  au  développement  fébrile,  soit  qu'il  manque 
les  phénomènes  que  l'on  range  habituellement  dans  ce  processus, 
soit  que  leur  développement  ne  soit  pas  proportionné  à  l'élévation 
fébrile.  Ces  températures  peuvent  s'appeler  liyperpijrétiqiies. 

Une  élévation  de  plus  de  41°  permet  déjà  de  soupçonner  qu'il 
ne  s'agit  plus  simplement  de  la  fièvre.  A  mesure  que  la  tempéra- 
ture augmente,  ce  soupçon  grandit  et  notamment  dans  des  éléva- 
tions dépassant  41°, 5  (52°, 2  R.),  il  touche  presque  à  la  certitude. 

Les  conditions  dans  lesquelles  les  températures  extrêmes  se  pré- 
sentent sont  d'ailleurs  fort  diverses  : 

a.  Elles  peuvent  se  produire  dans  certaines  maladies  spéciales, 
qui  sans  doute  sont  de  nature  infectieuse,  mais  qui,  en  partie, 
malgré  une  température  élevée  sont  tout  à  fait  sans  danger,  et  en 
partie  du  moins  ne  présentent  pas  le  danger  auquel  on  pourrait 
s'attendre  d'après  l'énorme  élévation  thermique.  Ce  sont  les  fiè- 
vres intermittentes  maremmatiques  et  la  fièvre  récurrente.  Dans 
les  premières,  la  température  monte  d'ordinaire  à  41°  et  même 
au-dessus  pendant  très-peu  de  temps,  mais  le  plus  souvent  par 
des  accès  répétés,  sans  qu'il  y  ait  aucun  danger.  Dans  la  fièvre  ré- 
currente, on  trouve  quelquefois  des  élévations  allant  jusqu'à  42° 
et  même  à  quelques  dixièmes  au-dessus  dans  les  cas  favorables. 
Dans  cette  maladie  l'élévation  au-dessus  de  41°  peut  durer  un  peu 
plus  longtemps  que  dans  la  fièvre  palustre,  mais  rarement  au  delà 
de  plusieurs  jours. 

b.  Ce  n'est  que  très-exceptionnellement  et  d'une  façon  tout  à 
fait  passagère  que  l'on  trouve  des  élévations  de  41°  et  au-dessus  ; 
aussi,  dans  d'autres  maladies  fébriles,  bénignes  en  elles-mêmes  et 
qui  se  terminent  aussi  par  la  guérison. 

Le  plus  souvent  on  ne  peut  pas  expliquer  cette  élévation.  Par- 
fois elle  précède  immédiatement  la  crise  (perturbatio  critica) . 

c.  Il  y  a  des  maladies  auxquelles  on  ne  saurait  assigner  d'autre 
caractère  principal  commun  que  la  malignité  ;  tantôt  ce  sont  des 
maladies   infectieuses  bien  définies,   tantôt,    leur  caractère  in- 


206      DE  LA.  MENSURATION  ISOLÉE,  SA.  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE. 

fectieux  n'est  pas  démontrable.  Dans  ces  maladies  on  voit  souvent 
la  température  s'élever  extrêmement  sans  qu'on  puisse  savoir  si 
cette  élévation  extrême  est  la  cause  ou  l'effet  de  la  malignité. 

Ces  cas  se  présentent  le  plus  souvent  dans  le  typhus,  les  exan- 
thèmes aigus,  la  pyémie,  l'hépatite  parenchymateuse,  la  pneumonie 
maligne,  la  fièvre  puerpérale,  la  méningitedela  convexité  et  les  af- 
fections rhumatismales  mortelles.  —  Dans  toutes  ces  maladies, 
l'élévation  delà  température  se  fait  parfois  d'une  façon  assez  brus- 
que et  ne  se  maintient  que  rarement  pendant  plusieurs  jours  à  la 
même  hauteur.  Le  degré  de  la  température  est  souvent  dans  ces 
cas,  décisif  pour  le  pronostic.  Si  la  température  monte  jusqu'à 
41°, 5  (58°, 2  R.),  les  chances  de  guérison  sont  déjà  faibles,  et  si 
elle  monte  à  41°, 75,  la  mort  est  presque  sûrement  à  craindre. 

cl.  Dans  plusieurs  cas  morbides  et  précisément  dans  ceux  qui 
ne  sont  pas  essentiellement  fébriles,  la  température  s'élève  énor- 
mément dans  les  dernières  heures  de  la  vie,  dépassant  dans  de  ra- 
pides élévations  41°,  allant  jusqu'à  42°,  5  et  au-dessus  et  même  jus- 
qu'à 44°. 

Ce  sont  là  des  maladies  dans  lesquelles  le  système  nerveux  cen- 
tral est  principalement  affecté  et  a  souvent  déjà  été  atteint  d'une 
affection  grave  avant  l'élévation  thermique. 

Le  tétanos,  en  première  ligne,  se  présente  de  cette  façon,  jpuis 
viennent  l'épilepsie,  l'hystérie  à  terminaison  mortelle,  les  affec- 
tions inflammatoires  du  cerveau  et  de  la  moelle  ainsi  que  les  bles- 
sures de  la  moelle  cervicale  ;  mais  incidemment  aussi  des  mala- 
dies où  l'on  n'avait  d'abord  constaté  aucun  trouble  du  système 
nerveux. 

Quant  aux  températures  de  collapsus,  il  faut  bien  remarquer  que 
la  notion  de  collapsus  n'est  pas  identique  avec  celle  de  température 
collapsique.  11  peut  se  présenter  une  température  de  collapsus, 
sans  tous  les  autres  phénomènes  collapsiques,  et  parfois  ces  phé- 
nomènes peuvent  exister  sans  élévation  de  la  température  du 
tronc. 

4.  Les  déductions  tirées  spécialement  au  point  de  vue  du  dia^ 
gnostic  et  du  pronostic  d'une  élévation  absolue  de  la  température 
sont  presque  toujours  fautives,  si  on  ne  tient  pas  compte  en  même 
temps  des  autres  signes.  —  Il  n'y  a  que  les  degrés  thermiques 


DE  LA  MENSURATION  ISOLEE,  SA  VALEUR  SEMEIOLOGIQUE.       207 

extrêmement  hauts  ou  bas  qui,  en  eux-mêmes,  soient  des  indices 
sûrs  du  danger  et  de  l'imminence  de  la  mort.  Mais  encore  ici  avec 
cette  restriction  que  dans  certaines  formes  morbides  spéciales,  des 
élévations  thermiques  qui,  dans  d'autres  circonstances,  passe- 
raient pour  des  signes  positifs  d'agonie  présentent  une  significa- 
tion plus  favorable. 

Ainsi,  dans  les  typhus  abdominal  et  exanthémique,  les  malades 
supportent  des  températures  plus  élevées  que  dans  la  pneumonie  ; 
dans  la  scarlatine,  des  élévations  plus  considérables  que  dans  la 
rougeole.  Mais  tandis  que  dans  toutes  ces  formes  morbides,  une 
élévation  de  42°  ne  donne  presque  plus  d'espérances,  dans  le  typhus 
récurrent  elle  ne  présente  pas  encore  de  dangers  en  elle-même.  La 
température  la  plus  élevée  dans  un  cas  suivi  de  guérison  a  été  ré- 
cemment indiquée  par  Mader  (séance  de  la  Société  royale  de  mé- 
decine. Sitzung  de  K.  K.  Gesellschaft  (1er  Aerzte,  5  juin  1868) 
chez  un  soldat  revenu  du  Mexique  et  qui  avait  été  affecté  d'abord 
de  fièvre  intermittente  irrégulière,  la  température  serait  montée 
à  48°, 5  ?  après  des  hémorrhagies  répétées,  faiblesse  extrême,  ob- 
tusion  de  l'ouïe;  c'est  la  transfusion  du  sang  qui  l'aurait  sauvé  et 
déjà  le  lendemain  la  température  aurait  été  presque  normale  (Wie- 
ner Wochenblatt,  t.  XXIV,  p.  255). 

Comme  déjà  nous  l'avons  mentionné  page  42,  Lewig  a  observé 
des  cas  d'insolation  présentant  une  température  de  42°, 8  avec  issue 
heureuse.  Parmi  mes  observations,  je  ne  me  rappelle  pas  une  seule 
(excepté  deux  cas  de  fièvre  récurrente  à  42°, 2)  qui,  ayant  dépassé 
l'élévation  de  42°, 125  (55°, 7  R.)  (frissons  violents  dans  le  cours 
d'un  typhus  abdominal)  se  soit  terminée  par  la  guérison. 

La  limite  inférieure  de  la  température,  compatible  avec  la  vie, 
peut  encore  moins  positivement  être  indiquée.  La  température  la 
plus  basse  notée  dans  mes  observations  pour  les  cas  de  guérison 
est  de  55°, 5  (26°, 8  R.)  avec  62  pulsations  par  minute  (dans  le  col- 
lapsus  de  défervescence  d'un  typhus  abdominal). 

5.  Dans  tous  les  degrés  moins  extrêmes,  il  faut  d'abord  prendre 
en  considération  les  autres  conditions  du  cas. 

Avant  tout,  c'est  1 'individualité  du  malade  qui  doit  entrer  en  li- 
gne de  compte. 

Chez  les  enfants,  la  température  a,  en  général,  la  même  signi- 


208       DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE. 

fîcation  que  chez  les  adultes  ;  mais  ce  qui  les  distingue,  c'est  que 
la  température  offre  chez  eux  des  variations  plus  grandes  et  plus 
brusques  que  chez  les  individus  d'un  âge  avancé.  Les  oscillations 
sont  plus  rapides,  et  dans  les  maladies  fébriles,  on  constate  une 
élévation  précoce  et  une  moyenne  thermique  un  peu  plus  élevée 
que  chez  les  adultes.  Les  influences  accidentelles  agissent  égale- 
ment avec  plus  de  promptitude  et  d'intensité  sur  la  température. 

Si  on  trouve,  par  conséquent,  chez  un  enfant  une  température 
très-fébrile,  elle  n'a  pas,  en  général,  une  signification  aussi  sé- 
rieuse que  chez  la  plupart  des  adultes,  même,  abstraction  faite  de 
la  fièvre  intermittente  palustre,  elle  peut  appartenir  à  une  affec- 
tion paroxystique  de  très-courte  durée,  ou  même  elle  se  présente, 
sans  indiquer  un  danger  pressant,  dans  des  maladies  où  elle  au- 
rait, chez  l'adulte,  un  pronostic  presque  fatal.  Il  est  vrai  qu'une 
élévation  considérable  engage  aussi  chez  un  enfant,  à  la  surveil- 
lance la  plus  attentive  ;  mais  on  voit  assez  communément  des  élé- 
vations très-considérables  qu'on  a  trouvé  après  quelques  heures 
de  maladies,  après  une  demi-journée  ou  une  journée,  retomber  à 
l'état  normal  ou  du  moins  céder  le  pas  à  une  élévation  modérée  ; 
ce  qui  est  surtout  très-particulier  à  cet  âge,  ce  sont  notamment  des 
accès  fébriles  éphémères  sans  grande  portée.  —  il  ne  faut  donc 
pas  tirer  trop  rapidement  des  conclusions  de  la  première  observa- 
tion chez  les  enfants,  même  quand  elle  fait  constater  une  éléva- 
tion très-considérable. 

A  cet  âge  aussi,  il  peut  se  montrer  des  températures  plus  ou 
moins  élevées  à  certains  points  d'une  marche  morbide  où,  chez  les 
adultes,  la  température  est  habituellement  normale  ou  peu  élevée. 
Même  dans  la  convalescence,  on  voit  parfois  des  élévations  ther- 
miques considérables,  surtout  après  des  efforts  musculaires. 

Les  vieillards  et  les  hommes  d'un  certain  âge  présentent  d'or- 
dinaire dans  leurs  maladies  des  températures  d'un  demi-degré 
jusqu'à  1  degré  au-dessous  de  la  moyenne,  et  même  au-dessous 
de  la  minima,  de  celle  que  présenterait  la  même  forme  morbide 
chez  des  individus  plus  jeunes.  —  Et  pour  les  maladies  fébriles, 
l'âge  mûr  commence  assez  tôt  ;  à  une  époque  que  l'homme  sain 
compte  encore  parmi  les  plus  belles  années,  chez  les  uns,  un  peu 
plus  tôt,  chez  d'autres,  un  peu  plus  tard. 

Vers  la  cinquantaine,  les  élévations  thermiques  montrent  déjà 


DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE.       209 

le  caractère  sénile  dans  les  maladies  fébriles  et  il  y  en  a  beau- 
coup où  les  modifications  imprimées  par  l'âge  se  font  déjà  perce- 
voir vers  la  quarantaine. 

Ce  caractère  sénile  est  si  particulier  que,  une  fois  le  diagnostic 
porté  par  une  autre  voie,  on  peut,  pour  ainsi  dire,  reconnaître  l'âge 
par  l'élévation  thermique.  Au  contraire,  quand  on  ne  prend  pas 
en  considération  l'âge  avancé,  une  élévation  modérée  peut  aisé- 
ment induire  en  erreur  sur  la  forme  et  la  gravité  de  la  mala- 
die, surtout  à  la  première  mensuration  ou  avant  que  le  diagnos- 
tic ait  été  établi.  D'un  autre  côté,  les  hommes  d'un  certain  âge 
ont  une  tendance  marquée  à  des  températures  de  collapsus,  et 
celles-ci  atteignent  quelquefois  chez  eux  un  abaissement  considé- 
rable. 

Voir  quelques  travaux  sur  la  température  des  vieillards  fébri- 
citants,  deCharcot  (De  V état  fébrile  chez  les  vieillards,  in  Gaz.  des 
Hop.  1867,  n°  69-74)  et  de  Bergeron  (Recherches  sur  la  pneu- 
monie des  vieillards,  1866). 

Beaucoup  de  femmes  et  aussi  des  hommes  dont  la  constitution 
physique  et  psychique  est  quelque  peu  irritable,  et  pour  ainsi  dire 
féminine,  présentent  aussi  une  modalité  thermique  tout  à  fait 
analogue  à  celles  des  enfants.  C'est  surtout  chez  les  personnes  dé- 
licates, sensibles,  nerveuses,  de  constitution  hystérique  que  se 
montrent  des  élévations  thermiques  brusques  et  considérables  à 
la  moindre  occasion  et  même  en  apparence  sans  aucun  motif  ou 
bien  se  maintiennent  pendant  une  durée  de  temps  extraordinaire- 
ment  longue.  Mais  quand,  chez  ces  individus,  la  température  éle- 
vée n'est  pas  accompagnée  d'autres  symptômes  décisifs,  il  faut 
suspendre  son  jugement.  En  tout  cas,  une  élévation  inaccoutumée 
de  la  température  devra  faire  continuer  avec  soin  l'observation. 

6.  Pour  tirer  profit  des  résultats  d'une  mensuration,  il  faut 
faire  grand  cas  de  l'heure  de  la  journée  à  laquelle  l'observation  est 
faite  et  déduire  de  ce  fait  les  fluctuations  diurnes. 

Pareillement,  il  ne  faut  jamais  négliger  le  temps  de  la  diges- 
tion qui  cause,  d'ordinaire,  une  augmentation  de  température 
beaucoup  plus  considérable  chez  les  malades  qu'à  l'état  de  santé  ;  il 
faut  également  tenir  compte  de  toutes  les  autres  influences  acci- 
dentelles dans  une  mensuration  isolée.  —  Je  noterai  enfin  que 

'    14 


210       DE  IA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA.  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE. 

les  mensurations  faites  sur  des  malades  qui  viennent  de  subir  un 
déplacement,  sont  toujours  incertaines,  car  le  transport  peut 
aussi  bien  élever  la  température  que  l'abaisser. 

7.  Il  est  très-important  dans  une  mensuration  isolée,  surtout 
quand  elle  ne  fournit  pas  de  résultats  absolument  décisifs,  d'ob- 
server attentivement  les  autres  phénomènes  qui  se  présentent  et 
d'examiner  notamment  s'ils  s'accordent  ou  s'ils  sont  en  contra- 
diction avec  les  résultats  thermiques. 

Pour  juger,  à  son  vrai  point  de  vue,  les  rapports  de  la  tempéra- 
ture avec  les  autres  phénomènes  pathologiques  d'une  maladie,  il 
faut  toujours  se  souvenir  que  ces  rapports  sont  extrêmement  va- 
riables : 

a.  Les  troubles  thermiques  peuvent  être  déterminés  par  la  ma- 
ladie d'un  organe  qui,  en  lui-même,  présente  des  phénomènes 
plus  ou  moins  caractérisés.  Dans  ce  cas,  les  modifications  de  la 
température  sont  le  résultat  d'une  maladie  locale. 

b.  Les  écarts  thermiques  et  un  plus  ou  moins  grand  nombre 
d'autres  phénomènes  ont  leur  source  commune  dans  une  cause 
déterminée,  telle  qu'une  infection,  une  intoxication  ou  tout  au- 
tre influence  morbifique. 

c.  Les  modifications  thermiques  et  en  particulier  celles  qui  pré- 
sentent un  écart  considérable  ou  une  longue  durée,  produisent 
déjà  par  elles  seules,  des  troubles  fonctionnels  plus  ou  moins  accu- 
sés, et  quand  elles  persistent  pendant  longtemps,  elles  peuvent 
entraîner  des  altérations  histologiques,  de  sorte  que  dans  la  fièvre 
intense  aussi  bien  que  dans  le  collapsus,  il  peut  se  produire  une 
série  de  phénomènes  pathologiques  qui  sont  sous  la  dépendance 
exclusive  de  l'excès  même  de  la  température  et  qui  portent  sur  la 
circulation,  la  respiration  et  les  sécrétions  et  même  sur  le  système 
nerveux.  Mais  ici  encore  il  ne  faut  pas  négliger  cette  circonstance 
qu'il  n'existe  pas  de  parallélisme  absolu  entre  les  degrés  d'éléva- 
tion ou  d'abaissement  de  la  température  et  le  reste  des  phénomè- 
nes morbides.  On  sait,  en  effet,  par  expérience  que  les  troubles 
nerveux  les  plus  intenses  coïncident  plutôt  avec  des  changements 
brusques  de  l'état  thermique  qu'avec  une  marche  uniforme  et  con- 
tinue de  la  température. 


DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE.        211 

cl.  Il  y  a  enfin  une  foule  de  circonstances  qui  peuvent  déterminer 
un  désaccord  entre  un  ou  plusieurs  symptômes  et  les  modalités  de 
la  température. 

Dans  chaque  cas  particulier,  il  s'agit  d'abord  de  savoir  jusqu'à 
quel  point  la  température  constatée  s'accorde  avec  les  autres  phé- 
nomènes. —  Si  elle  est  en  harmonie  avec  l'ensemble  de  l'état  gé- 
néral du  malade,  avec  chacun  des  phénomènes  pris  séparément  et 
si  elle  est  conforme  au  genre,  au  degré  et  au  caractère  de  la  mala- 
die, elle  est  alors  la  plus  éclatante  et  à  la  fois  la  plus  précieuse  con- 
firmation du  diagnostic. 

Si,  au  contraire,  on  observe  un  contraste  entre  l'élévation  ther- 
mique et  les  autres  phénomènes,  il  faut,  en  tout  cas,  attribuer  la 
plus  grande  importance  à  la  température,  lorsque  ses  écarts  sont 
assez  notables  pour  primer  toutes  les  autres  manifestations  symp- 
tomatiques.  Mais  si  l'écart  thermique  est,  au  contraire,  plus  faible 
que  ne  permettrait  de  le  supposer  l'intensité  des  autres  phéno- 
mènes, il  faut  en  premier  lieu  vérifier  le  résultat  thermique  lui- 
même,  puis  diriger  son  attention  sur  les  influences  accidentelles, 
thérapeutiques  ou  autres,  qui  peuvent  être  survenues  et  qui  sont 
capables  de  faire  baisser  la  température  ou  d'accroître  l'intensité 
des  autres  phénomènes. 

En  outre,  pour  bien  juger  du  désaccord  qui  existe  entre  une 
modification  thermique  légère  et  d'autres  phénomènes  très-graves, 
on  doit  se  demander  si  l'on  n'a  pas  affaire  à  quelque  forme  mor- 
bide particulière  ou  à  quelque  période  delà  maladie,  précisément 
caractérisée  par  ce  contraste. 

Si  aucune  des  précédentes  explications  n'est  admissible,  on  peut 
en  se  fondant  sur  ce  désaccord  symptomatique,  être  certain  qu'il 
n'existe  aucune  maladie  intercurrente  dont  on  aurait  pu  de  prime 
abord  supposer  la  présence,  ou  bien  que  l'affection  est  déjà  arri- 
vée à  un  stade  avancé  ou  qu'il  est  survenu  des  complications. 

Un  abaissement  thermique  très-marqué  peut  indiquer  que  le 
malade  est  près  d'entrer  dans  la  période  de  collapsus. 

8.  Lorsque  c'est  Y  état  général  qui  est  en  désaccord  avec  la  tem- 
pérature, en  ce  sens  qu'il  est  dans  des  conditions  plus  ou  moins 
fâcheuses,  tandis  que  la  température  se  maintient  à  peu  près  à  son 
taux  normal,  il  peut  bien  exister  un  trouble  dans  l'organisme, 


212       DE  LA  MENSURATION  ISOLEE,  SA  VALEUR  SEMEIOLOGIQUE. 

mais  il  n'offre  jamais  un  notable  degré  d'acuité,  quand  bien  même 
la  maladie  serait  à  son  début.  Si  donc  un  malade  accuse  de  vives 
souffrances,  tout  en  présentant  une  température  normale,  on  a 
tout  lieu  de  croire  qu'il  simule  ou  qu'il  exagère  son  état. 

Quand,  au  contraire,  l'état  général  est  satisfaisant  tandis  que  les 
écarts  thermiques  sont  considérables,  on  peut  précisément  conclure 
de  ce  contraste,  que  la  maladie  doit  probablement  être  grave  et 
dangereuse.  C'est  surtout  dans  les  typhus  et  dans  les  maladies  in- 
fectieuses que  se  montre  ce  désaccord. 

Dans  les  maladies  fébriles  graves,  au  moment  des  crises  favora- 
bles, le  malade  accuse  un  sentiment  de  malaise  extrême,  tandis 
que  sa  température  devient  normale  ou  sous-normale,  surtout 
quand  la  défervescence  dégénère  en  collapsus.  Dans  ce  cas,  il  ne 
faut  pas  se  laisser  induire  en  erreur  par  le  mauvais  état  apparent 
du  malade  et  l'on  peut  être  sûr  qu'il  vient  d'entrer  en  convales- 
cence 

9.  Très-souvent,  il  n'y  a  pas  d'harmonie  entre  la  température 
et  la  fréquence  du  pouls. 

On  peut  admettre  que,  dans  les  états  fébriles  des  adultes,  une 
température  légèrement  fébrile  correspond  en  général  à  une  fré- 
quence du  pouls  représentée  par  80-90  pulsations,  une  tempéra- 
ture plus  pyrétique  équivaut  à  108-120  pulsations.  Ce  dernier 
chiffre  est  dépassé  dans  le  cas  de  températures  hyperpyréliques. 
Mais  toutes  ces  évaluations  n'ont  qu'une  valeur  approximative. 

Chez  les  enfants  et  chez  les  individus  faibles  ou  nerveux  les  rap- 
ports sont  tout  différents  et  la  fréquence  du  pouls  est,  en  général, 
beaucoup  plus  considérable. 

Une  fréquence  de  pouls  légèrement  amoindrie,  proportionnelle- 
ment à  l'élévation  de  la  température,  peut  être  considérée  comme 
un  indice  favorable;  elle  révèle,  en  effet,  le  calme  du  système 
nerveux  ;  mais  le  pouls  ralenti  avec  une  température  très-haute, 
dénote  la  présence  de  conditions  particulières  qu  il  faut  recher- 
cher par  d'autres  voies.  Ainsi,  il  peut  y  avoir  :  compression  du 
cerveau,  rétention  des  éléments  biliaires  dans  le  sang,  action 
spéciale  de  médicaments  qui  ralentissent  le  pouls,  etc.... 

Un  pouls  dont  l'accélération  n'est  pas  en  rapport  avec  le  degré 
thermique  trahit  des  perturbations  du  cœur  produites,  soit  par 


DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SËMÉIOLOGIQUE.       215 

des  lésions  de  cet  organe,  soit  par  des  affections  des  voies  respira- 
toires, du  thorax  ou  de  l'abdomen,  ou  enfin  de  simples  troubles 
nerveux.  Mais  il  ne  faut  pas  négliger  ce  point  important  :  à  savoir 
que,  chez  beaucoup  de  malades,  tout  mouvement  si  modéré  qu'il 
soit,  peut  augmenter  considérablement  la  fréquence  du  pouls. 

Il  résulte  donc  de  tout  ce  qui  précède  que,  l'accélération  du 
pouls  est  une  mauvaise  pierre  de  touche  de  l'état  fébrile. 

En  général,  l'élément  à  la  fois  le  plus  important  et  le  plus  déci- 
sif est  presque  toujours  celui  qui  présente  la  plus  grande  gravité  : 
ainsi,  quand  il  y  a  eu  en  même  temps  grande  fréquence  du  pouls  et 
élévation  modérée  de  la  température,  c'est  le  premier  terme  qui 
a  le  plus  d'importance  ;  si  une  accélération  modérée  du  pouls  se 
joint  à  une  grande  élévation  thermique,  c'est  cette  dernière  qui 
doit  surtout  être  prise  en  considération.  L'état  du  malade  est  d'au- 
tant plus  grave  que  le  contraste  entre  ces  deux  manifestations  pa- 
thologiques est  plus  accusé.- 

En  revanche,  une  faible  augmentation  de  fréquence  du  pouls 
combinée  avec  une  température  sous-normale  n'aggrave  nullement 
le  pronostic. 

10.  La  fréquence  de  la  respiration  est  encore  moins  en  rapport 
avec  le  degré  thermique.  Dans  les  basses  températures  de  collap- 
sus,  la  respiration  est  ordinairement  accélérée,  sans  qu'il  soit  pos- 
sible d'établir  une  règle  à  cet  égard,  pas  plus  que  pour  les  tempé- 
ratures hyperpyrétiques.  A  côté  des  cas  où  la  respiration  est  fré- 
quente, on  en  trouve  assez  souvent  d'autres  dans  lesquels  elle 
descend  au-dessous  du  niveau  normal. 

Avec  une  température  approximativement  normale,  aussi  bien 
qu'avec  une  fièvre  très-légère,  la  respiration  en  elle-même  est  à 
peine  influencée;  c'est  seulement  chez  les  enfants  que  l'on  trouve 
parfois  une  fréquence  accrue  même  dans  les  cas  de  fièvre  légère. 
Par  conséquent,  toutes  les  fois  qu'un  état  légèrement  fébrile  sera 
accompagné  d'accélération  respiratoire,  il  faudra  soupçonner  la 
présence  de  conditions  locales  produisant  ce  phénomène. 

Dans  la  fièvre  de  moyenne  intensité,  on  observe  d'ordinaire  une 
fréquence  respiratoire  qui  dépasse  rarement  20  inspirations  par 
minutes  chez  l'adulte  et  qui,  chez  les  enfants,  peut  atteindre  le 
chiffre  de  40  ou  50  inspirations.  —  Mais,  dans  les  fièvres  graves 


214       DE  LA  MENSURATION  ISOLEE,  SA  VALEUR  SEMEIOLOGIQUE. 

et  intenses,  l'accélération  respiratoire  monte  à  50  et  au  delà  ;  chez 
lesenfants,  elle  s'élève  souvent  dans  ces  cas  au-dessus  de  60. 

La  fréquence  de  la  respiration  chez  les  fébricitants  peut  aussi 
être  notablement  accrue  par  l'exercice  et  les  efforts  musculaires. 

11.  Entre  les  symptômes  cérébraux  et  la  température,  il  peut  y 
avoir,  tantôt  parallélisme  et  tantôt  divergence.  En  outre,  les  dispo- 
sitions individuelles  peuvent  produire  les  plus  grandes  différences. 

Quand  la  fièvre  est  légère  ou  modérée,  chez  l'adulte  elle  ne  re- 
tentit que  bien  faiblement  sur  le  cerveau;  mais,  chez  les  enfants 
et  les  vieillards,  la  participation  de  cet  organe  à  l'état  morbide 
s'accuse  par  des  phénomènes  violents. 

Même  avec  une  fièvre  considérable,  les  fonctions  cérébrales  ne 
sont  pas  encore  assez  troublées  chez  les  adultes  pour  que  les  idées 
soient  confuses  et  la  parole  incohérente  ;  il  faut  que  la  fièvre  soit 
très-intense  pour  qu'elle  puisse  à  elle  seule  provoquer  du  délire 
ou  tout  autre  trouble  fonctionnel. 

Si  done,  une  température  qui  n'est  pas  hyperpyrétique,  est  ac- 
compagnée de  phénomènes  cérébraux  intenses,  on  peut,  apriori, 
admettre  l'existence  dans  le  cerveau  d'une  affection  locale  et  in- 
dépendante ;  à  moins  toutefois  que  le  malade  ne  soit  ni  un  enfant 
ni  un  vieillard.  Cette  conclusion  est  d'autant  plus  légitime  que  la 
température  s'éloigne  davantage  des  degrés  hyperpyrétiques,  et 
que  l'idiosyncrasie  du  sujet  explique  moins  le  retentissement 
morbide  sur  le  cerveau. 

Cependant,  à  l'occasion  de  l'abaissement  thermique  rapide  qui 
se  produit  dans  le  collapsus  et  dans  quelques  cas  de  défervescence, 
il  se  manifeste  parfois  des  symptômes  cérébraux  alarmants,  préci- 
sément pendant  que  cet  abaissement  a  lieu,  et  notamment  de  vio- 
lents délires,  des  accès  de  manie  qui,  dans  ces  conditions,  sont 
loin  de  présenter  la  gravité  que  l'on  serait,  de  prime-abord,  tenté 
de  leur  attribuer.  Il  est  vrai  que  des  phénomènes  cérébraux  ana- 
logues se  rencontrent  également  dans  le  collapsus  agonique,  et 
pour  éviter,  en  pareil  cas,  toute  confusion,  il  faut  s'aider  des  au- 
tres manifestations  pathologiques. 

12.  Signification  du  résultat  d'une  mensuration  isolée  chez  un 
individu  réputé  sain. 


DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOG1QCE.       215 

Les  écarts  thermiques  sont,  dans  ce  cas,  le  plus  souvent  insigni- 
fiants, on  en  rencontre  parfois  cependant  de  considérables  :  pen- 
dant les  règles  et  les  couches,  dans  la  période  de  lactation,  au 
moment  de  la  dentition,  lorsque  la  croissance  est  extrêmement 
rapide,  après  de  grandes  fatigues,  dans  les  états  de  dépression  psy- 
chique, etc.,  la  température  est  assez  souvent  augmentée  :  dans 
ces  conditions,  la  persistance  d'une  température  normale  est  donc 
une  excellente  garantie  de  la  force  de  résistance  de  l'organisme 
et  une  preuve  qu'il  n'existe  pas  encore  de  processus  patholo- 
gique. 

En  revanche,  si  l'on  trouve  des  transgressions  de  la  température 
hors  de  son  cycle  normal,  il  importe  de  connaître  d'abord  le  degré 
de  l'écart  thermique  et,  en  second  lieu,  la  nature  de  l'individu. 

En  tout  cas,  toute  modification  thermique  doit  éveiller  l'atten- 
tion vers  un  examen  scrupuleux  et  continu. 

Une  température  sous-normale  chez  des  individus  en  apparence 
bien  portants  n'a  pas  habituellement  grande  valeur,  bien  qu'elle 
puisse  faire  soupçonner  que  l'individu  a  été  frappé  par  une  in- 
fluence nocive  ou  bien  que  l'organisme  sain  en  apparence  contient 
cependant  le  germe  morbifique. 

La  modalité  thermique  qui  se  présente  le  plus  fréquemment 
chez  les  individus  sains  en  apparence  et  ne  se  trouvant  pas  dans 
des  conditions  anomales,  est  la  température  sous-fébrile. 

Elle  indique  que  l'organisme  ne  possède  pas  sa  complète  inté- 
grité et  qu'il  existe  au  moins  une  imminence  morbide.  — 
Chez  les  enfants,  surtout  dans  le  premier  âge,  ces  températures 
peuvent,  il  est  vrai,  être  produites  par  des  influences  extérieures, 
insignifiantes,  par  des  mouvements,  etc.,  mais,  chez  les  adultes, 
les  températures  sous-fébriles  indiquent  la  probabilité  de  quelque 
trouble  latent,  d'autant  plus  sûrement  que  leur  constitution  est 
plus  vigoureuse. 

Une  pareille  constatation  doit  donc  conduire  à  l'exploration  ulté- 
rieure des  poumons,  du  cœur,  des  intestins,  de  la  sécrétion  uri- 
naire,  ainsi  qu'aune  surveillance  active  et  continue  et  surtout  à 
des  mensurations  répétées. 

Les  températures  fébriles  se  rencontrent  aussi  chez  des  indivi- 
dus en  apparence  bien  portants,  il  est  vrai  que  la  fébrilité  ther- 
mique n'est,  le  plus  souvent,  que  très-modérée.  Ces  températures 


21 6      DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUK  SÉÏIÉIOLOGIQUE. 

sont  un  indice  certain,  soit  d'un  trouble  préexistant,  soit  d'une 
anomalie  produite  par  une  influence  extérieure,  soit  du  début 
d'une  maladie  pour  ainsi  dire  larvée  ou  enfin  de  quelque  affection 
chronique  restée  latente.  Il  va  sans  dire  que  cette  première  consta- 
tation doit  être  suivie  d'un  examen  attentif  et  persévérant. 

15.  Signification  de  la  mensuration  isolée  dans  les  indispositions 
en  apparence  insignifiantes. 

Les  indispositions  qui  ne  permettent  pas  encore  d'établir  un 
diagnostic  sont  promptement  reconnues,  grâce  à  l'emploi  du  ther- 
momètre. 

Une  température  normale  indique  bien  que  l'indisposition  est 
insignifiante,  mais  il  faut  avoir  soin  dans  ce  cas  de  répéter  une  se- 
conde fois  la  mensuration  après  un  certain  temps,  notamment  dans 
les  heures  où  se  présentent  habituellement  les  cxacerbations. 

Une  température  sous-normale  ou  sous-fébrile  permet  aussi  de 
supposer  un  léger  dérangement,  surtout  quand  il  n'est  pas  préci- 
sément à  son  début. 

Mais  aussitôt  que  la  température  présente  une  élévation  fébrile , 
il  est  nécessaire  de  redoubler  d'attention,  quoique  une  telle  aug- 
mentation thermique  ne  soit  nullement  la  preuve  du  début  d'une 
maladie  grave  et  qu'en  particulier  les  femmes,  les  enfants  et  tous 
les  sujets  nerveux  et  impressionnables,  ou  affectés  de  maladies 
chroniques,  les  phthisiques  enfin,  présentent  passagèrement  une 
température  fébrile  dans  de  simples  indispositions. 

Mais  quand  il  y  a  une  élévation  considérable  de  la  température, 
il  faut  s'attendre  à  un  trouble  sérieux,  en  pareille  occurrence,  il 
faut  donc  que  les  malades  ne  quittent  pas  le  lit  et  que  le  médecin 
apporte  de  son  côté  toute  sa  vigilance  et  toute  son  attention. 

14.  Dès  le  début  d'une  maladie  fébrile  aiguë,  il  est  rarement  pos- 
sible de  faire  un  diagnostic. 

Si,  dans  ce  cas,  on  trouve  une  température  normale  ou  une 
élévation  fébrile  modérée,  on  peut  exclure  avec  un  certain  de- 
gré de  certitude  la  pneumonie  lobaire  flbrineuse,  la  variole  et  la 
scarlatine. 

Si,  à  une  heure  vespérale,  la  température  est  normale  ou  n'est 
que  légèrement  fébrile,  la  maladie  n'est  pas  une  affection  typhoïde. 


DE  LA.  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE.       217 

Mais  si,  au  contraire,  dès  le  début  des  premiers  phénomènes,  la 
température  indique  aussitôt  une  fièvre  considérable,  le  cercle 
des  affections  possibles  est  assez  considérable  :  exanthèmes,  amyg- 
dalite, pneumonie,  pleurésie,  fièvre  intermittente,  fièvre  éphé- 
mère, méningite  de  la  voûte,  typhus  exanthématiqne,  etc.  ;  mais 
on  peut  du  moins  admettre  avec  grande  certitude  qu'il  n'y  a  pas 
typhus  abdominal.  —  La  grippe  et  le  catarrhe  intestinal  ne  sont  pas 
probables,  à  moins  que  des  influences  pernicieuses  considérables 
n'aient  affecté  les  intestins.  De  même,  un  rhumatisme  articulaire 
aigu  est  très-peu  vraisemblable. 

15.  Dans  beaucoup  de  cas,  le  diagnostic  d'une  maladie  aiguë  est 
encore  très-douteux  dans  la  première  moitié  de  la  première  se- 
maine. La  thermométrie  est  capable,  dans  beaucoup  de  cas,  sinon 
dans  tous,  de  fournir  dès  lors  quelques  indices  par  une  seule  men- 
suration. 

Les  températures  sous-normales  et  de  collapsus  ne  se  présentent 
que  dans  la  diarrhée,  le  choléra,  les  hémorrhagies,  les  perfora- 
tions intestinales  et  quelquefois  aussi  dans  la  gastrite  toxique  et 
même  dans  la  péritonite.  Si,  malgré  une  anamnèse  révélant  des 
symptômes  fébriles,  on  trouve  dans  l'un  des  premiers  jours  une 
température  normale,  surtout  à  une  heure  vespérine,  le  soupçon 
d'une  fièvre  intermittente  est  assez  justifié.  Au  moins  un  pareil 
état  thermique  exclut-il  les  typhus  abdominal  et  exanthématique, 
les  exanthèmes  aigus  avant  l'éruption  (abstraction  faite  de  la  rou- 
geole, de  la  roséole  et  de  la  variole).  Le  développement  d'inflam- 
mations graves  est  aussi  invraisemblable  dans  ces  circonstances  et 
en  général,  on  peut  conclure  d'une  température  vespérine  nor- 
male dans  les  premiers  jours  de  la  maladie  à  une  affection  de  peu 
d'importance. 

Si  la  température  du  matin  a  été  trouvée  normale,  on  peut  ex- 
clure à  peu  près  les  mêmes  maladies,  à  moins  qu'il  n'y  ait  une  cir- 
constance particulière  ayant  pu  déprimer  la  température.  —  Par 
contre,  il  peut  très-bien  exister  avec  un  pareil  état  thermique,  une 
affection  catarrhale,  une  rougeole,  une  pleurésie,  une  tuberculose 
aiguë,  une  méningite  granuleuse,  un  rhumatisme  aigu. 

Les  températures  sous-fébriles  et  les  températures  légèrement 
fébriles  ont  à  peu  près  la  même  signification,  avec  cette  seule  dif- 


218      DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE. 

férënce  que,  constatées  dans  les  premières  heures  matinales  et  même 
dans  la  deuxième  partie  de  la  matinée,  elles  n'excluent  pas  encore 
l'hypothèse  d'un  typhus  abdominal.  Dans  les  exanthèmes  aigus, 
encore  très-rudimentaires,  surtout  dans  la  rougeole,  il  peut  se  faire 
que  de  pareilles  températures  modérément  fébriles  se  trouvent  aussi 
avant  l'éruption  ;  dans  les  affections  catarrhales  et  rhumatismales, 
elles  sont  même  de  règle  dans  les  premiers  jours;  par  contre,  on  ne 
les  trouve  pas  dans  la  fièvre  intermittente,  à  moins  qu'on  ne  fasse 
la  mensuration  au  premier  début  ou  à  la  fin  d'un  paroxysme. 

Une  température  considérable  et  très-fébrile,  observée  dès  le 
premier  ou  le  deuxième  jour,  rend  improbable  l'existence  d'un 
typhus  abdominal  ou  prouve  du  moins  qu'il  a  commencé  plus  tôt 
que  les  autres  symptômes  ne  permettaient  de  le  supposer  ;  une  pa- 
reille conclusion  est  plus  justifiée  encore  si  la  température  élevée 
s'est  montrée  le  matin.  D'ailleurs,  une  mensuration  isolée  des  pre- 
miers jours  indiquant  une  fièvre  très-intense  n'explique  pas  la  na- 
ture du  processus  ;  elle  permet  seulement  de  s'attendre  à  une  ma- 
ladie grave,  pourvu  que  la  possibilité  d'une  fièvre  intermittente 
puisse  être  exclue. 

Si,  dans  les  premiers  jours  de  la  maladie,  le  diagnostic  est  déjà 
établi  d'après  d'autres  phénomènes,  le  degré  d'une  température 
isolée  donnera  au  moins  des  indications  sur  l'intensité  du  cas  en 
tant  que  des  élévations  extrêmes  dénotent  un  cas  grave  et  une  tem- 
pérature au-dessous  de  la  moyenne  dans  la  même  heure  du  jour, 
et  la  même  maladie,  fournit  de  grandes  probabilités  en  faveur  de 
sa  marche  bénigne. 

16.  Dans  le  cours  d'une  fièvre  qui  a  atteint  la  deuxième  moitié 
du  premier  septénaire,  le  diagnostic  peut  toujours  être  douteux. 
—  Voici  les  maladies  qui  peuvent  être  en  question  :  fièvre  prodro- 
mique  prolongée  d'un  exanthème,  typhus  abdominal  et  exanthéma- 
tique,  fièvre  récurrente,  pneumonie  lente,  grippe  intense  et  bron- 
chite capillaire,  tuberculose  nriliaire  aiguë,  fièvre  intermittente, 
méningite  tuberculeuse,  méningite  cérébro-spinale  épidémique, 
hépatite,  suppurations  internes,  ostéomyélite,  syphilis  aiguë. 

Une  mensuration  isolée  ne  peut  fournir  dans  ces  cas  que  de  fai- 
bles données  pour  décider  du  diagnostic. 

Si  on  trouve  la  température  normale,  sous-fébrile  ou  modéré- 


DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE.       219 

ment  fébrile,  surtout  le  soir,  et  si  une  influence  particulièrement 
dépressive  de  la  température  n'a  pas  eu  lieu,  on  peut  admettre 
avec  certitude  qu'il  n'y  a  là  ni  fièvre  prodromale  exanthématique 
ni  typhus. 

Trouve-t-on  la  température  fébrile  à  une  grande  hauteur,  on 
peut  exclure  avec  grande  probabilité  la  méningite  tuberculeuse. 
Ya-t-il  une  température  hyperpyrétique?  Il  peut  exister  une  fièvre 
intermittente  ou  une  maladie  infectieuse  maligne,  une  observa- 
tion ultérieure  attentive  et  la  répétition  de  la  mensuration  sont 
alors  très-nécessaires. 

Dans  tous  ces  cas,  la  température  est  le  meilleur  guide  pour  le 
diagnostic,  mais  l'investigation  thermométrique  bornée  à  une  seule 
mensuration  ne  peut  rendre  que  des  services  très-imparfaits,  et  il 
faut  éviter  d'en  tirer  des  conclusions  prématurées. 

17.  Si,  avec  un  diagnostic  d'une  maladie  fébrile  aiguë  encore 
douteux  jusque-là,  il  se  développe  un  exanthème,  ce  sont  naturel- 
lement la  forme  de  ce  dernier  et  les  autres  phénomènes  concomi- 
tants qui  doivent  fournir  les  principales  bases  du  diagnostic  ;  mais 
souvent  on  peut  encore  se  demander  pendant  un  certain  temps  s'il 
fautprendre  l'éruption  commençante  pour  la  variole,  la  rougeole,  la 
scarlatine,  le  typhus  exanthématique  ou  pour  un  exanthème  syphi- 
litique. Dans  ce  cas,  la  mensuration  thermométrique  peut  fournir 
des  indications  si,  après  des  troubles  généraux  considérables, 
la  température  s'abaisse  avec  l'éruption,  il  faut  supposer  la  variole, 
et  quand  cette  température  devient  complètement  normale,  il  y  a 
plus  de  probabilités  en  faveur  d'une  variole  modifiée  (varioloïde). 
Par  contre,  dans  la  rougeole,  la  scarlatine  et  le  typhus  exanthé- 
matique la  fièvre  persiste  après  le  commencement  de  l'éruption. 

18.  Si,  dans  le  cours  ultérieur  d'une  maladie  fébrile  aiguë,  le 
diagnostic  est  sûrement  établi  ou  paraît  l'être,  la  température 
donne  continuellement  les  indications  les  plus  précieuses  sur  les 
conditions  les  plus  importantes  du  cas  ;  mais  alors  aussi,  il  faut 
que  l'observation  soit  continue  et  minutieuse. 

Parfois  le  résultat  d'une  seule  mensuration  peut  acquérir  une 
grande  importance  ;  il  peut  contribuer  à  la  confirmation  du  dia- 
gnostic, mais  il  peut  aussi  soulever  des  doutes  ou  les  réfuter,  il 


220       DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SËMÊIOLOGIQUE. 

peut  encore  décider  du  degré  de  la  maladie,  révéler  des  modi- 
fications, des  complications,  ou  des  dangers. 

Pour  pouvoir  utiliser  de  cette  façon  le  résultat  d'une  seule  men- 
suration, il  faut  qu'on  soit  bien  familiarisé  avec  la  marche  ther- 
mique des  différentes  maladies. 

En  premier  lieu,  des  degrés  thermiques  proportionnellement 
élevés  sont  toujours  une  preuve  de  l'intensité  de  la  maladie,  même 
si  on  ne  les  a  constatés  qu'une  seule  fois.  Au  contraire,  des  degrés 
relativement  bas  ne  prouvent  rien  pour  la  bénignité  de  la  maladie, 
parce  que,  dans  les  cas  les  plus  graves,  un  abaissement  passager 
peut  survenir,  avec  ou  sans  motif  connu. 

Une  seule  température,  détachée  de  la  marche  thermique,  ne 
donne  droit  à  une  conclusion  positive  que  lorsqu'on  a  soigneuse- 
ment examiné  toutes  les  autres  conditions  du  cas. 

On  doit  à  peine  supposer  le  typhus  si,  à  une  période  quelconque 
comprise  entre  le  troisième  et  le  dixième  jour,  la  température 
n'est  pas  au  moins  modérément  fébrile  et  ne  s'élève  pas  considé- 
rablement aux  heures  vespérales  (au  moins  59°, 6)  à  moins  toute- 
fois qu'une  forte  action  modératrice  de  la  fièvre  n'ait  été  produite 
(hémorrhagie  abondante,  diarrhée  succédant  à  la  constipation)  ou 
que  l'individu  ne  soit  très-âgé.  Une  température  basse  en  contraste 
avec  la  marche  thermique  suivie  jusque-là,  peut  même  avant  que 
le  sang  se  soit  répandu  au  dehors  faire  soupçonner  une  hémorrhagie 
interne.  Même  plus  tard  et  jusqu'au  milieu  de  la  troisième  semaine, 
l'existence  d'un  typhus  abdominal  est  douteuse  quand  une  tempé- 
rature vespérale  (en  dehors  des  influences  citées  plus  haut)  présente 
moins  de  59°.  Des  températures  matinales  très-fébriles  (appro- 
chant 40°)  ou  des  températures  vespérales  de  41°  sont,  dans  cette 
maladie  (typhus  abdominal),  les  indices  d'un  état  grave. 

De  même,  le  danger  est  très-grand  quand  des  phénomènes  de 
collapsus  se  compliquent  d'une  grande  élévation  thermique  du 
tronc.  Les  températures  restant  normales,  le  matin,  dans  une 
période  avancée  de  la  maladie,  ne  sont  aucunement  l'indice  que  la 
fièvre  a  cessé. 

Dans  la  rougeole,  c'est  le  signe  d'une  complication  existante  ou 
imminente  si,  dès  que  l'exanthème  commence  à  pâlir  la  tempéra- 
turc  reste  toujours  fébrile.  Même  une  température  sous-fébrile  est 
suspecte. 


DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE.       221 

La  même  observation  s'applique  à  la  scarlatine,  mais  pour  une 
période  ultérieure. 

Le  résultat  fourni  par  une  seule  mensuration  peut  parfois  ac- 
quérir une  grande  importance  et  contribuer  puissamment  à  la  con- 
firmation du  diagnostic  ;  mais  il  peut  aussi  soulever  des  doutes  ou 
les  réfuter,  décider  du  degré  d'intensité  de  la  maladie,  en  révéler 
les  changements,  les  complications  et  les  dangers. 

Pour  pouvoir  utiliser  de  la  sorte  le  résultat  d'une  seule  mensu- 
ration, on  doit,  avant  tout,  se  familiariser  avec  la  marche  thermi- 
que des  différentes  maladies. 

En  premier  lieu,  des  degrés  thermiques  relativement  élevés  sont 
toujours  une  preuve  de  l'intensité  de  la  maladie,  ne  les  eût-on 
même  constatés  qu'une  seule  fois.  Au  contraire,  des  degrés  propor- 
tionnellement bas  ne  prouvent  nullement  en  faveur  de  la  bénignité 
de  la  maladie,  parce  que,  dans  les  cas  les  plus  graves,  il  peut  surve- 
nir, souvent  même  sans  cause  appréciable,  un  abaissement  passager 
de  la  température. 

Une  seule  constatation  thermique  faite  dans  le  cours  d'une  ma- 
ladie grave,  n'autorise  à  aucune  conclusion  précise  à  moins  que 
l'on  ait  soigneusement  réfléchi  à  toutes  les  autres  conditions  du 


cas. 


On  doit  à  peine  songer  au  typhus  si,  à  une  période  comprise 
entre  le  troisième  et  le  dixième  jour,  la  température  n'est  pas  au 
'  moins  modérément  fébrile  et  ne  présente  une  élévation  considé- 
rable dans  les  heures  vespérales  (au  moins  59°,  6)  à  moins  que  des 
causes  accidentelles  n'aient  antérieurement  abaissé  la  température, 
(telles  qu'une  abondante  hémorrhagie  ou  la  diarrhée  succédant  à 
la  constipation)  ou  enfin  à  moins  que  le  sujet  ne  soit  déjà  d'un 
certain  âge.  —  Une  basse  température  contrastant  avec  la  marche 
thermique  antérieure  peut  faire  soupçonner  une  hémorrhagie  in- 
terne avant  même  que  le  sang  ne  se  soit  répandu  au  dehors.  Plus 
tard  encore  et  jusqu'au  milieu  du  troisième  septénaire,  l'existence 
d'une  fièvre  typhoïde  est  douteuse  quand  la  température  du  soir 
(en  dehors  des  influences  précédemment  mentionnées)  reste  infé- 
rieure à  59°.  Des  températures  matinales  très-élevées  (voisines  de 
40")  ou  des  températures  vespérines  atteignant  41°  sont,  dans  cette 
maladie,  les  indices  d'un  état  dangereux  et  grave. 

De  même,  le  péril  est  très-grand  lorsque  des  phénomènes  de 


222       DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE. 

collapsus  se  compliquent  d'une   forte  élévation   thermique   du 
tronc. 

û 

Les  températures  normales  du  matin,"  dans  un  stade  avancé  de 
la  maladie,  ne  sont  en  aucune  façon  l'indice  de  la  fin  de  la  fièvre. 

Dans  la  rougeole,  si  la  température  reste  fébrile  après  que 
l'éruption  commence  à  s'effacer,  c'est  un  signe  de  complication  im- 
minente ou  actuelle.  Une  température  même  sous-fébrile  doit  être 
regardée  comme  suspecte. 

Pareille  observation  s'applique  à  la  scarlatine,  mais  à  une  pé- 
riode ultérieure. 

Dans  la  variole,  on  peut  admettre  avec  une  extrême  probabilité 
l'existence  d'une  variole  vraie  (c'est-à-dire  avec  le  stade  de  suppu- 
ration fébrile)  ou  d'une  complication  aussitôt  que  dans  la  période 
qui  succède  à  l'éruption,  la  température  ne  cesse  pas  d'être  fébrile. 

Dans  la  pneumonie  fibrineuse  ou  lobaire,  une  température  isolée 
normale  ou  sous-fébrile  ne  prouve  en  aucune  façon  que  le  proces- 
sus est  terminé.  Toute  température  hyperpyrétique  est  très-grave 
et  révèle  l'extrême  intensité  de  la  maladie  avec  d'autant  plus  de 
certitude  que  l'élévation  thermique  est  constatée  à  une  époque 
ultérieure  de  la  maladie  (par  exemple,  après  le  sixième  jour). 

Il  faut  cependant  avoir  égard  à  ce  fait  que,  parfois  une  issue  fa- 
vorable est  précédée  d'une  notable  élévation  thermique. 

Les  phénomènes  alarmants  dans  la  période  avancée  d'une  pneu- 
monie ne  présentent  ordinairement  pas  de  danger,  si  en  même 
temps  la  température  est  normale  ou  sous-fébrile  ;  et  l'on  peut  an- 
noncer en  toute  assurance  l'heureuse  terminaison. 

Dans  l'érysipèle  de  la  face,  une  température  fébrile  indique  que 
le  processus  n'est  pas  encore  terminé  et  que  de  nouvelles  poussées 
ou  des  complications  sont  imminentes. 

Dans  la  grippe  et  la  bronchite,  des  températures  très-élevées  ou 
hyperpyrétiques  sont  toujours  très-suspectes,  surtout  si  elles  se 
présentent  le  matin  ou  à  un  stade  avancé  de  la  maladie.  —  Elles 
indiquent  avec  probabilité  l'extension  de  la  maladie  aux  petites 
bronches  ou  bien  le  développement  d'une  pneumonie  ;  parfois  aussi 
elles  se  présentent  dans  les  cas  où  la  bronchite  aiguë  masque  une 
infiltration  granuleuse. 

Dans  la  coqueluche,  toute  température  fébrile  dénote  la  présence 
d'une  complication,  sauf  à  la  première  période  de  la  maladie. 


DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE.       223 

Dans  le  rhumatisme  articulaire  aigu,  une  mensuration  isolée  est 
de  médiocre  importance  pour  le  diagnostic;  elle  ne  suffit  même  pas 
pour  déceler  l'existence  de  complications  viscérales.  Il  n'y  a  que 
les  températures  extrêmement  élevées  qui  puissent  faire  présager, 
en  général,  la  gravité  du  cas. 

Dans  les  accidents  méningitiques,  une  température  hyperpyréti- 
que  dénote  toujours  une  lésion  de  la  convexité,  par  contre,  des 
températures  médiocrement  fébriles  ou  même  apyrétiques  font 
soupçonner  la  méningite  granuleuse  de  la  base. 

Dans  la  méningite  cérébro-spinale,  on  peut  rencontrer  toutes  les 
élévations  thermiques. 

Dans  la  pleurésie,  la  péricardite,  l'endocardite,  la  péritonite, 
une  température  très-fébrile  est  toujours  l'indice  d'un  grand  dan- 
ger, tandis  qu'une  fièvre  modérée  ou  même  un  état  apyrétique 
n'autorise  pas  à  porter  un  pronostic  favorable. 

Quand  un  malade,  présentant  les  signes  d'un  catarrhe  gastro- 
intestinal, a  toujours  été  bien  soigné  et  n'a  pas  été  exposé  à  des 
influences  nocives,  une  mensuration  même  isolée  indiquant  une 
certaine  élévation  thermique,  doit  éveiller  l'attention  et  faire  tout 
d'abord  penser  à  la  fièvre  typhoïde  ou  à  une  inflammation  latente. 
Mais,  en  pareil  cas,  il  faut  à  plusieurs  reprises  avoir  constaté  des 
températures  élevées  pour  pouvoir  affirmer  la  présence  d'une  ma- 
ladie grave. 

La  fièvre  intermittente  sera  mise  en  doute,  lorsque,  vers  la  fin 
du  frisson  ou  au  commencement  du  stade  de  chaleur,  la  tempéra- 
ture ne  monte  pas  à  41°  ou  au-dessus.  Mais  si  elle  dépasse  41°, 8 
le  diagnostic  de  fièvre  intermittente  sera  encore  plus  improbable. 
—  Il  sera  également  douteux  si  la  température  n'est  pas  normale 
dans  la  période  d'apyrexie. 

Quand  les  accès  ont  cessé  et  qu'il  n'y  a  pas  d'autre  phénomène 
morbide,  si  la  température  reste  encore  fébrile,  c'est  une  preuve 
que  la  fièvre  intermittente  n'a  pas  complètement  disparu. 

19*  Dans  la  période  de  défervescence,  les  mensurations  isolées 
ne  fournissent  pas  de  résultat  certain;  cependant,  une  basse  tem- 
pérature se  montrant  dans  les  heures  vespérales  est  le  signe  de  la 
décroissance  de  la  fièvre.  Dans  la  période  de  déclin  et  dans  celle 
qui  lui  succède,  la  température  franchit  très-souvent  les  limites 


224       DE  LA.  MENSURATION  ISOLEE,  SA  VALEUR  SEMEIOLOGIQUE. 

normales,  surtout  après  des  maladies  graves  et  chez  des  individus 
de  faible  constitution  ;  souvent  même  elle  tombe  à  un  si  bas 
degré  qu'elle  peut  inspirer  des  inquiétudes.  Parfois,  ces  collapsus 
se  combinent  avec  d'autres  phénomènes  plus  ou  moins  graves  ; 
dans  d'autres  cas,  on  ne  peut  les  reconnaître  que  d'après  l'état  de 
la  température.  —  Plus  un  tel  collapsus  est  voisin  de  la  période 
de  défervescence,  moins  il  présente  de  dangers,  car  on  peut  le  re- 
garder alors  comme  un  véritable  collapsus  de  déclin. 

20.  Après  le  déclin  de  la  maladie  et  pendant  la  convalescence, 
la  température  est,  en  général,  normale;  néanmoins,  on  peut  y 
rencontrer  passagèrement  des  températures  de  collapsus  et,  le  cas 
échéant,  celles-ci  ont  une  signification  d'autant  plus  grave  qu'elles 
surviennent  à  une  époque  plus  éloignée  de  la  défervescence,  et 
l'on  doit,  en  pareille  occurrence,  se  demander  si  le  collapsus  n'a 
pas  été  déterminé  par  une  hémorrhagie  interne  ou  par  une  perfo- 
ration intestinale. 

De  simples  températures  sous-normales  se  produisent  aussi  chez 
les  convalescents,  sans  avoir  en  elles-mêmes  une  signification  posi- 
tivement défavorable  ;  mais  elles  indiquent  que  la  convalescence 
est  loin  d'être  définitive  et  permettent  de  supposer  que  la  nutrition 
n'a  pas  repris  son  équilibre. 

La  température  des  convalescents  est  du  reste  très-mobile  et  ac- 
cessible aux  influences  les  plus  légères  ;  on  peut  donc,  dans  cette 
période,  surprendre  la  température  à  un  degré  d'élévation  plus 
ou  moins  considérable. 

De  semblables  fluctuations  thermiques  sont  en  général  l'indice 
d'une  convalescence  imparfaite  ou  troublée. 

Les  températures  fébriles  que  l'on  constate  dans  cette  période, 
peuvent  tenir  à  plusieurs  causes  secondaires,  telles  que  : 

1°  A  un  écart  relatif  de  régime,  notamment  à  l'ingestion  pré- 
maturée de  viande  ou  de  boissons  alcooliques ,  ou  bien  à  une 
trop  grande  réplétion  de  l'estomac  ; 

2°  A  un  effort  musculaire  dépassant  les  forces  du  malade  ; 
chez  beaucoup  de  convalescents,  en  effet,  la  température  s'élève 
rapidement  aussitôt  qu'ils  quittent  le  lit,  ou  bien  s'ils  se  lèvent 
trop  tôt  ou  s'ils  restent  trop  longtemps  levés  ; 

5°  A  la  constipation  ; 


DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE.       225   ■ 
4°  Certaines  autres  influences  plus  ou  moins  insignifiantes  qui 
peuvent  agir  sur  les  convalescents. 

Mais  les  modifications  thermiques  qui  se  montrent  dans  la  con- 
valescence peuvent  être  produites  par  des  troubles  importants  qui, 
peut-être,  ne  sont  pas  encore  accessibles  au  diagnostic  et  ne  se 
trahissent  que  par  la  température  elle-même  (comme,  par  exem- 
ple, une  guérison  incomplète  du  processus  morbide,  une  réversion 
delà  maladie,  des  affections  chroniques  latentes,  ou  bien  une  ma- 
ladie nouvelle)  ;  mais  la  mensuration  isolée  n'a  aucune  valeur 
décisive  en  pareil  cas  et  n'est  qu'un  simple  avertissement  à  réité- 
rer l'examen  thermométrique  et  à  apporter  une  plus  grande  atten- 
tion à  tous  les  autres  phénomènes  pathologiques. 

21.  Quand  une  maladie  fébrile  aiguë  semble  prendre  une  tour- 
nure grave,  une  seule  mensuration  suffit  quelquefois  pour  décider 
si  c'est  l'issue  fatale  qui  se  prépare.  On  peut  admettre  que  le  ma- 
lade est  en  danger  de  mort  dans  les  conditions  suivantes  :  quand  la 
température  devient  hyperpyrétique,  quand  elle  est  modérément 
fébrile  ou  quand  elle  redescend  jusqu'à  l'état  normal  et  même 
au-dessous  de  la  normale,  tandis  que  les  autres  phénomènes  ac- 
cusent une  intensité  extrême. 

22.  Dans  les  maladies  en  elles-mêmes  apyrétiques,  l'unique  consta- 
tation d'une  température  élevée  présente  toujours  une  certaine 
gravité.  Par  exemple  : 

Dans  les  affections  du  système  nerveux  (épilepsie,  chorée,  hys- 
térie, tétanos,  névralgie,  apoplexie).  Dans  ce  cas,  l'élévation  ther- 
mique peut  résulter  d'un  trouble  fébrile  intercurrent  ou  bien  être 
le  signe  avant-coureur  d'une  mort  prochaine. 

Dans  l'ictère,  où  toute  température  fébrile  est  extrêmement  sus- 
pecte. 

Dans  les  maladies  accompagnées  de  vomissements,  de  diarrhée 
et,  en  général,  de  collapsus.  —  Ici  la  température  fébrile  du  tronc 
est  le  prélude  de  la  réaction. 

Du  reste,  l'élévation  thermique  qui  apparaît  dans  des  maladies 
antérieurement  apyrétiques  peut  aussi  indiquer  une  exacerbation 
ou  une  complication. 
D'un  autre  côté,  les  températures  de  collapsus,  dans  ces  maladies, 

15 


226       DE  LA  MENSURATION  ISOLÉE,  SA  VALEUR  SÉMÉIOLOGIQUE. 

quand  elles  descendent  trop  bas,  peuvent  aussi  devenir  extrême- 
ment graves. 

25.  Dans  les  maladies  chroniques,  accompagnées  de  fièvre,  une 
mensuration  isolée  est  naturellement  d'un  bien  faible  secours 
pour  le  diagnostic.  —  On  doit  procéder  à  une  observation  sui- 
vie aussitôt  que  la  mensuration  isolée  n'est  plus  conforme  aux 
conclusions  que  l'on  était  autorisé  jusque-là  à  tirer  de  la  marche 
de  la  maladie. 

Une  température  de  collapsus  est  un  symptôme  plus  grave  dans 
les  maladies  chroniques  quedanslescas  aigus,  à  moins  quede  sem- 
blables abaissements  thermiques  ne  soient  conformes  à  la  nature 
de  l'affection. 


IX 


FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE 

CHEZ  LES  MALADES 


1.  La  température  des  malades  présente  des  variations  plus 
ou  moins  considérables  dans  le  courant  de  la  journée.  —  Ja- 
mais elle  ne  reste  au  même  point  pendant  une  période  de  vingt- 
quatre  heures  et  les  observations  qui  notent  une  température 
restant  stationnaire  pendant  plusieurs  jours  sont  certainement 
fausses. 

Les  variations  quotidiennes  de  la  température  physiologique  se 
retrouvent  à  un  degré  beaucoup  plus  accusé  dans  les  maladies. 

Il  est  presque  de  règle  que  la  température  d'un  malade  varie  de 
1°  à  1°  I-  d'un  jour  à  l'autre,  mais  elle  peut  bien  varier  de  5°  et 
même  de  6°  et  plus.  Si,  avec  des  températures  extrêmes  ou  seule- 
ment élevées,  les  fluctuations  quotidiennes  sont  insignifiantes,  si 
par  conséquent,  la  marche  thermique  est  plus  ou  moins  uniforme, 
cela  indique,  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  une  certaine  gravité 
de  la  maladie. 

Les  fluctuations  quotidiennes  affectent  divers  types  et  diffèrent 
dans  les  maladies  d'une  même  espèce,  mais  elles  présentent  cepen- 
dant un.  certain  nombre  d'analogies  et  sont  soumises  à  certaines 
règles. 

Les  fluctuations  quotidiennes  représentent  une  ondulation  for- 
mée d'ascensions  et  de  descentes<  très-souvent  même  une  série 


228  FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

d'ondulations.  —  La  fluctuation  quotidienne  donne  un  tracé  ther- 
mique à  une,  deux  ou  même  plusieurs  oscillations. 

Pour  la  reconnaître,  il  faut  nécessairement  faire  plusieurs  men- 
surations dans  une  seule  et  même  journée.  Suivant  le  but  que  l'on 
se  propose  et  selon  la  nature  du  cas,  deux  ou  quatre  mensurations 
par  jour  peuvent  parfois  suffire. 

Ce  chiffre  est  suffisant  pour  juger  un  cas  isolé,  d'après  les  résul- 
tats généralement  obtenus  ;  pour  un  débutant,  il  est  même  souvent 
difficile  de  pouvoir  se  reconnaître  dans  cette  série  compliquée  d'os- 
cillations formées  par  un  grand  nombre  de  mensurations  notées 
sur  la  même  courbe  diurne  ;  tandis  qu'il  s'orientera  rapidement 
s'il  n'y  a  que  deux  ou  quatre  mensurations.  —  Il  est  vrai  que  pour 
être  probantes,  ces  mensurations  doivent  être  faites  à  certains  mo- 
ments, c'est-à-dire  à  l'heure  de  l'exacerbation  la  plus  haute  et  à 
celle  de  la  rémission  la  plus  basse.  Mais  avec  un  nombre  aussi  res- 
treint de  données,  il  faut  renoncer  à  reconnaître  plusieurs  points 
importants  et  souvent  même  décisifs  ;  et  pour  généraliser  les  faits 
et  en  déduire  les  lois  fondamentales  des  fluctuations  quotidiennes 
de  la  température  dans  les  maladies,  il  est  indispensable  de  procé- 
der à  de  fréquentes  mensurations  dans  le  courant  de  la  journée, 
au  moins  à  six  ou  huit  explorations  thermométriques  dans  les 
vingt-quatre  heures.  —  Certains  cas  exigent  même  une  observa- 
tion continue  et  incessante. 

2.  Le  chiffre  moyen  de  toutes  les  températures  d'une  journée 
ou  bien  ce  qui  est  plus  pratique  quoique  inexact,  le  degré  intermé- 
diaire entre  le  maximum  et  le  minimum  thermique  diurne,  repré- 
sente la  température  moyenne  quotidienne.  C'est  elle  qu'il  faut,  en 
premier  lieu  considérer,  si  l'on  veut  tirer  une  conclusion  des  fluc- 
tuations diurnes. 

La  différence  quotidienne  est  représentée  par  la  distance  qui  sé- 
pare le  minimum  et  le  maximum  quotidiens. 

Toutes  les  élévations  thermiques  au-dessus  de  la  moyenne  qui  ont 
lieu  dans  le  courant  d'une  journée,  sont  désignées  sous  le  nom 
d' exacerbations  quotidiennes,  toutes  les  températures  inférieures 
à  cette  moyenne,  sont  appelées  rémissions  quotidiennes. 

Le  faîte  de  l'exacerbation,  c'est-à-dire  le  point  culminant  de  la 
ligne  ascensionnelle,  se  nomme  la  cime  ou  le  zénith  de  Vexacer- 


FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  229 

bation  Œxaéerbationsgigfel).  —  Il  peut  se  faire  que  la  tempé- 
rature baisse  aussitôt  après  avoir  atteint  son  point  culminant.  — 
L'exacerbation  est  dite  alors  en  pointe;  mais  il  se  peut  aussi  qu'elle 
se  maintienne  à  la  même  hauteur  pendant  un  certain  temps  ;  elle 
est  alors  qualifiée  d'exacerbation  à  sommet  tronqué,  à  cime  aplatie 
ou  en  plateau. 

Souvent  aussi,  une  exacerbation  présente  deux  ou  plusieurs  ci- 
mes interrompues  par  de  légers  enfoncements,  elle  est  dite  alors 
exacerbation  à  deux  ou  à  trois  pics.  La  plus  haute  cime  représente 
dans  ce  dernier  cas  le  maximum  cV exacerbation.  Quand  plusieurs 
exacerbations  ont  eu  lieu  dans  la  même  journée,  il  peut  y  avoir 
des  maxima  qui  ne  coïncident  pas  avec  le  maximum  quotidien. 

On  désigne  sous  le  nom  de  nadir  de  la  rémission  (Remissions- 
tiefé)  le  point  qui,  dans  une  rémission  thermique,  correspond  à 
la  température  la  plus  basse.  —  Quand,  dans  la  même  journée, 
il  y  a  plusieurs  rémissions,  elles  peuvent  être  d'inégale  intensité 
et  la  plus  basse  d'entre  elles,  constitue  le  minimum  quotidien. 

Le  temps  qui  s'écoule  entre  le  moment  où  la  température  ascen- 
dante commence  à  dépasser  la  moyenne  quotidienne  et  celui  où  la 
température,  en  redescendant,  revient  à  ce  même  point  de  départ, 
constitue  le  cycle  d'exacerbation  ;  de  même  l'espace  de  temps  com- 
pris entre  le  moment  où  la  température  descendante  franchit  la 
moyenne  diurne  et  celui  où,  en  remontant,  elle  revient  à  cette 
même  moyenne,  est  désigné  sous  le  nom  de  cycle  de  rémis- 
sion. 

Tantôt  la  température  reste  plus  ou  moins  longtemps  dans  le 
voisinage  de  la  hauteur  d'exacerbation  :  c'est  le  cycle  péri-exacer- 
bant,  tantôt  elle  s'arrête  plus  ou  moins  dans  les  alentours  du  point 
le  plus  bas  de  la  rémission,  et  c'est  alors  le  cycle  péri-rémittent. 

L'élévation  de  la  température  apparaît  aussitôt  que  celle-ci  a 
commencé  à  se  relever  de  sa  profonde  rémission.  — Cette  ascension 
(ascension  quotidienne)  est  tantôt  uniforme,  tantôt  inégale  et  sac- 
cadée, tantôt  lente,  tantôt  rapide. 

La  descente  quotidienne  commence  aussitôt  après  que  le  point 
culminant  de  l'exacerbation  a  été  atteint.  Si  une  exacerbation  est 
à  deux  ou  plusieurs  pointes,  il  faut  compter  à  partir  de  la  der- 
nière, le  commencement  de  la  descente,  alors  même  que  cette 
pointe  serait  plus  basse  que  la   précédente.   La  descente  aussi 


230  FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

peut  être  uniforme  ou  inégale  et  interrompue,  tantôt  à  marche 

lente,  tantôt  à  marche  rapide. 

Lorsque,  dans  le  courant  d'une  journée,  il  y  a  deux  ou  trois  exa- 
cerbations,  il  peut  y  avoir  également  des  descentes  matutinales, 
méridiennes  et  vespérines. 

5.  La  fluctuation  quotidienne  dépend  : 

A.  Des  conditions  pathologiques,  à  savoir  : 

a.  De  la  nature  de  la  maladie  ; 

b.  De  son  intensité  ; 

c.  De  sa  période  ; 

d.  De  la  régularité  ou  de  l'irrégularité  de  son  cours  et  des  autres 
particularités  de  sa  marche  ; 

e.  Des  améliorations  ou  des  aggravations  qu'elle  présente  ; 

f.  Des  complications  ou  des  accidents  particuliers  qui  peuvent 
survenir  ; 

g .  De  la  convalescence  ; 

h.  De  la  terminaison  fatale. 

B.  Mais  elle  peut  aussi  dépendre  : 

a.  De  l'individualité  du  malade  ; 

b.  D'influences  extérieures  accidentelles; 

c.  Du  traitement  mis  en  usage. 

D'après  cette  énumération,  les  modalités  des  fluctuations  quoti- 
diennes semblent  très-complexes;  mais,  néanmoins,  elles  peuvent 
fournir  les  plus  précieuses  indications.  Plus  les  conditions  patholo- 
giques sont  simples'  et  claires,  plus  on  trouve  de  données  précises 
dans  la  fluctuation  quotidienne,  tandis  que  dans  les  cas  obscurs  en 
eux-mêmes,  cette  fluctuation  quotidienne  fournit  bien  peu  d'éclair- 
cissements. 

Ce  n'est  que  dans  certaines  circonstances  nettement  définies 
que  l'on  peut  tirer  des  conclusions  décisives  d'une  seule  fluctua- 
tion quotidienne  ;  le  plus  souvent  il  en  faut  davantage  pour  for- 
muler le  diagnostic  et  pour  poser  le  pronostic.  —  C'est  en  compa- 
rant les  différentes  fluctuations  qui  se  succèdent  les  unes  aux 
autres,  c'est  en  examinant  leur  répétition  uniforme  ouïes  modi- 


FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  251 

fications  qu'elles  présentent  que  l'on  peut  y  puiser  les  plus  utiles 
renseignements. 

Le  simple  tracé  de  la  température  d'un  seul  jour  ne  permet  pas 
de  reconnaître  positivement  la  maladie  à  laquelle  on  a  affaire,  mais 
il  suffît  souvent  pour  écarter  d'emblée  certaines  affections  dont  on 
aurait  pu,  dans  ce  cas,  présumer  l'existence. 

Pour  décider  de  l'intensité  d'une  forme  morbide,  reconnue  déjà 
par  une  autre  voie,  une  seule  fluctuation  quotidienne  peut  sou- 
vent suffire. 

De  même,  une  seule  fluctuation  quotidienne  peut  fournir  des 
indications  suffisantes  pour  reconnaître  le  stade  de  la  maladie,  au 
moins  dans  certains  cas  pathologiques. 

Pareillement,  les  irrégularités  de  la  marche  peuvent  parfois  se 
reconnaître  par  une  seule  courbe  diurne,  tandis  que,  pour  distin- 
guer une  marche  régulière,  il  faut  que  l'observation  soit  continuée 
pendant  plusieurs  jours. 

Des  complications  intercurrentes  ne  se  reconnaissent,  le  plus 
souvent,  qu'à  l'aide  de  plusieurs  tracés  quotidiens. 

L'amélioration  peut  parfois  se  révéler  dans  une  seule  courbe 
diurne.  —  Grâce  à  ce  moyen,  on  peut  aussi  prévoir  la  terminaison 
funeste  dans  des  cas  bien  caractérisés  ;  surtout  en  s'appuyant  sur 
quelques  autres  phénomènes. 

On  ne  peut  savoir  rien  de  positif,  relativement  aux  conditions 
individuelles  d'un  malade,  d'après  le  tracé  thermique  d'un  seul  jour. 

L'action  d'influences  extérieures  accidentelles  ne  devient  non 
plus  visible  qu'en  comparant  la  courbe  quotidienne  en  question 
avec  les  courbes  antérieures. 

De  même,  l'action  des  agents  thérapeutiques  ne  peut  se  consta- 
ter qu'en  comparant  une  certaine  courbe  thermique  avec  la  mar- 
che antérieure  de  la  température. 

La  fluctuation  quotidienne  est,  du  reste,  en  tant  qu'élément  es- 
sentiel de  l'évolution  morbide  générale,  d'un  précieux  secours  dans 
tous  les  cas. 

4.  Déductions  à  tirer  de  la  température  moyenne  diurne.  Il  faut, 
en  premier  lieu,  établir  une  distinction  importante  suivant  que  le 
niveau  moyen  est  bas  ou  élevé  ou  qu'il  se  tient  entre  ces  deux  limi- 
tes extrêmes. 


23'2  FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

Tandis  que  le  niveau  moyen  de  la  fluctuation  (la  moyenne  quo- 
tidienne) est  de  3 7°  chez  les  individus  sains,' il  est  rarement  aussi 
bas  dans  les  maladies,  et  d'ordinaire  plus  ou  moins  élevé  ;  dans 
quelques  affections  seulement  (qui,  en  général,  se  distinguent 
par  une  température  basse),  en  outre,  dans  les  stades  avancés  à 
abaissements  survenant  de  temps  en  temps,  ainsi  que  dans  cer- 
tains accidents  amenant  le  collapsus,  la  moyenne  quotidienne  peut 
chez  les  malades  même,  être  plus  basse  que  la  norme. 

D'abord,  c'est  la  moyenne  quotidienne  qui  fournit  l'interpréta- 
tion la  plus  sûre  du  degré  de  la  fièvre. 

Avec  une  fièvre  modérée,  la  moyenne  de  la  température  quoti- 
dienne ne  doit  pas  s'élever  au-dessus  de  59°  ;  si  la  moyenne  est 
comprise  entre  39°  et  40°,  la  fièvre  doit  être  déjà  qualifiée  de  con- 
sidérable ;  dans  les  formes  morbides  rémittentes,  entre  39°  et 
59°, 5  ;  dans  les  fièvres  continues  entre  59°, 5  et  40°.  La  tempéra- 
ture moyenne  du  jour  dépasse-t-elle  40°,  le  degré  de  fièvre  est 
très-intense. 

A  ces  données  se  rattachent  beaucoup  de  conclusions  relatives 
au  diagnostic  et  au  pronostic. 

Les  moyennes  hyperpyrétiques  au-dessus  de  40°  se  rencontrent 
dans  les  maladies  pernicieuses,  la  scarlatine,  le  fastigium  des  ty- 
phus abdominal  et  exanthématique,  la  fièvre  récurrente  et  les  pneu- 
monies graves.  Dans  ces  maladies,  une  terminaison  favorable  est 
néanmoins  encore  possible,  malgré  la  grande  élévation  de  la 
moyenne  thermique;  mais  si,  dans  d'autres  maladies,  une  pareille 
moyenne  est  atteinte,  on  peut  supposer  une  agonie  prochaine. 

En  général,  toutes  les  pyrexies  fortement  développées  et  un. 
grand  nombre  de  maladies  inflammatoires  présentent,  pendant  le 
fastigium,  une  moyenne  fébrile  considérable  (de  59°  à  40°)  et  sou- 
vent on  ne  peut  en  tirer  d'autres  conclusions  que  celle  de  l'exis- 
tence d'une  affection  fébrile  très-sérieuse  ;  cependant,  il  y  a  cer- 
taines formes  morbides  dans  lesquelles  cette  élévation  paraît  déjà 
extrêmement  grave.  A  cette  catégorie  appartiennent  toutes  les  for- 
mes catarrhales,  le  rhumatisme  aigu  multiarticulaire,  la  méningite 
cérébro-spinale,  les  névroses,  le  second  stade  (post-cholérique)  du 
choléra,  la  trichinose,  la  diphthérite,  la  dysenterie,  la  pleurésie,  la 
péricardite,  la  péritonite  et  les  affections  consomptives,  et  en  par- 
ticulier, la  tuberculose. 


FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPERATURE.  233 

Les  moyennes  fébriles  modérées  peuvent  avoir  des  significations 
très-variables  :  elles  se  présentent  dans  les  pyrexies  continues  et 
rémittentes  à  leur  période  d'incubation,  ensuite  dans  leur  période 
initiale,  ou,  au  contraire,  quand  elles  sont  déjà  près  de  se  terminer 
par  guérison  ;  en  général,  dans  les  cas  où  la  température  descend 
dans  le  courant  d'une  journée  d'une  élévation  considérable  jusqu'à 
peu  près  à  l'état  normal  ou  plus  bas  encore,  comme  par  exemple, 
dans  quelques  formes  irrégulières  de  ces  maladies,  tant  favorables 
que  défavorables,  après  un  abaissement  unilatéral  produit  par 
des  influences  énergiques,  dans  le  collapsus  fébrile,  etc.  On  les 
rencontre,  en  outre,  dans  la  plupart  des  inflammations  des  mu- 
queuses et  des  séreuses,  et  dans  les  affections  rhumatismales, 
souvent  aussi  dans  l'agonie,  surtout  quand  elle  est  produite  par 
compression  du  cerveau,  asphyxie,  anémie,  inanition  ou  quand 
elle  se  complique  d'accès  de  collapsus. 

Quand  les  modifications  thermiques  de  la  moyenne  quotidienne 
sont  passagères  et  amenées  par  des  accidents  isolés  ou  par  des 
médications  énergiques,  les  conclusions  qu'on  en  peut  tirer  doivent 
être  émises  avec  la  plus  grande  circonspection. 

5.  La  différence  quotidienne,  c'est-à-dire  l'intervalle  compris 
entre  le  maximum  et  le  minimum  peut  beaucoup  varier  d'étendue, 
mais  aussi  avoir  une  signification  différente,  à  grandeur  égale, 
suivant  que  la  moyenne  est  élevée  ou  basse. 

A  une  moyenne  de  37°,  des  variations  de  1°  sont  insigni- 
fiantes, du  moins  elles  indiquent  un  léger  trouble  de  la  santé  ; 
si  elles  vont  jusqu'à  1°  \,  elles  commencent  à  devenir  sus- 
pectes. 

A  une  moyenne  quotidienne  de  57°, 5,  des  amplitudes  de  l°font 
déjà  présager,  avec  grande  probabilité,  un  dérangement  ;  et  celles 
de  1°  |  l'indiquent  avec  certitude,  bien  que  ce  ne  soit  pas  encore 
un  trouble  positivement  fébrile. 

Si  la  moyenne  quotidienne  s'élève  à  58°, 5  ou  au-dessus,  la  dif- 
férence quotidienne  acquiert  une  plus  grande  signification  ;  dans 
ce  cas,  il  faut  supposer  une  fièvre  continue  quand  la  différence 
est  de  moins  de  1  |  degré  et  elle  est  sub-continue  quand  la  diffé- 
rence est  de  moins  de  1°. 

La  fièvre  est  dite  rémittente  quand  la  différence  est  plus  consi- 


254  FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPERATURE. 

dérable,  mais  en  même  temps  que  le  minimum  quotidien  ne  paraît 
pas  dépasser  59°, 5. 

Si  le  minimum  quotidien  se  maintient  à  une  élévation  fébrile 
considérable  et  qu'au  moment  de  l'exacerbation,  cette  tempéra- 
ture soit  dépassée  encore  de  1°  et  plus,  ii  ne  s'agit  plus  d'une 
fièvre  réellement  rémittente,  c'est,  au  contraire,  l'indice  d'une 
pyrexie  très-intense  dans  laquelle  il  n'y  a  pas  encore  la  moindre 
tendance  à  la  guérison  ou  à  l'amélioration  ;  cette  modalité  thermi- 
que est  désignée  sous  le  nom  de  :  fluctuation  quotidienne  exacer- 
bante. 

Si  le  minimum  quotidien  tombe  jusqu'à  l'état  normal,  il  existe 
une  véritable  intermission  dans  la  courbe  fébrile  diurne  ;  mais, 
d'habitude,  on  ne  compte  pas  toujours  ces  cas  parmi  les  formes 
fébriles  intermittentes,  mais  bien  parmi  les  rémittentes  ;  notam- 
ment quand  ces  minima  diurnes  ne  se  présentent  que  lorsque  la 
maladie  a  déjà  dépassé  son  fastigium  et  s'est  avancée  vers  la  gué- 
rison. 

On  n'admet  pas  non  plus  l'existence  du  type  intermittent  quand 
l'abaissement  va  au-dessous  de  la  température  normale  avec  une 
élévation  exacerbatrice  plus  ou  moins  considérable  et  quand  les 
différences  quotidiennes  sont  de  6°  et  plus  ;  un  pareil  état  dénote 
un  collapsus  qui,  il  est  vrai,  peut  n'être  que  l'excès  d'une  rémis- 
sion ou  d'une  véritable  intermission,  mais  aussi  l'intercurrence 
avec  un  type  de  fièvre  continue. 

On  ne  peut  admettre  de  véritables  intermissions  que  dans  les 
cas  où  tous  les  phénomènes  de  la  fièvre  s'arrêtent  et  où  le  retour  de 
celle-ci  se  fait  par  accès  ;  les  intermissions  ne  se  fondent  que  sur 
la  marche  générale  d'une  maladie  et  non  sur  une  fluctuation 
diurne  isolée.  (Voyez  le  chapitre  suivant.) 

Les  petites  différences  diurnes,  quand  la  fièvre  est  d'une  inten- 
sité moyenne,  sont,  en  général,  un  signe  que  la  maladie  se  trouve 
encore  à  la  période  initiale  ou  qu'il  y  a  des  aggravations  ou  des 
complications. 

L'apparition  de  rémissions  dans  l'acmé  d'une  maladie  indiquent 
presque  toujours  une  amélioration  ou  même  le  commencement  de 
la  guérison  ;  la  persistance  des  rémissions,  notamment  l'augmenta- 
tion de  la  différence  quotidienne  prouve  la  tendance  au  rétablisse- 
ment, tandis  que  la  cessation  des  rémissions  avec  persistance  d'une 


FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPERATURE.  255 

moyenne  quotidienne  fébrile  indique  une  rechute  ou  une  compli- 
cation. 

Si  la  différence  augmente  et  que  les  minima  baissent  de  plus  en 
plus  (différence  croissante  avec  moyenne  décroissante),  c'est  un 
signe,  dans  les  affections  aiguës,  que  la  maladie  est  en  bonne  voie. 

Si  la  différence  s'accroît  et  que  les  maxima  s'élèvent  (diffé- 
rence croissante  avec  moi) enne  croissante),  c'est,  au  contraire,  un 
signe  d'aggravation. 

Si  la  différence  augmente,  par  ce  fait  que  à  l'époque  de  la  ré- 
mission la  température  devient  sous-normale,  cela  peut  être  favo- 
rable, indifférent  ou  dangereux. 

Si,  relativement  à  la  durée  ordinaire  de  la  maladie,  les  rémis- 
sions persistent  trop  longtemps,  cela  prouve  que  la  maladie  devient 
languissante  et  qu'il  y  aura  des  affections  consécutives,  surtout  à 
l'époque  où  le  malade  paraît  entrer  en  convalescence,  à  en  juger 
d'après  les  autres  symptômes  ;  la  persistance  d'une  température 
rémittente  est  le  signe  de  l'invasion  lente  et  progressive  de  nou- 
veaux processus  et,  par  conséquent,  de  l'absence  d'un  vrai  réta- 
blissement. 

Une  diminution  de  la  différence  quotidienne  est  un  signe  favo- 
rable quand  les  exacerbations  diminuent  en  même  temps  (diffé- 
rence décroissante  avec  moyenne  décroissante)  ;  c'est  un  signe  dé- 
favorable quand  les  rémissions  sont  moins  marquées  (différence 
décroissante  avec  moyenne  croissante),  et  elle  a  une  signification 
douteuse  quand  l'exacerbation  aussi  bien  que  la  rémission  ne 
font  pas  de  grands  écarts  (différence  décroissante  avec  moyenne 
constante). 

Les  différences  peuvent  rester  constantes  bien  que  la  maladie 
progresse  ou  diminue  :  dans  le  premier  de  ces  deux  cas,  les  exa- 
cerbations s'élèvent  d'autant  plus  que  les  rémissions  deviennent 
moins  profondes  (différence  constante  avec  moyenne  croissante). 
Dans  le  deuxième  cas,  les  exacerbations  diminuent  d'autant  plus 
que  les  rémissions  s'abaissent  davantage  (différences  constantes 
avec  moyenne  décroissante) . 

La  différence  quotidienne  est  ordinairement  légère;  en  d'autres 
termes,  il  existe  un  type  continu  ou  sub-continu  dans  le  typhus 
abdominal  grave,  le  typhus  exanthématique,  dans  le  stade  prodro- 
mique  de  la  variole,  àl'acmé  de  la  scarlatine,  dans  la  plupart  des 


256  FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

cas  de  pneumonie  primitive  fibrineuse  et  lobaire,  dans  le  dernier 
stade  de  la  stéatose  aiguë,  dans  l'érisypèle  de  la  face,  la  méningite 
de  la  convexité  du  crâne,  et  à  période  ultime  de  névroses  mor- 
telles. 

Par  contre,  les  différences  diurnes  sont  d'ordinaire  grandes 
dans  le  typhus  abdominal  modéré  ou  moyen  (fièvre  typhoïde), 
mais  aussi  dans  les  cas  graves  pendant  les  premiers  jours,  et  plus 
tard,  au  début  de  la  convalescence,  quelquefois  dans  le  stade  dé- 
croissant du  typhus  exanthématique  (typhus  vrai),  dans  le  stade  de 
suppuration  de  la  variole,  dans  la  rougeole,  toutes  les  affections 
catarrhales,  le  rhumatisme  polyarliculaire  aigu,  dans  la  ménin- 
gite basilaire  et  la  tuberculose  aiguë,  la  pleurésie,  péricardite, 
les  suppurations  aiguës  et  chroniques,  la  pyémie,  les  différentes 
formes  de   la  phthisie  et  la  trichinose. 

Les  différences  quotidiennes  avec  alternance  de  températures 
normales  ou  sous-normales  et  de  températures  considérables  ou 
hyperpyrétiques,  se  présentent  pendant  le  slade  de  décroissance 
progressive  du  typhus  abdominal,  parfois  dans  le  stade  de  suppura- 
tion de  la  variole,  incidemment  dans  une  période  avancée  de 
la  pneumonie  lobaire,  dans  toutes  les  lièvres  paludéennes,  dans  la 
pyémie  et  la  septicémie  et  parfois  aussi  dans  la  tuberculose  aiguë 
et  dans  les  formes  fébriles  chroniques.  Pareille  alternance  dans  le 
cours  d'une  fluctuation  quotidienne  peut  encore  se  présenter  à  la 
suite  de  certains  accidents  (après  des  hémorrhagies,  etc.). 

Les  différences  quotidiennes  entre  une  élévation  modérée  et  une 
température  normale  ou  sous-normale  sont  extrêmement  fré- 
quentes dans  toutes  les  fièvres  modérées,  notamment  dans  les  for- 
mes rapides  ou  traînantes. 

6.  Dans  la  plupart  des  cas,  il  n'y  a  dans  un  seul  jour,  c'est-à- 
dire  en  vingt-quatre  heures,  qu'une  exacerbation  à  une,  deux  ou 
même  trois  pointes  et  une  rémission  avec  une  profondeur  mi- 
nima.  C'est  là  l'état  le  plus  simple  et  le  plus  commun  dans  toutes 
sortes  de  maladies.  Ce  n'est  que  dans  la  fièvre  intermittente  etdans 
les  cas  simples  que  la  fluctuation  (c'est-à-dire  l'accès  fébrile  avec 
l'apyrexie)  a,  d'ordinaire,  une  durée  de  quarante-huit  heures 
(type  tierce).  En  outre,  la  rémission  commence  habituellement 
dans  la  période  comprise  entre  la  fin  de  la  soirée  et  les  premières 


FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  237 

heures  du  matin  et  se  prolonge  Lassez  avant  dans  la  matinée  (ré- 
missions matutinales). 

L'exacerbation  commence  à  une  heure  avancée  delà  matinée  ou 
aussi  dans  les  premières  heures  de  l'après-midi  et  se  prolonge  bien 
avant  dans  la  nuit,  jusqu'à  minuit  et  au  delà  (exacerbation  vespé- 
rale) . 

Le  point  le  plus  bas  de  la  rémission  tombe  environ  entre  six 
heures  et  neuf  heures  du  matin.  Le  maximum  quotidien  s'établit 
ordinairement  dans  l'après-midi  ou  au  commencement  de  la  soi- 
rée (entre  trois  et  six  heures),  déjà  même  à  midi  et  parfois  aussi 
aux  environs  de  minuit. 

Telle  est  la  marche  habituelle  de  la  température  dans  les 
maladies  et  pendant  tout  leur  cours,  à  l'exception  des  fièvres 
palustres,  qui  ont  leurs  exacerbations  de  préférence  à  d'autres 
temps  ou  à  des  heures  variables^  ainsi  que  de  la  pyémie  dont 
les  paroxysmes  ne  relèvent  pas  d'une  période  déterminée  et 
quelquefois  aussi  de  la  fièvre  des  tuberculeux  et  des  phthisiques 
qui,  assez  souvent,  présente  des  exacerbations  matutinales.  Mais, 
dans  des  cas  isolés  d'autres  formes  morbides,  il  se  présente  çà  et  là 
une  autre  succession  de  phénomènes,  —  c'est-à-dire  que  le  fasti- 
gium  a  lieu  de  grand  matin  ou  après  minuit,  et  la  rémission 
dans  les  heures  de  l'après-midi. 

Si  cette  particularité  ne  se  présente  que  dans  certains  jours  iso- 
lés, on  peut  la  considérer  comme  une  irrégularité,  annonçant 
■  assez  souvent  l'apparition  d'une  aggravation  ou  d'une  complica- 
tion, mais  pouvant  parfois  aussi  se  montrer  à  la  veille  et  au  début 
de  l'amélioration. 

Mais  il  y  a  aussi  des  cas  où,  sans  autre  signification  pendant  un 
espace  de  temps  considérable  et  même  pendant  tout  le  cours  d'une 
fièvre  rémittente  (d'un  typhus  abdominal,  d'une  grippe)  les  fluc- 
tuations thermiques  sont  hétérochrones  :  l'exacerbation  arrivant 
dans  la  matinée  et  la  rémission  dans  la  soirée. 

Ce  sont  là  des  irrégularités  individuelles  qui,  du  moins,  dans 
certains  cas,  paraissent  déterminées  par  les  habitudes  et  le  genre 
de  vie  des  malades  qui,  même  à  l'état  de  santé,  ont  coutume  de 
dormir  le  jour  et  de  travailler  la  nuit  (tels  que  les  boulangers). 

Même  dans  des  cas  de  collapsus,  il  peut  arriver  qu'un  minimum 
corresponde  aux  heures  de  la  soirée. 


238  FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

7.  Le  temps  dans  lequel  se  présentent  le  maximum  et  le  mini- 
mum quotidiens  sert  au  diagnostic,  à  la  condition  qu'on  puisse 
comparer  entre  elles  plusieurs  fluctuations  successives. 

L'apparition  précoce  du  maximum  quotidien  (par  exemple,  à 
midi),  doit,  en  général,  indiquer  que  la  maladie  est  encore  à  sa 
période  d'état,  et  que  le  cas  sera  grave  ;  tandis  qu'une  apparition 
tardive  peut  passer  pour  un  symptôme  de  l'atténuation  de  la  ma- 
ladie ou  de  sa  bénignité. 

De  même  qu'un  minimum  quotidien  survenu  prématurément 
peut  être  regardé  comme  un  signe  d'amélioration,  mais  il  est  ce- 
pendant assez  souvent  déterminé  par  des  collapsus  qui  surviennent 
le  soir  ou  avant  minuit  et  ne  doit  pas,  en  général,  être  considéré 
comme  un  signe  décisif. 

Ce  qui,  dans  les  fluctuations  quotidiennes  (pourvu  qu'elles 
soient  un  peu  marquées)  est  presque  encore  plus  important  que 
le  moment  dans  lequel  le  maximum  et  le  minimum  sont  atteints  ; 
c'est  celui  de  l'ascension  et  de  la  descente  quotidiennes. 

Plus  l'ascension  est  précoce  (la  fluctuation  conservant  toujours 
son  rhythme),  plus  la  maladie  est  intense,  plus  elle  estféloignée  de 
son  déclin.  C'est  donc  toujours  un  signe  défavorable  quand  la  tem- 
pérature commence  à  monter  considérablement  dès  les  premières 
heures  de  la  matinée  (avant  neuf  heures)  ;  si,  en  comparant  les 
fluctuations  de  plusieurs  jours  on  s'aperçoit  que  dans  chaque  jour- 
née le  moment  de  l'ascension  est  sans  cesse  en  avance,  on  peut 
admettre  avec  grande  probabilité  une  aggravation  de  la  maladie. 

Par  contre ,  une  ascension  tardive  est  sûrement  favorable. 
Elle  abrège  la  durée  de  l'exacerbation  :  notamment  si  une  atténua- 
tion s'est  déjà  montrée  dans  les  heures  vespérales,  on  peut  con- 
clure à  peu  près  sûrement  à  une  amélioration,  même  si  la  tem- 
pérature maxima  du  jour  n'a  encore  en  aucune  façon  commencé  à 
diminuer.  Plus,  au  contraire,  l'exacerbation  décroît  tardivement, 
par  exemple,  à  minuit  ou  plus  tard,  plus  la  maladie  est  ordinaire- 
ment grave  et  intense. 

8.  La  rapidité  de  l'ascension  et  de  la  descente  quotidiennes  peut 
aussi  quelquefois  fournir  des  éléments  à  l'appréciation  clinique, 
notamment  lorsqu'on  a  affaire  à  des  différences  quotidiennes  con- 
sidérables. 


FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  239 

Ordinairement,  la  première  ascension  se  fait  lentement,  de  sorte 
qu'il  faut  parfois  des  heures  pour  que  la  température  s'élève  de 
quelques  dixièmes,  puis  elle  s'accélère,  et  vers  la  fin  de  l'ascen- 
sion, la  montée  devient  plus  lente. 

Une  ascension  extraordinairement  accélérée  se  rencontre  dans 
les  premières  périodes  des  maladies  aiguës  ainsi  que  dans  les  affec- 
tions graves  en  général  ;  mais  cependant  aussi  dans  les  cas  où  se 
présentent  des  paroxysmes  fébriles  intenses,  interrompus  par  des 
intervalles  d'apyrexie,  sans  que  pour  cela  le  pronostic  soit  plus  dé- 
favorable. 

Si,  au  contraire,  une  ascension  accélérée  se  présente  dans  les 
périodes  moyennes  d'une  maladie  rémittente,  c'est  un  signe  fâ- 
cheux, à  moins  qu'en  même  temps  les  rémissions  ne  deviennent 
plus  marquées  ;  elle  indique,  soit  la  grande  intensité  de  la  maladie, 
soit  des  circonstances  accidentelles,  des  rechutes,  des  complica- 
tions et  autres  conditions  pathologiques  analogues. 

Cela  doit  donc  engager  à  une  observation  continue  et  attentive. 

Assez  souvent,  on  remarque  avant  la  crise  favorable  une  ascen- 
sion extraordinairement  ralentie,  qui,  souvent  alors  constitue  la 
dernière  élévation  et  précède  la  défervescence.  —  Dans  ces  cas, 
l'ascension  est  aussi  parfois  interrompue  par  une  brève  descente. 

La  descente  accélérée  est  propre  d'un  côté  à  la  convalescence, 
mais,  d'une  autre  part,  elle  se  rencontre  aussi  dans  les  collapsus. 

Une  décroissance  ralentie  fait  craindre  que  les  rémissions  des 
journées  suivantes  ne  soient  moindres  ou  ne  disparaissent  pas  com- 
plètement ;  il  faut  que  le  ralentissement  se  fasse  de  telle  sorte  que  la 
décroissance  matutinale  soit  interrompue  dans  l'après-midi  par  un 
arrêt  de  courte  durée  ou  par  une  élévation  insignifiante  de  la  tem- 
pérature, mais  se  continue  de  nouveau  dans  la  soirée  pour  que  ce 
soit  l'indice  presque  certain  de  la  défervescence. 

Dans  les  fièvres  un  peu  fortes,  la  température  s'arrête  d'ordi- 
naire moins  dans  les  environs  du  point  le  plus  bas,  que  dans  le  voi- 
sinage du  fastigium,  et  l'on  peut  considérer  comme  un  signe  favo- 
rable que  le  fastigium  soit  promptement  atteint  et  vite  abandonné. 

9.  L'étendue  du  cycle  thermique  au-dessus  de  la  moyenne  quo- 
tidienne, en  un  mot,  la  latitude  de  l ' exacerbation  est  dans  les  cas 
légers  et  de  moyenne  intensité,  moins  considérable  que  celle  du 


240  FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

même  cycle  au-dessous  de  la  moyenne  quotidienne  (ce  qui  consti- 
tue la  latitude  de  rémission).  Si  donc,  la  première  est  plus  longue 
que  la  seconde,  on  peut  dès  l'abord  considérer  le  cas  comme  sé- 
rieux. C'est  ce  qui  a  lieu  d'habitude  dans  les  premières  périodes 
des  maladies  graves.  Plus  la  maladie  s'approche  alors  delà  décrois- 
sance, plus  l'équilibre  tend  à  se  rétablir  ;  c'est  donc  un  signe  très- 
fâcheux  si,  malgré  la  durée  déjà  longue  de  la  maladie,  la  latitude 
d'exacerbation  reste  encore  prédominante. 

Avec  le  progrès  de  la  décroissance,  la  rémission  tend  à  se  pro- 
longer de  plus  en  plus,  tandis  que  l'exacerbation  s'abrège  (tracés  à 
pics). 

Des  exacerbations  de  grande  étendue  montrent  fréquemment  un 
fastigium  double  ou  multiple.  Les  pointes  du  tracé  thermique  cor- 
respondent alors  principalement  aux  premières  heures  de  l'après- 
midi,  aux  heures  tardives  de  la  soirée  et  même  de  la  nuit. 

S'il  y  a  deux  pointes,  elles  tombent  tantôt  dans  l'après-midi  et 
dans  la  soirée,  tantôt  dans  la  soirée  et  après  minuit. 

Dans  l'exacerbation  à  deux  pointes,  la  pointe  vespérale  est  d'or- 
dinaire la  plus  élevée. 

Dans  l'exacerbation  à  Irois  pointes,  le  maximum  est  tantôt  sur 
la  première,  tantôt  sur  la  seconde,  rarement  sur  la  troisième.  Ces 
fluctuations  quotidiennes  à  plusieurs  pointes  indiquent,  en  géné- 
ral, une  exacerbation  très-étendue  et  ne  sont,  par  conséquent 
pas  favorables. 

Mais  si  le  tracé  de  l'exacerbation,  après- avoir  suivi  une  ligne 
droite  et  ininterrompue,  vient  à  décrire  un  trajet  anguleux  et 
dentelé,  c'est  un  signe  d'amélioration. 

10.  Aux  exacerbations  à  plusieurs  sommets  se  joignent  les  cas 
de  deux  et  plusieurs  exacerbations  dans  le  courant  de  vingt-quatre 
heures  (exacerbations  doubles  et  triples) . 

Il  se  montre  surtout  dans  beaucoup  de  formes  morbides  une 
exacerbation  à  minuit  et  une  autre  dans  l'après-midi.  Souvent,  la 
rémission  commence  dans  ces  cas  au  déclin  du  jour,  et  l'on  peut, 
par  une  interprétation  erronée,  la  considérer  comme  un  signe 
favorable,  tandis  que  la  mensuration  nocturne  révélera  une  nou- 
velle exacerbation. 

En  général,  une  [fluctuation  quotidienne  polyoscillante  est  tou- 


FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE.  U\ 

jours  le  signe   d'une  marche  morbide  semée  de  troubles  et  de 
complications,  ou  de  l'imminence  d'un  revirement. 

Elle  se  montre  surtout  dans  des  cas  graves,  et  là  les  conditions 
ne  sont  jamais  bien  simples. 

Elle  se  présente  au  moment  des  aggravations,  mais  elle  peut 
aussi  apparaître  au  début  de  la  convalescence  ;  il  est  vrai  que, 
dans  les  deux  cas,  elle  différera  d'aspect. 

Elle  est  souvent  déterminée  par  des  symptômes  saillants  et  isolés 
de  la  maladie  elle-même  ou  par  le  prélude  de  ces  symptômes,  tels 
que  constipation ,  diarrhée,  vomissements,  hémorrhagies,  agitation 
nerveuse  et  insomnie. 

Elle  peut  être  l'effet  d'une  influence  nocive,  d'un  écart  de  régime, 
d'un  refroidissement  ou  d'un  exercice  relativement  immodéré.  — 
Mais  elle  peut  aussi  être  produite  par  un  agent  thérapeutique. 

On  ne  peut  bien  apprécier,  en  particulier,  la  nature  de  la  fluc- 
tuation quotidienne  multiondulante  qu'en  tenant  compte  en  même 
temps  de  toutes  les  autres  conditions  thermiques.  Elle  varie  de  si- 
gnification : 

.  .  .   .  ' 

Suivant  le  degré  de  la  différence  quotidienne  ; 

Suivant  que  la  fièvre  est  essentiellement  continue,  exacerbante 
ou  rémittente  ; 

Selon  que  la  moyenne  quotidienne  dénote  un  état  fébrile  in- 
tense, considérable,  modéré  ou  hypopyrétique  ; 

Suivant  qu'il  y  a,  en  général,  tendance  à  l'ascension  ou  à  la 
descente,  ou  que  même  la  maladie  est  déjà  entrée  dans  la  période 
de  défervescence. 

Dans  les  fièvres  intenses  continues,  les  fluctuations  quotidiennes 
n'ont,  en  général,  pas  une  grande  importance;  leur  caractère  po- 
lyoscillant  est  à  peu  près  de  nulle  valeur  pour  le  pronostic  ;  c'est  seu- 
lement quand  une  des  élévations  prime  les  autres  ou  que,  au  con- 
traire, une  descente  est  extrêmement  considérable,  que  l'on 
peut  induire  des  chances  défavorables  de  celle-là,  des  chances  fa- 
vorables de  celle-ci. 

Dans  les  fièvres  intenses  exacerbantes  où  les  températures  re- 
lativement les  moins  élevées  sont  encore  considérables  et  les  élé- 
vations intermédiaires  énormes ,  une  répétition  d'une  pareille 
élévation  dans  une  période  de  vingt-quatre  heures  est  toujours 
beaucoup  plus  défavorable  qu'une  élévation  isolée. 

16 


242  FLUCTUATIONS  QUOTIDIENNES  DE  LA  TEMPÉRATURE. 

Dans  une  forte  lièvre  rémittente  où  les  rémissions  peuvent 
descendre  jusqu'à  des  températures  modérément  fébriles  et  même 
sous-fébriles,  tandis  que  les  exacerbations  sont  toujours  extrême- 
ment considérables,  l'apparition  d'une  exacerbation  quotidienne 
double,  précédée  d'une  fluctuation  simple  est  défavorable. 

Y  a-t-il,  au  contraire,  dès  le  début,  des  exacerbations  redou- 
blées, ce  type  est  le  plus  souvent  confus  et,  pour  cette  raison,  doit 
précisément  faire  supposer  des  conditions  complexes. 

Dans  une  fièvre  modérée,  une  fluctuation  polyoscillante  est  tou- 
jours un  signe  suspect,  un  indice  de  complications  et  de  troubles, 
ou  du  moins  dénotant  une  grande  sensibilité  individuelle. 

À  une  période  où  l'on  voudrait  croire  à  une  tendance  à  la  dé- 
croissance, l'apparition  de  fluctuations  multiples  rend  douteuse 
cette  prévision. 

Dans  le  stade  préagonique,  des  fluctuations  quotidiennes  poly- 
oscillantes  sont  très-habituelles  et  il  faut  se  mettre  en  garde  contre 
les  espérances  trompeuses  qu'on  aurait  pu  concevoir. 


X 


MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 

DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES 


1.  Les  maladies  fébriles  présentent  une  marche  thermique  extrê- 
mement variable,  mais  malgré  leurs  nombreuses  différences,  on 
peut  reconnaître  certaines  règles  générales.  D'un  autre  côté,  ce 
sont  précisément  les  différences  qui  fournissent  les  plus  impor- 
tants points  d'appui  pour  la  distinction  des  formes  morbides  et  de 
leurs  variétés. 

Dans  les  maladies  fébriles,  tant  qu'elles  n'ont  point  dépassé 
l'apogée  de  leur  évolution,  la  température  peut  offrir  les  deux 
modalités  suivantes  : 

Tantôt  elle  se  maintient  au-dessus  du  degré  normal  et  ne  des- 
cend au-dessous  de  la  norme  que  sous  l'influence  de  causes  acci- 
dentelles ou  dans  des  conditions  particulières,  auquel  cas  elle  re- 
vient bientôt  à  sa  hauteur  primitive  (fièvres  continues)  ;  tantôt  les 
élévations  Ihermiques  sont  interrompues  une  ou  plusieurs  fois  par 
des  températures  apyrétiques  (fièvres  intermittentes  ou  récur- 
rentes).—Dans  ces  cas,  les  intervalles  qui  séparent  les  moments 
d'apyrexie  peuvent  être  considérés  comme  appartenant  à  un  mode 
fébrile  particulier  et  les  Conditions  de  la  fièvre  continue  se  retrou- 
vent dans  ces  sections  du  cycle  morbide  ;  car,  bien  que  la  maladie 
ne  se  termine  pas  avec  l'accès  fébrile  isolé  ,  cet  accès  se  comporte 
cependant  comme  une  fièvre  continue  pour  ainsi  dire  en  raccourci 
et  peut  présenter  toutes  les  particularités  propres  à  cette  dernière 
forme  de  pyrexie. 


2U  MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 

La  fièvre  peut  constituer  l'élément  essentiel  de  la  maladie,  au 
moins  dans  une  partie  de  son  cours,  de  sorte  que  dans  une  forme 
morbide  définie,  elle  ne  manque  que  dans  des  cas  particuliers  et 
exceptionnels. 

D'autres  fois,  l'élévation  thermique  n'est  qu'un  fait  accidentel 
et  produit  par  l'intensité  de  l'affection  primitive  ou  par  quelque 
condition  accessoire  telle  que  l'idiosyncrasie  du  sujet. 

Ces  différences  influent  puissamment  sur  la  marche  delà  fièvre. 

Dans  le  premier  cas,  la  forme  morbide  est  seule  en  cause,  dans 
le  second  ce  sont  les  conditions  accidentelles  qu'il  faut  surtout 
faire  intervenir. 

Dans  la  série  des  maladies  fébriles  essentielles,  se  rangent  la 
plupart  des  formes  typiques  ainsi  qu'un  grand  nombre  de  celles 
qui  ne  le  sont  qu'approximativement.  Dans  ces  dernières,  en  gé- 
néral, l'élévation  thermique  n'est  qu'accidentelle.  —  Il  en  est  de 
même  des  maladies  temporairement  typiques  et  des  affections  aty- 
piques. 

2.  La  marche  de  la  température  dans  les  maladies  fébriles  peut 
être  déterminée  : 

1°  Par  la  nature  de  la  maladie  :  plus  une  maladie  est  typique, 
plus  son  caractère  se  reflète  sur  la  marche  de  température.  —  Ce 
n'est  pas  là  la  seule  et  unique  condition  qui  imprime  son  cachet 
à  la  marche  thermique,  même  dans  les  formes  morbides  typiques, 
mais  elle  agit  d'autant  plus  énergiquement  que  la  maladie  est  plus 
nette,  plus  simple  et  plus  régulière  ;  en  un  mot,  plus  la  cause 
morbide  spécifique  exerce  son  action,  indépendamment  de  toute 
autre  influence  nocive,  sur  un  individu  antérieurement  sain,  mais 
prédisposé  à  la  maladie  qui  le  frappe,  et  moins  la  marche  ulté- 
rieure de  celle-ci  est  modifiée  par  les  circonstances  accidentelles 
(voir  les  Principes  fondamentaux,  §§  12  et  13). 

2°  La  marche  de  la  température  peut  encore  être  influencée  par 
I'intensité  de  la  maladie.  — Même  dans  les  formes  morbides  typi- 
ques, elle  en  modifie  déjà  notablement  l'évolution  et  peut  parfois 
servir  de  base  à  une  variété  particulière  du  type.  Mais  son  action 
est  encore  bien  plus  puissante  dans  les  maladies  qui  ne  sont  qu'ap- 
proximativement typiques  :  dans  les  affections  atypiques,  au  con- 
traire, elle  n'exerce  qu'une  influence  très-minime. 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  245 

5°  Les  conditions  individuelles  peuvent  aussi  imprimer  des  modi- 
fications importantes  à  la  marche  thermique.  Leur  influence  n'est 
cependant  décisive  que  dans  certains  cas  particuliers.  Ainsi, 
chez  les  enfants,  la  marche  de  la  température  subit  de  fréquentes 
déviations;  chez  les  vieillards,  les  changements  thermiques  sont 
plus  lents  et,  toutes  choses  égales  d'ailleurs,  la  température  s'élève 
relativement  moins  qu'à  un  âge  moins  avancé.  —  Une  affection 
préexistante  exerce  une  grande  influence  sur  l'évolution  thermique 
d'une  maladie  fébrile  intercurrente.  Enfin,  certaines  modalités  de 
l'état  général  (le  tempérament  nerveux  hystérique,  par  exemple) 
altèrent  fréquemment  le  cours  de  la  température. 

4°  La  marche  thermique  peut  être  sous  la  dépendance  d'iN- 
fluences  accidentelles,  au  nombre  desquelles  il  faut  compter  cer- 
tains agents  thérapeutiques.  —  Le  degré  de  leur  action  dépend  en 
partie  de  leur  intensité,  en  partie  de  la  réceptivité  du  sujet  ou  de 
la  forme  morbide  dont  il  est  atteint.  Sous  ce  dernier  rapport,  les 
maladies  typiques  sont  beaucoup  plus  réfractaires  que  les  autres. 
Dans  ces  affections,  en  effet,  les  causes  accidentelles  n'exercent 
qu'une  action  insignifiante  et  souvent  même  nulle  sur  la  marche 
thermique  ;  et  dans  le  cas  où  celles-ci  entrent  enjeu,  les  modifi- 
cations qui  en  résultent  sont  passagères  ou  bien  empreintes  d'un 
caractère  typique  déterminé  ; 

5°  Enfin,  l'évolution  thermique  est  très-souvent  modifiée  par 
les  complications  intercurrentes  qui  peuvent  altérer  la  marche  de 
la  température  au  point  d'en  effacer  complètement  le  type  primitif. 
Tantôt  elles  produisent  un  type  nouveau  qui  leur  est  propre,  tantôt 
elles  lui  impriment  un  caractère  mixte,  d'autres  fois  enfin,  leur 
action  n'est  que  momentanée.  — Il  faut  connaître  la  maladie  dans 
ses  plus  intimes  détails  pour  apprécier  le  degré  d'action  des  com- 
plications prises  en  elles-mêmes  et  dans  leurs  rapports  avec  les 
maladies  spéciales  et  pour  pouvoir  distinguer  ce  qui,  dans  une 
évolution  pathologique  complexe,  appartient  à  l'affection  primitive 
et  essentielle  et  ce  qui  revient  aux  troubles  morbides  secondaires 
ou  intercurrents. 

5.  Le  cycle  de  la  température  dans  les  maladies  fébriles  se  di- 
vise en  un  certain  nombre  de  périodes  qui  varient  d'importance  et 
qui  présentent  des  caractères  assez  différents  pour  pouvoir  aisé- 


246  MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 

ment  être  distinguées  les  unes  des  autres  (voir  les  Principes  fon- 
damentaux, §  20). 

Ces  périodes  sont  nettement  tranchées  dans  un  grand  nombre 
de  maladies  et  dans  une  foule  de  cas  isolés  ;  dans  d'autres,  leurs 
limites  sont  plus  confuses  et  plus  effacées. 

4.  Le  stade  pyrogénétique  où  la  période  initiale  do  la  fièvre  varie 
suivant  que  celle-ci  précède  toute  manifestation  locale  ou  n'en  pré- 
sente même  pas  ultérieurement  et  suivant  qu'elle  se  rattache  à  une 
maladie  locale. 

Dans  le  premier  de  ces  deux  cas,  le  début  de  la  fièvre  est  plus 
ou  moins  violent,  et  atteint  d'ordinaire  des  degrés  très-considéra- 
bles avant  la  manifestation  des  localisations  morbides.  Dans  ce 
cas,  la  période  initiale  se  termine,  soit  par  les  moyennes  quoti- 
diennes  les  plus  basses  qui  soient  encore  caractéristiques  de  la 
forme  morbide  en  question,  soit  par  le  développement  des  acci- 
dents locaux. 

Dans  le  deuxième  cas,  le  stade  pyrogénétique  est  le  plus  souvent 
obscur  dans  ses  débuts  et  sa  limite  vers  le  fastigium  est  plus  ou 
moins  arbitraire,  surtout  dans  les  formes  peu  typiques. 

On  conçoit  que  dans  ce  stade,  les  éléments  fournis  à  l'observa- 
tion soient  relativement  rares,  la  plupart  des  malades  n'ayant 
recours  au  médecin  qu'à  une  période  plus  avancée  de  leur  ma- 
ladie. 

Les  modalités  du  stade  initial  sont  nombreuses  et  variables  : 

a.  États  morbides  a  court  stade  pyrogénétique.  — La  température 
monte  rapidement  et  d'un  seul  trait,  ou  tout  au  plus  suivant  une 
ligne  faiblement  brisée,  à  son  degré  d'élévation  caractéristique  et 
atteint  cette  hauteur,  soit  en  quelques  heures,  soit  en  un  jour  ou 
au  plus  en  56  heures  (voir  fuj.  5  et  4). 

Dans  ces  cas,  l'élévation  de  la  température  marche  plus  vite  sur 
le  tronc  qu'aux  extrémités  et  notamment  aux  avant-bras,  aux 
mains,  aux  jambes  et  aux  pieds  et  aussi  au  visage.  Ces  parties  pa- 
raissent encore  froides,  tandis  que  le  tronc  présente  déjà  une  tem- 
pérature élevée.  —  Aussi,  n'est-il  pas  rare  de  constater,  en  pa- 
reille occurrence,  une  forte  sensation  de  froid  accompagnée  de 
tremblements,  de  frissons  et  de  claquements  de  dents,  etc.,  tous 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  247 

phénomènes  qui  cessent  dès  que  la  température  des  extrémités  se 
rapproche  de  celle  du  tronc. 

Dans  les  maladies  qui  débutent  par  un  stade  pyrogénétique 
court,  l'accès  fébrile  est  également  de  courte  durée  :  de  plusieurs 
heures  à  quelques  jours.  —  (Tantôt  l'élévation  est  brusque  et  at- 


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40 
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Fis.  5. 


Fig.  4. 


teint  son  apogée  presque  aussitôt  ;  tantôt  elle  est  graduelle  et  con- 
tinue, mais  ne  se  prolonge  pas  au  delà  d'un  septénaire.)  —  Deux 
éventualités  peuvent  alors  se  présenter  :  la  mort  du  malade  ou 
bien  la  chute  de  la  température.  Cette  dernière  et  heureuse  termi- 
naison a  lieu  rapidement  (crise)  dans  les  cas  où  aucune  influence 
nocive  n'est  intervenue.  —  En  revanche,  ces  affections  précédentes 
offrent  souvent  une  certaine  tendance  ta  des  accès  fébriles  répétés  ; 
peut-être  même  ces  accès  à  répétitions  sont-ils  inhérents  à  la 
nature  même  de  ces  maladies. 

Dans  les  états  morbides  isolés,  on  rencontre  plus  ou  moins  sou- 
vent cette  variété  de  stade  initial  ;  il  en  est  même  dans  lesquels  il 
ne  se  présente  jamais. 

11  est  constant  et  pour  ainsi  dire  de  règle:  dans  la  variole,  dans 
la  scarlatine,  dans  la  pneumonie  primitive  fibrineuse  et  lobaire, 


'248 


MARCHE  DE  LA  TEMPERATURE 


dans  les  accès  de  fièvre  paludéenne,  dans  la  pyémie  et  la  fièvre  ré- 
currente. 

Il  se  montre  fréquemment  dans  le  typhus  exanthématique,  dans 
la  fièvre  éphémère,  dans  l'érysipèle  de  la  face,  dans  l'angine  ton- 
sillaire  et  la  méningite  de  la  convexité. 

On  ne  le  rencontre  jamais  dans  le  typhus  abdominal  (la  fièvre 
typhoïde),  dans  la  méningite  basilaire,  les  affections  catarrhales 
et  le  rhumatisme  multiarticulaire. 

b.  Formes  morbides  a  stade  pyrogénétique  polyhémère1.  —  L'as- 
cension de  la  température  se  fait  en  général  de  la  façon  suivante  : 
elle  commence  à  monter  le  soir,  redescend  dans  les  heures  de  la 
matinée  pour  remonter  dans  la  soirée  suivante  à  un  degré  plus 
élevé  que  celui  delà  veille  (fig.  5).  Il  peut  même  se  faire  que  dans 

40,s 


40 


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Fig.  5. 


Fig.  6. 


les  premiers  jours,  la  température  revienne  tous  les  matins  à  son 
niveau  normal  (fig.  6)  et  que  le  stade  initial  soit  interrompu  par 
une  apyrexie  plus  ou  moins  prolongée  (fig.  7). 

Dans  cette  forme,  la  durée  du  stade  initial  varie  entre  trois  jours 
et  une  semaine  mais  dépasse  rarement  cette  limite.  Si,  pendant  ce 
stade,  la  température  ne  devient  pas  très-élevée,  la  maladie  peut 
rester  légère  et  disparaître  promptement  ;  mais  si  la  température 
atteint  des  hauteurs  considérables,  il  ne  faut  pas  s'attendre  à  une 
terminaison  bien  rapide  de  la  maladie, 

i  Durant  plusieurs  jours   (méhrtàgig). 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES. 


249 


Cette  forme  se  présente  dans  la  fièvre  typhoïde  avec  une  telle 
régularité,  qu'elle  permet  de  poser  d'emblée  le  diagnostic. 

Elle  se  rencontre  assez  fréquemment  dans  d'autres  maladies, 
telles  que  la  rougeoieyle&Jjronckites  catarrhales  intenses,  la  pneu- 
monie catarrhale,  les  méningites  basilaire  et  cérébro-spinale,  la 
tuberculose  aiguë,  le  rhumatisme  multiarticulaire  et  dans  la  plu- 
part des  cas  où  la  fièvre  se  rattache  à  une  maladie  locale  en  pleine 
voie  de  développement,  à  moins  toutefois  qu'elle  ne  revête  dans 
son  début  le  type  suivant  : 

c.  Dans  beaucoup  de  cas,  l'évolution  fébrile  est  encore  plus  leste 
et  plus  graduelle.  —  De  pareilles  maladies  sont,  en  général,  irré- 
gulières et  ont  tout  au  plus  une  marche  approximativement  typi- 
que (fig.  8).  C'est  ce  que  l'on  constate  souvent  dans  le  rhumatisme 

40,s 


40 

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Fiff.  7. 


Fig.  8. 


multiarticulaire  aigu,  dans  la  pleurésie,  la  péricardite,  la  périto- 
nite, dans  les  suppurations  chroniques  et  les  affections  tubercu- 
leuses, ainsi  que  dans  un  grand  nombre  de  maladies  atypiques, 
la  syphilis l  surtout  quand  la  fièvre  ne  dépend  pas  de  l'intensité 
croissante  des  lésions  locales. 

5.  Le  fastigium  est  la  période  où  la  fièvre  a  acquis  son  complet 
développement. 

1  L'auteur  désigne  sous  le  nom  de  lues  les  manifestations  secondaires  et  ter- 
tiaires de  la  syphilis  constitutionnelle, 


250  MARCHE  DE  Là  TEMPÉRATURE 

C'est  dans  ce  stade  que  la  température  des  malades  présente  les 
plus  grandes  variations  ;  celles-ci  sont  en  général  déterminées  par 
toutes  les  causes  capables  d'agir  sur  la  marche  de  la  fièvre. 

A,  Les  variations  de  l'élévation  thermique  dans  le  fastigium  peu- 
vent concerner  la  hauteur  de  la  température  maxlma  (point  ex- 
trême qu'atteint  la  température  dans  une  maladie).  —  Celle- 
ci  est  déterminée  en  partie  par  la  forme  morbide  et  en  partie  par 
le  degré  d'intensité  de  la  maladie;  cependant,  cette  condition  à 
laquelle  on  semblait  autrefois  attacher  une  importance  capitale  est 
d'une  valeur  secondaire,  car  des  circonstances  accessoires  peuvent 
très-bien  amener,  une  seule  fois  il  est  vrai,  une  élévation  thermi- 
que extraordinaire. 

Mais  cette  élévation  elle-même  quand  elle  est  incompatible  avec 
la  vie  ou  lorsqu'elle  est  l'indice  d'un  grave  danger  (comme,  par 
exemple,  une  température  de  42°  et  au-dessus)  doit  modifier 
l'interprétation  du  cas. 

En  outre,  il  peut  être  avantageux,  dans  certains  états  pathologi- 
ques, de  déterminer  l'élévation  maxima  de  nombreux  cas  isolés, 
pour,  apprendre  à  connaître  les  limites  dans  lesquelles  elle  se 
meut  et  pour  puiser  un  précieux  élément  de  diagnostic.  —  Si,  en 
effet,  la  température  franchit  cette  limite  maxima,  on  peutdorset 
déjà  exclure  certaines  formes  morbides. 

Les  limites  inférieures  de  l'élévation  maxima  d'une  maladie  don- 
née sont  bien  moins  nettement  définies,  parce  que,  dans  les  cas 
isolés  on  n'est  jamais  certain  d'avoir  pris  la  température  précisé- 
mentàson  degré  maximum.  Mais,  par  exemple,  dans  un  court  accès 
de  fièvre  étudié  et  suivi  attentivement,  si  la  limite  inférieure  de 
l'élévation  maxima  propre  à  la  fièvre  intermittente  n'a  pas  été  at- 
teinte, on  peut  conclure  de  ce  fait  que  l'accès  n'appartient  pas  à 
ce  type  fébrile. 

Supposons  un  cas  soigneusement  observé  dans  lequel  la  tempéra- 
ture n'a  jamais,  dans  son  élévation  maxima,  atteint  59°, 5,  on  peut 
en  induire  qu'on  n'a  pas  affaire  au  typhus  (nia  la  fièvre  typhoïde). 

B .  Les  différences  des  moyennes  quotidiennes  pendant  le  fastigium 
sont  encore  plus  importantes  à  étudier.  Celles-ci  dépendent  égale- 
ment de  la  nature  et  du  degré  de  la  maladie  et  des  nombreuses  in- 
fluences qui  peuvent  modifier  sa  marche.  La  moyenne  générale 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  251 

clu  fastigium formée  de  la  somme  des  moyennes  quotidiennes,  est 
beaucoup  plus  caractéristique  que  celle  des  jours  isolés. 

Voici  comment  se  comporte  la  moyenne  thermique  générale  du 
fastigium  suivant  la  nature  de  la  maladie  : 

Dans  le  typhus  abdominal  (fièvre  typhoïde),  elle  varie  suivant 
l'intensité  du  cas,  entre  59°  et  40°, 2. 

Dans  le  typhus  exanthématique  (typhus  vrai  épidémique)  :  en- 
tre 59°,2  et  40°,5. 

Dans  la  fièvre  d'éruption  de  la  variole  :  entre  59°  et  40°. 

Dans  celle  de  la  rougeole  :  entre  59°  et  40°  (mais  souvent  aussi 
la  moyenne  est  plus  basse  à  cause  des  profondes  rémissions  ma- 
tinales). 

Dans  la  scarlatine  normale,  elle  est  d'environ  40°. 

Dans  la  pneumonie  fibrineuse  primitive  :  de  59°, 2  à  40°. 

Dans  la  méningite  de  la  convexité  des  hémisphères  :  de  40°  et 
au-dessus. 

Dans  le  rhumatisme  articulaire  sans  complication,  elle  varie 
d'ordinaire  entre  58°, 5  à  59°, 5. 

Dans  la  grippe  intense  :  38°, 5  à  59°, 2. 

Dans  l'érysipèle  de  la  face  :  59°, 5  à  40°. 

Dans  l'angine  parenchymateuse  aiguë  :  59°, 5. 

Cependant,  cette  moyenne  générale  peut  facilement  être  modi- 
fiée surtout  lorsque  le  stade  d'apogée  (fastigium)  est  court  ;  ainsi 
une  seule  rémission  accidentellement  plus  prononcée  peut  le  faire 
tomber  aussitôt,  de  même  qu'une  seule  exacerbation  accidentelle 
suffit  pour  le  relever. 

Pour  déterminer  la  moyenne  thermique  générale,  il  vaut  mieux 
faire  abstraction  complète  de  semblables  incidents  qui  ne  sont  en 
réalité  que  des  écarts  de  l'évolution  régulière. 

C'est  le  degré  de  l'élévation  moyenne  incluse  dans  les  limites 
précédemment  indiquées  qui  décide  de  l'intensité  de  la  maladie. 

Ces  limites  ne  sont  cependant  absolument  vraies  que  dans  les 
cas  qui  ont  atteint  leur  parfait  développement.  Dans  les  cas  très- 
légers,  de  même  que  dans  les  plus  graves,  la  moyenne  du  fasti- 
gium peut  parfaitement  se  trouver  en  dehors  des  limites  que  nous 
avons  indiquées  plus  haut. 

C.  Mais  les  plus  précieux  éléments  séméiologiques  sont  fournis 


25-2 


MARCHE  DE  LA  TEMPERATURE 


par  l'évolution  générale  de  la  température  dans  le  fastigium.  Cette 
marche  thermique  est  : 

Tantôt  acuminée  (acméiforme) ,  et  consiste  en  une  élévation  brus- 
que et  rapide  bientôt  suivie  d'un  prompt  abaissement  ou  terminée 
par  l'agonie; 

Tantôt  continue  :  dans  ce  cas  l'élévation  thermique  se  maintient 
pendant  quelque  temps  à  un  certain  niveau  ;  ce  qui  n'exclut  pas 
des  variations  légères  ne  dépassant  pas  un  demi-degré  ; 

Soit  enfin  discontinue,  c'est-à-dire  que  la  température  offre  des 
fluctations  considérables  dans  le  cours  d'une  seule  journée  et  sou- 
vent aussi  une  marche  dissemblable  dans  les  différentes  journées. 

D.  La  marche  acméiforme  de  la  température  durant  le  fastigium 
se  rencontre  dans  toutes  les  fièvres  qui  se  terminent  en  quelques 
jours  et  dans  tous  les  accès  fébriles  intermittents  de  courte  durée  : 
ainsi,  dans  la  fièvre  éphémère,  la  fièvre  paludéenne,  la  pyémie, 
souvent  dans  l'érysipèle  ambulant,  rarement  dans  la  pneumonie; 
en  outre,  dans  les  éruptions  herpétiques;  dans  la  varicelle  et  dans 
quelques  accès  fébriles  éphémères,  dans  la  tuberculose  aiguë  et  la 
fièvre  hectique,  enfin  dans  toutes  les  fièvres  terminales. 

Le  tracé  du  fastigium  peut  présenter  au  sommet  un  seul  pic 


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Fie-.  9. 


Fis.  10. 


Fiar.  11. 


(fig.  9),  ou  un  plateau  (fig.  10)  plus  ou  moins  étendu,  ou  enfin  une 
cime  à  plusieurs  pointes  (fig.  11). 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES.  255 

La  durée  du  fastigium  acméiforme  n'est  souvent  que  de  quel- 
ques heures  et  même  quelquefois  de  moins  d'une  heure,  mais  as- 
sez fréquemment  aussi  de  plus  d'une  journée.     ,„ 

Un  fastigium  acméen  peut  se  terminer  par 
la  mort  comme  dans   les  fièvres   terminales     „ 

(fa.  12). 

Ou  bien  la  température  descend  presque 
aussitôt  après  avoir  atteint  son  apogée  ;  décrois- 
sance toujours  très-rapide  en  pareils  cas. 

Dans  ces  circonstances,  il  faut  s'attendre 
d'ordinaire  à  un  ou  plusieurs  accès  fébriles 
ultérieurs.  Tantôt  ces  retours  sont  plus  ou 
moins  liés  essentiellement  à  la  forme  morbide 
en  cause,  telles  que  :  fièvres  palustres,  pyé- 
mie,  pneumonie  intermittente  ;  d'autres  fois, 
ces  poussées  nouvelles  sont  assez  communes  : 
dans  l'érysipèle  ambulant,  la  tuberculose  ai- 
guë, les  fièvres  chroniques.  —  En  général,  on 
doit  s'attendre  à  une  rechute  dans  toute  fièvre  qui  présente  une 
aussi  rapide  évolution. 

La  marche  continue  de  la  température  pendant  le  fastigium  con- 
siste rarement  dans  un  maintien  complet  et  uniforme  de  la  tempé- 
rature à  une  seule  et  même  hauteur.  Au  contraire,  on  observe  pres- 
que toujours  au  moins  de  petites  variations  qui  peuvent  très-bien 
aller  jusqu'à  |°  ou  même  au-dessus  (fig.  15). 


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40,  s 


40 


59,s 


59 


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Fis.  12. 


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59  s 

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Fis.  15. 


La  marche  thermique  continue  du  fastigium  existe  : 

Dans  toute  maladie  extrêmement  grave  ; 

Dans  tous  les  cas  où  une  complication  grave  s'ajoute  à  une  ma- 


254  MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 

ladie  déjà  existante  ;  mais  aussi  dans  des  cas  très-légers  presque  de 
toute  nature. 

En  outre,  cette  forme  de  fastigium  se  présente  de  préférence 
dans  quelques  maladies,  soit  complètement,  soit  d'une  façon 
approximative  et  toujours  d'autant  plus  accusée  que  la  ma- 
ladie est  plus  intense  ;  tandis  que,  avec  une  extrême  bénignité  de 
la  même  forme  morbide,  le  fastigium  prend  un  caractère  de  dis- 
continuité :  voici  quelques-unes  des  formes  morbides  à  marche 
éminemment  continue  :  typhus  exanthématique,  stade  prodromi- 
que  de  la  variole,  scarlatine,  pneumonie  fibrineuse  primitive  et 
intense,  pneumonie  secondaire  à  marche  rapide,  érysipèle  de  la 
face,  avant  qu'il  ait  commencé  à  migrer,  angine  tonsillaire  paren- 
chymateuse,  méningite  de  la  convexité,  affections  graves  fébriles 
sans  localisation,  dans  lesquelles  cependant  on  trouve  parfois  des 
altérations  parenchymateuses  au  microscope,  et  le  plus  souvent,  des 
maladies  à  bref  stade  initial  souvent  annoncées  par  un  frisson. 
Il   faut  considérer  comme  défavorable  le  cas  où  des  formes 

morbides ,  d'ordinaire  à 
marche  thermique  discon- 
tinue, présentent  un  carac- 
tère continu.  —  Dans  la 
marche  continue,  l'éléva- 
tion de  la  température 
moyenne  est  de  grande  im- 
portance ,    car    elle   décide 


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39,3 


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essentiellement  de 


41,5 


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Fis.  15. 


l'intensité  et  du  danger  de  la  maladie. 

La  marche  continue  est 
tantôt  uniforme ,  ou  bien 
dans  les  cas  favorables  des- 
cendante (fi(j„  14)  ou  dans 
les  cas  défavorables  ascen- 
dante (fig.  15). 

Souvent,  elle  se  divise  ert 
deux  sections  dont  la  pre- 
mière ordinairement  plus 
abrupte  et  l'autre  plus 
douce.  Les  deux  sont  sou- 


vent séparées  par  un  sillon  profond  (pseudocrise) 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  Tdo 

La  marche  continue  ne  se  maintient  d'ordinaire  que  pendant 
peu  de  temps,  rarement  plus  d'une  semaine. 

Tantôt  elle  tourne  à  l'agonie  ; 

Tantôt  des  rémissions  commencent  ;  et  à  moins  que  les  exacer- 
bations  ne  soient  beaucoup  plus  considérables  que  les  élévations 
antérieures,  ces  rémissions  sont  le  plus  souvent  un  signe  d'amélio- 
ration. 

îl  est  vrai  qu'elles  peuvent  parfois  annoncer  le  stade  proagonique. 

Tantôt  enfin,  le  cycle  thermique  se  termine  par  la  défervescence 
qui  peut  être  précoce  ou  tardive. 

La  défervescence  peut  faire  immédiatement  suite  au  fastigium 
continu  ou  en  être  séparé,  soit  par  une  perturbation  critique, 
soit  par  une  diminution  thermique  préalable. 

La  marche  continue  du  fastigium  est  souvent  double,  et  dans  ce 
cas,  interrompue  par  un  sillon  plus  ou  moins  durable  et  profond, 
plus  souvent  aussi  par  une  marche  rémittente. 


E.  Dans  la  plupart  des  maladies,  surtout  clans  certaines  formes 
morbides,  telles  que  :  le  typhus  abdominal,  les  affections  catar- 
rhales,  les  pneumonies  catarrhales  et  ichoreuses,  la  rougeole, 
le  rhumatisme  polyarticulaire,  l'ostéomyélite,  la  méningite  sans 
forte  extension  à  la  convexité,  la  pyémie,  la  fièvre  hectique  et  la 
fièvre  secondaire  de  la 
variole,  la  trichinose, 
la  syphilis,  les  fièvres  40»s — 
chroniques  ;  et  dans 
d'autres  cas,  plus  ou  40 
moins  fréquemment,  la 
marche  de  la  tempe-  39,3 
rature  est  discontinue 
pendant  le   fastigium.  59 

Il  existe  des  varia- 
tions plus  ou  moins 
grandes  entre  les  exa- 
cerbations  le  plus  souvent  vespérales  et  les  rémissions  du  matin. 

Avec  cela  l'élévation  absolue  des  maxima  quotidiens  est  très- 
variable. 

Dans  les  cas  légers^  les  rémissions  du  matin  retombent  plus 


LA 


Fis.  16. 


256 


MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 


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Fie.  17. 


ou  moins  profondément  au-dessous  de  l'élévation  moyenne 
du  fastigium  de  la  forme  morbide  en  question  :  type  rémit- 
tent (fig.  1G). 

Dans  les  cas  graves,  les  mo- 

;      I LLI I       «  I I  dificationsmatulinales restent 

ordinairement  au-dessus  du 

40,5 1 / \-/-—\ / — /-\-l niveau    moyen    de  la   forme 

morbide  ou  plutôt  de^  sa  pé- 
riode fastigiale,  tandis  qu'au 
contraire  les  exacerbations 
vespérales  s'écartent  plus  ou 
moins  de  ce  niveau  moyen  et 
le  surpassent  même:   type  exacerbant  {fig.  il). 

Le  cycle  des  variations  entre  le  soir  et  le  matin  peut  être  très- 
différent  et  aller  de  f  jusqu'à  5°  et  4°  (fig.  18). 

L'alternance  entre  l'exacer- 
bation  et  la  rémission  est 
quelquefois  plus  ou  moins 
régulière  et  voici  ce  qui  a 
lieu  : 

La  même  élévation  d'exa- 
cerbation  et  la  même  profon- 
deur de  rémission  peuvent 
durer  avec  une  régularité  tout 
à  fait  constante  pendant  une 
semaine  et  au  delà,  dans  les 
maladies  aiguës  ;  mais  cette 
alternance  régulière  peut  en- 
core se  présenter  avec  une 
uniformité  complèle  ou  pres- 
que absolue  dans  les  fièvres 
chroniques,  et  cela  pendant  des  mois  entiers.  Ceci  n'empêche 
pas  que  dans  le  fastigium  discontinu,  on  puisse  aussi  distinguer 
deux  parties  :  une  première,  avec  un  cycle  plus  restreint;  une 
autre,  avec  un  cycle  plus  vaste. 

D'autres  fois,  et  comme  cela  a  lieu  notamment  dans  les  cas  com- 
pliqués ou  anormaux,  ainsi  que  dans  certaines  formes  morbides 
(notamment  dans  la  pyémie),  la  marche  thermique  discontinue 


Fig.  18. 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES.  2Ô7 

présente  des  irrégularités  plus  ou  moins  considérables.  Quelque- 
fois, elle  ne  reste  uniforme  que  pendant  peu  de  jours  pour  montrer 
aussitôt  après  des  déviations. 

Ces  irrégularités  peuvent  dépendre  de  causes  accidentelles  et 
de  beaucoup  d'autres  influences. 

Les  irrégularités  de  la  marche  consistent  : 

Dans  l'apparition  inégale  de  la  rémission  et  de  l'exacerbation 
qui,  un  jour  commencent  plus  tôt,  l'autre  jour  plus  tard,  qui,  un 
jour  sont  d'une  durée  plus  courte  et  l'autre  jour,  plus  longue. 

Dans  une  inégalité  entre  la  profondeur  des  rémissions  et  la  hau- 
teur des  exacerbations. 

Dans  une  forte  rétrocession  intercurrente  de  la  température, 
ne  se  manifestant  que  par  des  sillons  isolés  et  par  une  décroissance 
thermique  plus  ou  moins  durable,  mais  nullement  définitive 
(état  qui  est  amené  avec  une  fréquence  particulière  par  des  in- 
fluences et  des  conditions  favorables),  mais  qui,  cependant  dans 
certaines  formes  morbides  se  montre  spontanément  et  sans  la  moin- 
dre signification  favorable. 

Dans  des  élévations  intercurrentes  isolées  ou  plus  ou  moins  con- 
tinues de  la  température  et  qui  sont  le  plus  souvent  produites  par 
des  influences  défavorables  ou  des  complications. 

Parfois,  mais  rarement,  les  irrégularités  dans  ce  stade  consis- 
tent en  collapsus  intercurrents. 

Souvent  l'irrégularité  est  complexe  et  si  une  fois  des  irrégula- 
rités considérables  se  sont  montrées  dans  une  maladie,  on  ob- 
serve d'ordinaire  que  le  type  ainsi  dérangé  ne  se  rétablit  plus 
complètement. 

Parfois,  c'est  une  fluctuation  tout  à  fait  irrégulière  de  la  tem- 
pérature avec  quelques  élévations  à  pics  et  des  descentes  tout 
aussi  profondes,  avec  alternance  de  marche  continue  et  discontinue 
(le  plus  souvent  dans  la  pyémie). 

Les  différences  de  la  marche  discontinue  dans  le  fastigium  sont 
en  grande  partie  déterminées  par  la  nature  de  la  forme  morbide 
et  par  son  intensité  ;  mais  la  multiplicité  ou  la  complexité  du  cas, 
l'apparition  d'accidents  isolés,  des  influences  accidentelles  et  thé- 
rapeutiques, et  enfin  l'idiosyncrasie  du  malade  peuvent  contribuer 
à  la  formation  du  fastigium  continu. 

De  toutes  les  maladies  dont  le  fastigium  affecte  une  forme  dis- 

17 


258  MARCHE  DE  LA  TEMPERATURE 

continue,  c'est  la  lièvre  typhoïde  qui  présente  de  la  façon  la 
plus  saillante  une  limite  minima  de  l'exacerbation  (59°, 5),  des  li- 
mites de  latitude  assez  précises  du  cycle  quotidien  (ne  dépassent  pas 
facilement  1 1°),  la  plus  grande  régularité  dans  son  cours  (au  moins 
dans  les  cas  normaux  et  simples)  et  une  durée  assez  exactement 
délimitée  de  la  période  du  fastigium  (ni  au-dessous  de  huit  jours 
ni  au-dessus  de  dix-sept).  Les  conditions  individuelles  peuvent 
aussi  influer  sur  la  fièvre  typhoïde,  mais  elies  ne  feront  pas  fa- 
cilement dévier  son  cycle  thermique  d'une  certaine  latitude  dif- 
férentielle, et  en  tous  cas,  leur  effet  ne  sera  pas  de  longue  durée. 

Dans  toutes  les  autres  formes  morbides  à  type  discontinu  du  fas- 
tigium, la  multiplicité  est  plus  grande  encore  et  l'influence  des 
conditions  accessoires  plus  considérable. 

Uélévation  absolue  des  maxima  (l'exacerbation  est  d'habitude 
considérable  dans  la  partie  discontinue  de  la  fièvre  récurrente, 
dans  la  fièvre  suppurative  de  la  variole,  dans  la  rougeole,  la  pneu- 
monie catarrhale,  la  pyémie,  l'ostéomyélite,  l'érysipèledelaface, 
la  tuberculose  aiguë. 

En  revanche,  dans  les  maladies  que  nous  allons  énumérer,  les 
élévations  exacerbatrices  résultent  plutôt  de  l'intensité  de  la  ma- 
ladie ou  de  complications  graves.  Tels  sont  :  la  grippe,  le  rhuma- 
tisme polyarticulaire,  la  pleurésie,  la  méningite  cérébro-spinale, 
la  trichinose,  la  syphilis,  les  suppurations  aiguës. 

Les  maxima  d'exacerbation  peuvent  rester  très-bas  malgré  le 
degré  extrêmement  grave  des  maladies  : 

Dans  la  stéatose  aiguë,  la  méningite  basilaire,  la  diphthérie,  la 
dysenterie,  la  péricardite,  la  péritonite. 

L'amplitude  des  oscillations  ou  la  différence  quotidienne  dépend 
de  la  forme  et  de  l'intensité  de  la  maladie.  Tantôt  par  l'éten- 
due de  cette  latitude,  le  type  se  rapproche  davantage  du  cours  des 
fièvres  intermittentes  (pseudo-intermittentes),  tantôt  par  la  peti- 
tesse de  cette  latitude,  il  avoisine  la  marche  continue.  Les  cas  de 
cette  dernière  espèce  doivent  être  regardés  comme  très-graves.  Ceux 
de  la  première  catégorie  sont  du  moins  très-insidieux,  si  la  tempé- 
rature exacerbatrice  est  en  même  temps  très-élevée  ;  ces  cas  doi- 
vent faire  soupçonner  une  infection  latente  pyémique  ou  septicé- 
mique,  ou  bien  des  embolies  successives  et  ils  se  compliquent 
souvent  de  dépôts  secondaires,  -ainsi,  notamment,  dans  la  fièvre 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  259 

secondaire  de  la  variole,  dans  la  parotidite,  le  rhumatisme  aigu, 
l'endocardite  et  la  myocardite,  les  phlegmasies  rénales  et  hépa- 
tiques. 

Dans  tous  les  cas,  enfin,  où  l'on  rencontre  des  foyers  de  suppura- 
tion disséminés  en  divers  points  du  corps,  quelle  qu'en  soit  la 
cause,  et  ils  sont  d'autant  plus  nombreux  que  l'exacerbation  ther- 
mique concomitante  a  été  plus  considérable. 

Mais  ces  auto-infections,  pour  ainsi  dire  latentes,  peuvent  aussi 
se  produire  dans  d'autres  formes  morbides.  Or  plusieurs  de  ces 
processus  étant  pour  le  moment  du  moins  inaccessibles  au  diagnos- 
tic, on  trouvera,  dans  cette  succession  de  rémissions  et  d'exacerbations 
affectant  le  caractère  de  l'intermittence,  un  indice  d'une  grande 
valeur,  car  il  devra  faire  redouter  une  issue  fâcheuse,  surtout  si 
cet  état  se  prolonge  pendant  plusieurs  jours  sans  que  les  exacerba- 
tions  se  soient  amoindries.  —  La  guérison  n'est  cependant  pas  im- 
possible dans  quelques-uns  de  ces  cas,  quoique  nous  ne  nous  n'ex- 
pliquions pas  le  mode  dont  elle  s'opère.  Les  grandes  exacerbations 
suivies  de  rémissions  profondes  et  presque  apyrétiques  n'ont  pas 
de  caractère  particulièrement  fâcheux  pendant  le  fastigium.  — 
Elles  se  présentent  le  plus  souvent  dans  la  fièvre  initiale  de  la  rou- 
geole, dans  la  grippe  intense  et  dans  l'érysipèle  ambulant  ainsi 
que  dans  la  syphilis. 

Si,  au  contraire,  la  température  se  rapproche  de  la  norme  pen- 
dant les  rémissions,  tandis  que  dans  l'exacerbation  elle  ne  fran- 
chit pas  ou  ne  dépasse  qu'à  peine  la  limite  des  degrés  modérément 
fébriles,  on  peut,  en  général,  considérer  le  cas  comme  léger,  à  la 
condition  toutefois  que  la  nature  même  de  la  maladie  n'implique 
pas  de  dangers  sérieux  et  inévitables.  Ainsi  des  exacerbations  mo- 
diques avec  une  apyrexie  matutinale  presque  complète  n'autorisent 
nullement  à  porter  un  pronostic  favorable  dans  les  cas  suivants  : 
stéatose  aiguë,  inflammation  aiguë  des  petites  bronches  (bronchio- 
lite,  bronchite  capillaire),  méningite  basilaire  ou  cérébro-spinale, 
tuberculose  aiguë ,  diphthérie ,  dysenterie  intense  ,  péritonite, 
néphrite  parenchymateuse  aiguë. 

Dans  aucune  des  formes  morbides  dont  il  est  ici  question,  sauf 
dans  le  typhus  abdominal,  il  ne  faut  pas  s'attendre  à  une  alternance 
régulière  entre  les  exacerbations  et  les  rémissions.  —  En  d'autres 
termes,  une  irrégularité  quelconque  de  temps,  d'élévation  ou  d'al- 


260  MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 

ternance  n'est  en  elle-même  un'  signe  fâcheux,  clans  le  cas  de  fiè- 
vre typhoïde  (typhus  abdominal). 

Les  maladies  qui  s'en  rapprochent  le  plus,  au  point  de  vue  de  la 
régularité  du  type  thermique  sont  :  la  grippe,  la  pneumonie  catar- 
rhale  (ces  deux  maladies  présentent  à  la  période  du  fastigium  une 
grande  ressemblance  avec  la  fièvre  typhoïde),  le  rhumatisme  mul- 
tiarticulaire  (les  températures  d'exacerbation  ne  sont  pas  ordinai- 
rement aussi  élevées  que  dans  la  fièvre  typhoïde),  la  pleurésie,  la 
méningite  cérébro-spinale,  la  trichinose,  les  suppurations,  la  sy- 
philis, la  phthisie  et  la  fièvre  chronique.  La  tuberculose  subaiguë 
présente  souvent  une  grande  régularité  pendant  un  certain  temps 
mais  parfois  aussi  des  irrégularités  considérables. 

Vu  la  grande  tendance  aux  irrégularités  qui  distingue  la  mar- 
che de  la  fièvre  discontinue,  des  causes  insignifiantes  suffisent  pour 
rendre  sa  marche  irrégulière.  Cela  arrive  cependant  surtout  à  la 
suite  de  complications  ou  d'accidents  intercurrents  ou  bien  enfin 
après  des  influences  tant  favorables  que  nuisibles. 

Dans  la  marche  discontinue  de  la  fièvre,  les  complications  agis- 
sent surtout  aussi  de  manière  à  rendre  cette  marche  continue  pour 
un  temps  ou  d'une  façon  durable,  ou  du  moins  elles  la  font  se  rap- 
procher de  la  continuité  ;  parfois  enfin,  elles  ont  pour  effet  de 
changer  la  marche  rémittente  en  exacerbante. 

Les  accidents  intercurrents  se  révèlent  surtout  par  des  écarts 
thermiques  inattendus  :  tantôt  par  des  ascensions,  tantôt  et  très- 
fréquemment  aussi  par  des  abaissements  et  même  de  véritables 
collapsus  ;  ces  derniers  sont  amenés  d'habitude  notamment  par 
des  hémorrhagies,  des  vomissements,  de  fortes  diarrhées,  des 
sueurs  profuses  ou  par  des  perforations  des  cavités  séreuses. 

Les  influences  favorables  ou  nocives  peuvent  avoir  des  effets  pas- 
sagers ou  durables.  Avec  plusieurs  agents  thérapeutiques  expéri- 
mentalement éprouvés,  il  est  possible,  du  moins  dans  certaines 
formes  morbides,  de  déterminer  d'avance  le  type  que  la  marche 
fébrile  adoptera  ;  il  existe  ainsi  certaines  modifications  pour  ainsi 
dire  typiques  du  cycle  fébrile  qui  résultent  de  l'emploi  de  l'hydro- 
thérapie, de  la  digitale  et  du  calomel  dans  la  fièvre  typhoïde,  et 
des  émissions  sanguines  dans  la  pneumonie. 

La  direction  que  suit  la  marche  discontinue  du  fastigium  peut 
aussi  être  très-variable  :  le  fastigium  conserve  un  caractère  uni- 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES. 


261 


forme,  ou  sa  direction  est  ascendante  ou  bien  elle  est  descendante  ; 
modalités  qui,  dans  la  plupart  des  cas,  correspondent  assez  exacte- 
ment à   l'intensité  et   à  la 
gravité  de  la  maladie. 

Voici  les  deux  formes  que 
peut  présenter  le  fastigium 
à  trajet  ascendant  : 

1°  La  moyenne  quoti- 
dienne de  la  température 
augmente  (fig.  19)  ; 

2°  Le  type  rémittent  se 
rapproche  du  type  continu 
ou  exacerbant  (fig.  20). 

La  direction  descendante 
se  caractérise  par  des  con- 
ditions opposées. 

Le  changement  de  direction  du  fastigium  est  tantôt  lent  et  gra- 
duel, tantôt  soudain  et  brusque  et  souvent  précédé  de  courtes  ir- 
régularités. 

Dans  l'interversion  brusque,  le  fastigium  se  décompose  en  deux 


Fig.  19. 


40,5 

40 

39,5 

59 

38.5 


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Fig.  20. 


ou  plusieurs  phases  ou  étapes  plus  ou  moins  distinctes  qui  durent 
quelques  jours  et  rarement  plus  d'une  semaine.  — Quand  le  fasti- 
gium se  prolonge,  on  peut  aisément  reconnaître  chacune  de  ses 
phases  caractéristiques  sur  le  tracé  thermique,  et  si  après  un  tra- 


262  MARCHE  DE  LA  TEMPERATURE 

et  ascendant  du  cycle  régulier,  celui-ci  prend  une  direction  des- 
cendante, il  est  permis  de  porter  un  pronostic  favorable.  Si,  au 
contraire,  la  marche  uniforme  du  fastigium  est  troublée  par  une 
direction  ascendante,  le  cas  est  fâcheux,  mais  non  pas  cependant 
encore  désespéré. 

La  durée  du  fastigium  dans  le  type  discontinu  est  en  moyenne 
plus  longue  que  dans  le  type  continu  et  dépend  en  majeure  par- 
tie de  la  forme  morbide  et  de  l'intensité  de  la  maladie. 

Une  courte  durée  du  fastigium  correspond  dans  la  plupart  des 
cas  (c'est-à-dire  dans  ceux  qui  n'amènent  pas  promptement  la 
mort)  à  une  faible  intensité  de  la  maladie.  —  Un  fastigium  très- 
prolongé  est  plus  sérieux. 

Dans  les  cas  favorables,  de  tous  le  plus  court,  est  d'ordinaire  le 
fastigium  du  stade  prodromique  de  la  rougeole. 

La  grippe,  la  bronchite,  l'angine  tonsillaire,  la  parotidite,  la 
pneumonie  catarrhale,  l'érysipèle  ambulant,  la  fièvre  de  suppura- 
tion de  la  variole,  la  péritonite,  le  stade  fébrile  post-cholérique 
ont  aussi  un  court  fastigium  qui  ne  dure  pas  plus  de  cinq  à  six 
jours,  dans  les  cas  de  moyenne  intensité. 

Dans  la  fièvre  typhoïde,  la  durée  du  fastigium  est  de  deux  se- 
maines et  demie. 

Le  fastigium  est  d'ordinaire  relativement  assez  long  dans  les  cas 
légers  de  rhumatisme  polyarticulaire,  de  pleurésie,  de  trichinose, 
de  suppurations,  de  méningite  cérébro-spinale  et  de  syphilis. 

Dans  la  méningite  basilaire,  l'issue  léthale  est  toujours  à  crain- 
dre, que  le  fastigium  soit  de  courte  ou  de  longue  durée. 

Dans  la  septicémie  et  dans  la  pyémie,  un  fastigium  prolongé 
doit  inspirer  plutôt  de  l'espoir  ;  il  en  est  de  même  dans  la  tuber- 
culose aiguë. 

Dans  la  phthisieet  dans  les  autres  états  chroniques  fébriles,  la 
fièvre  peut  persister  avec  son  type  rémittent  pendant  des  mois  et 
des  années  et  lorsqu'elle  a  présenté  pendant  quelques  semaines 
des  interruptions  dans  son  cours,  soit  spontanément,  soit  sous  l'in- 
fluence du  traitement,  il  n'est  pas  rare  de  voir  les  fluctuations 
thermiques  antérieures  reparaître  au  même  degré  d'élévation  quo- 
tidienne qu'auparavant  et  avec  la  même  régularité. 

F,  Dans  la  plupart  des  formes  morbides  le  fastigium  est  sim- 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  265 

pie  ;  mais  il  y  a  des  affections  où  il  peut  être  double  ou  même  mul- 
tiple, ce  sont  : 

La  fièvre  typhoïde  avec  dépôts  successifs,  la  fièvre  récurrente, 
la  variole  vraie,  les  exanthèmes  irréguliers,  quelques  pneumonies 
à  forme  récurrente,  la  pyémie  et  la  septicémie  (avec  une  appa- 
rence d'amélioration  intercurrente),  l'érysipèle  de  la  face  (par 
suite  d'une  récidive  apparente),  le  rhumatisme  polyarticulaire 
(dans  le  cas  de  complications  ultérieures),  la  méningite  basilaire, 
la  méningite  cérébro-spinale,  la  pleurésie,  la  phthisie. 

Quand  le  fastigium  est  multiple,  le  premier  présente  souvent  un 
autre  caractère  que  le  deuxième  et  les  suivants.  Des  types  inter- 
mittents, des  types  continus  et  des  types  rémittents  y  peuvent  al- 
terner. En  général,  le  fastigium  est  d'autant  plus  défavorable  que 
ses  manifestations  ultérieures  présentent  une  hauteur  continue  et 
des  élévations  durables. 


G.  I/A.  fin  du  fastigium  est,  tantôt  distinctement  délimitée,  tan- 
tôt elle  est  vague  et  se  rattache  à  d'autres  stades. 

Parfois,  il  se  présente  encore  à  la  fin  du  fastigium  une  élévation 
de  courte  durée.  Cette  par- 
ticularité a  été  notée  avec 
beaucoup  de  justesse  par  d'an- 
ciens médecins  et  désignée  par 
eux  sous  le  nom  de  pertur- 
batio  critica  (fig.  21).  Dans 
d'autres  cas,  il  se  manifeste 
une  tendance  sensible  vers  la 
décroissance  :  Décroissance 
préparatoire. 

Le  fastigium  se  termine  : 

Dans  le  stade  prodromique 
de  la  variole,  au  moment  où 
apparaissent  les  premières  pa- 
pules cutanées    annonçant  le   début  de  l'éruption. 

Dans  la  rougeole  :  quand  l'éruption  a  atteint  son  maximum. 

Dans  la  scarlatine  :  quand  l'exanthème  commence  à  pâlir. 

Dans  la  pneumonie  :  quand  l'hépatisation  est  complète,  rare- 
ment avant  le  troisième  ou  après  le  neuvième  jour. 


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Fig.  21. 


264  MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 

Dans  le  typhus  exanthématique,  vers  la  fin  de  la  deuxième  se- 
maine, parfois  au  milieu  de  la  troisième. 

Dans  les  cas  légers  de  fièvre  typhoïde,  au  milieu  ou  à  la  fin  du 
second  septénaire  ;  dans  les  cas  graves  au  milieu  ou  à  la  fin  du 
troisième,  parfois  seulement  dans  le  cours  du  quatrième. 

Dans  la  grippe,  d'ordinaire,  au  bout  de  peu  de  jours. 

Dans  l'angine  tonsillaire  parenchymateuse,  après  une  durée  de 
trois  à  sept  jours. 

Dans  les  autres  formes  morbides,  la  terminaison  du  fastigium 
est  plus  ou  moins  indéterminée. 

6.  Avec  le  fastigium,  la  période  d'augment  et  la  période  d'état 
de  la  maladie  peuvent  arriver  à  leur  terme,  c'est-à-dire  qu'elle 
tourne  immédiatement  à  l'agonie  ou  bien  que  les  processus  de 
guérison  lui  font  directement  suite.  Souvent  cependant  le  fasti- 
gium est  encore  suivi  par  un  stade  d'indécision. 

Cette  période  indécise  (stade  amphibole)  devient  d'autant  plus 
apparente  que  le  cours  du  fastigium  a  été  plus  régulier. 

Quand  la  marche  thermique  du  fastigium  est  irrégulière,  la 
limite  entre  celui-ci  et  le  stade  amphibole  n'est  souvent  pas  facile 
à  tracer. 

Le  stade  amphibole  manque  rarement  dans  les  cas  qui,  sans 
avoir  une  terminaison  rapidement  fatale,  présentent  cependant  un 
caractère  fâcheux.  C'est  surtout  dans  les  fièvres  typhoïdes  graves 
que  ce  stade  est  le  plus  saillant,  le  plus  intense  et  de  la  plus 
longue  durée. 

Il  se  présente,  en  outre,  dans  les  pneumonies  graves  et  pro- 
longées, dans  les  exanthèmes  compliqués,  dans  les  typhus  exan- 
thématiques  de  même  nature,  dans  le  rhumatisme  polyarticu- 
laire  aigu  et  dans  la  méningite  cérébro-spinale. 

La  période  amphibole  est  plus  ou  moins  irrégulière.  En  voici 
les  manifestations  thermiques  :  Des  écarts  isolés  ou  autres  dévia- 
tions de  la  durée  de  plusieurs  jours  ;  des  exacerbations  et  des  ré- 
missions de  grandeur  variable  ;  d'ordinaire,  les  rémissions  se  pré- 
sentent bien  dans  la  matinée,  mais  souvent  aussi  à  d'autres  mo- 
ments et  les  exacerbations  se  rencontrent  indifféremment  à 
toutes  les  heures  de  la  journée.  Les  collapsus  intercurrents  ne  sont 
pas  rares.  Des  recrudescences  ou  des  améliorations  se  montrent 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  265 

avec  ou  sans  motifs.  Les  unes  comme  les  autres  n'ont  souvent  que 
la  durée  de  quelques  heures  et  souvent  persistent  pendant  plu- 
sieurs jours  ;  parfois  elles  présentent  une  intermittence  à  type 
tierce,  mais  le  plus  souvent  une  grande  irrégularité.  Quand  le 
stade  amphibole  est  de  longue  durée,  on  remarque  que  les  alté- 
rations coïncident  avec  certains  jours  et  de  préférence  avec  la  fin 
ou  le  milieu  d'un  septénaire  ;  mais  ces  altérations  ne  durent  pas 
assez  pour  changer  le  caractère  du  cours  morbide. 

Mais,  malgré  tout  cela,  la  température  du  stade  amphibole  se 
maintient  dans  de  telles  limites  qu'une  compensation  est  pos- 
sible et  bien  rarement  les  températures  isolées  atteignent  l'élé- 
vation maxima  du  fastigium. 

La  durée  du  stade  amphibole  peut  n'être  que  de  plusieurs  jours, 
mais  aussi  s'étendre  à  plusieurs  semaines.  Elle  persiste' surtout 
dans  quelques  fièvres  typhoïdes  graves. 

7.  Quand  la  maladie  est  à  son  apogée  et  se  trouve  dans  le  stade 
amphibole,  la  fièvre  peut  être  plus  ou  moins  influencée  par  des 
processus  se  passant  dans  l'organisme  lui-même  ou  par  des  effets 
agissant  du  dehors  sur  lui,  et  cela  tantôt  à  l'avantage  tantôt  au 
détriment  du  malade.  En  général,  les  influences  qui  produisent  un 
accroissement  dans  la  température  déjà  élevée  sont  préjudiciables  ; 
au  contraire,  celles  qui  amènent  une  dépression  thermique  sont 
souvent,  sinon  toujours  avantageuses.  La  thérapeutique  doit  donc 
songer  à  profiter  de  ces  dernières,  et  à  les  multiplier  ;  mais,  d'a- 
bord à  en  fixer  le  plus  exactement  possible  l'efficacité. 

Une  élévation  de  température  chez  les  fébricitants  peut  être 
amenée  par  une  excitation  intellectuelle,  par  des  mouvements  phy- 
siques, par  trop  de  chaleur,  par  des  vices  de  régime,  par  une  con- 
stipation opiniâtre  et  par  des  complications. 

La  diminution  de  la  température  peut  être  produite  dans  le  fas- 
tigium et  dans  le  stade  amphibole  : 

Par  des  hémorrhagies  spontanées,  des  selles  abondantes,  des 
vomissements,  des  sueurs  profuses. 

Ensuite  par  une  respiration  insuffisante,  par  une  compression 
du  cerveau,  par  l'inanition. 

Parfois  par  un  sommeil  tranquille,  en  outre,  par  l'emploi  ap- 
proprié du  froid  sur  le  corps  du  malade,  par  des  émissions  san- 


266  MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 

guines  artificielles  ;  enfin  par  l'administration  d'un  certain  nombre 
de  médicaments.  Voici  ceux  qui  sont  reconnus  jusqu'à  présent 
antipyrétiques  : 

Le  mercure  (calomel),  l'antimoine  (tartre  stibié),  le  plomb,  la 
digitale,  la  vératrine,  le  quinquina,  les  acides  et  les  sels  dits  ra- 
fraîchissants, les  laxatifs  et  les  vomitifs. 

Mais  la  sûreté  et  le  degré  de  l'effet  ne  sont  nullement  les  mê- 
mes dans  tous  les  cas  dont  les  conditions  thermiques  sont  égales. 
Les  uns  sont  très-accessibles  aux  influences,  même  pendant  la  fiè- 
vre, d'où  une  rapide  efficacité  des  médicaments  et  des  autres 
moyens  thérapeutiques  mis  en  usage.  Dans  les  autres,  la  fièvre 
se  montre  réfractaire  à  ces  agents  et  toutes  les  influences  restent 
absolument  sans  résultat  ou  du  moins  impuissantes  pendant  un 
certain  temps. 

A  l'acmé  de  la  fièvre  et  dans  le  stade  amphibole,  les  tempéra- 
tures accessibles  aux  influences  extérieures  se  rencontrent  de 
préférence  chez  les  enfants,  chez  les  individus  faibles  et  dans  les 
maladies  de  moyenne  intensité  ,  après  un  amendement  spontané, 
dans  la  marche  thermique  discontinue  et  pendant  la  rémission 
quotidienne  naturelle. 

Une  résistance  plus  ou  moins  grande  se  rencontre,  en  général, 
chez  les  adultes  vigoureux,  dans  des  maladies  intenses  pendant  leur 
période  d'accroissement  ou  dans  les  maladies  compliquées,  dans 
le  type  fébrile  continu,  enfin  pendant  les  heures  de  l'exacerbation 
quotidienne  régulière. 

8.  La  marche  thermique  pendant  la  période  de  déclin  (processus 
de  guérison)  peut  offrir  plus  ou  moins  de  particularités  : 

Les  formes  morbides  se  distinguent  très-nettement  les  unes  des 
autres  par  la  façon  dont  elles  guérissent  habituellement  ;  et  la 
différence  est  d'autant  plus  caractéristique  que  la  marche  en  a  été 
moins  troublée  et  pour  ainsi  dire  plus  normale. 

Dans  les  uns,  le  processus  morbide  paraît  presque  tout  à  coup 
éteint  et  terminé.  L'amélioration  s'opère  sans  difficultés  et  sans  se- 
cousses, et  le  retour  à  la  santé  s'effectue  sans  obstacles  et  avec 
promptitude.  C'est  ce  que  l'on  peut  observer  dans  le  typhus  exan- 
thématique,  les  varioloïdes,  la  varicelle,  la  rougeole,  (a  pneumo- 
nie fibrineuse  primitive,  la  pneumonie  lobulaire  et  la  pneumonie 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES.  267 

simple  ;  dans  la  fébricule,  la  fièvre  récurrente,  l'érysipèle  de  la 
face,  l'angine  tonsillaireparenchymateuse,  la  fièvre  de  réaction  qui 
se  montre  dans  le  choléra  sans  dégénérescence  parenchymateuse  des 
reins. 

Dans  les  autres  formes  de  maladie,  le  processus  morbide  lui- 
même  provoque  dételles  altérations  dans  les  organes,  y  fait  naître 
tant  de  produits  nouveaux,  amène  des  lésions  si  étendues  que  le 
processus  réparateur  est  nécessairement  lent  et  pénible  et  facile- 
ment exposé  à  de  nouveaux  désordres  avant  que  l'équilibre  ne 
soit  définitivement  rétabli. 

Dans  cette  catégorie  se  rangent  la  fièvre  typhoïde,  le  plus 
souvent  aussi  la  scarlatine,  la  variole  confluente,  le  rhumatisme 
aigu  polyarticulaire,  toutes  les  méningites,  la  trichinose,  la  pleu- 
résie, la  péricardite,  la  péritonite  et  la  dysenterie. 

Ce  qui  se  produit  clans  ces  dernières  formes  morbides,  par  suite 
de  la  nature  même  du  processus  essentiel  peut  aussi  s'opérer  dans 
les  premières,  sous  l'influence  de  complications  préexistantes  ou 
intercurrentes,  ou  d'autres  circonstances  fâcheuses. 

Naturellement,  il  y  a  aussi  un  certain  nombre  de  cas  intermé- 
diaires entre  ces  deux  extrêmes,  c'est-à-dire  entre  la  décroissance 
prompte  et  facile  et  la  réparation  lente  et  semée  d'écueils. 

La  marche  thermique  correspond  aussi  à  ces  diverses  modalités  ; 
ce  qui  permet  de  conclure  à  la  forme  que  prendra  le  processus 
curateur. 

Dans  les  cas  de  guérison  difficile,  des  élévations  thermiques 
très-considérables  peuvent  surgir  pendant  la  période  de  déclin, 
c'est  précisément  dans  ce  stade;  car,  dans  certaines  maladies,  le 
sujet  est  exposé  aux  dangers  les  plus  grands  et  les  plus  nombreux. 

Dans  les  cas,  au  contraire,  où  la  guérison  n'a  pas  de  grands 
obstacles  à  vaincre,  la  fièvre  se  termine  au  moment  où  la  maladie 
passe  à  ce  processus  transitoire. 

La  marche  thermique  pendant  les  stades  de  déclin,  se  décom- 
pose comme  il  suit  : 

1°  Période  de  décroissance  positive,  mais  insuffisante  ;  stodium 
decrementi; 

2°  Période  de  diminution  de  la  fièvre  que  j'ai  désigné  sous  le 
nom  de  défervesçence  généralement  adopté  aujourd'hui  ; 


268 


MARCHE  DE  LA  TEMPERATURE 


3°  Période  qui  succède  à  la  défervescence  :  Période  épicritique 
et  convalescence. 

9.  Le  premier  stade  du  processus  deguérison,  la  période  de  dé- 
croissance positive,  mais  insuffisante  (stadium  decremenii)  est  loin 
d'être  observée  dans  tous  les  cas.  Quand  elle  existe,  elle  se  ratta- 
che, soit  à  l'évolution  du  fastigium,  soit  immédiatement  à  la 
période  amphibole,  ou  bien  une  augmentation  préalable  est  d'a- 
bord suivie  pendant  deux  jours  d'une  petite  décroissance,  après 
quoi  se  présente  la  défervescence  [fig.  22). 


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Fig.  22. 

La  diminution  thermique  qui  précède  de  plusieurs  heures  ou  de 
quelques  jours  la  défervescence  peut  ainsi  se  transformer  peu  à 
peu  en  une  descente  tellement  brusque  qu'il  devient  impossible  de 
préciser  le  début  de  la  défervescence  proprement  dite. 

Cette  diminution  prémonitoire  peut  varier  d'un  demi-degré  à 
un  degré  ;  dans  les  fièvres  très-intenses  et  clans  les  fausses  crises, 
elle  peut  être  bien  plus  considérable  encore  et  aller  même  dans  ces 
dernières  jusqu'à  trois  degrés  et  au-dessus. 

Souvent  elle  ne  consiste  que  dans  une  courte  durée  où  une 
absence  totale  de  Texacerbation  vespérale  ordinaire  ,  de  façon 
que  le  jour  de  la  décroissance,  la  fluctuation  quotidienne  fasse  dé- 
faut et  que  la  température  persiste  au  degré  thermique  du  matin  ; 
ou  bien  elle  consiste  dans  une  rémission  matinale  plus  considéra- 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES.  269 

ble,  landis  que,  dans  la  soirée,  la  température  remonte  à  son  éléva- 
tion ordinaire. 

D'autres  fois,  elle  consiste  en  une  fausse  crise  avec  petite  élé- 
vation consécutive. 

Il  n'est  pas  rare  de  voir,  de  cette  façon,  la  moyenne  quotidienne 
persister  durant  plusieurs  jours  et  même  une  semaine  à  un  degré 
beaucoup  plus  bas  que  pendant  le  fastigium  ou  pendant  la  période 
amphibole,  et  la  défervescence  proprement  dite  être  précédée  d'un 
ralentissement  uniforme  ou  graduel  de  la  fièvre. 

Cet  état  se  dislingue  très-bien  du  stade  amphibole  ;  car,  dans 
celui-là,  il  ne  se  présente  plus  d'aggravations  et  les  élévations  ves- 
pérales ne  sont  elles-même  que  l'expression  de  la  fluctuation  quo- 
tidienne ;  leur  signification  n'est  pas  défavorable,  pourvu  que  la 
rémission  se  reproduise  toujours  dans  les  heures  matinales. 

Il  n'existe  pas  de  forme  morbide  où  un  pareil  stade  de  déclin  ne 
puisse  se  produire  (que  la  défervescence  soit  d'ailleurs  rapide  ou 
lente).  Fréquemment,  les  agents  thérapeutiques  provoquent  évi- 
demment l'apparition  de  ce  stade. 

En  revanche,  la  durée  varie  suivant  les  maladies.  Le  stade  de 
déclin  peut  durer  de  plusieurs  jours  à  une  semaine  et  même  plus 
dans  la  fièvre  typhoïde  et  dans  la  période  de  suppuration  de  la 
variole.  La  durée  est  plus  courte  dans  le  typhus  exanthématique, 
la  scarlatine,  plus  courte  encore  dans  la  rougeole  et  la  pneumonie 
lobulaire. 

Dans  les  formes  morbides  qui  ne  sont  qu'approximativement  ty- 
piques la  durée  de  ce  stade  est  infiniment  variable,  et  dans  ce  cas, 
il  y  a  bien  moins  de  chances  qu'il  soit  immédiatement  suivi  de  la 
défervescence.  Même  sans  qu'il  survienne  de  complications  acci- 
dentelles, la  température  peut  de  nouveau  s'élever  dans  cet  état 
et  sa  marche  prendre  une  seconde  fois  le  caractère  de  fastigium. 
Dans  ces  cas,  une  diminution  fébrile  est  venu  s'intercaler  entre 
deux  périodes  de  fastigium  et  a  produit  la  décevante  apparence 
d'une  amélioration. 

Des  ralentissements  tout  aussi  trompeurs  se  rencontrent  éga- 
lement dans  la  pyémie  et  dans  le  stade  amphibole  de  différentes 
maladies. 

10.  C'est  dans  la  période  de  défervescence  que,  suivant  la  na- 


210 


MARCHE  DE  LA  TEMPERATURE 


ture  des  maladies,  ont  trouve  les  différences  les  plus  tranchées; 
en  même  temps,  les  déviations  du  type  propre  à  telle  ou  telle 
forme  morbide,  offrent  des  indications  très-positives  relativement 
aux  anomalies  et  à  l'imperfection  de  la  guérison. 

a.  La  défervescence  a  lieu  tantôt  rapidement  et  pour  ainsi  dire 
d'un  seul  jet  (défervescence  rapide,  crise),  de  façon  à  s'achever  dans 
4,  12,  24,  ou  tout  au  plus  56  heures  ;  pendant  ce  temps,  la  tem- 
pérature tombe  de  2°,  de  5°,  quelquefois  même  de  plus,  et  arrive 
à  l'état  thermique  normal  ou  même  au-dessous  (fig.  25  et  24). 


41 

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Fis.  23. 


FiS.  24. 


De  cette  manière,  la  fièvre  peut  se  terminer  dans  la  même  jour- 
née ou  dans  une  seule  nuit  et  le  malade  peut  ainsi  présenter  le 
lendemain  matin  une  température  normale  ;  on  n'est  certain  que 
la  fièvre  est  arrivée  à  son  terme  que  si,  dans  les  heures  post-méri- 
diennes et  vespérales  des  jours  suivants,  il  n'y  a  pas  de  nouvelles 
élévations.  Souvent  il  ne  se  présente  qu'une  seule  élévation  de  celte 
nature,  mais  elle  n'atteint  pas  le  degré  de  celle  de  la  veille,  et  dans 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  271 

la  nuit  suivante  la  température  revient  définitivement  à  l'état 
apyrétique. 

Très-souvent,  la  défervescence  rapide  dure  plus  de  24  heures; 
dans  les  premières  heures  de  la  matinée,  la  température  tombe 
plus  ou  moins  ;  dans  le  courant  de  l'après-midi,  elle  continue  à 
descendre,  mais  avec  plus  de  lenteur  ou  elle  reste  stationnaire  ou 
même  elle  remonte  de  nouveau  et,  la  température  normale  n'est 
atteinte  que  le  lendemain  matin.  Il  peut  aussi  se  faire  qu'une  se- 
conde petite  élévation  se  présente  à  la  fin  de  la  soirée,  mais  celle- 
ci  est  d'habitude  peu  considérable  (fig.  25). 

Souvent  il  arrive  que,  dans  les  heures  matinales,  il  n'y  a  même 


40,5 


40 


59,5 


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38 


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37 


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Fis.  23. 


Fie.  26. 


pas  encore  de  tendance  à  la  défervescence  ;  tout  au  plus  peut-on 
constater  une  petite  diminution,  quelquefois  même  une  grande 
élévation  ;  mais  la  défervescence  commence  déjà  dans  les  heures  de 
l'après-midi.  Dans  des  cas  semblables,  la  défervescence  pendant 
ces  heures  est  rarement  considérable. 

Souvent  on  ne  reconnaît  le  commencement  de  la  défervescence 
qu'à  l'absence  d'exacerbation  vespérale  ou  qu'à  un  abaissement 
de  yq  à  ~  de  degré  qui,  parfois,  la  remplace;  puis  la  déferves- 
cence peut  avoir  lieu  dans  la  nuit  suivante  ou  traîner  encore  pen- 
dant 24  heures  de  la  façon  déjà  décrite  (fig.  26). 


,272  MARCHE  DE  LÀ  TEMPERATURE 

Pendant  la  dëfervescence  rapide,  il  arrive  très-fréquemment,  sur- 
tout quand  on  a  eu  recours  à  une  médication  thermo-dépressive,  que 
la  température  descende  au-dessous  de  l'état  normal,  jusques  envi- 
ron à  56°  ou  même  au-dessous.  Cette  diminution  excessive  ne  met 
cependant  pas  encore  à  l'abri  du  retour  d'une  élévation,  et  la  dë- 
fervescence n'est  assurée  que  si  le  lendemain  soir  la  température 
ne  s'élève  pas  au-dessus  de  l'état  normal. 

Dans  les  cas  où  la  descente  d'une  température  très-élevée  s'opère 
d'une  façon  rapide,  cette  chute  se  complique  très-fréquemment  de 
phénomènes  de  collapsus  accompagnés  d'un  trouble  souvent  si 
grave  de  l'état  général  que  le  malade  et  son  entourage  jugent  le 
cas  bien  plus  grave  qu'il  n'a  été  à  l'époque  de  la  fièvre  intense  et 
du  danger  réel.  Le  thermomètre  permet  de  reconnaître  le  commen- 
cement de  la  guérison  en  dépit  de  cette  aggravation  apparente.  Un 
tel  état  de  perturbations  sérieuses,  accompagné  parfois  de  délire,  ne 
dure  le  plus  souvent  que  quelques  heures,  mais  il  peut  aussi  traî- 
ner pendant  plusieurs  jours  et  pourvu  que  la  température  se  main- 
tienne à  l'état  normal  ou  au-dessous,  il  n'y  a  rien  à  craindre,  à 
moins  que  l'abaissement  thermique  ne  soit  motivé,  non  par  la  ter- 
minaison de  la  maladie,  mais  par  l'apparition  d'un  accident  grave 
et  facilement  reconnaissable,  tel  qu'une  forte  hémorrhagie,  une 
perforation  des  intestins  ou  des  poumons. 

En  général,  on  trouve  une  défervescence  rapide  dans  toutes  les 
formes  morbides  et  dans  tous  les  cas  de  maladie  qui  ont  montré 
pendant  leur  période  initiale  une  ascension  thermique  rapide  et 
dont  la  marche  est  restée  simple. 

La  défervescence  rapide  est  le  plus  accusée,  le  plus  constante  et 
présente  la  plus  grande  amplitude  (5°  à  6°  et  plus  dans  l'espace  de 
quelques  heures),  dans  la  fièvre  récurrente,  aussi  bien  au  premier 
accès  qu'au  second.  Cette  défervescence  est  de  règle  dans  la  pneu- 
monie iibrineuse  primitive  simple,  qui  ne  dure  pas  plus  d'une 
semaine,  dans  les  varioloïdes  et  dans  la  rougeole  régulière.  Elle 
se  rencontre  constamment  aussi  dans  l'angine  tonsillaire  pa- 
renchymateuse  et  dans  l'érysipèle  de  la  face,  mais,  dans  cette 
dernière  maladie,  elle  ne  met  nullement  à  l'abri  de  la  réappa- 
rition de  la  fièvre  à  chaque  poussée  nouvelle  de  l'inflammation 
cutanée. 

Elle  se  présente,  en  outre,  fréquemment  dans  le  typhus  exan- 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES. 


275 


thématique,  plus  rarement  dans  la  scarlatine  et  dans  les  fièvres  ca- 
tarrhales. 

b.  Par  contre,  la  défervescence  peut  être  lente  et  graduelle 
(lysis)  et  voici  les  formes  qu'elle  affecte  : 

Tantôt  la  descente  est  continue,  mais  lente,  et  la  température 
s'abaisse  plus  souvent,  moins  dans  la  journée  que  dans  la  nuit  ; 
elle  peut  parfois  subir  un  temps  d'arrêt  ou  même  une  très-légère 
élévation.  Elle  décline  ainsi  pendant  deux  ou  quatre  jours  et  quel- 
quefois même  durant  une  semaine  (fig.  27). 


Fi$r.  27. 


C'est  ce  qui  a  lieu  notamment  dans  la  scarlatine,  le  typhus 
exanthématique  et  parfois  dans  la  pneumonie,  quand  sa  marche 
n'est  pas  tout  à  fait  normale  ou  lorsque  la  maladie  a  duré  plus  d'une 
semaine.  Cette  forme  de  défervescence  ne  se  présente  qu'excep- 
tionnellement dans  la  fièvre  typhoïde  et  parfois  dans  les  formes 
morbides  catarrhales. 

Ou  bien  la  hjsis  suit  une  marche  rém  ttente,  les  rémissions  ma- 
tinales alternant  avec  des  exacerbations  vespérales  considérables, 
mais  le  maximum  ou  la  moyenne  diurne  diminuent  de  jour  en 
jour. 

18 


274 


MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 


Alors  il  peut  arriver  que  les  exacerbations  vespérales  conservent 
encore  pendant  un  certain  temps  leur  élévation  antérieure,  tandis 
que  les  rémissions  matinales  deviennent  de  plus  en  plus  profondes 
jusqu'à  ce  que,  plus  tard,  les  exacerbations  diminuent  à  leur  tour 
(fig.  28). 


Fis.  28. 


D'autres  fois  encore,  les  températures,  tant  matinales  que  ves- 
pérales diminuent,  la  différence  quotidienne  restant  la  même 
(ft.29). 

Ou  bien  enfin  les  exacerbations  vespérales  s'affaiblissent  et  se 
rapprochent  peu  à  peu  de  la  rémission  matinale  (fig.  50). 

Ces  différentes  modalités  peuvent  se  rattacher  l'une  à  l'autre  et 
leur  transition  s'effectue  par  saccades  et  comme  par  poussées  suc- 
cessives. 

La  défervescence  rémittente  dure,  en  général,  trois  jours,  une 
semaine  et  quelquefois  plus.  Elle  présente  d'ailleurs  dans  sa 
marche  de  fréquentes  irrégularités. 

Elle  est  caractéristique  du  typhus  abdominal  ;  elle  est  habituelle 
dans  la  fièvre  de  suppuration  variolique  et  fréquente  dans  les  for- 
mes catarrhales  graves.  On  la  trouve  aussi  d'ordinaire  dans  le  rbu- 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES. 


275 


raatisme  p'oly articulaire  aigu,  dans  la  trichinose,  la  péricardite  et 
la  péritonite. 

Dans  la  défervescence  rémittente,  les  collapsus  ne  sont  pas  rares 
et  ils  se  présentent  de  la  façon  suivante  :  les  températures  mati- 
nales descendent  jusque  au-dessous  du  degré  normal  et  les  autres 
signes  du  collapsus  viennent  bientôt  s'y  ajouter. 

Cet  état  peut  durer  plusieurs  jours. 


Fis.  29. 


11.  Dans  la  période  épicritique  et  surtout  durant  la  convales 
cence  quand  celle-ci  n'est  pas  troublée,  la  température  est  normale, 
aussi  bien  le  matin  que  le  soir,  et  les  fluctuations  sont  aussi  nor- 
males que  dans  l'état  physiologique.  Ce  caractère  de  la  tempéra- 
ture est  la  garantie  la  plus  sûre  de  la  guéi  ison  complète  du  pro- 
cessus morbide. 

Tant  que  les  températures  vespérales  présentent  encore  des  de- 
grés sous-fébriles,  la  convalescence  n'est  pas  nette.  Elle  l'est  bien 
moins  encore,  quand  la  température  du  matin  est  plus  élevée  qu'à 
l'état  normal. 

Cependant,  dans  certaines  maladies  et  dans  quelques  cas  isolés, 


270 


MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 


le  niveau   moyen  des    fluctuations   est   supérieur  à   la  norme, 

et  cette  particularité 
persiste  encore  bien 
avant  dans  la  convales- 
cence, sans  que  pour 
cela  la  guérison  soit 
compromise.  Tel  est 
ordinairement  le  cas 
du  rhumatisme  arti- 
culaire aigu. 

Mais,  presque  tou- 
jours, la  température 
de  la  convalescence 
est  mobile ,  incons- 
tante et  fragile. 

Les  fluctuations  quo- 
tidiennes   présentent 
le  plus   souvent  une 
amplitude  plus  grande 
que  chez  les  individus  bien  portants.  —  Les  causes  les  plus  légè- 
res qui  seraient  insignifiantes  dans 
l'état   de   santé   peuvent    produire 
dans  la  convalescence  des  élévations 
thermiques  assez  étendues  :  tels  sont 
les  plus  légers  écarts  de  régime,  les 
fatigues  intellectuelles  et  physiques 
même  les  plus  modérées. 

Ces  recrudescences  peuvent  appa- 
raître chez  un  malade  après  qu'il 
s'est  levé  pour  la  première  fois  et 
souvent  même  sans  cause  appré- 
ciable. 

Il  est  très-commun  de  les  obser- 
ver chez  les  convalescents  après  la 
première  ingestion  d'une  nourriture 
animale  , surtout  si  celle-ci  est  abon- 
dante ou  prématurée  (fig.  51). 
Ces  élévations,  à  moins  qu'elles  n'aient  une  portée  spéciale 


40 


59 


38 


37 


\_ I  H     . 

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Fig.  51. 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  277 

sont,  en  général,  éphémères  ;  si  la  convalescence  est  régulière, 
elles  disparaissent  au  bout  de  peu  de  jours. 

Lorsque  le  malade  se  tient  levé,  il  présente  des  élévations  mo- 
mentanées d'un  demi-degré  et  plus,  qui  disparaissent  aussitôt  qu'il 
s'est  remis  au  lit. 

Toutes  les  fois  qu'une  élévation  continue,  bien  que  peu  considé- 
rable, se  maintient  avec  persistance  ou  lorsque  des  élévations  plus 
fortes  se  présentent  fréquemment,  on  peut  positivement  admettre 
que  la  guérison  n'est  qu'incomplète  ou  qu'il  va  se  développer  une 
maladie  nouvelle,  une  maladie  consécutive  ou  bien  une  récidive. 

Et  alors  le  rétablissement  imparfait  se  manifestera,  soit  par  des 
exacerbations  vespérales  continues  ou  par  une  température  qui 
n'est  pas  même  normale  dans  la  matinée  ou  dans  des  retours 
fébriles  temporaires  plus  forts  et  s'étendant  sur  plusieurs  jours, 
retours  qui,  souvent,  ne  se  révèlent  que  par  l'élévation  thermi- 
que ;  le  début  d'une  maladie  aiguë  (soit  d'un  récidive,  soit  de  tout 
autre  état  morbide)  pendant  la  convalescence,  se  manifeste  le  plus 
souvent  par  une  élévation  thermique  brusque,  suivant  le  type  de 
la  nouvelle  affection. 

42.  Quand  une  maladie,  au  lieu  de  guérir  ou  de  prendre  une 
tournure  léthale,  entraîne  quelques  maladies  consécutives,  la  inar- 
che thermique  qui  appartient  au  processus  décroissant  et  que  nous 
venons  de  décrire  peut  s'étendre  jusqu'au  moment  de  la  convales- 
cence et  ce  n'est  qu'après  une  durée  plus  ou  moins  longue  de  cette 
dernière  que  se  présente  la  maladie  consécutive  avec  ou  sans  nou- 
velle élévation  fébrile. 

Mais,  dans  ces  cas,  la  marche  de  la  décroissance  est  le  plus  sou- 
vent incomplète,  retardée,  interrompue  et  irrégulière. 

Dans  les  formes  morbides  à  défervescence  ordinairement  rapide, 
c'est  la  forme  lytique  qui  se  manifestera. 

Dans  les  formes  qui,  en  elles-mêmes,  sont  déjà  lytiques,  le  pro- 
cessus de  la  défervescence  est  plus  lent  ;  de  nouvelles  élévations 
viennent  s'intercaler,  la  marche  décroissante  subit  des  temps 
d'arrêt. 

Dans  la  convalescence  apparente,  la  température  s'approche  de 
la  norme  et,  après  l'avoir  atteinte,  se  re]ève  bientôt  sans  motifs  ap- 
préciables. 


278  MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 

En  outre,  les  maladies  consécutives  peuvent  apparaître  dans  le 
stade  amphibole,  dans  le  stade  de  déclin  et  à  toutes  les  périodes  de 
la  défervescence. 

Voici  ce  qui  a  lieu  le  plus  souvent  : 

D'abord  se  produisent  des  ralentissements  trompeurs  plus  ou 
moins  considérables,  mais  qui,  en  tous  cas,  ne  sont  pas  en  rap- 
port avec  la  marche  normale  de  la  maladie  et  ne  peuvent  s'expli- 
quer non  plus  par  des  influences  particulières  ;  ces  ralentissements 
ne  simulent  cependant  un  état  favorable  que  pendant  peu  de 
temps,  car  l'apparition  d'une  affection  lente  se  trahit  bientôt,  soit 
par  de  nouvelles  élévations,  soit  par  un  temps  d'arrêt  dans  les 
progrès  de  l'amélioration. 

La  marche  ultérieure  de  cette  nouvelle  maladie  est  déterminée 
par  sa  propre  nature  ;  l'affection  antérieure  n'exerce  presque  au- 
cune influence  sur  le  cours  éventuel  de  la  fièvre  dans  la  maladie 
consécutive. 

15.  La  terminaison  nouvelle  est  assez  souvent  annoncée  par  des 
phénomènes  qui,  dans  la  plupart  des  cas  sont  absolument  défavo- 
rables et  de  plus  ou  moins  longue  durée,  mais  qui,  dans  d'autres, 
pourraient  aisément  être  pris  pour  des  améliorations  apparentes. 
On  ne  parvient  que  très-rarement,  ces  phénomènes  une  fois  appa- 
rus, à  empêcher  l'issue  fatale,  même  en  ayant  recours  à  un  trai- 
tement énergique. 

Ce  stade  proagonique,  d'une  durée  variable,  présente  un  ensem- 
ble de  particularités,  une  sorte  d'habitus  qui  permet  de  le  distin- 
guer plus  ou  moins  nettement,  non-seulement  des  autres  phases 
de  la  maladie,  mais  aussi  de  l'agonie  proprement  dite. 

Pour  bien  juger  ce  stade,  c'est  encore  le  thermomètre  qui  four- 
nit les  meilleures  indications,  surtout  si  l'on  a  soin  de  ne  pas  con- 
sidérer isolément  la  marche  thermique,  mais  bien  de  la  rattacher 
aux  autres  phénomènes  que  présente  le  cas. 

La  marche  de  la  température  et  des  autres  phénomènes  de  la  pé- 
riode proagonique  dépend,  en  partie,  de  la  maladie  essentielle  et  de 
son  développement  ;  mais,  en  partie  aussi,  des  nombreuses  complica- 
tions et  des  lésions  ultimes  qui  se  développent  d'ordinaire  dans  les 
maladies  graves  ou  mortelles,  quoique  ces  troubles  secondaires  et  va- 
riés n'affectent  que  des  rapports  souvent  éloignés  avec  ces  dernières. 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES. 


279 


En  se  fondant  sur  l'évolution  thermique,  voici  quelles  sont  les 
diverses  formes  de  la  période  proagonique  : 


a.  La  température  monte  toujours,  bien  qu'interrompue  par  des 
rémissions  matinales,  jusqu'à  l'apparition  de  l'agonie,  et  même  jus- 
qu'à la  mort  :  c'est  la  forme  ascendante  du  stade  proagonique  ; 
dans  ces  cas,  les  débuts  de  la  période  proagonique  pourront  être 
plus  ou  moins  obscurs  si  la  période  précédente  a  présenté  elle- 
même  uu  caractère  progressif  ou  si  la  phase  proagonique  a  été  pré- 
cédée d'un  stade  amphibole.  Mais,  en  revanche,  les  limites  de  ce 
stade  seront  très-nettes  quand  la  maladie  aura  déjà  commencé  à 
décliner  ou  se  sera  plus  ou  moins  avancée  vers  la  guérison,  ou 
bien,  enfin,  quand  des  agents  thérapeutiques  auront  produit  des 
ralentissements  thermiques  artificiels.  Ces  limites  sont  encore  net- 
tes, quand  la  marche  thermique  qui  les  a  précédées  a  été  constam- 
ment continue.  Mais  les  débuts  du  stade  proagonique  sont  surtout 
tranchés  quand  il  se  présente  avec  une  élévation  extrêmement  ra- 
pide de  la  température  dans  une  marche  morbide  qui,  jusque-là, 
avait  été  apyrétique  ou  peu  fébrile. 

Dans  la  forme  ascendante  du  stade  proagonique,  on  observe  fré- 
quemment une  augmentation  continue  de  la  température  mais  qui 
se  fait  rarement  sans  interruption  ;  dans  ce  cas,  le  tracé  thermique 
décrit  ordinairement  une  ligne  brisée  et  comme  en  zigzag  : 

Dans  les  heures  de  la  matinée,  il  v  a  une  petite  diminu- 
tion, mais  dans  l'exa'cerbation  ves- 
pérale la  plus  proche  elle  est  sui- 
vie d'une  élévation  d'autant  plus 
considérable  ;  de  sorte  qu'il  y  a  en 
même  temps  augmentation  de  la 
moyenne  quotidienne  et  des  maxima 
quotidiens  (fig.  52). 

11  peut  se  faire  alors  que  l'éléva- 
tion actuelle  et  continue  de  la  fièvre 

se  poursuive  d'une  façon  plus  ou  moins  analogue  dans  la  période 
proagonique;  le  fait  est,  d'ailleurs,  relativement  rare. 

Ou  bien  que  la  hausse  thermique  ne  commence  qu'avec  l'ap- 
parition de  la  période  proagonique.  Ces  cas  ne  sont  pas  non  plus 
très-fréquents. 


Fig.  52. 


280 


MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 


Ou  qu'une  certaine  poussée  proagonique  soit  précédée  par  des 
irrégularités  dans  la  marche  thermique  et  par  les  variations  du 
stade  amphibole. 

D'autres  fois,  les  élévations  proagoniques  se  présentent  après 
une  période  apyrétique  ou  modérément  fébrile  et  après  les  irré- 
gularités du  stade  amphibole. 

En  dernier  lieu,  la  phase  proagonique  apparaît  seulement  après 
une  courte  période  d'une  température  voisine  du  degré  normal  et 
pouvant  même  le  dépasser,  ou  bien  après  une  rémission  illusoire 
ou  un  collapsus. 

En  opposition  avec  l'ascension  uniforme  de  la  période  proago- 
nique on  y  rencontre,  dans  des  cas  assez  nombreux,  des  élévations 
rapides  et  extrêmement  considérables,  soit  que  la  température  ait 
déjà  auparavant  été  très -haute  ou  qu'elle  ait  baissé,  ou  qu'en  gé- 
néral, elle  ait  été  peu  élevée  ou  même  apyrétique. 

Dans  le  premier  de  ces  trois  cas,  qui  n'est  pas  rare,  la  tempé- 
rature atteint,  avant  le  début  de  la  période  proagonique,  des  élé- 
vations de  40°  à  41°  et  au-dessus,  et  tout  à  coup  se  présente  une 
élévation  consécutive  de  1°  à  2°.  La  période  proagonique  est  courte 
et  se  confond  insensiblement  avec  l'agonie  (fig.  55). 

Dans  le  deuxième  cas,  on  ne  sait  si  l'on  doit  compter  l'abaisse- 


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ment  thermique  qui  précède  l'élévation  ultime  comme  faisant  par- 
tie de  la  période  proagonique.  La  dernière  montée,  il  est  vrai,  est 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  281 

souvent  considérable,  relativement  à  l'abaissement  qui  la  précède, 
mais  l'élévation  absolue  n'est  pas  toujours  très-considérable  ;  dans 
ces  cas  aussi,  la  période  proagonique  se  confond  insensiblement 
avec  l'agonie  (fîg.  34). 

Dans  la  troisième  catégorie  enfin  à  laquelle  appartiennent  les  fiè- 
vres terminales  et  les  élévations  hyperpyrétiques  de  la  tempéra- 
ture dans  les  névroses  mor- 
telles et  les  maladies  céré- 
brales apyrétiques,  tout  le 
cycle   ascendant  peut   être 
considéré  comme  faisant  par- 
tie de  la  période  proagoni- 
que.   Le    plus    souvent    la 
montée  est  modérée  d'abord , 
mais  devient  bientôt  rapide 
et,  dans  l'agonie,  arrive  aux 
hauteurs  les  plus   énormes    49 
{fig.  55). 


■Ï2 


b.  Le  type  descendant  du 
stade  proagonique  (  forme 
descendante)  est  beaucoup 
plus  fréquent  que  sa  forme 
ascendante,  et  il  importe 
d'autant  plus  de  prendre  en 
considération  ce  type,  qu'à 
un  examen  superficiel  de  la 
température,  on  pourrait  in- 
terpréter l'abaissement  ther- 
mique dans  le  sens  d'une 
amélioration  de  la  maladie. 
Ce  qui  peut  mettre  à  l'abri 
d'une   aussi   grave   erreur, 

c'est  l'état  du  pouls  dont  la  fréquence  s'accroît  parallèlement  à 
cet  abaissement  de  la  température. 

Parfois,  dans  ces  cas,  la  période  proagonique  est  très-courte . 
l'abaissement  thermique  ne  dure  que  de  1 2  à  48  heures  et  est  d'or- 
dinaire d'environ  1°  ;  mais  parfois  la  baisse  thermique  peut  at- 


Fig.  5=. 


282 


MARCHE  DE  LA  TEMPÉRATURE 


teindre  le  degré  normal.  Souvent  il  arrive  alors  que,  précisément 
après  un  tel  abaissement  proagonique,  la  température,  clans  l'agonie 
même,  monte  très-notablement  et  arrive  bien  vite  aux  tempéra- 
tures agoniques  les  plus  élevées. 

A  ces  faits,  se  rattachent  les  cas  dans  lesquels,  par  suite  d'un 
accident  qui  ne  fait  pas  partie  intégrante  de  la  maladie,  tel  qu'une 
hémorrhagie  pulmonaire  ou  intestinale  intense,  une  perforation 
péritonéalc,  il  se  présente  un  abaissement 
thermique,  pendant  lequel  le  malade  peut 
succomber  ou  qui,  dans  des  cas  moins  fu- 
nestes, est  encore  suivi  d'une  élévation  ago- 
nique  rapide  (fig.  56). 

Dans  d'autres  cas  ,  les  abaissements  arri- 
vent plus  tôt  et  à  plusieurs  reprises,  et  dans 
les  intervalles  apparaissent  encore  de  nou- 
velles élévations.  Mais  une  certaine  irrégu- 
larité se  fait  remarquer  dans  ce  processus. 
Ce  n'est  pas  cette  descente  douce  et  tran- 
quille, bien  qu'en  zigzag,  qui  caractérise  la 
défervescence  lytique  :  on  observe  des  écarts 
en  liaut  et  en  bas  ;  tantôt  la  descente  fait 
complètement  défaut,  tantôt  elle  est  plus 
considérable  qu'à  l'ordinaire.  Ce  type  se 
présente  dans  toute  espèce  de  maladie, 
notamment  toutes  les  fois  qu'il  existe  des 
complications  précoces  où  une  prédomi- 
nance marquée  des  phénomènes  nerveux;  en  outre,  quand  les 
soins  ne  sont  pas  appropriés  ou  lorsque  on  a  eu  recours  à  une 
modification  violente. 

Souvent  la  succession  des  montées  et  des  descentes  thermiques, 
dans  la  période  proagonique,  offre  une  certaine  régularité.  —  Le 
stade  commence  avec  une  descente  bien  accusée  qui  peut  durer  de 
"6  à  60  heures  ;  puis  la  température  remonte  jusqu'à  l'élévation 
antérieure  et  peut  même  la  dépasser. 

La  transition  à  l'agonie  peut  être  indiquée,  dans  ces  cas,  par  une 
élévation  encore  plus  considérable  ou  par  un  nouvel  abaisse- 
ment. 

Mais  parfois,  et  ce  sont  là  précisément  les  cas  les  plus  embar- 


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DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  285 

rassants,  la  température  poursuit  pendant  plusieurs  jours  sa  mar- 
che descendante,  tandis  qu'aucun  des  autres  symptômes  graves  ne 
semble  s'amender.  Le  malade  meurt  au  milieu  de  cet  abaissement 
progressif:  ou  bien  la  température  descend  subitement  à  des  pro- 
fondeurs plus  grandes  encore  ;  ou 
elle  remonte  tout  à  coup  à  un  tel 
degré  que  l'agonie  ne  saurait  être 
méconnue  dans  ces  cas  (fig.  57). 

Une  pareille  évolution  thermique 
ne  se  rencontre  presque  que  dans 
les  maladies  à  marche  tramante; 
dans  la  méningite  basilaire,  les  ty-  59 
phus  abdominal  et  exanthématique, 
les  exanthèmes  aigus  avec  compli- 
cations, surtout  dans  la  scarlatine, 

rarement  dans  les  pneumonies,  et  alors  ce  sont  des  cas  qui,  dès 
leur  début,  se  caractérisent  par  leur  violence  ou  par  leur  absolue 
gravité.  D'autres  fois  la  mort  survient  au  moment  même  où 
l'action  d'un  médicament  thermo-dépresseur  commençait  à  se  faire 
sentir. 


c.  Il  y  a  des  cas  assez  fréquents  où  la  période  proagonique  n'ap- 
porte aucune  modification  dans  la  marche  de  la  température  et  où 
l'on  ne  peut  reconnaître  la  tendance  fatale  que  d'après  d'autres  ca- 
ractères fournis  par  l'augmentation  successive  des  pulsations  dis- 
proportionnée à  la  température.  Ce  sont  principalement  les  cas 
dans  lesquels,  par  suite  de  l'insuffisance  de  la  respiration,  la  cya- 
nose apparaît  à  la  fin  de  la  maladie,  bien  que,  dans  l'espèce,  le 
type  descendant  de  la  phase  proagonique  soit  presque  encore  plus 
fréquent. 

d.  Enfin,  la  période  proagonique  se  caractérise  quelquefois  par 
des  variations  thermiques  tout  à  fait  extraordinaires  se  répétant 
plusieurs  fois  dans  le  courant  de  24  heures,  on  voit  de  profondes 
descentes  alterner  rapidement  avec  d'énormes  élévations  et  l'ago- 
nie commencer,  tantôt  au  milieu  de  l'abaissement,  tantôt  pendant 
l'ascension.  C'est  ce  qui  a  lieu  surtout  dans  les  affections  pyémi- 
ques,  et  toutes  les  fois  que  l'extrême  intensité  de  l'affection  et  l'état 


m 


MARCHE  DE  LA  TEMPERATURE 


presque  désespéré  du  malade  ont  nécessité  un  traitement  très- 
énergique  (fig.  58). 

Voyez  des  détails  sur  la  marche   de  la  température  pendant 

la  période  proagoni  que  dans  mon 
mémoire  sur  le  stade  proagonique 
dans  les  maladies  fébriles  (1868, 
Arch.  der  Heilkunde,  t.  IX,  p.  1). 

14.  Dans  I'agonie,  la  température 
présente  un  tout  autre  caractère  : 

Dans  des  cas  assez  fréquents,  la 
marche  thermique  n'offre  rien  de 
particulier  pendant  l'agonie  et  per- 
met même  de  reconnaître  très-dis- 
tinctement l'influence  de  la  fluctua- 
tion quotidienne. 

Les  malades  meurent  alors,  d'or- 
dinaire, avec  une  température  légè- 
rement élevée  si  l'agonie  coïncide 
avec  le  temps  de  l'exacerbation  quo- 
tidienne et,  au  contraire,  avec  une 
température  plutôt  modérée  quand 
l'agonie  se  présente  au  moment  de  la  rémission  quotidienne. 

Chez  la  plupart  des  malades  déjà  antérieurement  fébricitants,  on 
constate  pendant  l'agonie  une  élévation  thermique  de  |°  à  1°  et 
plus.  Si  l'élévation  agonique  est  modérée,  on  observe  très-souvent 
un  recul  de  quelques  dixièmes  à  la  dernière  heure. 

Mais  il  faut  ici  noter  deux  exceptions  remarquables  et  qui  ne 
sont  nullement  rares  : 

1°  Que  la  température  ait  été  auparavant  fébrile,  normale  ou 
sous-normale,  il  se  présente  à  l'agonie  un  abaissement  thermique 
qui  peut  être  rapide  et  très-considérable;  si  la  température  précé- 
dente a  été  sus-normale,  le  malade  meurt  en  état  de  collapsus. 

C'est  ce  qui  arrive  dans  beaucoup  de  cas  de  maladies  consomp- 
tives,  dans  la  mort  par  inanition,  après  de  fortes  hémorrhagies,  de 
très-abondantes  évacuations  intestinales  (accès  de  choléra)  ;  en 
outre,  quand  la  mort  survient  rapidement  après  une  perforation 
intestinale,  mais  souvent  aussi  dans  d'autres  circonstances. 


DANS  LES  AFFECTIONS  FÉBRILES.  285 

2°  Dans  d'autres  cas,  il  se  présente  pendant  l'agonie  une  éléva- 
tion rapide  de  la  température  montant  jusqu'à  des  degrés  extra- 
ordinaires non-seulement  chez  des  malades  dont  la  température 
était  auparavant  hyperpyrétique,  mais  aussi  chez  les  sujets  qui 
n'avaient  pas  présenté  dans  les  périodes  antérieures  de  leur  maladie 
des  températures  excessives  ni  même  simplement  élevées. 

Ce  sont,  d'un  côté,  des  malades  atteints  d'affections  fébriles  ma- 
lignes et  de  nature  manifestement  infectieuse,  telles  que  :  les 
typhus  abdominal  et  exanthématique,  la  scarlatine,  la  variole, 
la  pyémie,  la  septicémie  ;  en  outre,  l'insolation  ;  puis,  mais  un 
peu  plus  rarement,  la  rougeole,  la  pneumonie,  l'endocardite,  la 
stéatose  aiguë  généralisée,  la  péritonite  maligne,  l'érysipèle  de  la 
face,  le  rhumatisme  aigu  de  mauvais  caractère  (même  sans  compli- 
cations), l'ostéomyélite,  la  tuberculose  miliaire  aiguë.  Bien  que, 
dans  tous  ces  cas,  il  existe  souvent  de  graves  troubles  cérébraux, 
ceux-ci  ne  sont  pas  absolument  nécessaires  pour  déterminer 
un  excès  thermique  pendant  l'agonie.  Ce  paroxysme  ultime  sem- 
ble plutôt  résulter  de  processus  chimiques  très-étendus  (proces- 
sus zymotiques). 

.  Ce  sont,  d'autre  part,  des  maladies  dans  lesquelles  l'altération 
la  plus  essentielle  ou,  du  moins,  l'une  des  plus  essentielles  est  re- 
présentée par  l'affection  des  centres  nerveux. 

Dans  le  nombre  figurent  surtout  de  simples  états  anatomiques, 
tels  que  :  la  méningite  de  la  voûte  du  crâne,  le  ramollissement  du 
cerveau  ;  ou  bien  des  maladies  sans  caractères  anatomo-pathologi- 
ques  déterminés,  comme  le  tétanos,  l'épilepsie,  l'hystérie  et  d'au- 
tres névroses  dites  centrales  ;  ce  sont  enfin  des  maladies  dans  les- 
quelles la  température,  en  général,  ne  commence  à  s'élever  que 
vers  les  derniers  jours  de  la  vie  et  peut  atteindre  en  peu  de  temps 
des  élévations  énormes. 

On  peut  se  demander  si  cette  élévation  thermique  est  le  signe 
et  l'effet  de  l'agonie  (et  des  processus  qui  s'y  rattachent)  ou  si  elle 
est  (avec  le  processus  dont  elle  résulte)  la  cause  de  l'agonie,  c'est- 
à-dire  de  l'issue  fatale?  Senator  (Virchow's  Archiv,  t.  XLV,  page 
412)  penche  vers  cette  dernière  hypothèse  et  dit  :  «  Il  est  plausi- 
ble d'admettre  que  l'agonie  et  la  mort  se  produisent,  parce  que, 
sous  l'influence  d'une  cause  quelconque,  la  température  s'élève  à 
une  hauteur  incompatible  avec  la  vie.  » 


286  MARCHE  DE  LA  TEMPERATURE 

Les  choses  ne  paraissent  cependant  pas  être  si  simples.  Les  tem- 
pératures agoniques  élevées  pourraient  être  différemment  inter- 
prétées suivant  qu'elles  se  rattachent  immédiatement  à  un  proces- 
sus déjà  très-fébrile  ou  que  des  élévations  énormes  et  presque 
subites  succèdent  à  des  températures  modérées.  Dans  ce  dernier 
cas,  on  peut  supposer  qu'il  y  a  comme  élément  accessoire  une 
sorte  de  processus  ultime  dont  l'unique  et  suprême  manifestation 
serait  précisément  l'élévation  de  la  température. 

15.  L'instant  de  la  mort  n'est  révélé  par  aucune  manifestation 
spéciale  de  la  température. 

Dans  les  températures  agoniques  modérées  ou  basses,  le  thermo- 
mètre accuse  presque  toujours  un  abaissement  dans  les  dernières 
minutes  de  la  vie. 

Dans  les  températures  agoniques  intenses,  la  chaleur  propre  at- 
teint, au  moment  de  la  mort,  une  élévation  à  laquelle  elle  n'était 
jamais  arrivée  auparavant  ;  mais,  dans  ces  cas  aussi,  la  tempéra- 
ture est  un  peu  plus  basse  au  dernier  soupir  que  peu  de  temps 
auparavant. 

Après  la  mort,  la  température  commence  à  baisser  dans  la 
plupart  des  cas,  et  cette  descente  s'opère  d'abord  lentement, 
ensuite  dans  une  progression  plus  ou  moins  accélérée  ;  en  général, 
la  marche  descendante  est  beaucoup  plus  rapide  si  le  malade- 
est  mort  sous  le  coup  d'une  température  basse  que  si  les  degrés 
thermiques  de  la  dernière  heure  ont  été  élevées  ;  et  l'accélération 
grandit  en  vitesse  à  mesure  que  le  refroidissement  fait  des  pro- 
grès. 

Dans  des  cas  assez  fréquents,  on  observe  cependant  une  petite 
élévation  post  mortem,  cette  élévation  est  de  un  ou  de  quelques 
dixièmes  (rarement  elle  monte  plus  haut),  —  elle  se  continue  du- 
rant environ  une  heure.  Après  avoir  fait  une  courte  halte,  le  ther- 
momètre commence  à  baisser  lentement  d'abord  et  puis  avec  une 
rapidité  de  plus  en  plus  considérable. 

Cette  élévation  post  mortem  se  présente  parfois  dans  le  choléra, 
mais  surtout  dans  les  cas  morbides  qui  se  terminent  par  des  tem- 
pératures hyperpy rétiques,  en  particulier,  dans  ceux  dont  le  cycle 
progressif  se  continue  jusqu'au  moment  de  la  mort,  mais  aussi 
dans  des  cas  où  un  faible  et  court  abaissement  a  modéré  la  tempe- 


DANS  LES  AFFECTIONS  FEBRILES.  287 

rature  hyperpyrétique  de  l'agonie  (Voy.  Thomas,  1868.  Arch.  der 
Heilkunde,  t.  IX,  p.  51). 

Le  phénomène  particulier  de  l'élévation  post  mortem  résulte  de 
deux  causes  : 

En  premier  lieu,  aussitôt  après  la  mort,  le  refroidissement  par 
l'air  extérieur  et  la  transpiration  cutanée  cesse,  tandis  que  les  pro- 
cessus calorigènes  ne  sont  pas  encore  éteints.  Ensuite,  il  se  dé- 
gage après  la  mort,  par  suite  des  altérations  de  la  substance  mus- 
culaire et  des  décompositions  cadavériques  de  nouvelles  sources  de 
chaleur  qui  n'existaient  pas  dans  le  corps  vivant  et  qui  suffisent 
momentanément  à  équilibrer  dans  le  cadavre  la  perte  de  calorique 
et  même  à  la  surpasser. 

Comparez  au  sujet  de  la  température  post  mortem  : 

Seume  (de  Colore  corporis  humant  in  morte  observât o,  —  Dis- 
sertât. —  Leipzig,  1856). 

Wunderlich  (Remarques  à  propos  d'un  cas  de  tétanos  spontané  : 
Bemerkungen  bei  elnem  F  ail  von  spontanem  Tetanus.  1861.  — 
Archiv  der  Heilkunde,  t.  II,  p.  547). 

Huppert  (Sur  les  causes  de  l'élévation  thermique  après  la  mort  : 
Ueber  die  Ur sache  der  post  mortalem  Temperatursteigerung.  1867. 
—  Ibid,  t.  VIII,  p.  521). 

Thomas  (Remarques  cliniques  sur  la  thermométrie  :  Klinische 
Bemerkungen  zùr  Thermometrologie,  1868.  —  lbid,  t.  IX,  page 
17). 

Pick  etDybkowski  [Cenlralblatt.  1868,  p.  197). 

Schiffer  (Reicherf  s  Archiv,  1868,  p.  442). 

Ad.  Valentin  (Deutsches  Archiv,  t.  VI,  p.  200). 

[Ce  dernier  auteur  prouve  que  la  formation  de  calorique  après 
la  mort  est  un  processus  commun  chez  tous  les  cadavres  et  qui  se 
manifeste  sous  forme  d'élévation  thermique  post  mortem  quand 
elle  est  plus  considérable  que  la  perte  concomittante  de  calorique.] 


XI 

DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES 

THERMOMÊTRIE  CLINIQUE  SPÉCIALE 

\ .  On  ne  peut  acquérir  une  connaissance  parfaite  de  l'état  ther- 
mique chez  les  malades,  que  par  l'examen  comparé  de  milliers  de 
courbes  isolées.  —  C'est  par  ce  seul  moyen  que  l'on  peut  décou- 
vrir les  analogies  et  les  concordances,  et  acquérir  l'aptitude  né- 
cessaire pour  distinguer  les  innombrables  modalités  pathologiques 
de  la  température  dans  les  maladies. 

L'étude  des  règles  générales  qui  se  déduisent  de  la  confronta- 
tion des  cas  observés  peut,  jusqu'à  un  certain  point,  suppléer  au 
défaut  d'expérience  personnelle  en  pareille  matière,  mais  elle  ne 
la  remplace  jamais  complètement. 

Quelles  que  soient  les  précautions  que  l'on  apporte  dans  la  dé- 
duction de  ces  principes  généraux,  ils  ne  constituent  cependant 
jamais  l'expression  parfaite,  exacte  et  entière  des  faits  observés.  Ils 
sont  tous  entachés  des  défauts  inhérenls  à  toute  abstraction  empi- 
rique ;  le  cachet  de  la  nécessité  leur  "manque,  et  d'autres  expé- 
riences d'une  nature  différente  peuvent  modifier  ces  règles  fonda- 
mentales et  même  les  renverser. 

Ce  fait  qui  consiste  précisément  à  tirer  ces  déductions  abstraites 
de  données  précises  et  numériques,  loin  de  présenter  des  avan- 
tages, offre  une  difficulté  tout  à  fait  particulière.  On  serait  tenté 
de  croire  que  le  moyen  d'arriver  à  la  plus  grande  exactitude  serait 
de  calculer  par  voie  statistique   les  moyennes  arithmétiques  des 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        2S9 

chiffres  qui  se  correspondent  dans  le  cours  d'une  forme  morbide 
et  de  les  poser  comme  l'expression  de  l'état  moyen.  Eh  bien, 
ce  procédé  est  tout  à  fait  impraticable  et,  mis  à  exécution,  il  ne 
fournirait  que  des  résultats  fautifs  et  décevants.  L'élément  essen- 
tiel de  la  thermométrie  ne  consiste  pas  dans  l'élévation  absolue 
de  la  température  à  tel  ou  tel  jour,  mais  bien  dans  l'ordre  de 
succession  des  températures,  dans  la  marche  thermique  générale 
pendant  toute  l'évolution  de  la  maladie  ou  durant  une  de  ses 
périodes,  dans  l'élévation  accidentelle  de  la  température  à  une 
certaine  hauteur  et  dans  son  abaissement  fortuit  à  une  certaine 
profondeur. 

L'application  des  résultats  statistiques  des  courbes  thermiques 
prises  en  bloc,  effacerait  toutes  les  particularités  de  la  marche 
d'une  maladie  et  l'emploi  numérique  des  chiffres  fournis  par  l'en- 
semble des  cas  isolés  n'est  admissible  que  dans  certaines  questions 
bien  définies  et  bien  tranchées. 

Pour  déduire  les  faits  généraux  des  observations  particulières, 
il  faut  bien  moins  s'en  tenir  aux  chiffres  qu'aux  formes,  c'est-à- 
dire  aux  différentes  configurations  de  ce  système  ondulatoire  re- 
présenté par  chaque  courbe  thermique  isolée.  De  cette  façon  seu- 
lement on  arrivera  à  une  espèce  de  courbes  modèles  qui  exprime- 
ront approximativement  les  particularités  des  cas  isolés.  Mais 
jamais  on  n'arrivera  à  remplacer  la  réalité  concrète  par  ces  cour- 
bes et  par  les  règles  générales  dont  elles  sont  l'image. 

Tout  en  essayant  de  poser  de  semblables  règles,  j'ai  parfaite- 
ment conscience  de  leur  imperfection  et  de  leur  insuffisance,  et  il 
fallait  les  riches  matériaux  que  j'ai  à  ma  disposition  et  l'exactitude 
éprouvée  de  mes  observations  personnelles  pour  m'autoriser  à 
croire  que  ces  principes  généraux  ne  sont  pas  fondés  sur  des  faits 
contraires  à  la  vérité. 

Je  n'ai  pas  la  prétention  de  poser  ces  règles  générales  comme 
l'expression  fidèle  des  lois  qui  régissent  les  processus  pathologi- 
ques ;  mais  je  crois  qu'elles  peuvent  servir  de  fil  conducteur  utile 
pour  tous  ceux  qui  s'occupent  de  thermométrie  clinique. 

Cependant,  afin  de  donner  au  lecteur  quelques  points  de  re- 
père pour  l'appréciation  des  faits,  j'ai  fail  figurer  dans  les  planches 
qui  terminent  cet  ouvrage  un  grand  nombre  de  tracés  thermiques  ; 
mais  ces  spécimens  choisis  parmi  des  milliers  d'observations,  ne 

19 


290       DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

pourront  jamais  donner  qu'un  aperçu  sommaire  et  circonscrit  des 
faits  dans  toute  leur  réalité. 

La  multiplicité  des  points  que  présente  dans  la  maladie  l'état 
thermométrique  s'accroît  d'autant  plus  qu'on  étudie  ce  phénomène 
dans  ses  moindres  détails.  On  ne  saurait  en  douter  :  l'étude  rai- 
sonnée  de  chaque  cas  individuel  est  d'une  utilité  majeure,  mais 
,  c'est  là  précisément  la  tâche  qui  incombe  à  la  clinique. 

Il  est  impossible,  dans  un  traité  théorique,  de  s'occuper  des  cas 
isolés,  surtout  quand  il  y  en  a  des  milliers  et  que  chacun  d'eux 
présente  quelque  particularité. 

Le  dernier  terme  auquel  on  puisse  arriver  dans  l'exposition  d'un 
sujet  aussi  complexe,  ce  sont  les  formes  morbides  particulières  et 
leurs  principales  variétés.  Je  ne  méconnais  nullement  les  incon- 
vénients d'un  pareil  aperçu. 

Les  formes  morbides  dites  spéciales  ne  sont,  en  effet,  elles-mê- 
mes, en  grande  partie,  que  des  abstractions  faiblement  justifiées 
qui  englobent  trop  souvent  sous  le  même  nom  des  choses  dis- 
semblables et  qui  dissocient  et  séparent  sans  doute  des  faits 
connexes. 

Mais  ces  formes  morbides  spéciales  présentent,  du  moins,  des 
catégories  connues  auxquelles  on  peut  les  rattacher  sans  crainte 
de  malentendus. 

2.  Parmi  les  formes  morbides,  il  en  est  dans  lesquelles  les  cas 
isolés  présentent  une  plus  ou  moins  grande  harmonie  dans  leur 
marche,  dans  la  nature  des  lésions  et  des  troubles  qui  les  accom- 
pagnent et  dans  leurs  manifestations  symptomatiques. 

Tout  esprit  impartial  ne  peut  nier  ce  fait  ;  il  nous  semble 
donc  rationnel  et  logique  de  qualifier  ces  formes  de  typiques,  bien 
que  la  raison  de  la  concordance  qui  existe  entre  les  différents  cas 
nous  échappe  et  quoique  cet  accord  ne  soit  pas  toujours  parfait.  Ces 
formes  morbides  sont,  pour  la  plupart,  des  entités  causales,  c'est- 
à-dire  qu'elles  sont  déterminées  par  des  causes  toutes  spéciales,  qui 
modifient  ou  dirigent  les  processus  vitaux  et  les  soumettent  à  des 
conditions  définies  et  uniformes  ;  on  peut  du  moins  supposer  l'exis- 
tence probable  de  telles  causes  et  de  pareilles  conditions. 

Dans  ces  formes  morbides,  l'état  de  la  température  présente 
aussi  une  semblable  conformité  entre  les  cas,  cette  harmonie  de  type 


DE  LA.  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        291 

est  tantôt  moindre  que  celle  des  autres  phénomènes  et  tantôt  plus 
parfaite.  Il  doit  donc  être  permis  de  comprendre  aussi  l'état  de  la 
température  parmi  les  notions  typiques.  Il  est  vrai  que  nous  igno- 
rons la  cause  première  de  la  marche  et  de  l'état  thermiques,  mais 
nous  ne  connaissons  pas  davantage  celles  qui  déterminent  l'appa- 
rition de  pustules  dans  la  variole,  de  l'exanthème  cutané  dans  la 
rougeole  ;  pourquoi  dans  cette  dernière  est-ce  de  préférence  la  mu- 
queuse respiratoire  qui  est  attaquée  et  la  muqueuse  pharyngée, 
au  contraire,  dans  la  scarlatine?  Pourquoi  l'érysipèle  spontané  at- 
teint-il principalement  la  face  et  pourquoi  dans  la  lièvre  typhoïde  la 
maladie  porte-t-elle  ses  manifestations  sur  les  glandes  des  intestins  ? 

Nous  ne  le  savons  pas  davantage. 

En  admettant  donc  un  état  typique  de  la  température  dans  cer 
taines  formes  morbides,  nous  n'émettons  pas  une  pure  hypothèse, 
nous  ne  faisons  que  confirmer  des  faits  indéniables.  Mais  cette  idée 
devient  douteuse  et  n'est  plus  qu'une  simple  vue  de  l'esprit  quand, 
pour  lui  donner  plus  d'extension,  on  veut  l'appliquer  à  toute  la 
série  nosologique. 

Dès  qu'on  reconnaît  l'existence  d'un  état  typique  delà  tempéra- 
ture dans  certaines  maladies,  la  notion  des  formes  morbides  régu- 
lières ou  normes  pathologiques  en  découle  nécessairement. 

Il  faut  comprendre  sous  cette  dénomination  toute  maladie  dont 
l'évolution  est  parfaitement  conforme  au  type  abstrait  des  cas  sim- 
ples et  réguliers  de  la  forme  morbide  en  question. 

Rillet  et  Barthez,  dans  leur  traité  classique  et  incomparable  sur 
les  maladies  des  enfants,  sont  les  premiers,  à  ma  connaissance, 
qui  aient  introduit  dans  la  pathologie  moderne  une  distinction  en- 
tre les  cas  normaux  et  anormaux  d'une  forme  morbide  typique.  — 
Pénétrés  de  l'importance  clinique  d'une  pareille  division,  ces  au- 
teurs ont  eu  soin  de  la  mettre  en  relief  et  de  l'appliquer  aux  diffé- 
rentes maladies  en  se  fondant  sur  l'étude  minutieuse  des  seuls  phé- 
nomènes qui,  à  cette  époque,  pouvaient  être  accessibles  à  l'obser- 
vation. 

Ils  ont  présenté  avec  autant  de  netteté  que  d'exactitude,  le  ta- 
bleau morbide  des  formes  normales  ;  c'est-cà-dire  de  celles  qui  sont 
1  effet  pur  et  simple  d'une  cause  primitive  spécifique  portant  son 
action  sur  un  individu  antérieurement  en  parfaite  santé. 

La  distinction  entre  les  cas  réguliers  et  les  cas  anormaux  était 


292        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIFS. 

ainsi  rendue  claire  et  évidente,  mais  elle  devait  trouver  dans  la 
thermométrie  son  appui,  son  complément  et  sa  sanction.  Plus 
que  tout  autre  phénomène,  en  effet,  la  température  peut  montrer 
ce  que  l'évolution  d'une  maladie  présente  de  caractéristique  et  de 
normal. 

Il  n'est  pas  douteux  que  l'on  ne  trouve  de  nombreuses  excep- 
tions à  la  règle  et  que  bien  des  cas  présentent  des  déviations  du 
type  générique. 

Quelque  restreintes  et  circonscrites  que  soient  les  limites  as- 
signées à  la  forme  normale  d'une  maladie,  il  est  certain  que  le 
nombre  des  cas  anormaux  dépassera  encore  de  beaucoup  celui  des 
cas  réguliers;  mais  doit-on  pour  cela  rejeter  une  distinction  aussi 
capitale?  Non,  car  les  objections  précédentes  sont  plus  spécieuses 
que  solides,  et  il  serait  aisé  d'y  répondre  en  invoquant  des  analo- 
gies empruntées  à  toutes  les  sciences  qui  ne  sont  pas  du  domaine 
des  mathématiques  ;  mais  nous  ne  perdrons  pas  notre  temps  à  les 
réfuter. 

Il  est  nécessaire  toutefois  de  rappeler  que,  dans  les  différentes 
maladies,  les  normes  pathologiques  sont  tantôt  nettes  et  précises, 
tantôt  vagues  et  confuses,  et  que,  tout  en  reconnaissant  la  justesse 
du  principe,  il  ne  faut  pas  cependant  essayer  d'y  faire  rentrer 
toutes  les  formes  morbides. 

I.  FIÈVRE  TYPHOÏDE 

(Typhus  abdominal.  —  Dothiénentérie) 

1 .  La  fièvre  typhoïde  présente  dans  sa  marche  une  telle  régula- 
rité typique  qu'il  est  vraiment  impossible  de  la  méconnaître. 

Il  suffit  pour  s'en  convaincre  de  jeter  les  yeux  sur  un  tracé  de 
la  température  dans  cette  maladie  et  de  comparer  entre  eux  un 
certain  nombre  de  ces  cycles  thermiques  ;  après  les  fièvres  récur- 
rente et  intermittente,  le  typhus  abdominal  est  la  maladie  qui  peut 
le  mieux  servir  de  preuve  et  de  justification  à  la  théorie  des  types. 

Mais,  tout  en  reconnaissant  le  caractère  typique  de  cette  affec- 
tion ,  il  faut  cependant  considérer  qu'elle  peut  présenter  une 
marche  différente  suivant  les  cas,  mais  il  n'est  pas  difficile  d'aper- 
cevoir à  travers  ces  divergences  mêmes,  l'ordre  merveilleux  et  la 
parfaite  régularité  qui  régissent  son  cours. 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.       293 

Eh  bien,  même  dans  cette  forme  morbide,  si  parfaite  an  point 
de  vue  du  type,  on  ne  peut  établir  une  seule  règle  qui  n'admette 
des  exceptions  très-rares,  il  est  vrai.  Mais  ici  aussi  on  pourra  re- 
marquer que,  si  un  cas  s'écarte,  à  certain  point  de  vue,  d'une  règle 
sûrement  établie ,  ce  même  cas  concordera  sur  tous  les  autres 
ou  du  moins  sur  beaucoup  d'entre  eux  avec  l'état  typique. 

C'est  qu'il  ne  faut  pas  voir  dans  le  type  —  on  ne  saurait  assez 
insister  sur  ce  point  —  un  modèle  unique  applicable  à  tous  les 
cas  et  à  toutes  leurs  infinies  variétés  ;  au  contraire,  il  y  a  des  di- 
vergences dans  chacune  des  espèces  ;  mais,  dans  les  cas  isolés, 
elles  ne  sont  pas  assez  nombreuses  ni  assez  considérables,  pour 
que  la  particularité  typique  ne  se  reflète  pas  encore  pendant  une 
grande  partie  delà  marche,  pourvu  que  l'observation  soit  suffisam- 
ment exacte  et  prolongée  pendant  le  cours  essentiel  de  la  maladie. 

Malgré  l'observation  la  plus  minutieuse,  il  se  présente  des  cas  où 
la  fièvre  typhoïde  reste  pour  ainsi  dire  à  l'état  latent  et  où  la  nature 
de  la  maladie  mortelle  n'est  reconnue  que  sur  le  cadavre.  C'est  ce 
qui  a  lieu  toutes  les  fois  que  le  début  a  été  insidieux  et  vague,  le 
plus  souvent  dans  les  cas  secondaires,  en  outre,  dans  les  formes 
irrégulières  ou  graves  et  compliquées. 

De  même,  il  y  a  des  cas  où,  tout  en  supposant  l'existence  d'une 
fièvre  typhoïde,  le  diagnostic  reste  douteux  et  ne  peut  être  précisé 
qu'après  la  guérison  ou  la  mort.  Ce  sontnotamment  les  cas  de  tu- 
berculose aiguë,  certains  cas  de  méningite  basilaire  et  de  ménin- 
gite cérébro-spinale  épidémique,  de  typhus  exanthématique,  par- 
fois de  pyémie  puerpérale  et  autres,  de  pneumonie  catarrhale 
prolongée  et  de  grippe  intense,  de  trichinose,  enfin  des  cas  de 
maladies  positivement  locales,  mais  qui  ne  sont  pas  démontrables 
pendant  la  vie  ou  dont  l'existence  ne  suffit  pas  pour  expliquer  tout 
l'ensemble  des  phénomènes  (par  exemple,  des  cas  de  myocardite, 
endocardite  avec  ulcération  des  valvules,  abcès  du  foie,  affections 
rénales  aiguës,  etc.),  ce  sont  ces  cas  qui  peuvent  tellement  se  rap- 
procher de  la  fièvre  typhoïde,  surtout  d'une  de  ses  formes  plus  ou 
moins  irrégulières,  qu'assez  souvent  on  est  forcé  de  suspendre  son 
jugement. 

Un  point  plus  difficile  encore  est  de  savoir  si  la  fièvre  typhoïde 
n'est  pas  venue  s'ajouter  à  quelque  autre  maladie  grave  préexis- 
tante. 


294       DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

La  thermométrie  n'est  pas  capable  dans  tous  les  cas  de  lever  les 
doutes  qui  entourent  le  diagnostic,  mais  elle  en  peut  du  moins 
éclaircir  beaucoup  qui,  sans  elle,  resteraient  des  énigmes;  elle 
peut,  poser  des  questions  auxquelles  on  n'aurait  même  jamais  songé 
auparavant;  elle  peut,  en  premier  lieu,  servir  à  confirmer  le  soup- 
çon que  la  prétendue  fièvre  typhoïde  est  une  autre  forme  morbide, 
ou  qu'il  existe  un  typhus  abdominal  à  côté  d'une  autre  maladie  ; 
elle  peut,  notamment,  déterminer  dans  ces  limites.  On  peut  ré- 
pondre à  ces  questions  et  indiquer  clans  quelle  mesure  il  est  per- 
mis d'ajouter  foi  à  ces  suppositions. 

2.  Pour  bien  saisir  l'importance  pratique  de  la  thermométrie 
dans  la  fièvre  typhoïde,  il  faut  prendre  en  considération  les  points 
suivants  : 

1°  Jamais  une  seule  observation  thermométrique  ne  prouve  à 
elle  seule  l'existence  d'un  typhus  abdominal. 

2°  Une  seule  observation,  cependant,  faite  à  une  certaine  époque, 
suffit  pour  réfuter  l'existence  de  cette  maladie  ou,  du  moins,  pour 
la  rendre  très-problématique.  Ainsi,  l'on  peut  supposer  avec 
grande  probabilité  qu'il  ne  s'agit  pas  d'une  fièvre  typhoïde  : 

Quand,  dès  le  premier  jour  de  la  maladie  ou  au  commencement 
du  deuxième,  la  température  monte  à  40°. 

Quand,  entre  le  quatrième  et  le  sixième  jour,  la  température 
du  soir,  chez  un  enfant  ou  chez  un  adulte  d'âge  moyen,  n'arrive 
pas  à  59°, 5,  et  si  durant  ce  temps  elle  n'a  pas  déjà  plusieurs  fois 
atteint  ce  chiffre. 

Quand,  dès  la  seconde  moitié  de  la  première  semaine  se  pré- 
sentent des  abaissements  considérables  ou  progressifs  des  tempé- 
ratures vespérales. 

Souvent,  c'est  l'observation  thermique  seule  qui  éveille  ou  con- 
firme le  soupçon  de  l'existence  d'une  lièvre  typhoïde  : 

Ainsi  dans  des  cas  où  les  phénomènes  subjectifs  sont  insigni- 
fiants. 

Dans  des  cas  où  la  localisation  morbide  est  assez  intense  pour 
absorber  toute  l'attention  ;  la  marche  thermique  peut  trahir  ce 
fait  que  la  fièvre  ne  s'accorde  pas  avec  la  maladie  locale  supposée. 

Dans  la  première  semaine  ou  même  dans  la  première  moitié  de 
ce  septénaire. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        595 
Dans  les  cas  où  une  fièvre  typhoïde  se  développe  chez  un  indi- 
vidu déjà  malade  ou  chez  un  convalescent. 

Il  n'y  a  qu'une  observation  continuée  matin  et  soir  pendant  plu- 
sieurs jours  qui  peut  décider  de  l'existence  d'une  fièvre  ty- 
phoïde. 

Au  début  de  la  maladie,  il  faut  appliquer  le  thermomètre  pen- 
dant trois  jours  de  suite,  quatre  à  six  jours  au  moins  sont  néces- 
saires pendant  le  fastigium,  il  en  est  de  même  pour  la  période  de 
déclin,  la  température  ne  peut  le  plus  souvent  décider  de  l'inten- 
sité des  cas  qu'à  partir  de  la  deuxième  semaine,  et,  d'ordinaire, 
vers  le  milieu  de  cette  semaine  seulement  ;  ce  n'est  que  tout  à  fait 
exceptionnellement  qu'elle  peut  fournira  ce  sujet  quelques  indica- 
tions dans  la  première  semaine.  Une  seule  observation  ne  permet 
pas  de  juger  avec  sûreté  de  l'intensité  du  cas  ;  mais  une  observa- 
tion continuée  pendant  une  journée  et,  à  plus  forte  raison,  pendant 
plusieurs  jours,  fournit  souvent  de  précieuses  indications. 

La  thermométrie  fait  reconnaître  avec  autant  de  promptitude 
que  de  précision,  les  irrégularités  de  la  marche  morbide. 

L'existence  de  complications  peut  être  démontrée  par  la  ther- 
mométrie à  une  époque  où  aucun  autre  moyen  d'observation  ne 
pourrait  encore  les  révéler. 

La  température  peut  annoncer  la  terminaison  funeste,  ainsi  que 
les.  recrudescences  de  la  maladie  arrivée  déjà  à  son  déclin. 

Elle  permet  aussi  de  contrôler  l'efficacité  des  agents  thérapeu- 
tiques. 

Elle  indique  le  moment  précis  de  la  transition  de  la  maladie  à 
sa  période  de  déclin  et  révèle  l'existence  des  troubles  qui  peuvent 
survenir  dans  la  convalescence. 

Elle  seule  fournit  des  indices  sûrs  pour  reconnaître  le  début  de 
la  convalescence. 

Les  troubles  de  la  convalescence,  les  rechutes  et  les  maladies 
nouvelles  sont  reconnues  avec  autant  de  rapidité  que  d'exactitude 
à  l'aide  de  ce  moyen. 

Il  ne  faut  pas  mépriser  enfin,  mais,  au  contraire,  placer  en  pre- 
mière ligne  ce  résultat  pratique,  à  savoir,  que  dans  la  fièvre  ty- 
phoïde, ce  n'est  qu'une  grande  expérience  en  thermométrie  qui 
fait  connaître  à  fond  la  marche  de  cette  maladie  et  qui  permet 
d'arriver  à  une  exactitude  extrême  (même  en  omettant  parfois  de 


296        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIFS. 

faire  quelques  mensurations)  que,  sans  l'aide  du  thermomètre, 
personne  n'était  capable  d'atteindre  avec  les  moyens  d'investi- 
gations dont  nous  disposons  aujourd'hui , 

3.  La  fièvre  typhoïde  est  caractérisée  par  une  fièvre  qui,  à  part 
les  cas  exceptionnels,  dure  au  moins  trois  semaines  quand  il  y 
a  issue  heureuse  et  rarement  moins  d'une  semaine  dans  les  ter- 
minaisons mortelles  les  plus  promptes. 

La  température  maxima  d'un  cas  isolé  n'est  pas  au-dessous  de 
59°, 6,  sauf  de  rares  exceptions,  oscillant  d'ordinaire  entre  40°  et 
41°,  elle  peut  cependant  s'élever  à  des  degrés  hyperpyrétiques, 
mais  difficilement  au-dessus  de  45°, 5  ;  dans  les  cas  non  mortels, 
rarement  au-dessus  de  41°, 5. 

La  marche  quotidienne  varie  beaucoup  suivant  l'intensité  et  la 
période  de  la  maladie.  Cette  marche  est  : 

Dans  les  cas  très-graves  : 

Continue,  mais  avec  des  élévations  quotidiennes  extrêmement 
fébriles. 

Dans  les  cas  graves  : 

Sous-continue  et  continue,  mais  sans  élévations  intercurrentes 
considérables  à  la  période  d'état  ou  pendant  une  partie  de  l'acmé 
de  la  maladie. 

Enfin  pendant  le  déclin  et  dans  toute  sorte  de  cas  : 

Modérément  rémittente  au  commencement  de  la  maladie  dans 
tous  les  cas  ;  à  l'acmé  de  la  maladie,  dans  les  cas  légers  et  d'une 
gravité  moyenne,  par  moment  aussi  à  l'acmé  des  cas  graves. 

Fortement  rémittente  (avec  des  cimes  abruptes)  dans  la  période 
de  déclin  des  cas  graves,  aussi  bien  que  des  cas  légers. 

Les  rémissions  sont  parfois  très-irrégulières  dans  beaucoup  de 
cas  graves,  ensuite  au  moment  des  crises,  enfin  sous  l'influence 
de  certains  accidents  plus  ou  moins  fâcheux. 

Voici  quelles  sont  les  diverses  moyennes  quotidiennes  entre  les- 
quelles se  meut  la  fluctuation  : 

40°, 5  et  au-dessus  dans  la  marche  continue  exacerbante  ; 

40°  environ  et  quelques  dixièmes  en  plus  ou  en  moins  dans  la 
marche  continue  et  sous-continue  ; 

Rarement  au-dessus  de  59°, 5  dans  la  marche  rémittente  mo- 
dérée. 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        297 

Descendant  jusqu'à  59°, 2  dans  les  cas  légers  et  encore  plus  bas 
au  début  de  la  maladie  et  à  son  déclin. 

Entre  58°  et  38°, 5  dans  les  cas  où  le  tracé  thermique  est  à  pic. 

Les  fluctuations  thermiques  irrégulières  ne  fournissent  que  des 
données  incertaines  et  le  plus  souvent  nulles. 

Les  maxima  quotidiens  tombent  dans  la  grande  majorité  des  cas 
entre  midi  et  onze  heures  du  soir,  le  plus  fréquemment  entre  qua- 
tre et  sept  heures  du  soir,  ensuite  vers  deux  ou  neuf  heures  du 
soir. 

La  latitude  d'exacerbation  est  très-étendue  dans  les  cas  graves 
et  à  l'acmé  de  la  maladie,  et  l'ascension  commence  dès  huit  ou 
neuf  heures  du  matin.  À  l'acmé  de  la  maladie,  l'exacerbation  ne 
présente  le  plus  fréquemment  qu'une  seule  cime,  à  large  sommet, 
mais  souvent  aussi  deux,  et  même  trois  et  quatre.  A  partir  du 
troisième  septénaire,  les  cimes  à  deux  ou  plusieurs  sommets  pré- 
dominent dans  les  cas  graves  ;  à  une  période  avancée  du  déclin,  au 
contraire,  ce  sont  les  cimes  à  un  sommet,  mais  à  angle  très-aigu, 
la  latitude  exacerbatrice  diminue  simultanément  et  d'une  façon 
très-notable. 

Quand  il  y  a  plusieurs  sommets,  le  premier  se  présente  entre 
neuf  heures  du  matin  et  quatre  heures  de  l'après-midi  ;  le  deuxième 
entre  deux  et  huit  heures,  le  plus  souvent  à  six  heures  de  l'après- 
midi,  et  le  sommet  de  la  nuit  entre  une  et  cinq  heures  du  matin. 
Parfois,  il  y  a  deux  sommets  nocturnes  :  l'un  à  onze  heures  du 
soir,  l'autre  entre  une  heure  et  cinq  heures  du  matin.  Quand  l'exa- 
cerbation est  à  deux  sommets,  c'est  tantôt  le  premier,  tantôt  le 
deuxième  qui  est  le  plus  élevé  (ce  dernier  cas  a  plutôt  lieu  dans  la 
période  d'angment)  ;  dans  l'exacerbation  à  plusieurs  sommets,  le 
premier  et  le  troisième  sont,  d'ordinaire,  les  plus  élevés. 

Le  point  le  plus  bas  (nadir)  de  la  rémission  tombe  entre  minuit 
et  dix  heures  du  matin,  le  plus  fréquemment  entre  six  et  huit  heu- 
res, assez  souvent  à  trois  ou  six  heures  et  huit  ou  neuf  heures  du 
matin. 

L'extrémité  inférieure  de  la  ligne  de  rémission  forme  un  angle 
très-aigu  avec  la  ligne  d'ascension. 

La  rémission  ne  reste  à  ce  point  extrême  que  quelques  minutes 
dans  les  cas  graves  et  récents,  mais  cet  angle  s'élargit  à  mesure 
qu'on  avance  vers  l'amélioration. 


298        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

L'ascension  est  tantôt  graduelle,  tantôt  brusque  ;  souvent  elle 
est  successivement  lente  dans  une  partie  de  son  trajet  et  rapide 
dans  l'autre. 

La  descente  quotidienne  est,  d'ordinaire,  lente,  et  suit  une  ligne 
déclive  et  dentelée  ;  elle  ne  devient  rapide  que  dans  les  cas  de  tra- 
cés acutangles  ou  très-irréguliers. 

Consultez  au  sujet  des  conditions  de  la  fluctuation  quotidienne 
dans  la  fièvre  typhoïde  :  Thomas  (Archiv  der  Heilkunde,  t.  V, 
p.  456  et  t.  VIII,  p.  49)  ;  Jùrgensen  (1866.  Études  cliniques, — 
Klinische  Studien,  p.  56)  ;  Ziemssen  et  Immermann(1870.  l'raite- 
ment  hydrothérapiqae  delà  fièvre  typhoïde  — Kaltivasser  behand- 
lung  des  Typhus  abdomïnalis ,  p.  55)  ;  Immermann  (Deutsches 
Archiv  fur  Min.  Med.,  t.  VI,  p.  561). 

4.  La  fièvre  typhoïde  présente  deux  types  principaux,  sembla- 
bles au  début  et  à  la  fin,  mais  offrant  les  différences  suivantes  : 

Dans  le  premier  de  ces  types,  la  marche  est  brève  et  continue, 
et  se  termine  d'ordinaire  après  trois  semaines  révolues  ;  dans  l'au- 
tre, il  s'interpose,  entre  l'ascension  et  la  descente,  une  période 
assez  longue  de  grande  intensité  fébrile  et  d'oscillations  thermi- 
ques. Dans  ce  dernier  type,  la  maladie  persiste  pendant  quatre  se- 
maines ou  quatre  semaines  et  demi,  assez  souvent,  cinq,  six  et 
parfois,  huit  ou  dix  semaines. 

Ces  deux  modes  d'évolution  correspondent  toujours  assez  exac- 
tement aux  lésions  anatomiques  ;  la  forme  brève  se  présente  dans 
les  cas  où  il  n'y  a  dans  les  intestins  que  des  plaques  molles  ;  l'au- 
tre, au  contraire,  se  montre  toutes  les  fois  que  les  plaques  de 
Peyer  sont  confluentes  et  souvent  aussi  infiltrés  de  dépôts  suc- 
cessifs. 

Dans  la  forme  brève,  la  régression  est  simple  et  facile. 

Dans  la  seconde  forme,  les  processus  d'élimination  des  exsudats 
sont  nécessairement  complexes  ;  cette  expulsion  est  suivie  d'ulcé- 
rations dont  la  guérison  peut  être  plus  ou  moins  lente.  Non-seule- 
ment, dans  ces  derniers  cas,  l'évolution  de  la  maladie  est  déjà  en 
elle-même  plus  intense,  mais  le  processus  de  déclin  est  sujet  à  de 
fréquents  écarts,  à  de  nombreuses  péripéties,  enfin  à  une  série  de 
troubles,  d'accidents  et  de  dangers. 

Ces  deux  types  principaux  présentent  dans  les  cas  caractéristi- 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.       299 

ques  une  différence  assez  notable  (voy.  planche  II)  ;  mais  il  n'est 
pas  rare  de  trouver  des  cas  qui  tiennent  le  milieu  entre  ces  deux 
formes  et  se  rapprochant  plus  ou  moins  de  l'une  ou  de  l'autre  ;  de 
même,  les  lésions  intestinales  peuvent  présenter  des  caractères  dif- 
férents sur  divers  points;  et,  à  côté  de  lésions  légères  et  aisément 
curables,  on  rencontre  des  ulcérations  profondes  et  étendues  dont 
la  cicatrisation  nécessite  un  processus  réparateur  long  et  labo- 
rieux. 

Dans  les  cas  où  les  dépôts  intestinaux  sont  successifs,  la  marche 
de  la  maladie  peut  revêtir  une  forme  intermédiaire  aux  deux  types 
fondamentaux. 

Les  deux  formes  principales  de  la  fièvre  typhoïde  présentent 
parfois  quelques  différences  dès  le  début  de  la  maladie.  Mais  ces 
différences  s'accusent  surtout  à  la  période  d'état,  aussi  bien  qu'au 
moment  de  la  régression  et  de  la  guérison  des  lésions  intesti- 
nales. 

Tandis  que  ce  dernier  processus  peut  se  terminer  avec  la  forme 
légère  et  brève,  dans  l'espace  d'une  semaine,  il  est  très-retardé 
dans  la  forme  grave  et  longue  et  exposé  à  beaucoup  d'éventualités 
fâcheuses  ;  c'est  précisément  dans  cette  période  que  la  vie  des  ma- 
lades est  menacée. 

Le  rapport  de  fréquence  des  deux  types  principaux  peut  être 
très-différent  suivant  le  lieu,  mais  il  varie  certainement  aussi  au 
même  endroit  suivant  les  périodes.  La  mortalité  dépend  surtout 
de  la  prédominance  de  l'une  des  deux  formes  sur  l'autre,  et  les 
conclusions  qu'on  tire  des  résultats  d'une  modication  ont  gran- 
dement besoin  d'être  soumis  à  ce  contrôle  numérique. 

5.  Abstraction  faite  de  ces  deux  différences  capitales,  les  com- 
plications et  les  diverses  conditions  individuelles  peuvent  impri- 
mer à  la  marche  morbide  un  certain  nombre  de  troubles  et  d'ir- 
régularités qui  se  présentent,  il  est  vrai,  bien  plus  rarement  dans 
la  forme  brève  de  la  fièvre  typhoïde  que  dans  celle  de  longue 
durée. 

Il  est  à  noter  que  la  marche  typique  la  plus  parfaite  de  la  fièvre 
typhoïde  rapide  se  rencontre  dans  les  cas  de  rechutes  ou  de  réver- 
sion de  la  maladie. 

La  récidive  dont  le  début  coïncide  avec  la  période  déjà  apyréti- 


500        DE  LA.  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

que  delà  maladie  première  présente  tous  les  caractères  d'une  fiè- 
vre typhoïde  normale. 

La  marche  d'une  fièvre  typhoïde  bénigne  de  moyenne  intensité  est 
le  plus  souvent  régulière  chez  des  individus  âgés  de  dix-huit  à  vingt- 
huit  ans,  de  bonne  constitution  et  d'une  bonne  santé  habituelle. 

En  revanche,  chez  les  enfants  (et  cela  d'autant  plus  qu'ils  sont 
plus  jeunes),  chez  les  individus  d'un  âge  avancé  (qui,  pour  la  fièvre 
typhoïde,  commence  de  trente-cinq  à  quarante  ans),  chez  les  su- 
jets qui  sont  déjà  affectés  d'une  autre  maladie,  notamment,  chez 
les  phthisiques,  les  hystériques,  les  accouchées,  les  scarlatineux, 
les  individus  atteints  en  même  temps  de  maladies  locales  sérieu- 
ses, notamment  d'endocardite  et  de  péricardite,  de  pleurésie,  de 
péritonite,  de  néphrite  parenchymateuse  ;  dans  tous  les  cas  que 
nous  venons  d'énumérer,  les  caractères  typiques  de  la  marche 
fébrile  sont  plus  ou  moins  effacés. 

Daus  certaines  épidémies  et  à  certaines  époques  aussi,  des  irré- 
gularités dans  la  marche  fébrile  se  présentent  plus  fréquemment 
que  d'ordinaire  ;  et  c'est  ce  qu'on  observe  aussi  dans  les  autres 
symptômes  de  la  fièvre  typhoïde. 

En  outre,  les  cas  légers  aussi  bien  que  les  cas  extrêmement  gra- 
ves et  rapides  sont  le  plus  souvent  irréguliers. 

Le  caractère  de  la  marche  fébrile  peut  encore  être  plus  ou 
moins  modifié  par  des  influences  nocives  exercées  sur  le  malade 
avant  son  affection  ou  à  son  début,  par  un  manque  de  soins  dans 
le  cours  delà  maladie,  par  de  graves  imprudences  commises,  des 
fatigues  continues,  des  accidents  sérieux  (de  très-fortes  hémor- 
rhagies,  des  perforations  intestinales)  ou  par  des  complications  de- 
venues prédominantes. 

Certains  agents  thérapeutiques  sont  aussi  capables  de  modifier 
d'une  façon  avantageuse  le  type  de  la  maladie. 

A  l'approche  de  l'agonie  aussi,  tout  caractère  typique  disparaît 
assez  souvent. 

Les  déviations  ne  sont  pas  non  plus  d'une  irrégularité  extrême  ; 
on  y  retrouve  toujours  le  caractère  primitif  plus  ou  moins  pro- 
noncé et  partant  une  certaine  tendance  à  revenir  à  la  marche  typi- 
que ;  à  moins  que-la  terminaison  funeste  ne  se  prépare.  —  Toutes 
ces  modalités  correspondent,  du  reste,  aux  conditions  particulières 
du  cas. 


DK  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        501 

6.  Dans  les  cas  réguliers  aussi  bien  que  dans  ceux  qui  ne  le  sont 
pas;  on  remarque  aussi,  surtout  dans  les  premiers,  que  la  marche 
de  la  maladie  se  décompose  en  plusieurs  périodes  plus  ou  moins 
distinctes. 

— Dans  la  marche  de  la  fièvre  typhoïde,  on  distingue  surtout  deux 
périodes  tranchées  et  qui  se  reconnaissent  avec  une  grande  préci- 
sion par  l'observation  thermométrique.  La  première  correspond 
à  l'infiltration  et  au  dépôt  desexsudats;  la  seconde,  à  leur  ré- 
gression et  à  leur  élimination  ;  enfin,  à  la  cicatrisation  et  à  la 
guérison  des  parties  affectées. 

Mais  chacune  de  ces  deux  périodes  principales  présente  en- 
core différents  stades  dans  lesquels  se  montrent  des  modifications 
de  la  marche  générale  qui  ne  correspondent  pas  à  des  lésions  ana- 
tomiques  appréciables. 

De  toutes  les  méthodes  d'observation,  la  thermométrie  est  celle 
qui  nous  révèle  le  mieux  ces  diverses  modalités. 

Il  faut  aussi  remarquer  que,  dans  un  grand  nombre  de 
cas,  notamment  dans  ceux  dont  la  marche  est  parfaitement 
régulière,  la  durée  des  différents  stades  et  des  diverses  périodes 
du  cycle  morbide  correspond  assez  exactement  aux  limites  des 
septénaires  ou  de  demi  septénaires,  que  les  modifications  dans 
le  cours  de  la  maladie,  les  transitions  d'un  stade  à  Tau  Ire,  tom- 
bent très-fréquemment  à  la  fin  et  au  commencement  d'un  septé- 
naire pathologique  ;  mais  quelquefois  aussi  au  milieu  de  ce  septé- 
naire. 

Ce  type  hebdomadaire  se  montre  de  la  façon  la  plus  tranchée, 
dans  la  forme  légère  et  brève  de  la  fièvre  typhoïde  ;  dans  la  -forme 
grave,  il  est  souvent  effacé  ou  ne  se  maintient  que  durant  les  trois 
ou  quatre  premières  semaines.  De  même,  les  complications  et 
d'autres  irrégularités  effacent  complètement  le  type  hebdomadaire 
ou,  du  moins,  l'interrompent  pour  un  certain  temps. 

7.  La  période  qui  se  présente  comme  stade  initial  de  la  fièvre 
typhoïde  ne  forme  pas  toujours  le  début  des  manifestations  m  or 
bides.  Cette  période  est  précédée  dans  un  certain  nombre  de  cas 
et  pendant  un  temps  plus  ou  moins  long  (qui  correspond  sans 
doute  à  la  période  d'exacerbation)  par  des  symptômes  légers  et  le 
plus  souvent  interrompus  qui  se  rapportent  à  des  désordres  intesti- 


502        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

naux,  à  des  manifestations  du  côté  de  la  tête,  de  la  muqueuse  res- 
piratoire et  à  des  troubles  de  tout  l'organisme. 

Un  léger  mouvement  fébrile,  un  frisson  de  temps  en  temps, 
peut  aussi  parfois  venir  s'ajouter  à  ces  prodromes.  Mais  tous  ces 
phénomènes  sont  trop  insignifiants  et  trop  éphémères  pour  qu'ils 
méritent  d'attirer  l'attention  ;  il  ne  faut  donc  faire  partir  l'obser- 
vation qu'au  moment  où  commence  une  série  non  interrompue  de 
phénomènes  pathologiques, 

Ce  stade  initial  de  la  fièvre  typhoïde  qui,  comme  nous  venons 
de  le  voir,  ne  mérite  pas  toujours  son  titre,  suit  une  marche  d'une 
grande  régularité.  Cejte  marche  est  toujours  la  même,  quelle 
que  soit  la  forme  qui  prévaille  dans  le  cours  ultérieur  de  la 
maladie. 

Pendant  la  période  initiale,  la  température  monte  en  zigzag,  de 
façon  à  s'élever  dans  les  trois  ou  quatre  jours  que  comprend  cette 
période,  de  1°  à  1°  §  du  malin  au  soir  et  de  tomber  de  |  à  |°  du 
soir  au  matin,  jusqu'à  ce  que,  vers  le  troisième  ou  le  quatrième 
soir,  elle  ait  atteint  ou  dépassé  40°. 

La  formule  de  cette  ascension  peut  être  représentée  comme  il 
suit  : 

1er  jour  :  le  matin,  57°    ;  le  soir,  58°,5. 
2e  jour         »  57°,9       »        59°, 2. 

5e  jour         »  58°, 7       »        59°, 8. 

4e  jour         »  59°, 2       »        40°, 5. 

Il  est  très-rare  qu'une  fièvre  typhoïde,  se  développant  chez  un 
individu  sain  ou  du  moins  nonfébricitant,  ne  présente  pas  pendant 
son  stade  initial,  une  évolution  thermique  analogue  à  celle  que 
nous  venons  de  représenter. 

Il  est  encore  plus  rare  qu'une  autre  maladie  présente  une  sembla- 
ble période  pyrogénétique. 

Cette  marche  poursuivie  dans  la  première  moitié  du  premier 
septénaire  peut  donc  déjà  à  elle  seule  décider  du  diagnostic, 

En  d'autres  termes  : 

La  température  vespérale  des  deuxième,  troisième  ou  quatrième 
jours  reste-t-elle  approximativement  normale,  il  ne  s'agit  pas  d'une 
fièvre  typhoïde. 

La  température   reste-t-elle  la  même  dans  les  deux  ou  trois 


DE  LA.  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        303 

premières  soirées,  il  ne  doit  pas  être  question  de  fièvre  typhoïde. 

La  température  reste-t-elle  au  même  niveau  dans  les  deux  ou 
trois  premières  matinées,  la  maladie  n'est  presque  certainement 
pas  un  typhus  abdominal. 

La  température  monte-t-elle  dans  les  deux  premiers  jours  à  40° 
ou  au-dessus,  on  n'a  probablement  pas  affaire  à  cette  maladie. 

Si  la  température  présente  un  seul  moment  d'arrêt  ou  de  recul 
durant  les  matinées  ou  les  soirées  du  premier  demi-septénaire,  on 
peut  exclure  d'emblée  l'hypothèse  d'une  fièvre  typhoïde. 

Le  diagnostic  positif  est  d'autant  plus  assuré  que  la  marche  ther- 
mique des  quatre  premiers  jours  est  plus  conforme  à  la  formule 
indiquée  ci-dessus. 

11  ne  faut  cependant  pas  oublier  qu'il  peut  y  avoir  parfois  des 
exceptions  à  ce  type  initial. 

C'est  ainsi  que  le  mouvement  ascensionnel  peut  s'achever  dans 
les  deux  premiers  jours  ou  mettre  cinq  jours  pour  atteindre  son 
entier  développement;  dans  ces  deux  cas,  il  faut  s'attendre  à  une 
forme  grave  de  la  maladie  ;   dans  le  dernier,  le  déclin  ne  coin- . 
mencera  pas  avant  le  milieu  de  la  troisième  semaine. 

Dans  la  deuxième  matinée,  la  température  peut  revenir  à  l'état 
normal,  mais  alors  le  mouvement  ascensionnel  vespéral  de  la  se- 
conde soirée  sera  plus  fort  que  celui  de  la  première. 

L'ascension  est  souvent  plus  faible  (qu'elle  ne  devrait  l'être)  le 
premier  et  le  deuxième  jour,  mais  alors  elle  est  d'autant  plus  con- 
sidérable le  troisième  et  le  quatrième. 

L'élévation  thermique  du  troisième  et  du  quatrième  jour  n'at- 
teint pas  toujours  40°,  il  peut  être  de  quelques  dixièmes  en 
moins  ;  mais,  le  plus  souvent,  ce  chiffre  est  dépassé  de  plusieurs 
dixièmes  et  même  d'un  degré  entier. 

Dans  les  cas  de  fièvre  typhoïde  secondaire,  c'est-à-dire  affectant 
des  individus  déjà  malades  et  plus  ou  moius  fébricitantsja  période 
initiale  est  souvent  effacée  et  méconnaissable. 

La  marche  thermique  de  la  période  initiale  ne  peut  fournir  au- 
cune indication  relativement  à  l'évolution  ultérieure  de  la  maladie, 
à  sa  bénignité  ou  à  sa  violence,  car  Cette  marche  est  la  même  dans 
les  Cas  légers  et  dans  les  cas  graves. 

Mais  ce  n'est  que  dans  l'infime  minorité  des  cas  que  cette  pé^ 
riode  tombe  sous  le  coup  de  l'observation  ;  le  plus  souvent  la  ma- 


304        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

ladie  existe  déjà  depuis  quelques  jours,  avant  que  le  médecin  ne 
soit  appelé  à  la  traiter. 

Dans  la  plupart  des  cas,  on  est,  par  conséquent,  privé  d'un  puis- 
sant auxiliaire,  et  il  faut  alors  attendre  que  la  maladie  ait  fait  des 
progrès  pour  pouvoir  arriver,  à  l'aide  du  thermomètre,  au  même 
degré  de  précision  dans  le  diagnostic. 

Il  faut  bien  se  garder  de  se  laisser  induire  en  erreur  par  les 
malades  eux-mêmes  qui,  trop  souvent,  oublient  le  jour  précis  du 
début  de  leur  affection. 

8.  Dans  la  deuxième  moitié  du  premier  septénaire  et  dans  la  pre- 
mière moitié  de  la  deuxième  semaine,  la  marche  thermique  est 
encore  assez  uniforme  ;  dans  la  plupart  des  cas,  on  ne  peut,  no- 
tamment, rien  préjuger  au  sujet  de  l'intensité  de  son  cours  ulté- 
rieur, de  sa  marche  et  du  degré  qu'elle  doit  atteindre. 

Très-souvent,  ces  cas  atteignent  dans  cet  espace  de  temps  et  dès 
la  deuxième  moitié  de  la  première  semaine,  l'élévation  maxima 
qui,  le  plus  souvent,  tombe  sur  le  quatrième  ouïe  cinquième  jour, 
et  si  la  maladie  a  été  abandonnée  à  elle-même,  sur  le  sixième  jour 
et  plus  rarement  encore  sur  le  septième  ou  le  huitième  jour  ;  cette 
élévation  oscille  d'ordinaire  entre  40°  et  41°, 5,  mais  le  plus  sou- 
vent entre  40°, 2  et  40°, 8.  Ce  chiffre  n'est  atteint  que  pendant  un 
seul  jour  (d'ordinaire,  dans  l'après-midi),  parfois  aussi  pendant 
deux  jours  et  rarement  pendant  cinq  jours;  dans  ce  dernier  cas, 
le  deuxième  ou  le  troisième  maximum  correspond  d'ordinaire  au 
septième  jour  ou  plus  tard  encore.  Mais  habituellement  les  maxima 
quotidiens  d'exacerbation  restent  à  peu  près  au  niveau  du  maximum 
général,  pendant  toute  la  deuxième  moitié  delà  première  semaine. 

Les  températures  matinales  sont,  pendant  cette  époque,  plus 
basses  d'un  |°  à  1°  f,  rarement  de  moins,  mais  rarement  aussi  de 
plus  ;  avec  cette  exception  que,  parfois,  pendant  un  seul  jour  se 
présente  une  rémission  profonde,  mais  transitoire. 

Pendant  la  première  moitié  du  second  septénaire,  bien  qu'au  to- 
tal la  marche  s'accorde  encore  avec  celle  de  la  demi-semaine  révo- 
lue, la  hauteur  d'exacerbation  quotidienne  est  cependant  d'ordi- 
naire un  peu  moindre  que  dans  la  demi-semaine  précédente,  au 
moins  dans  les  cas  favorables,  et  les  rémissions  aussi  sont  moins 
profondes;  de  sorte  que,  dans  ces  cas,  le  fastigium  se  décompose  en 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.       505 

deux  parties  :  une  première  à  exacerbations  considérables  et  à  ré- 
missions, en  moyenne,  peu  profondes;  et  une  seconde  à  exacerba- 
tions modérées  et  à  rémissions  un  peu  plus  basses.  La  fin  de  la 
première  période  du  fastigium  tombe  le  plus  fréquemment  entre 
le  septième  et  le  huitième  jour,  rarement  vers  le  sixième  ou  le 
neuvième  et  dixième. 

Pendant  cette  marche  du  fastigium,  des  diminutions  thermiques 
temporaires  ont  souvent  lieu  ;  dans  la  plupart  des  cas,  elles  se  pré- 
sentent dans  la  matinée,  et  parfois  aussi  dans  la  soirée.  Elles  peu- 
vent se  produire  dès  la  première  semaine,  mais,  le  plus  souvent,  le 
dixième  jour  seulement  ;  elles  sont  plus  fréquentes  dans  les  cas 
bénins,  mais  sans  toutefois  en  garantir  l'existence.  En  général,  le 
cycle  thermique  de  cette  période  ne  décide  pas  encore  de  la  nature 
de  la  marche  que  suivra  la  maladie  ;  elle  peut  être  grave  au  mi- 
lieu de  la  première  de  la  deuxième  semaine  et  cependant  être  sui- 
vie par  un  prompt  déclin  ou  bien  légère  et  pourtant  conduire  à 
une  marche  grave  et  torpide. 

Cependant,  l'on  trouve  quelquefois  dans  cette  période  des  cas 
graves  et  légers,  offrant  un  type  tout  différent,  et  on  peut  déjà 
prévoir  avec  quelque  probabilité  le  cours  que  suivra  la  maladie. 

9.  En  premier  lieu,  on  rencontre  parfois  des  cas  dont  la  mar- 
che thermique  est  extrêmement  douce  entre  le  quatrième  et  le 
onzième  jour. 

Les  élévations  vespérales  restent,  en  général,  insignifiantes 
(59°, 6  —  59°, 8),  ou  il  se  présente  même  incidemment  quelques 
atténuations  vespérales  assez  notables  ; 

Ou  bien  les  rémissions  matinales  sont  plus  considérables  (1°  * 
à  2°); 

Ou  bien  encore  le  cours  semble  abrégé  et  il  se  forme  de  bonne 
heure  un  type  rétrograde  qui,  au  commencement  de  la  deuxième 
semaine,  peut  même  aller  jusqu'à  l'apyrexie. 

Dans  des  cas  assez  fréquents,  il  arrive,  au  début  de  la  maladie, 
qu'après  une  action  thérapeutique,  la  température  suit  cette  voie 
(surtout  après  l'emploi  d'un  laxatif).  Si  auparavant  la  maladie 
était  déjà  bien  caractérisée,  cette  circonstance  ne  doit  pas  modifier 
le  diagnostic. 

Ces  formes  légères  et  brèves  de  l'évolution  thermique  peuvent 

20 


506        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

survenir  spontanément,  mais  le  plus  souvent  elles  sont  consécu- 
tives à  la  médication  mise  en  usage. 

Quelquefois,  dans  ces  cas  bénins,  on  observe  un  amendement 
dans  les  phénomènes,  tandis  que  la  durée  de  la  maladie  ne  dépasse 
pas  le  minimum  de  celle  des  cas  normaux  (trois  semaines)  ou  ne 
s'en  écarte  que  faiblement. 

Dans  d'autres  cas,  vient  s'ajouter  ultérieurement  une  recrudes- 
cence fébrile,  et  alors  il  est  permis  de  supposer  que  les  altérations 
typhiques  se  sont  faites  par  poussées  successives  ;  dans  ces  cas,  les 
premiers  dépôts  morbides  sont  très-insignifiants,  tandis  que  les 
lésions  suivantes  sont  intenses  et  étendues. 

Lorsque  la  guérison  est  précoce  et  très-rapide,  la  question  de 
l'existence  d'une  fièvre  typhoïde  peut  rester  douteuse.  Si  le  dia- 
gnostic ne  peut  pas  être  confirmé  par  l'autopsie,  et  les  autres 
symptômes  n'étant  pas  assez  décisifs,  ou  faisant  même  fréquem- 
ment défaut  dans  des  formes  aussi  légères,  faut-il,  dans  ces  cas, 
admettre  un  typhus  abdominal  abortif  ou  exceptionnellement  lé- 
ger, ou  bien  faut-il  conclure  à  un  autre  trouble  tel  qu'un  catarrhe 
intestinal  fébrile  ou  toute  autre  maladie  semblable  ? 

Cette  question  est  assez  difficile  à  résoudre,  non-seulement  dans 
l'espèce,  mais  aussi  en  principe. 

Personne  ne  peut  garantir  que  la  fièvre  typhoïde  doive  avoir  tou- 
jours une  durée  déterminée  et  qu'elle  ne  puisse  pas  évoluer  sans 
être  accompagnée  d'un  certain  nombre  de  phénomènes  réputés  ca- 
ractéristiques. Tout  ce  qu'il  est  permis  de  dire,  c'est  que,  dans  nos 
climats  et  à  notre  époque,  cette  maladie  est  comparativement 
rare  ;  que,  dans  un. cas  bien  caractérisé  de  fièvre  typhoïde  aban- 
donnée pour  ainsi  dire  à  elle-même,  la  marche  fébrile  est  constam- 
ment d'au  moins  deux  semaines  et  demie  ;  qu'au  contraire,  dans 
l'immense  majorité  des  cas,  une  marche  même  bénigne,  n'arrive 
jamais  à  l'apyrexie  complète  avant  le  vingt  et  unième  jour. 

Il  est  cependant  possible  de  confondre  sous  la  dénomination  de 
typhus  abdominal  (fièvre  typhoïde)  deux  maladies  qui  se  ressem- 
blent par  beaucoup  de  symptômes,  qui  présentent  même  des  ca- 
ractères anatomiques  très-analogues ,  mais  qui  cependant  dif- 
fèrent essentiellement  l'une  de  l'autre.  C'est,  d'une  part,  une 
maladie  générale  (totius  substantice)  et  infectieuse,  mais  dont  la 
principale  localisation  est  l'appareil  glandulaire  de  l'intestin;  et, 


DE  LA.  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        507 

d'autre  part,  une  maladie  locale,  sorte  d'entérite  folliculaire  dans 
laquelle  les  follicules  de  l'intestin,  par  suite  de  conditions  pure- 
ment individuelles,  présentent  les  mêmes  lésions  que  celles  de  la 
fièvre  typhoïde  et  sont,  partant,  accompagnées  des  symptômes  pro- 
pres à  cette  dernière  affection. 

Dans  la  scarlatine,  on  rencontre  parfois  non-seulement  des  lé- 
sions folliculaires  semblables  à  celles  delà  fièvre  typhoïde,  mais  il 
peut  se  présenter  aussi  dans  la  période  de  déclin  un  ensemble  de 
phénomènes  et  une  marche  thermique  qui  ressemblent  plus  ou 
moins  à  la  fièvre  typhoïde,  bien  que  cette  dernière  fasse  absolu- 
ment défaut.  — Pareille  conclusion  doit  être  aussi  tirée  de  son  ana- 
logie avec  beaucoup  d'autres  maladies  :  le  choléra,  par  exemple, 
où  des  formes  morbides  d'origine  purement  topique  peuvent,  dans 
certaines  circonstances,  être  tout  à  fait  semblables  à  la  maladie 
épidémique  d'origine  infectieuse. 

Il  n'est  pas  impossible  que,  dans  cette  dernière  maladie,  les  lé- 
sions anatomiques  et  les  phénomènes  pathologiques  propres  à  la 
lièvre  typhoïde  ne  puissent  être  enrayées  ou  même  arrêtées  com- 
plètement et  qu'il  y  ait  ainsi  des  affections  de  nature  dothiénenté- 
rique  au  début,  mais  d'une  évolution  très-rapide.  —  Ces  cas  se 
confondent  presque  complètement  avec  le  catarrhe  intestinal,  car 
il  est  impossible  d'assigner  des  limites  tranchées  entre  ces  deux 
maladies. 

Dans  la  fièvre  typhoïde  d'origine  infectieuse,  il  n'y  a  pas  de  rai- 
son qui  s'oppose  à  admettre  que  les  formes  de  la  maladie  restent 
rudimentaires,  soit  que  la  cause  morbifique  n'ait  qu'incompléte- 
tement  agi  ou  que  la  prédisposition  ait  été  faible,  comme  cela 
s'observe  assez  habituellement  dans  d'autres  maladies  infectieuses. 
Mais  tout  cela  ne  contribue  pas  peu  à  compliquer  le  diagnostic; 
si  la  thermométrie  ne  suffit  pas  pour  lever  tous  les  doutes,  elle 
peut  du  moins  éclairer  les  points  obscurs.  —  Mais  il  faudra  s'ap- 
puyer encore  sur  l'étiologie,  sur  les  conditions  individuelles  et  sur 
l'examen  des  autres  symptômes. 

Voici  ce  que  la  thermométrie  pourra  nous  révéler  dans  les  cas 
extrêmement  légers  : 

Si  la  température  présente  à  plusieurs  reprises,  et  sans  autres 
causes,  l'élévation  vespérale  de  la  fièvre  typhoïde,  on  aura  d'autant 
plus  le  droit  de  supposer  son  existence  que  ce  signe  thermique  se 


508       DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

rencontre  chez  un  sujet  bien  soigné.  Si  même  les  températures 
restent  au-dessous  du  niveau  caractéristique,  on  peut  encore  ad- 
mettre qu'on  a  affaire  à  une  fièvre  typhoïde,  si  la  marche  thermi- 
que reste  conforme  à  celle  de  cette  maladie,  et  surtout  si  les  in- 
dividus affectés  sont  des  adultes  (âgés  de  plus  de  trente  ans), 
des  enfants  ou  des  anémiques. 

Lorsqu'un  pareil  type  thermique  dure  une  semaine  entière, 
sans  qu'aucune  autre  cause  puisse  le  justifier,  c'est  un  indice  pres- 
que certain  de  la  fièvre  typhoïde. 

10.  Mais,  si  caractéristique  que  soit  la  période  dufastigium,  les 
erreurs  de  diagnostic  sont  toujours  possibles  dans  les  cas  où  la 
période  initiale  n'est  pas  tombée  sous  le  coup  de  l'observation,  et 
encore  plus,  si  le  médecin  n'a  aucun  renseignement  sur  le  début 
de  la  maladie,  et  si,  par  conséquent,  sa  durée  lui  est  inconnue. 

Ces  sortes  d'erreurs  seront  d'autant  plus  nombreuses,  que  le 
laps  de  temps  pendant  lequel  on  observe  le  fastigium  sera  plus 
court. 

Voici  les  erreurs  le  plus  souvent  commises,  notamment  dans 
cette  période  ;  on  peut  confondre  la  fièvre  typhoïde  : 

a.  Avec  des  pneumonies,  en  particulier  avec  des  cas  où  l'hépatisa- 
tion  est  tardive,  et  souvent  il  est  impossible  pendant  deux  ou  trois 
jours,  du  moins,  par  la  température  seule  de  distinguer  ces  cas 
d'avec  le  typhus  abdominal.  Même  dans  ces  cas  de  pneumonie  où 
l'on  a  constaté  la  lésion  des  poumons  par  l'examen  stéthosco- 
pique,  on  peut  encore  se  demander  si  une  fièvre  typhoïde  ne 
se  trouve  pas  à  côté  de  la  maladie  pulmonaire. 

En  pareils  cas,  on  ne  peut  arriver  à  résoudre  le  problème  que 
par  une  observation  prolongée  pendant  plusieurs  jours. 

6.  Avec  les  exanthèmes  aigus,  mais  dans  lesquels  la  température 
fébrile  élevée  persiste  rarement  au  delà  du  cinquième  jour,  sans 
qu'il  se  manifeste,  soit  l'éruption  cutanée  (exanthème),  soit  une 
localisation  dans  les  organes  internes  (exanthème). 

y.  Avec  le  typhus  exanthématique,  qui,  parfois,  et  dans  la  pé- 
riode du  lastigium,  ne  peut  pas  être  distingué  par  la  température 
du  typhus  abdominal  (lièvre  typhoïde)  ;  mais,  en  général,  le  ty- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        509 

phus  exanthématique  présente  une  élévation  thermique  plus 
considérable  et,  en  particulier,  des  rémissions  matinales  moins 
fortes  que  la  fièvre  typhoïde. 

0.  Avec  la  méningite  cérébro-spinale  où  une  observation  de  quel- 
ques jours  n'est  quelquefois  pas  suffisante. 

s.  Avec  V ostéomyélite  aiguë,  dont  la  marche  fébrile  peut  être 
très-analogue;  mais  cette  maladie  se  distingue  par  les  phénomènes 
locaux  intenses  qui  se  produisent  dans  les  muscles. 

rr  Avec  la  tuberculose  aiguë,  qui,  elle  aussi,  peut  provoquer 
pendant  quelques  jours  les  mêmes  modifications  thermiques  que 
la  fièvre  typhoïde. 

G.  Avec  la  trichinose,  dont  la  température  peut  être  tout  à  fait 
analogue. 

1.  Avec  les  abcès  du  foie  et  hpyémie  que,  pendant  un  court  es- 
pace de  temps,  on  ne  peut  souvent  pas  distinguer  du  fastigium  de 
la  fièvre  typhoïde. 

[x.  Avec  le  catarrhe  intestinal,  mais  les  élévations  y  sont  bien- 
tôt moins  considérables  (lorsqu'il  est  convenablement  traité)  que 
celles  du  typhus  abdominal. 

v.  Avec  la  grippe,  à  moins  qu'une  pneumonie  catarrhale  ne 
vienne  s'y  ajouter,  et  quand  celle-ci  est  bien  traitée,  la  tempéra- 
ture ne  s'y  maintient  pas  non  plus  longtemps  au  degré  que  com- 
porte la  fièvre  typhoïde. 

Dans  ces  cas,  déjà  la  thermométrie  peut  vaincre,  non  pas  tou- 
jours, mais  assez  souvent,  on  le  voit,  la  difficulté  du  diagnostic, 
mais  il  en  est  d'autres  dans  lesquels  elle  peut,  à  elle  seule,  résou- 
dre le  problème  et  exclure  la  fièvre  typhoïde  : 

Chez  les  jeunes  adultes,  quand  la  température  vespérale  reste 
au-dessous  de  59°, 6  pendant  le  fastigium,  surtout  quand  il  coexiste 
avec  d'autres  symptômes  intenses. 

Dans  tous  les  cas  où  la  température  redescend  à  l'état  normal, 
sans  de  bien  fortes  causes  (telles  que  les  grandes  hémorrhagies,  les 
perforations),  dans  une  heure  de  jour  quelconque,  dans  le  temps 
où  s'accusent  les  symptômes  graves. 


510       DE  M  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

C'est  là  un  fait  qui  a  sûrement  lieu,  dans  les  fièvres  intermit- 
tentes graves  ou  même  pernicieuses,  assez  analogues  au  typhus 
abdominal,  souvent,  au  moins,  dans  la  pyémie,  et  parfois  dans  la 
pneumonie  et  la  tuberculose  aiguë. 

Voici  le  cas  où  l'on  peut  le  plus  sûrement  admettre  l'existence 
positive  d'un  typhus  abdominal,  pendant  le  fastigium  et  quand  la 
maladie  est  d'une  intensité  moyenne. 

Quand,  après  la  durée  approximative  de  cinq  à  onze  jours  d'une 
maladie  chez  un  individu  jeune  ou  d'un  âge  moijen  et  qui  n'a  jamais 
été  malade,  il  se  présente  des  températures  vespérales  de  39°,  7  à 
40°, 5  ou  peu  au-dessus,  qui  alternent  avec  des  températures  mati- 
nales de  f  °  à  1°  |  plus  bas,  sans  qu'on  puisse  constater  d'autre  trou- 
ble pour  expliquer  cette  élévation  fébrile  et  sans  qu'elle  ait  été 
causée  par  quelque  imprudence  grave. 

Chez  les  enfants,  chez  les  individus  mal  soignés  ou  chez  les 
vieillards,  quand  il  y  a  des  troubles  locaux  considérables  et  démon- 
trables, il  faut,  même  quand  la  marche  thermique  s'accorde  (avec 
celle  du  typhus  abdominal) ,  attendre  le  cours  de  la  deuxième  se- 
maine, quand  le  diagnostic  ne  peut  être  assuré  autrement  que  par 
voie  thermométrique. 

11.  Si,  dans  la  période  du  fastigium,  il  se  présente  des  tempé- 
ratures disproportionnées,  soit  des  degrés  thermiques  très-élevés 
(41°  et  au-dessus),  soit  une  absence  des  rémissions  matinales,  cela 
peut  dépendre  de  l'intensité  du  cas  en  lui-même  ou  du  manque 
de  soins,  de  différentes  imprudences,  rarement  de  la  survenue  de 
complications. 

Dans  ces  cas,  les  mêmes  confusions  et  les  mêmes  doutes  sont 
possibles  ainsi  que  dans  ceux  d'une  intensité  moyenne.  Plus 
le  cas  est  grave,  plus  difficile  est  le  diagnostic.  Cependant  une 
incohérence  thermique  très-considérable  milite  plutôt  contre  la 
présence  du  typhus  abdominal.  Dans  ces  circonstances,  on  ne 
peut  positivement  risquer  l'hypothèse  d'une  fièvre  typhoïde 
d'après  les  indications  thermiques,  qu'en  étudiant  la  marche  ul- 
térieure de  la  maladie. 

12.  Au  milieu  du  deuxième  septénaire,  entre  le  neuvième  et  le 
douzième  jour,  les  cas  graves  se  distinguent  plus  facilement  des 
cas  légers. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       511 

Dans  les  cas  légers,  le  fastigîum,  à  ce  moment,  touche  à  sa  fin. 
Parfois,  le  revirement  est  précédé  par  une  courte  perturbation,  une 
élévation  extraordinaire  de  la  température  vespérale,  une  absence 
de  la  rémission  matinale  ;  mais,  plus  souvent,  le  déclin  se  rattache 
immédiatement  au  fastigîum.  L'amélioration  se  fait  sentir,  le  plus 
souvent,  vers  le  dixième  ou  le  douzième  jour  de  la  maladie,  quel- 
quefois cependant  plus  tôt,  surtout  après  un  traitement  approprié. 
Dans  les  cas  favorables,  c'est  vers  cette  époque  (le  plus  souvent  vers 
le  douzième  jour)  que  se  montre  la  première  rémission  matinale 
profonde,  qui  présente,  dans  la  plupart  des  cas,  un  contraste  assez 
frappant  avec  les  rémissions  antérieures.  Le  lendemain,  cette  ré- 
mission peut  paraître  de  nouveau  uu  peu  moins  considérable; 
mais  bientôt,  les  rémissions  gagnent  en  profondeur  d'une  façon 
continue,  les  latitudes  d'exacerbation  deviennent  moindres  ;  en 
même  temps,  l'ascension  quotidienne  commence  plus  tard,  la 
descente  plus  tôt,  l'intensité  d'exacerbation  diminue  habituel- 
lement un  peu,  une  tendance  au  déclin  se  fait  nettement  sentir,  et 
dès  la  fin  de  la  deuxième  semaine  ou  au  commencement  de  la 
troisième,  la  diminution  de  l'exacerbation  vespérale  prouve  que  la 
maladie  est  en  pleine  voie  de  déclin. 

La  transformation  des  courbes  quotidiennes  brèves  du  fastigium 
en  courbes  à  pic  de  la  période  du  déclin  peut  être  considérée, 
quand  elle  arrive  dans  le  courant  de  la  deuxième  semaine,  comme 
le  signe  rarement  trompeur  de  la  bénignité  du  cas.  Il  est  vrai 
qu'elle  ne  fournit  pas  des  garanties  absolues  pour  une  issue  favo- 
rable ;  car,  même  dans  sa  marche  la  plus  légère,  cette  maladie 
comporte  des  dangers  qu'il  est  impossible  de  prévoir  (des  perfora- 
tions, des  hémorrhagies,  des  irritations  cérébrales  de  provenance 
individuelle),  etc.  Mais  une  fois  que  le  processus  essentiel  prend 
une  tournure  favorable  —  et  il  n'y  a  que  le  thermomètre  qui  en 
soit  le  sûr  garant  —  la  probabilité  de  ces  accidents  ou  de  ces  trou- 
bles accessoires  devient  incomparablement  moindre  et  l'on  peut, 
en  général,  en  préserver  le  malade  par  des  soins  intelligents. 

Ce  qui  est  moins  favorable  et  moins  sûr  que  son  passage  aux 
courbes  à  pic  est  un  abaissement  temporaire  considérable  de  la 
température,  un  grand  abaissement  prématuré  des  exacerba- 
tions  vespérales,  au  point  qu'elles  s'approchent  des  tempéra- 
tures matinales  restées  stationnaires;  dans  tous  ces  cas,  la  marche 


512        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

devient  souvent  irrégulière  et.de  nouvelles  élévations  sont  immi- 
nentes. 

La  marche  thermique  du  déclin  et  de  l'amélioration  est  ordinai- 
rement caractérisée  par  des  rémissions  croissantes  dans  les  heures 
matinales,  auxquelles  succèdent  de  petites  exacerbations,  de  façon 
que,  dans  l'espace  de  six  à  dix  jours,  la  température  se  rap- 
proche en  zigzag  de  l'état  normal. 

La  différence  entre  les  températures  matinales  et  vespérales  peut 
avec  cela  rester  parfois  la  même  pendant  plusieurs  jours  et  même 
toute  une  semaine,  ou  bien  elle  s'agrandit  par  la  progression  plus 
rapide  de  la  rémission. 

Des  températures  matinales  normales  se  présentent  déjà  d'ordi- 
naire avant  le  milieu  de  la  troisième  semaine.  Par  l'amoindrisse- 
ment continu  des  exacerbations  vespérales,  les  différences  quoti- 
diennes deviennent  plus  faibles  et  d'habitude  à  la  fin  de  la  troisième 
semaine,  la  température  est  normale  dans  les  heures  vespérales  et 
la  convalescence  a  lieu. 

Si  cette  marche  se  poursuit  de  la  façon  précédemment  décrite, 
il  serait  à  peine  possible  de  concevoir  encore  des  doutes  sur  le  dia- 
gnostic. Il  est  vrai  que  la  pneumonie  catarrhale,  la  grippe  intense, 
peuvent  suivre  la  même  voie  de  décroissance  ;  mais  elles  procèdent 
beaucoup  plus  rapidement,  et  la  fièvre  ne  se  prolonge  pas  jusqu'à 
la  fin  de  la  troisième  semaine.  D'un  autre  côté,  le  déclin  est  bien 
encore  de  nature  rémittente,  dans  la  méningite  cérébro-spinale, 
dans  la  trichinose,  dans  le  cas  où  des  températures  élevées  s'y 
sont  montrées,  mais  la  marche  y  est  plus  lente,  et  l'on  y  constate 
de  plus  fréquentes  interruptions. D'autres  affections  à  type  rémittent 
pendant  leur  déclin  se  distinguent  du  typhus  abdominal  en  ce 
qu'elles  n'atteignent  pas,  pendant  le  fastigium,  l'élévation  ther- 
mique qui  caractérise  cette  maladie  dans  cette  période. 

Il  est  encore  vrai  qu'il  se  présente  quelquefois  des  modifications 
de  cette  forme  de  défervcscence  propres  à  rendre  douteux  le  dia- 
gnostic, et,  dans  le  nombre,  notamment,  le  retour  accéléré  à 
l'apyrexie,  se  produisant  parfois  tellement  vite  que  des  tempéra- 
tures vespérales  normales  sont  atteintes  dès  le  milieu  ou  même  au 
commencement  de  la  troisième  semaine.  Cet  état  de  choses  se  pré- 
sente de  préférence  après  l'action  convenable  d'agents  thérapeuti- 
ques, rarement  sans  qu'il  y  eût  eu  auparavant  intervention  médi- 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        513 

cale.  Pour  que,  dans  ces  cas,  on  ait  le  droit  de  maintenir  le 
diagnostic,  il  faut  qu'il  ait  été  complètement  établi-,  aussi  bien  par 
les  conditions  thermiques  que  par  les  phénomènes  essentiels  de  la 
maladie. 

Plus  rarement  encore  se  présentent  d'autres  déviations  de  la 
défervescence  quand  le  déclin  s'établit  dans  le  courant  de  la  troi- 
sième semaine.  Souvent  aussi,  elles  ne  sont  qu'apparentes.  On  est 
induit  en  erreur  par  les  fausses  indications  du  malade  sur  la  durée 
de  sa  maladie.  Toutes  les  autres  conditions  étant  régulières,  on 
peut  souvent  établir  en  s'appuyant  sur  la  marche  thermique  que 
le  malade  s'est  trompé  sur  le  début  de  sa  maladie  et,  souvent,  on 
trouvera  encore,  après  coup,  cette  indication  thermométrique  con- 
firmée par  une  anamnèse  plus  approfondie. 

Avec  une  pareille  marche  de  la  période  de  déclin,  il  sur- 
vient rarement  des  complications,  à  moins  que  les  individus 
atteints  ne  se  soient  trouvés ,  avant  l'invasion  de  cette  mala- 
die, dans  un  état  de  santé  incomplet,  ou  que  des  influences 
particulières  aient  agi  sur  eux,  ou  bien  que  les  conditions  épidé- 
miques  ne  produisent  temporairement  des  complications.  Une  de 
ces  complications  se  présente-t-elle,  il  s'ensuit,  ta  un  moment  quel- 
conque de  la  défervescence,  un  arrêt  dans  l'abaissement  ou  une 
élévation.  Parfois,  ce  revirement  est  précédé  par  un  abaissement 
de  température  subit  et  profond,  ce  qui  doit  toujours  paraître  sus- 
pect. 

En  revanche,  il  y  a  assez  souvent,  dans  ces  cas  et  particuliè- 
rement dans  les  cas  très-légers,  des  recrudescences  et  des  réci- 
dives. Il  existe  une  différence  essentielle  comme  marche  et  comme 
danger,  selon  que  le  renouvellement  du  processus  a  eu  lieu  à  des 
endroits  restés  jusque-là  intacts,  et  dans  un  temps  où  les  dépôts 
antérieurs  ne  se  préparent  même  pas  encore  au  déclin,  ou  n'y  ont 
fait  que  peu  de  progrès  (recrudescence,  nouvelles  pousses  typhoï- 
des), ou  selon  que  le  déclin  a  déjà  fait  de  notables  progrès,  que 
l'apyrexie  est  déjà  atteinte. 

Dans  le  premier  cas,  le  commencement  de  la  recrudescence  se  ca- 
ractérise, soit  par  une  ascension  thermique  au-dessus  des  élévations 
modérées  actuelles,  soit  par  une  modification  du  type  qui  s'effec- 
tue soudainement  après  que  la  marche  était  déjà  devenue  descen- 
dante :  les   rémissions  quotidiennes  sont  plus  incomplètes,   les 


m        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

exacerbations  commencent  de  meilleure  heure,  s'élèvent  un  peu 
plus,  durent  un  peu  plus  longtemps,  et  il  s'y  ajoute  une  mar- 
che, le  plus  souvent  grave,  habituellement  régulière  qui  expose 
le  malade  à  de  grands  dangers. 

Il  en  est  tout  autrement  des  récidives,  proprement  dites,  qui  ne 
commencent  qu'uneibis  l'apyrexie  atteinte,  ou  même  seulement 
pendant  la  convalescence.  Comme  nous  l'avons  déjà  dit,  ces  réci- 
dives ont,  en  général,  et  notamment  quand  elles  succèdent  à  une 
affection  primitive  légère,  une  marche  très-normale  et  le  plus  sou- 
vent favorable  qui,  la  plupart  du  temps,  se  termine  le  vingt  et 
unième  jour  (à  partir  du  début  de  la  récidive). 

15,  Il  faut  toujours  s'attendre,  avec  une  grande  probabilité  à 
une  marche  grave,  aussitôt  que, dans  la  deuxième  semaine,  la  tem- 
pérature du  matin  reste  constamment  au-dessus  de  59°, 5,  que  les 
températures  du  soir  atteignent  ou  dépassent  40°, 5,  que  les  exa- 
cerbations quotidiennes  se  présentent  de  très-bonne  heure  ou  se 
prolongent  au  delà  de  minuit,  que  les  différences  quotidiennes 
sont  insignifiantes  et  que,  par  conséquent,  la  marche  est  sous- 
continue,  ou  que  les  différences  sont  plus  grandes,  mais  le  mini- 
mum quotidien  dépasse  la  limite  exacerbatrice  la  plus  basse  du 
typhus  (59°,6),  enfin  dès  que  le  ralentissement  n'apparaît  pas  vers 
le  milieu  de  la  deuxième  semaine  et  au  plus  tard  jusqu'au  douzième 
jour. 

On  peut  considérer  comme  suspectes  toutes  les  irrégularités  qui 
se  produisent  dans  le  courant  du  second  septénaire,  toutes  les  élé- 
vations inégales,  ainsi  que  les  ralentissements  passagers  et  sans 
causes  ;  alors,  le  cours  ultérieur  affecte  aussi  une  marche  irrégu- 
lière dans  la  plupart  des  cas.  Et  bien  qu'une  guérison  assez  rapide 
soit  possible,  dans  ces  conditions,  les  rechutes  ou  nouvelles  éléva- 
tions thermiques,  les  complications  et  les  hypostrophes  sont  cepen- 
dant très-ordinaires. 

L'irrégularité  est  surtout  fâcheuse  dans  le  cas  où  il  ne  se  mani- 
feste aucune  rémission  profonde  dans  la  deuxième  semaine,  bien 
que  la  température  du  soir  reste  proportionnellement  basse  ;  il 
en  est  encore  de  même  lorsque  les  températures  du  matin  dépas- 
sent celles  du  soir. 

Il  est  un  signe  presque  certain  d'une  très-grande  gravité  de  la 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       515 

maladie  ;  c'est  quand  les  températures  du  matin  atteignent  40°  et 
que  celles  du  soir  dépassent  41°,  en  particulier,  quand  à  la  fin  de 
la  deuxième  semaine  il  se  manifeste  des  élévations  croissantes. 

Les  fluctuations  sans  motif  constituent  le  signe  le  plus  défavo- 
rable, quand  bien  même  elles  ne  consisteraient  qu'en  un  ralen- 
tissement subit,  mais  insolite  dans  la  fièvre  typhoïde. 

14.  Dans  les  cas  graves,  la  marche  est,  en  général,  plus  com- 
plexe. 

La  forme  la  moins  dangereuse  est  la  suivante  : 

Au  commencement  de  la  deuxième  moitié  du  second  septénaire, 
après  un  ralentissement  très-insignifiant,  ou  même  nul,  lesexacer- 
bations  vespérales  se  tiennent  à  une  hauteur  considérable  (au- 
dessus  de  40°)  et  s'élèvent  parfois  le  soir,  jusque  au-dessus  de  41°; 
mais  les  rémissions  matutinales  montent  aussi  d'un  degré  et  demi 
et  même  plus,  et  ces  phénomènes  persistent  presque  avec  la  même 
intensité,  jusqu'au  milieu  de  la  troisième  semaine  et  jusqu'à  la  fin 
de  ce  septénaire.  — D'ordinaire,  cependant,  les  exacerbations  di- 
minuent un  peu  dans  ces  cas  (à  moins  qu'il  ne  survienne  quelque 
complication,  à  partir  du  milieu  de  la  troisième  semaine),  et  par 
moment  il  se  présente  une  rémission  profonde  qui  prépare  l'amé- 
lioration définitive. 

Il  est  vrai  que,  parfois,  il  peut  y  avoir  un  amendement  des  phé- 
nomènes qui  se  caractérise  comme  il  suit  :  l'élévation  thermique 
de  la  deuxième  semaine  n'est  plus  atteinte,  la  température  est 
d'environ  |°  plus  basse  que  celle  de  la  semaine  précédente,  mais 
la  fièvre  reste  cependant  très -intense  avec  des  rémissions  insigni- 
fiantes. Dans  les  cas  relativement  favorables,  il  arrive  assez  sou- 
vent que  les  grandes  rémissions  se  présentent  dans  la  quatrième 
semaine. 

Ou  bien  la  température  reste  aussi  élevée  que  dans  la  deuxième 
semaine,  la  dépasse  même,  et  persiste  ainsi  jusqu'au  moins  au  mi- 
lieu du  troisième  septénaire  (c'est  le  cas  le  plus  fréquent),  et 
souvent  jusqu'à  la  fin  du  quatrième.  Dans  ces  cas,  les  tempéra- 
tures du  soir  sont  aussi  élevées  ou  presque  aussi  hautes  que  dans 
la  période  précédente,  les  rémissions  sont  moindres  et  la  dif- 
férence quotidienne  ne  s'élève  souvent  pas  au-dessus  d'un  demi- 
degré,  sauf  dans  les  cas  où  l'exacerbation  a  présenté  une  élévation 


510        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

excessive.  Quant  aux  températures  du  matin,  elles  se  main- 
tiennent le  plus  souvent  entre  59°, 5  et  40°,  môme  entre  40°  et 
40°, 5.  Rarement  la  température  s'élève  au-tlessus  de  ce  chiffre, 
tandis  que,  pendant  la  période  d'exacerbation,  elle  monte  parfois 
au-dessus  de  44°  et  peut  même  atteindre  et  dépasser  42°.  En  môme 
temps,  les  exacerbations  sont  plus  étendues  et  l'élévation  quo- 
tidienne commence  dès  neuf  heures  ou  même  dès  huit  heures  du 
matin;  et  cette  température  élevée  se  maintient  jusqu'à  près 
de  minuit  ou  plus  longtemps  encore,  fréquemment  avec  une  ou 
plusieurs  cimes  ;  la  rémission  matutinale  est  d'une  durée  relati- 
vement courte  et  dépasse  à  peine  quelques  heures. 

Ou  bien,  il  se  produit  dans  la  marche  des  irrégularités  qui  or- 
dinairement en  engendrent  d'autres.  Souvent  ces  irrégularités 
sont  la  conséquence  de  la  gravité  seule  du  cas  ou  des  conditions 
défavorables  dans  lesquelles  se  trouve  le  malade,  des  prédisposi- 
tions individuelles  ou  du  caractère  particulier  de  l'épidémie.  Mais, 
très-fréquemment,  les  complications  sont  la  cause  de  l'irrégu- 
larité. 

Si  ces  complications  consistent  en  inflammations  locales,  en 
bronchites  intenses,  en  pneumonies  ou  parotidites,  tantôt  la  tem- 
pérature monte,  tantôt  les  rémissions  matinales  précédentes  de- 
viennent moindres.  Le  choléra  asiatique  venant  s'ajouter  à  une  fiè- 
vre typhoïde  présente  un  caractère  tout  particulier.  Friedlander  a 
publié  à  ce  sujet  (1867.  Archiv  cler  Heilkunde,  p.  459)  des  obser- 
vations prises  dans  mon  service.  11  a  montré  que  le  choléra,  non- 
seulement,  exerce  sur  la  température  une  influence  dépressive, 
mais  que  le  premier  ralentissement  thermique  appréciable  se  pré- 
sente chez  les  individus  affectés  de  fièvre  typhoïde  trente  à 
trente-six  heures  avant  le  collapsus  cholérique  et  même  douze  à 
vingt-quatre  heures  avant  l'apparition  de  la  diarrhée  profuse  et 
que,  par  conséquent,  il  peut  servir  de  premier  symptôme  à  l'in- 
fection cholérique. 

Si,  dans  le  cours  de  la  fièvre  typhoïde,  il  se  présente  de  fortes 
hémorrhagies,  notamment  des  entérorrhagies,  il  peut  y  avoir  un 
abaissement  thermique  considérable  allant  même  jusque  au-des- 
sous de  l'état  normal  ;  mais,  d'ordinaire,  la  température  recouvre 
bientôt  son  élévation  antérieure  et  peut  même  la  dépasser. 

L'élévation  ou  l'abaissement  momentanés  sont  loin  d'être -les 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        517 

seuls  effets  des  complications  intercurrentes.  Au  contraire,  celles- 
ci  enlèvent  plus  ou  moins  à  la  marche  thermique  son  caractère  de 
régularité,  et  les  plus  grandes  variations  peuvent  se  présenter 
encore  après  coup,  même  quand  la  complication  est  déjà  depuis 
longtemps  dissipée. 

Dans  certains  cas,  très-graves  à  plus  d'un  titre,  des  rémissions 
se  présentent  au  moment  du  plus  grand  danger  sans  qu'il  y  ait 
collapsus  proprement  dit  et  sans  cause  appréciable  ;  mais  il  ne 
faut  nullement  les  considérer  comme  favorables;  elles  se  rattachent, 
au  contraire,  à  une  augmentation  des  autres  phénomènes  fâcheux  : 
la  faiblesse  des  contractions  et  des  bruits  du  cœur,  la  fréquence 
énorme  du  pouls,  le  délire  et  les  contractions  automatiques  des 
muscles,  la  carphologie,  les  soubresauts  des  tendons,  le  coma  et 
la  prostration  la  plus  profonde;  ces  rémissions  présentent  la  plus 
grande  ressemblance  avec  les  rémissions  proagoniques  dont  il  sera 
question  plus  loin.  Assurément,  elles  ne  constituent  pas  une  crise 
favorable  dans  la  maladie  ;  mais,  parfois,  il  arrive  que  la  mort 
imminente  peut  être  encore  évitée  par  une  médication  énergique  ; 
la  température  revient  alors  à  son  niveau  primitif,  c'est-à-dire 
qu'elle  s'élève  avec  les  progrès  de  l'amélioration.  On  peut  dési- 
gner ces  modifications  de  température  sous  le  nom  d'abaissements 
thermiques  proagoniformes. 

Mais,  même  dans  les  cas  graves  devenusirréguliers,  le  type  de  la 
marche  thermique  se  rétablit  aussitôt  que  la  maladie  prend  une 
tournure  plus  favorable.  Il  est  vrai  que,  souvent,  ce  revirement  ne 
se  présente  plus  à  l'acmé  de  la  maladie,  pendant  le  fastigium,  mais 
seulement  au  moment  de  son  déclin. 

Tous  les  cas  graves,  à  moins  qu'ils  ne  se  terminent  par  la  mort, 
ont  cela  de  commun,  que  la  marche  du  fastigium  et  de  la  ma- 
ladie toute  entière  est  traînante  et  prolongée.  Avec  cela,  il  se 
présente  dans  beaucoup  de  cas  à  des  époques  assez  précises  de  la 
maladie,  un  ralentissement  transitoire  et  à  d'autres  moments  plu- 
tôt une  ascension  de  la  température.  Les  ralentissements  se  mon- 
trent de  préférence  au  milieu  ou  à  la  fin  de  chaque  septénaire, 
tandis  que  les  élévations  correspondent  aux  premiers  jours  ou  au 
commencement  de  chaque  semaine  ;  mais,  le  plus  ordinairement, 
on  aperçoit  lorsque  la  maladie  est  de  longue  durée,  une  élévation 
notable  le  vingt-cinquième  jour,  souvent  aussi  un  jour  plutôt  ou 


51S        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

plus  tard.  L'élévation  est  encore  très-fréquemment  manifeste, 
même  quand,  à  cette  époque,  la  marche  se  trouve  sensiblement 
ralentie  ou  bien  en  voie  de  déclin,  et  cette  décroissance  est  très- 
fréquemment  interrompue  à  la  date  précitée  par  des  élévations 
thermiques  qui  dépassent  d'un  demi-degré  et  plus  celles  des  jours 
précédents. 

A  cette  période,  le  diagnostic  est  rarement  douteux;  ce  n'est 
qu'exceptionnellement  qu'on  pourra  encore  songer  à  une  tubercu- 
lose aiguë  ou  à  une  méningite  cérébro-spinale,  et,  en  particulier, 
si  cette  dernière  maladie  règne  épidémiquement  ou  si  des  symp- 
tômes cérébro-spinaux  très-accusés  viennent  s'ajouter  à  la  fièvre 
typhoïde  et,  en  augmentant  les  points  de  ressemblance,  prêter 
ainsi  à  la  confusion. 

En  revanche,  c'est  surtout  le  pronostic  qui,  dans  cette  période, 
offre  un  plus  grand  intérêt  pratique.  La  thermométrie  ne  peut  pas 
toujours  lui  donner  de  solides  points  d'appui,  mais  elle  peut 
fournir  de  précieuses  indications. 

En  général,  le  cas  est  toujours  grave  toutes  les  fois  que  cette 
forme  de  la  maladie  est  arrivée  à  son  plein  développement. 

Le  danger  s'accroît  aussitôt  que  la  température  atteint  41°, 2  ; 
même  dans  les  cas  les  plus  favorables,  il  faut  s'attendre  à  une  con- 
valescence très-lente.  A  41°, 4,  les  chances  de  mort  sont  déjà  deux- 
fois  plus  grandes  que  celles  de  guérison  ;  à  41°, 5  et  au-dessus,  le 
rétablissement  est  un  fait  exceptionnel.  Fiedler  (Deutsche  Archiv 
filrklin.  MecL,  p.  554)  indique  comme  température  maxirna  pour 
les  cas  heureux,  41° J  5  ;  à  cette  élévation,  on  ne  compte  que  deux 
cas  de  guérison,  toutes  les  autres  fièvres  typhoïdes  avec  tempéra- 
ture pareille  ou  plus  élevée,  se  sont  terminées  par  la  mort.  Cepen- 
dant, dans  Tune  de  mes  observations,  la  guérison  est  survenue 
avec  une  température  de  42°  |  =  55°, 1  R.  Cette  élévation  thermi- 
que se  montra  pendant  un  accès  de  frisson. 

Une  élévation  thermique  très-considérable  (41°)  se  répétant  plu- 
sieurs fois  par  jour  est  l'indice  d'un  danger  croissant.  Cependant, 
le  malade  supporte  même  ces  degrés  extrêmes  de  température  avec 
plus  de  facilité  quand,  dans  les  intervalles  et  en  particulier  le 
matin,  la  température  est  beaucoup  plus  basse.  Des  températures 
très-élevées,  avec  des  rémissions  intercurrentes,  sont  moins  dan- 
gereuses que  des  conditions  thermiques  plus  modérées,  mais  qui 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        319 

persistent  presque  sans  interruption  le  matin  comme  le  soir.  Si, 
dans  les  heures  matutinales,  l'élévation  de  40°  est  dépassée,  la  mort 
est  presque  certaine. 

Si  la  température  de  la  troisième  semaine  est  plus  élevée  que 
celle  de  la  deuxième,  ou  si  celle  de  la  troisième  semaine  suit  une 
marche  ascendante,  c'est  un  symptôme  très-grave. 

Toutes  les  fortes  irrégularités  conduisent  à  un  pronostic  fatal  ; 
du  moins,  faut-il,  en  pareil  cas,  s'attendre  à  des  complications  ul- 
térieures. 

Il  est  très-exceptionnel  de  voir  un  cas  grave  changer  brusque- 
ment de  direction  et  se  terminer  par  une  prompte  et  heureuse 
issue. 

15.  Au  contraire,  avant  d'y  arriver,  la  maladie  traverse  ordi- 
nairement une  série  de  péripéties,  d'incidents  et  de  fluctuations, 
une  période  d'indécision  et  d'incertitude  :  le  stade  amphibole, 
en  un  mot. 

Souvent  ce  stade  vient  s'intercaler  aussi  dans  des  cas  qui,  au 
début,  ne  présentent  qu'une  faible  intensité,  mais  doivent  cepen- 
dant éveiller  les  soupçons  d'un  médecin  expérimenté  :  ainsi,  dans 
les  cas  de  fièvre  typhoïde,  chez  des  personnes  âgées,  chez  des  indi- 
vidus atteints  déjà  d'affections  antérieures,  dans  les  rechutes  qui 
se  manifestent  avant  que  la  période  de  déclin  de  la  première  ma- 
ladie ait  fait  de  grands  progrès,  dans  les  cas  où  se  présentent  de 
bonne  heure  de  grandes  irrégularités  (à  moins  que  celles-ci  ne 
soient  liées  à  des  cas  très-bénins)  chez  les  malades  qui,  con- 
tinuellement, s'exposent  à  des  influences  nocives  ou  qui  se  li- 
vrent à  de  trop  violents  efforts  musculaires  pendant  la  première 
période  de  leur  maladie,  etc.,  etc. 

Le  stade  amphibole  commence  le  plus  souvent  au  milieu,  rare- 
ment dès  le  début  de  la  troisième  ou  même  de  la  quatrième  se- 
maine ;  dans  quelques  cas,  il  est  précédé  d'une  rémission  extrê- 
mement profonde  ou  même  d'un  collapsus  et  manifeste  sa 
présence  par  des  irrégularités  plus  ou  moins  considérables,  des 
améliorations  ou  des  aggravations  non  motivées. 

Les  températures  vespérales  sont,  en  général,  encore  très-éle- 
vées  dans  cette  période  ;  mais,  en  moyenne,  cependant,  pas  aussi 
hautes  que  durant  le  fastigium.   Bien  que,  à  certains  jours,  le 


520        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

maximum  fastigial  puisse  être  atteint  ou  même  dépassé,  la  tempé- 
rature reste  cependant  presque  toujours  plus  basse  le  soir.  Par 
temps,  il  se  présente  des  rémissions  qui  peuvent  s'étendre  jusque 
dans  la  soirée,  mais  elles  sont  très-passagères  ;  tandis  que,  pendant 
quelques  jours,  les  phénomènes  peuvent  présenter  une  tournure 
des  plus  favorables,  tout  à  coup  des  aggravations  surgissent.  Il 
est  assez -rare  que  les  abaissements  thermiques  intercurrents  des- 
cendent dans  ce  stade  jusqu'à  des  températures  de  collapsus  sans 
qu'il  y  ait  à  cela  de  causes  sérieuses  et  inquiétantes,  et  quand  ces 
températures  apparaissent,  elles  sont  presque  toujours  dange- 
reuses ou,  du  moins,  suivies  d'une  élévation  nouvelle  et  considé- 
rable. 

Parfois,  et  durant  un  espace  de  temps  plus  ou  moins  prolongé, 
on  voit  des  exacerbations  uniformes  alterner  avec  des  rémissions 
profondes  allant  jusqu'à  l'état  normal  et  même  au-dessous;  dans 
le  cours  de  ces  dernières,  il  se  présente  alors  assez  souvent  des 
phénomènes  de  collapsus.  Bien  que,  dans  ces  cas,  la  défervescence 
puisse  se  produire,  sans  autres  troubles  et  après  une  durée  de  trois 
semaines  de  cette  alternance,  il  arrive  fréquemment  qu'après  quel- 
que temps,  les  rémissions  deviennent  moins  profondes  et  qu'elles 
s'approchent  même  des  exacerbations. 

Dans  quelques  cas,  des  abaissements  thermiques  profonds  et 
même  des  températures  de  collapsus  se  montrent  dans  la  période 
d'exacerbation. 

On  ne  rencontre  pas  trop  rarement  d'hétérochronisme  des  épo- 
ques d'exacerbation  et  de  rémission,  celle-là  se  montrant  aux  heu- 
res de  la  matinée  et  celle-ci  aux  heures  vespérales.  Cet  hétéro- 
chronisme  paraît  de  médiocre  importance,  au  point  de  vue  du 
pronostic. 

On  observe  habituellement  dans  ce  stade  des  complications 
multiples  qui,  non-seulement  font  monter  la  température  d'une 
façon  générale,  mais  qui,  encore,  effacent  les  rémissions.  ' 

On  ne  constate  (pendant  cette  période)  d'abaissements  rapides 
et  considérables  que  dans  les  cas  de  fortes  hémorrhagiesou  de  per- 
foration intestinale. 

Assez  souvent,  la  marche  présente  des  recrudescences  avec  repro- 
duction du  fastigium,  probablement  déterminées  par  des  poussées 
nouvelles  d'altérations  anatomiques.  Dans  ces  cas,  il  faut  surtout 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        321 

craindre  les  hémorrhagies  graves  ou  mortelles  et  les  perforations 
intestinales. 

Parfois,  on  observe  aussi  des  frissons  avec  fortes  élévations  ther- 
miques :  ces  frissons  proviennent,  d'ordinaire,  de  nouveaux  trou- 
bles intercurrents  (tels  que  les  processus  pyémiques,  septicémiques). 

La  période  amphibole  ne  dure  quelquefois  que  la  moitié  d'une 
semaine,  le  plus  souvent,  une  semaine  ou  une  semaine  et  demie, 
parfois  plus  longtemps. 

16.  Si  la  maladie  touche  à  une  terminaison  fatale,  la  période 
proagonique  est  le  plus  souvent  annoncée  par  des  abaissements 
thermiques  trompeurs  qui,  cependant,  contrastent  avec  les  autres 
phénomènes,  mais,  d'ordinaire,  se  présentent  aussi  avec  une  cer- 
taine irrégularité. 

Dans  d'autres  cas,  au  contraire,  on  remarque  une  élévation  ex- 
trême de  la  température,  dépassant  41°  et  se  maintenant  aussi  à  ce 
niveau  dans  la  matinée. 

Ou  bien  c'est  une  augmentation  subite  allant  jusqu'à  |42°,5  et 
au-dessus  (rarement  à  45°  et  au-dessus). 

D'autres  fois,  on  observe  un  abaissement  thermique  profond  et 
brusque  accompagné  des  phénomènes  d'un  collapsus  intense. 

L'agonie  n'est  pas  toujours  précédée  d'un  stade  proagonique 
manifeste.  Parfois,  au  contraire,  elle  apparaît  dans  ce  stade  d'une 
façon  soudaine  et  inopinée. 

Dans  l'agonie  elle-même  et  au  moment  de  la  mort,  il  peut  se 
présenter,  suivant  les  cas,  des  températures  basses,  très-fébriles  ou 
hyperpyrétiques  ;  ce  qui  dépend  probablement  de  la  nature  des  con- 
ditions  qui  occasionnent  immédiatement  la  terminaison  funeste. 

Si  la  température  s'élève  dans  l'agonie,  elle  parcourt  sa  marche 
ascendante  avec  d'autant  plus  de  rapidité  que  la  mort  est  plus 
proche,  elle  s'élève  quelquefois  d'un  degré  et  plus  dans  l'espace 
d'une  heure.  Le  plus  souvent  alors,  la  mort  survient  entre  42°  et 
45°. 

Des  élévations  post  mortem  se  produisent  ;  mais,  d'ordinaire, 
elles  sont  peu  considérables  et  durent  à  peine  quelques  minutes. 

17.  Si,  dans  des  cas  graves,  la  maladie  tourne  à  l'amélioration, 
cette  heureuse  terminaison  se  produit  très-fréquemment  après  une 

21 


52-2        DE  LA  TEMPÉRATURE  DAISS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

perturbation  critique;  tantôt  fugace,  elle  disparait  au  bout  de  quel- 
ques heures  ;  tantôt  plus  longue,  elle  peut  s'étendre  même  à  plu- 
sieurs jours. 

Souvent,  pourtant,  cette  amélioration  est  précédée  par  un  ra- 
lentissement prémonitoire  ;  dans  ce  cas,  le  commencement  de  la 
décroissance  ne  se  dessine  pas  nettement. 

Le  ralentissement  préparatoire  se  manifeste  soit  par  une  rémis- 
sion isolée  un  peu  plus  basse  (qu'à  l'ordinaire),  ou  par  uneexacer- 
bation  moindre,  ou  dans  une  direction  descendante  s'étendant  sur 
plusieurs  jours;  avec  cela  le  type  thermique  peut,  dans  les  cas 
graves,  rester  toujours  sous-continu  et  la  moyenne  quotidienne  se 
maintenir  à  40°.  Ces  abaissements  si  lents  continuent  pendant  la 
moitié  d'une  semaine  souvent  pendant  une  semaine  entière,  avant 
que  la  maladie  n'arrive  à  une  amélioration  décisive. 

Celle-ci  s'annonce  très-souvent,  d'abord  par  une  forte  baisse 
thermique  qui,  d'ordinaire,  tombe  dans  le  temps  de  la  rémission, 
et,  le  plus  souvent,  est  un  peu  plus  profonde  que  les  rémissions 
des  jours  suivants. 

Le  commencement  de  l'amélioration  décisive  correspond,  dans 
les  cas  légers,  souvent  au  milieu  de  la  troisième  semaine;  dans  les 
cas  très-graves,  rarement  à  la  fin  de  la  troisième  semaine,  le  plus 
souvent  au  milieu  de  la  quatrième  semaine  (immédiatement  après 
l'élévation  du  vingt-cinquième  jour),  quelquefois  plus  tard  encore. 

La  défervescence  procède  par  rémittence,  comme  dans  les  cas  à 
évolution  rapide. 

Mais  sa  durée  est,  en  général  sinon  toujours,  plus  longue. 

La  défervescence  a  souvent  des  temps  d'arrêt,  ou  même  de  pe- 
tits mouvements  de  recul. 

Bientôt,  sa  marche  est  interrompue  par  des  variations  isolées, 
faibles  ou  énormes,  tantôt  par  une  seule  élévation  vespérale  con- 
sidérable, tantôt  par  plusieurs,  entre  lesquelles  la  température  re- 
vient chaque  fois  à  l'état  normal  dans  la  matinée,  tantôt  enfin  par 
une  élévation  sous-contiune  s'étendant  à  plusieurs  jours. 

Mais  on  observe  assez  souvent  aussi,  pendant  ce  temps,  des  re- 
chutes réelles. 

18.  Parfois,  au  lieu  d'être  immédiatement  terminé  par  la  mort 
ou  par  la  guérison,  le  stade  amphibole  est  suivi  d'une  phase  lan- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        523 

guissante  qui  provient  le  plus  souvent  d'ulcérations  intestinales 
persistantes,  quelquefois  d'une  bronchite  suppurée  et  d'autres 
affections  locales  lentes  à  disparaître,  parfois  aussi  il  peut  être 
produit  uniquement  par  le  marasme. 

La  marche  de  la  fièvre,  dans  ces  cas,  est  chronique,  avec  des 
exaspérations  quotidiennes  vespérales  plus  ou  moins  élevées  et  avec 
des  rémissions  matinales  allant  jusqu'à  l'état  normal  ;  la  durée 
de  ce  stade  est  illimitée. 

19.  La  pleine  et  entière  convalescence,  dans  la  fièvre  typhoïde, 
n'est  admissible  que  quand  la  température  présente  le  soir  une 
apyrexie  complète.  Le  début  delà  convalescence  ne  peut  donc  être 
constatée  qu'au  moyen  de  la  thermométrie,  et  l'on  ne  peut  la 
considérer  comme  définitive  que  si  les  températures  basses  se  sont 
maintenues  pendant  au  moins  deux  jours  de  suite. 

Souvent  la  température  y  est  même  un  peu  plus  basse  qu'à 
l'état  normal  ;  on  constatera  le  matin  de  56°  à  56°, 5,  le  soir  moins 
de  57°.  Mais  cela  indique  plutôt  une  convalescence  confirmée 
qu'un  état  défavorable  quelconque.  La  période  de  convalescence 
est  fréquemment  troublée. 

La  perturbation  la  plus  légère  consiste  en  une  élévation  thermi- 
que de  courte  durée,  bien  que  souvent  très-considérable,  se  ma- 
nifestant après  la  première  ingestion  de  viande  ou  d'autres  ali- 
ments nourrissants,  et  chez  des  convalescents  d'une  fièvre  ty- 
phoïde, très-souvent  après  une  visite  d'amis. 

Dans  beaucoup  de  fièvres  typhoïdes,  plus  souvent  dans  les  cas 
graves  que  légers,  il  se  présente  pendant  la  convalescence,  sans 
motifs  appréciables  et  durant  un  à  trois  jours,  de  nouveaux  accès 
fébriles.  En  elles-mêmes,  ces  rechutes  n'offrent  pas  de  dangers 
sérieux,  mais  elles  retardent  la  convalescence,  et,  si  l'on  ne  mo- 
difie pas  les  conditions  du  malade,  elles  peuvent  probablement 
avoir  ultérieurement  de  graves  conséquences.  La  température  est 
habituellement  le  seul  signe  qui  les  fasse  reconnaître  et  inclique 
aussi  avec  exactitude  leur  disparition.  A  certains  moments, 
pendant  la  durée  d'une  épidémie,  par  exemple,  il  peut  arriver 
que  toute  convalescence  soit  interrompue  par  des  rechutes  fébriles 
semblables;  rechutes  qui  peuvent  se  répéter  jusqu'à  trois  fois 
chez  le  même  individu. 


324        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

Le  plus  souvent,  à  certaines  époques,  plus  rarement  à  d'autres 
.  moments  indéterminés,  il  se  présente,  pendant  la  convalescence, 
de  vraies  récidives  du  processus  morbide  ;  dans  les  premiers  jours, 
elles  ne  sont,  d'ordinaire,  rendues  manifestes  que  par  la  tempéra- 
ture, aucun  autre  phénomène  ne  pouvant  les  révéler. 

Il  faut  en  redouter  l'apparition  plutôt  dans  les  cas  où  il  existe 
encore  des  élévations  anormales  de  la  température  du  soir,  et  ces 
rechutes  peuvent  se  développer  huit  jours  et  même  plus  tard  encore 
après  l'apparition  de  la  convalescence.  Elles  sont  ordinairement 
sans  danger  quand  des  soins  appropriés  sont  donnés  en  temps 
opportun  et  elles  offrent  l'exemple  le  plus  net  d'un  processus  typhi- 
que  simple,  favorable  et  rapide. 

Dans  la  convalescence  du  typhus  abdominal,  il  peut  y  avoir  aussi 
plusieurs  réversions  (hyposlrophes),  et  elles  se  reconnaissent,  le 
plus  souvent  aussi,  d'abord  à  une  nouvelle  élévation  de  la  tempé- 
rature. La  nature  de  cette  dernière  perturbation  ne  peut  habituel- 
lement se  préciser  qu'au  bout  de  quelques  jours. 

A  en  juger  par  là,  l'exploration  thermique  continuée  chez  les 
convalescents  de  fièvre  typhoïde,  au  moins  une  fois  par  soirée,  est 
de  la  plus  haute  importance  pratique,  et  si  cet  examen  quotidien 
ne  peut  pas  être  poursuivi  avec  persévérance,  on  ne  saurait,  du 
moins,  méconnaître  l'utilité  d'une  méthode  d'examen  aussi  sim- 
ple que  facile,  indiquant,  avec  la  plus  grande  sûreté,  le  moment 
dans  lequel  il  faut  de  nouveau  procéder  à  une  investigation  plus 
attentive  de  la  température  du  convalescent. 

20.  Dans  le  jeune  âge,  la  marche  thermique  de  la  fièvre 
typhoïde  est  d'autant  plus  irrégulière  que  l'enfant  est  plus 
jeune. 

Souvent  on  trouve  des  cycles  morbides  très-bénins.  Mais,  dans 
les  premiers  jours,  la  température  monte  plus  rapidement,  et  elle 
atteint,  en  moyenne,  des  degrés  très-considérables  dès  la  première 
semaine. 

La  période  de  réparation  est  plus  précoce,  et  la  défervescence, 
en  général,  plus  rapide. 

Mais  les  complications  y  sont  communes,  et  quand  elles  appa- 
raissent, l'élévation  de  la  ^température  peut  alors  devenir,  après 
coup,  très-considérable. 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        3'25 

Le  diagnostic  du  typhus  abdominal  peut  être  obscurci  par  Tir- 
régularité  de  la  marche  thermique. 

21.  Chez  les  hommes  âgés  de  plus  de  quarante  ans,  qui  sont  at- 
teints de  fièvre  typhoïde,  la  température  est  souvent  plus  basse 
que  chez  les  adultes  plus  jeunes.  Pendant  le  fastigium,  elle  n'at- 
teint le  plus  souvent  que  des  élévations  de  59°,  59°, 5  et  40°  et  au- 
dessus  de  ce  chiffre,  elle  est  exceptionnelle  ;  dans  les  heures  mati- 
nales, elle  retombe  au-dessous  de  59°. 

Sa  marche  se  caractérise  par  plus  d'irrégularités  que  celle  des 
individus  plus  jeunes. 

Le  fastigium  s'étend  rarement  au  delà  de  la  deuxième  semaine  , 
mais  un  stade  amphibole  lui  succède  souvent  ;  du  moins,  la  pé- 
riode de  déclin  est  traînante  et  sujette  à  des  perturbations.  Les 
collapsus  sont  fréquents  ;  pendant  le  déclin  et  la  convalescence,  la 
température  descend  plus  souvent  au-dessous  de  l'état  normal  que 
chez  des  individus  plus  jeunes. 

Dans  les  cas  mortels,  on  voit  paraître  assez  souvent,  au  début, 
une  fièvre  d'une  trompeuse  bénignité,  tandis  que,  plus  tard,  la 
température  peut  atteindre  des  élévations  considérables.  La 
mort  est  parfois  annoncée  par  une  température  élevée,  mais,  le 
plus  souvent,  par  des  degrés  thermiques  bas  ou  modérés. 

Tandis  que  ce  mode  thermique  est  très-habituel  chez  des  indi- 
vidus âgés  de  quarante  ans  et  plus  (c'est-à-dire  qu'il  se  présente 
environ  dans  la  moitié  des  cas  de  cette  maladie  affectant  des  indi- 
vidus de  l'âge  précité,  et  ne  manque,  le  plus  souvent,  que  chez 
des  personnes  bien  conservées  pour  leur  âge),  il  est  déjà  beaucoup 
plus  rare  (un  septième  des  cas  environ)  chez  des  hommes  de 
trente-six  à  quarante  ans,  et  encore  plus  rare  chez  des  indivi- 
dus de  trente  et  un  à  trente-cinq  ans  (à  peu  près  un  dixième  des 
cas). 

Consultez  Uhle  (1859.  Archiv  fur  physiolog.  Ee'iïk.,  t.  XVIII, 
p.  95). 

22.  Chez  les  sujets  anémiques  et  particulièrement  quand  l'ané- 
mie n'est  pas  trop  considérable,  le  typhus  abdominal  présente,  en 
général,  une  évolution  thermique  modérée,  et  le  déclin  est  relati- 
vement assez  précoce.  Ce  qui  n'empêche  pas  que  l'existence  de  ces 


326        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

malades  anémiques  ne  puisse  être  compromise  par  des  complica- 
tions et  que,  dans  ces  cas  aussi,  la  marche  thermique  de  leur  alfec- 
tion  ne  puisse  prendre  un  caractère  très-sérieux.  Les  complica- 
tions qui,  principalement  chez  les  anémiques,  ont  une  plus  grande 
importance,  et  exercent  une  influence  plus  fâcheuse  que  chez  d'au- 
tres individus,  sont  les  suivantes  :  les  hémorrhagies,  même  modé- 
rées, les  affections  pulmonaires,  les  troubles  cérébraux  graves, 
les  parotidites  et  le  décubitus. 

25.  Les  maladies  antérieures  et  qui  se  continuent  pendant  le 
cours  du  typhus  abdominal,  rendent  presque  sans  exception  cette 
dernière  affection  très-irrégulière  ;  et  cette  irrégularité  peut  pren- 
dre des  proportions  telles,  que  le  diagnostic  reste  assez  longtemps 
obscur  et  parfois  même  douteux  jusqu'au  décès.  Les  températures 
élevées  du  soir  font  rarement  défaut.  On  peut  aussi  observer  des 
rémissions  très-profondes  ,  mais  la  succession  des  phénomènes 
thermiques  est  irrégulière  et  peu  tranchée,  et,  dès  le  début,  la 
marche  présente  les  oscillations  du  stade  amphibole. 

Les  principales  maladies  qui  exercent  une  pareille  influence, 
sont  : 

La  phthisie  pulmonaire,  l'emphysème  étendu,  les  maladies 
du  cœur,  le  catarrhe  gastrique,  les  ulcérations  intestinales,  les  né- 
phrites chroniques  intenses,  la  diathèse  hémorrhagique,  l'alcoo- 
lisme chronique,  l'intoxication  saturnine  chronique,  l'hystérie,  et 
parmi  les  maladies  aiguës,  dans  le  cours  desquelles  débute  la  fiè- 
vre typhoïde,  il  faut  citer  :  la  péritonite,  la  scarlatine,  le  choléra. 

La  grossesse  et  l'état  puerpéral  ont  aussi  une  action  semblable, 
mais  elle  est  moins  constante. 

24.  Le  froid  employé  énergiquement  sous  forme  de  bainsfroids 
plus  ou  moins  répétés,  d'affusions  très-froides,  de  compresses  trem- 
pées dans  l'eau  glacée  et  appliquées  sur  le  tronc,  ou  d'enveloppe- 
ments fréquents  dans  un  drap  mouillé  (traitement  hydrothéra- 
pique)  ;  le  froid,  sous  toutes  ces  formes,  nous  le  répétons,  est 
incontestablement  le  procédé  le  plus  puissant  que  nous  connais- 
sions jusqu'ici,  pour  modifier  la  température  des  fièvres  ty- 
phoïdes. 

Abstraction  faite  de  son  action  sur  beaucoup  d'autres  phénomè- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        527 

nés  de  la  maladie,  l'emploi  de  l'eau  froide  sous  toutes  ces  formes 
produit  encore,  lorsqu'on  y  a  recours  avec  l'énergie  et  la  persévé- 
rance nécessaires,  les  résultats  suivants  : 

a.  Une  diminution  thermique  plus  ou  moins  considérable,  plus  ou 
moins  durable  après- chaque  application.  L'abaissement  thermique 
est  parfois  précédé,  au  premier  moment,  par  une  petite  élévation. 

Et  même  on  n'est  pas  toujours  sûr  que  l'abaissement  thermique 
existe  réellement,  car  souvent  la  température  prise  dans  le  rectum 
ne  tombe  que  très-faiblement  (de  quelques  dixièmes)  ou  reste  sta- 
tionnaire  ou  s'élève  même  après  une  forte  application  du  froid,  par 
exemple,  après  un  bain  froid  continué  pendant  plus  d'un  quart 
d'heure,  après  l'application  de  compresses  glacées  pendant  plu- 
sieurs heures,  etc.  ;  le  plus  souvent  cependant,  on  la  trouve  quinze 
ou  trente  minutes  après  l'application  du  froid,  tombée  de  l°ou3°, 
et  quelquefois  plus  ;  alors  seulement,  elle  recommence  à  monter 
et  n'atteint  les  élévations  fébriles  intenses  que  deux  heures  ou  six 
heures  après  ou  même  plus  tard  encore.  Quelquefois,  quand  les 
circonstances  sont  extrêmement  propices,  elle  ne  regagne  même 
plus  son  élévation  primitive.  Ces  différences  résultent,  en  partie, 
de  la  nature  et  de  l'intensité  de  l'application,  mais,  d'un  autre 
côté,  des  circonstances  particulières  du  cas,  de  la  forme  et  du  stade 
de  la  maladie. 

L'action  est,  en  général,  plus  efficace  et  plus  durable  avec  des 
bains  froids  entiers  et  des  enveloppements  rapidement  répétés  dans 
le  drap  mouillé,  puis  chez  les  enfants,  dans  les  formes  rémittentes 
à  marche  bénigne,  dans  les  cas  où  il  n'y  a  pas  de  complications, 
dans  une  période  très-avancée  de  la  maladie,  et  quand  on  l'appli- 
que à  l'époque  de  la  rémission  naturelle.  L'action  est  moindre,  et 
même  souvent  nulle  quand  on  fait  usage  d'applications  moins  éner- 
giques ;  'en  outre,  chez  les  adultes,  vers  le  début  de  la  maladie  et 
quand  le  degré  de  la  maladie  est  assez  intense,  quand  la  marche 
est  sous-continue,  quand  il  y  a  des  complications  et  pendant  l'as- 
cension quotidienne  ou  à  l'acmé  de  l'exacerbation  quotidienne. 

b.  Sous  l'influence  de  l'application  énergique  et  suffisamment 
répétée  du  froid,  le  type  thermique  est  plus  ou  moins  considéra- 
blement altéré.  D'abord,  les  rémissions  quotidiennes  naturelles 
sont  souvent  effacées,  les  exacerbations  souvent  déplacées. 


528        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

Par  exception  seulement,  l'action  du  froid  paraît  abréger  réelle- 
ment la  durée  de  la  maladie  ;  le  plus  souvent,  elle  semble  plutôt 
la  prolonger. 

En  revanche,  elle  produit  d'ordinaire  une  atténuation  générale 
des  phénomènes  pathologiques.  Surtout  dans  les  cas  d'exacerba- 
tions  extrêmement  fébriles  :  celles-ci  sont  coupées  et  l'ascension 
ultérieure  de  la  température  est  empêchée;  toutefois,  quand  on 
suspend  trop  tôt  l'application,  l'ascension  reprend  son  cours.  Il 
paraît  aussi  que  l'emploi  soutenu  et  répété  des  applications  froi- 
des, transforme  la  marche  sous-continue  en  un  type  rémittent, 
bien  que  d'abord  sous  une  forme  anormale  ;  les  rémissions  une 
fois  survenues,  leur  persistance  peut  être  assurée  par  cette  appli- 
cation. 

D'où  il  résulte  déjà  que  l'hydrothérapie  empêche  ou  modère  les 
accidents  sérieux  et  les  conséquences  de  la  fièvre  typhoïde  ;  grâce 
à  cette  médication,  on  peut  parer  à  de  graves  dangers  et  sauver  la 
vie  de  beaucoup  de  malades. 

Les  autres  effets  de  cette  méthode  de  traitement  ne  peuvent 
trouver  place  ici  ;  qu'on  nous  permette  seulement  d'ajouter  que 
par  son  emploi,  d'après  les  témoignages  concordants  de  tous  les 
observateurs  et  d'après  ma  propre  expérience,  la  mortalité  dans 
cette  maladie  en  est  très-considérablement  diminuée  et  que,  dans 
certains  cas  désespérés,  on  obtient  par  l'application  de  cette  mé- 
thode, des  revirements  favorables  et  des  cures  presque  inespérées. 

Consultez  : 
..  Hallmann  (loco  citeito). 

Brand  (Die  Hydrothérapie  des  Typhus,  1861  et  Die  Heiluny  des 
Typhus,  1868). 

Liebermeister  et  Hagenbach  (Beobachtungen  urid  Versuche  ûber 
die  Anwenduny  des  kalten  Wassers  bel  fieberhaften  Krankheiten, 
1868). 

Jùrgensein  (Klinische  Studien  ûber  die  Behandlung  des  Abdomi- 
nal-Typhus mit  kalterWasser,  1866). 

Ziemssenetlmmermann  (Die  Kaltwasser  Behandlung  des  Typhus 
abdominalis,  1870). 

25.  L'usage  interne  du  calomel  à  doses  modérées  (50  centi- 
grammes) administré  de  très-bonne  henre,  c'est-à-dire  au  milieu 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        529 

de  la  première  semaine  exerce  plus  que  les  autres  laxatifs  une  in- 
fluence sur  la  marche  de  la  maladie  et  amène  une  rémission  plus 
forte  que  celle  qui  se  produit  spontanément  à  cette  période.  Cepen- 
dant, après  cet  abaissement,  la  température  remonte,  mais,  d'or- 
dinaire, n'atteint  pas  son  élévation  primitive,  et  il  arrive,  dans  un 
certain  nombre  de  cas,  qu'après  peu  de  jours  d'une  marche  modé- 
rée, la  défervescence  se  présente  avec  son  caractère  rémittent  ha- 
bituel. Parfois  même  avec  une  allure  accélérée,  la  convalescence 
est  plus  précoce  que  dans  la  moyenne  des  cas  bénins  abandonnés  à 
eux-mêmes. 

Si  on  ne  donne  pas  le  calomel  de  bonne  heure,  c'est-à-dire  au 
milieu  du  premier  septénaire,  la  forte  rémission  a  toujours  lieu, 
mais  l'ascension  qui  lui  succède  est  parfois  plus  considérable  (bien 
que  cela  n'ait  pas  lieu  dans  la  majorité  des  cas)  et  peut  dépasser 
les  degrés  thermiques  qu'elle  avait  primitivement  atteints  avant 
l'emploi  du  calomel. 

Il  paraît  qu'en  administrant  le  calomel  au  début  de  la  maladie, 
on  peut  retarder  parfois  l'élévation  maxima  de  la  température  ; 
du  moins,  les  maxima  se  présentent,  dans  ces  cas,  le  septième  et 
le  huitième  jour  encore,  et  même  plus  tard,  et  l'action  de  ce  mé- 
dicament reste,  en  général,  assez  douteuse,  si  son  emploi  est  suivi 
par  des  températures  de  plus  de  40°, 5. 

Si  l'on  n'administre  le  calomel  que  dans  la  deuxième  semaine, 
ou  plus  tard,  son  emploi  est  encore  suivi  de  fortes  rémissions  ; 
mais  son  action  sur  la  marche  générale  n'est  plus  qu'exception- 
nelle ;  cette  action  est  d'autant  plus  rare  et  plus  faible  que  la 
marche  de  la  maladie  était  plus  avancée  au  moment  de  son  admi- 
nistration. 

Comparez  mon  travail  intitulé  :  Examen  de  l'action  du  calomel 
dans  la  fièvre  typhoïde  (1857,  Arch.  far  physiol.  Heilk.,  t.  XVI, 
p.  567). 

26.  La  digitale  employée  à  la  dose  de  2  à  4  grammes  et  au- 
dessus  (dans  l'espace  de  trois  à  cinq  jours)  dans  une  fièvre  ty- 
phoïde fortement  accentuée,  pendant  la  deuxième  et  la  troisième 
semaine,  produit,  dans  la  plupart  des  cas,  d'abord  un  léger  ralen- 
tissement de  la  température,  puis  un  fort  abaissement  qui,  au 
moment  de  l'exacerbation,  peut  monter  à  2°  et  plus.  Mais  cet  abais- 


530        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

sèment  ne  persiste  pas  au  delà  d'un  jour,  après  l'administration 
de  ce  médicament.  Alors  la  température  remonte,  mais  n'atteint 
pas  son  ancienne  élévation  dans  des  cas  où  des  influences  favora- 
bles se  sont  produites  et  reste  à  des  degrés  modérés  en  même 
temps  que  le  pouls  est  fortement  ralenti;  la  défervescence  se  pro- 
duit ici  aussi  comme  à  l'ordinaire,  tandis  que  le  pouls  ne  se 
rélève  de  son  ralentissement  artificiel  qu'environ  quinze  jours 
après  l'emploi  de  la  digitale  et  au  moment  où  la  décroissance  est 
déjà  bien  avancée. 

Comparez  mon  traité  Sur  l'utilité  de  l'emploi  de  la  digitale 
dans  la  fièvre  typhoïde  (1862.  Archiv  der  Heilkunde,  t.  III,  page 
97). 

Ferber  (1864.  Virchow's  Archiv,  t.  XXX,  p.  290). 

Thomas  (1865.  Archiv  der  Heilkunde,  t.  VI,  p.  529). 

27.  Le  sulfate  de  quinine,  pris  en  quantités  considérables 
(1S1',20  à  lsr,80,  en  trois  fois,  à  quelques  heures  d'intervalle) 
exerce  une  forte  action  dépressive  sur  la  température  dans 
la  fièvre  typhoïde.  Les  premières  observations  relatives  à  ce 
sujet  ont  été  faites  par  Wachsmuth,  qui  employait  60  centi- 
grammes (  à  trois  reprises  différentes  séparées  chacune  par 
un  intervalle  de  trois  heures),  et  notait  un  abaissement  rapide 
de  la  température  tombant  de  40°, 25  à  56°, 75.  Après  deux  jours 
de  cette  diminution,  la  température  remonta  le  soir  à  40°, 2» 
mais,  avec  cela,  il  se  produisit  des  rémissions  allant  jusqu'à  l'état 
normal,  et  la  défervescence  fut  complète  et  rapide.  Dans  l'un  des 
cas  observés  par  moi,  un  rapide  abaissement  thermique  se  montra 
dans  la  nuit,  accompagné  de  symptômes  d'ivresse,  après  l'ad- 
ministration de  1  à  2  grammes  de  sulfate  de  quinine  entre  cinq 
heures  du  soir  et  minuit  ;  la  chaleur  propre  étant  dans  la  soirée 
de  41°,  le  lendemain  matin  elle  n'était  plus  que  de  57°, 1,  et  à 
midi,  elle  tombait  même  à  56°, 25.  Le  soir,  elle  remonta  à  40°,  1. 
L'administration  d'un  gramme  de  quinine ,  en  quarante-huit 
heures,  fit  de  nouveau  descendre  la  température  jusqu'à  56°, 9; 
elle  remonta  ensuite  ;  mais,  malgré  cela,  la  maladie  suivit  dès 
lors  une  marche  plus  douce.  L'usage  du  sulfate  de  quinine  à 
hautes  doses  ne  garantit  cependant  pas  toujours  un  résultat  fa- 
vorable. Il  est  bon  aussi  de  remarquer  que,  d'après  une  commu- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        531 

nication  de  Quincke  (Berliner  klinische  Wochenschrift,  1869, 
n°  29,  etc.),  une  fille  traitée  par  le  sulfate  de  quinine,  pendant 
plusieurs  jours  de  suite  à  la  dose  de  lgr,02,  dans  un  cas  de 
fièvre  typhoïde  de  moyenne  intensité,  mourut  subitement  dans 
la  troisième  semaine  de  la  maladie  avec  une  température  exces- 
sive (45°, 4).  Des  doses  plus  faibles  (60  centigrammes  à  80  cen- 
tigrammes en  vingt-quatre  heures)  peuvent  produire  un  abais- 
sement thermique  dans  la  fièvre  typhoïde  ,  mais  on  ne  sau- 
rait le  garantir. 

Comparez Wachsmuth (1863.  Archiv  der  Heilkunde,  t.  IV, p.  74). 

Thomas  (1864.  Ibid.,  t.  V,  p.  556). 

Liebermeister(1867.  Deutsches Archiv,  t.  III,  p.  26). 

28.  Sur  aucune  forme  morbide,  nous  ne  possédons  des  faits 
aussi  riches  et  des  recherches  aussi  nombreuses,  touchant  les  con- 
ditions thermiques,  que  sur  la  fièvre  typhoïde. 

Rappelons  ici,  d'abord,  les  travaux  plus  ou  moins  détaillés  sur 
cette  matière,  des  auteurs  cités  dans  cet  ouvrage,  tels  que  :  Gierse, 
Hallmann,  Roger,  Zimmermann,  mais  surtout  les  travaux  de  Bâ- 
rensprunget  de  Traube.  Les  conditions  thermiques  ont,  en  dehors 
de  ces  auteurs,  encore  été  traitées  dans  quelques  récentes  mono- 
graphies sur  la  fièvre  typhoïde,  ainsi  que  dans  les  divers  ouvrages 
parus  récemment,  sans  parler  de  mon  traité  de  Pathologie  et  de 
Thérapeutie,  2e  éd.  1856,  principalement  dans  le  Traité  des  ma- 
ladies infectieuses  de  Griesinger,  2  éd.  1864,  qui  repose  sur 
de  nombreuses  observations  personnelles  de  thermométrie. 

Il  faut  encore  citer  ici  le  travail  de  Thiert'elder,  dont  les  obser- 
vations ont  été  recueillies  dans  mon  service  (Archiv  fur  physiol. 
Heilkunde,  t.  XIV,  p.  175.  1855). 

Wunderlich  (1857.  Ibid.,  t.  XVI,  p.  567  ;  et  1858,  t.  XVII, 
p.  19). 

Unie  (1859.  Ibid.,  t.  XVIII,  p.  76). 

Wunderlich  (1861.  Archiv  der  Heilkunde,  t.  II,  p.  455  et  1862, 
t.  III,  p.  97). 

Fiedler  (1862.  Ibid.,  p.  265). 

Waschsmuth  (1865.  Ibid.,  t.  IV,  p.  55). 

Thomas  (1864.  Ibid.,  t.  V,  pages  451  et  527,  et  1867,  Ibid., 
t.  VIII,  p.  49). 


552        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

Ladé  (De  ta  température  du  corps  dans  les  maladies,  et  en  par- 
ticulier dans  la  fièvre  typhoïde,  1866). 

Bàumler  (1867.  Deutsches  Archiv  fur  klinisch.  Medic,  t.  III, 
p.  365). 

Seidel  (1868.  Jena'sche  Zeitschrift,  t.  IV,  p.  480). 

On  trouve  dispersé  dans  les  divers  traités  classiques,  outre  ces 
indications  bibliographiques,  de  nombreuses  notes  sur  certains 
points  de  thermométrie  ou  la  confirmation  des  faits  observés  par 
les  auteurs  précédents. 

Voyez  également  les  tableaux  I,  II  et  III. 


II.  TYPHUS  EXANTHÉMATIQUE 

(Typhus  vrai.  —  Fièvre  pétéchiale.) 

1 .  Dans  le  typhus  exanthématique,  la  fièvre  présente  un  carac- 
tère typique  très-prononcé  et  qui  se  fait  aisément  reconnaître  dans 
les  cas  légers  et  de  moyenne  intensité.  C'est  ce  qui  résulte  d'ob- 
servations peu  nombreuses,  il  est  vrai,  mais,  en  revanche,  très- 
précises. 

La  fièvre  dans  le  typhus  exanthématique  se  distingue  des  états 
fébriles  qui  se  produisent  dans  toutes  les  autres  maladies,  notam- 
ment dans  la  fièvre  typhoïde.  Elle  montre  cependant  certains  points 
d'analogie  avec  cette  dernière. 

La  fièvre  du  typhus  exanthématique  est  plus  brève  que  les  for- 
mes fébriles  les  plus  courtes  et  encore  normales  de  la  fièvre  ty- 
phoïde. En  revanche,  elle  est  de  plus  longue  durée  que  la  fièvre 
de  toutes  autres  maladies  à  marche  aiguë  et  typique. 

Les  périodes  caractéristiques  de  la  fièvre  pétéchiale,  sont  : 

1°  La  période  initiale  ; 

2°  Le  fastigium,  auquel  on  distingue  souvent  deux  parties  ; 

5°  La  période  de  défervescence. 

En  observant  la  température  pendant  une  seule  de  ces  périodes, 
on  peut  parfois  avec  un  grand  degré  de  vraisemblance  soupçonner 
l'existence  d'un  typhus  exanthématique.  Si  on  continue  la  mensu- 
ration durant  deux  de  ces  périodes,  on  arrive  presque  toujours  à 
un  diagnostic  parfaitement  sûr. 


DE  LA.  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        335 

D'après  la  marche  thermique,  on  peut  distinguer  avec  une 
assez  grande  précision  les  cas  légers,  ceux  de  moyenne  intensité, 
enfin  les  cas  tout  à  fait  graves  et  dangereux. 

Mais  quand  le  typhus  exanthématique  est  très-grave,  le  type 
s'efface  fréquemment  et  le  diagnostic  devient  beaucoup  plus  diffi- 
cile et  même  parfois  impossible. 

Des  irrégularités  dans  la  marche,  avec  ou  sans  complications, 
se  présentent  aussi  dans  le  typhus  exanthématique,  mais,  vu  le 
petit  nombre  d'observations  exactes  que  nous  possédons,  il  n'a 
pas  encore  été  possible  jusqu'ici  d'en  préciser  le  caractère. 

2.  Au  début  de  la  maladie,  la  température  monte  d'habitude 
plus  rapidement  que  dans  le  typhus  abdominal,  surtout  lorsque 
l'invasion  est  annoncée  par  un  frisson. 

Dès  le  premier  soir,  la  température  atteint  d'ordinaire  40°  ou 
40°, 5.  Le  lendemain  matin,  elle  retombe  un  peu,  quelquefois  elle 
se  rapproche  même  sensiblement  de  la  température  normale; 
mais  le  plus  souvent  elle  s'arrête  entre  59°,  5  et  40°.  Le  deuxième 
soir,  elle  remonte  et  peut  déjà  franchir  40°, 5;  le  troisième  soir, 
elle  se  relève  encore  plus  et  va  même  jusqu'à  41°, 5. 

L'accroissement  dure  au  moins  jusqu'à  la  quatrième  soirée,  la 
température  est  rarement  alors  au-dessous  de  40°, 5,  et  elle  se 
trouve  le  plus  souvent  à  41°  et  au  delà,  aussi  bien  dans  les  cas  mor- 
tels que  dans  ceux  dont  l'issue  est  heureuse. 

A  cette  période  de  la  maladie,  ni  l'observation  thermométrique, 
ni  l'appréciation  d'autres  symptômes  quels  qu'ils  soient,  ne  sau- 
raient assurer  le  diagnostic;  il  est  notamment  impossible  à  cette 
période  de  distinguer  le  typhus  exanthématique  d'avec  les  fièvres 
éruptives  et  la  fièvre  récurrente.  Mais  il  se  différencie  très-positive- 
ment de  la  fièvre  typhoïde  par  l'ascension  thermique  beaucoup 
plus  rapide. 

Le  diagnostic  positif  du  typhus  exanthématique  ne  peut  se  faire 
à  cette  époque  avec  un  certain  degré  d'exactitude  qu'en  s'ap- 
puyant  sur  l'étiologie  (preuves  de  la  contagion). 

3.  Dans  les  cas  modérés  et  à  tendance  favorable,  la  température 
peut  atteindre  son  acmé  dès  le  quatrième  jour  et  dans  le  courant 
de  la  deuxième  moitié  du  premier  septénaire  ;  vers  le  quatrième, 


334        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

cinquième  ou  sixième  jour,  il  se  présente  déjà  un  changement  qui 
ne  se  manifeste,  il  est  vrai,  que  par  une  diminution  très-faible  de 
la  chaleur  propre.  Dans  les  cas  favorables,  une  rémission  un  peu 
plus  forte  survient  au  septième  ou  huitième  jour,  la  température 
remonte  bien  un  peu  dans  la  deuxième  semaine,  mais  cette  éléva- 
tion n'est  que  momentanée,  et  elle  n'atteint  plus  régulièrement 
l'élévation  du  maximum  de  la  première  semaine. 

Cette  ascension  commence  assez  uniformément  le  huitième  et 
neuvième  jour,  rarement  plus  tard,  et  ne  se  meut  que  dans  un 
intervalle  compris  entre  quelques  dixièmes  et  deux  degrés. 

Dans  les  cas  favorables,  elle  n'est  que  de  très-courte  durée  quel- 
quefois même  d'un,  de  deux  ou  trois  jours  seulement,  après  quoi 
la  température  redescend  lentement. 

Une  rémission  plus  forte,  pour  ainsi  dire  préparatoire,  arrive 
dans  les  cas  favorables  vers  le  dixième  jour.  Cette  rémission  se 
maintient,  tantôt  pendant  une  journée,  tantôt  pendant  une  demi- 
journée  seulement,  et  d'autres  fois,  pendant  deux  matinées. 

Puis  se  montre  une  troisième  ascension,  le  plus  souvent  de 
très-courte  durée  qui  présente  tous  les  caractères  d'une  perturba- 
tion critique  et  se  termine  bientôt  par  une  défervescence  défi- 
nitive. 

Ou  bien  la  décroissance  se  rattache  immédiatement  et  sans 
avoir  été  précédée  par  une  élévation,  à  la  diminution  thermique, 
d'abord  insignifiante,  qui  se  produit  au  milieu  de  la  deuxième  se- 
maine. 

Dans  ces  cas  légers,  le  diagnostic  reste  le  plus  souvent  douteux 
pendant  le  fastigium,  à  moins  d'être  confirmé  par  l'étiologie.  La 
thermométrie  ne  saurait  fournir  qu'une  certaine  probabilité  en  fa- 
veur du  typhus  exanthématique ,  et  cette  probabilité  est  basée 
sur  l'existence  de  températures  extrêmement  hautes  pendant  la 
deuxième  moitié  de  la  première  semaine,  et  de  températures  à  peu 
près  aussi  élevées  dans  les  premiers  jours  de  la  deuxième  semaine. 
Cette  probabilité  devient  encore  bien  plus  grande,  quand,  à  côté 
de  ces  températures  excessives,  les  symptômes  cérébraux  sont  très- 
accusés  et  les  autres  phénomènes  morbides  relativement  moindres; 
ces  derniers  à  eux  seuls  fournissent,  il  est  vrai,  une  série  de  pré^ 
somptions,  mais  aucun  indice  certain. 

Si  l'on  a  observé  le  cas,  à  partir  du  début  jusque  dans  la  pre- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        555 

mière  moitié  de  la  deuxième  semaine,  on  peut,  le  plus  souvent, 
faire  le  diagnostic  avec  la  plus  grande  précision  en  se  guidant  sur 
l'évolution  thermométrique.  Il  y  a,  en  dehors  du  typhus  exanthé- 
matique,  une  autre  forme  morbide,  qui  commence  de  la  même 
façon  et  présente  la  même  marche  pendant  le  fastigium  (qui,  no- 
tamment, peut  arriver  après  une  forte  fièvre  continue  au  second 
septénaire  sans  qu'il  se  soit  développé  de  sérieuses  localisations.) 
Cette  maladie,  comme  on  le  voit,  facile  à  confondre  avec  le  typhus 
exanthématique,  est  la  fièvre  récurrente,  mais  ne  présente  ce 
type  que  dans  des  cas  rares  et  particuliers  ;  le  plus  souvent  l'état 
fébrile  n'atteint  pas  la  deuxième  semaine  dans  la  fièvre  récurrente. 

4.  Dans  les  cas  graves,  peut-être  aussi  dans  les  cas  où  la  maladie 
est  abandonnée  à  elle-même,  l'augmentation  des  élévations  exa- 
cerbatrices  se  continue  dans  le  typhus  exanthématique  pendant 
toute  la  première  semaine  et  arrive  à  des  degrés  très-considérables 
(41°, 2  à  41°, 6  et  au-dessus).  La  rémission  du  septième  jour  ne  se 
montre  pas,  et  la  chaleur  fébrile  se  maintient  à  un  degré  très-con- 
sidérable et  dans  les  types  exacerbants  pendant  toute  la  deuxième 
semaine  ou  au  moins  durant  la  plus  grande  partie  de  ce  septé- 
naire, de  sorte  que,  le  matin,  on  trouve  des  températures  de  40° 
ou  à  peu  près  et  que,  dans  la  soirée,  la  chaleur  peut  encore  mon- 
ter d'un  degré  et  même  davantage. 

Dans  les  cas  de  ce  genre,  le  ralentissement  du  douzième  jour 
fait  également  défaut  ou  n'est  que  très-légèrement  indiqué  ;  et  bien 
que,  dans  les  cas  graves  à  issue  heureuse,  la  température  s'a- 
baisse légèrement  vers  la  fin  de  la  deuxième  semaine,  il  reste  tou- 
jours des  élévations  très-considérables  dans  la  matinée  et  dans  la 
soirée  jusque  au  commencement  de  la  troisième  semaine. 

Le  diagnostic,  dans  le  fastigium,  est  presque  encore  plus  diffi- 
cile dans  les  cas  graves  que  dans  les  cas  légers,  en  particulier, 
quand  il  s'agit  de  différencier  cette  maladie  d'avec  la  fièvre  ty- 
phoïde; car  les  cas  graves  du  typhus  exanthématique  et  de  la  fiè- 
vre typhoïde  se  ressemblent,  pendant  le  fastigium,  beaucoup  plus 
sous  tous  les  rapports,  que  les  cas  légers  ;  les  maxima  thermiques 
quotidiens  sont,  il  est  vrai,  plus  élevés  d'ordinaire  dans  le  typhus 
exanthématique  que  même  dans  les  cas  graves  du  typhus  abdo- 
minal ;  la  tendance  aux  grandes  rémissions  se  rencontre  beaucoup 


350        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

moins  dans  le  typhus  exanthématique  ;  mais  ce  ne  sont  là  que  des 
différences  de  quantités  qui  ne  fournissent  en  général  que  des 
données  insuffisantes.  En  réfléchissant,  en  outre,  que,  précisément 
dans  des  formes  graves  des  deux  maladies,  les  autres  symptômes 
peuvent  aussi  s'accorder  beaucoup ,  que  les  taches  rosées ,  par 
exemple,  peuvent  aussi  être  très-confluentes  dans  la  fièvre  typhoïde, 
et  discrètes,  au  contraire,  dans  la  forme  exanthématique  ;  que  les 
symptômes  cérébraux  peuvent  être  aussi  graves  dans  la  forme  ab- 
dominale que  dans  la  forme  exanthématique,  et  que,  dans  cette 
dernière,  la  diarrhée,  le  ballonnement  du  ventre,  ne  manquent 
pas  toujours,  on  comprendra  la  nécessité  de  procéder  avec  pru- 
dence au  diagnostic  dans  ce  stade. 

5.  Le  stade  de  défervescence  est,  le  plus  souvent,  très-caracté- 
ristique dans  le  typhus  exanthématique. 

Dans  la  grande  majorité  des  cas,  la  défervescence  est  précédée 
d'une  perturbation  critique,  le  plus  souvent,  de  courte  durée 
(une  ou  deux  soirées),  qui  consiste  dans  une  augmentation  de 
température  allant  de  quelques  dixièmes  jusqu'à  2°  et  plus  au- 
dessus  de  l'élévation  de  la  soirée  précédente,  et  contrastant  davan- 
tage encore  avec  la  température  de  la  matinée  précédente~souvent 
déjà  très-abaissée. 

Cette  perturbation  est  promptement  remplacée  par  la  déferves- 
cence ;  ou  bien  (mais  le  fait  est  plus  rare),  immédiatement  après 
l'augmentation  thermique  perturbatrice,  se  produit  une  diminu- 
tion légère  et  momentanée  qui  fait  ensuite  place  à  un  abaissement 
rapide. 

Dans  les  cas  où  la  perturbation  critique  n'apparaît  pas,  la  tem- 
pérature est,  le  plus  souvent  déjà  descendue  à  une  intensité  moyenne 
dans  la  deuxième  moitié  du  fastigium. 

La  défervescence  survient  le  plus  souvent  entre  le  treizième  et 
le  dix-septième  jour,  beaucoup  plus  rarement  entre  le  douzième  et 
le  treizième,  et  beaucoup  moins  souvent  encore  à  une  époque  an- 
térieure. Les  défervescencesplus  tardives  se  montrant  après  le  dix- 
septième  jour  sont  aussi  rares  et  douteuses,  à  moins  que  le  ralen- 
tissement de  la  fièvre  ait  été  retardé  par  une  complication. 

La  marche  de  la  défervescence  est  rapide  dans  la  plupart  des 
cas.  Dans  des  cas  assez  fréquents,  la  température  descend  même 


DE  LÀ  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        337 

dans  le  courant  d'une  seule  nuit,  d'une  élévation  approchant  40° 
ou  même  supérieure  jusqu'à  l'état  normal,  c'est-à-dire  de  2°  à  5°, 
et  à  partir  de  ce  point  elle  ne  remonte  plus  à  une  élévation  fébrile. 

Un  peu  plus  fréquemment  encore,  et  surtout  dans  les  cas  graves, 
il  arrive  que,  le  matin,  après  le  premier  abaissement  nocturne,  la 
température  ne  tombe  pas  tout  à  fait  jusqu'à  l'état  normal  (jusqu'à 
58°  à  58°, 5),  qu'elle  remonte  la  soirée  suivante  de  58°, 8  à  59°, 2, 
et  que,  le  lendemain  matin  seulement,  l'état  normal  est  atteint. 

Dans  les  cas  plus  rares,  la  défervescence  est  lenle  dans  la  soirée, 
où  elle  suit  une  pente  entrecoupée  d'oscillations  et  arrive  à  l'état 
normal  après  quarante-huit  heures,  ou  bien  un  abaissement  plus 
ralenti  mais  presque  continu  et  graduel  s'étend  sur  plusieurs  jours, 
de  sorte  que  l'état  normal  n'est  atteint  qu'en  trois  ou  cinq  jours. 

Il  est  d'ailleurs  exceptionnel  que  la  défervescence  du  typhus 
exanthématique  se  rapproche  de  celle  de  la  fièvre  typhoïde,  en  ce 
qu'elle  présente  des  rémissions.  Mais,  même  en  pareils  cas,  la 
température  parvient  plus  vite  à  son  degré  normal  que  dans  cette 
dernière  maladie. 

Ce  sont  ces  caractères  de  la  défervescence  qui  différencient  de  la 
façon  la  plus  nette  le  typhus  exanthématique  de  la  fièvre  typhoïde, 
et  bien  que  d'autres  maladies  aussi,  telles  que  les  pneumonies,  la 
variole,  la  rougeole,  la  scarlatine,  etc.,  présentent  un  stade  de 
défervescence,  il  diffère  cependant  de  celui  du  typhus  exanthéma- 
tique par  la  marche  du  fastigium  et  par  sa  durée.  Pour  ce  qui  est 
du  typhus  récurrent,  le  typhus  exanthématique  s'en  distingue  dans 
la  défervescence  par  ce  seul  fait,  que  l'abaissement  n'y  est  jamais 
aussi  énorme  que  clans  cette  autre  affection. 

6.  Les  cas  mortels  de  typhus  se  reconnaissent,  d'ordinaire,  dès 
le  début,  par  l'énorme  élévation  de  la  température  (41°, 2  et  au 
delà).  A  la  fin  de  la  première  semaine,  la  rémission  transitoire 
cesse  de  se  produire. 

La  mort  peut  se  présenter  dans  la  deuxième  semaine,  avec  des 
températures  toujours  très-élevées. 

La  maladie  est-elle  parvenue  à  son  troisième  septénaire,  un  ra- 
lentissement thermique  peut  se  produire  le  quatorzième  jour;  mais 
celle-ci  n'implique  pas  encore  un  pronostic  favorable  et,  le  plus 
souvent,  cette  rémission  est  bientôt  compensée. 

22 


358        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

Mais,  dans  les  cas  mortels,  les  températures  de  la  troisième  se- 
maine ne  sont  plus  aussi  élevées  qu'auparavant,  au  moins  jusqu'à 
la  période  de  l'agonie.  Les  maxima  quotidiens  ne  montent  pas  au- 
dessus  de  40°, 8  et,  le  plus  souvent  même,  n'atteignent  pas  ce 
chiffre.  L'indice  du  danger  pendant  cette  semaine  n'est  pas  dans 
l'intensité  de  la  fièvre,  mais  bien  dans  sa  durée. 

Avant  la  mort  et  dans  l'agonie,  la  température  monte  constam- 
ment dans  le  typhus. 

Dans  tous  les  cas  observés  par  moi  et  dans  lesquels  la  mensura- 
tion a  pu  être  faite,  j'ai  noté  une  augmentation  thermique  au  mo- 
ment de  l'agonie,  d'au  moins  î°,25,  dans  un  cas  même  de  5°, 6 
en  moyenne  de  1°,8.  Il  était  rare  que  la  température  ne  s'élevât 
qu'à  40°,  d'ordinaire,  elle  montait  de  41°  à  4*2°,  une  fois  à  45°. 

7.  Le  cycle  thermique  du  typhus  a  été,  pour  la  première  fois, 
décrit  par  moi  dans  un  mémoire  intitulé  :  Observations  sur  le  ty- 
phus exanthématique  (1857.  Arch.  fùrPhysiolog.  der  Heilkunde, 
N.  F.  Bd.  I,  p.  177).  Mes  résultats  ont  été  pleinement  confirmés 
dans  tous  leurs  points  essentiels  par  les  observations  de  Griesinger 
(1861.  Archiv  der  Heilkunde,  t.  II,  p.  557),  de  Moers  (1866. 
Deutschen  Archiv  fur  klinische  Medicin,  t.  II,  p.  56),  de  Murchi- 
son  (1866.  Lancet,  8  décembre).  —  Même  les  mensurations  ther- 
mométriques de  Grimshaw  (1867.  Dublin  Journal),  quelque  in- 
suffisantes qu'elles  soient  (cet  observateur  n'a,  en  effet,  pratiqué 
qu'une  seule  mensuration  par  jour  et  il  a  noie  un  certain  nombre 
de  degrés  qui  nous  semblent  douteux),  bien  qu'il  s'appuie  sur  eux 
pour  réfuter  mes  résultats  publiés  par  Aitkin,  ces  mensurations 
permetlent  cependant  de  reconnaître  à  première  vue,  en  jetant  un 
coup  d'oeil  sur  les  tracés  thermométriques,  que,  malgré  leurs 
imperfections,  elles  ne  font  que  confirmer  mes  propres  données 
(voyez  le  tableau  IV). 

III.  TYPSIUS  RÉCURRENT 

(Fièvre  à  rechutes,  fièvre  récurrente.) 

1 .  La  fièvre  récurrente  se  présente  sous  deux  formes  principales  : 
comme  fièvre  récurrente  simple  (le  relapsing  fever  des  Anglais)  ou 
comme  fièvre  typhoïde  bilieuse,  introduite  d'abord  dans  la  patho- 
logie par  Griesinger. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        359 

La  marche  fébrile  dans  la  fièvre  récurrente  simple  est  essentiel- 
lement typique  et  se  distingue  par  cette  particularité  toute  spéciale 
que  deux,  parfois  trois,  rarement  quatre  accès  fébriles  polyhé- 
mères  caractérisés  par  une  élévation  thermique  excessive  sont 
interrompus  par  une  apyrexie  qui  dure  aussi  plusieurs  jours,  de 
sorte  que  cette  maladie  apparaît  plus  que  toutes  les  autres  comme 
le  modèle  du  type  fébrile  récurrent. 

On  peut  également  trouver  dans  la  forme  bilieuse  typhoïde  qui, 
il  est  vrai,  est  beaucoup  plus  rare  et  moins  exactement  étudiée, 
dans  son  évolution  fébrile,  une  marche  typique  qui  ressemblée  la 
précédente.  Mais  aussi  bien  dans  les  cas  mortels  que  dans  ceux 
dont  l'issue  est  heureuse,  le  deuxième  paroxysme  fébrile  manque 
souvent  ;  en  outre,  l'interruption  apyrétique  propre  à  la  première 
variété  cesse  d'exister  ici,  et  le  caractère  particulier  du  type  se 
trouve  effacé. 

2.  D'ordinaire,  la  maladie  débute  par  des  frissons  avec  élévation 
rapide  de  la  température.  Cette  dernière  dépasse  généralement  au 
deuxième  jour  le  chiffre  de  40°  et  même  de  41°.  La  marche  ulté- 
rieure de  la  première  période  fébrile  est  d'abord  essentiellement 
continue,  cependant  avec  quelques  exacerbations  qui  oscillent  entre 
41°  et  42°  et  peuvent  se  présenter  à  toute  heure  de  la  journée.  Il 
n'est  pas  rare  de  trouver  même  deux  paroxysmes  thermiques  dans 
un  seul  jour.  Des  rémissions  réelles,  c'est-à-dire  des  abaissements 
de  la  température  allant  jusqu'à  59°,  8  ne  se  présentent  pas  pendant 
la  partie  principale  de  cet  accès  fébrile  qui  dure,  en  général,  cinq 
ou  sept  jours,  plus  rarement  trois  ou  quatre,  et  même  de  huit  à 
treize  jours.  Ce  n'est  que  le  dernier  ou  les  deux  derniers  jours, 
quand  la  durée  de  la  marche  fébrile  est  plus  longue  aussi  dans  les 
trois  et  quatre  derniers  jours  de  la  crise  que  se  produit  une  cer- 
taine tendance  vers  la  décroissance  ;  cette  tendance  se  manifeste, 
tantôt  par  un  abaissement  continu  et  assez  notable  de  la  tempéra- 
ture, tantôt  par  de  fortes  rémissions,  suivies  d' exacerbations  moin- 
dres. C'est  surtout  le  jour  avant  la  crise  que  l'on  voit  une  rémis- 
sion très- forte  allant  jusqu'à  environ  58°;  mais,  ensuite,  la  tempé- 
rature remonte  plus  ou  moins  ;  le  plus  souvent,  elle  n'atteint  pas 
le  sommet  de  l'exacerbation  de  la  journée  précédente,  mais  parfois 
aussi  elle  la  dépasse. 


340        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

L'élévation  thermique  qui  précède  immédiatement  la  crise  flotte 
d'ordinaire  entre  59°, 8  et  40°, 5;  elle  est,  par  conséquent,  essen- 
tiellement plus  basse  que  les  maxima.  Ce  n'est  qu'exceptionnelle- 
ment que  la  température  monte  immédiatement  avant  la  déferves- 
cence,  et  sous  forme  d'une  perturbation  critique  jusqu'à  la  hauteur 
du  maximum  précédent. 

La  chute  thermique  se  fait  très-vite  avec  ou  sans  le  concours  de 
la  transpiration,  de  sorte  qu'en  moins  de  douze  heures  et  d'un  seul 
trait,  la  chaleur  propre  baisse  de  4°  à  6°  (rarement  de  moins  de 
5°)  et  atteint  d'ordinaire  des  degrés  sous-normaux. 

D'après  Zorn,  la  fièvre  n'est  pas  aussi  élevée,  quoiqu'elle  soit 
beaucoup  plus  intense  dans  la  forme  bilieuse  que  dans  la  forme  sim- 
ple. La  colonne  mercurielle  monte  rarement  au-dessus  de  41°  et 
oscille,  le  plus  souvent,  entre  59°  et  40°, 5  ;  souvent  même  les 
parties  périphériques  sont  fraîches  au  toucher,  ce  qui,  précisé- 
ment, est  l'indice  d'un  danger  imminent.  Dans  la  forme  bilieuse, 
on  rencontre  aussi,  dès  le  premier  accès,  beaucoup  de  cas  mortels. 
Dans  la  typhoïde  bilieuse  aussi,  un  tel  abaissement  rapide  paraît 
pouvoir  terminer  la  fièvre;  parfois,  elle  disparaît  après  un  nouveau 
frisson  suivi  de  sueurs  profuses.  Mais  ce  n'est  pas  le  cas  habituel. 
La  marche  fébrile  peut  prendre  aussitôt  une  tournure  fatale,  ou 
bien  passer  lentement  à  la  défervescence.  Hermann  fait  observer 
que,  dans  les  cas  où  la  sueur  n'est  pas  sécrétée  et  où  la  crise  est 
remplacée  par  une  lysis  interrompue  par  de  nouvelles  exacerba- 
tions,  il  faut  redouter  des  lésions  profondes  ou  des  complications 
accidentelles. 

5.  A  la  défervescence  succède  la  période  apvrétique,  qui  dure  le 
plus  souvent  une  demi-semaine  ou  une  semaine  et  demie,  rarement 
un  ou  trois  jours  seulement,  et  parfois  deux  semaines,  deux  se- 
maines et  demie.  Mais  cette  période  ne  présente  qu'exceptionnel- 
lement une  phase  dans  laquelle  la  température  reste  normale  et 
uniforme  avec  les  fluctuations  quotidiennes  physiologiques  ou  de 
la  convalescence.  Le  cycle  thermique  est,  au  contraire,  ordinaire- 
ment interrompu  par  des  élévations  plus  ou  moins  considé- 
rables. 

Dès  que  la  température  a  atteint,  à  la  fin  de  la  défervescence,  le 
point  le  plus  bas,  elle  remonte,  dans  beaucoup  de  cas,  plus  ou 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        541 

moins  rapidement  et  passe  non-seulement  des  degrés  sous-nor- 
maux aux  degrés  normaux,  mais  très-habituellement  jusqu'au 
niveau  thermique  sous-fébrile  ou  même  fébrile  (58°, 5).  Cette  nou- 
velle ascension  est  généralement  éphémère  :  déjà,  après  quelques 
heures,  une  demi-journée,  un  jour  entier,  la  température  revient 
à  l'état  normal.  Parfois,  dans  la  journée  suivante,  se  montre  une 
deuxième  ascension,  à  la  vérité  plus  faible,  et  ces  fluctuations 
peuvent  durer  de  trois  à  cinq  jours,  tandis  que,  dans  d'autres  cas, 
ces  ascensions  font  complètement  défaut,  ou  se  meuvent  seule- 
ment dans  les  limites  physiologiques,  ou  bien  la  température 
reste  encore  pendant  plusieurs  jours  au-dessous  de  l'état  normal. 

Quel  que  soit  l'état  de  la  température  dans  les  premiers  jours 
de  la  période  intercalaire,  dite  apyrétique,  il  se  présente  presque 
toujours  au  milieu  de  cette  période  une  ascension  thermique 
acméenne  de  courte  durée,  qui  n'arrive  parfois  qu'à  un  degré,  mais 
qui  peut  atteindre  2°  et  5°.  Puis  l'apyrexie  revient  très-vite  et 
souvent  elle  n'est  complète  qu'après  cette  ascension  épisodique  ; 
d'autres  fois,  cependant,  la  température  est  plus  normale  avant 
qu'après  cette  ascension.  En  général,  cette  courte  ascension  divise 
l'apyrexie  en  deux  moitiés  à  peu  près  égales,  mais  dont  chacune 
présente  un  caractère  un  peu  différent. 

On  dit  cependant  que  la  période  apyrétique  n'est  pas  tout  à  fait 
sans  danger,  et  que  la  mort  peut  survenir  accidentellement  dans 
la  simple  fièvre  récurrente,  et  qu'elle  n'est  pas  rare  dans  la  typhoïde 
bilieuse. 

4.  Le  deuxième  accès  de  la  maladie  se  rencontre  plus  souvent 
dans  la  forme  simple  que  dans  la  forme  bilieuse  :  dans  la  première, 
presque  toujours  dans  les  cas  favorables  ;  dans  la  seconde,  d'après 
Zorn,  environ  seulement  dans  la  moitié  des  cas. 

Le  début  du  deuxième  accès  arrive  plus  ou  moins  promptement, 
précédé  parfois  par  une  légère  ascension.  Puis,  l'élévation  se  con- 
tinue avec  rapidité,  et  la  température  parvient  à  une  première 
cime  d'exacerbation,  tantôt  en  quelques  heures  déjà,  tantôt  seule- 
ment après  vingt-quatre  heures.  Cette  cime  est  d'ordinaire  de 
40°  à  41°;  elle  reste,  cependant,  presque  toujours  au-dessous  du 
maximum  de  la  seconde  période  fébrile. 

La  durée  de  cette  seconde  période  est  d'ordinaire  de  trois  à 


342        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

quatre  jours.  La  marche  thermique  dans  cette  période  suit,  le  plus 
souvent,  un  trajet  ascendant  avec  des  rémissions  plus  ou  moins 
profondes  ;  parfois,  c'est  une  température  continue  ascendante, 
plus  rarement  une  vraie  intermittente  avec  type  tertiaire  ou  au- 
tre, avec  deux  ou  quatre  accès  ;  rarement  aussi,  la  marche  ther- 
mique présente  une  seule  élévation  acméenne  de  courte  durée. 

Les  cimes  deviennent  d'ordinaire  progressivement  plus  hautes; 
le  plus  souvent,  il  n'y  en  a  qu'une  par  jour,  quelquefois  deux  ; 
la  dernière  de  ces  cimes  représente  habituellement  les  maxima  de 
la  seconde  période  fébrile,  qui  est  habituellement  un  peu  plus 
considérable  que  celle  de  la  première.  Elle  est  rarement  au-des- 
sous de  41°  ;  le  plus  souvent,  elle  varie  entre  41%4  et  41°;  sou- 
vent même  elle  s'élève  plus  haut  (dans  deux  de  mes  observations, 
elle  montait  jusqu'à  42°, 2)  ;  elle  peut  donc  atteindre,  en  général, 
la  température  la  plus  élevée  que  l'on  rencontre  dans  toute  mala- 
die dont  la  terminaison  n'est  pas  mortelle. 

Les  abaissements  intercurrents  sont  parfois  insignifiants  ;  dans 
la  plupart  des  cas  cependant,  une  ou  plusieurs  (le  plus  souvent,  la 
première  ou  la  dernière)  sont  considérables,  de  sorte  que,  pour 
quelques  heures,  la  température  peut  tomber  de  2°,  5°  et  plus. 
Mais,  aussitôt  après  elle  remonte  et  dépasse  promptement  le  point 
d'élévation  d'où  elle  était  antérieurement  retombée.  Ce  n'est  que 
dans  la  forme  intermittente  que  les  basses  températures  incidentes 
se  maintiennent  pendant  plus  longtemps,  tandis  que  les  paroxys- 
mes montent  plus  haut  que  dans  la  fièvre  intermittente  paludéenne 
ordinaire.  La  dernière  cime  qui,  en  même  temps,  est  la  plus  éle- 
vée est  assez  souvent  atteinte  dans  les  premières  heures  de  la  ma- 
tinée. Aussitôt  après  commence  la  défervescence  avec  ou  sans  tran- 
spiration caractérisée  par  une  chute  subite  et  ininterrompue  de  la 
température,  c'est-à-dire  de  4°  à  7°,  dans  le  cours  d'une  demi- 
journée,  rarement  de  moins  de  5°  |,  et  souvent,  allant  à  des  de- 
grés sous-normaux  qui  sont  atteints  sans  qu'il  y  ait  de  collapsus. 
Vers  la  fin  de  cet  abaissement  se  présentent  encore  de  petites  fluc- 
tuations isolées. 

Avec  cette  seconde  défervescence  qui  présente  une  chute  ther- 
mique, comme  il  ne  s'en  produit  dans  aucune  autre  affection,  cette 
maladie  est  habituellement  achevée.  Çà  et  là  se  présentent  encore 
quelques   fluctuations    insignifiantes  allant   jusqu'au-dessous  de 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        543 

l'état  normal  ;  mais,  le  plus  souvent,  la  convalescence  est  défini- 
tive. Parfois,  une  terminaison  funeste  peut  encore  se  produire  après 
la  défervescence. 

Après  une  seconde  et  courte  apyrexie,  se  manifeste  parfois  un 
troisième  accès  qui  peut  même  être  suivi  d'un  quatrième.  Mais  ces 
accès  ultérieurs  font  le  plus  souvent  défaut  ;  ils  sont  déjà  très- 
rares  dans  la  fièvre  récurrente  simple  et  plus  rares  encore  dans  la 
forme  bilieuse.  S'ils  se  présentent,  ils  revêtent  les  mêmes  carac- 
tères que  les  deux  premiers.  Ils  sont  cependant,  le  plus  souvent, 
moins  violents  que  ceux-ci,  la  température  y  est  moins  élevée; 
néanmoins,  ils  peuvent  avoir  une  terminaison  funeste.  Dans  les 
cas  heureux,  le  troisième  accès  dure  deux  ou  quatre  jours,  rare- 
ment plus  longtemps  ;  la  défervescence  est  rapide.  Mais  la  chute 
est  moins  profonde  à  cause  de  la  moindre  élévation  fébrile  :  elle 
n'est  que  de  1°,6  à  5°  environ. 

5.  La  mort  peut  survenir  dans  des  conditions  diverses  :  tantôt 
dans  un  accès  fébrile  des  plus  intenses,  tantôt  dans  le  collapsus  le 
plus  complet  ou  bien  avec  un  cortège  de  phénomènes  variés.  Nous 
manquons  encore  à  cet  égard  de  données  thermométriques.  Dans 
le  seul  cas  mortel  que  j'ai  observé,  j'ai  remarqué  une  période  am- 
phibole de  la  durée  d'une  semaine  avec  une  élévation  ultime  allant 
jusqu'à  41°, 4. 

Consultez  :  Hermann,  De  la  fièvre  dans  le  typhus  récurrent 
(Petersburger  Zeitschrift,  t.  VIII,  p.  14). 

Zorn(J&id.,t.  IX,  p.  16). 

Wunderlich  (Arch.  fur  Hellkunde,  1869,  t.  X,  p.  514). 

Wyss  et  Bock  (Studien  ùber  febris  recurrens,  1869),  etc.  — 
Voyez  les  tracés  de  la  fièvre  récurrente,  tableau  IV. 

IV     VARIOLE 

1 .  Dans  la  variole,  la  fièvre  présente  deux  types  différents  qui 
cependant  se  ressemblent  au  début  de  la  maladie. 

Les  deux  types  correspondent  aux  deux  modalités  principales 
de  la  variole  :  une  forme  continue  de  courte  durée  qui  appartient 
à  la  forme  légère  de  la  maladie  :  la  varioloïde,  telle  qu'elle  se 
montre  de  préférence  chez  les  individus  vaccinés  ;  et  un  type  ré- 


544        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

mittent  qui  est  caractéristique  de  la  forme  complète  avec  lièvre  de 
suppuration  :  la  variole  vraie.  Celle-ci  se  présente  surtout  chez  les 
individus  non  vaccinés,  mais  elle  peut  exceptionnellement  affec- 
ter des  personnes  vaccinées. 

La  marche  de  la  fièvre  ne  distingue  pas,  il  est  vrai,  la  variole 
des  autres  maladies  ;  notamment  dans  la  période  initiale  et  dans 
la  fièvre  de  la  varioloïde,  la  température  peut  suivre  une  marche 
qui  se  retrouve  aussi  dans  d'autres  affections,  notamment  dans  la 
pneumonie. 

En  revanche,  au  moment  de  l'éruption,  la  fièvre  présente  des 
particularités  telles,  que,  jointes  à  l'exanthème,  même  pendant 
que  celui-ci  ne  présente  pas  encore  de  type  caractéristique,  elles 
peuvent  rendre  le  diagnostic  complètement  sûr. 

Dans  le  stade  initial,  la  marche  de  la  fièvre  ne  permet  pas  de 
distinguer  la  varioloïde  de  la  variole.  Mais,  dès  que  l'exanthème 
se  développe,  l'état  thermique  n'est  pas  seulement  le  critère  le 
plus  certain,  mais  aussi  le  seul  positif  pour  différencier  la  vario- 
loïde d'avec  la  variole.  Non-seulement  l'apparition  d'une  deuxième 
lièvre  plus  ou  moins  développée  (fièvre  secondaire  ou  de  suppura- 
tion) est  le  moyen  le  plus  sur  de  distinguer  les  deux  formes,  mais  îe 
mode  de  défervescence  de  la  fièvre  d'éruption  fournit  un  indice 
presque  infaillible  de  la  marche  ultérieure  à  laquelle  on  doit 
s'attendre. 

Quant  à  l'intensité  de  la  maladie,  la  température  dans  la  pé- 
riode initiale  n'a  aucune  signification  à  cet  égard.  Ce  n'est 
qu'après  l'éruption  que  l'état  thermique  peut  fournir  des  indica- 
tions précises. 

Les  complications  survenant  après  le  commencement  de  l'érup- 
tion sont  reconnues,  le  plus  souvent,  par  la  marche  de  la  tempé- 
rature. 

2.  La  période  initiale  est  commune  aux  deux  variétés. 

La  température  atteint,  dès  le  premier  ou  le  deuxième  jour  de 
la  maladie,  une  élévation  considérable  (40°  ou  à  peu  près,  parfois 
même  au  delà),  soit  qu'elle  y  arrive  d'un  trait  avec  une  extrême 
rapidité  (dans  ce  dernier  cas,  le  plus  souvent  accompagnée  de 
frisson),  soit  qu'elle  monte  plus  lentement  avec  une  rémission 
matinale  après  l'ascension  de  la  seconde  soirée. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        545 

Chez  des  individus  déjà  malades  (par  exemple,  chez  les  phthi- 
siques),  l'ascension  peut  être  plus  lente  et  plus  faible. 

La  température  peut  avoir  atteint,  dès  le  deuxième  jour,  son 
maximum  ou  bien  monter  encore  un  peu  le  troisième  et  même  le 
quatrième  jour,  avec  des  rémissions  très-insignifiantes  dans  la 
matinée. 

Le  maximum  de  la  période  initiale  (fièvre  prodromique)  n'est 
qu'exceptionnellement  au-dessous  de  40°.  Le  plus  souvent,  il  est 
un  peu  supérieur  parfois  il  va  même  jusqu'à  41°  et  quelques 
dixièmes  en  sus. 

Dès  que  la  hauteur  maxima  est  atteinte,  il  se  produit  d'abord 
un  léger  abaissement  qui,  en  général,  ne  dure  qu'un  seul  jour. 
A  ce  moment,  on  aperçoit  d'ordinaire  les  premières  traces  de 
l'éruption  sous  forme  de  taches  rouges. 

Cette  période  dure  de  deux  à  cinq  jours  ;  le  diagnostic  différen- 
tiel, d'après  la  marche  thermique  avec  un  typhus  exanthématiquc, 
une  fièvre  récurrente  ou  une  fièvre  pneumonique  qui  ne  présente 
pas  encore  des  symptômes  locaux  n'est  pas  possible  pendant  cette 
période  ;  les  autres  symptômes  ne  permettent  pas  non  plus  de  se 
prononcer  avec  sûreté.  Mais,  d'un  côté,  l'hypothèse  d'une  pneu- 
monie devient  d'autant  plus  invraisemblable  que  la  fièvre  violente 
persiste  plus  longtemps  sans  que  des  symptômes  locaux  se  soient 
produits  ;  d'un  autre  côté,  l'existence  de  la  variole  devient  très- 
douteuse  quand  le  cinquième  jour  de  la  maladie  est  franchi  sans 
qu'il  y  ait  eu  d'éruption. 

5.  Bientôt  après  que  les  boutons  varioliques  se  sont  développés, 
la  température  tombe  plus  ou  moins  rapidement.  Cette  déferves- 
cence  commence,  dans  des  cas  rares,  dès  le  deuxième  ou  le  troi- 
sième jour  de  la  maladie,  le  plus  souvent,  le  quatrième  ou  sixième. 
La  décroissance  peut  ne  durer  que  vingt-quatre  heures  ou  même 
moins  et,  dans  ces  cas,  elle  est  continue  ;  ou  bien  dure  deux  ou 
même  trois  jours  et  alors,  elle  est  fréquemment  discontinue,  c'est- 
à-dire  interrompue  par  une  élévation  vespérale  légère. 

Dans  les  cas  de  varioloïde  sans  complications,  la  température, 
dans  cette  période  de  défervescence ,  atteint  rapidement  l'état 
normal  ou  le  dépasse  même  un  peu;  à  partir  de  ce  point,  elle 
reste  normale  ou  au  moins  approximativement  normale,  à  moins 


546        DE  LÀ  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

qu'une  complication  intercurrente  ne  détermine  une  nouvelle  élé- 
vation, ce  qui,  d'ailleurs,  est  assez  rare. 

11  n'y  a  que  dans  !e  cas  où  les  pustules  de  la  varioloïde  sont 
très-abondantes  qu'il  se  produit  parfois  à  l'époque  de  la  dessicca- 
tion, une  élévation  thermique  modérée  à  peine  fébrile,  et,  en  tout 
cas,  de  très-courte  durée  ;  il  est  rare  que  cette  élévation  soit  posi- 
tivement fébrile. 

Cette  espèce  de  décroissance  caractérise  essentiellement  la  va- 
rioloïde, surtout  si  l'on  considère  que  la  défervescence  n'attend 
pas  le  plein  développement  de  l'éruption,  mais  qu'elle  a  lieu  peu 
de  temps  après  son  début,  au  moment  où  les  taches  commencent 
à  se  montrer  sur  la  peau.  Si  les  choses  se  passent  de  la  sorte  et  si 
la  température  commence  à  baisser  à  mesure  que  se  développe 
l'éruption,  on  peut  en  toute  assurance  opter  pour  la  varioloïde,  à 
supposer  que  le  diagnostic  fût  encore  resté  douteux  et  qu'on  ait 
hésité  entre  une  variole,  une  rougeole,  un  typhus  exanthéma- 
tique. 

De  même,  on  peut  être  complètement  sûr  que,  si  dans  cette  dé- 
fervescence, la  température  normale  est  très-rapidement  atteinte,  il 
s'agit  bien  d'une  variole  modérée  :  d'une  varioloïde  et  non  d'une 
variole  complète,  dite  variole  vraie. 

4.  Dans  la  variole  vraie,  la  température  tend  à  l'abaissement 
après  la  période  prodromique  ou  bien  ne  revient  pas  du  tout  à 
l'état  normal,  se  maintient  parfois  d'abord  à  un  degré  sous-fé- 
brile, souvent  à  un  degré  hyperpyrétique,  y  persiste  avec  ou 
sans  fluctuations  quotidiennes  pendant  plusieurs  jours  et  ne  re- 
vient à  l'état  normal  que  très-lentement  et  après  une  déferves 
cence  lytique. 

Avec  la  poussée  nouvelle  de  congestion  cutanée  qui  est  le  pré- 
lude de  la  suppuration,  la  température  commence  à  remonter. 

Cette  deuxième  fièvre,  la  fièvre  secondaire  ou  de  suppuration 
est  de  durée  indéterminée,  variable  suivant  l'intensité  delà  mala- 
die ;  en  même  temps,  son  élévation  et  sa  marche  sont  en  rapport 
avec  l'intensité  de  la  maladie. 

Dans  les  varioles  modérées,  la  température  ne  monte  souvent 
qu'à  59°,  rarement  à  40°  et  au-dessus  ;  elle  offre  des  rémissions 
matinales,  et  sa  durée  est  le  plus  souvent  de  peu  de  jours. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        547 

Dans  la  variole  grave,  la  température  est,  en  général,  plus  éle- 
vée ;  sa  marche,  tantôt  rémittente  avec  des  exacerbations  très-con- 
sidérables, tantôt  continue  avec  des  ascensions  isolées  et  acciden- 
telles. C'est  l'indice  d'un  grand  danger  quand,  dans  la  fièvre 
secondaire,  la  température  monte  à  plusieurs  reprises  au-dessus 
de  40°.  Dans  les  cas  graves  non  mortels,  la  durée  de  la  fièvre  de 
suppuration  est  rarement  au-dessous  d'une  semaine. 

Dans  les  cas  favorables,  la  fièvre  passe  graduellement  à  l'apy- 
rexie.  Parfois,  il  se  présente,  à  l'époque  de  la  dessiccation,  une 
nouvelle  et  courte  ascension,  ou  bien  la  fièvre  persiste  jusqu'à  la 
dessiccation  et  même  au  delà. 

Dans  les  cas  mortels,  les  températures  peuvent  passer  assez  rapi- 
dement d'un  degré  modéré  aune  élévation  très-considérable  et  la 
mort  arriver  à  42°  et  au-dessus,  bien  qu'elle  puisse  aussi  survenir 
pendant  la  suppuration  sans  augmentation  thermique  appréciable. 
Simon  (Charité  Annalen,  t.  XIII,  Bd.  5)  a  publié  des  cas  où  la 
température  s'était  élevée  à  45°, 75  et  44°, 5.  (11  est  vrai  qu'elle 
n'avait  été  mesurée  qu'après  la  mort.) 

5.  Des  complications  sérieuses  peuvent  déterminer  des  incidents 
et  des  irrégularités  qui  n'ont  cependant  rien  de  caractéristique  en 
ce  qui  touche  la  variole  elle-même. 

Comparez  mon  travail  (1858.  Archiv  fur  Phijsioloy.  der  Heil- 
famde,N.  F.,t.  II,  p.  18). 

En  outre,  le  mémoire  de  Léo  sur  une  épidémie  de  variole  obser- 
vée dans  mon  service  (1864.  Archiv  der  Heilkunde,  t.  V,  p.  481). 

Frôlich  (1867.  Ibid.,  t.  VIII,  p.  420). 

Kôrber  (Petersb.  Zeitschrift,  t.  XIII,  p.  505). 

Pour  les  tracés  thermiques  de  la  variole,  voyez  le  tableau  IV. 


V.    ROUGEOLE 

1.  La  rougeole  présente  une  fièvre  assez  rigoureusement  typi- 
que, précédant  l'exanthème,  et  l'accompagnant  jusque  dans  son 
plus  complet  développement. 

Mais,  comme  cette  maladie  est  sujette  à  des  irrégularités  extrê- 
mement nombreuses,  qui  sont  surtout  marquées  dans  certaines 


548        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

épidémies,  on  doit  s'attendre  à  ce  que  la  marche  thermique  pré- 
sente elle-même  beaucoup  d'écarts. 

Comme,  en  outre,  la  rougeole  constitue  de  préférence  une  ma- 
ladie de  l'enfance,  et  qu'à  cet  âge,  la  température  est  plus  facile- 
ment accessible  aux  influences  accidentelles  qu'à  toute  autre  pé- 
riode de  la  vie,  on  conçoit  aisément  que,  souvent,  ,on  rencontre 
des  cas  présentant  une  aberration  plus  ou  moins  accusée  du  type 
thermique  qui  se  montre  après  l'action  régulière  du  contage  mor- 
billeux  sur  des  individus  auparavant  bien  portants  et  dispos,  ni 
trop  irritables,  ni  trop  sensibles. 

Le  début  de  la  fièvre  morbilleuse  offre  déjà  bien  des  côtés  ca- 
ractéristiques, de  même  que  l'élévation  maxima  qui  s'y  produit. 
Mais  c'est  surtout  le  mode  et  le  temps  de  la  décroissance  fébrile 
qui  offrent  des  caractères  particuliers  dans  cette  maladie  et  qui 
la  distinguent  très-nettement  des  autres  formes  morbides  aiguës 
exantbématiques. 

Même  dans  les  formes  irrégulières,  on  peut  encore  le  plus  sou- 
vent reconnaître  ce  type  de  défcrvescence  avec  des  traits  plus  ou 
moins  marqués,  et,  d'un  autre  côté,  l'accord  incomplet  de  la  dé- 
croissance thermique  avec  le  type,  l'irrégularité  de  la  défcrves- 
cence, dans  les  cas  isolés,  constituent  un  point  important  pour 
le  pronostic,  et  dénotent  la  présence  d'une  anomalie. 

2.  Avant  la  période  fébrile  propre,  pendant  le  stade  d'incuba- 
tion, c'est-à-dire  dans  un  temps  où  les  manifestations  morbides 
ne  sont  pas  ordinairement  accessibles  à  nos  moyens  d'investiga- 
tion, quoique  l'infection  se  soit  déjà  produite,  dans  ce  stade  se 
présente,  selon  Thomas,  une  courte  fièvre  analogue  à  la  fièvre 
éphémère  ou  synoque,  dans  laquelle  le  maximum  thermique  os- 
cille entre  58°, 8  et  59°, 8,  suivie  d'une  apyrexie  complète  de  plu- 
sieurs jours. 

Des  élévations  moindres  (allant  tout  au  plus  jusqu'à  58°, 3)  se 
rencontrent  encore  plus  fréquemment  à  un  moment  quelconque  du 
stade  d'incubation,  et  elles  peuvent  même  se  répéter  pendant  plu- 
sieurs jours  consécutifs.  Dans  l'intervalle  de  ces  élévations  éphé- 
mères, la  température  est  normale  ou  même  sous-normale. 

5.  Les  phénomènes  les  plus  importants  et  les  plus  connexes  dé- 


DE  LA.  TEMPERATURE  DA^S  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        549 

butent  par  une  augmentation  thermique  rapide  plus  ou  moins  con- 
sidérable (fièvre  initiale),  qui  s'achève  en  douze  ou  vingt-quatre 
heures  et  qui  atteint  le  soir,  dans  la  grande  majorité  des  cas,  une 
élévation  de  59°, 1  à  40°;  beaucoup  plus  rarement,  on  observe,  en 
pareils  cas,  une  température  de  58°,  1  à  59°  (Thomas).  Mais,  dans 
cette  première  élévation,  la  température  n'atteint  que  très-exeep- 
tionnellement  le  maximum  de  toute  la  fièvre  morbilleuse.  Par  con- 
tre, la  hauteur  de  cette  élévation  initiale  permet  de  prévoir,  avec 
grande  probabilité,  celle  du  maxima  thermique  qui  se  présente 
plus  tard,  puisque  celle-ci  dépasse  d'habitude  en  moyenne  de  0°,8 
à  1°  l'élévation  de  l'accroissement  initial,  et  il  ne  se  présente  de 
grand  excédant  que  quand  la  hauteur  de  cette  dernière  est  très- 
considérable. 

L'élévation  thermique  initiale  est  presque  toujours  suivie  d'une 
rémission  dès  le  lendemain  soir,  de  sorte  que,  dans  la  matinée,  on 
ne  trouve  plus  qu'une  température  normale  accrue  de  quelques 
dixièmes,  allant  rarement  au-dessus  de  58°,  et  cela  presque 
seulement  dans  les  cas  très-graves  ou  anormaux.  Tantôt  cet  abais- 
sement thermique  ne  se  maintient  que  pendant  quelques  heures, 
tantôt  pendant  une  journée  entière  (pendant  la  soirée  et  le  lende- 
main matin). 

La  fièvre  initiale  présente  une  augmentation  et  une  diminution 
si  rapides  qu'on  pourrait  la  prendre  pour  un  accès  de  fièvre  inter- 
mittente, si  la  température  ne  restait  pas  un  peu  trop  basse  pour 
un  cas  semblable.  En  revanche,  la  confusion  avec  une  fièvre  éphé- 
mère est  très-possible,  et  si  la  température  normale  suivante  ne 
se  maintient  pas  un  peu  plus  longtemps,  on  sera  tenté  d'admet- 
tre que  la  maladie  est  déjà  terminée.  Mais,  la  persistance  des  au- 
tres symptômes  (notamment  des  phénomènes  du  côté  des  yeux  et 
des  organes  respiratoires)  fera  reconnaître,  dans  la  plupart  des 
cas,  que  la  maladie  est  encore  en  voie  d'évolution. 

4.  La  fièvre  d'éruption  commence  par  une  nouvelle  ascension 
qui,  jusqu'au  complet  développement  de  l'exanthème,  ne  présente 
aucun  retour  vers  la  température  normale,  ou  bien  offre  des  rémis- 
sions de  très-courte  durée. 

Dans  la  plupart  des  cas,  cette  fièvre  morbilleuse  se  décompose 
en  deux  parties  :  un  stade  modérément  fébrile  et  le  fastigium. 


5ô0       DR  LA.  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

1°  Le  stade  modérément  fébrile  dure,  d'ordinaire,  de  trente-six 
à  quarante-huit  heures,  rarement  moins,  et  se  compose  d'une  ou 
deux  exacerbations  légères  (58°  à  59°)  qui  n'atteignent  habi- 
tuellement pas  l'élévation  de  la  fièvre  initiale.  Dans  le  cas  où  il  y 
a  deux  exacerbations,  la  deuxième  est  plus  importante  que  la  pre- 
mière, et  la  rémission  matinale  qui  les  sépare  descend  ordinaire- 
ment moins  qu'après  la  fièvre  initiale  ;  mais  ici  la  température  nor- 
male est  encore  une  fois  atteinte. 

2°  La  période  de  fastigium  est  caractérisée  par  une  élévation 
thermique  considérable  et  persistante;  et,  déplus,  la  température 
normale  ou  modérée  des  jours  précédents  est  définitivement  fran- 
chie (Thomas).  Cette  période  commence  tantôt  le  matin,  tantôt  le 
soir.  Dans  le  premier  de  ces  deux  cas,  la  température  monte 
encore  davantage  dans  la  soirée,  puis  apparaît  le  lendemain  une 
petite  rémission,  ou  même  il  n'y  a  pas  de  changement;  l'élévation 
maxima  est  atteinte  dans  la  deuxième  soirée.  Si  l'élévation  du 
fasligium  commence  le  soir,  la  rémission  du  lendemain  matin  est 
toujours  très-peu  considérable,  ou  n'existe  même  pas. 

On  peut  cependant  rencontrer  des  rémissions  considérables 
dans  le  fastigium,  mais  cela  arrive  très-rarement. 

La  température  maxima  du  fastigium,  et  par  conséquent  de 
toute  la  maladie,  correspond  dans  les  cas  normaux  au  moment 
où  l'exanthème  arrive  à  l'apogée  de  son  développement  et  de  son 
extension.  Mais  ce  fait  est  soumis  à  bien  des  exceptions;  en  ce  sens 
que  déjà  peu  après  la  première  éruption  de  l'exanthème,  c'est-à- 
dire  entre  son  début  et  son  développement  extrême,  la  tempéra- 
ture atteint  son  maximum  et  qu'au  moment  de  la  complète  exten- 
sion de  l'exanthème,  elle  est  déjà  un  peu  retombée.  Mais,  presque 
toujours,  le  maximum  thermique  est  plus  près  de  l'apogée  de 
l'exanthème  que  du  commencement  de  l'éruption.  Si  le  maximum 
thermique  est  franchi  pendant  que  l'exanthème  va  encore  en  aug- 
mentant, la  décroissance  de  la  température  est  toujours,  jusqu'au 
moment  du  plus  complet  développement  de  l'éruption,  très-peu 
considérable.  En  outre,  il  n'est  pas  improbable  que  des  complica- 
tions puissent  contribuer  à  hâter  l'arrivée  de  l'acmé  thermique. 

Le  maximum  de  la  température  tombe  d'ordinaire  dans  les  heu- 
res vespérales  ;  s'il  se  montre  au  contraire  dans    la  matinée, 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        551 

l'abaissement  du  soir  est  très-faible,  et  il  semble  arbitraire  de  le 
mettre  déjà  sur  le  compte  de  la  défervescence. 

La  durée  entière  du  fastigium  est  de  un  jour  et  demi  à  deux 
jours  et  demi,  et  la  fièvre  d'éruption,  au  total,  par  conséquent,  de 
trois  à  quatre  jours  et  demi.  Des  complications  peuvent  cependant 
en  prolonger  le  cours . 

5.  La  défervescence  positive  commence  d'ordinaire  dans  la  nuit 
et  suit,  le  plus  souvent,  une  marche  rapide  dans  les  cas  réguliers  ; 
tantôt  la  température  atteint,  dès  le  lendemain  matin,  l'état  nor- 
mal et  le  dépasse  même  ;  tantôt  l'abaissement  est  moins  complet 
dans  la  nuit,  se  continue  faiblement  dans  le  courant  de  la  journée, 
remonte  encore  le  soir  et  n'arrive  à  la  norme  que  le  lendemain 
matin.  Dans  les  cas  réguliers  et  simples,  le  taux  physiologique 
est  atteint  au  moins  le  surlendemain  et  se  maintient  à  partir  de 
cette  date.  Tout  au  plus  si,  une  ou  deux  fois  encore,  il  se  produit 
une  petite  élévation  vespérale  à  des  degrés  sous-fébriles. 

La  marche  de  la  défervescence  peut  être  retardée  par  une  bron- 
chite intense  ou  par  des  complications.  De  même,  la  marche  de  la 
défervescence  peut  être  anormale  dans  les  cas  où  la  rougeole  a, 
dès  le  début,  suivi  un  cours  irrégulier.  Il  ne  faut  pas  négliger  non 
plus  celte  circonstance  que,  chez  les  petits  enfants,  des  dérange- 
ments insignifiants  peuvent  déterminer  une  ascension  thermique. 

Parfois,  la  recrudescence  de  la  fièvre  est  produite  par  une  pous- 
sée exanthématique  nouvelle.  Dans  ces  conditions,  la  température 
peut  s'approcher  du  maximum  primitif;  cependant,  cette  ascen- 
sion n'est  que  de  très-courte  durée,  s'il  ne  s'y  ajoute  aucune  com- 
plication nouvelle. 

6.  Les  complications  qui  surviennent  dans  la  rougeole' peuvent 
amener  des  modifications  dans  le  cycle  thermique,  mais,  dans  ces 
cas,  celui-ci  n'est  plus  déterminé  par  la  rougeole  elle-même,  mais 
bien  par  la  nature  de  l'affection  intercurrente.  Ce  n'est  guère 
que  si  la  complication  précède,  l'exanthème  qu'il  se  développe, 
habituellement  pendant  l'éruption  et  immédiatement  après,  une 
seconde  ascension  thermique,  sans  doute  amenée  par  l'exan- 
thème. 

La  terminaison  fatale  dans  la  rougeole  dépendant  sans  doute  tou- 


352        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

jours  de  complications,  la  température,  elle  aussi,  dépend,  en 
pareils  cas,  de  la  nature  de  la  complication. 

Consultez,  au  sujet  du  type  fébrile  dans  la  rougeole,  mon  tra- 
vail :  Sur  le  cours  normal  de  la  température  dans  quelques  formes 
morbides  typiques  : 

Wunderlich  (1858.  Archiv  fur  Physiologie  der  Heilkunde, 
Bd.  Il,  p   14). 

Siegel,  Observations  sur  la  rougeole  (Archiv  der  Heilkunde, 
t.  II,  p.  521). 

Ziemssen  etl(rabler(1863.  Greisfwalder  Beitràge,  1. 1). 

Wunderlich,  Réflexions  personnelles  (1865.  Archiv  der  Heil- 
kunde, t.  IV,  p.  551). 

Pfeilsticker  (Beitr.zur  Pathologie  der  Maseru,  1863). 

Monti  (Jahrb.  fur  Kinderheilk.,  t.  VII,  p.  c21). 

Thomas  (1867.  Archiv  der  Heilkunde,  t.  VIII,  p.  585). 

Pour  les  courbes  thermiques  de  la  rougeole,  voyez  le  tableau  V. 


VI.    SCARLATINE 

1 .  La  scarlatine  est  une  maladie  d'un  type  incomparablement 
moins  régulier  que  celui  des  affections  traitées  précédemment.  Ce- 
pendant, ce  sont  précisément  les  caractères  thermiques  qui,  même 
dans  des  cas  différents  sous  d'autres  rapports,  présentent  les  plus 
grandes  analogies,  et  les  exceptions  à  cette  règle  semblent,  à  cet 
égard,  être  les  cas  les  moins  nombreux. 

Les  formes  les  plus  bénignes  sont  assez  fréquentes;  elles  sont 
parfois,  notamment  au  début,  tellement  insignifiantes  en  appa- 
rence, qu'elles  ne  semblent  même  pas  mériter  l'attention.  Mais 
une  pareille  négligence  de  la  part  du  médecin  peut  souvent  en- 
traîner les  plus  graves  conséquences. 

Parmi  ces  cas  d'une  trompeuse  bénignité  s'en  trouve-t-il  dans 
lesquels  la  température  n'est  pas  du  tout  ou  seulement  très-peu 
altérée  ?  Je  ne  saurais  le  dire,  d'après  ma  propre  expérience,  n'ayant 
jamais  pu  observer  le  début  de  la  maladie  dans  les  cas  tout  à  fait 
légers.  Cependant  Thomas,  dit  récemment  (1870.  Archiv  der 
Heilkunde,  Heft  II)  avoir  observé  des  cas  où  il  n'y  avait  pas  de 
température  fébrile  dans  la  première  période,  c'est-à-dire  avant 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        353 

l'éruption  ou  à  son  début.  Moi  aussi,  d'ailleurs,  je  connais  des  cas 
où  les  parents  m'ont  positivement  assuré  que  la  rougeur  très-mo- 
dérée, suivie  plus  tard  de  desquamation  et  même  d'une  grave  ma- 
ladie rénale,  était  apparue  d'abord  sans  aucune  irrégularité  dans 
l'état  général.  Souvent  l'état  fébrile  est  caractéristique  même  quand 
l'infection  scarlatineuse  n'est  suivie  que  d'une  manifestation  rudi- 
mentaire  ou  même  d'une  angine  sans  exanthème. 


'5' 


2.  Dans  tous  les  cas  un  peu  intenses  de  scarlatine,  nous  trou- 
vons, soit  comme  phénomène  unique  ou  bien  accompagné  de  quel- 
ques autres  symptômes,  ou  même  parfois  n'apparaissant  que  quel- 
ques heures  après  tous  les  autres,  une  élévation  thermique  rapide 
et  continue  faisant  monter  la  température  à  une  hauteur  con- 
sidérable (59°, 5  à  40°, 5)  dans  l'espace  de  quelques  heures,  sou- 
vent avec  des  frissons  plus  ou  moins  intenses. 

Parfois,  aussitôt  après  cette  première  ascension,  ou,  ce  qui  ar- 
rive encore  plus  fréquemment,  le  lendemain,  l'exanthème  com- 
mence à  apparaître.  Dans  le  cas  où  celui-ci  est  tardif,  la  tempéra- 
ture continue  de  monter  lentement  après  la  première  et  forte 
ascension,  sans  rémissions  propres,  tout  au  plus  avec  quelques  re- 
culs matinaux  tout  à  fait  insignifiants.  La  température  se  main- 
tient d'ailleurs  habituellement  à  de  hauts  degrés,  ou  continue  de 
s'élever  jusqu'à  ce  que  l'exanthème  ait  atteint  son  maximum  et 
se  soit  répandu  sur  tout  le  corps,  même  lorsqu'il  commence  déjà 
à  pâlir  sur  les  parties  primitivement  attaquées. 

La  durée  de  cette  ascension  varie  beaucoup  :  elle  peut  n'être  que 
de  douze  heures  ou  se  continuer  pendant  quatre  jours. 

L'élévation  à  laquelle  la  température  arrive  en  dernier  lieu, 
est  presque  toujours  au-dessus  de  40°,  fréquemment  au-dessus 
de  40°, 5,  mais  rarement  au  delàde41°  dans  les  cas  dont  la  termi- 
naison est  favorable. 

En  général,  l'élévation  thermique  offre  un  certain  parallélisme 
avec  l'intensité  de  l'exanthème  ;  cependant  il  y  a  aussi  des  cas  où 
l'exanthème  est  à  peine  prononcé  et  même  nul,  tandis  que  la  tem- 
pérature est  très-élevée  ;  par  contre,  il  est  rare  de  trouver  des 
scarlatines  très-confluentes  accompagnées  d'une  lièvre  modérée. 

Lorsque  l'ascension  thermique  est  continue  ou  quand  la  durée 
du  stade  d'éruption  est  prolongée,  le  maintien  de  la  température 

23 


S54  DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES, 
à  une  hauteur  à  peu  près  uniforme  n'est  qu'exceptionnellement  in- 
terrompu par  un  abaissement  isolé,  abstraction  faite  toujours  des 
rémissions  matinales  insignifiantes  et  assez  souvent  nulles  ;  c'est 
ce  qui  arrive  le  plus  souvent  quand  l'éruption  se  fait  par  poussées 
successives. 

Avant  que  l'éruption  ait  atteint  au  moins  la  majeure  partie  de 
son  développement,  il  n'y  a  généralement  pas  de  ralentissement 
définitif  de  la  température. 

L'ascension  thermique,  au  commencement  de  la  maladie,  d'un 
côté,  et  son  maintien  continu  à  des  degrés  élevés  sans  rémission 
proprement  dite,  d'autre  part,  est  commune,  il  est  vrai,  à  la  scar- 
latine et  à  bien  d'autres  maladies,  et  les  seuls  signes  tirés  de  la 
température  ne  permettent  donc  pas  de  poser  le  diagnostic.  Mais 
c'est  cependant  par  le  côté  thermique  que  la  scarlatine  se  distin- 
gue très-bien  des  affections  avec  lesquelles  elle  pourrait,  pour 
d'autres  raisons,  être  le  plus  facilement  confondue.  Ce  sont  sur- 
tout la  rougeole  et  la  rubéole,  et,  dans  les  cas  où  l'exanthème 
n'est  pas  visible  :  la  fièvre  typhoïde,  la  diphthérite,  l'angine  simple 
et  la  néphrite  parenchymateuse  aiguë. 

o.  Après  que  le  maximum  de  l'éruption  a  été  franchi  commence 
la  défervescence. 

Sa  marche  n'est  pas  uniforme. 

Dans  lescas  où  l'élévation  de  la  température  est  modérée,  il 
peut  se  faire,  bien  que  ce  soit  seulement  par  exception,  que  la  tem- 
pérature tombe  rapidement  et  revienne  à  l'état  normal  dans  l'es- 
pace d'une  demi-journée. 

Dans  la  grande  majorité  des  cas,  la  défervescence  se  fait  d'une 
façon  traînante  et  n'est  complète  qu'en  trois  ou  huit  jours.  Voici 
la  marche  qu'elle  suit  d'ordinaire  :  de  jour  en  jour,  la  température 
devient  plus  basse  et  descend  par  saccades,  par  degrés  ou  bien 
entrecoupée  de  faibles  rémissions.  L'abaissement  se  produit  sur- 
tout la  nuit,  tandis  que  du  matin  au  soir  l'état  thermique  reste  le 
môme  à  moins  que  la  température  ne  continue  de  descendre  jus- 
qu'à ce  que  l'état  normal  soit  atteint.  Parfois,  la  décroissance  est 
interrompue  dans  la  soirée  par  de  petites  élévations  ne  dépassant 
pas  quelques  dixièmes;  dans  ces  cas-là,  l'abaissement  nocturne  est 
un  peu  plus  considérable.  Mais  il  est  très  rare  de  voir  une  défer- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENT l'S  MALADIES.        355 

vescence  rémittente  offrir  la  moindre  ressemblance  avec  celle  qui 
est  particulière  au  typhus  abdominal. 

Quand  la  défervescence  est  considérablement  retardée,  la  dé- 
croissance est  assez  faible  le  premier  jour,  et  souvent  le  deuxième 
et  le  troisième  ;  c'est  alors  seulement  que  l'abaissement  se  fait 
avec  un  peu  plus  de  rapidité. 

Des  complications  intercurrentes  peuvent  arrêter  encore  davan- 
tage la  défervescence  ou  même  amener  de  nouvelles  ascensions 
thermiques. 

La  température  descend  fréquemment  au-dessous  de  l'état  nor- 
mal; avant  d'avoir  définitivement  repris  son  équilibre,  elle  se  com- 
plique aussi  parfois  ultérieurement  de  phénomènes  de  collapsus. 
La  température  sous-normale  descend  cependant  rarement  au-des- 
sous de  56°  ;  mais  elle  se  maintient  souvent  à  cette  limite  pendant 
plusieurs  jours. 

Cette  forme  de  la  défervescence  caractérise  la  scarlatine  avec 
beaucoup  de  précision,  quoiqu'elle  ne  se  présente  pas  dans  tous 
les  cas.  Il  est  certain  qu'elle  n'est  dans  aucun  autre  genre  de 
maladie  aussi  habituelle  que  dans  celle-là.  On  la  rencontre  acci- 
dentellement dans  le  typhus  exanthématique  et  dans  les  pneu- 
monies catarrhales. 

4.  Il  n'est  pas  rare  d'observer  dans  la  scarlatine  des  anomalies 
dans  la  marche  thermique. 

Parfois,  la  température  reste  dès  le  début  à  un  niveau  assez  bas, 
ce  qui  n'exclut  pas  le  danger  et  ne  garantit  nullement  une  termi- 
naison favorable  ;  celle-ci,  au  contraire,  est  souvent  entravée  par 
des  accidents  ayant  peu  d'influence  sur  la  température  (et  que, 
partant,  l'état  thermique  ne  peut  pas  faire  prévoir),  tels  que  la 
diphthérite,  le  croup,  la  néphrite,  l'irritation  cérébrale,  la  paroti- 
dite, etc. 

La  marche  régressive  de  la  température  peut  être  interrompue 
çà  et  là  par  de  nouvelles  ascensions  variables  d'amplitude  et  de  du- 
rée. Souvent,  on  peut  attribuer  à  bon  droit  ces  recrudescences 
thermiques  à  des  complications;  mais,  parfois  aussi  elles  survien- 
nent spontanément.  En  tout  cas,  elles  retardent  la  guérison. 

Le  cycle  thermique  présente  aussi  des  particularités  quand  la 
maladie  revêt  un  caractère  typhoïde,  quand  il  se  présente  des  trou- 


556        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

blés  cérébraux  persistants,  de  la  diarrhée,  du  météorisme,  un 
gonflement  de  la  rate  plus  considérable  qu'à  l'ordinaire  ;  en  pareils 
cas,  la  maladie  peut  se  prolonger  jusqu'à  deux  ou  plusieurs  se- 
maines après  que  l'exanthème  a  déjà  pâli  ;  la  fièvre  est  plus  ou 
moins  intense,  sous-continue  ou  rémittente;  mais,  en  général,  elle 
suit  une  marche  descendante. 

5.  Dans  la  période  de  convalescence,  la  température  reste  nor- 
male, tant  que  la  convalescence  elle-même  n'est  pas  troublée  par 
des  complications  ou  par  quelques  maladies  nouvelles,  ou  bien 
aussi  par  une  seconde  éruption.  La  persistance  de  l'état  normal 
offre  donc  une  assez  forte  garantie  en  faveur  de  l'absence  d'autres 
troubles;  au  contraire,  le  retour  à  de  nouvelles  élévations  peut 
être  regardée  comme  un  signe  avant-coureur  et  doit  engager  à 
faire  une  exploration  minutieuse  et  à  exercer  une  surveillance  ac- 
tive. Si  un  trouble  accidentel  quelconque  cause  une  élévation  ther- 
mique dans  le  cours  de  la  convalescence,  la  scarlatine,  que  le  ma- 
lade vient  de  traverser,  n'exerce  plus  d'influence  sur  l'évolution 
ultérieure  de  la  marche  thermique. 

6.  Dans  les  cas  mortels,  l'état  thermique  varie  suivant  la 
période  dans  laquelle  survient  l'issue  funeste  et  suivant  la  condi- 
tion pathologique  qui  l'a  causée. 

Si  le  malade  vient  à  succomber  pendant  la  période  d'éruption, 
la  température  peut  atteindre  des  degrés  très-considérables,  mais, 
dans  ce  cas  aussi,  elle  peut  s'abaisser  notablement  pendant 
l'agonie. 

Si  la  mort  survient  après  que  l'éruption  est  arrivée  à  son  com- 
plet développement  et  que  la  température  a  commencé  à  dimi- 
nuer, l'issue  léthale  est  le  plus  souvent  déjà  annoncée  par  des  irré- 
gularités antérieures.  Sous  beaucoup  de  rapports,  c'est  de  la 
nature  du  processus  qui  produit  le  résultat  fatal  que  dépendent, 
soif  les  élévations,  soit  les  abaissements  thermiques  ultimes,  ainsi 
que  les  degrés  qu'ils  peuvent  atteindre. 

Il  se  présente  aussi  des  cas  dans  lesquels  la  température  monte 
immédiatement  avant  la  mort  à  des  hauteurs  énormes,  subitement 
et  sans  motifs  appréciables.  (Dans  une  de  mes  observations,  elle 
s'était  élevée  jusqu'à  45°, 5.) 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        357 

Comparez,  à  propos  de  l'état  de  la  température  dans  la  scarla- 
tine, mon  travail  déjà  plusieurs  fois  cité  :  Sur  la  marche  normale 
de  quelques  formes  morbides  typiques  (Ueber  den  normal  Verlauf 
einiger  typischeh  Krankheitsformen)  ;  ensuite,  Hùbler  :  Obser- 
vations sur  la  scarlatine  (Beobachlungen  ûber  Scharlach;  thèse, 
Leipzig,  1861). 

Yoyez  aussi  les  tracés  thermiques  de  la  scarlatine,  planche  V. 


VII.   ROSEOLE 

1.  La  roséole,  dont  on  ne  peut  bien  connaître  les  particularités 
qu'après  l'avoir  observée  dans  le  cours  d'une  grande  épidémie, 
est  tantôt  complètement  apyrétique,  ou  ne  présente  que  des  élé- 
vations thermiques  faibles,  le  plus  souvent  sous-fébriles,  tout 
au  plus  modérément  fébriles  et  toujours  de  plus  courte  durée 
qu'avant  et  après  l'éruption.  Si,  dans  quelques  cas  isolés,  l'ascen- 
sion thermique  est  plus  considérable,  cela  peut  être  le  fait  de 
complications  intercurrentes,  ou  de  la  mobilité  particulière  de  la 
température  ches  les  enfants. 

Consultez,  à  ce  sujet,  Thomas  (Jahrb.  der  Kinderheilkunde, 
N.F.,t.  II,  p.  240). 

2.  Dans  la  varicelle,  Thomas  (Archiv  der  Heilhinde,  t.  VIII, 
p.  376,  et  Archiv  fur  Dermatologie  und  Syphilis,  t.  I,  p.  509)  a 
trouvé  parfois  des  élévations  peu  considérables  de  la  tempéra- 
ture dès  la  période  d'incubation,  et,  dans  d'autres  cas,  il  a  con- 
staté des  ascensions  thermiques  très-insignifiantes,  même  dans  la 
période  d'éruption. 

Dans  la  plupart  des  cas,  cependant,  il  a  observé  une  élévation 
comparativement,  rapide  et  considérable  dès  le  début  de  la  période 
éruptive  aussitôt  après  qu'une  éruption  abondante  avait  eu  lieu  ; 
mais  cette  élévation  n'allait  pas  parfois  au  delà  de  58°  et  quel- 
ques dixièmes;  dans  des  cas  plus  intenses,  cependant,  elle  allait 
à  58°, 5  —  40°,  rarement  au-dessus.  Ce  stade  d'élévation  durait  de 
deux  à  cinq  jours,  la  fièvre  était  rémittente  et  se  trouvait  en  cor- 
rélation assez  étroite  avec  la  confluence  de  l'exanthème.  Le  maxi- 
mum thermique  tombe  quelquefois  dans  la  première  moitié  du 


358       DE  LÀ  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

fastigium,  mais  plus  souvent  dans  sa  seconde  ;  les  rémissions 
survenant  après  le  maximum  sont  parfois  un  peu  plus  considé- 
rables que  celles  qui  le  précèdent.  La  défervescence  peut  être 
rapide  et  souvent   complète    en  une   seule  journée. 


VIII.   ÉRYS1PELE 

\ .  L'érysipèle  de  la  face  est  une  forme  morbide,  de  préférence 
polytypique  ;  dans  beaucoup  de  cas,  cependant,  elle  est  atypique. 

Cela  tient  peut-être  à  ce  que  les  mêmes  modifications  anatomi- 
ques  peuvent  être  produites  par  des  causes  très-différentes  et  pré- 
senter diverses  significations. 

Les  érysipèles  provenant  d'une  cause  purement  locale,  soit  de 
l'irritation  de  parties  blessées,  l'érysipèle  ayant  son  origine  dans 
une  disposition  locale,  l'érysipèle  qui  accompagne  les  troubles  gas- 
triques et  abdominaux,  l'érysipèle  ambulant  et  à  marche  lente, 
celui  qui  ressemble  aux  exanthèmes  aigus  et  qui  est  le  plus  sou- 
vent primitif,  l'érysipèle  déterminé  par  une  infection  pyémique, 
l'érysipèle  morveux,  l'érysipèle  terminal  ultime  qui  se  développe 
chez  les  individus  gravement  malades  ou  plongés  dans  le  marasme 
et  qui  ne  précède  la  mort  que  d'un  ou  de  plusieurs  jours.  — 
Toutes  ces  variétés  appartiennent  en  grande  partie  indubitable- 
ment à  des  maladies  essentiellement  différentes  et  qui  n'ont  pres- 
que rien  de  commun  en  dehors  de  la  dermatite  circonscrite  et 
du  nom  même  de  la  maladie.  On  conçoit,  d'après  cela,  que  la  par- 
ticipation de  l'organisme,  et,  par  conséquent,  la  marche  ther- 
mique, doivent  être  extrêmement  variables. 

Mais,  jusqu'ici,  il  n'a  pas  été  possible  de  rattacher  avec  précision 
et  sûreté  les  formes  de  la  marche  fébrile,  à  des  espèces  et  à  des 
conditions  causales  déterminées. 

Les  érysipèles  qui  se  produisent  sur  d'autres  parties  du  corps 
présentent  des  divergences  semblables  ;  mais,  dans  ces  dernières 
formes,  la  marche  entièrement  atypique  est  plutôt  la  règle  que 
l'exception. 

2.  Dans  la  grande  majorité  des  cas,  la  maladie  commence, 
abstraction  faite  des  cas  apyrétiques  et  de  ceux  à  marche  atypique, 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        359 

par  une  élévation  thermique  intense  et  à  développement  rapide, 
souvent  compliquée  de  frissons  intenses. 

Autant  qu'on  en  peut  juger  d'après  le  nombre  relativement 
peu  considérable  des  cas  où  l'observation  peut  être  prise  dès  le 
début,  la  température  monte  en  quelques  heures  à  40°  et  même 
au-dessus. 

Le  plus  souvent,  on  aperçoit  l'inflammation  cutanée  de  la  face 
dès  le  lendemain,  bien  qu'elle  ne  soit  pas  encore  très-développée 
à  ce  moment  et  qu'elle  puisse  parfois  être  confondue  avec  une  sim- 
ple rougeur  fébrile. 

11  est  beaucoup  plus  rare  que  la  température  suive  une  progres- 
sion plus  lente,  et  que  les  degrés  fébriles  très-considérables  ne 
soient  atteints  que  le  deuxième  ou  le  troisième  jour. 

5.  C'est  dans  le  fastigium  que  se  présentent  le  plus  de  divergences. 

Dans  des  cas  assez  rares,  ce  fastigium  ne  consiste  qu'en  une 
seule  acmé  de  très-courte  durée. 

Le  plus  souvent,  l'élévation  de  la  température  se  maintient 
d'une  façon  continue  ou  discontinue  et  même  croissante  avec  des 
abaissements  matinaux  insignifiants,  jusqu'au  moment  où  l'in- 
flammation se  développe  et  s'étend  uniformément.  D'ordinaire,  la 
température  présente  alors,  dans  les  heures  vespérales,  plus  de 
40°,  mais  elle  peut  aussi  atteindre  41°  à  41°, 5  et  même  (mais  le 
fait  est  plus  rare)  42°,  tandis  que  les  rémissions  matinales  descen- 
dent peu  au-dessous  de  40°  et  vont  rarement  jusqu'à  59°. 

Cependant,  on  rencontre  çà  et  là  des  cas  où  le  fastigium  affecte 
une  marche  plutôt  rémittente  et  même  intermittente,  le  plus  sou- 
vent avec  des  exacerbations  très-intenses. 

Le  maximum  n'est  ordinairement  pas  atteint  à  la  terminaison  de 
cette  période  fébrile;  mais  déjà  un  ou  deux  jours  avant;  alors  il 
se  produit  un  petit  ralentissement  correspondant  à  la  moindre 
intensité  de  l'inflammation,  mais  qui,  cependant,  est  remplacé 
parfois  avant  que  la  défervescence  se  produise,  par  une  seconde 
perturbation  critique.  Parfois,  on  rencontre  tout  près  de  la  termi- 
naison (du  fastigium)  une  fausse  crise  dans  laquelle  la  tempé- 
rature descend  jusqu'à  l'état  normal  ou  à  peu  près  ;  puis  il  sur- 
vient une  dernière  élévation  de  courte  durée,  montant  jusqu'à  40° 
et  même  au-dessus. 


500       DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

4.  Le  fastigium  est  suivi  de  la  défervescence  qui,  souvent,  fait 
de  si  rapides  progrès  que,  dans  le  cours  de  douze  heures  ou  dans 
l'espace  d'une  nuit,  la  température  descend  jusqu'à  l'état  normal 
ou  à  peu  près.  D'autres  fois,  notamment  quand  la  température 
précédente  a  été  très-élevée,  l'état  thermique  normal  n'est  pas 
atteint  dans  les  premières  douze  heures  de  la  défervescence  ;  la 
température  remonte  encore  une  fois  dans  la  soirée  et  n'arrive  à 
son  élévation  normale  que  dans  la  nuit  suivante. 

Dans  certains  cas,  la  défervescence  ne  suit  pas  une  marche 
aussi  rapide,  et  se  présente  sous  une  forme  plutôt  rémittente  ; 
cependant,  son  évolution  est  plus  prompte  que  celle  du  typhus 
abdominal.  C'est  ce  qui  arrive  dans  les  cas  où  les  fluctuations 
quotidiennes  ont  déjà  été  plus  considérables  pendant  le  fastigium 
et  où  l'inflammation  cutanée  fait  encore  quelques  progrès  dans  la 
période  de  défervescence.  L'abaissement  rémittent  se  termine  par- 
fois, dans  ce  cas,  par  une  dernière  chute  plus  rapide  que  les  autres; 
après  quoi  la  défervescence  arrive  à  son  terme. 

Lorsque  l'éruption  cutanée  s'éteint  en  même  temps  que  la  fiè- 
vre, l'état  apyrétique  se  maintient  et  la  convalescence  vient  s'y 
joindre  sans  trouble  ultérieur. 

5.  Les  cas  où  le  premier  et  fort  abaissement  de  la  tempéra- 
ture conduit  à  la  défervescence  définitive  ou  dans  lesquels  l'état 
apyrétique  se  maintient,  sont,  il  est  vrai,  très-fréquents  en  géné- 
ral. Cependant,  il  n'est  pas  rare  de  voir  se  produire,  après  une 
courte  interruption  (un  à  six  jours),  une  ascension  nouvelle  et 
considérable  que  la  température  normale  ait  été  atteinte  aupara- 
vant ou  non.  Cette  ascension  est  accompagnée  d'une  nouvelle 
extension  de  l'inflammation  cutanée  ou  lui  sert  de  prélude.  Il  peut 
se  faire  que  de  pareilles  rechutes  de  la  fièvre  arrivent  à  plusieurs 
reprises;  cependant,  le  plus  souvent,  elles  n'atteignent  pas  la  du- 
rée du  premier  fastigium  et  disparaissent  au  bout  d'un  à  deux 
jours.  Plus  l'érysipèle  contracte  la  forme  ambulante,  plus  ces  repri- 
ses peuvent  se  multiplier.  La  fièvre  ne  disparaît  qu'au  moment 
où  l'érysipèle  s'arrête,  et  celui-ci  ne  cesse  que  quand  il  ne  se 
produit  plus  de  nouvelle  ascension  thermique.  Cependant,  on  re- 
marque que,  quand  l'affection  et  ses  périgrinations  durent  plus 
que  le  temps  ordinaire,  les  élévations  thermiques  baissent  gra- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        361 

duellement  et  que,  souvent,  elles  se  transforment  en  ascension  ves- 
pérales quotidiennes  et  modiques. 

6.  En  cas  d'issue  léthale,  la  mort  semble  se  produire,  le  plus 
souvent,  à  une  température  très-élevée  ;  du  moins,  il  en  était 
ainsi  dans  les  cas  observés  par  moi  (ainsi  que  dans  ceux  observés 
par  Eulenburg). 

Consultez  mes  publications  antérieures  sur  la  marche  régulière 
des  maladies  typiques  (Ueber  der  normal  Verlauf  typischer  Kran- 
keiten,  p.  15). 

Blass,  Observations  d'érysipèle  (Beobachtungen  der  Erysipelas. 
Leipzig,  thèse,  1863). 

Eulenburg,  Sur  les  modifications  ante  et  post  mortem  de  la 
température  dans  Uérysipèle  (Ueber  prœmortale  und  postmortale 
der  Eigenivànne  bei  Erysipelas.  Mémoire  original  dans  le  Cen- 
tralblatt,  1866,  p.  65). 

Ponfick  [Deutsche  Klinik,  1867,  p.  20-26). 

Voyez  les  tracés  thermiques  de  l'érysipèle,  planche  V. 

IX.  FIÈVRE  RÉMITTENTE  AVEC  ÉRUPTION  PME1 CTÉNULAIRE 

1.  J'ai  décrit  sous  ce  nom  (Archiv  der  Heilkunde,  1864,  t.  V, 
p.  57  et  ibid.,  1867,  t.  VIII,  p.  174)  un  état  morbide  qui  m'a 
semblé  particulier,  quoi  qu'il  ait  jusqu'ici  passé  inaperçu.  J'en 
ai  relaté  moi-même  sept  cas,  un  autre  m'a  été  communiqué 
par  M.  Ladé  (de  Genève).  Cette  maladie  est  caractérisée  par 
un  exanthème  particulier,  tant  comme  forme  que  comme  siège 
et  comme  évolution,  par  un  certain  nombre  de  phénomènes  ty- 
phiques  (surtout  les  symptômes  nerveux,  spléniques  et  intesti- 
naux; mais  ces  derniers,  il  est  vrai,  sont  moins  marqués),  par 
des  troubles  considérables  dans  les  organes  respiratoires,  et,  enfin, 
par  la  marche  que  suit  la  fièvre. 

2.  La  fièvre,  dont  la  marche  n'avait  dans  aucun  des  cas  pu  être 
observée  avant  la  fin  de  la  première  semaine,  était  d'une  grande 
intensité,  mais  ne  ressemblait  à  aucun  des  types  fébriles  des  au- 
tres exanthèmes. 


562        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

Elle  ne  baissait  pas  au  moment  de  l'éruption  comme  dans  les 
varioloïdes  ;  elle  ne  présentait  pas  non  plus  une  seconde  ascension 
intense  arrivant  après  coup  comme  dans  la  variole  ;  ni  une  défer- 
vescence  rapide  accompagnant  le  maximum  de  l'exanthème  comme 
dans  la  rougeole  ;  ni  la  défervescence  ralentie  de  la  scarlatine;  ni 
les  irrégularités  que  l'on  constate  dans  les  fièvres  miliaires;  ni 
encore  l'abaissement  très-rapide  ou  accéléré  indépendant  de 
l'exanthème,  tel  qu'il  se  présente  dans  la  fièvre  pétéchiale  ;  ni 
enfin  les  descentes  brusques  avec  tendance  à  des  recrudescences 
comme  dans  l'érysipèle. 

Dans  les  premiers  (deux  à  onze)  jours  qui  suivaient  leur  entrée 
à  l'hôpital,  j'observais  chez  les  malades  présentant  le  type  fébrile 
sus-mentionné,  une  fièvre  rémittente  très-marquée  avec  des  exa- 
cerbations  vespérales  de  plus  de  40°,  et  même  de  plus  de  41°,  et 
avec  des  rémissions  matinales  de  l°à  2°  ;  il  y  eut,  dans  l'un  de 
ces  cas,  le  huitième  jour,  dans  les  autres,  vers  la  fin  de  la  deuxième 
ou  dans  le  cours  de  la  troisième  semaine,  une  décroissance  dans 
les  grandes  fluctuations  quotidiennes,  présentant  une  analogie  avec 
la  période  correspondante  de  déclin  de  la  fièvre  typhoïde;  pendant 
huit  ou  quinze  jours  on  observait  les  particularités  suivantes  :  de 
jour  en  jour  les  rémissions  matutinales  devenaient  un  peu  moins 
basses,  et,  le  plus  souvent,  les  exacerbations  vespérales  aussi  bais- 
saient graduellement,  jusqu'à  ce  que,  d'abord  dans  la  matinée, 
ensuite  le  soir,  la  température  redevint  normale  ou  à  peu  près. 
Dans  quatre  cas,  la  convalescence  fut  interrompue  par  des  re- 
chutes fébriles  peu  considérables  et  de  courte  durée.  Dans  ces 
cas  la  marcbedela  maladie  traînait  considérablement  en  longueur 
et  dans  tous  l'exanthème  persistait  pendant  la  plus  grande  partie 
du  temps  que  durait  la  fièvre. 

Voyez,  pour  plus  de  détails,  loco  citato;  pour  la  courbe  thermi- 
que, planche  Y. 

X.  FÉBRICULE 

4.  Deux  catégories  morbides  peuvent  être  rangées  dans  la  fébri- 
cule  : 

En  premier  lieu,  les  mouvements  fébriles  qui  durent  plus  ou 
moins  longtemps,  mais  dans  lesquels  la  température  ne  s'élève  pas 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        565 

sensiblement  au-dessus  des  degrés  sous-fébriles,  même  dans  les 
exacerbations  vespérales,  ou  ne  présente  qu'isolément  des  ascen- 
sions considérables. 

En  second  lieu,  il  faut  y  ranger  les  éphémères,  c'est-à-dire  des 
accès  de  fièvre  qui  durent  seulement  deux  ou  quelques  jours  et  se 
terminent  par  la  guérison.  Dans  cette  forme  de  la  maladie,  il  se 
présente  dès  le  premier  malaise  une  ascension  rapide  de  la  tempé- 
rature qui,  dans  l'espace  de  quelques  heures  peut  s'élever  de  2°  à 
5°  et  plus,  avec  ou  sans  frissons. 

Parfois,  le  maximum  n'est  pas  atteint  d'un  trait  et  en  quelques 
heures,  mais  seulement  dans  le  cours  de  vingt-quatre  à  trente-six 
heures,  interrompue  par  un  abaissement  modéré  dans  la  matinée 
qui  suit  le  début  de  la  maladie  (éphémère  prolongée).  Le  fas- 
tigium  dure  quelques  heures  seulement,  tout  au  plus  une  journée  ; 
pendant  cet  espace  de  temps,  la  chaleur  propre  est  plus  ou  moins 
considérable;  parfois  elle  s'élève  même  à  40°  et  au-dessus.  Aussi- 
tôt après,  elle  est  suivie  d'une  rapide  décroissance  de  la  tempéra- 
ture qui,  déjà  en  douze,  vingt-quatre  ou  trente-six  heures  est  re- 
venue à  l'état  normal. 

Quand  la  défervescence  suit  cette  marche,  il  n'est  pas  extraor- 
dinaire de  la  voir  interrompue  dans  les  heures  vespérales  par  une 
petite  élévation.  Il  peut  aussi  se  faire  que  le  complet  retour  à 
l'apyrexie  soit  un  peu  retardé  et  que  deux  ou  trois  jours  se  passent 
avant  que  la  température  ne  revienne  définitivement  à  l'état  normal . 

2.  Ces  deux  catégories  se  présentent  dans  des  circonstances  dif- 
férentes à  plusieurs  points  de  vue. 

L'état  pathologique  qui  succède  à  un  traumatisme  (opérations 
chirurgicales,  etc.)  détermine  fréquemment  une  fébricule,  dont 
les  conditions  ont  été  recherchées  avec  soin  par  Billroth  [Arch.  fur 
klinische  Chirurgie,  t.  II). 

Il  est  vrai  qu'après  un  grand  nombre  de  blessures  et  même  des 
traumatismes  considérables,  il  peut  n'y  avoir  aucun  mouvement 
fébrile. 

Mais,  très-souvent  aussi,  notamment  dans  la  plupart  des  bles- 
sures graves,  on  observe  une  élévation  thermique  dans  les  jour- 
nées qui  suivent  immédiatement  l'accident  (fièvre  traumatique, 
Wundfieber) . 


304       DE  LÀ  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

La  fièvre  qui,  d'ordinaire,  se  produit  dès  les  premières  vingt- 
quatre  heures  après  la  blessure,  présente  une  rapide  ascension  de 
la  température,  de  sorte  que  le  maximum  thermique  est  atteint 
dans  la  plupart  des  cas,  dès  le  premier  ou  le  deuxième  jour,  le 
plus  souvent,  entre  le  troisième  et  le  sixième  jour. 

L'ascension  se  fait,  d'ordinaire,  d'une  façon  continue;  seule- 
ment, dans  le  cas  où  le  maximum  thermique  est  tardif,  l'ascension 
est  interrompue  par  des  rémissions  matinales. 

L'acmé  se  montre  généralement  dans  la  soirée,  par  exception 
seulement  le  matin,  et  l'heure  du  jour  dans  laquelle  la  blessure  a 
été  reçue  n'exerce  aucune  influence  à  cet  égard. 

Dans  la  grande  majorité  des  cas,  le  maximum  reste  au-dessous 
de  40°,  assez  fréquemment  au-dessous  de  59°  ;  c'est  par  exception 
seulement  que  la  température  monte  à  40°, 5  et  au-dessus. 

Il  est  de  plus  favorable  augure  qu'un  maximum  considérable 
soit  atteint  dès  les  deux  premiers  jours,  que  si  la  température  n'a- 
vait été,  au  début,  que  modérément  fébrile,  pour  monter  tout  d'un 
coup  plus  tard  ;  dans  ce  dernier  cas,  on  doit  soupçonner  l'exis- 
tence d'une  inflammation  accidentelle  ou  de  la  pyémie. 

La  hauteur  à  laquelle  s'élève  la  tempérai ure  n'a  aucun  rapport 
avec  la  durée  de  l'élévation  complète. 

La  température  ne  reste  dans  la  grande  majorité  des  cas  que 
quelques  heures  par  jour  dans  le  voisinage  des  points  culminants 
du  maximum. 

Parfois,  il  se  forme  pendant  deux  soirées  des  cimes  exacerbatri- 
ces  d'une  élévation  à  peu  près  égale,  et  entre  les  deux  se  place 
une  rémission  matinale. 

Toute  durée  prolongée  d'une  élévation  thermique  considérable 
ou  bien  le  fréquent  retour  de  fortes  exacerbations  permettent  de 
supposer  une  inflammation  interne,  une  complication  ou  le  début 
de  la  pyémie. 

La  défervescence  commence  souvent  dès  le  premier  jour  de  la 
fièvre,  plus  souvent,  le  deuxième,  assez  fréquemment  encore  le 
troisième  et  le  quatrième,  rarement  le  cinquième  ou  seulement  le 
septième  jour. 

Elle  est  tantôt  rapide,  tantôt  traînante;  dans  ce  dernier  cas, 
elle  est  accompagnée  d'élévations  vespérales.  Ces  deux  conditions 
paraissent  se   présenter    avec  une   égale    fréquence.  Jamais  la 


DE  LA.  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        565 

température  ne  descend  pendant  la  défervescence  au-dessous  de 
l'état  normal. 

L'âge,  la  constitution,  etc.,  ne  semblent  pas  exercer  d'influence 
sur  le  moment  où  se  produit  l'ascension  thermique  ni  sur  la 
marche  de  la  fièvre  traumatique. 

Si  la  blessure  a  entraîné  une  abondante  hémorrhagie,  il  se  pré 
sente  souvent  d'abord  un  abaissement  thermique,  tantôt  insigni 
fiant,  tantôt  considérable.  Cet  abaissement  n'est  que  passager;  la 
fièvre  traumatique  n'est  pas  pour  cela  empêchée.  Au  contraire,  elle 
suit  l'abaissement  après  quelques  heures  déjà  et  peut  devenir 
aussi  intense  que  dans  les  cas  où  il  n'y  a  pas  de  perte  considérable 
de  sang. 

Quand  la  blessure  a  été  précédée  par  une  fièvre  chronique,  la 
fièvre  traumatique  devient  le  plus  souvent  très-violente,  dépasse 
l'élévation  ordinaire,  dure  plus  longtemps,  et  est  très-exposée  à  de 
nouvelles  complications. 

Il  en  est  de  même  quand  le  traumatisme  a  frappé  des  individus 
atteints  de  maladies  chroniques  sans  fièvre,  de  phthisie  apyréti- 
que,  de  maladie  de  Bright  ou  de  dégénérescence  amyloïde. 

Toutes  les  élévations  thermiques  excessives  déterminent  assez 
souvent,  chez  les  blessés,  d'autres  complications,  augmentent 
les  dangers  de  la  plaie  et  déjouent  fréquemment  le  succès  des 
opérations. 

3.  Assez  souvent,  mais  non  dans  la  majorité  des  cas,  les  blessés 
sont  repris  de  fièvre  après  le  quatrième  jour,  c'est  la  fièvre  secon- 
daire (Nachfieber). 

L'intensité  et  la  durée  de  la  fièvre  traumatique  n'ont  aucune  in- 
fluence sur  le  développement  de  la  fièvre  secondaire.  Cette  dernière 
peut  même  se  produire  dans  les  cas  où  il  n'y  a  pas  eu  de  fièvre 
traumatique  (primitive).  D'un  autre  côté,  la  fièvre  traumatique 
prolongée  ne  se  distingue  pas  toujours  de  la  fièvre  secondaire. 

Parfois,  on  ne  saurait  trouver  de  cause  spéciale  à  la  fièvre  se- 
condaire ;  dans  ce  cas,  elle  est  habituellement  légère  et  de  courte 
durée. 

Mais  la  fièvre  secondaire  provient  presque  toujours  de  causes 
déterminées  et  peut,  de  son  côté,  servir  à  éveiller  l'attention  et 
à  engager  à  rechercher  des  troubles  qui  enrayent  la  guérison.  Ces 


566        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

causes  peuvent  être  :  la  rétention  des  produits  sécrétés  par  la 
plaie,  la  propagation  de  la  phlegraasie  au  tissu  cellulaire  sous- 
cutané  ou  intermusculaire,  la  constipation  et  la  rétention  d'urine, 
ou  le  développement  de  nouveaux  processus  morbides,  l'inflam- 
mation des  organes  internes  :  telles  sont  les  principales  conditions 
pathogéniques  de  la  fièvre  secondaire. 

Cette  fièvre  peut  se  produire  chaque  jour  à  partir  de  la  deuxième 
moitié  de  la  première  semaine,  jusque  dans  les  semaines  sui- 
vantes, et  même  à  la  fin  de  la  sixième  inclusivement. 

Les  accès  légers  de  cette  fièvre  se  produisent  d'une  façon 
presque  insensible  ;  ils  ne  sont  pas  précédés  de  frissons  et  leur 
durée  est  courte;  un  ou  deux  jours,  tout  au  plus  une  semaine. 

Les  fièvres  secondaires  intenses  débutent  souvent  par  un  frisson. 

L'état  thermique,  dans  les  fièvres  secondaires  est  très-variable, 
par  suite  des  conditions  multiples  qui  les  déterminent  ;  notons, 
en  outre,  que  ces  fièvres  n'ont,  en  somme,  rien  de  commun  entre 
elles,  si  ce  n'est  qu'elles  se  produisent  à  un  certain  moment  après 
les  traumatismes.  Elles  sont  l'expression  générale  des  troubles 
multiples,  légers  ou  graves,  auxquels  un  blessé  est  exposé  dans  les 
six  premières  semaines  qui  suivent  l'accident  primitif.  Il  est,  par 
conséquent,  impossible  qu'elles  revêtent  un  type  déterminé  ;  leur 
seule  signification  pratique  est  la  suivante  :  elles  constituent  un 
des  premiers  symptômes  indiquant  que,  par  suite  d'une  prédis- 
position morbide  créée  par  le  traumatisme,  une  influence  nocive- 
quelconque  est  venue  troubler  l'évolution  régulière  du  processus 
curateur. 

4.  Quand  le  travail  de  l'accouchement  est  anormal,  la  thermo- 
métrie  est  capable,  comme  l'a  démontré  "Winckel,  d'établir  la  dis- 
tinction importante  entre  les  faibles  contractions  de  l'utérus  (pre^ 
mières  douleurs)  et  les  douleurs  dites  cxpultrices. 

S'il  s'agit  des  premières  douleurs  utérines,  l'élévation  thermi- 
que particulière  à  l'accouchement  normal,  ne  se  produit  pas  ;  la 
température  est,  d'ordinaire,  plus  basse  dans  ce  cas,  et  suit  la 
fluctuation  quotidienne  physiologique. 

Si  ce  sont,  au  contraire,  des  douleurs  expultrices,  quelle  qu'en 
soit  la  cause,  la  température  s'élève  d'une  façon  correspondante 
à  leur  durée.  Cette  élévation  n'est  pas  considérable,  il  est  vrai,  elle 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       567 

ne  dépasse  pas  facilement  1°  ;  cependant,   elle  persiste  sans  être 
influencée  par  les  fluctuations  quotidiennes  normales. 

Immédiatement  après  l'accouchement,  à  la  suite  des  tranchées 
utérines,  la  température  reste  également  élevée;  mais  si,  dans 
cet  intervalle,  aucune  inflammation  n'est  survenue,  elle  retombe 
dans  les  douze  heures  suivantes. 

5.  Pendant  les  couches,  une  température  au-dessus  de  58°  n'est 
pas  encore,  il  est  vrai,  l'indice  certain  d'un  processus  pathologi- 
que, mais  elle,  est  au  moins  suspecte  ;  une  température  normale 
chez  une  accouchée  n'est  cependant  pas  une  garantie  absolue  de 
la  marche  régulière  des  couches. 

Chez  bien  des  accouchées,  on  trouve  une  élévation  modérée  dans 
les  premières  vingt-quatre  heures  après  l'accouchement,  une  es- 
pèce de  fièvre  traumatique  légère  sans  lésion  locale  démontrable. 
La  température  dans  ce  faible  mouvement  fébrile  ne  dépasse  pas 
58°, 5.  Elle  ne  dure  d'ordinaire  qu'une  seule  journée. 

Chez  certaines  accouchées,  il  se  montre  une  fièvre  assez  forte, 
parfois  précédée  d'un  frisson.  Le  plus  souvent,  cette  forme  fébrile 
intense  se  produit  le  deuxième  ou  troisième,  quelquefois,  le 
quatrième,  cinquième  ou  sixième  jour,  et  coïncide,  par  consé- 
quent, avec  la  turgescence  croissante  des  seins  (fièvre  de  lait). 

Cette  fièvre  peut  atteindre  son  apogée  après  quelques  heures  ou 
seulement  après  quelques  jours  (de  deux  à  cinq  jours)  ;  arrivée  à 
son  point  culminant,  la  température  peut,  assez  souvent,  attein- 
dre 40°  ;  alors  elle  redescend  rapidement  vers  la  défervescence,  à 
moins  qu'il  ne  survienne  quelque  complication  locale,  de  sorte 
que,  très-peu  de  temps  après  avoir  commencé  à  décliner,  la  tem- 
pérature a  regagné  son  niveau  normal. 

A  partir  de  ce  moment,  tantôt  la  température  reste  normale, 
tantôt  il  se  présente,  après  une  apyrexie  complète  d'une  certaine 
durée,  une  fièvre  secondaire  avec  des  élévations  allant  quelquefois 
jusqu'à  42°  ;  mais  cette  fièvre  s'apaise  dans  l'espace  de  un  à  vingt- 
cinq  jours  et  disparaît  sans  laisser  de  traces. 

Toutes  les  élévations  thermiques  différant  des  précédentes  par 
leur  amplitude,  par  leur  durée,  dénotent  une  maladie  grave  :  soit 
une  inflammation  locale,  soit  une  affection  essentiellement  constia 
tutionnelle. 


368        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

6.  Une  foule  d'autres  circonstances  peuvent  déterminer  des  ac- 
cès fébriles  éphémères. 

Ainsi,  ils  se  produisent  chez  des  individus  faibles,  maladifs,  chez 
des  enfants,  des  femmes,  sans  la  moindre  cause  appréciable. 

Souvent,  ils  se  montrent  pendant  la  période  de  forte  croissance, 
durant  le  travail  de  la  dentition,  dans  l'inanition  et  aux  époques 
cataméniales. 

Ils  peuvent  annoncer  le  début  ou  l'accroissement  d'un  proces- 
sus morbide  plus  ou  moins  latent  et  torpide. 

Ils  servent  de  prélude  à  des  lésions  éphémères  ;  ainsi  l'éruption 
d'un  herpès  labialis  isolé  est  souvent  précédée  par  un  violent  mou- 
vement fébrile. 

Assez  souvent  aussi,  ces  accès  éphémères  se  présentent  isolément 
dans  la  période  d'exacerbation  des  maladies  infectieuses. 

Parfois,  ils  se  produisent  au  moment  où  se  fait  l'extension  d'un 
virus,  au  sein  de  l'organisme  (par  l'intermédiaire  des  vaisseaux 
lymphatiques),  mais  qui  reste  sans  conséquences  ultérieures,  ou 
quand  il  se  produit  une  obstruction  embolique. 

Quand  l'infection  de  l'organisme  a  été  incomplète,  ou  bien  dans 
les  cas  où  les  sujets  ne  présentaient  qu'une  faible  prédisposition 
morbide,  ces  accès  fébriles  éphémères  constituent  l'unique  expres- 
sion et  le  seul  effet  de  l'influence  d'une  cause  morbide  spécifique. 
Ils  peuvent  aussi  se  présenter  après  des  conditions  étiologiques 
puissantes  (les  grands  refroidissements,  l'impression  de  l'humidité, 
les  émotions  morales),  sans  être  nécessairement  suivis  de  consé- 
quences ultérieures. 

XI.   PViiMïii 

La  fièvre  purulente  (c'est-à-dire  la  fièvre  dont  se  compliquent 
les  inflammations  aiguës  multiples)  est  rarement  primitive  et 
spontanée,  mais  presque  toujours  consécutive  à  d'autres  processus, 
notamment  au  traumatisme,  ou  se  produit  dans  la  puerpéralité, 
et  a,  sans  doute,  une  origine  infectieuse;  cette  fièvre  se  développe, 
soit  dans  un  état  complètement  apyrétique,  ou  bien  elle  est  précé- 
dée par  un  état  fébrile  plus  ou  moins  considérable,  déterminé  par 
les  processus  préparatoires. 

Dans  les  deux  cas,  le  début  de  la  pyémie  est  nettement  circon- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       569 

scrit  ;  dans  le  dernier  cas  cependant,  on  observe  parfois,  immédia- 
tement avant  le  début  des  phénomènes  pyémiques,  un  abaissement 
thermique  tantôt  léger  et  tantôt  considérable  ;  dans  d'autres 
cas,  une  légère  élévation  préalable  ;  il  est  possible  et  même  pro- 
bable que  ces  modifications  thermiques  proviennent  déjà  de  la  ma- 
ladie pyémique  et  constituent  le  premier  effet  de  l'infection. 

Le  première  élévation  par  laquelle  débutent  d'ordinaire  les  pre- 
mières manifestations  delà  maladie  et  qui  est  accompagnée  généra- 
lement d'un  grand  frisson ,  a,  le  plus  souvent,  une  marche  ra- 
pide, s'accomplit  parfois  dans  l'espace  de  quelques  heures  ou 
d'une  demi-journée ,  le  plus  souvent  dans  le  cours  d'une  seule 
journée,  s'étend  rarement  à  plus  d'un  jour  et  demi,  et  monte 
jusqu'à  2°^  à  3°|,  et  plus  ;  on  peut  exceptionnellement  la  trouver 
moins  marquée.  Dans  cette  élévation,  la  température  dépasse 
presque  toujours  40°,  va  le  plus  souvent  au-dessus  de  41°  et 
s'approche  parfois  de  42°. 

Pour  mieux  dire,  cette  ascension  se  produit  de  la  façon  sui- 
vante :  Dans  les  premières  douze  ou  quinze  heures,  du  matin,  par 
exemple,  jusque  vers  minuit,  la  température  monte  de  1°  à  1°  |,  ce 
qui  pourrait  ressembler,  dans  le  cas  où  une  autre  fièvre  l'aurait 
précédée,  à  la  fluctuation  quotidienne  déterminée  par  celle- 
là,  mais  s'en  écarte  cependant  dans  un  sens  ou  dans  l'autre.  Puis 
survient,  après  minuit,  une  ascension  plus  rapide,  et  le  matin  on 
constate  une  température  beaucoup  plus  élevée  ;  quand  elle  a  été 
précédée  par  une  fièvre  d'une  autre  nature,  cette  élévation  dépasse 
de  1°|  à  2°|-les  maxima  quotidiens  des  journées  précédentes.  Par- 
fois cependant,  une  ascension  un  peu  plus  modérée  se  montre 
aussi  pendant  la  journée  qui  suit  la  nuit  du  premier  accès  fébrile. 
Dans  la  minorité  des  cas,  l'élévation  est  essentiellement  plus  rapide 
pendant  le  premier  accès,  surtout  si  la  fièvre  existait  auparavant, 
de  sorte  que  la  première  acmé  est  atteinte  au  bout  de  quelques 
heures. 

2.  Le  premier  accès  est  acméiforme.  Après  que  la  température 
a  atteint  son  maximum,  elle  commence  aussitôt  à  tomber  d'une 
façon  tout  aussi  rapide  et  même  plus  brusque;  elle  redescend 
dans  l'espace  de  quelques  heures  de  2°  ou  4°,  de  sorte  qu'en  gé- 
néral la  température  est  moins  élevée  qu'elle  ne  l'avait  été  avant 


370        DE  LÀ  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

le  début  de  la  pyémie.  Cependant,  après  le  premier  accès,  la  tem- 
pérature n'atteint  d'ordinaire  pas  l'état  normal,  mais  elle  s'en 
rapproche  parfois,  baissant  jusqu'à  58°  à  58°, 5. 

La  température  basse  qui  suit  le  premier  accès  ne  se  maintient 
d'ordinaire  pas  longtemps,  à  peine  durant  une  demi -journée,  dans 
la  plupart  des  cas,  remonte  aussitôt  après  avoir  atteint  le  mini- 
num,  et  cette  ascension,  qu'elle  soit  compliquée  de  frisson  ou  non, 
est  presque  aussi  rapide  que  la  première  ;  elle  ne  parvient  cepen- 
dant pas  à  la  même  hauteur. 

Le  premier  accès  pyémique  ressemble  beaucoup  au  début  des 
autres  maladies  aiguës  ;  il  s'en  distingue  cependant  par  une  courte 
période  pyrogénétique.  Mais,  d'un  côté,  l'élévation  thermique,  qui 
est  habituellement  atteinte  en  peu  de  temps  dans  la  pyémie,  est 
de  beaucoup  plus  considérable  que  dans  ces  autres  maladies,  et, 
de  l'autre  côté,  le  premier  accès  pyémique  se  distingue,  du 
moins  des  formes  fébriles  continues,  par  un  prompt  retour  à  la 
chute  rapide  de  la  température. 

Il  est  plus  difficile  de  le  distinguer  d'un  accès  de  lièvre  inter- 
mittente. Cependant,  dès  le  premier  accès  pyémique,  il  se  présente 
une  ascension  sensiblement  plus  lente  que  dans  un  accès  de  fièvre 
intermittente.  Aussitôt  après  l'accès  pyémique,  la  température 
ne  revient  que  rarement  à  l'état  normal  ;  au  contraire,  elle  pré- 
sente beaucoup  plus  souvent  une  nouvelle  ascension,  avant  d'avoir 
franchi  57,5°. 

5.  Dans  le  cours  ultérieur  de  la  maladie,  on  observe  les  modalités 
suivantes  : 

1°  Ascension  brusque  de  la  température  à  des  élévations  plus  ou 
moins  considérables,  s'approchant  plus  ou  moins  de  l'acmé  du  pre- 
mier accès;  elles  ne  manquent  presque  jamais,  et  se  répètent 
dans  la  grande  majorité  des  cas,  sans  régularité  et  avec  plus  ou 
moins  de  fréquence,  deux  ou  trois  fois  dans  une  même  journée  ; 
revirement  brusque  de  la  température  vers  l'abaissement  après 
son  arrivée  au  maximum.  Ce  n'est  qu'exceptionnellement  que  la 
chaleur  propre  reste  pendant  plus  d'une  demi-journée  dans  le  voi- 
sinage du  maximum  ;  le  plus  souvent  elle  descend  rapidement 
aussitôt  après  avoir  atteint  son  apogée  ; 

w2°  Abaissement  thermique  rapide  à  la  façon  d'une  défervescence 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        371 

brusque,  se  produisant  souvent  encore  plus  vite,  et  descendant, 
dans  les  accès  suivants,  jusqu'à  l'état  normal  et  au-dessous,  mais 
souvent  aussi  s'arrêtant  à  59°  et  même  au-dessus  ; 

5°  Périodes  intercalaires  d'apyrexie  de  la  durée  d'une  demi- 
journée  ou  d'une  journée  entière  ; 

4°  D'ordinaire  il  se  trouve,  dans  l'intervalle  des  accès  fébriles  ou 
bien  aussi  au  moment  de  l'issue  léthale  de  la  maladie,  des  pério- 
des d'une  ou  de  plusieurs  journées  où  il  y  a  une  marche  continue 
ou  rémittente  avec  une  direction  ascendante,  ou  bien  aussi  avec 
un  cours  irrégulier  ; 

5°  Les  frissons  bien  connus,  qui  se  répètent  plus  ou  moins  fré- 
quemment, coïncident  le  plus  souvent  avec  l'ascension  rapide  de  la 
température,  mais  souvent  aussi  en  sont  indépendants,  et  peuvent 
même  faire  défaut.  Par  ces  conditions,  la  marche  de  la  fièvre  pyé- 
mique  est  très-complètement  caractérisée  et  se  distingue  de  toute 
autre  maladie.  Les  formes  principales  de  la  maladie  telles  qu'elles 
sont  établies  parHeubner  aident  beaucoup  à  s'orienter  à  travers  le 
dédale  des  différences  individuelles.  Les  voici  : 

a)  Des  cas  avec  succession  rapide  d'ascensions  et  d'abaissements 
brusques  ; 

b)  Des  cas  avec  accès  fébriles  séparés  les  uns  des  autres  par  des 
intervalles  apyrétiques  ou  à  peine  fébriles  ; 

c)  Des  cas  avec  fièvre  continue  et  fortes  élévations  intercur- 
rentes. 

La  durée  de  la  fièvre  pyémique  est  d'ordinaire  environ  d'une 
semaine,  rarement  moins  d'une  demi-semaine,  rarement  aussi 
plus  d'une  semaine  et  demie. 

4.  La  mort  n'est  ordinairement  pas  précédée  par  un  stade 
proagonique  indiqué  par  la  thermométrie  et  succède  tantôt  à  une 
température  relativement  basse  et  même  normale,  tantôt  à  une 
température  modérément  fébrile,  tantôt  à  une  température  très- 
fébrile  ,  et  parfois  même  à  une  température  hyperpyrétique, 
comme  c'est  le  cas  notamment  dans  la  fièvre  puerpérale  prompte- 
ment  mortelle. 

Mais  il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  qu'il  se  produit  aussi  de 
temps  en  temps  des  infractions  à  cette  règle. 


572        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

Chez  des  individus  gravement  malades,  la  morl  peut  être  préma- 
turée et  survenir  dès  le  début  de  la  pyémie  ;  la  marche  thermique 
perdra  ainsi  ce  qu'elle  offre  de  caraclérislique.  Dans  des  cas  rares, 
la  pyémie  se  présente  sous  forme  de  fièvre  continue  sans  frissons, 
ou  seulement  avec  un  frisson  initial.  Cette  marche  se  rencontre 
parfois  dans  la  pyémie  traumatique,  mais  beaucoup  plus  fréquem- 
ment dans  la  fièvre  puerpérale,  notamment  dans  celle  de  ses  formes 
qui  tue  rapidement  et  n'arrive  pas  jusqu'à  la  formation  d'abcès. 
Dans  des  cas  rares  aussi  se  présente,  dès  le  début  de  la  pyémie, 
une  ascension  en  zigzag  échelonnée  qui  s'étend  sur  plusieurs 
journées,  ou  une  diminution  des  rémissions,  quand  la  pyémie  a 
été  précédée  par  une  forte  fièvre  rémittente  ;  puis  apparaît,  mais 
seulement  plus  tard,  une  forte  élévation  presque  subite. 

Maints  cas  présentent,  au  moins  pendant  quelque  temps,  un  cer- 
tain rhythme  dans  le  retour  des  accès. 

Parfois  la  maladie  traîne  en  longueur  ;  les  accès  deviennent 
même  pendant  un  certain  temps  plus  rares  et  plus  faibles  ;  finale- 
ment une  terminaison  fatale  peut  cependant  encore  se  produire. 

Enfin,  il  y  a  des  cas  à  marche  très-lente  dans  lesquels  un  cours 
apyrétique  ou  faiblement  fébrile  n'est  interrompu  pendant  assez 
longtemps  que  par  des  accès  éventuels  de  fièvre  intense,  qui  sont 
parfois  séparés  par  une  intervalle  d'une  ou  de  deux  semaines  et 
déterminent  ainsi  une  durée  plus  longue,  correspondant  à  ces  in- 
tervalles. Les  accès  fébriles  finiront  alors  par  cesser,  et  la  guérison 
s'établira,  ou  bien  la  mort  surviendra  à  la  suite  de  la  répétition 
des  accès,  ou  sera  précédée  par  une  fièvre  continue  de  courte  durée. 

Consultez,  au  sujet  de  la  marche  rapide  de  la  pyémie,  le  tra- 
vail de  Heubner  (1868.  Archiv  der  Heilkimde,  IX,  p.  289),  qui 
repose  sur  des  observations  prises  dans  mon  service  et  à  la  clini- 
que chirurgicale  de  Leipzig. 

Pour  les  courbes  thermiques  de  la  pyémie,   voyez  planche  Vf. 


XII.  AFFECTIONS  CATARRHALES 

DES  MEMBRANES  MUQUEUSES 

1 .  La  température  dans  les  catarrhes  muqueux  ne  présente  pas 
en  général  de  caractère  typique. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       575 

Dans  beaucoup  de  cas,  tout  écart  thermique  fait  défaut,  ou  du 
moins  les  fluctuations  quotidiennes  ne  sont  qu'un  peu  plus  fortes 
qu'à  l'état  physiologique,  de  sorte  que,  dans  la  soirée,  les  tempé- 
ratures ne  s'élèvent  qu'à  des  hauteurs  plus  que  normales,  sous- 
fébriles  ou  modérément  fébriles. 

Parfois  on  observe,  dès  le  début  de  la  maladie,  ou  accidentel- 
lement dans  son  cours,  une  ascension  éphémère,  mais  qui  n'en- 
traîne pas  de  conséquences  ultérieures. 

Par  temps,  il  se  présente  aussi  des  élévations  irrégulières,  liées 
le  plus  souvent  à  de  nouvelles  influences  nocives,  ou  à  des  recru- 
descences accidentelles  de  l'affection  catarrhale. 

On  rencontre  de  semblables  élévations,  notamment  chez  des  indi- 
vidus très-sensibles  et  chez  des  personnes  qui,  avant  d'être  affec- 
tées de  catarrhe,  étaient  déjà  atteintes  de  maladies  chroniques. 

Chez  les  enfants  aussi,  les  affections  catarrhales  peuvent  provo- 
quer des  températures  assez  élevées. 

Quand  la  marche  du  catarrhe  est  chronique,  il  se  présente  par- 
fois une  fièvre  de  forme  hectique,  surtout  si  le  catarrhe  chronique 
a  été  exaspéré  pendant  quelque  temps. 

Dans  un  grand  nombre  d'affections  catarrhales,  l'apparition  d'é- 
lévations thermiques  est  un  symptôme  assez  sûr  de  complications 
naissantes  :  ainsi  notamment  dans  la  coqueluche.  Dans  cette  ma- 
ladie, une  mensuration  quotidienne  continue  de  la  température 
offre  par  conséquent  une  grande  valeur  pratique. 

La  température  suit  la  même  marche  dans  les  catarrhes  du  pha- 
rynx, du  larynx,  des  organes  respiratoires,  du  tube  intestinal,  des 
voies  urinaires  et  des  organes  génitaux.  Dans  tous  les  cas,  la  fièvre 
est  l'indice  d'une  irritation  intense  de  la  muqueuse  ;  elle  apparaît 
et  disparaît  avec  celle-ci  ;  ou  bien  dépend  de  circonstances  acci- 
dentelles, de  prédispositions  individuelles,  d'influences  nuisibles 
ou  de  complications. 

L'élévation  thermique  peut  aussi  présenter  une  marche  plus 
connexe  et  à  peu  près  typique. 

Dans  les  catarrhes  intenses  de  la  muqueuse  respiratoire,  no- 
tamment quand  ils  sont  épidémiques,  et  qu'alors  ils  se  compli- 
quent fréquemment  de  catarrhe  intestinal  et  de  symptômes  ner- 
veux plus  ou  moins  accusés  (la  grippe). 

Dans  les  catarrhes  intenses  de  la  muqueuse  de  l'estomac  et  des 


374         DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

intestins,  surtout  quand  ils  sont  d'origine  épidémique,  ou  dans 
des  cas  où  ils  avaient  été  extrêmement  négligés. 

2.  Dans  la  grippe,  on  n'observe  d'élévation  thermique  considé- 
rable que  dans  les  cas  graves. 

Le  début  de  l'élévation  est  rarement  rapide.  La  température 
monte  comme  dans  la  période  initiale  du  typhus  abdominal, 
mais  sans  la  même  régularité,  ni  la  même  constance,  tan- 
tôt avec  plus  de  rapidité,  tantôt  avec  plus  de  lenteur,  et  le 
plus  souvent  elle  n'atteint  pas  la  même  hauteur  que  dans  la  fièvre 
typhoïde. 

Les  caractères  du  fastigium  sont  semblables  à  celles  du  fasti- 
gium  dans  le  typhus  abdominal  ;  il  présente,  du  moins  dans  les 
deux  caSj  les  mêmes  rémissions  et  exacerbations  quotidiennes. 
Ces  dernières  peuvent  monter  aussi  haut  que  dans  l'iléotyphus  et 
la  température  tend  à  s'abaisser  (au  moins  quand  le  malade  est 
bien  traité,  et  quand  d'autres  affections  ne  viennent  pas  s'y  mêler), 
dans  l'espace  de  peu  de  jours. 

La  défervescence  présente  aussi  en  général  le  même  type  lytique 
et  rémittent  que  dans  le  typhus  abdominal  ;  cependant  la  dimi- 
nution thermique  s'opère  plus  rapidement  et  sa  terminaison  arrive 
plus  tôt.  En  revanche,  il  n'est  pas  rare  de  remarquer  dans  la 
grippe  que  la  température,  après  s'être  approchée  de  l'état  normal, 
s'arrête  pendant  un  certain  temps  à  un  niveau  un  peu  supérieur  à 
la  norme,  ou  du  moins  présente  de  plus  grandes  élévations  vespé- 
rales que  dans  la  convalescence  complète. 

La  question  la  plus  importante  pour  le  diagnostic  relativement 
à  cet  état  thermique  est  la  suivante  :  Faut-il  supposer,  dans  un  cas 
donné,  l'existence  d'une  grippe  grave  ou  d'une  fièvre  typhoïde?  Cette 
question  est  d'autant  plus  difficile  à  résoudre  que  les  deux  mala- 
dies offrent,  dans  les  cas  graves,  un  certain  nombre  de  phénomènes 
communs,  tels  que:  la  prostration,  les  symptômes  nerveux  et  cé- 
rébraux, les  troubles  intestinaux  ;  et  que,  quand  il  y  a  augmenta- 
tion de  volume  de  la  rate,  on  ignore  souvent  si  cette  mégalosplénie 
n'a  pas  déjà  existé  avant  la  maladie  ;  qu'enfin  l'absence  de  taches 
rosées  n'est  pas  un  signe  suffisant  pour  exclure  la  fièvre  typhoïde. 

Si  la  température  reste  positivement  au-dessous  de  la  limite 
typhique,  la  réponse  à  cette  question  est  facile,  surtout  chez  de 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        575 

jeunes  adultes,  et  l'hypothèse  de  la  fièvre  typhoïde  n'est  plus  alors 
admissible. 

Mais  si  la  limite  typhique  de  la  température  est  atteinte  ou 
franchie,  —  ce  qui  n'est  pas  trop  rare,  surtout  dans  les  fortes  épi- 
démies de  grippe  —  il  n'est  assez  souvent  pas  possible  de  faire  le 
diagnostic  différentiel  pendant  plusieurs  jours.  Mais  quand  le  traite- 
ment a  été  bien  institué  et  qu'une  pneumonie  catarrhale  n'est  pas 
survenue,  on  peut  être  sûr  que  l'élévation  thermique  commence  à 
descendre  beaucoup  plus  tôt  dans  une  grippe,  quelque  intense 
qu'elle  soit,  que  dans  le  typhus  abdominal.  Dans  des  cas  défavora- 
bles, ainsi  quand  viennent  s'y  joindre  des  bronchites  très-intenses, 
une  bronchite  capillaire  (bronchiolite)  ou  des  péribronchites,  et 
quand  la  terminaison  est  mortelle,  la  température  revient  d'habi- 
tude à  un  degré  incompatible  avec  le  typhus,  tandis  qu'en  même 
temps  d'autres  symptômes  graves  continuent  à  se  montrer  et  con- 
trastent avec  l'abaissement  de  la  température.  Relativement  à  la 
marche  que  suit  la  température,  quand  à  la  grippe  vient  se  joindre 
une  infiltration  pulmonaire,  voyez  Pneunomie. 

3.  Il  en  est  à  peu  près  de  même  de  la  température  dans  les  ca- 
tarrhes gastro-intestinaux  fébriles  qui,  surtout  quand  on  les  né- 
glige ou  que  l'individu  atteint  est  impressionnable,  présentent 
une  température  élevée.  On  observe  le  même  type  dans  la  période 
d'augment,  le  même  fastigium  rémittent  et  la  même  défervescence 
en  zigzag  ;  et  il  se  pose  la  même  question  dans  la  pratique  ;  n'a- 
vons-nous pas  peut-être  affaire  à  une  fièvre  typhoïde?  Les  mêmes 
éléments  diagnostiques  de  la  grippe  sont  décisifs  aussi  dans  ce  cas, 
et  même  l'abaissement  thermique  se  présente  d'habitude  presque 
plus  rapidement  encore  dans  le  catarrhe  intestinal  fébrile  que  dans 
la  grippe,  nécessairement  quand  le  malade  a  été  soumis  aupara- 
vant à  un  traitement  approprié. 

XIII.   INFLAMMATIONS  CROUPEUSES  ET   DIPHTHÉR1TIQLES 

DES  MUQUEUSES 

La  température,  dans  aucune  des  autres  affections  graves  aiguës, 
n'est  aussi  peu  importante  que  dans  les  affections  croupeuses  et 
diphthéritiques,  à  savoir  :  la  diphthérite  pharyngée ,  le  croup  du 


370        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

larynx,  le  croup  des  intestins,  la  dysenterie  et  l'endométrite  diph- 
théritique  et  croupeuse  puerpérale. 

Il  est  vrai  que,  dans  ces  affections  aussi,  on  peut  considérer  une 
température  très-élevée,  comme  un  surcroît  de  danger.  Mais,  des 
températures  modérées  même  normales  ne  fournissent  pas  encore 
la  moindre  garantie  en  faveur  d'une  issue  favorable. 

La  température  élevée  peut  redescendre,  tandis  que  la  maladie 
progresse  avec  une  fièvre  excessive,  jusqu'à  ce  que  l'individu  suc- 
combe. 

Comparez  au  sujet  de  la  température  dans  la  diphthérite  : 

Richardson  (The  Médical  Record,  1867,  t.  II,  p.  219). 


XIV.  PMEUNOUHE 

1 .  Les  formes  morbides  que  l'on  désigne  sous  le  nom  de  pneu- 
monie présentent  des  conditions  thermométriques  très- diverses. 
Dans  quelques  cas,  la  température  n'est  nullement  modifiée,  même 
quand  la  maladie  est  aiguë  ;  dans  d'autres,  il  n'y  a  que  des  mou- 
vements fébriles  insignifiants  ;  le  plus  souvent  on  observe,  il  est 
vrai,  un  cycle  thermique  plus  ou  moins  nettement  défini;  mais- 
cette  marche  fébrile  offre  à  première  vue  les  différences  les  plus 
tranchées  ;  il  se  présente  des  formes  Continues,  rémittentes,  à 
rechutes  et  intermittentes. 

Et  cependant,  on  peut  réunir  des  séries  de  cas  dans  lesquels  la 
marche  thermique  présente  le  plus  parfait  accord  et  auxquels  on 
doit,  par  conséquent,  assigner  un  caractère  typique  aussi  bien  qu'à 
tout  autre  maladie. 

Evidemment,  les  différences  de  types  ne  sont  pas  fondées  sur  le 
même  élément  que  dans  la  fièvre  typhoïde  et  dans  la  variole,  où 
l'on  distingue  une  forme  simple  et  une  forme  compliquée. 

Les  variétés  du  cycle  thermique  qu'il  ne  faut  nullement  con- 
sidérer, d'après  ce  qui  précède,  comme  des  accidents  irréguliers, 
pourraient  plutôt  indiquer  qu'on  réunit  sous  le  terme  de  pneu- 
monie des  affections  présentant  entre  elles  des  différences  très- 
notables.  Les  recherches  anatomiques  ont,  depuis  longtemps, 
démontré  l'exactitude  de  ce  fait.  Les  pneumonies  fîbrineuses  hé- 
morrhagiques,   séreuses,  emboliques,    purulentes,   putrides  (ou 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        577 

septiques),  la  pneumonie  tabulaire,  etc.,  présentent  entre  elles  des 
différences  tellement  importantes,  qu'elles  doivent  être  nécessai- 
rement considérées  comme  des  processus  morbides  dissembla- 
bles. 

Mais  on  ne  saurait  contester  que,  même  les  formes  identiques 
au  point  de  vue  anatomo-pathologique,  peuvent  cependant  essen- 
tiellement différer,  sous  d'autres  rapports,  et  que,  de  plus,  à  côté 
des  variétés  anatomiques,  les  conditions  étiologiques  peuvent  aussi 
déterminer  des  différences  qui  séparent  essentiellement  les  unes 
des  autres  des  maladies  comprises  sous  la  même  dénomination. 

Il  nous  semble  presque  aussi  irrationnel  de  réunir  toutes  les 
phlegmasies  pulmonaires  sous  le  nom  de  pneumonie  que  de  com- 
prendre toutes  les  maladies  de  la  peau  à  processus  inflammatoire 
sous  la  dénomination  générique  de  dermatite.  Mais  cette  base  de 
classification  est  nécessaire,  parce  que,  dans  beaucoup  de  cas,  on 
ne  parvient  pas  à  faire  un  diagnostic  plus  précis,  chez  les  malades 
encore  vivants  ni  à  séparer  les  uns  des  autres  les  différents  proces- 
sus; et  que,  même  après  la  mort,  on  ne  peut  souvent  pas  déter- 
miner leurs  caractères  différentiels. 

La  symptomatologie  a  déjà  découvert,  il  est  vrai,  un  certain 
nombre  de  phénomènes  correspondant  aux  processus  divers  dont 
les  poumons  peuvent  être  le  siège  dans  les  maladies  désignées  sous 
le  nom  de  pneumonies  ;  mais  il  faut  reconnaître  que  les  signes 
distinctifs  tirés  de  la  séméiologie  ne  sont  encore  que  d'un  faible 
secours  pour  le  diagnostic  différentiel. 

La  thermométrie  est  capable  d'élargir  considérablement  le  cer- 
cle des  moyens  diagnostiques;  mais  il  faut  avouer  qu'elle  aussi,  a 
encore  laissé  bien  des  lacunes  à  combler,  et  il  ne  faut  pas  se  dis- 
simuler que,  même  en  goûtant  les  services  rendus  par  la  ther- 
mométrie, nos  connaissances  et  notre  appréciation  des  pneumoni- 
ques  ne  soient  encore  très -limitées  et  incomplètes  dans  bien  des 
cas. 

2.  La  thermométrie  à  elle  seule  ne  fournit  jamais  de  signes  suf- 
fisants pour  faire  admettre  ou  rejeter  la  présence  d'une  pneumo- 
nie, en  général. 

En  revanche,  l'observation  thermométrique  est  capable  de  ré- 
véler des  différences  dans  les  affections  pneumoniques  déjà  dia- 


378        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

gnostiquées  qu'on  ne  saurait  reconnaître  par  aucune  autre  voie, 
et  de  contribuer  puissamment  au  diagnostic  de  ces  formes  parti- 
culières. Elle  peut  aussi  indiquer  l'intensité  et  la  gravité  de  l'af- 
fection, les  améliorations  et  les  aggravations  qu'elle  présente,  et 
déterminer  ainsi  les  effets  des  agents  thérapeutiques  mis  en  usage. 
Elle  fait  reconnaître  aussi  l'apparition  et  l'existence  de  complica- 
tions, ainsi  que  la  fin  du  processus  pathologique. 

Grâce  à  elle,  il  est  permis  d'affirmer  que  la  convalescence  tou- 
che à  son  terme  et  que  le  rétablissement  est  complet  ou  bien  que 
les  phénomènes  morbides  n'ont  pas  été  complètement  dissipés  ou 
qu'ils  ont  fait  place  à  des  maladies  consécutives. 

Dans  d'autres  formes  morbides  où  l'invasion  d'une  pneumonie 
est  surtout  à  craindre  (dans  la  rougeole,  le  catarrhe  des  bronches, 
la  coqueluche,  la  phthisie  pulmonaire,  la  pleurésie),  c'est  encore 
la  thermométrie  qui  fournit  les  signes  avant-coureurs  les  plus  cer- 
tains du  développement  réel  de  cette  complication. 

Mais  on  ne  doit  pas  perdre  de  vue  que  la  thermométrie  ne  con- 
stitue, dans  les  phlegmasies  pulmonaires,  qu'un  élément  accessoire, 
qu'un  auxiliaire  du  diagnostic  (tandis  qu'elle  joue  un  rôle  capital 
dans  la  fièvre  typhoïde,  etc.).  11  faut  que,  d'abord,  les  moyens 
d'explorations  plus  décisifs,  ou  si  l'on  veut,  plus  concluants  aient 
donné  tous  les  résultats  qu'on  est  en  droit  d'en  attendre  et  que  le 
diagnostic  soit  établi  pour  ainsi  dire  grosso  modo  ;  ce  fait  étant 
alors  acquis,  on  s'apercevra  que  les  questions  les  plus  importantes, 
en  pratique,  ne  peuvent  être  résolues  que  par  la  thermométrie. 

5.  Abstraction  faite  des  cas  toujours  assez  rares,  où  la  marche 
de  la  pneumonie  est  tout  à  fait  apyrétique,  on  en  rencontre  quel- 
ques autres  dans  lesquels,  avec  des  élévations  thermiques  très- 
modérées  et  ne  durant  que  quelques  heures,  la  limite  inférieure 
de  la  fièvre  modérée  (58°, 5)  est  atteinte,  le  plus  souvent,  dès  le 
premier  ou  le  deuxième  jour  de  la  maladie,  après  quoi,  la  pneu- 
monie reste  apyrétique  dans  son  cours. 

La  fièvre  éphémère  pneumonique  peut  être  un  peu  plus  intense 
et,  dans  ce  cas,  elle  affecte  les  deux  types  suivants  : 

Dans  l'une  de  ces  formes,  il  se  présente  brusquement  une  éléva- 
tion thermique  plus  ou  moins  considérable  (allant  même  jusqu'au- 
dessus  de  41°),  puis  survient  aussitôt  une  défervescence  rapide,  de 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        579 

sorte  que,  dès  le  deuxième  ou  troisième  jour,  la  température  est 
redevenue  normale  (fièvre  éphémère  acméiforme) . 

Dans  une  seconde  série  de  cas,  l'élévation  est  lente  et  graduelle 
et  faiblement  rémittente.  La  température  n'atteint  son  point  cul- 
minant (qui  est  plus  bas  que  dans  la  première  forme  :  à  peine 
40°)  que  le  troisième  jour  de  la  maladie.  Aussitôt  après,  la  tempé- 
rature tend  à  l'abaissement  et  descend  à  peu  près  de  la  même  fa- 
çon qu'elle  était  montée  (fièvre  éphémère  prolongée). 

Tous  ces  cas  de  fébricules  tiennent  à  des  processus  locaux  insigni- 
fiants et  ne  deviennent  dangereux  parfois  qu'à  la  suite  de  circon- 
stances accessoires.  Ils  correspondent  aux  infiltrations  modérées 
plutôt  œdémateuses  ou  aux  infiltralions  très-circonscrites.  La  forme 
de  l'éphémère  acméenne  se  présente,  en  outre,  dans  la  pneumonie 
embolique,  celle  de  l'éphémère  prolongée,  dans  des  maladies  où 
de  petits  foyers  pneumoniques  se  forment  à  la  suite  d'un  catarrhe 
bronchique. 

La  fébricule  pneumonique  se  présente  encore  assez  fréquem- 
ment dans  les  pneumonies  secondaires  ;  ensuite  dans  les  inflam- 
mations pneumoniques  modérées  des  petits  enfants  et  des  vieil- 
lards, des  phthisiques,  des  sujets  cachectiques  ou  très-affaiblis  : 
dans  ces  cas,  elle  peut,  en  effet,  avoir  des  suites  très-fàcheuses. 

Ces  deux  formes  de  la  fébricule  intense  présentent  en  même 
temps  les  types  rudimentaires  des  deux  états  morbides  principaux 
de  la  fièvre  des  pneumoniques.  Qu'on  se  figure  l'acmé  de  l'éphé- 
mère plus  étendue  et  l'on  a  le  type  continu  avec  son  brusque  dé- 
but et  sa  fin  rapide;  qu'on  s'imagine  plus  grande  encore  la  durée 
de  l'éphémère  prolongée,  on  obtient  le  type  rémittent  avec  son 
début  progressif  et  sa  terminaison  lytique. 

Mais  la  fièvre  des  pneumoniques  présente  encore,  aussitôt 
qu'elle  parvient  à  un  plus  haut  degré  de  développement,  une  par- 
ticularité qui,  il  est  vrai,  se  présente  aussi  dans  d'autres  formes 
morbides,  mais  beaucoup  plus  fréquemment  dans  la  pneumonie 
que  dans  toute  autre  maladie.  Cette  particularité  consiste  dans 
les  élévations  brusques  isolées  et  dans  les  abaissements  thermiques 
intercurrents. 

Les  élévations  brusques,  qui  ne  sont  pour  ainsi  dire  qu'une  sorte 
d'éphémère  acméenne  interrompue,  telle  qu'elle  se  montre  par 
moments  à  la  période  avancée  de  la  convalescence  du  typhus  abdo- 


5S0        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

minai,  se  présentent  très-fréquemment  dans  la  pneumonie,  et  cela 
non-seulement  après  l'établissement  définitif  de  la  convalescence, 
mais  encore  plus  souvent  immédiatement  après  la  défervescence, 
ou  même  au  milieu  de  sa  marche,  qu'elles  enrayent  momentané- 
ment, enfin  aussi  dans  le  cours  de  la  fièvre  ;  dans  ce  dernier  cas, 
l  élévation  thermique  présente  une  exacerbation  extrêmement  con- 
sidérable, mais  de  courte  durée  montant  à  des  hauteurs  de  41°, 5 
et  au-dessus. 

Les  élévations  éphémères  qui  se  présentent  pendant  et  après  la 
défervescence  s'élèvent  très-habituellement  au-dessus  de  .r)9°,  sou- 
vent au-dessus  de  40",  mais  rarement  jusque  près  de  41°  et  en- 
core moins  souvent  au  delà. 

4.  Les  abaissements  thermiques  intercurrents,  sont  précisément 
l'inverse  de  ces  élévations  brusques.  Presque  dans  toutes  les  for- 
mes de  la  pneumonie  considérées  dans  leur  cours,  il  peut  arriver 
que  le  cycle  thermique  régulier  soit  brusquement  interrompu  par 
un  abaissement  profond  contrastant  nettement  avec  l'allure  précé- 
dente et  ultérieure  de  la  température. 

Cet  abaissement  intercurrent  se  présente  dans  la  plupart  des  cas 
de  pneumonie,  aussi  bien  légers  que  graves  et  même  mortels. 

La  chute  se  produit  d'ailleurs  avec  une  extrême  rapidité  et  va- 
rie de  1°  |  jusqu'à  4°  et  même  5°,  la  température  s'approche  plus 
ou  moins  de  l'état  normal,  l'atteint  fréquemment  et  le  dépasse 
même  quelquefois,  si  l'abaissement  est  relativement  faible  (1°|  à 
2°),  il  ne  frappe  l'attention  que  s'il  vient  s'intercaler  dans  une 
marche  essentiellement  continue  ;  en  général,  c'est  l'abaissement 
intercurrent  qui  frappe  le  plus  dans  cette  évolution  morbide.  Les 
bas  degrés  thermiques  atteints,  ne  se  maintiennent  d'ordinaire  que 
pendant  un  temps  très-court,  aussitôt  après,  la  température  re- 
monte souvent  à  son  élévation  antérieure  ou  à  un  degré  un  peu 
moins  élevé,  mais  souvent  aussi  à  une  hauteur  plus  considérable. 
Toute  l'interruption  ne  dure  d'ordinaire  qu'une  demi-journée  et 
encore  moins.  Cependant,  la  chute  thermique  s'étend  quelquefois 
aussi  à  une  apyrexie  intercalaire  plus  longue. 

L'abaissement  thermique  intercurrent  peut  se  présenter  à  tout 
instant  de  la  marche,  à  partir  du  deuxième  jour  de  la  maladie 
jusqu'au  dernier  jour  de  la  défervescence  ou  jusqu'à  l'agonie.  Le 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        381 

plus  souvent,  il  ne  se  présente  qu'une  fois  dans  le  cours  de  la  ma- 
ladie, mais  parfois  aussi  deux  ou  trois  fois. 

D'après  ces  différences,  les  abaissements  intercurrents  peuvent 
avoir  aussi  une  signification  variable,  mais  ils  peuvent  notamment 
modifier  le  caractère  de  la  marche  et  donner  ainsi  lieu  à  de  fausses 
interprétations. 

On  conçoit  que  l'abaissement  intercurrent  fasse  naître  l'espoir 
de  voir  commencer  la  défervcscence  ;  si  cet  abaissement  se  produit 
très-tôt,  il  peut  faire  croire  que  la  pneumonie  va  se  terminer  à 
sa  première  phase  d'évolution.  Mais  la  température  remonte 
bientôt  à  son  ancienne  élévation,  et  on  reconnaît  alors  que  l'abais- 
sement n'est  qu'une  pseudocrise  trompeuse  n'ayant  interrompue 
que  momentanément  le  cours  de  la  maladie  qui,  après  cela,  re- 
prend sa  marche  ordinaire  ;  mais  il  peut  aussi  se  faire  que  la  tem- 
pérature, en  remontant,  ne  revienne  pas  à  son  ancienne  élévation 
et  qu'elle  ne  reprenne  passagèrement  une  direction  descendante. 
Dans  ce  cas,  l'abaissement  intercurrent  sépare  le  fastigium  en 
deux  parties  distinctes  et  peut  même  paraître  être  le  début  d'un 
amendement  dans  la  marche. 

Dans  les  pneumonies  de  longue  durée,  c'est-à-dire  dans  celles 
qui  dépassent  une  semaine,  la  pseudocrise  correspond  assez  sou- 
vent au  septième  jour,  puis  la  marche  peut  continuer  avec  une 
grande  violence  et  aboutir  à  la  mort  ou  bien  à  l'abaissement  in- 
tercurrent suivi  de  conditions  plus  favorables. 

Cet  abaissement  peut  encore  avec  plus  de  sûreté  être  considéré 
comme  un  premier  signe  d'amélioration,  quand  il  se  présente  (ce 
qui  arrive  fréquemment,  mais  ne  saurait  être  prévu)  un  jour  avant 
la  défervescence  définitive.  Dans  ce  cas,  il  est  difficile  de  savoir  si 
l'on  doit  déjà  ranger  le  premier  abaissement  dans  le  processus  de 
la  défervescence  et  considérer  la  réascension  suivante  comme  une 
simple  interruption  de  la  défervescence,  ou  bien  si  la  maladie  est 
encore  dans  sa  période  de  fastigium. 

Si  ces  abaissements  se  répètent  plusieurs  fois,  c'est  une  transi- 
tion au  type  rémittent. 

Si  un  abaissement  brusque  revient  plusieurs  fois  avec  une 
grande  régularité,  la  pneumonie  revêt  un  véritable  caractère  inter- 
mittent. 

Si  la  répétition  des  abaissements  successifs  se  fait  d'une  manière 


382       DE  l,A  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

moins  régulière,  le  cours  de  la  maladie  se  rattache  aux  brusques 
variations  de  la  fièvre  pyémique. 

Si  la  température  basse  se  maintient  pendant  longtemps  et  que 
la  réascension  ne  se  produise  qu'après  deux  ou  trois  jours,  on  a  la 
forme  à  rechutes  et,  si,  à  cette  occasion,  la  température  normale 
n'avait  pas  été  tout  à  fait  atteinte,  c'est  la  forme  pneumonique  à 
fastigium  recrudescent. 

L'abaissement  qui  se  montre  avant  l'agonie  a  la  signification 
d'un  stade  proagonique. 

Les  raisons  de  ces  abaissements  thermiques  intercurrents  ne 
sont  pas  toujours  très-nettes  et  claires.  Dans  bien  des  cas,  l'abais- 
sement semble  évidemment  être  déterminé  par  une  médication 
énergique,  mais  qui  n'avait  cependant  pas  été  assez  puissante  pour 
juguler  la  maladie.  Dans  d'autres  cas,  certainement  nombreux 
aussi,  cet  abaissement  peut  provenir  de  ce  que  le  processus  local 
ayant  déjà  disparu  à  l'endroit  primitivement  atteint  continue  sa 
marche  se  reconstitue  à  un  autre  endroit  voisin  ou  éloigné;  à  cette 
occasion,  il  peut  bien  se  faire  que  le  second  accès  pneumonique 
atteigne  un  degré  de  développement  moins  complet  que  le  pre- 
mier. 

Mais  tous  les  cas  ne  s'expliquent  pas  de  l'une  ou  de  l'autre  de 
ces  manières ,  et  ce  cycle  thermique  étant  extrêmement  fré- 
quent, dans  la  pneumonie,  on  doit  présumer  qu'il  est  en  géné- 
ral propre  à  cette  maladie,  et,  d'après  cela,  on  conçoit  que  même 
des  actions  thérapeutiques  peu  actives  dans  d'autres  maladies  pro- 
duisent précisément  dans  la  pneumonie,  déjà  prédisposée  par  elle- 
même  à  ces  interruptions,  l'abaissement  intercurrent. 

Il  est  de  la  plus  grande  importance  pratique  de  distinguer  l'a- 
baissement pseudocritique  de  la  défervescence  définitive  et  de 
l'amendement  préparatoire.  On  ne  réussit  pas  toujours  à  faire 
cette  distinction. 

Plus  l'abaissement  critique  se  présente  de  bonne  heure,  plus  il 
faut  s'attendre  à  une  nouvelle  ascension  thermique,  bien  qu'il  y 
ait  assez  de  cas  où,  dès  le  troisième  et  même  dès  le  deuxième  jour, 
la  résolution  est  complète  et  définitive.  En  outre,  plus  l'abaisse- 
ment est  survenu  d'une  façon  inopinée,  moins  il  est  en  rapport 
avec  les  autres  phénomènes  accusés  par  le  malade  ;  plus  il  se  rat- 
tache immédiatement  à  une  action  thérapeutique,  plus  il  se  fait 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        585 

d'une  façon  rapide,  plus  on  doit  supposer  une  pseudocrise.  D'ail- 
leurs, l'abaissement  préparatoire  rapide,  qui  ne  précède  la  défer- 
vescence  que  d'une  journée,  ne  peut  être  distingué,  dans  beaucoup 
de  cas,  de  la  défervescence  réelle,  pas  même  avec  une  sûreté  ap- 
proximative, et  il  faut  donc  s'attendre,  dans  tout  abaissement 
rapide,  à  une  réascension  pour  le  lendemain. 

5.  Le  type  continu  ou  sous-continu  de  la  marche  thermique  ap- 
partient de  préférence  à  la  pneumonie  primitive  fîbrineuse  et  lo- 
baire  ;  il  se  présente  cependant  souvent  aussi  dans  les  affections 
secondaires.  Le  début  de  la  marche  est  marqué  par  une  élévation 
thermique  brusque  (le  plus  souvent  accompagné  de  frisson).  La 
température  s'élève  en  peu  d'heures  au-dessus  de  59°  et  continue 
à  monter  plus  tard  aussi,  jusqu'à  ce  qu'elle  arrive  à  une  élévation 
voisine  de  40°,  dans  des  cas  graves  même  à  41°  et  au-dessus. 

Pendant  les  premiers  phénomènes  fébriles,  il  n'existe  souvent  pas 
encore  de  symptômes  indiquant  directement  une  maladie  des  pou- 
mons. Parfois  seulement  se  présentent  la  toux,  le  point  décote  et  la 
dyspnée.  Les  signes  stéthoscopiques  sont  très-rarement  perçus  à 
cette  première  période.  Les  phénomènes  que  l'on  constate  le 
plus  souvent  sont  de  la  céphalalgie,  du  délire,  de  l'anorexie 
et  du  malaise.  Parfois  les  symptômes  thoraciques  et  souvent 
les  signes  stéthoscopiques  ne  se  présentent  pas  encore  dans  la 
deuxième  journée,  ni  même  dans  la  troisième;  ils  peuvent  man- 
quer même  au  quatrième  jour,  tandis  que  la  fièvre  persiste,  avec 
une  grande  intensité.  Ces  cas  se  rapprochent  ainsi  de  la  période 
initiale  des  fièvres  éruptives,  et  si  1  on  peut  admettre  une  diffé- 
rence entre  la  fièvre  pneumonique  et  la  pneumonie  fébrile,  les  cas 
dans  lesquels  la  marche  thermique  est  continue  appartiennent  en 
majeure  partie  à  la  première  de  ces  deux  catégories. 

Dans  les  premiers  jours,  la  température  se  maintient  à  une  hau- 
teur considérable,  c'est-à-dire  le  plus  souvent  à  2°  à  5°|  au-dessus 
de  la  norme  (dans  les  cas  légers  à  59°, 2-59°, 6,  dans  les  cas 
graves  au-dessus  de  40°),  elle  présente  bien  quelques  petites  fluc- 
tuations de  \°  à  1°  qui  tantôt  se  présentent  sous  forme  de  courtes 
rémissions  matinales  avec  un  prompt  retour  des  exacerbations,  par- 
fois même  avec  une  seconde  ascension  vers  minuit,  tantôt  sous 
forme  d'exacerbations  quotidiennes  multiples  ou  de  variations  tout 


384        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

à  fait  irrégulières  composées  de  petites  augmentations  et  diminu- 
tions thermiques.  Cette  marche  persiste  intégralement  tant  que  le 
processus  fait  des  progrès  dans  les  poumons,  rarement  moins  de 
trois  jours,  rarement  au  delà  d'une  semaine.  Des  abaissements  in- 
tercurrents peuvent  chaque  jour  interrompre  la  marche  ;  au  reste, 
les  maxima  et  mininia  quotidiens  se  maintiennent  parfois  au  même 
niveau  pendant  toute  cette  période,  cela  n'arrive  cependant  que 
dans  des  cas  assez  rares.  Plus  souvent,  on  observe  une  augmenta- 
tion quotidienne  de  la  température  moyenne,  un  affaiblissement 
des  rémissions,  des  exacerbations  toujours  plus  élevés,  et  enfin 
la  température  maxima  de  la  maladie  ne  se  montre  que  très- 
tard. 

Mais  dans  la  grande  majorité  des  cas  c'est  le  contraire  qui  a 
lieu.  Le  maximum  correspond  au  deuxième  ou  troisième  jour  (le 
plus  souvent  vers  une  heure  de  l'après-midi),  ou  au  jour  où  l'on 
commence  à  observer  le  maiade  ;  à  partir  de  ce  moment,  la  tempé- 
rature commence  à  baisser  de  quelques  dixièmes  seulement  par 
jour.  Même  dans  les  cas  mortels,  on  observe  ces  abaissements  pen- 
dant plusieurs  jours.  Il  est  d'ailleurs  probable  que  cet  abaissement 
habituel,  lent,  mais  continu,  doit  être  le  résultat  du  traitement 
mis  en  usage,  ou  du  moins  des  soins  mieux  entendus  dont  le  ma- 
lade est  entouré. 

Même  dans  les  cas  mortels,  la  tendance  à  l'abaissement  ther- 
mique s'observe  assez  souvent  dans  le  fastigium.  Cependant, 
il  s'y  présente  des  irrégularités  plus  ou  moins  notables.  Tan- 
tôt c'est  une  rémission  matinale  qui  fait  défaut,  tantôt  cette 
remission  se  montre  à  des  heures  inaccoutumées,  les  exacerba- 
tions sont  très-élevées,  au  moins  dans  les  premiers  jours,  et  ne  se 
modèrent  plus  tard  aussi  que  d'une  faron  insuffisante.  Avant  la 
terminaison  funeste,  il  se  présente  encore  parfois  un  abaissement 
particulièrement  profond.  Une  température  basse  peut  être  notée 
au  moment  de  la  mort,  mais  le  plus  souvent  elle  commence  à  se 
relever  vers  la  fin,  d'abord  lentement,  ensuite  avec  plus  de  rapi- 
dité. Si  la  mort  a  lieu  par  suffocation,  l'élévation  ultime  est  rela- 
tivement peu  cousidérable  ;  mais,  le  plus  souvent,  inférieure  à  40°. 
Mais  si  la  mort  a  été  précédée  par  des  phénomènes  nerveux  graves, 
il  se  produit  une  ascension  terminale  rapide,  allant  jusqu'à  41°  et 
au-dessus,  même  jusqu'à  43°. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       585 

Dans  les  cas  favorables,  l'amélioration  s'effectue  souvent  à  vue 
d'œil.  La  direction  descendante  se  poursuit  distinctement  après 
que  le  maximum  a  été  atteint,  ou  après  un  abaissement  intercur- 
rent, tantôt  les  rémissions  augmentent,  tantôt  les  exacerbations 
s'affaiblissent.  Très-souvent,  un  jour  avant  la  défervescence  défini- 
tive, il  se  produit  une  pseudo-crise  dans  laquelle  la  température 
normale  est  atteinte  ;  après  quoi  il  survient  une  dernière  élévation 
de  courte  durée,  bien  que  très-considérable.  ïl  n'est  pas  rare  non 
plus  devoir  au  dernier  jour,  parfois  déjà  à  l' avant-dernier  jour  du 
fastigium,  un  accroissement  vespéral  comparativement  plus  long, 
ou  bien»  en  opposition  avec  la  hauteur  continue  du  fastigium, 
(dans  le  cas  où  cet  accroissement  ne  se  serait  pas  présenté  du  tout) 
un  abaissement  manifeste  (de  f  à  f  et,  quand  la  température  a 
été  très-élevée,  d'un  degré  et  même  de  plus).  Toutes  ces  modalités 
peuvent  être  considérées  comme  un  amendement  préparatoire 
précédant  la  défervescence. 

D'un  autre  côté,  fréquemment  aussi  avant  le  processus  de  défer- 
vescence, il  se  fait  une  ascension  thermique  considérable  (perturba- 
tion critique).  Elle  se  maintient  d'ordinaire  seulement  pendant 
une  soirée,  ou  aussi  (ce  qui  arrive  un  peu  plus  rarement)  pendant 
une  matinée,  parfois  elle  dure  v'ngt-quatre  heures  entières.  La 
température  n'atteint  ou  ne  franchit  cependant  qu'exceptionnel- 
lement la  hauteur  du  maximum  antérieur, 

La  défervescence  commence  dans  la  plupart  des  cas  dans  les 
heures  avancées  de  la  soirée,  parfois  déjà  dans  l'après-midi,  ou 
bien  dans  la  nuit  ;  il  est  relativement  rare  de  la  voir  se  produire, 
dans  la  matinée  ou  dans  l'après-midi,  et  cela  le  plus  souvent 
entre  le  cinquième  et  le  septième  jour,  assez  fréquemment  le 
troisième  et  le  quatrième,  ainsi  que  le  huitième,  plus  rarement  le 
neuvième  et  le  dixième,  ou  encore  plus  tard  ;  et  si  Traube  et 
après  lui  quelques  auteurs  prétendent  que  les  jours  impairs  préva- 
lent en  ce  qui  concerne  la  crise,  ils  sont  certainement  dans  l'er- 
reur. Consultez  Thomas  (1865.  De  la  théorie  des  jours  critiques 
dans  la  pneumonie  croup euse —  Ueber  die  Lehre  von  den  hitischen 
Tagen,  in  Arch.  der  Heilk.,  VI,  118). 

La  défervescence  se  produit  en  général  d'une  façon  rapide,  de 
sorte  que,  dans  le  cas  où  la  température  n'a  pas  été  trop  élevée, 
l'état  uormal  est  atteint  dans  une  seule  nuit  ;  dans  la  plupart  des 

25 


580        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

cas  cependant ,  la  défervescence  est  achevée  dans  l'espace  de 
vingt-quatre  à  trente-six  heures.  Dans  la  soirée  intermédiaire  l'a- 
baissement se  produit  d'une  façon  plus  lente,  ou  bien  il  est  inter- 
rompu par  une  réascension  le  plus  souvent  modérée,  mais  parfois 
assez  considérable. 

Il  n'est  pas  rare  que  la  défervescence  demande  quarante-huit 
heures  pour  s'accomplir,  surtout  quand  la  fièvre  précédente  a  été 
très-forte. 

Assez  souvent  il  arrive  que,  dans  l'abaissement,  le  niveau  normal 
soit  dépassé  et  que  des  températures  de  collapsus  soient  atteintes  ; 
de  même,  pendant  la  période  de  défervescence,  il  peut  se  pro- 
duire des  symptômes  graves  qui  d'ordinaire  n'appartiennent  qu'à 
l'état  de  collapsus.  Ces  symptômes  paraissent  extrêmement  dange- 
reux à  quelques  médecins  inexpérimentés,  mais,  en  réalité,  ils 
sont  très-positivement  les  signes  avant-coureurs  de  la  convales- 
cence. 

Dans  la  plupart  des  cas,  le  temps  d'arrêt  dans  l'extension  des 
symptômes  locaux  de  la  pneumonie  et  leur  diminution  ne  com- 
mencent que  pendant  la  défervescence  ou  après  son  achèvement.  En 
revanche,  les  phénomènes  nerveux  persistent  souvent  encore  dans 
toute  leur  intensité  pendant  la  période  de  défervescence ,  ou 
même  ne  se  manifestent  assez  souvent  qu'à  cette  période  dans 
les  cas  où  ils  n'avaient  pas  encore  fait  leur  apparition. 

La  marche  de  la  défervescence  peut  être  troublée  par  la  coexis- 
tence d'une  bronchite  intense  ou  d'une  forte  pleurésie  avec  la 
pneumonie,  ainsi  que  dans  les  cas  où  la  pneumonie  atteint  un 
individu  déjà  malade  auparavant. 

D'ordinaire,  les  écarts  thermiques  disparaissent  dès  que  com- 
mence la  guérison,  et  la  convalescence  suit  régulièrement  son 
cours.  Mais  parfois  des  élévations  consécutives  peu  considérables  se 
présentent  encore  dans  la  soirée  du  jour  où  l'amélioration  s'est 
fait  sentir,  ou  même  dans  les  soirées  suivantes,  et  par  leur  répé- 
tition même  justifient  le  soupçon  d'une  complication  intercurrente 
ou  de  la  guérison  imparfaite  de  la  lésion  pulmonaire.  Dans 
les  premiers  jours  de  la  convalescence,  il  se  présente  assez  sou- 
vent aussi  des  élévations  considérables,  mais  éphémères;  cepen- 
dant, ces  cas-là  ne  peuvent  pas  être  distingués  de  la  pneumonie  à 
rechutes. 


DE  LA.  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        387 

Si,  dans  la  défervescence,  une  température  sous-normale  avait 
été  atteinte  et  avait  été  accompagnée  d'un  état  de  collapsus  plus 
ou  moins  profond,  ces  phénomènes  peuvent  persister  pendant  plu- 
sieurs jours  avec  des  fluctuations,  jusqu'à  ce  qu'enfin  ils  cèdent 
la  place  à  l'état  normal. 

7.  Le  type  continu  de  la  fièvre  pneumonique  est  moins  par- 
fait, la  marche  thermique  restant  essentiellement  uniforme;  mais 
tantôt  au  commencement,  tantôt  vers  la  fin,  tantôt  môme  au 
milieu  de  son  cours  elle  présente  des  écarts  plus  ou  moins  consi- 
dérables. Ainsi,  le  début  est  parfois  moins  rapide  et  moins  brus- 
que ;  et  cela  dure  ainsi  pendant  deux  jours  et  plus,  jusqu'au  mo- 
ment où  la  température  a  atteint  un  niveau  plus  élevé. 

Tantôt  la  température  se  maintient  à  des  degrés  plus  bas  que 
cela  n'a  lieu  dans  les  pneumonies  bien  développées,  tantôt  elle  se 
rapproche  du  type  rémittent  par  des  fluctuations  considérables,  ou 
bien  du  type  intermittent  ou  récurrent  par  de  profondes  descentes 
thermiques. 

D'autres  fois,  c'est  le  contraire  qui  a  lieu  :  c'est-à-dire  que  la 
marche  du  fastigium  n'est  pas  seulement  extraordinairement  grave, 
mais  aussi  extrêmement  prolongée,  comme  dans  les  pneumonies 
doubles,  et  dans  les  pneumonies  aiguës  du  lobe  supérieur,  ou  bien 
dans  l'inflammation  d'un  poumon  tout  entier.  Dans  ce  cas,  le  fas- 
tigium s'étend  souvent  jusque  dans  la  deuxième  semaine,  et  va 
même  jusqu'au  bout  de  la  quinzaine  ;  cependant,  en  pareille  oc- 
currence, le  fastigium  n'est  guère  uniforme  :  une  phase  de  varia- 
tion, un  stade  amphibole,  avec  des  alternatives  d'améliorations  et 
d'aggravations,  se  présentent  d'habitude  vers  la  fin  de  la  première 
semaine,  parfois  même  avant.  Dans  ce  cas-là,  il  ne  faut  pas  s'at- 
tendre à  une  défervescence  rapide. 

En  général,  la  défervescence  sera  traînante  et  compliquée,  elle 
se  fera  moins  rapidement  et  il  s'y  présentera  dans  la  suite  quel- 
ques élévations  légères. 

De  telles  déviations  de  la  marche  continue  se  rencontrent  dans 
des  conditions  très-multiples  : 

1°  D'un  côté,  chez  les  enfants,  de  l'autre,  chez  les  vieillards, 
ou  en  général  chez  les  malades  qui  sont  individuellement  prédis- 
posés à  des  irrégularités  dans  la  marche  de  la  fièvre  ; 


588        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

2°  Dans  la  pneumonie  secondaire  fibrineuse  qui,  parfois,  il  est 
vrai,  se  conforme  à  toutes  les  règles  de  la  pneumonie  primitive  ; 
mais,  dans  d'autres  cas,  en  diffère  par  des  écarts  plus  ou  moins 
considérables  ; 

5°  De  pareils  écarts  peuvent  éventuellement  se  présenter  dans 
toutes  lc>  phlegmasies  pulmonaires,  de  même  que  dans  d'autres 
affections  ordinairement  typiques,  les  cas  irréguliers  peuvent  pré- 
dominer à  l'occasion  de  certaines  épidémies  ; 

4°  Des  complications  accidentelles  de  la  maladie  (tantôt  formant 
en  réalité  des  affections  à  part,  tantôt  uniquement  constituées  par 
la  prédominance  de  troubles  fonctionnels  d'autres  organes,  tels 
que  :  un  délire  violent,  une  constipation  opiniâtre,  une  rétention 
d'urine,  etc.),  peuvent  très-bien  provoquer  des  écarts  plus  ou 
moins  considérables  dans  la  marche  thermique  ;  c'est  ce  qui  arrive 
surtout  quand  la  pneumonie  se  complique  d'emphysème,  de  fortes 
pleurésies,  de  phénomènes  bilieux,  d'albuminurie,  dj  diarrhée 
abondante  ou  de  vomissements  ; 

5°  Même  dans  les  cas  où  la  fièvre  vient  seulement  s'ajouter  à 
une  inflammation  pulmonaire  déjà  en  voie  de  développement 
(comme  cela  se  voit  de  la  façon  la  plus  nette  dans  les  pneumonies 
traumatiques),  on  observe  toujours  des  déviations  du  type  pure- 
ment continu  ; 

6°  Souvent,  des  écarts  de  la  marche  régulière  de  la  pneumonie 
sont  produits  par  l'action  d'un  traitement  énergique  ou  encore  à 
la  suite  de  quelque  éventualité  favorable,  et  peuvent  ainsi  tourner 
à  l'avantage  du  malade  ;  une  des  causes  qui  exercent  le  plus  d'in- 
fluence sur  le  cycle  fébrile,  c'est  une  émission  sanguine  spontanée 
ou  artificielle  (phlébotomie,  épistaxis,  flux  cataménial).  La  consé- 
quence immédiate  d'une  abondante  perte  de  sang  est  presque  tou- 
jours un  fort  abaissement  thermique  ;  mais,  suivant  les  cas,  cet 
abaissement  tournera  en  défervescence  définitive,  ou  sera  suivi 
d'une  nouvelle  ascension  ;  dans  cette  dernière  modalité,  la  marche 
thermique  se  rapproche  plus  ou  moins  complètement  du  type  récur- 
rent (type  à  rechutes).  Le  tartre  slibié  agit  à  l'égal  de  la  perte  de 
sang,  l'action  de  la  digitaline  et  de  la  vératrine  est  un  peu  plus 
lente,  tandis  que  l'influence  d'autres  médicaments  sur  le  type  de  la 
marche  thermique  (tel  que  l'aconit,  le  nitrate  de  potasse)  est  moins 
accusée  dans  la  pneumonie  et  peut  être  aussi  moins  bien  connue. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        389 

D'un  autre  côté,  un  mauvais  traitement  aussi  bien  que  d'autres 
influences  nuisibles  accidentelles  peuvent  avoir  de  fâcheux  effets 
sur  la  marche  thermique. 

7°  Enfin,  dafis  des  cas  assez  fréquents  de  pneumonie,  où  le 
cours  de  la  température  s'écarte  un  peu  de  la  règle,  on  ne  saurait 
qu'en  soupçonner  la  cause  (on  peut  être  porté,  par  exemple,  à 
penser  que  l'infiltration  se  rapproche  de  la  forme  hémorrhagique 
ou  de  l'œdème)  ;  dans  d'autres  cas,  cette  cause  nous  échappe 
même  complètement. 

8.  La  marche  rémittente  de  la  fièvre  appartient  aux  pneumonies 
qui  se  développent  à  la  suite  d'un  catarrhe  bronchique  plus  ou 
moins  invétéré,  à  celles  qui  surviennent  clans  la  grippe  ainsi  qu'aux 
pneumonies  catarrhales. 

Mais,  dans  ces  cas  aussi,  le  type  rémittent  ne  se  produit,  le 
plus  souvent,  que  quand  la  pneumonie  a  été  compliquée  d'une 
bronchite  intense. 

A  côté  des  formes  précédentes  doiver.4,  se  ranger  également  les 
pneumonies  qui  surviennent  chez  les  sujets  atteints  de  rougeole  ou 
de  coqueluche  et  dans  lesquelles  il  n'est  par  rare  de  retrouver  la 
forme  fébrile  rémittente. 

Parfois  il  se  présente  aussi  des  cas  de  type  rémittent  où  l'on  ne 
saurait  démontrer,  ni  avant  ni  pendant  la  pneumonie,  la  plus  lé- 
gère affection  bronchique. 

Chez  les  enfants  et  les  vieillards,  les  formes  rémittentes  de  la 
fièvre  sont  particulièrement  fréquentes  dans  la  pneumonie. 

A  certaines  époques,  les  pneumonies  ont  de  la  tendance  à  suivre 
une  marche  rémittente. 

Le  commencement  de  l'ascension  thermique  se  fait  moins  rapi- 
dement dans  le  type  rémittent,  que  dans  le  type  continu,  même 
quand  la  pneumonie  a  été  précédée  par  un  état  apyrétique  ;  ce 
début  se  produit  parfois  même  en  forme  de  zigzag,  semblable  en 
cela  au  début  de  la  fièvre  typhoïde  et  de  la  grippe,  mais,  le  plus 
souvent,  un  peu  plus  rapidement  et  d'une  façon  plus  irrégulière 
que  dans  ces  deux  maladies,  surtout  que  dans  la  première  d'entre 
elles. 

Si  la  maladie  des  poumons  se  développe  dans  le  cours  d'une 
affection  déjà  fék_ile,  mais  légère,  par  exemple,  dans  le  cours  d'un 


500         DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

catarrhe  bronchique  modérément  fébrile ,  le  commencement  de 
l'ascension  thermique  appartenant  à  la  pneumonie  n'est,  le  plus 
souvent,  pas  encore  bien  nettement  marqué. 

Pendant  le  fastigium,  la  marche  thermique  présente  des  fluc- 
tuations plus  ou  moins  fortes,  semblables  aux  rémissions  mati- 
nales et  aux  exacerbations  vespérales  de  la  fièvre  typhoïde.  Dans  les 
cas  modérés,  les  exacerbations  n'atteignent  souvent  pas  la  hauteur 
des  maxima  quotidiens  de  la  fièvre  typhoïde  ni  celle  des  maxima 
de  la  marche  continue  de  la  pneumonie.  Mais,  dans  les  cas  plus  in- 
tenses, elles  les  atteignent  et  les  dépassent. 

Ce  ne  sont  môme  pas  encore  des  cas  bien  intenses  quand,  dans 
les  heures  de  l'après-midi,  l'élévation  arrive  un  peu  au  delà  de 
40°. 

La  marche  thermique  présente  rarement  une  régularité  aussi 
grande  que  dans  la  fièvre  typhoïde  ;  on  voit,  au  contraire,  alter- 
ner des  exacerbations  plus  ou  moins  considérables  et  des  abaisse- 
ments quotidiens  plus  ou  moins  profonds. 

La  durée  de  la  pneumonie  rémittente  dépasse,  en  moyenne, 
celle  de  la  pneumonie  continue,  sans  cependant  être  aussi  longue 
que  celle  de  la  fièvre  typhoïde. 

La  terminaison  de  la  fièvre  ne  se  fait  qu'exceptionnellement  par 
une  défervescence  rapide  ;  le  plus  souvent,  elle  se  fait  lentement 
par  l'accroissement  progressif  des  rémissions  matinales  et  l'amoin- 
drissement graduel  des  exacerbations  vespérales  ;  elle  se  produit 
cependant  plus  rapidement  que  dans  la  fièvre  typhoïde.  Il  est  aussi 
assez  ordinaire  de  voir  après  que  les  oscillations  diurnes  sont  déjà 
devenues  très-considérables,  la  fin  de  la  fièvre  marquée  par  une 
dernière  et  rapide  descente  et  par  une  exacerbation  vespérale  en- 
core très-considérable. 

Les  convalescences  imparfaites  se  rattachent  plus  fréquemment 
à  la  forme  rémittente  qu'à  la  forme  continue. 

Les  formes  de  transition  entre  la  marche  continue  et  la  marche 
rémittente  ne  sont  nullement  rares  ;  de  même,  les  pneumonies  ca- 
tarrhales  et  lîbrineuses  peuvent  aussi  s'associer  entre  elles  ou  se 
succéder  l'une  à  l'autre. 

La  forme  pneumonique  rémittente  et  catarrhale  tout  à  fait  ca- 
ractéristique se  présente  exceptionnellement  à  l'état  sporadique, 
mais  elle  est  très-commune  pendant  les  épidémies  de  grippe. 


DE  LA.  TEMPÉRATURE  DAKS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        591 

La  question  de  savoir  si,  dans  la  marche  rémittente,  il  n'existe 
qu'une  bronchite  ou  bien  une  pneumonie,  ne  peut  pas  être  tran- 
chée par  la  thermométrie  seule,  mais  elle  l'est,  le  plus  souvent, 
par  ce  procédé  d'investigation  joint  aux  signes  stéthoscopiques. 
Cependant,  l'existence  d'une  pneumonie  devient  extrêmement  pro- 
bable quand  les  hauteurs  d'exacerbation  dépassent  40°. 

Le  diagnostic  différentiel  de  la  pneumonie  et  de  la  fièvre  ty- 
phoïde présente  des  difficultés  d'autant  plus  grandes  que,  dans 
cette  dernière  affection,  il  peut  y  avoir  aussi  des  infiltrations  pneu- 
moniques,  et  que,  d'un  autre  côté,  dans  la  pneumonie  catarrhale, 
les  symptômes  cérébraux  et  intestinaux  ressemblent  souvent  beau- 
coup ta  ceux  du  typhus  et  qu'il  peut  même  s'y  joindre  une  cer- 
taine augmentation  de  volume  de  la  rate.  Si  l'on  n'a  à  sa  disposi- 
tion qu'une  courte  partie  de  la  marche,  le  diagnostic  ne  peut 
parfois  même  pas  être  établi  avec  sûreté.  Au  contraire,  si  l'obser- 
vation a  été  poursuivie  pendant  plus  de  quatre  jours,  le  diagnostic 
peut  être  établi,  du  moins  dans  les  pneumonies  à  marche  favorable. 
Si  ce  sont  les  quatre  premiers  jours  de  la  maladie,  l'ascension  ther- 
mique ne  présente  pas  dans  la  pneumonie  la  même  régularité  que 
dans  le  typhus  abdominal.  Si  ce  sont  des  jours  d'une  période  plus 
avancée  de  la  maladie,  on  observe  d'ordinaire,  déjà  clans  le  cas 
de  pneumonie  bénigne,  une  diminution  des  hauteurs  vespé- 
rales, et  si  la  maladie  est  déjà  à  son  déclin  au  moment  de  l'obser- 
vation, on  s'aperçoit  que  ce  déclin  fait  des  progrès  plus  rapides 
dans  la  pneumonie  que  dans  la  fièvre  typhoïde. 

9.  Comme  modification,  soit  du  type  continu,  soit  du  type  ré- 
mittent, il  se  présente  assez  souvent  un  cycle  à  fastigium  recru- 
descent, et  on  l'observe  dans  les  cas  où,  après  l'hépatisation  d'une 
partie  des  poumons,  un  second  lobe,  ou  bien  l'autre  poumon  sont 
atteints  (pneumonies  progressant  par  saccades  ou  extensive  sac- 
cadée). 

Quand  la  marche  a  été  d'abord  elle-même  modérée,  ou  si  elle 
est  déjà  en  voie  d'amendement,  on  observe  tout  à  coup  une  ascen- 
sion, à  laquelle  se  rattache  ultérieurement  un  cycle  thermique 
continu  ou  discontinu. 

Si  la  mort  ne  survient  pas,  la  guérison  se  fait  en  général  de 
la  même  façon  que  dans  tous  les  autres  cas  ;  elle  présente  cepen- 


502       DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

dant  de  fréquentes  irrégularités,  du  moins  elle  est  souvent  plus 
traînante  que  dans  une  marche  simplement  continue. 

10.  La  fièvre  des  pneumoniques  affecte  parfois  une  marche  ré- 
currente. Cet  état  peut  se  produire  après  l'emploi  de  saignées 
générales  ou  d'émissions  sanguines  locales  abondantes,  mais  sou- 
vent cette  fièvre  peut  suivre  la  même  marche,  indépendamment  de 
toute  influence  extérieure. 

Il  se  produit  généralement  de  très-bonne  heure,  dès  le  deuxième 
ou  troisième  jour,  cependant  parfois  aussi  plus  tard,  une  défer- 
vescence  rapide,  semblable  à  celle  que  l'on  observe  dans  le  déclin 
de  la  pneumonie  croupale  (exsudative  ou  fibrineuse). 

La  température  reste  tout  a  fait  normale,  ou  du  moins  sous-fé- 
brile, pendant  18,  24  ou  56  heures,  et  parfois  même  pendant 
plusieurs  jours,  au  point  de  faire  croire  à  la  guérison  ;  cependant, 
le  plus  souvent  cette  basse  température  n'est  pas  accompagnée  de 
modifications  correspondantes  dans  les  phénomènes  locaux. 

Tout  à  coup  la  température  remonte  rapidement,  mais  n'arrive 
d'ordinaire  pas  tout  à  fait  à  l'élévation  antérieure.  Elle  ne  se  main- 
tient que  pendant  quelques  jours  au  fastigium  et  redescend  alors 
vers  la  défervescence  définitive,  ou  bien  la  fièvre  se  renouvelle  une 
seconde  ou  même  une  troisième  fois. 

Ces  sortes  de  pneumonies  à  rechutes  se  rattachent  cependant 
par  des  gradations  insensibles  aux  cas  susmentionnés,  dans  les- 
quels se  produisent  de  profondes  rémissions  ou  des  pseudo-crises 
avec  apyrexie  prolongée. 

Quand  la  fièvre  se  répète,  les  signes  locaux  restent  les  mêmes,  ou 
bien  deviennent  plus  accusés  (la  matité  est  plus  complète,  le  souffle 
bronchique  plus  intense),  ils  peuvent  même  s'étendre  davantage. 

Les  pneumonies  erratiques,  c'est-à-dire  ces  formes  morbides 
particulières,  semblables  à  l'érysipèle  ambulant  ou  à  quelques  cas 
de  rhumatisme  polyarticulaire,  les  pneumonies  erratiques,  di- 
sons-nous, présentent  aussi  parfois  l'allure  de  la  fièvre  à  rechute  ; 
la  maladie  des  poumons  se  déplace  brusquement,  les  parties  d'a- 
bord attaquées  guérissent,  tandis  que  d'autres  sont  affectées  à  leur 
tour;  avec  cela  l'infiltration  aussi  bien  que  la  guérison  s'opèrent 
avec  une  extrême  rapidité,  comme  il  est  facile  de  le  constater  par 
l'auscultation. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        593 

11.  La  marche  intermittente  se  rattache  à  la  forme  à  rechute 
et  n'est  uniquement  caractérisée  que  par  ce  fait  : 

L'apyrexie  et  l'accès  alternent  dans  un  rhythme  assez  régulier  et 
sont  encore  plus  nettement  séparés  l'un  de  l'autre  que  dans  la 
forme  à  rechutes.  Les  paroxysmes  fébriles  eux-mêmes  ressem- 
blent à  l'éphémère  pneumoniquc  acméemu.  Les  phénomènes 
locaux  peuvent  aussi  diminuer  pendant  la  période  intercalaire  ou 
d'apyrexie.  Cette  forme-là  ne  s'observe  dans  son  complet  déve- 
loppement qu'aux  époques  où  régnent  des  épidémies  de  fièvres 
intermittentes.  Les  pneumonies  emboliques  à  répétition  peuvent 
aussi  affecter  le  type  intermittent. 

Le  diagnostic  de  la  pneumonie  intermittente  est  exposé  à  deux 
genres  d'erreurs.  En  premier  lieu,  on  peut  être  trompé  par  le  dé- 
but de  la  défervescence  qui  fait  supposer  que  la  maladie  est  à  sa 
fin,  ou  bien  qu'elle  a  été  jugulée  par  le  traitement.  En  second 
lieu,  cette  répétition  d'accès  fébriles  suivis  d'apyrexie  peut  en 
imposer  pour  une  fièvre  intermittente.  Cependant,  dans  la  pneu- 
monie intermittente  (du  moins  autant  que  j'ai  pu  l'observer),  les 
accès  s'affaiblissent  spontanément  après  deux  ou  trois  paroxysmes, 
ce  qui  a  rarement  lieu  dans  la  fièvre  intermittente,  si  l'on  n'a  pas 
recours  à  un  traitement  approprié. 

La  pneumonie  intermittente  se  termine  de  l'une  des  deux  façons 
suivantes  : 

1°  Ou  bien  la  défervescence  n'est  pr.s  suivie  d'une  nouvelle  as- 
cension et  la  convalescence  s'établit  ; 

2°  Ou  bien  le  caractère  d'intermittence  s'efface  et  la  p..e  .  no- 
nie  tourne  à  la  guérison  d'une  façon  lytique  avec  des  températures 
modérément  élevées,  comme  dans  la  forme  rémittente.  Je  n'y  ai 
jamais  observé  d'issue  mortelle. 

12.  Quand  la  pneumonie  présente  une  marche  caractérisée  par 
des  abaissements  brusques ,  mais  imparfaits  et  des  réascensions 
irrégulières,  elle  offre  la  plus  grande  ressemblance  avec  la  pyémie, 
et  elle  n'est  sans  doute  pas  autre  chose  qu'une  pyémie  avec  affec- 
tion pulmonaire  prédominante.  Les  cas  qui  présentent  une  pareille 
évolution  sont,  en  partie,  des  processus  emboliques  répétés  dans 
les  poumons  avec  des  foyers  multiples,  en  partie  des  processus 
septicémiques  ;  ces  cas  se  terminent  d'ordinaire  par  la  mort.  Si 


594        DE  LA.  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

les  individus  affectés  sont  dans  le  marasme,  les  ascensions  peu- 
vent alterner  avec  des  collapsus  plus  ou  moins  profonds. 

15.  Les  pneumonies  à  marche  traînante  ne  présentent  d'ordi- 
naire rien  de  particulier  au  début.  Dans  les  premiers  jours,  elles 
suivent  lantôt  une  marche  continue,  tantôt  une  marche  discontinue. 
Des  rémissions  se  produisent  alors,  du  moins  dans  le  cours  ulté- 
rieur de  la  maladie.  Mais,  au  lieu  de  tendre  à  la  guérison,  les 
fluctuations  se  maintiennent  à  la  même  hauteur. 

De  fortes  températures  vespérales  alternent  avec  de  grands  col- 
lapsus.  Fréquemment  le  maximum  quotidien  tombe  vers  midi  ;  le 
soir  survient  alors  une  rémission  qui  tend  à  dégénérer  en  collap- 
sus, puis  une  seconde  exacerbation  plus  faible  vers  minuit.  11  peut 
arriver  dans  ces  cas  que  les  rémissions  deviennent  de  plus  en  plus 
profondes  et  les  exacerbations  sans  cesse  plus  élevées,  et  qu'ainsi 
la  différence  quotidienne  soit  accrue.  Cependant,  la  marche  ne 
reste  en  général  régulière  que  durant  peu  de  jours;  alors  vien- 
nent s'intercaler  d'autres  modalités  qui,  à  leur  tour,  peuvent  faire 
place  aux  grands  oscillations  quotidiennes.  Si,  dans  l'intervalle,  le 
malade  ne  succombe  pas,  il  n'est  pas  rare  de  voir,  au  moment 
même  où  la  fièvre  est  près  de  toucher  à  sa  fin,  le  cycle  thermique, 
interrompu  encore  une  fois  par  une  série  de  fortes  réascensions, 
durant  un  ou  plusieurs  jours. 

Dans  les  cas  où  des  exacerbations  vespérales  modérées  se  con- 
tinuent pendant  assez  longtemps  (ce  qui  peut  dépendre  en  partie 
de  la  guérison  imparfaite  de  la  pneumonie,  en  partie  de  compli- 
cations sérieuses,  telles  que  la  pleurésie,  les  bronchiectasies  pu- 
rulentes, etc.),  la  transition  à  l'état  apyrétique  se  fait  (quand  elle 
a  lieu)  toujours  par  gradations  presque  insensibles. 

14.  Dans  les  pneumonies  ultimes  (pneumonies  des  agonisants) 
il  n'y  a  pas  toujours  d'élévation  thermique,  lors  même  que  la 
température  aurait  été  auparavant  élevée,  elle  n'est  point  du  tout 
nécessairement  modifiée  par  l'invasion  d'une  pneumonie. 

Mais,  d'un  autre  côté,  on  constate  aussi  assez  souvent  que,  dans  les 
cas  où  une  pneumonie  ayant  atteint  un  individu  déjà  très -malade, 
entraîne  sa  mort,  cette  terminaison  fatale  est  annoncée  par  une  éléva- 
tion thermique  (que  la  maladie  primitive  ait  été  aiguë  ou  chronique) . 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        595 

La  température  ne  monte  d'abord  que  modérément,  mais  le  der- 
nier jour  avant  la  mort,  et  quelquefois  plus  tôt,  elle  peut  s'élever 
à  des  degrés  plus  considérables.  Il  n'est  cependant  pas  douteux 
qu'une  température  extrêmement  fébrile  ne  soit  produite  que  très- 
exceptionnellement  par  une  pareille  pneumonie  terminale,  et  quand 
cette  température  extrême  se  présente,  elle  est  certainement  déter- 
minée par  des  conditions  morbides  autres  que  la  pneumonie. 

15.  Traube,  dans  son  travail  sur  l'action  de  la  digitaline  (1850, 
Charité  Annalen,  p.  622)  et  dans  son  mémoire  sur  les  crises  et  les 
jours  critiques  (Deutsche  Klinik,  1851-1852)  a  publié  des  faits 
intéressants  sur  la  marche  particulière  de  la  température  dans  la 
pneumonie.  En  outre,  il  faut  comparer  mes  publications  relatives 
à  la  pneumonie  (Archiv  ■  fur  physiol.  Heilkunde,  1856,  p.  17  et 
1858,  p.  27  et  Archiv  der  Heilkunde,  1862,  p.  13). 

Ziemssen  (Pleurésie  et  pneumonie  de  l'enfance.  —  Pleurilis 
und  pneumonie  im  Kindesalter,  1862) . 

Thomas  (Archiv  der  Heilkunde,  1864,  p.  50  et  1865,  p.  118). 

Kocher  (Traitement  de  la  pneumonie  franche  par  le  veratrum 
viride.  —  Behandhmcj  d.  croupôsen  Pneumonie  mit  Veratrum, 
1866). 

Schrôtter  (Sitz.Ber.  d.  Kais.  Acad.  d.Wissenschaft. —  Juillet, 
1868). 

Kieman  (PragerVierteljahrsschrift,  1868,  p.  72). 

Grimshaw  (Dublin  Quarterly  Journal.  —  Mai,  1869). 

Maclaga  (Edinburgh  Médical  Journal.  —  Février,  1869,  page 
684). 

Warnatz  (Leipz.  Dissertât.  —  1869). 

Pour  les  tracés  thermiques  de  la  pneumonie,  voy.  planche  VI. 

XV.  AMYGDALITE 

1.  L'angine  tonsillaire  présente,  sous  plusieurs  rapports,  des 
analogies  avec  la  pneumonie  et  ses  diverses  variétés  ;  mais,  abstrac- 
tion faite  des  affections  diphthéritiques  du  pharynx,  elle  n'offre  ja- 
mais les  mêmes  dangers,  et,  par  conséquent,  sa  marche  est  tou- 
jours plus  bénigne. 


596        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

Tout  comme  dans  la  pneumonie,  on  constate  aussi  dans  l'amyg- 
dalite deux  formes  différentes,  au  point  de  vue  du  rapport  chrono- 
logique de  la  fièvre  avec  bs  lésions  locales.  Tandis  que,  dans  un  cer- 
tain nombre  de  cas,  la  fièvre  se  développe  en  même  temps  que  les 
phénomènes  locaux  ou  leur  est  consécutive,  il  s'en  présente  d'autres 
dans  lesquels  une  fièvre  intense,  du  genre  de  la  fièvre  prodromi- 
que  des  exanthèmes,  précède  de  vingt-quatre,  trente-six  heures 
et  môme  de  deux  ou  trois  jours  le  développement  de  l'angine  ton- 
sillaire  (comme  cela  arrive  souvent  dans  la  pneumonie  lobaire). 

Cette  dernière  forme  se  rencontre  dans  l'amygdalite  catarrhale 
aussi  bien  que  dans  la  parenchymateuse,  elle  est  relativement  plus 
fréquente  dans  la  première;  mais,  prise  dans  un  sens  absolu,  elle 
y  est  plus  rare,  car  les  angines  catarrhales  fébriles  sont  beaucoup 
plus  rares  que  les  angines  parenchymateuses. 

Il  est  d'ailleurs  impossible  d'établir  une  différence  tranchée  en- 
tre le  type  fébrile  de  l'amygdalite  catarrhale  et  celui  de  l'amygda- 
lite parenchymateuse,  il  est  seulement  permis  de  dire  que  cer- 
taines conditions  se  rencontrent  plus  fréquemment  dans  l'une  de 
ces  deux  formes  que  dans  l'autre. 

2.  Si  la  fièvre  fait  son  apparition  dans  la  période  initiale  de  la 
maladie  les  symptômes  iébriles  se  développent  presque  toujours  ra- 
pidement, souvent  accompagnés  de  frisson,  plus  souvent  encore 
d'une  grande  impression  de  froid,  mais  pouvant  aussi  débuter  par 
la  chaleur,  qu'il  y  ait  ou  non  des  lésions  locales  sur  les  amygdales. 
Sous  ce  rapport,  il  n'y  a  pas  de  différence  essentielle  entre  les 
formes  parenchymateuse  et  catarrhale.  Les  caractères  de  l'ascen- 
sion thermique  initiale  ne  sauraient  encore  être  précisés,  car  on  a 
trop  rarement  l'occasion  d'observer  la  maladie  à  son  début. 

D'ordinaire,  la  température  atteint,  dès  les  premiers  jours,  le 
maximum  de  l'élévation,  le  plus  fréquemment  cela  a  lieu  le  troi- 
sième jour  de  la  maladie,  très-souvent  aussi,  le  deuxième  et  le  qua- 
trième. 

Les  élévations  maxima  dans  la  forme  catarrhale  sont,  en  moyenne, 
plus  basses  que  dans  la  forme  parenchymateuse;  dans  la  pre- 
mière, elles  n'atteignent  que  rarement  40°,  tandis  que  dans  la  se- 
conde, elles  dépassent  parfois  40°  et  40°,75  (mais  ce  n'est  pas  le 
cas  le  plus  fréquent).  Dans  la  grande  majorité  des  cas,  la  tempe- 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        597 

rature  maxima  reste  entre  59°  et  40°  dans  l'amygdalite  parenchy- 
mateuse,  et  dans  la  forme  calarrhale  au-dessous  de  59°. 

Après  avoir  atteint  leur  maximum,  les  deux  formes  prennent 
d'ordinaire  une  direction  descendante,  à  moins  que  la  crise  se 
soit  aussitôt  produite. 

La  marche  de  la  température  pendant  le  fastigium  est,  en  géné- 
ral, discontinue  dans  les  deux  formes;  cependant,  dans  la  forme 
catarrhale,  quand  des  maxima  quotidiens  ont  été  atteints,  les  fluc- 
tuations sont  plus  grandes  et  les  rémissions  descendent  quelque- 
fois jusqu'à  l'état  normal,  tandis  que,  dans  la  forme  parenchyma- 
teuse,  l'évolution  thermique  se  rapproche  plutôt  du  type  continu, 
au  moins  dans  les  premiers  jours,  ou  bien  arrive  à  un  sommet 
unique,  précisément  dans  les  cas  où  la  température  est  très- 
élevée. 

La  crise  est  précédée,  dans  quelques  cas,  à  la  vérité,  peu  fré- 
quents, d'une  perturbation  critique  (perturbatio  critica). 

5.  La  défervescence  se  produit  dans  les  deux  formes  d'une  façon 
le  plus  souvent  rapide  :  dans  les  deux  tiers  des  cas  seulement,  pour 
la  forme  catarrhale;  dans  les  cinq  sixièmes  environ,  dans  la  forme 
parenchymateuse. 

En  général,  la  crise  commence  entre  le  troisième  et  le  cin- 
quième jcur,  rarement  le  deuxième,  le  sixième  ou  le  septième  et 
beaucoup  plus  rarement  encore  plus  tard. 

Il  est  plus  fréquent  devoir  la  crise  retardée  jusqu'au  sixième  ou 
septième  jour  dans  l'amygdalite  catarrhale,  que  dans  la  forme  ca- 
tarrhale. 

En  revanche,  la  défervescence  dans  la  forme  catarrhale,  quand 
elle  se  fait  avec  rapidité,  se  termine  plus  rapidement  que  dans  la 
forme  parenchymateuse  (sans  doute  à  cause  de  l'élévation  moins 
considérable),  d'ordinaire,  clans  une  seule  nuit,  tandis  que  dans  la 
forme  parenchymateuse,  elle  met  souvent  vingt-quatre  à  trente- 
six  heures  à  s'achever,  bien  qu'elle  se  termine  souvent  aussi  éga- 
lement dans  une  seule  nuit. 

Après  la  défervescence,  il  ne  se  produit  jamais  dans  la  forme  ca- 
tarrhale des  températures  sous-normales,  dans  la  forme  paren- 
chymateuse, il  s'en  produit  parfois. 

Si  le  défervescence  présente  une  marche  lytique,  ce  qui  a  prin- 


598        DK  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

cipalcment  lieu  dans  les  cas  à  élévation  modérée,  de  petites  éléva- 
tions thermiques  se  maintiennent  encore  pendant  quelques  jours 
et  le  rétablissement  est  retardé  d'autant. 

Consultez  Thomas  (1864.  Archiv  der  Heilkundé,  t.  V,  p.  170) 
etïreibmann  (Ueber  Angina  Tonsill.  — Dissert,  inaug.  1865)  ;  tous 
les  deux  ont  utilisé  les  observations  recueillies  dans  mon  ser- 
vice. 

XVI.  PAROTIDITE 

La  parotidite  présente  les  conditions  thermiques  les  plus  va- 
riées ;  on  ne  saurait  s'attendre  à  autre  chose  quand  on  songe  dans 
combien  de  circonstances  différentes  se  rencontrent  les  affections 
inflammatoires  des  glandes  salivaires  et  des  parties  circonvoisi- 
nes.  Elle  se  montre  comme  affection  épidémique  primitive  (le  plus 
souvent  avec  très-peu  de  fièvre),  comme  forme  catarrhale,  comme 
inflammation  de  voisinage,  comme  complication  dans  les  mala- 
dies constitutionnelles  infectieuses  de  toute  sorte,  comme  forme 
métastatique  clans  la  pyémie,  comme  trouble  terminal  dans  les  fiè- 
vres graves,  ainsi  que  dans  les  cachexies,  etc.,  etc. 

Un  grand  nombre  de  ces  formes,  et  précisément  celles  qui  sont 
accompagnées  de  fièvre  ne  se  produisent  pas  assez  fréquemment 
pour  qu'il  soit  possible  d'établir  des  règles  générales  relativement 
à  la  marche  thermique  dans  chacune  d'entre  elles  ;  d'autre  part, 
ces  cas  sont  presque  toujours  complexes,  et  il  faudrait  s'appuyer 
sur  un  grand  nombre  d'expériences,  pour  pouvoir  distinguer  la 
part  d'influence  sur  la  marche  thermique  qui  revient  à  la  paroti- 
dite elle-même  de  celle  qu'exerce  la  maladie  primitive. 

On  ne  peut  donc,  en  attendant,  qu'énumérer  en  général  les  con- 
ditions thermiques  qui  peuvent  se  présenter  dans  les  diverses  for- 
mes de  parotidites.  Les  voici  : 

1°  Aucune  modification  de  la  température  qui,  précédemment, 
avait  été  normale  ou  fébrile  (cas  assez  fréquent)  ; 

2°  Elévations  thermiques  modérées  ; 

5°  Ascension  éphéméréennes  (semblables  à  celles  de  la  fièvre 
éphémère)  avec  chute  rapide  ou  ralentie  ; 

4°  Fièvre  continuependant  plusieurs  jours  (polyhémère)  ; 

5°  Fièvre  rémittente  ; 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        599 

6°  Cycle  thermique  analogue  à  celui  de  la  pyémie  ; 
7°  Ascensions  terminales  très-élevées  ; 
8°  Collapsus. 

XVII.  MÉNINGITE 

1.  Il  y  a  beaucoup  de  cas  de  méningite  qui  évoluent  sans  aucune 
espèce  de  fièvre  ou  bien  ne  présentent  que  des  élévations  thermi- 
ques irrégulières  et  sans  caractères  particuliers  ;  ce  sont  les  inflam- 
mations chroniques  et  partielles  des  méninges.  —  Les  inflam- 
mations aiguës  étendues  des  méninges  n'affectent  pas  non  plus 
d'allure  thermique  constante  ;  cependant,  on  peut  y  établir  cer- 
taines règles  qui  ne  sont  nullement  précises  et  applicables  sans 
exceptions,  mais  qui  s'adaptent  pourtant  à  la  grande  majorité  des 
cas. 

Au  point  de  vue  du  cycle  thermique,  on  distingue  principale- 
ment trois  espèces  de  méningite  : 

a.  L'inflammation  aiguë  sporadique  de  la  pie-mère  qui  revêt  la 
face  convexe  des  hémisphères. 

b.  La  forme  granuleuse  (tuberculeuse)  qui  a  son  siège  principa- 
lement à  la  base  dans  les  scissures  de  Sylvius  et  sur  le  cervelet. 

c.  La  forme  épidémique  qui  attaque  pour  la  plupart  simultané- 
ment la  convexité  et  la  base,  et  s'étend  aussi  à  la  moelle  épinière 
(méningite  cérébro-spinale  épidémique). 

Ces  formes  différentes,  au  point  de  vue  étiologique  etséméiolo- 
gique,  présentent  aussi  des  divergences  dans  leurs  caractères  ther- 
miques. 

2.  Dans  la  méningite  aiguë  de  la  convexité,  la  fièvre  débute,  tan- 
tôt d'une  façon  rapide,  tantôt  plus  ou  moins  lentement  suivant  la 
cause  déterminante  de  la  maladie. 

Autant  que  je  puis  en  juger  d'après  le  petit  nombre  de  cas  que 
j'ai  à  ma  disposition,  l'ascension  thermique  devient  bientôt  très- 
considérable,  se  maintient  à  une  grande  hauteur  (au-dessus  de 
40°)  d'une  façon  continue  et  monte  encore  davantage  pendant 
l'agonie,  de  sorte  que  la  mort  survient  habituellement  à  une  tem- 


400        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

pérature  hyperpyrétique.  La  durée  totale  de  la  maladie  ne  dépasse 
pas  quelques  jours. 

5.  Dans  la  méningite  basilaire  granuleuse,  le  commencement  de 
l'ascension  thermique  se  dérobe  d'ordinaire  à  l'observation,  soit 
qu'on  n'ait  pas  pratiqué  de  mensuration  dans  les  premiers  jours 
du  début  insidieux  de  la  maladie,  soit  que  les  lésions  antérieures 
(tuberculose  des  glandes,  des  poumons,  etc.)  aient  déterminé  déjà 
une  élévation  thermique. 

Dans  le  cours  de  la  maladie,  la  température  se  maintient  tantôt 
seulement  un  peu  au-dessus  de  l'état  normal,  tantôt  à  une  éléva- 
tion fébrile  modérée  avec  un  type  d'ordinaire  rémittent.  Mais  elle 
atteint  aussi  assez  souvent  les  degrés  fébriles  d'une  fièvre  typhoïde, 
d'autres  fois,  elle  présente  quelques  forts  abaissements  et  d'autres 
irrégularités,  parfois  aussi  des  intervalles  apyrétiques  de  quelques 
jours. 

Quand  l'issue  léthalo  approche,  après  une  durée  plus  ou  moins 
longue  de  la  maladie,  la  température  ne  monte  qu'exceptionnel- 
lement si  elle  a  été  auparavant  fébrile  ;  le  plus  souvent,  au  con- 
traire, elle  tombe  ;  bien  qu'elle  ne  descende  pas  à  l'état  normal,  elle 
diminue  cependant  de  plusieurs  degrés,  tandis  que  le  pouls  s'ac- 
célère en  même  temps. 

Dans  l'agonie,  cet  abaissement  continue  ou  bien  il  se  présente 
encore  avant  la  mort  une  dernière  ascension  plus  ou  moins  consi- 
dérable; le  pouls,  au  contraire,  augmente  rapidement  de  fré- 
quence jusque  presqu'au  moment  où  les  contractions  du  cœur 
cessent. 

4.   La  MÉNINGITE    ÉPIDÉMIQUE    CÉRÉBRO-SPINALE    est,    Oïl  le  Sait,  Ulie 

forme  morbide  qui,  malgré  son  essentialité,  peut  présenter  un  en- 
semble très-différent  de  symptômes. 

Les  conditions  thermiques  sont  aussi  très-diverses.  Mais,  comme 
c'est  seulement  à  l'occasion  des  dernières  épidémies  qui  ont  régné 
en  Allemagne  que  l'on  a  commencé  en  quelques  endroits  d'élendre 
l'observation  clinique  à  la  température ,  les  expériences  sont 
encore  trop  peu  nombreuses,  pour  qu'elles  puissent  présenter 
dune  façon  complète  tous  les  côtés  de  la  question. 

D'après  les  trente  et  quelques  cas  de  cette  maladie  que  j'ai  ob- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       401 

serves  moi-même,  il  me  semble  qu'il  y  aurait  lieu  de  distinguer 
trois  variétés  principales  dans  le  cycle  fébrile  : 

a.  Dans  quelques  cas  très-graves  et  rapidement  mortels,  la  tem- 
pérature présente  une  allure  semblable  à  celle  de  la  méningite  de 
la  convexité. 

Bien  qu'elle  ne  soit  pas  toujours  très-élevée  au  début  de  la  ma- 
ladie, elle  atteint  cependant  la  très-peu  de  temps  des  degrés  ex- 
trêmement considérables,  auxquels  elle  se  maintient  durant  plu- 
sieurs jours  ;  à  l'approche  du  moment  suprême,  elle  peut  atteindre 
des  élévations  extraordinaires  (42°  et  au-dessus  ;  dans  un  cas  elle 
était  de  45°, 75)  et,  après  la  mort  même,  elle  peut  s'élever  encore 
de  quelques  dixièmes  ;  dans  le  cas  susmentionné,  elle  était  mon- 
tée trois  quarts  d'heure  après  la  mort  jusqu'à  44°, 16.  —  Parmi 
les  cas  mortels,  on  en  trouve  aussi  dans  lesquels  la  température 
très-peu  élevée  pendant  un  certain  temps  montait  soudain  à  des 
hauteurs  considérables  à  la  fin  de  la  maladie. 

b.  D'un  autre  côté,  des  cas  relativement  légers  ne  présentent 
qu'une  fièvre  de  courte  durée,  bien  que  parfois  avec  de  considé- 
rables élévations  (en  opposition  apparente  avec  la  lenteur  du 
pouls)  et  avec  une  marche  le  plus  souvent  discontinue.  La  guéri- 
son  ne  s'effectue  pas  nettement  sous  forme  de  crise,  mais  avec  une 
défervescence  plutôt  rémittente,  le  pouls  commence  précisément 
à  s'accélérer  quand  la  température  est  devenue  à  peu  près  ou  com- 
plètement normale.  Il  arrive  qu'après  la  défervescence,  au  mo- 
ment où  la  guérison  semble  prochaine,  une  récidive  se  produit 
tout  d'un  coup  avec  une  élévation  rapide  et  une  marche  semblable 
à  celle  décrite  dans  le  paragraphe  précédent. 

E_:  opposition  avec  ces  marches  iébriles  de  courte  durée,  pré- 
sentant un  caractère  léger  ou  extrêmement  grave,  on  trouve  des 
cas  dans  lesquels  le  décours  de  la  température  est  plus  ou  moins 
traînant  et  dans  lesquels  la  fièvre  suit  une  marche  correspondante. 
L'élévation  thermique  peut  être  très-différente  et  varier  d'une 
façon  multiple  dans  un  seul  et  même  cas  ;  cela  doit  dépendre  prin- 
cipalement des  diverses  complications  qui  peuvent  affecter  les 
bronches,  les  poumons,  les  intestins,  les  séreuses,  etc. 

Parfois,  la  durée  et  les  exacerbations  thermiques  de  la  fièvre 
sont  semblables  à  celles  de  la  fièvre  typhoïde,  et,  jusqu'à  un  certain 

26 


402        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

point,  le  tracé  thermique  peut  présenter  une  très-grande  ressem- 
blance avec  celui  de  la  maladie  susmentionnée  ;  mais  il  n'offre 
pas  la  régularité  qui  caractérise  la  fièvre  typhoïde,  et  l'on  n'y  re- 
trouve tout  au  plus  que  les  traits  de  la  période  amphibole  du  ty- 
phus abdominal;  on  pourrait  cependant  le  comparer  encore  à  la 
forme  irrégulière  de  cette  maladie.  On  peut  y  constater  des  fluc- 
tuations d'une  grande  étendue,  des  améliorations  apparentes,  des 
réascensions  subites.  Parfois  l'état  thermique  ressemble  à  celui 
d'un  phthisique  fébricitant. 

La  défervescence  peut  se  faire  avec  rapidité,  mais,  d'ordinaire, 
elle  suit  une  marche  lente.  Quand  l'issue  est  mortelle,  il  se  pro- 
duit des  élévations  ou  des  diminutions  thermiques  suivant  la 
variété  du  cas  et  selon  la  cause  qui  a  directement  produit  la 
mort. 

J'ai  relaté  en  détails  (Archiv  der  Heilkunde,  t.  VI,  p.  271)  un 
cas  très-intéressant  dans  lequel  le  diagnostic  restait  indécis  entre 
une  fièvre  typhoïde  et  une  méningite  cérébro-spinale,  tant  au 
point  de  vue  de  l'état  thermique  qu'eu  égard  aux  autres  phéno- 
mènes morbides. 

Consultez  mes  deux  mémoires  (1864,  Archiv  der  Heilkunde, 
t.  V,  p.  417  et  1865  ibid.,  t.  VI,  p.  268). 

Ziemssen  et  Hess  (1865,  Deutsches  Archiv  fur  klinische  Médi- 
an, t.  I,  p.  72  et  546). 

Mannkopf  (Ueber  Meningitiis  cerebrospin.  epid.  1866). 

Voyez  planche  VI. 


XVIII.  PLEURESIE,  ENDOCARDITE,  PERICAROITE 
ET  PÉRITONITE 

La  température  dans  les  inflammations  des  membranes  séreuses 
de  la  poitrine  et  de  l'abdomen,  présente  le  plus  souvent  une  ab- 
sence complète  de  caractère  typique. 

Ces  affections  peuvent  suivre  leur  cours  sans  présenter  la  moiiv 
dre  élévation  thermique  ou  bien  être  complètement  apyrétiques  à 
certains  moments  et  offrir  de  temps  en  temps  quelques  élévations 
de  température. 

Si  elles  viennent  s'ajouter  à  d'autres  maladies  fébriles,  elles  ne 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       403 

modifient  presque  en  rien  la  marche  thermique  de  ces  dernières, 
ou  la  rendent  seulement  irrégulière  sans  lui  imprimer  de  ca- 
ractère particulier.  D'ordinaire,  elles  retardent  la  défervescence  de 
la  maladie  qu'elles  compliquent,  la  rendent  plus  lente,  plus  incom- 
plète et  produisent  des  réascensions  tardives. 

Mais  elles  peuvent  aussi  par  elles-mêmes  provoquer  des  éléva- 
tions, tantôt  modérées,  tantôt  considérables. 

Elles  peuvent  encore  amener  des  abaissements  thermiques  sous- 
normaux  et  des  températures  de  collapsus. 

Malgré  le  grand  nombre  de  tracés  thermiques  que  je  possède 
sur  ces  affections,  il  ne  m'a  encore  été  possible  jusqu'ici  que  de 
poser  quelques  conclusions  générales  relativement  à  la  valeur 
seméiologique  de  la  température  dans  ces  maladies. 

Elles  peuvent  être  formulées  de  la  façon  suivante  : 

1.  Dans  ces  maladies,  aucune  modalité  thermique  n'offre  de  si- 
gnification sûrement  favorable  ;  quelle  que  soit  la  marche  de  la 
température,  la  mort  peut  toujours  survenir.  En  se  guidant  sur  la 
température,  on  ne  peut  donc  en  aucune  façon  garantir  que  la  ma- 
ladie se  terminera  par  une  guérison  complète. 

2.  Les  conditions  thermiques  qui  semblent  les  plus  favorables, 
c'est-à-dire  celles  qui  rendent  la  plus  probable  une  terminaison 
heureuse,  sont  les  suivantes  : 

a.  Quand  la  température  n'a  nullement  été  altérée  par  la  ma- 
ladie. 

(3.  Quand  elle  est  restée  dans  les  limites  d'une  température  hy- 
popyrétique,  ou  d'un  léger  mouvement  fébrile  ;  et  ne  la  dépasse 
même  pas  passagèrement,  ou  n'est  pas  notamment  descendue  à 
des  degrés  sous-normaux. 

Y«  Quand  il  y  a  une  fièvre  modérée  à  type  rémittent,  ne  dépassant 
pas  la  durée  de  deux  semaines  et  s'éteignant  ensuite  après  des 
abaissements  progressifs,  sans  que  d'autres  symptômes  suspects 
soient  venus  s'y  ajouter. 

3.  Les  températures  sous-normales  se  présentent  surtout  fré- 
quemment dans  la  péritonite  et  sont  toujours  excessivement  sus- 
pectes. La  mort  survient  assez  souvent  dans  ces  conditions  ther-^ 


04        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

miques,  soit  que  cette  basse  température  ne  se  produis 3  que  peu 
avant  la  mort,  soit  qu'elle  ait  existé  longtemps  auparavant,  ou 
qu'elle  ait  alterné  avec  des  degrés  normaux  et  élevés. 

4.  Les  températures  hyperpyrétiques,  comme  toutes  les  tempé- 
ratures ascendantes  en  général ,  ne  sont  pas  encore  par  elles- 
mêmes,  il  est  vrai,  l'indice  d'une  terminaison  fâcheuse,  mais, 
du  moins,  elles  ajoutent  un  nouvel  élément  de  gravité  aux  autres 
circonstances  défavorables  qui  existent  déjà. 

Quand  des  températures  auparavant  très-hautes  descendent 
à  des  degrés  modérés,  le  danger  n'est  nullement  conjuré  pour  cela, 
mais  il  est,  à  la  vérité,  moins  grand  que  si  les  températures  res- 
taient à  leur  élévation  primitive. 

5.  Outre  l'ascension  fébrile,  ce  qui  augmente  le  danger,  c'est  la 
persistance  de  la  température  à  un  niveau  fixe  et  l'absence  de  ré- 
missions, ce  sont  surtout  des  températures  restant  très-hautes  pen- 
dant un  espace  de  temps  assez  long  et  même  de  grandes  exacerba- 
tions  vespérales  alternant  avec  des  rémissions  matinales  considéra- 
bles. Dans  le  piemier  cas,  la  maladie  est  absolument  grave;  dans 
le  second,  le  rétablissement  complet  est  au  moins  douteux.  Le 
retard  que  subit  dans  ces  affections  le  retour  complota  l'état  nor- 
mal des  températures  élevées  (que  ces  maladies  aient  été  primitives 
ou  consécutives  à  d'autres  affections  fébriles)  ralentit,  à  la  vérité,  la 
guérison  complète  et  détermine  des  troubles  dans  la  convalescence, 
mais  n'empêche  pas,  en  fin  de  compte,  le  rétablissement  définitif 
de  l'équilibre. 

6.  Des  fluctuations  très-considérables  et  des  alternatives  irrégu- 
lières de  températures  très-élevées  et  d'abaissements  profonds,  du 
genre  de  celles  de  'a  pyémie,  se  produisent  surtout  dans  les  endo- 
cardites, parfois  aussi  dans  les  inflammations  du  péricarde,  de  la 
plèvre  et  du  péritoine  ;  elles  sont  toujours  extrêmement  dange- 
reuses et  rendent  très-probables  une  issue  mortelle. 

7.  Les  températures  hyperpyrétiques  se  rencontrent  principale- 
mont  dans  quelques  cas  de  péritonite,  notamment  dans  la  forme 
puerpérale,  et  permettent  de  supposer  qu'à  côté  de  l'inflammation 


DE  LÀ  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        405 

de  la  membrane  séreuse,  il  y  a  encore  une  autre  processus  (déter- 
miné par  l'infection),  tandis  que  les  péritonites  des  couches,  qui 
ne  sont  pas  accompagnées  d'élévations  considérables,  ne  doivent 
probablement  être  considérées  que  comme  des  affections  locales. 
Toutes  les  fois  que  dans  des  affections  de  ce  genre  on  notera  des 
élévations  thermiques  plus  ou  moins  considérables,  l'issue  mor- 
telle sera  à  craindre  et  pourra  même  être  regardée  comme  immi- 
nente. 

Il  convient  ici  de  faire  mention  d'une  observation  très-intéres- 
sante de  Kussmaul  (1868.  Deutsches  Archiv  fur  klin.  Med.,t.W, 
p.  1).  Il  a  vu,  dans  des  pleurésies  fébriles  purulentes  et  fétides,  un 
rapide  retour  de  la  température  à  l'état  normal  après  la  thoracen- 
tèse.  J'ai  observé  moi-même  un  fait  analogue  aux  précédents,  tan- 
dis que  dans  le  eas  d'un  épanchement  de  matière  séro-fibrineuse, 
la  fièvre  modérée  n'était  pas  sensiblement  modifiée  après  la  ponc- 
tion. 

XIX.  RHUMATISME   ARTICULAIRE    AIGU 

1 .  La  fièvre  dans  le  rhumatisme  polyarticulaire  aigu  semble  pré- 
senter des  divergences  très-considérables  quand  on  ne  compare 
que  superficiellement  quelques  observations  isolées.  On  y  trouve, 
en  effet,  une  apyrexie  complète  à  côté  d'états  fébriles  intenses, 
ici  une  longue  durée,  là  une  durée  très-courte  ;  dans  un  cas,  une 
marche  continue,  dans  l'autre,  rémittente;  tantôt  des  élévations 
subites,  tantôt  des  abaissements  accidentels,  et  tout  cela  avec  le 
même  diagnostic  nominal. 

Cependant,  si  l'on  compare  une  grande  quantité  de  cas  de  cette 
maladie,  il  devient  évident  que  certaines  modalités  du  cycle  ther- 
mique se  répètent  plus  fréquemment,  de  sorte  qu'on  peut  les  di- 
viser en  types  bien  caractérisés  et  en  types  moins  bien  définis 
du  rhumatisme  polyarticulaire,  quoiqu'il  ne  soit  pas  toujours  fa- 
cile de  déterminer  pourquoi  certains  cas  appartiennent  plutôt  à  l'un 
des  types  qu'à  l'autre,  et  qu'on  ne  puisse  fixer  les  conditions 
qui  régissent  la  marche  de  la  maladie  et  en  font  varier  le  cours. 

On  peut  en  outre  remarquer  qu'en  ne  tenant  compte  que  de 
quelques  centaines  de  cas,  les  modalités  thermiques  présentent 
une  multiplicité  vraiment  inextricable,  tandis  que  si  le  nombre 


400        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

des  cas  examinés  est  encore  plus  considérable,  on  s'aperçoit  bien- 
tôt que  les  différents  cycles  thermiques  ne  se  subdivisent  pas  à 
l'infini  et  qu'il  est,  au  contraire,  possible  dans  ces  conditions,  de 
démêler  les  diverses  variétés  et  de  les  ramener  toutes  à  un  petit 
nombre  de  formes  caractéristiques. 

2.  Un  nombre  très-considérable,  environ  la  moitié  des  cas  de 
rhumatisme  aigu,  notamment  les  cas  légers  ou  de  moyenne  inten- 
sité, mais  en  partie  aussi  des  cas  graves  présentent  au  total  une 
fièvre  modérée  dans  laquelle  la  température  monte  graduellement 
au  début  et  atteint  le  maximum  à  la  fin  de  la  première  semaine, 
se  maintient  à  cette  hauteur  ou  dans  son  voisinage  avec  des  os- 
cillations insignifiantes  ou  nulles,  durant  peu  de  jours  seulement 
(parfois  même  pendant  une  seule  nuit),  et  descend  alors  (quand 
le  malade  est  bien  soigné)  par  étapes  successives,  le  plus  souvent, 
avec  des  ré-  missions  matinales  modérées  ;  à  ce  moment,  ces  cas 
paraissent  encore  très-accessibles  aux  agents  extérieurs,  mais  fort 
peu  influencés  par  les  inflammations  intercurrentes  des  organes 
internes  (tant  que  celles-ci  ne  sont  pas  très-intenses),  avec  cela  on 
trouve  fréquemment  une  disproportion   entre  l'élévation    de  la 
température  et  la  fréquence  du  pouls,  même  en  l'absence  de  lé- 
sions cardiaques.   Avec  un  bon   traitement,  appliqué  en  temps 
opportun,  toutes  les  autres  conditions  étant  du  reste  favorables,  la 
lièvre  tombe  complètement  ou   à  peu  près  dans  le  cours  de  la 
deuxième  semaine  ou  au  moins  vers  sa  fin  ;  dans  les  cas  graves, 
l'apyrexie  n'apparaît  que  vers  la  troisième  semaine. 

Mais  cette  esquisse  générale  de  la  marche  thermique  demande 
à  être  expliquée  en  détails. 

L'évolution  entière  se  décompose  en  trois  périodes.  Ce  sont  : 

1°  L'ascension  de  la  température  (période  pyrogénétique)  ; 

2°  L' apogée  de  la  fièvre  qui,  tantôt,  ne  consiste  que  dans  une 
seule  acmé,  et,  d'autres  fois,  présente  un  fastigium  de  plusieurs 
jours  ; 

5°  La  période  de  déclin  qui  se  confond  insensiblement  avec  la 
défervescence. 

a.  On  peut  rarement  observer  le  début  de  la  fièvre  dans  le  rhu- 
matisme polyarticulaire,  les  malades  ne  se  présentant  presque  ja- 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       407 

mais  à  l'observation  dans  les  premiers  jours  de  l'invasion.  Mais 
les  renseignements  qu'ils  fournissent  permettent  avec  raison 
de  supposer  que  la  fièvre  ne  débute  pas  ici  d'une  façon  brusque, 
comme  dans  la  pneumonie  fibrineuse  ou  dans  la  plupart  des  affec- 
tions exanthématiques  aiguës,  mais  qu'elle  se  développe  plutôt 
d'une  façon  graduelle  qui,  parfois,  semble  même  plus  lente  que 
dans  la  fièvre  typhoïde. 

A  la  vérité,  il  se  trouve  des  cas  où  les  malades  présentent  déjà, 
dès  le  deuxième  ou  le  quatrième  jour,  une  élévation  thermique  de 
presque  40°  ;  mais  ce  ne  sont  là  que  des  exceptions.  —  Il  n'est 
pas  rare,  d'autre  part,  de  trouver  une  température  très-modérée 
vers  le  milieu  ou  à  la  fin  du  premier  septénaire  ;  au  delà  de  ce 
terme,  elle  s'élève  ensuite  et  peut  rester  au  même  degré  si  le  ma- 
lade est  bien  traité. 

b.  La  période  à'aagment  ne  doit  pas  non  plus  être  complètement 
perdue  de  vue  dans  les  observations.  Chez  les  individus  affectés  de 
rhumatisme  articulaire  aigu  qui  se  trouvent  à  l'hôpital,  la  tempé- 
rature maxima  correspond,  dans  la  grande  majorité  des  cas,  au 
moment  de  l'entrée  du  malade  à  l'hôpital,  souvent  même  à  la 
première  soirée  qu'il  passe  dans  la  salle  ;  puis  on  observe  un 
abaissement  progressif  et  continu,  et  après  un  fastigium  uni- 
forme de  deux  à  quatre  jours,  la  tendance  à  la  diminution 
se  fait  positivement  sentir.  Cette  allure  thermique  très-habi- 
tuelle paraît  démontrer  l'un  des  deux  faits  suivants;  ou  que  le 
transport  exerce  une  influence  très-nuisible  sur  les  rhumatisants 
et  qu'il  est  capable  d'élever  sensiblement  leur  température,  ou 
bien  qu'un  traitement  habilement  dirigé  peut  promptement 
abattre  la  fièvre. 

Il  est  impossible  d'admettre  que  ce  soit  par  un  simple  effet  du 
hasard  que  les  malades  entrent  en  traitement  précisément  à  l'épo- 
que du  fastigium  naturel  et  spontané  de  leur  fièvre.  Car  cette  élé- 
vation maxima  qui  se  montre  le  jour  même  de  l'entrée  du  malade 
à  l'hôpital,  et  le  prompt  abaissement  qui  lui  succède,  se  produisent 
avec  la  même  fréquence,  soit  que  le  malade  ait  été  amené  à  l'hô- 
pital dès  le  début  de  sa  maladie,  ou  à  une  période  plus  avancée. 
Il  me  semble  même  que  la  diminution  thermique  succède  à  l'é- 
lévation maxima  d'autant  plus  vite  que  le  malade  a  été  admis 


408        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

plus  tôt  à  l'hôpital,  c'est-à-dire  que  cette  succession  est  d'autant 
plus  prompte  que  la  maladie  dans  sa  période  d'augment  est  sou- 
mise à  un  traitement  mieux  approprié. 

Quand  ce  n'est  pas  l'élévation  thermique  maxima  qu'on  trouve 
à  la  première  mensuration,  et  que  l'on  constate  chez  le  malade,  au 
moment  de  son  entrée,  une  température  plus  basse,  ce  maximum 
se  présente  néanmoins  parfois  sur  le  tracé  sous  forme  d'une  cime 
unique  qui  contraste  souvent  beaucoup  avec  les  températures  plus 
basses  qui  le  précèdent  ou  le  suivent.  Dans  des  cas  semblables,  il 
ne  saurait  même  pas  être  question  d'une  période  de  fastigium, 
mais  d'une  seule  acmé  momentanée.  Cette  ascension  maxima  qui 
se  montre  en  général  dans  la  soirée,  est  souvent  assez  considérable 
et  peut  aisément  s'élever  au-dessus  de  40°,  dépasser  d'un  degré  et 
plus  l'élévation  vespérale  de  la  veille  et  du  lendemain  et  même  de 
deux  degrés  la  température  des  matinées  précédente,  et  suivantes. 

Cette  cime  acméenne  apparaît  d'habitude  entre  le  cinquième  et 
le  neuvième  jour  de  la  maladie,  mais  elle  peut  aussi  se  présenter 
plus  tôt  (dès  le  troisième  jour)  ou  plus  tard.  Souvent  elle  s'étend 
même  au  point  de  devenir  un  vrai  fastigium.  Mais  ce  fastigium  est 
dans  la  plupart  des  cas  très-court  relativement  à  la  durée  totale  de 
la  maladie;  il  l'est  d'autant  plus,  que  la  température  a  atteint  de 
plus  grandes  élévations,  quoique  le  cas  en  lui-même  n'ait  pas  été 
intense.  Fréquemment,  il  ne  dure  pas  plus  de  deux  ou  trois  jours. 
C'est  un  fait  exceptionnel  que  l'élévation  de  40°  soit  atteinte  ou 
dépassée  pendant  plus  de  trois  jours  consécutifs  (c'est  ce  qui  a  lieu 
notamment  dans  les  cas  très-graves).  Dans  un  grand  nombre  de 
cas  de  rhumatisme  articulaire  très-complètement  développé,  les 
maxima  quotidiens  restent  aussi  cà  l'apogée  de  la  maladie  entre 
38°,6  et  59°,5. 

Dans  ces  cas,  le  fastigium  dure  parfois  un  peu  plus  longtemps, 
mais  presque  toujours,  même  qnand  il  se  maintient  durant  une  se- 
maine, il  est  plus  court  que  la  période  suivante. 

La  marche  thermique  dans  le  fastiguim  est  tantôt  continue, 
tantôt  exacerbante,  tantôt  sous-rémittente,  tantôt  enfin  elle  pré- 
sente de  grandes  et  profondes  rémissions. 

c.  La  période  descendante  (ou  de  déclin)  montre  un  type  diffé- 
rent, par  rapport  à  la  promptitude  et  à  la  forme  de  la  diminution. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        409 

Dans  les  cas  les  plus  favorables,  notamment  dans  ceux  où  l'in- 
tervention a  été  précoce,  la  descente  est  relativement  rapide;  elle 
se  fait  le  plus  souvent  en  zigzag,  dans  le  genre  de  celle  de  la  fièvre 
typhoïde  légère;  parfois  aussi  sans  ascensions  vespérales,  comme 
dans  quelques  cas  de  scarlatine;  l'abaissement  prend  alors  l'aspect 
d'une  défervescence  lytique,  qui  peut  s'achever  en  cinq  ou  six 
jours. 

C'est  seulement  par  exception  que  cette  descente  est  encore  plus 
rapide,  et  peut  offrir  même  l'apparence  d'une  crise. 

En  revanche,  la  diminution  thermique  lente  ou  saccadée  est 
plus  fréquente  ;  après  un  premier  abaissement,  une  fièvre  modérée 
le  plus  souvent  rémittente,  d'une  moyenne  quotidienne  assez  uni- 
forme, se  maintiendra  pendant  assez  longtemps,  et  l'on  n'obser- 
vera en  général  qu'une  faible  tendance  à  la  diminution,  ou  bien 
les  diminutions  ont  lieu  à  la  vérité  tous  les  jours,  mais  elles  sont 
insignifiantes,  et  il  faut  dix  ou  vingt  jours  avant  que  l'état  normal 
ne  soit  atteint,  ce  qui  rend  la  descente  de  la  température  pres- 
que imperceptible.  Lorsque  l'apyrexie  est  complète  et  que  le  ma- 
lade entre  en  convalescence,  la  température,  le  plus  souvent  fluc- 
tuante, reste  encore  pendant  un  certain  temps  à  un  niveau  plus 
élevé  de  quelques  dixièmes  que  le  taux  physiologique  ou  que  la 
température  d'un  convalescent  de  maladie  aiguë  typique.  Les 
températures  vespérales  peuvent  encore  accidentellement  présen- 
ter une  légère  élévation  fébrile,  et  l'on  peut  même  constater  par 
temps  des  ascensions  momentanées  plus  considérables  encore. 

A  en  juger  d'après  ce  qui  précède,  la  fièvre  est,  daus  ces  cas  de 
rhumatisme  aigu,  modérée,  tout  au  plus  d'une  moyenne  gravité. 
Abstraction  faite  de  la  courte  acmé,  elle  se  maintient  à  un  niveau  qui 
ne  dépasse  qu'exceptionnellement  la  limite  d'une  fièvre  modérée. 

5,  Il  y  a  cependant  de  nombreuses  et  de  fréquentes  exceptions 
à  la  forme  précédente,  que  l'on  peut  considérer  comme  la  marche 
la  plus  habituelle  et  la  plus  favorable.  Le  nombre  des  cas  excep- 
tionnels est  toutefois  bien  inférieur  au  chiffre  des  cas  régu'rrs. 

Il  faut  citer  en  premier  lieu  les  formes  extrêmement  légères 
dans  lesquelles  la  température  n'éprouve  que  des  modifications 
insignifiantes  ou  nulles,  tandis  que  les  lésions  locales  sont  relati- 
vement plus  accusées.  Souvent,  en  effet,  on  ne  saurait  dire  pour- 


410        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

quoi  clans  des  affections  articulaires  assez  intenses  la  fièvre  reste 
aussi  peu  marquée  ou  manque  même  tout  à  fait.  Les  complications 
cardiaques  ne  doivent  pas  être  exclues  pour  cela.  Les  affections 
rhumatismales  avec  fièvre  insignifiante  (ne  dépassant  pas  58°, 5) 
ou  avec  des  températures  sous-fébriles  représentent  le  tiers  des 
cas  de  rhumatisme  articulaire  aigu. 

Toutes  les  formes  plus  ou  moins  graves  qui  s'écartent  de  ce  type 
ne  représentent  probablement  pas  (au  moins  dans  nos  contrées) 
dans  leur  ensemble  plus  du  sixième  de  tous  les  cas. 

4.  Une  des  variétés  les  plus  fréquentes  parmi  ces  dernières  est 
la  forme  ralentie  (traînante).  Dans  cette  forme,  la  durée  de  la 
maladie  est  essentiellement  prolongée.  La  fièvre  persiste  jus- 
que dans  la  quatrième  et  la  cinquième  semaine.  Les  différences 
quotidiennes  sont  d'ordinaire  beaucoup  plus  considérables  que 
dans  les  autres  formes,  tandis  que  dans  les  heures  matinales,  la 
température  peut  quelquefois  tomber  jusqu'à  l'état  normal  ;  le 
soir,  la  fièvre  est  plus  ou  moins  forte,  et  le  thermomètre  marque 
même  souvent  plus  de  40°.  Il  y  a  fréquemment  des  irrégularités  et 
des  modifications  dans  le  type,  et  la  température  ne  revient  que 
très-lentement  à  l'état  normal. 

Les  grandes  fluctuations  quotidiennes  sont  d'autant  plus  accu- 
sées que  les  manifestations  articulaires  et  osseuses  ont  plus  de 
tendance  à  se  localiser;  on  peut  observer  en  pareil  cas  des  varia- 
tions de  trois  degrés  et  plus  dans  une  seule  journée. 

Des  recrudescences  de  la  fièvre  ou  des  ascensions  intercalaires 
sans  cause  appréciable  se  produisent  assez  souvent  ;  dans  le  cours 
d'une  fièvre  souvent  très-modérée,  ou  même  après  le  retour  à 
l'état  sous-fébrile  ou  apyrétique,  on  observe  une  élévation  ther- 
mique plus  ou  moins  considérable  (même  de  2°  et  plus),  qui  sou- 
vent est  tout  à  fait  éphémère,  parfois  est  bientôt  compensée,  quel- 
quefois aussi  se  maintient  pendant  assez  longtemps.  Cette  ascension 
n'est  pas  toujours  en  rapport  avec  un  nouvel  accroissement  de  l'af- 
fection articulaire  ou  avec  le  développement  d'une  complication. 
Notamment  dans  les  ascensions  intercalaires  qui  ne  durent  qu'un 
jour  ou  très-peu  de  temps,  on  ne  découvre  souvent  rien  qui  ex- 
plique l'accident,  et  le  court  paroxysme  fébrile,  dont  le  malade 
lui-même  n'a  souvent  pas  conscience,  reste  aussi  sans  la  moindre 


DE  LA.  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        411 

influence  sur  la  terminaison  régulière.  Les  élévations  thermiques 
qui  se  développent  lentement  et  persistent  pendant  assez  long- 
temps peuvent  se  compliquer  d'une  recrudescence  de  tous  les 
symptômes. 

Les  cas  où  la  température  a  été  artificiellement  abaissée,  dans 
le  fastigium  de  la  maladie,  par  des  médicaments  (digitale,  aconit), 
et  où  elle  remonte  dès  que  les  agents  thérapeutiques  ont  épuisé 
leur  action,  peuvent  ressembler  à  des  recrudescences. 

5.  Les  complications  de  rhumatisme  aigu,  notamment  les  péri- 
cardites  et  les  endocardites,  ne  modifient,  dans  beaucoup  de  cas, 
en  rien  la  marche  de  la  fièvre.  Elles  se  produisent  quelquefois  sans 
que  la  température  monte  même  d'un  dixième  ou  que  la  tendance 
à  l'abaissement  en  soit  nullement  altérée.  Dans  d'autres  cas,  au 
contraire,  il  se  produit  les  modifications  suivantes  : 

a.  Le  cycle  thermique  n'est  pas  troublé,  à  la  vérité,  pendant  le 
fastigium  et  la  période  de  décroissance  ;  mais,  dans  la  période  de 
convalescence,  la  température  se  maintient  à  un  niveau  un  peu 
plus  élevé  que  d'habitude,  et  monte  même  encore  un  peu  dans  le 
cours  ultérieur  de  la  convalescence.  Cela  a  lieu  aussi  bien  dans 
les  péricardites  que  dans  les  endocardites  valvulaires.  Souvent  il 
s'écoule  un  certain  temps  avant  que  la  température  ne  redescende. 

b.  Ajoutons  encore  une  autre  particularité  :  après  que  la  ma- 
ladie aiguë  a  été  essentiellement  guérie,  il  peut  se  présenter  un 
état  sous-fébrile  ou  même  fébrile,  parfois  avec  des  paroxysmes 
assez  intenses,  de  plusieurs  jours  de  durée.  Ces  fièvres  secon- 
daires, sous  la  dépendance  d'une  péricardite,  consistent  en  plu- 
sieurs accès  fébriles,  chacun  d'une  durée  de  plusieurs  semaines 
et  au-dessus,  séparés  par  de  brefs  intervalles  d'une  apyrexie  par- 
fois incomplète.  Au  début  d'une  insuffisance  des  valvules  aor- 
tiques  déterminée  par  une  endocardite,  il  se  produit  aussi  des 
ascensions  thermiques  considérables,  tandis  que  les  insuffisances 
de  la  valvule  mitrale  paraissent  beaucoup  moins  influer  sur  la 
température. 

c.  Parfois  cependant  on  constate,  à  la  suite  de  complications, 
des  ascensions  thermiques  plus  ou  moins  considérables;  dans  les 
périodes  initiales  de  rhumatisme  aigu,  l'invasion  d'une  pneumonie 


412        DE  IA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

exerce  une  action  manifeste,  sinon  constante,  sur  la  température 
dans  le  sens  de  l'augmentation.  Les  autres  complications  (telles 
que  la  péricardite,  l'endocardite,  la  bronchite,  la  péritonite,  l'ur- 
ticaire, la  miliaire,  etc.)  ne  produisent  des  ascensions  thermiques 
qu'exceptionnellement  quand  elles  sont  très-intenses,  ou  peut-être 
selon  la  prédisposition  du  sujet,  peut-être  aussi  suivant  l'évolution 
particulière  de  l'inflammation  qui  est  venue  compliquer  la  maladie 
primitive. 

6.  Le  rhumatisme  peut  traîner  pendant  très-longtemps  en  se 
fixant  sur  les  os  ou  les  articulations,  ou  à  la  suite  de  poussées  nou- 
velles du  processus  morbide,  ou  enfin  consécutivement  à  des  com- 
plications ultérieures. 

Ces  formes  invétérées  et  persistantes  se  présentent  assez  rare- 
ment dans  mon  service  à  l'hôpital,  mais  je  ne  crois  pas  me  trom- 
per en  supposant  qu'elles  se  rencontrent  beaucoup  plus  fréquem- 
ment dano  la  pratique  privée. 

Les  rhumatismes  opiniâtres  à  localisations  fixes,  changeantes  ou 
successives,  présentent  tantôt  une  grande  intensité,  tantôt  elles  ne 
déterminent  que  des  symptômes  légers.  Ces  différences  se  reflètent 
manifestement  sur  la  marche  de  la  température,  bien  que  d'un 
autre  côté,  çà  et  là,  surgissent  des  accidents  graves  sans  ascensions 
thermiques  correspondantes. 

7.  Parmi  les  maïadies  mortelles  qui  sont  accompagnées  de  phé- 
nomènes rhumatismaux  ou  rhumatoïdes  multiples,  on  observe  deux 
formes  essentiellement  différentes,  et  qui  se  produisent  sans  as- 
cension thermique  correspondante. 

a.  Dans  le  premier  groupe,  la  mort  est  déterminée  par  une  loca- 
lisation fixe,  le  plus  souvent  par  des  affections  cardiaques  ou  par 
leurs  conséquences,  tantôt  se  rattachant  directement  au  rhuma- 
tisme articulaire,  tantôt  ne  se  produisant  qu'après  la  guérison 
complète  de  la  maladie  primitive.  La  marche  thermique  n'est  pas 
nécessairement  modifiée  pendant  le  cours  du  rhumatisme,  mais 
elle  présente  des  irrégularités,  et  quand  la  mort  a  lieu  de  bonne 
heure,  l'abaissement  caractéristique  fait  défaut  ou  bien  est  inter- 
rompu. La  mort  qui,  dans  ce  cas,  n'est  pas  essentiellement  déter- 
minée par  la  maladie  primitive,  mais  par  le  caractère  fâcheux  qu'a 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       413 

revêtu  certaine  manifestation  locale  ou  par  une  complication,  peut 
être  précédée  d'un  fort  abaissement  thermique. 

b.  D'autres  cas,  qui  d'ordinaire  sont  aussi  rangés  parmi  les  rhu- 
matismes aigus,  revêtent  tantôt  dès  le  début,  tantôt  dans  le  cours 
de  la  maladie,  un  caractère  de  malignité  qui  prend  bientôt  de  très- 
sérieuses  proportions,  après  avoir  été  tout  d'abord  à  peine  accusé. 
Les  signes  de  perniciosité  qu'on  observe  le  plus  souvent  sont  :  des 
frissons,  une  fièvre  extrêmement  intense,  divers  symptômes  ner- 
veux graves,  de  l'ictère,  des  hémorrhagies,  de  la  diarrhée  et  une 
augmentation  considérable  du  volume  de  la  rate.  Aucun  de  ces 
symptômes  n'est  en  lui-même  absolument  caractéristique  ;  la  ma- 
lignité ne  résulte  que  de  la  combinaison  multiple  de  tous  ces 
phénomènes.  Les  douleurs  articulaires  sont  plus  ou  moins  vio- 
lentes et  s'étendent  fréquemment  aussi  aux  muscles,  à  la  tète,  à  la 
poitrine  et  à  l'abdomen.  La  mort  survient  presque  toujours  à  une 
température  extrêmement  élevée,  parfois  énorme,  allant  jusqu'à 
45°,  même  44°  et  au-dessus,  comme  dans  les  cas  de  Quincke,  de 
H.  Weber  (de  Londres),  et  dans  mes  propres  observations. 

Il  serait  peut-être  plus  rationnel  de  désigner  ces  cas  sous  le  nom 
de  maladies  rhumatoides  que  de  les  appeler  des  rhumatismes  ar- 
ticulaires vrais.  Ces  affections  ïhumatoïdes  peuvent  revêtir  trois 
formes  différentes  :  une  forme  pyémique ,  une  forme  ictérique 
et  une  forme  nerveuse.  Elles  se  rattachent  l'une  à  la  pyémie 
spontanée,  l'autre  à  l'ictère  grave  essentiel,  et  la  troisième  aux 
accidents  nerveux  pernicieux  à  marche  rapide  sans  lésion  anato- 
mique  appréciable,  et  elles  ne  se  distingutn*  des  maladies  pré- 
cédentes qu'en  ce  que  les  fortes  douleurs  articulaires  peuvent, 
pendant  un  certain  temps,  être  pri  :ss  pour  un  rhumatisme  aigu  ; 
ces  différences  ne  sont  cependant  pas  très-rigoureusement  tran- 
chées, et  l'on  est  autorisé  à  dire  que  la  forme  nerveuse  est  la 
moins  complètement  développée,  que  la  forme  ictérique  l'est 
davantage  et  la  forme  pyémique  est  la  plus  nette. 

Dans  la  forme  la  plus  parfaite  (forme  pyémique),  on  peut  noter 
de  bonne  heure  des  indices  de  la  malignité  du  processus.  La 
fièvre  est  très-intense,  et  il  survient  cies  frissons,  de  l'ictère,  du 
gonflement  splénique,  tandis  que  les  amendements  ne  sont  que 
passagers,  trompeurs  et  imparfaits.  Une  semblable  atténuation  se 


il 4       DE  LÀ  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

présente  notamment  dans  la  période  proagonique,  tandis  que  le 
jour  même  du  décès,  la  température  monte  d'ordinaire  considéra- 
blement. 

L'évolution  thermique  est  à  peu  près  la  môme  quand  il  ne  se 
forme  pas  des  foyers  de  pus,  mais  que  l'ensemble  des  troubles 
fonctionnels  se  rapproche  du  tableau  morbide  de  l'ictère  grave. 

Dans  les  cas  mortels  où  il  n'y  a  ni  foyers  purulents  multiples  ni 
ictère,  la  maladie  présente  d'abord  la  marche  d'un  rhumatisme 
articulaire  très-intense.  Il  se  peut  même  que  la  température 
prenne  une  direction  descendante,  mais  simultanément  apparais- 
sent des  symptômes  suspects,  qui  sont  du  domaine  du  système 
nerveux.  Tout  à  coup  ces  phénomènes  augmentent  d'intensité  en 
même  temps  que  la  température  remonte;  en  très-peu  de  temps, 
ces  symptômes  prennent  une  extrême  gravité,  la  mort  survient 
tout  à  coup  avec  une  température  hyperpyrétique,  et  l'on  ne 
trouve  pas  de  lésions  appréciables  dans  le  cerveau,  si  ce  n'est  de 
légères  traces  de  méningite.  Des  ascensions  thermiques  peuvent 
se  produire  après  la  mort. 

Voyez,  pour  les  tracés  thermiques,  planche  VIL 


XX.    OSTÉOMYÉLITE 


Dans  l'ostéomyélite  aiguë,  qui  offre  certaines  analogies  avec  le 
typhus,  et  pour  cette  raison  a  été  appelée  typhus  des  os,  les  con- 
ditions thermiques  ne  s'accordent  que  très-imparfaitement  avec 
celles  des  maladies  typhiques,  et  encore  cela  n'a-t-il  lieu  que  dans 
des  cas  exceptionnels. 

Sur  les  six  cas  que  j'ai  observés,  il  y  en  avait  cinq  à  marche 
brève  et  plutôt  continue  jusqu'à  la  terminaison  ultime  ;  trois  du- 
rèrent huit  jours,  un  quinze  jours  ;  dans  le  cinquième,  le  début  de 
la  maladie  ne  pût  pas  être  fixé  avec  précision;  cependant  dans 
celui-ci  non  plus  la  marche  ne  s'étendait  pas  au  delà  de  deux  se- 
maines ;  quatre  de  ces  cas  furent  observés  dans  les  quatre  ou  cinq 
derniers  jours  ;  le  cinquième,  le  jour  même  de  la  mort  ;  le  malade 
succomba  en  présentant  une  température  de  40°, 7',  et  après  la 
mort  la   température  monta  à  41°, 0'.  Dans  les  autres  cas,  les 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADILS.        415 

limites  d'une  fièvre  considérable  (40°, 5')  ne  furent  pas  franchies  ; 
la  marche  thermique  présenta  des  fluctuations  irrégulières,  mais 
en  réalité  insignifiantes  et  quelques  abaissements  ne  dépassant 
pas  58°,4'-580,6'.  Le  contraste  était  remarquable  entre  l'éléva- 
tion thermique  relativement  modérée  et  la  fréquence  excessive 
du  pouls  (allant  dans  un  cas  jusqu'à  188  pulsations  par  minute, 
douze  heures  avant  la  mort)  ;  dans  un  cas  cependant,  ce  contraste 
faisait  défaut. 

En  opposition  avec  ces  modalités  thermiques  qui  ne  sont  pas 
absolument  conformes  à  celles  du  typhus,  nous  avons  vu  (dans  un 
cas  qui  s'est  présenté  à  notre  observation  au  septième  jour  de  la 
maladie  et  dans  lequel  l'affection,  limitée  de  très-bonne  heure  au 
fémur  gauche,  s'étendit  progressivement  plus  tard)  la  marche 
rémittente  caractéristique  de  la  fièvre  typhoïde  dans  toute  la 
deuxième  semaine  (jusqu'au  douzième  jour  59°, 8' — 40°  maxi- 
mun  quotidien,  58°, 6' — 59°, 2'  minimum  quotidien;  à  partir  du 
douzième  jour,  diminution  graduelle  avec  grandes  rémissions), 
de  telle  façon  que,  le  diagnostic  restant  douteux  pendant  toute  la 
semaine,  les  symptômes  cérébraux,  intestinaux,  spléniques,  pou- 
vaient aisément  faire  admettre  l'existence  d'une  fièvre  typhoïde. 
Plus  tard,  à  mesure  la  fièvre  s'éteignait,  elle  prit  peu  à  peu  le 
type  hectique. 


XXI.  INFLAMMATION  PARENCHYMATEUSE  DES  REINS 

La  maladie  de  Bright  aiguë  présente  un  cycle  thermique  très- 
peu  régulier  ;  cela  tient  probablement  en  partie  à  la  rapidité  et  à 
l'intensité  variables  de  la  maladie,  en  partie  aux  conditions  qui 
président  à  son  développement.  Assez  souvent  la  température  n'est 
que  fébrile  ou  modérément  fébrile;  en  d'autres  cas,  elle  atteint  des 
élévations  de  59°, 5  —  40°  et  au-dessus.  Dans  les  cas  favorables,  elle 
descend  de  là  lentement  vers  une  défervescence  lytique  ;  dans  les 
cas  mortels,  latin  peut  avoir  lieu  avec  augmentation  ou  diminution 
de  la  température. 

Le  mal  de  Bright  chronique  n'exerce  en  général  qu'une  très- 
faible  influence  sur  la  température  ;  dans  les  cas  mortels  mêmes, 
les  ascensions  terminales  constituent  l'exceptioni 


410        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 


XXII.   MO  ATSTi: 

L'inflammation  parenchymateuse  aiguë  du  foie  offre  des  diffé- 
rences très-marquées  sous  le  rapport  thermique,  mais  les  cas  sont 
trop  rares  pour  que  l'on  puisse  en  déduire  des  conclusions  posi- 
tives. 

Dans  la  forme  de  l'hépatite  avec  ictère  grave  (avec  ou  sans  in- 
toxication phosphorée),  la  température  n'est  tantôt  pas  du  tout 
altérée  jusqu'à  la  mort,  tantôt  elle  n'est  que  très-modérément 
élevée  ou  monte  encore  vers  la  fin,  tantôt  on  rencontre  des  tem- 
pératures considérablement  fébriles  ou  même  hyperpyrétiques. 

La  marche  de  la  température  dans  la  fièvre  jaune  a  été  consignée 
dans  les  intéressantes  publications  de  Schmidtlein  (Deatsclies 
Archiv  fur  Min.  Médecin,  IV,  50).  D'après  cet  auteur,  la  tempéra- 
ture dans  cette  maladie  arrive  à  son  élévation  maxima  dans  les 
premiers  jours  et  atteint  40°-41°,  assez  souvent  avec  de  petites 
exacerbations  vespérales.  Du  quatrième  au  cinquième  jour,  elle 
tombe  d'une  façon  continue  et  descend  jusqu'à  l'état  normal  et 
même  au-dessous.  Dans  les  cas  mortels,  elle  remonte  de  2°  et  plus 
au  moment  de  la  terminaison  fatale. 

Dans  l'inflammation  suppurative  du  foie  (abcès  du  foie),  la  tem- 
pérature peut  présenter  les  mêmes  caractères  que  dans  la  pyémie 
ou  dans  les  suppurations  chroniques.  Traube  dit  (Berliner  Wo- 
chenschrift,  18G9,  p.  5)  que  des  accès  de  frissons  violents  et  répétés 
avec  forte  élévation  thermique  ne  se  rencontrent  que  dans  deux 
maladies  du  foie  :  dans  le  catarrhe  des  voies  biliaires  et  dans  l'ab- 
cès du  foie.  Puis  il  ajoute  (p.  13)  :  à  l'exception  des  abcès  du  foie 
produits  par  la  pyémie,  l'endocardite  et  la  pyléphlébite,  tous  les 
autres  abcès  présentent  toujours  (aussitôt  qu'ils  occasionnent 
une  fièvre  intermittente  et  sont  accompagnés  de  frissons)  une 
marche  fébrile  absolument  régulière,  c'est-à-dire  que  les  accès  ou 
paroxysmes  fébriles  affectent  presque  toujours  le  mêmerhythme, 
ou  à  peu  près,  que  ceux  de  l'infection  palustre;  la  fièvre  présente 
tantôt  le  type  d'une  simple  fièvre  quotidienne,  tantôt  le  type 
double  quotidien  ou  tierce.  Au  contraire,  les  accès  et  paroxysmes 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        417 

fébriles  produits  par  la  pyémie,  l'endocardite  et  la  pyléphlébite,  et 
précédés  de  frissons,  présentent  toujours  un  rhythme  absolument 
irrégulier  et  apparaissent  à  des  intervalles  beaucoup  plus  courts, 
jusqu'à  trois  et  quatre  fois  en  vingt-quatre  heures. 


XXIII.  SYPHILIS  CONSTITUTIONNELLE  [Lues) 

1 .  Je  désigne  sous  le  nom  de  lues  les  affections  multiples  ap- 
pelées autrefois  syphilis  secondaire  et  tertiaire.  Ainsi  se  trouve 
évité  d'une  part  le  terme  trop  vague  de  syphilis,  devenu  sus- 
ceptible de  plusieurs  interprétations;  d'un  autre  côté,  rien  n'est 
préjugé  du  rapport  douteux  qui  relie  cette  maladie  au  chancre 
local. 

Assurément  les  manifestations  syphilitiques  peuvent  se  produire 
sans  la  moindre  fièvre,  et  il  n'en  existe  peut-être  pas  qui  ne  puis- 
sent avoir  une  évolution  complètement  apyrétique. 

Certains  accidents  vénériens  sont  plus  souvent  accompagnés  de 
fièvre  qu'on  ne  le  croit  généralement,  et  cette  fièvre  présente  des 
particularités  toutes  spéciales  ;  parfois  elle  est  même  assez  carac- 
téristique pour  qu'on  puisse  par  la  marche  thermique  seule  soup- 
çonner au  moins  la  nature  propre  de  la  maladie. 

2.  Les  élévations  thermiques  se  produisent  chez  les  syphili- 
tiques le  plus  souvent  à  l'époque  où  se  développent  les  premières 
manifestations  cutanées,  érythémateuses,  papuleuses  ou  pustu- 
leuses. 

La  fièvre  qui  accompagne  les  syphil'ies  précoces  peut  être  très- 
intense,  et  les  températures  maxima  peuvent  atteindre  près  de  41°. 

Le  cycle  thermique  est  éminemment  rémittent  (pseudo-inter- 
mittent) avec  retour  quotidien  à  l'état  normal,  ou  du  moins  à  un 
degré  voisin  de  îa  norme.  La  succession  de  ces  rémissions  mati- 
nales  profondes  avec  les  exaspérations  vespérales  est  assez  régu- 
lière ;  mais,  malgré  la  rapidité  avec  laquelle  survient  l'ascension 
du  soir,  elle  n'est  qu'exceptionnellement  accompagnée  de  frissons. 
De  même  il  faut  compter  au  nombre  des  exceptions  les  cas  où  une 
journée  entièrement  apyrétique  s'intercale  entre  les  jours  fébriles, 
et  où,  par  conséquent,  la  fièvre  affecte  le  type  tierce,  ou  bien  aussi 

27 


418        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

ceux  dans  lesquels  les  exacerbations  considérables  alternent  d'un 
jour  entre  autres  avec  des  ascensions  moins  élevées.  La  durée  du 
fastigium  n'est  pas  limitée  ;  tantôt  courte,  ne  se  maintenant  que 
pendant  quelques  jours,  tantôt  pouvant  persister  jusqu'au  delà  de 
deux  semaines.  L'abaissement  se  fait  par  une  diminution  succes- 
sive des  exacerbations  vespérales,  concordant  assez  avec  la  marche 
thermique  du  typhus  abdominal  dans  sa  période  de  décrois- 
sance. 

3.  Dans  maintes  affections  syphilitiques  internes  et  aiguës  du 
foie  et  du  cerveau,  ainsi  que  des  os,  on  rencontre  parfois  un  cycle 
thermique  analogue,  quoique  moins  régulier,  dans  lequel  en 
général  de  profondes  rémissions  matinales  alternent  avec  des  exa- 
cerbations vespérales  plus  ou  moins  considérables. 

Dans  les  formes  de  syphilis  maligne  qui  produisent  la  mort  à  la 
suite  d'accès  rapides,  il  se  présente  également  des  élévations  ther- 
miques considérables  (40°  et  au-dessus);  mais  on  en  rencontre 
aussi  de  moins  considérables,  et  les  rémissions  bien  que  réelles 
sont  moins  régulières,  moins  profondes  et  parfois  même  font 
entièrement  défaut.  La  fièvre  ne  suit  aucune  règle  déterminée 
dans  sa  marche,  les  abaissements  thermiques  sont  trompeurs  et 
ne  doivent  en  aucune  façon  être  considérées  comme  signes  d'une 
terminaison  favorable. 

Au  sujet  du  cycle  thermique  de  la  cachexie  syphilitique,  voyez 
Cachexie. 

XXIV.   MORVE 


Je  ne  connais  jusqu'ici  qu'une  seule  observation  thermomé- 
trique *  dans  la  morve  chez  l'homme  ;  elle  a  été  faite  par  Gold- 

1  Cette  observation  n'est  pas  la  seule.  Notre  savant  maître,  M.  Jaccoud,  a  figuré 
dans  son  traité  de  pathologie  interne,  le  tracé  thermique  d'un  cas  de  morve  aiguë, 
emprunté  à  J.  Sommerbrodt  (Virchow's  Archiv,  1864,  p.  463-485).  Notre  collègue  et 
ami,  R.  Solmon,  a  eu  l'obligeance  de  nous  communiquer  une  observation  de  morve 
laryngée  avec  tracé  thermique  [Bull,  de  la  Soc.  anatom.  1870).  Dans  ces  deux  cas,  le 
cycle  de  la  température  présentait  un  caractère  rémittent  très-nettement  accusé. 

On  peut  trouver  enfin  dans  le  :  British  Médical  Journal  (avril  18/0)  un  troisième 
cas  relaté  par  M.  de  Morgan,  dans  lequel  la  température  n'était  pas,  il  est  vrai, 
très-élevée  et  ne  monta  qu'à  40°, 2'  au  moment  de  la  mort  qui  survint  au  vingtième 
jour  de  la  maladie.  (Note  du  traducteur.) 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        419 

schmidt  (Dissers.  —  Giessen. ,  1 866) ,  et  présente  un  certain  intérêt. 
La  fièvre,  dans  ce  cas,  était  rémittente  (l'observation  a  commencé  le 
quatorzième  jour),  et  son  intensité  d'abord  modérée  au  début  s'ac- 
crût à  partir  du  dix-neuvième  jour  de  la  maladie.  La  ligne  ther- 
mique monta  peu  à  peu  en  zigzag  jusqu'à  ce  qu'elle  atteignit  des 
degrés  très-fébriles  ;  à  partir  du  vingt-cinquième  jour,  elle  ne  des- 
cendit plus  au-dessous  de  40°,  et  dans  les  derniers  jours  (cinquième 
semaine  de  la  maladie),  elle  suivit  une  marche  continue  uniforme 
(41°, 5',  41°, 6').  Dans  les  dernières  vingt-quatre  heures,  les  men- 
surations ne  purent  être  faites. 


XSLV.  TUBERCULOSE  JHIJLIAIRE  AIGUË 

La  tuberculose  miliaire  aiguë  produit  dans  la  majorité  des  cas 
une  modification  profonde  de  la  température.  Ces  écarts  thermi- 
ques sont  en  général  d'autant  plus  rapides  que  les  dépôts  de  gra- 
nulations sont  plus  abondants  et  plus  étendus,  que  la  santé  de 
l'individu  atteint  a  été  altérée  avant  la  formation  des  granulations 
miliaires. 

Quand  les  granulations  miliaires  sont  clair-semées  et  peu  éten- 
dues, ou  lorsqu'elles  se  développent  chez  des  malades  atteints  déjà 
antérieurement  d'affections  graves  (phthisie  pulmonaire  avancée, 
pneumonie,  maladies  cérébrales,  etc.),  l'influence  de  la  tubercu- 
lose miliaire  sur  la  température  est  parfois  nulle  ou  du  moins  insi- 
gnifiante. 

La  marche  thermique  revêt  dans  la  tuberculose  miliaire  les  types 
principaux  suivants  : 

a.  Au  début,  semblable  à  une  fièvre  catarrhale;  plus  tard,  à 
une  fièvre  hectique  intense  ; 

b.  Semblable  au  cycle  thermique  de  la  fièvre  typhoïde  ; 

c.  Semblable  à  la  marche  de  la  fièvre  intermittente. 

Ces  trois  formes  peuvent  se  succéder  dans  un  seul  et  même  cas. 
La  première  se  rencontre  dans  les  cas  subaigus.  La  maladie  suit 
absolument  au  début,  au  moins  sous  le  rapport  thermique,  la 
marche  d'une  grippe  intense  ou  d'une  pneumonie  catarrhale.  11 


420        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

n'y  a  que  la  persistance  opiniâtre  de  la  fièvre  qui  fasse  naître  des 
soupçons.  Peu  à  peu  apparaissent  des  rémissions  profondes  allant 
jusqu'à  l'état  normal  et  alternant  avec  des  exaspérations  vespéra- 
bles  considérables.  Cependant,  même  dans  ces  conditions,  il  est 
impossible  d'établir  le  diagnostic  entre  la  tuberculose  aiguë  et  la 
phthisie  aiguë  non  tuberculeuse.  Le  doute  persiste  ainsi  jusqu'à  la 
mort  du  malade,  à  moins  qu'il  ne  se  développe  des  tubercules  dans 
:  3S  méninges,  et  que  les  signes  caractéristiques  d'une  méningite 
basilaire  ne  deviennent  manifestes. 

Quant  à  la  deuxième  forme,  il  est  souvent  impossible,  pendant 
un  certain  temps  et  même  jusqu'à  la  fin,  de  la  distinguer  d'une 
fièvre  typhoïde.  Cependant  la  marche  est  souvent  plus  irrégulière 
dans  la  tuberculose  aiguë  que  dans  le  typhus  abdominal  ;  les  ré- 
missions sont  le  plus  souvent  un  peu  plus  profondes  que  dans  cette 
dernière  maladie,  puisqu'elles  descendent  même  assez  souvent 
jusqu'à  l'état  normal.  Les  cas  de  tuberculose  aiguë  à  marche  fé- 
brile typhique  sont  d'ordinaire  les  plus  promptement  mortels.  Si, 
par  exception,  la  vie  se  maintient  un  peu  plus  longtemps,  la  fièvre 
change  plus  tard  de  caractère,  soit  qu'elle  prenne  le  type  hectique, 
soit  qu'elle  revête  le  type  intermittent. 

Dans  la  tuberculose  aiguë  le  type  intermittent  est  assurément 
le  plus  rare.  La  marche  thermique  de  chaque  accès  fébrile  isolé 
peut  parfaitement  ressembler  à  celle  d'une  fièvre  intermittente, 
et  se  répéter  avec  la  même  régularité  que  dans  le  type  tierce  ou 
double  quotidien.  Cependant  il  est  permis  de  soupçonner  l'exis- 
tence d'une  tuberculose  aiguë  si  les  accès  se  produisent  de  préfé- 
rence dans  l'après-midi,  si  les  élévations  atteintes  sont  plus  faibles 
que  dans  la  fièvre  intermittente  ou  s'amoindrissent  dins  le  cours 
de  la  maladie,  et  qu'en  revanche  dans  la  période  d'apyrexie  la 
température  tombe  plus  au-dessous  de  l'état  normal  que  dans  la 
fièvre  intermittente.  Dans  la  marche  ultérieure  de  la  tuberculose 
aiguë,  le  caractère  intermittent  s'efface  le  plus  souvent,  et  le  dé- 
veloppement d'une  fièvre  de  moins  en  moins  rémittente  assure  le 
diagnostic  dans  le  cas  où  il  n'aurait  pas  déjà  été  établi  par  d'autres 
circonstances. 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.       421 


XXVI.   PHTHISIE  AIGUË 

1 .  La  phthisie  aiguë  peut  avoir  son  point  de  départ  dans  un  état 
apyrétique  et  présenter  à  son  début  un  tracé  en  zigzag  constitué 
par  des  rémissions  et  des  ascensions  progressives  et  croissantes, 
mais  qui  sont  cependant  moins  régulières  et  plus  lentes  que  dans 
le  typhus  abdominal. 

Ou  bien  la  phthisie  aiguë  succède  à  la  fièvre  d'une  bronchite, 
d'une  pneumonie  ou  de  toute  autre  maladie  aiguë.  Dans  ce  cas,  les 
rémissions  diurnes  deviennent  plus  profondes  dès  que  la  phthisie 
commence  à  évoluer,  tandis  que  les  exarcerbations  quotidiennes 
restent  les  mêmes  ou  diminuent  un  peu,  ou  bien  s'accroissent 
t/ès-légèrement. 

Ces  deux  modalités  du  cycle  thermique  initial  de  la  phthisie 
aiguë  autorisent  à  en  soupçonner  l'existence,  mais  ne  peuvent 
conduire  à  un  diagnostic  certain  sans  l'aide  d'autres  symptômes. 

2.  Dans  le  cours  ultérieur  de  la  maladie,  le  cycle  thermique 
présente  d'ordinaire  d'une  façon  persistante  ou  prédominante  un 
type  discontinu. 

Les  différences  quotidiennes  sont  d'ordinaire  très-considérables 
et  vont  souvent  jusqu'à  5°  et  plus. 

Les  maxima  quotidiens  tombent,  à  la  vérité,  le  plus  souvent 
dans  l'après-midi  ou  dans  la  soirée,  mais  assez  souvent  aussi  dans 
la  matinée,  et  s'approchent  de  40°,  et  peuvent  même  dépasser  ce 
chiffre;  il  n'est  pas  rare  en  effet  d'observer  des  élévations  de  41° 
et  plus.  Elles  peuvent  se  présenter  deux  fois  par  jour,  et  plus  ra- 
rement une  fois  tous  les  deux  jours.  Tantôt  elles  se  maintiennent 
à  peu  près  au  mên:>e  niveau  pendant  une  série  de  jours,  tantôt  elles 
présentent  de  jour  en  jour  un  accroissement  ou  une  diminution 
assez  régulière,  tantôt  enfin  des  ascensions  extrêmes  alternent  in- 
cessamment avec  des  exacerbations  modérées,  et  cela  se  voit  aussi 
bien  dans  le  type  quotidien  simple  que  dans  le  double  quotidien. 
Les  chutes  quotidiennes  sont  très-brusques  et  les  maxima  peuvent 
descendre  jusqu'à  l'état  normal  et  au-dessous. 


422       DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

De  profonds  collapsus  même  ne  sont  pas  rares.  Les  rémissions 
présentent  aussi  des  fluctuations  quotidiennes  moins  fréquentes, 
il  est  vrai,  que  les  élévations  exacerbatrices. 

Dans  cette  marche  viennent  s'interposer  des  intervalles  pendant 
lesquels  les  rémissions  s'affaiblissent  notablement,  et  où  la  marche 
thermique  devient  sous-continue  ou  uniformément  ascendante  ; 
dans  chaque  intervalle,  l'élévation  peut  atteindre  ou  non  le  sommet 
des  exacerbations  antérieures.  Cette  modification  peut  se  produire 
sous  l'influence  de  complications  (par  exemple  des  pneumonies 
intermittentes).  D'autres  fois,  elle  est  tout  à  fait  spontanée. 

Souvent  aussi  la  fièvre  est  interrompue  par  de  courts  épisodes 
(rarement  par  de  longues  périodes)  de  fièvre  modérée,  sous-fébrile, 
ou  même  de  température  normale. 

Ce  qui,  en  revanche,  est  assez  rare,  c'est  une  marche  sous-con- 
tinue persistante  avec  fièvre  considérable  ou  modérée  depuis  le 
début  jusqu'à  la  terminaison  fatale. 

3.  A  la  période  ultime,  la  température  retombe,  dans  la  plupart 
des  cas,  de  ses  élévations  antérieures,  et  les  rémissions  s'effacent. 
Les  différences  quotidiennes  deviennent  moindres,  tandis  que  la 
moyenne  quotidienne  peut  monter  ou  descendre  ;  la  mort  peut 
très-bien  survenir  à  une  température  assez  basse  ;  ou  bien  la  tem- 
pérature abaissée  remonte  de  nouveau  dans  l'agonie  et  va  parfois 
à  des  élévations  hyperpyrétiques.  Il  arrive,  au  contraire,  très-ra- 
rement que  la  mort  ait  lieu  à  une  température  en  voie  d'augmen- 
tation, et  se  rattache  immédiatement  à  la  fièvre  précédente. 


XXÏH.    TRICHINOSE 

La  trichinose  ne  peut  revêtir  aucune  forme  fébrile  typique,  car 
la  participation  de  tout  l'organisme  est  essentiellement  déterminée 
par  les  proportions  numériques  des  petits  foyers  d'inflammation 
plus  ou  moins  nombreux  occasionnés  par  les  parasites. 

Cependant  l'évolution  thermique  présente  dans  cette  maladie  un 
intérêt  tout  particulier,  parce  qu'elle  fournit  le  seul  exemple  cer- 
tain de  troubles  inflammatoires  purement  locaux,  bien  que  d'une 
multiplicité  infinie,  pouvant  produire  une  élévation  considérable 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        425 

de  la  température,  au  moins  pendant  un  certain  temps,  car  si  les 
troubles  durent  un  peu  plus  longtemps  ou  si  la  trichinose  fait  des 
progrès,  des  complications  ne  tardent  pas  à  apparaître  dans  le  cer- 
veau, les  poumons,  les  reins,  etc.,  c'est-à-dire  dans  une  foule 
d'organes  où  les  trichines  ne  pénètrent  pas.  A  une  époque  aussi 
avancée,  on  comprend  qu'il  soit  impossible  de  déterminer  ce  qu'il 
faut  mettre  sur  le  compte  des  inflammations  topiques  des  muscles, 
et  la  part  qui  revient  aux  troubles  cérébraux,  à  la  pneumonie,  à  la 
néphrite,  etc. 

Les  observations  chez  les  malades  infestés  de  trichines  font  con- 
stater les  phénomènes  suivants  : 

1.  Malgré  des  douleurs  musculaires  assez  considérables,  il  peut 
encore  exister,  après  une  généralisation  suffisamment  considé- 
rable des  trichines,  une  apyrexie  complète,  un  état  sous-fébrile, 
ou  des  mouvements  fébriles  insignifiants. 

2.  De  même,  au  début  de  la  maladie  musculaire,  la  fièvre 
manque  ou  bien  est  très-légère. 

5.  Quand,  dans  la  marche  ultérieure,  les  phénomènes  devien- 
nent de  plus  en  plus  graves,  il  peut  se  présenter  des  élévations 
thermiques  assez  considérables  et  qui  atteignent  même  des  hau- 
teurs de  40°,  41°;  mais  elles  sont  interrompues  par  des  rémissions 
plus  ou  moins  profondes,  descendant  souvent  jusqu'à  l'état  normal 
et  même  au-dessous,  de  sorte  qu'il  se  produit  presque  tous  les  jours 
une  compensation  thermique. 

4.  Les  grandes  élévations  ne  se  maintiennent  pas  longtemps  ; 
même  dans  les  cas  mortels,  elles  sont  entrecoupées  d'ascensions 
peu  considérables  ou  de  températures  tout  à  fait  normales 
durant  plusieurs  jours. 

5.  Ces  caractères  impriment  à  la  marche  thermique  dans  la  tri- 
chinose un  cachet  particulier,  au  moins  dans  les  cas  où  la  tempé- 
rature atteint  des  degrés  supérieurs.  Dans  ces  cas,  la  confusion 
n'est  guère  possible  avec  la  fièvre  typhoïde  ni  avec  un  rhumatisme 
articulaire,  elle  le  serait  plutôt  avec  la  fièvre  de  la  tuberculose 


424        DE  LÀ  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

aiguë  ou  des  suppurations  internes  rapides.  Lorsque,  au  contraire, 
la  fièvre  reste  peu  considérable,  toute  marche  caractéristique  s'ef- 
face. (Voyez  les  tracés  de  la  planche  VII.) 

XXVIII.  AFFECTIONS  PALUDÉENNES  [Malaria) 


Sous  le  rapport  thermique,  il  i.'y  a  que  la  forme  intermittente 
de  l'infection  palustre  qui  soit  assez  exactement  connue.  Les  formes 
rémittentes  ne  s'observent  pas  dans  nos  contrées. 

Dans  cette  forme  morbide,  il  convient  de  séparer,  au  point  de 
vue  de  la  marche  thermique  l'accès  isolé  de  l'évolution  générale 
de  la  maladie. 

1 .  L'accès  fébrile  isolé  se  caractérise  par  une  élévation  rapide 
(le  plus  souvent  accompagnée  de  frissons),  presqu'à  une  hauteur 
hyperpyrétique,  et  un  retour  tout  aussi  rapide  à  l'état  normal  ou 
à  peu  près. 

La  température  commence  déjà  à  monter  avant  qu'aucun  autre 
symptôme  ne  trahisse  le  début  de  l'accès. 

L'ascension  initiale  est  relativement  lente,  c'est-à-dire  qu'elle 
peut  durer  quelques  heures  sans  dépasser  58°, 5  —  59°.  Dès  que  se 
montre  le  frisson,  qui  peut  paraître  à  divers  degrés  thermiques, 
l'ascension  devient  plus  rapide  et  arrive  dans  l'espace  d'une  heure 
environ  jusqu'à  41° — 41°, 5,  et  par  exception  seulement  un  peu  au- 
dessus.  Dans  cet  intervalle,  la  chaleur  peut  être  devenue  mordi- 
cante,  et  dans  cet  étaL,  l'ascension  peut  encore  continuer.  Cette 
ascension  continue  le  plus  souvent  sans  interruptions  jusqu'à  l'apo- 
gée thermique  de  l'accès;  tout  au  plus  si,  une  ou  plusieurs  fois, 
la  température  reste  pendant  quelques  minutes  à  une  même  élé- 
vation, et  s'il  se  produit  dans  le  voisinage  de  la  cime  une  fluctua- 
tion insignifiante. 

Le  maximum  thermique  est  atteint  pendant  la  période  de  chaleur 
mordicante,  parfois  aussi  après  que  des  sueurs  partielles  ont  déjà 
apparu;  il  ne  se  maintient  que  durant  quelques  minutes. 

Dès  que  les  sueurs  deviennent  générales  et  profuses,  la  tempé- 
rature recommence  à  baisser  ;  dans  la  première  heure,  ou  même 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        425 

dans  la  première  demi-heure,  cet  abaissement  se  fait  avec  lenteur 
et  est  parfois  entrecoupé  de  fluctuations  ;  puis  la  colonne  mercu- 
rielle  descend  plus  rapidement  et  sans  se  relever.  Pendant  un 
quart  d'heure  ou  une  demi-heure,  la  température  se  maintient  au 
même  niveau,  ensuite  elle  tombe  de  ~  ou  —,  s'arrête  de  nouveau, 
retombe,  et  ainsi  de  suiLe  (en  échelons).  Après  environ  quatre 
heures  de  cette  évolution,  et  lorsque  la  température  est  redescen- 
due à  peu  près  à  40°,  l'abaissement  devient  un  peu  plus  rapide;  il 
faut  cependant  le  plus  souvent  dix  ou  douze  heures  et  plus  pour 
que  l'état  normal  soit  définitivement  atteint. 

Dans  l'apyrexie  qui  succède,  la  température  reste  parfois  un  peu 
au-dessus  de  l'état  normal  ;  mais  quand  l'apyrexie  dure  un  peu 
plus  d'une  journée,  il  s'y  présente  une  très-légère  exacerbation 
vespérale  qui  dépasse  à  peine  la  fluctuation  quotidienne  normale. 

Il  n'est  pas  rare  de  voir  se  produire,  surtout  après  l'emploi  de 
médicaments  antipyrétiques  (sulfate  de  quinine  et  autres),  des 
accès  qui  ne  présentent  pas  de  symptômes  subjectifs,  et  ne  se 
manifestent  uniquement  que  par  l'élévation  thermique  ;  ils 
ne  sont  pas  précédés  de  frissons  et  ne  déterminent  que  peu  ou 
point  de  transpirations.  Dans  ces  accès,  le  maximum  thermique 
peut  égaler  ou  approcher  celui  des  accès  fébriles  complets,  mais 
l'abaissement  et  la  chute  se  suivent  de  plus  près  que  dans  les  pa- 
roxysmes accompagnés  de  frissons. 

Déjà  ce  cycle  thermique,  pendant  les  accès  isolés  et  pendant 
l'apyrexie  qui  leur  succède,  est  si  caractéristique  de  la  fièvre  in- 
termittente que  le  diagnostic  est  déjà  suffisamment  établi  par 
ce  seul  fait.  Il  existe  très-peu  de  formes  morbides  où  se  pro- 
duise une  ascension  thermique  aussi  rapide  du  niveau  normal  à 
une  élévation  de  41°,  41°, 5,  et  aussitôt  après,  un  retour  tout  aussi 
rapide  à  la  température  normale.  Il  n'y  a  guère  que  la  fièvre  éphé- 
mère et  quelques  rechutes  fébriles  isolées  dans  la  convalescence 
du  typhus  abdominal,  les  paroxysmes  dans  la  tuberculose  aiguë  et 
dans  la  pyémie,  qui  présentent  une  allure  semblable,  et  il  suffit 
presque  toujours,  pour  distinguer  la  fièvre  intermittente  de  l'une 
de  ces  maladies,  d'attendre  le  second  accès  et  de  prendre  en  con- 
sidération en  même  temps  le  moment  où  celui-ci  survient. 

En  tout  cas,  déjà  le  premier  accès  de  cette  maladie  permet  de 
la  distinguer  des  affections  qui  pourraient  le  plus  facilement  être 


426        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFEKENTES  MALADIES. 

confondues  avec  les  symptômes  graves  de  la  fièvre  intermittente, 
telles  que  le  typhus,  la  méningite  et  le  choléra.  Dans  ces  maladies, 
qui  souvent  peuvent  présenter,  sous  tous  les  autres  rapports,  des 
symptômes  très-analogues  à  ceux  d'une  fièvre  intermittente  extrê- 
mement intense  et  pernicieuse,  la  marche  de  la  température  est  si 
différente  que  l'observation  thermométrique  suffit  pour  établir  le 
diagnostic. 

2.  Quant  à  la  succession  des  paroxysmes  dans  la  forme  inter- 
mittente, on  sait  depuis  longtemps  qu'elle  peut  se  faire  suivant 
des  rhythmes  divers.  L'évolution  la  plus  normale,  c'est-à-dire 
celle  qui  n'est  pas  troublée  par  des  influences  individuelles  (com- 
plications, etc.),  me  paraît  être,  d'après  de  nombreuses  observa- 
lions,  la  suivante  :  les  paroxysmes  se  répètent  toutes  les  quarante- 
quatre  ou  quarante-six  heures  (tertiana  anteponens) . 

Assez  souvent  la  thermométrie  seule  est  capable  de  découvrir 
que  le  rhythme  quotidien,  tierce,  quarte,  en  apparence  pur,  est 
doublé,  ou  que  de  forts  accès  alternent  avec  des  accès  faibles  (dans 
le  rhythme  en  apparence  quotidien),  ou  bien  qu'entre  les  divers 
paroxysmes  tous  leurs  symptômes  s'interposent  des  accès  fébriles, 
qui  ne  se  révèlent  uniquement  que  par  des  élévations  thermiques. 

De  même  la  guérison  complète  de  la  fièvre  intermittente  ne  peut 
être  garantie  que  par  la  thermométrie;  l'observation  thermomé- 
trique apprend  que  souvent  la  maladie  ne  se  termine  pas  par  un 
paroxysme  complet,  mais  qu'il  peut  survenir  d'autres  accès  qui 
ne  consistent  qu'en  élévations  thermiques,  parfois  très-considéra- 
bles, et  ne  se  trahissent  par  aucun  autre  phénomène,  et  cepen- 
dant qui  peuvent  parfaitement  se  transformer  en  accès  réels  si  le 
traitement  est  prématurément  suspendu. 

Consultez,  en  dehors  de  Zimmermann  et  Bœrensprung,  surtout 
Michael  (Observations  spéciales  de  la  température  du  corps  dans  la 
fièvre  intermittente  —  Specialbeobachtungen  der  Kôrpertemperatnr 
im  intermittirenden  Fieber,  1856;  Archiv  fur  physiol.  Heilk., 
XV,  59.) 

Pour  les  tracés  thermiques,  voyez  planche  VII. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        427 


XXIX.   CHOLÉRA 


Les  mensurations  thermiques  présentent  quelques  difficultés 
spéciales  dans  le  choléra  ;  il  faut  surtout  apprécier  différemment 
les  résultats  obtenus,  car  les  températures  locales  ne  marchent 
pas  parallèlement  entre  elles  sur  les  différents  points  du  corps. 

Les  mensurations  dans  l'aisselle  ne  sont  pas  sûres  à  moins 
qu'elles  ne  soient  faites  avec  de  grandes  précautions.  La  colonne 
mercurielle  monte  très-lentement  et  ne  s'arrête  qu'après  une 
demi-heure,  surtout  dans  la  période  algide.  Mais  ces  recherches 
thermométriques  pratiquées  dans  la  période  algide  ne  donnent  pas 
la  mesure  exacte  de  la  température  générale  (température  du  sang) , 
même  quand  elles  sont  faites  avec  le  soin  le  plus  scrupuleux.  En 
revanche,  elles  sont  précieuses  au  point  de  vue  de  la  température 
de  la  peau,  sur  l'état  de  laquelle  elles  fournissent  des  renseigne- 
ments très-précis.  Dans  le  stade  de  réaction,  c'est  au  contraire  la 
température  axillaire  qui  révèle  de  la  façon  la  plus  nette  la  tem- 
pérature générale  du  corps. 

Le  degré  de  chaleur  cutanée,  ou  plus  exactement  le  degré  de 
refroidissement  de  la  peau,  est  marqué  principalement  sur  les 
parties  découvertes  du  corps,  notamment  aux  mains  et  aux  pieds. 
Mais,  dans  ces  régions,  une  mensuration  rigoureuse  est  presque 
impossible,  et  les  résultats  obtenus  n'ont  pas  par  conséquent  beau- 
coup de  valeur. 

L'exploration  thermoscopique  de  la  cavité  buccale  ne  donne 
aucun  renseignement  sur  la  température  générale  dans  la  période 
algide,  mais  elle  a  plus  de  valeur  quand  il  s'agit  d'apprécier  la 
température  de  l'air  expiré;  ce  dernier  point  du  reste  ne  présente 
qu'un  médiocre  intérêt. 

Il  n'y  a  que  les  explorations  dans  le  rectum  et  dans  le  vagin  qui 
seules  puissent  fournir  la  vraie  mesure  de  la  température  générale  ; 
mais  les  premières  sont  précisément,  dans  cette  maladie,  difficiles, 
incommodes,  dégoûtantes,  et  facilement  dérangées  par  les  évacua- 
tions alvines.  Les  mensurations  dans  le  vagin  sont  encore  meil- 


428       DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

leures,  mais  on  ne  saurait  les  employer  chez  toutes  les  femmes,  du 
moins  on  ne  peut  pas  les  répéter  assez  souvent,  et  les  résultats  en 
sont  encore  modifiés  par  la  coexistence  fréquente  d'une  vaginite 
pseudo-membraneuse . 

Les  résultats  thermométriques  obtenus  sur  divers  points  du 
corps  offrent  souvent  entre  eux  un  singulier  contraste,  et  c'est  pré- 
cisément ce  contraste  même  qui  peut  fournir  des  indications  im- 
portantes pour  le  pronostic.  Ainsi  une  grande  différence  entre  la 
température  de  l'aisselle  et  celles  du  vagin  ou  du  rectum  est  un 
symptôme  positivement  défavorable,  et  dans  le  cas  de  guérison, 
on  observe  souvent  que  la  température  delà  cavité  buccale  monte, 
tandis  que  celle  du  vagin  descend. 

Les  conditions  thermiques  du  choléra  sporadique  très-intense 
ne  diffèrent  pas  essentiellement  de  celles  du  choléra  épidémique. 
Les  écarts  seulement  y  sont  en  général  plus  insignifiants,  à  moins 
que  l'accès  cholériforme  ne  se  complique  d'une  autre  affection,  qui 
détermine  de  son  côté  une  modification  considérable  de  la  tempé- 
rature. 

2.  Déjà  même  avant  l'apparition  des  autres  symptômes,  on  con- 
state chez  les  individus  antérieurement  affectés  de  fièvre  et  atteints 
de  choléra  un  abaissement  thermique  (Friedleender  l'a  démontré 
d'après  des  observations  prises  à  ma  clinique).  Cet  abaissement 
provient  donc  de  l'infection,  d'ailleurs  encore  latente  ;  mais  en 
même  temps  il  prouve  que  la  diminution  thermique  à  la  surface 
du  corps  n'est  nullement  la  conséquence  exclusive  des  déjections. 

Dans  la  période  des  évacuations,  les  températures  tant  de  l'ais- 
selle que  du  vagin  et  du  rectum  sont  d'ordinaire  normales  ou  très- 
peu  élevées  (notamment  celle  du  vagin)  dans  les  cas  légers  qui  ne 
vont  pas  jusqu'à  l'asphyxie. 

Mais  aussitôt  qu'apparaissent  les  premiers  phénomènes  d'as- 
phyxie, les  températures  s'écartent  davantage  l'une  de  l'autre;  la 
température  vaginale  est  un  peu  plu.  élevée,  la  température  axil- 
laireen  général  un  peu  plus  âasse  qu'à  l'état  normal. 

Quand  c'est  la  forme  algide  qui  se  développe,  la  température 
des  parties  internes  est  d'ordinaire  modérée,  et  même  peu  élevée 
dans  les  cas  de  guérison,  parfois  cependant  elle  peut  être  consi- 
dérable (elle  s'élevait  jusqu'à  59°, 6  dans  un  cas  observé  par  Gù- 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        429 

terbock),  et  ce  n'est  qu'exceptionnellement  qu'elle  est  normale  ou 
diminuée. 

Dans  les  cas  où  le  malade  succombe  dans  le  stade  d'asphyxie, 
les  températures  vaginale  et  rectale  atteignent  parfois  des  éleva 
tions  encore  plus  considérables  (40°  et  au-dessus  —  42°, 4  même 
dans  un  cas  de  Gùterbock) . 

Toute  ascension  considérable,  de  même  que  tout  abaissement 
d'une  certaine  étendue,  indique  un  grand  danger,  et  dans  les  deux 
espèces  d'écarts,  il  peut  y  avoir  dyspnée,  cyanose,  asphyxie  et  ré- 
tention d'urine. 

Des  évacuations  violentes  et  profuses  sont  accompagnées  d'ordi- 
naire et  parfois  précédées  d'une  chute  de  la  température,  mais  cet 
abaissement  n'est  que  relatif. 

Dès  que  la  température  s'élève,  alors  même  que  son  ascension 
ne  serait  que  relative,  les  évacuations  cessent,  et  quand  cette  élé- 
vation s'accroît,  le  sopor  se  produit. 

Un  fort  et  rapide  abaissement,  aussi  bien  qu'une  grande  et 
prompte  ascension,  sont  l'indice  d'une  mort  prochaine. 

Moins,  au  contraire,  les  fluctuations  sont  considérables,  moins 
elles  s'écartent  de  la  température  normale,  et  plus  la  guérison  est 
probable. 

A  la  surface  de  la  peau,  même  dans  l'aisselle,  la  température  est 
d'ordinaire  diminuée  dans  le  stade  algide,  parfois  même  très-no- 
tablement, mais  elle  ne  descend  pas  facilement  au-dessous  de  35°. 
La  température  axillaire  présente  en  général  des  fluctuations 
moins  accusées  que  la  chaleur  des  parties  internes.  C'est  un  signe 
particulièrement  grave  quand  la  température  extérieure  du  corps 
persiste  à  un  niveau  bas,  ou  quand  elle  monte  rapidement  après 
une  considérable  diminution,  ou  quand  elle  retombe  de  nouveau 
après  avoir  monté.  C'est  au  contraire,  un  signe  favorable  quand 
la  température  basse  tout  d'abord  remonte  lentement,  d'une  façon 
continue,  avec  d'insignifiantes  oscillations,  et  ne  franchit  plus  ou 
dépasse  à  peine  le  niveau  physiologique. 

Les  diminutions  thermiques  peuvent  devenir  encore  bien  plus 
considérables  sous  la  langue.  Dans  le  stade  asphyxique,  la  tempé- 
rature n'arrive  pas  facilement  au-dessus  de  51°,  et  même  dans  les 
cas  de  guérison  elle  peut  descendre  jusqu'à  26°.  Si  elle  tombe  en- 
core plus  bas,  il  ne  reste  plus  aucune  chance  de  salut. 


450        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES. 

Dans  le  stade  jjost-cholérique,  la  température  est,  dans  les  cas 
favorables,  normale  ou  à  peu  près.  Quand  elle  a  été  anomale  d'a- 
bord, elle  revient  à  la  norme  dans  ce  stade. 

Des  élévations  fébriles  modérées  ne  sont,  à  la  vérité,  pas  encore 
des  indices  d'un  grand  danger,  mais  elles  sont  toujours  suspectes 
et  trahissent  quelque  complication. 

Les  fortes  élévations  thermiques  sont  produites  notamment  par 
la  parotidite  et  Pérysipèle,  parfois  aussi  par  la  pneumonie,  mais  le 
fait  est  plus  rare;  cette  dernière  affection  ne  présente  qu'excep- 
tionnellement une  marche  typique.  Les  exanthèmes  ne  produisent 
pas  invariablement  d'ascension  thermique. 

Mais  une  élévation  normale  ou  approximativement  normale  de 
la  température  dans  le  stade  posl-cholérique  n'est  pas  une  suffi- 
sante garantie  en  faveur  de  la  guérison.  Lorsque  la  période  de 
réaction  revêt  la  forme  typhoïde,  la  température  est  dans  beaucoup 
de  cas  normale  ou  peu  élevée;  ce  sont,  il  est  vrai,  en  général,  des 
cas  favorables  à  évolution  bénigne  et  sans  complications  locales 
graves,  ils  ne  sont  cependant  pas  à  l'abri  de  tout  danger.  La  tem- 
pérature peut  bien  aussi  s'élever  dans  la  forme  typhoïde,  même 
à  de  très-grandes  hauteurs,  et  revêtir  le  plus  souvent  un  type 
rémittent.  C'est  ce  que  l'on  constate  habituellement  dans  les 
cas  dont  la  marche  est  violente,  où  les  désordres  locaux  sont  in- 
tenses et  qui,  s'ils  ne  tournent  pas  rapidement  vers  une  issue 
léthale,  donnent  droit  à  supposer  une  grande  lenteur  dans  l'évo- 
lution des  phénomènes  pathologiques.  La  néphrite  parenchyma- 
teuse  se  produit  aussi  bien  dans  les  cas  ou  la  température  est  modé- 
rée que  dans  ceux  où  l'élévation  thermique  est  plus  considérable. 

Une  des  circonstances  les  plus  défavorables,  c'est  quand,  dans 
le  stade  post-cholérique,  une  température  auparavant  normale  ou 
élevée  tombe  subitement  au-dessous  de  la  normale.  Un  abaisse- 
ment subit  de  la  chaleur  périphérique  est  même  un  des  signes  les 
plus  graves  de  cette  période. 

Après  la  mort,  la  température  tombe  dans  beaucoup  de  cas  plus 
ou  moins  rapidement  ;  mais  elle  peut  parfois  monter  après  la  mort 
pendant  quelques  minutes,  quelquefois  même  pendant  une  demi- 
heure,  et  cela  se  voit  aussi  bien  dans  les  cas  où  la  température 
avait  été  peu  élevée  auparavant  que  dans  ceux  où  l'élévation  avait 
déjà  été  considérable. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        451 

4.  Depuis  longtemps  déjà,  l'attention  a  été  éveillée  sur  l'état  de 
la  température  dans  le  choléra,  et  dès  la  première  apparition  de 
l'épidémie  cholérique  en  Europe,  des  observations  thermométriques 
relatives  à  ce  sujet,  ont  été  publiées  par  Czermak,  Gôppert 
Lockstàt.  Elles  étaient  cependant  bien  imparfaites.  Les  observations 
faites  dans  les  années  1848-52  (Ross,  Mair,  Reinhardt  et  Leu- 
buscher,  Roger,  Doyère,  Briquet  et  ilignot,  Hùbenet,  Bârensprung) 
présentent  déjà  une  plus  grande  importance.  Les  faits  décisifs 
n'ont  pourtant  été  constatés  que  pendant  l'épidémie  de  18G6. 
Consultez  surtout  Charcot  (Température  rectale  dans  le  choléra. 
Gaz.  méd.,  1866,  11),  Monti  (Jahrb.  cl.  Kinderheilkunde,  1866, 
p.  109),  et  Gùterbock  (D<?  la  température  dans  le  choléra.  —  Die 
TemperaturverhâUnisse  in  der  Choiera,  1867;  Virchow's  Archiv, 
XXXVIII,  30). 


XXX.   LÉSIONS   TRASJJHATIQUES  DE  LA  MOELLE  CERVICALE 

B.  Brodie  (1857,  Medico-chirurgical  transactions,  XV,  146)  a 
été  le  premier  à  remarquer,  en  s'appuyant  sur  les  expériences  de 
Chossat,  dans  plusieurs  cas  de  blessures  de  la  moelle  cervicale,  une 
augmentation  considérable  de  la  chaleur  propre.  Il  a  communiqué 
en  même  temps  son  cas  célèbre,  relatif  à  une  déchirure  de  la 
moelle  cervicale  inférieure,  terminé  par  la  mort  après  vingt-deux 
heures.  Chez  ce  malade,  les  inspirations  étaient  tombées  à  cinq  ou 
six  par  minute,  et  le  thermomètre,  appliqué  entre  le  scrotum  et 
les  cuisses,  avait  marqué  45°, 9. 

Plusieurs  observations  ont  été  faites  depuis,  et  toutes  confirment 
l'influence  que  les  blessures  de  la  moelle  cervicale  exercent  sur  l'é- 
lévation extrême  de  la  température.  Nous  citerons  celles  de  Bill- 
roth  (Langenbeck's  Archiv,  1862,  augmentation  thermique  allant 
jusqu'à  42°, 2);  Quincke  (Berliner  MinischeWochenschrift,  1869, 
n°  29,  deux  cas  dans  lesquels  la  température  s'élevait  à  45°, 4  et 
43°, 6);  Weber  (de  Londres)  (Transact.  of  the  Clinical  Society, 
1868,  vol.  I;  deux  cas  :  dans  l'un,  l'élévation  thermique  attei- 
gnait 44°  ;  dans  l'autre,  le  thermomètre  appliqué  immédiatement 
après  la  mort  marquait  43°, 3)  ;  Fischer  (Centralblatt,  1869,  p.  259  ; 
la  température  était  de  42°, 9)  ;  ce  dernier  auteur  a  cependant 


432        DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

observé  deux  cas  de  plaies  de  la  partie  cervicale,  avec  diminution 
thermique  allant  dans  l'un  jusqu'à  54°  (température  rectale),  dans 
l'autre  jusqu'à  50°, 2  (température  axillaire). 

XXXI.    NÉVROSES 

Les  névroses  simples,  qu'elles  troublent  les  fonctions  psychi- 
ques, sensitives  ou  motrices,  évoluent  en  général  aussi  bien  à  leur 
début  qu'à  une  période  plus  ou  moins  avancée  de  leur  développe- 
ment, sans  aucun  écart  thermique,  ou  du  moins  les  modifications 
de  la  température  qui  s'y  produisent  ne  sont  que  tout  à  fait  insi- 
gnifiantes. 

Il  y  a  cependant  des  exceptions.  Ce  sont  : 

1°  Parfois  les  névroses  intermittentes  nées  sous  l'influence  du 
miasme  paludéen,  dont  les  accès  peuvent  être  aussi  accompagnés 
d'augmentations  thermiques. 

2°  Les  névroses  hystériques,  dans  lesquelles  on  peut  observer,  à 
côté  des  autres  phénomènes,  des  élévations  de  la  température,  qui 
peuvent  atteindre  des  hauteurs  excessives,  et,  sans  aucun  motif  ap- 
parent. 

5°  Certaines  affections,  dont  la  nature  est  encore  loin  d'être  par- 
faitement connue,  et  que  l'on  peut  désigner  sous  le  nom  de  né- 
vroses vaso-motrices  ;  on  y  rencontre  également  parfois  des  troubles 
de  la  température. 

4°  Dans  les  névroses  psychiques,  on  n'observe  pas,  en  général, 
de  modifications  thermiques  considérables,  à  moins  que  des  mala- 
dies intercurrentes  ne  viennent  en  produire  à  leur  tour.  On  con- 
state cependant  chez  certains  aliénés  une  température  permuinente 
un  peu  sous-normale  ;  chez  d'autres,  des  élévations  temporaires 
modérées,  en  apparence  sans  motif,  qui  le  plus  souvent  s'élèvent 
à  peine  à  une  hauteur  fébrile.  Chez  les  aliénés  plongés  dans  une 
inanition  profonde  et  exposés  à  un  violent  refroidissement,  la 
température  peut  aussi  tomber  à  des  degrés  extrêmement  bas.  — 
(Voy.,  à  la  page  197,  les  faits  remarquables  cités  par  Lôvenhardt.) 

D'un  autre  côté,  Westphal  (Griesinger  Archiv  fur  Psychiatrie, 
I,  557)  a  rapporté  des  observations  dans  lesquelles  des  élévations 


DE  U  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        435 

thermiques  très-considérables  ont  pu  accidentellement  se  produire 
chez  des  aliénés  paralytiques.  Il  est  vrai  que  c'était  au  moment  des 
attaques  épileptiformes  et  apoplectiques  ;  mais  Westphal  démontre 
que  ces  élévations  n'ont  aucun  rapport  avec  les  convulsions  ni  avec 
leur  degré  de  violence,  qu'elles  se  produisent  aussi  quand  les  mou- 
vements convulsifs  sont  très-légers,  et  même  quand  ils  font  com- 
plètement défaut  ;  qu'en  cutre,  les  accès  épileptiques  par  eux-mêmes 
n'élèvent  pas  sensiblement  la  température.  Westphal  ne  croit  pas 
non  plus  que  les  ascensions  thermiques  dépendent  des  affections 
aiguës  des  organes  respiratoires  qui  coexistent  le  plus  souvent  en 
pareil  cas  ;  ces  affections  concomitantes  n'existaient  pas  toutes  les 
fois  que  se  sont  manifestées  les  attaques  accomppgnéej.  d'élévation 
thermique. 

Il  faut  naturellement  qualifier  d'exception  seulement  apparente 
les  cas  de  modifications  thermiques  survenant  dans  les  maladies  où 
l'on  ne  peut  encore  reconnaître  que  la  névrose,  mais  dans  lesquelles 
il  existe  déjà  des  processus  latents  qui  produisent  ces  écarts  ;  il  en 
sera  de  même  pour  les  cas  dans  lesquels  se  développent,  dans  le 
cours  d'une  névrose,  des  complications  qui  ne  sont  pas  encore  net- 
tement appréciables,  mais  influent  déjà  sur  la  température. 

D'un  autre  côté,  il  est  un  phénomène  extrêmement  particulier 
sur  lequel  j'ai  appelé  le  premier  l'attention,  et  qui  depuis  a  été 
signalé  par  plusieurs  observateurs  (Billroth,  Lcyden,  Ebmeier, 
Ferber,  Erb,  Quincke,  Monti)  ;  voici  en  quoi  il  consiste  :  dans  le 
dernier  stade  des  névroses  mortelles,  le  plus  souvent  dans  le  téta- 
nos, mais  aussi  dans  beaucoup  d'autres  lésions  des  centres  ner- 
veux (du  cerveau),  la  température  s'élève  brusquement  et  atteint 
en  très-peu  d'instants  des  hauteurs  extraordinaires.  Ces  élévations 
sont  tellement  excessives  qu'on  ne  les  rencontre  qu'exceptionnel- 
lement; dans  les  pyrexies  elles-mêmes,  elles  peuvent  aller  parfois 
jusqu'à  43°,  même  jusqu'au-dessus  de  44°  (dans  un  cas  de  tétanos 
jusqu'à  44°, 75'),  et  le  plus  souvent  la  température  monte  encore 
de  plusieurs  dixièmes  de  degré  après  la  mort. 

M.  Unterberger,  professeur  à  l'École  vétérinaire  de  Dorpat,  m'a 
communiqué  les  résultats  de  ses  observati-rns  ;  il  a  constaté  chez 
les  chevaux,  dans  les  cas  de  tétanos  mortels,  des  températures  de 
plus  de  42°. 

Ces  faits  rapprochés  des  températures  également  excessives  qu'on 

28 


454         DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

observe  dans  les  lésions  aiguës  graves  du  cerveau  et  de  la  moelle, 
semblent  indiquer  qu'il  existe  probablement  dans  le  cerveau, 
comme  j'ai  déjà  eu  l'occasion  de  le  dire  (p.  147-149),  des  centres 
modérateurs  dont  la  paralysie  a  pour  conséquence  un  surcroît 
d'activité  pathologique  thermogène. 

Mais  cette  expérience  a  aussi  un  côté  pratique,  puisqu'elle  en- 
seigne que  toute  ascension  thermique  un  peu  considérable  est  d'un 
pronostic  très-la cheux  dans  les  névroses,  à  moins  qu'on  ne  trouve 
d'autres  raisons  pour  expliquer  la  fièvre. 

Mes  publications  antérieures  sur  ce  sujet  se  trouvent  dans  : 
Archiv  der  Heilkunde  (1861,  p.  547;  1862,  p.  175;  1864, 
p.  205),  et  les  travaux  de  Erb  sont  consignés  dans  :  Deutsches 
Archiv  fur  klïn.  Médian  (1866,  p.  175). 


XXXII.  ALTERATIONS  OU  SANG  ET  DES  SECRETIONS 

LÉSIONS  ORGANIQUES 

(Maladies  chroniques.  —  Dyscrasies.  —  Cachexies.) 

Les  divers  troubles  nutritifs  et  sécrétoires  à  marche  essentielle- 
ment chronique,  ainsi  que  les  nombreuses  altérations  de  la  crase 
sanguine,  peuvent  aussi  exercer  une  certaine  influence  sur  la 
température.  Mais  la  relation  qui  lie  les  modifications  thermiques 
à  ces  différents  processus  pathologiques  n'est  pas  toujours  bien 
nette.  Tantôt  la  température  reste  normale  ou  même  sous-normale 
pendant  tout  le  cours  de  la  maladie,  parfois  il  se  produit  des  élé- 
vations accidentelles  plus  ou  moins  considérables  qui  dépendent 
probablement  de  maladies  aiguës  intercurrentes,  d'autrefois  il 
existe  une  fièvre  chronique  variable  dans  ses  caractères.  A  la 
période  ultime  de  ces  maladies,  la  marche  de  la  température  est 
également  très-variable. 

Jochmann  a  publié  une  série  d'observations  sur  la  température 
dans  les  maladies  fébriles  chroniques  (Beobachtungen  ùber  die 
Kôrperivarme  in  chronisçhen  fieberhaften  Krankheiten,  1853),  en 
se  fondant  principalement  sur  des  mensurations  faites  chez  des 
phthisiques,  et  a  établi  plusieurs  types  de  fièvre  chronique. 

Il  suffira  de  relever  dans  ce  qui  suit  les  résultats  empiriques  les 


DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.        435 

plus  importants  relativement  à  l'état  de  la  température  dans  les 
dyscrasies  et  dans  les  troubles  chroniques  de  la  nutrition  et  des 
sécrétions. 

1.  Dans  I'inakition,  la  température  est  souvent  très-basse.  On 
retrouve  un  pareil  abaissement  transitoire  et  souvent  ultime  dans 
divers  états  chroniques  compliqués  de  marasme,  bien  que  le  ma- 
rasme n'exclue  en  aucune  façon  les  élévations  de  la  température. 

L'inanition,  qui  est  si  souvent  la  conséquence  des  maladies  chroni- 
ques les  plus  diverses,  quand  elle  ne  marche  pas  de  pair  avec  elles, 
peut  aussi  modifier  de  plusieurs  façons  l'état  de  la  température 
dans  ces  maladies.  Elle  abaisse  fréquemment  et  d'une  façon 
persistante  la  température,  qu'elle  fait  quelquefois  descendre, 
même  sans  cause  appréciable,  jusqu'aux  plus  bas  degrés  du  col- 
lapsus.  Il  faut  noter  aussi  que  dans  cet  état  d'inanition,  les  refroi- 
dissements extérieurs,  la  diète,  les  efforts,  les  sueurs,  les  vomis- 
sements et  les  évacuations  intestinales,  les  pertes  de  sang  enfin 
exercent  en  général  sur  la  température  une  influence  dépressive 
beaucoup  plus  marquée  que  clans  l'état  physiologique  ;  la  produc- 
tion île  chaleur  amoindrie  n'étant  plus  capable  de  compenser  les 
pertes.  Cela  se  montre  principalement  à  la  période  ultime.  L'a- 
baissement de  la  température  est  aussi  très-considérable  peu  de 
temps  avant  la  mort  chez  les  enfants  plongés  dans  le  marasme,  et 
il  est  surtout  marqué  dans  l'état  cachectique  de  la  syphilis  infan- 
tile. Dans  un  cas  semblable  que  j'ai  récemment  observé  à  ma  cli- 
nique, la  température  tomba  au-dessous  de  l'état  normal  six  jours 
avant  la  mort,  et  descendit  successivement  jusqu'à  25°  C.  (men- 
suration rectale)  ;dans  un  cas,  d'atrophie  infantile  commune  (éti- 
sie)  elle  tomba  à  28°, 6  C. 

2.  D'après  les  observations  de  Roger,  la  température  présente 
un  abaissement  extraordinaire  (au  moins  dans  l'aisselle)  dans  le 
sclérème  des  nouveau-nés.  11  dit  qu'elle  n'avait  été  en  moyenne 
que  de  51°,  et  était  descendue  même  à  26°  chez  sept  enfants.  Bà- 
rensprung  rappelle  à  ce  propos  les  expériences  de  diminutions 
thermiques  considérables,  produites  par  la  suppression  artificielle 
de  la  sécrétion  cutanée. 

5.  On  a  cru  que  la  thermométrie  pouvait  être  un  puissant  auxi^ 


436        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALAD'ES. 

liaire  pour  le  diagnostic  entre  les  piithisies  tuberculeuse  et  non 
tuberculeuse,  ou  plutôt,  à  vrai  dire,  pour  déterminer  pendant  la 
vie  l'existence  ou  la  non-existence  de  tubercules  chez  un  phthi- 
sique.  Cette  espérance  est  illusoire,  au  moins  en  grande  partie.  Vu 
les  diliérentes  interprétations  qu'on  attache  maintenant  au  terme 
tubercule,  il  n'est  pas  superflu  de  préciser  l'état  des  choses  en 
plusieurs  propositions. 

a.  L'existence  de  produits  caséeux  ne  peut  être  révélée  par  au- 
cune particularité  thermométrique,  ni  d'une  façon  générale,  ni  en 
particulier  chez  les  phthisiques. 

b.  La  thermométrie  ne  peut  faire  présumer  le  développement 
d'une  phthisie  consécutive  à  la  pneumonie  caséeuse  que  si  les 
mensurations  ont  été  faites  dès  le  début  de  la  pneumonie  et  conti- 
nuées au  delà  de  la  période  de  transition.  On  peut  soupçonner  à 
bon  droit  la  caséilication  des  exsudats  pt.eumoniques  d'après  la 
persistance  d'une  température  élevée,  d'après  le  type  intermittent 
du  fastigium,  enfin  d'après  la  succession  alternative  d'élévations 
considérables  et  de  basses  températures. 

c.  Tous  les  phénomènes  de  la  fièvre  hectique,  soit  qu'ils  se  pré- 
sentent sous  formes  de  mouvements  fébriles  modérés,  ou  d'une 
fièvre  rémittente  sous-continue  ou  continue,  mais  seulement  par 
intervalles,  peuvent  déjà  être  produits  uniquement  par  des  bron- 
chites chroniques  suppurées  avec  dilatation  progressive  des  bron- 
ches, par  les  péribronclr^es,  les  pneumonies  chroniques,  par  des 
pneumonies  lobuhires  et  vésiculaires  répétées,  mais  sans  régres- 
sion caséeuse  des  exsudats,  ni  développement  de  granulations  tu- 
berculeuses. De  même  la  mort  peut  survenir  dans  la  phthisie  non 
tuberculeuse  aussi  bien  avec  une  diminution  qu'avec  une  ascen- 
sion thermique,  et  cette  dernière  peut  être  continue,  en  zigzag, 
ou  bien  présenter  des  son: mets  très-aigus. 

cl.  La  présence  de  granulations  tuberculeuses  rares  ou  abon- 
dantes dans  les  poumons,  la  plèvre,  la  rate,  le  foie,  ne  modifie  ab- 
solument en  rien  la  marche  de  la  température. 

e.  En  outre,  la  présence  de  granulations  miliaires  abondantes 
dans  le  péritoine,  mais  surtout  le  développement  d  une  méningite 
granuleuse,  peuvent  altérer  le  cycle  de  la  température  chez  les 
phthisiques. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        437 

4.  Un  fait  singulier,  c'est  que  chez  les  cancéreux  les  élévations 
thermiques  sont  relativement  rares,  et  que  la  température  se 
maintient  le  plus  souvent  chez  eux  à  un  niveau  normal  et  même 
sous-normal  ;  ce  qui  n'empêche  pas  que  des  températures  élevées 
peuvent  être  produites  par  des  complications  intercurrentes  ou  se 
montrer  à  la  période  ultime  de  la  maladie.  Des  températures  fé- 
briles de  longue  durée  sont  cependant  rares  dans  les  cas  de  cancer. 

5.  Dans  les  maladies  chroniques  du  cœur,  on  ne  constate  d'élé- 
vations considérables  que  dans  le  cas  où  elles  sont  compliquées  de 
graves  affections  intercurrentes.  Dans  les  insuffisances  (congéni- 
tales) du  cœur  c.vec  cyanose  (rétrécissement  de  l'artère  pulmo- 
naire), il  se  produit  assez  souvent  des  températures  sous-normales. 

6.  Dans  le  diabète  sucré,  la  température  ne  s'élève  qu'excep- 
tionnellement au-dessus  du  taux  physiologique.  Elle  persiste  assez 
souvent  à  un  degré  sous-normal,  et  mêm:  des  anthrax,  des  pneu- 
monies ou  la  phthisie  pulmonaire  ne  modifient  souvent  en  rien 
la  température  dans  la  glycosurie. 

7.  L'ictère  suit  habituellement  son  cours  sans  élévation  ther- 
mique, à  moins  qu'il  ne  devienne  pernicieux;  l'augmentation  de 
la  température  est,  par  conséquent,  toujours  un  signe  grave  chez 
les  ictériques. 

8.  Chez  les  individus  atteints  d'HYDRonsiE,  la  température  axil- 
laire  est  souvent  basse,  mais  assez  souvent  aussi  elle  est  élevée. 

9.  Lorsque  des  écarts  de  température  se  produisent  dans  les  ma- 
ladies chroniques,  ils  présentent  le  plus  souvent  dans  un  seul  et 
même  cas  une  allure  variable.  Mais  il  peut  aussi  arriver  qu'un  ni- 
veau thermique  assez  uniforme  se  maintienne  non-seulement  pen- 
dant des  semaines,  mais  même  pendant  des  mois  ;  j'ai  observé  des 
fièvres  chroniques  avec  une  marche  spéciale  et  invariable  pendant 
une  année  entière. 

La  température  dans  les  maladies  chroniques  est  le  plus  souveni 
très-accessible  aux  influences  extérieures,  et  présente  d'ordinaire 
une  extrême  mobilité,  des  fluctuations  étendues  et  même  irrégu- 


■438        DE  LA  TEMPERATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIFS. 

lières.  Les  exacerbations  s'y  montrent  aussi  assez  souvent  de  très- 
grand  matin,  s'approchent  de  la  limite  d'un  mouvement  fébrile 
léger  ou  l'atteignent;  souvent  aussi,  en  même  temps,  la  rémission 
thermique  quotidienne  n'est  pas  absolument  normale  (rarement 
trop  basse,  souvent  trop  haute,  presque  toujours  variable),  la  tem- 
pérature se  meut  en  général  à  un  niveau  moyen  un  peu  plus  élevé 
qu'àj'état  physiologique,  et  en  outre,  il  se  présente  accidentelle- 
ment des  élévations  considérables,  assez  souvent  de  plus  de  40°, 
d'une  durée  de  quelques  heures  à  quelques  jours,  qui  offrent  de 
grandes  analogies  avec  la  fièvre  éphémère.  Cette  modalité  ther- 
mique peut  se  rencontrer  dans  les  circonstances  les  plus  diverses, 
et  n'a  pas  partant  de  grande  valeur  pour  le  diagnostic,  mais  elle 
lémoigne  toutefois  que  le  cas  n'est  pas  normal. 

11.  Tandis  que  dans  la  matinée  la  température  est  normale  ou 
à  peu  près,  parfois  même  sous-normale,  elle  peut  s'élever  plus  ou 
moins  dans  les  heures  vespérales,  quelquefois  même  de  4°  ou  6°  ; 
dans  ce  dernier  cas,  des  températures  de  collapsus  alternent  sou- 
vent avec  des  élévations  extrêmement  fébriles  (type  intermittent). 
Ce  mode  d'évolution  thermique  peut  se  continuer  longtemps 
d'une  façon  assez  uniforme,  surtout  quand  les  fluctuations  quoti- 
diennes ne  sont  pas  très-considérables  et  que  l'étendue  des  exa- 
cerbations n'est  pas  trop  grande.  Parfois,  on  trouve  dans  la 
même  journée,  deux  exacerbations  séparées  par  une  température 
complètement  ou  approximativement  normale  ;  de  ces  exacerba- 
tions, l'une  peut  être  plus  forte,  l'autre  plus  faible,  semblable  en 
cela  a  la  fièvre  double  quotidienne  (quotidiana  duplex).  Quand  il 
n'y  a  qu'un  seul  paroxysme  quotidien,  des  exacerbations  faibles 
alternent  quelquefois  très-régulièrement  avec  de  fortes  exacerba- 
tions; il  est  plus  rare  que  le  paroxysme  ne  se  montre  que  tous  les 
deux  jours  (type  tierce)  ;  les  intervalles  peuvent  être  plus  grands 
encore  (type  quintane  et  sextane).  Dans  le  cas  où  le  retour  des 
accès  est  aussi  retardé,  le  jour  d'exacerbation  ne  revient  plus  tout 
à  fait  à  époque  fixe,  et  le  rhythme  se  perd  insensiblement  en  une 
sorte  de  fièvre  éphémère  avec  élévations  irrégulières  et  répétées. 

Une  pareille  marche  intermittente  est  assez  fréquente  dans  la 
fièvre  chronique,  mais  on  ne  saurait  indiquer  les  conditions  qui  lui 
donnent  naissance.  Elle  apparaît  dans  les  suppurations  chroniques 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFERENTES  MALADIES.       459 

et  dans  les  états  cachectiques,  ainsi  que  dans  les  maladies  mal  dé- 
finies dans  lesquelles  il  n'existe  d'autres  phénomènes  morbides 
appréciables  qu'une  fièvre  qui  peut  se  prolonger  pendant  plusieurs 
mois  avec  tuméfaction  de  quelques  organes  internes.  Ces  maladies 
peuvent  se  terminer  par  la  guérison,  ou  bien  être  compliquées  d'af- 
fections graves  et  mortelles.  Dans  ce  dernier  cas,  le  type  fébrile  est 
tellement  altéré  qu'il  est  impossible  d'expliquer  la  relation  qui 
existait  entre  la  marche  intermittente  de  la  température  et  la  ma- 
ladie primitive.  Il  est  vrai  toutefois  que  cette  évolution  thermi- 
que, à  forme  intermittente,  ne  se  présente  pas  sous  l'aspect  du 
type  fébrile  ordinaire. 

Ce  qui  est  encore  remarquable,  c'est  que  le  sulfate  de  quinine  et 
surtout  l'arsenic  exercent  une  influence  incontestable  sur  la 
marche  de  cette  fièvre  chronique  ;  ils  en  ralentissent  les  accès  et 
peuvent  même  les  dissiper  temporairement  sinon  les  supprimer 
tout  à  fait. 

La  fièvre  chronique  revêt  très-souvent  le  type  rémittent.  Dans 
les  rémissions,  la  température  ne  s'élève  le  plus  souvent  que 
très-peu  au-dessus  de  la  limite  d'un  mouvement  fébrile  léger  ; 
dans  la  période  d'exacerbation,  au  contraire,  elle  est  de  59°, 5,  40° 
et  au-dessus.  Les  rémissions  apparaissent  le  plus  souvent  de  très- 
grand  matin,  les  exacerbations  correspondent  aux  heures  de  l'a- 
près-midi et  du  soir.  Mais  souvent  aussi  il  arrive  que  la  température 
atteint  son  maximum  vers  midi  ou  présente  deux  exacerbations, 
l'une  à  midi  et  l'autre  (le  plus  souvent  la  plus  faible)  à  minuit.  Le 
cycle  thermique  conserve  pendant  peu  de  temps  une  aussi  parfaite 
uniformité,  et  fait  bientôt  place  à  d'autres  types  plus  graves  ou 
plus  légers.  Cette  marche  offre  déjà  en  elle-même  un  certain  dan- 
ger. Elle  se  rencontre  dans  les  suppurations  chroniques,  dans  les 
affections  consomptiyes,  dans  les  épanchements  séreux  considéra- 
bles. On  la  retrouve  encore  toutes  les  fois  que  le  processus  mor- 
bide essentiel  fait  de  rapides  progrès,  se  complique  ou  s'aggrave. 

13.  La  fièvre  chronique  peut  aussi  de  temps  en  temps  affecter  le 
type  continu.  Dans  ce  cas,  la  température  est  en  même  temps 
assez  élevée  et  souvent  très-haute.  Une  pareille  fièvre,  notamment 
quand  l'élévation  thermique  est  considérable,  exerce  une  action 
rapidement  consomptive  et  ne  peut  donc  pas  persister  indéfiniment. 


MO       DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES. 

Tantôt  elle  se  ralentit  et  passe  à  un  autre  type,  ou  bien  elle  fait 
périr  le  malade.  Cette  forme  fébrile  appartient  aux  aggravations 
et  complications  qui  surviennent  dans  le  cours  ou  à  la  fin  des  ma- 
ladies chroniques  mortelles. 

14.  Les  collapsus  intercurrents  peuvent  se  produire  dans  tjutes 
les  formes  de  la  fièvre  chronique.  Ils  sont  d'autant  plus  fréquents, 
que  la  température  a  été  antérieurement  plus  élevée  ;  après  le 
collapsus,  celle-ci  revient  tantôt  rapidement  à  son  niveau  pri- 
mitif, tantôt  elle  n'y  arrive  que  lentement  et  parfois  même  ne 
peut  l'atteindre.  Dans  d'autres  cas,  les  collapsus  se  montrent  sans 
avoir  été  précédés  d'élévations  thermiques  notables.  Si  à  ce  mo- 
ment la  température  n'est  pas  très-élevée,  il  n'est  pas  rare  de 
la  voir  plusieurs  fois  tomber  au-dessous  du  niveau  normal  dans 
la  période  ultime. 

15.  Les  abaissements  thermiques,  semblables  à  des  crises  qui 
se  produisent  à  la  suite  d'une  marche  rémittente  ou  continue  de 
la  fièvre  chronique,  offrent  une  certaine  analogie  avec  les  collap- 
sus, surtout  si  la  crise  a  été  précédée  immédiatement  par  une  as- 
cension considérable  (perturbatio  critica).  Mais  l'abaissement  n'est 
ni  aussi  rapide  ni  aussi  profond  en  pareil  cas  que  dans  les  collapsus, 
c'est  à  peine,  en  effet,  s'il  descend  au-dessous  du  niveau  normal. 
Ces  défervescences  sont  parfois  réellement  favorables  et  pourraient 
bien  indiquer  dans  ce  cas  la  fin  d'une  complication  quelconque. 
Dans  la  plupart  des  cas  cependant,  ce  sont  des  pseudo-crises 
trompeuses,  et  la  température  remonte  peu  à  peu  ou  rapidement 
après  s'être  maintenue  peu  de  jours  seulement  à  l'état  normal. 

16.  Dans  le  cours  des  affections  chroniques,  on  observe  très- 
fréquemment  de  grandes  irrégularités  dans  la  marche  thermique, 
telles  que  des  fluctuations  étendues  et  sans  cause  apparente  ;  bien 
qu'une  élévation  thermique  considérable  soit  toujours  un  symp- 
tôme grave,  on  ne  peut  cependant,  en  aucune  façon,  fonder  des  espé- 
rances p,ir  des  abaissements  éventuels.  Ils  sont,  en  effet,  souvent 
très-passagers,  et  d'autre  part,  la  maladie  peut  se  terminer  par  la 
mort  a^ec  une  élévation  peu  considérable  de  la  température.  Plus 
les  changements  sont  brusques  et  plus  ils  sont  trompeurs. 


DE  LA  TEMPÉRATURE  DANS  LES  DIFFÉRENTES  MALADIES.        441 

17.  Dans  la  période  ultime  des  maladies  chroniques  et  au  mo- 
ment de  l'agonie,  l'état  de  la  température  peut  être  infiniment  va- 
riable. Ce  fait  n'a  rien  de  bien  surprenant,  puisque  la  mort  est  pro- 
duite dans  les  maladies  chroniques  par  différentes  causes,  qui  sou- 
vent ne  présentent  qu'un  rapport  très-éloigné  avec  le  processus 
morbide  initial. 

En  général,  dans  les  maladies  chroniques,  la  température  tombe 
avant  la  mort  plutôt  qu'elle  ne  s'élève  ;  parfois  elle  ne  descend 
que  faiblement  en  comparaison  de  l'élévation  antérieure  ;  dans 
d'autres  cas,  l'abaissement  est  plus  considérable  et  arrive  aux  plus 
bas  degrés  de  l'échelle  thermométrique,  comme  par  exemple  dans 
le  marasme,  surtout  dans  celui  des  enfants  et  des  aliénés,  dans  la 
cachexie  syphilitique,  ainsi  que  nous  l'avons  mentionné  précé- 
demment (p.  455).  Cependant  les  mensurations  axillaires  ne  sont 
pas  décisives  en  pareils  cas  ;  il  n'y  a  que  l'introduction  du  ther- 
momètre 'rès-avant  dans  le  rectum  qui  puisse  donner  des  indica- 
tions positives. 

18.  En  revanche,  on  peut  y  rencontrer  aussi  des  élévations  ul- 
times. La  température  qui,  auparavant,  avait  été  normale  ou  peu 
élevée,  commence  à  monter  peu  avant  la  mort,  et  cet  accroissement 
d'abord  modéré  et  lent  peut  devenir  dans  la  suite  considérable  et 
rapide,  et  atteindre  en  douze  ou  trente-six  heures  une  température 
de  40°  à  41°  (fièvre  terminale).  Parfois  on  peut  trouver  la  raison 
de  cet  accroissement  thermique  dans  les  autres  conditions  du 
mourant,  telles  que  un  érysipèle  terminal,  une  parotidite,  une 
méningite  ou  une  pneumonie  ;  dans  beaucoup  d'autres  cas,  la 
cause  de  ces  ascensions  reste  cachée. 


XII 

INFLUENCE  DES  MODIFICATIONS  DE  LA  CHALEUR  PROPRE 

SUR  L'ORGANISME 


1 .  On  ne  peut  se  refuser  à  admettre  qu'une  élévation  considé- 
rable de  la  température  du  corps  exerce  une  action  plus  ou  moins 
grande  sur  l'organisme  et  sur  ses  différentes  parties,  sur  leurs 
fonctions,  sur  les  sécrétions  et  sur  la  nutrition  intime  des  tissus. 
Il  est  reconnu,  depuis  longtemps,  que  l'état  fébrile  exerce,  suivant 
son  intensité,  une  certaine  influence  sur  les  phénomènes  subjectifs, 
sur  la  fréquence  du  pouls  et  de  la  respiration,  et  détermine  des 
modifications  de  l'urine  et  de  la  sueur;  on  sait  aussi  que  la  fièvre 
produit  l'amaigrissement. 

Les  physiologistes  modernes  ont  démontré,  par  voie  expérimen- 
tale, que  les  modifications  thermiques  ont  une  action  marquée  sur 
l'irritabilité  des  nerfs  et  des  muscles. 

Consultez  :  Eckhard  (Zeitschriftfilr  rat.  Médian,  1850,  X,  165). 

Calliburcès  (Comptes  rendus,  XLV,  1095  et  XLVII,  658). 

J.  Rosenthal  (Allg.  med.  Centraheituncj,  1859,  761). 

Harless  (Lietschr.  fur  ration.  Medicin,  1860,  c.  vin,  122). 

Schelske  (Des  modifications  de  l'irritabilité  produites  par  la 
chaleur.  —  Ueber  des  Verànderungen  der  Erregbarkeit  durch  die 
Wàrme,  1860). 

Afanasieff  (Reichert's  Archiv,  1865,  691  )l. 

1  On  peut  aussi  consulter  les  travaux  suivants  relatifs  au  même  sujet  : 
J.  Chmoslevitch,   De  l'influence  de  la  chaleur  sur  le  travail  mécanique  des  muscles 
de  la  grenouille  [Revue  médicale,  1867;  p.  491). 
Andual  [Revue  médicale,  18C9,  p.  710). 


MODIFICATIONS  DE  LA  CHALEUR  SUR  L'ORGANISME.  445 

Ce  qui  se  rattache  encore  de  plus  près  aux  expériences  cliniques, 
c'est  le  travail  d'E.  Cyon  intitulé  De  l'influence  des  modifications 
thermiques  sur  le  nombre,  la  durée  et  la  force  des  battements  du 
cœur  (Berichte  ùber  die  Verhancllungen  der  k.  sàchs.  Gesellsch.  d. 
Wissenschaften,  XVIIÏ,  1866,  258),  dans  lequel  il  a  étudié,  au 
moyen  d'un  ingénieux  appareil,  les  effets  du  sérum  sanguin,  à  dif- 
férentes températures,  circulant  dans  des  tubes  de  verre  et  traver- 
sant un  cœur  de  grenouille  extrait  du  corps  de  l'animal .  Les  résultats 
sont  particulièrement  intéressants  quand  la  température  commence 
peu  à  peu  à  monter;  on  observe,  en  pareil  cas,  d'abord  un  accrois- 
sement lent  du  nombre  des  contractions  cardiaques  ;  avec  l'aug- 
mentation ultérieure  de  la  température ,  on  remarque  une  rapide 
diminution  de  la  fréquence  des  battements,  accompagnée  d'irrégula- 
rités dans  les  contractions  jusqu'à  ce  que  celles-ci  s'éteignent  com- 
plètement. Il  faut  noter,  en  outre,  que  l'étendue  des  contractions 
s'agrandit  également  au  début,  mais  qu'elle  diminue  déjà  tandis 
que  le  nombre  des  battements  s'accroît  encore  longtemps.  Cyon  a 
constaté  que  le  cœur  ne  pouvait  seconder  la  circulation  du  sang 
qu'à  un  certain  degré  de  température.  En  revanche,  les  expériences 
communiquées  par  Cyon  se  rapportant  aux  modifications  ther- 
miques subites  sont  inapplicables  aux  conditions  pathologiques, 
parce  que,  dans  ces  dernières,  il  ne  se  présente  jamais  des  écarts 
thermiques  aussi  brusques. 

Mais  en  répétant  ces  expériences,  on  a  déjà  pu  remarquer  que 
tous  les  cœurs  ne  présentaient  pas  la  même  irritabilité,  tandis  que 


J.  Moutier,  Mémoire  sur  la  théorie  mécanique  de  la  chaleur  [Annales  de  chi- 
mie, tome  XIV,  4e  série;  p.  247). 

Hirn,  Mémoires  sur  la  thermodynamique  (Ibid.,  tome  X,  4e  série;  p.  52;  — 
tome  XI,  p.  5). 

Berthelot,  Nouvelles  recherches  de  thermochimie   (Ibid.,   tome  XVIII,   p.  5-196). 

A.  et  P.  Dupré,  Sur  la  théorie  mécanique  de  la  chaleur  (5  mémoires.  Ibid., 
orne  II,  4e  série;  p.  185;  — tome  III,  p.  76;  —tome  IV,  p.  426;  —  tome  VI,  p.  274; 
—  tome  VIII,  p.  256-406;  —  tome  XI,  p.  194  ;  —  tome  XlV,  p.  64). 

Tscheschichix,  Zur  Lehre  von  der  thierisc/ie  Wârrne  (Reichert's  Archiv,  1866, 
p.  151.) 

J.  Schiffer,  ZJeber  die  Warmbildung  erstarrender  Muskeln  (Ibid.,  1868;  p.  442). 

E.  Cyon,  Der  Einfluss  der  Temperatur  Verânderungen  auf  Zahl  der  Herz- 
schlâge  (Arbeiten  aus  d.  phys.  Anstalt  zu  Leipzig.  1866.  —  Leipzig,  1867; 
p.  77-127). 

Cavagnès,  Versuch  ùber  die  Tastempfindlichkeit  (Ann.  univers.,  p.  268;  août 
1867.  —  Schmidt's  JaJirbûcher,  1868.  Bd.  137,  p.  157). 


AU  MODIFICATIONS  DE  LA  CHALEUR  SUR  L'ORGANISME. 

les  effets  précédemment  indiqués»  ,e  manifestaient  sur  les  uns  à  un 
bas  degré  de  température,  sur  les  autres,  au  contraire,  ils  n'étaient 
perçus  qu'à  une  température  très-élevée.  Ces  différences  indivi- 
duelles ne  doivent-elles  pas  entrer  tncore  bien  plus  en  ligne  de 
compte  dans  les  cas  pathologiques? En  général,  les  conditions  sont, 
on  le  conçoit,  essentiellement  plus  complexes  que  dans  une. expé- 
rience où  l'on  s'efforce  précisément  de  reproduire  le  phénomène 
dans  toute  sa  simplicité. 

Ainsi  il  faut  soigneusement  apprécier,  dans  les  conditions  mor- 
bides, les  différents  effets  produits,  suivant  que  les  degrés  ther- 
miques sont  plus  ou  moins  éloignés  les  uns  des  autres,  suivant  que  la 
modification  est  lente  ou  rapide  et  que  la  température  normale  est 
de  longue  ou  de  courte  durée.  Il  importe  aussi  desavoir  si  l'écart 
thermique  est  déterminé  diins  tel  ou  tel  cas  par  un  trouble  dans 
la  production  ou  dans  la  dépense  de  chaleur,  ou  bien  si  ces  deux 
conditions  n'entrent  pas  simultanément  en  jeu,  et  quelle  est  la  part 
qui  revient  à  chacune  d'elles.  L'idiosyncrasie  des  sujets,  qui  certes 
est  toute  autre  que  les  prédispositions  particulières  des  cœurs  de 
grenouilles,  contribue  à  son  tour  à  modifier  les  phénomènes;  il 
faudrait,  il  est  vrai,  que  l'on  pût  calculer  et  éliminer  le  concours 
complexe  des  modifications  pathologiques  des  organes  et  des 
sécrétions  ;  mais  il  reste  à  déterminer  dans  beaucoup  de  formes 
pathologiques  en  particulier,  l'action  de  la  cause  morbifique  elle- 
même,  et,  dans  toutes  les  maladies  en  général,  les  effets  de  fac- 
teurs multiples  échaA  pant  à  toute  analyse  ainsi  que  les  différentes 
influences  qui  peu  ;ii„  intervenir  dans  le  cours  de  la  maladie 
elle-même.  Il  faudrait  pouvoir  apprécier  ces  divers  éléments  pour 
déterminer  avec  précision  l'influence  des  modifications  de  la  tem- 
pérature sur  l'organisme  et  sur  les  parties  qui  le  constituent. 

Un  tel  problème  est  impossible  à  résoudre,  et  si  l'on  réfléchit 
encore  à  la  difficulté  qu'on  éprouve  à  distinguer  dans  un  cas  donné 
l'effet  produit  et  la  cause  agissante,  il  faut  presque  désespérer 
d'arriver  même  à  une  appréciation  approximative  de  l'influence 
qu'exerce  une  température  anormale  sur  l'organisme  et  sur  ses 
parties. 

2.  Malgré  tout,  la  tentative  faite  par  Liebermeicter  (Deutsches 
Archiv  fur  klinische  Medicin,  I,  298)  pour  rechercher  au  moins 


MODIFICATIONS  DE  LA  CHALEUR  SUR  L'ORGANISME.  445 

les  effets  de  l'élévation  thermique  fébrile,  ne  nous  ensemble  pas 
moins  digne  d'attention.  On  ne  peut  que  l'approuver  d'avoir  es- 
sentiellement simplifié  sa  tâche  en  limitant  ses  recherches  à  l'in- 
fluence qu'exercent  les  températures  hyperpyrétiques.  Il  semble 
admettre  l'existence  d'une  limite  thermique  variable  selon  les 
individus,  au  delà  de  laquelle  l'influence  nocive  se  fait  sentir 
chez  les  différents  malades.  Il  croit  spécialement  pouvoir  ranger 
au  nombre  des  effets  produits  par  une  température  hyperpyrétique, 
la  malignité  qui  se  montre  dans  le  c«*urs  de  certaines  maladies,  un 
grand  nombre  de  troubles  fonctionnels  des  centres  nerveux,  l'ap- 
parition d'hémorrhagies  multiples  dans  les  fièvres  graves,  ainsi 
que  le  développement  d'une  foule  de  processus  locaux.  Pour  con- 
firmer ses  vues,  il  a  mis  à  profit  un  grand  nombre  d'observations 
personnelles  et  de  recherches  bibliographiques. 

Les  hypothèses  de  Liebermeister  ont  été,  si  je  ne  me  trompe, 
généralement  très-bien  accueillies.  Le  traitement  des  maladies  fé- 
briles par  l'eau  fro:de  qui,  dans  ces  derniers  temps,  a  pris  une  si 
grande  et  si  légitime  extension,  était  basé,  en  grande  partie,  sur  la 
supposition  du  danger  qu'impliquent  de  hauts  degrés  de  tempé- 
rature ;  d'un  autre  côté,  les  résultats  heureux  de  cette  méthode 
thérapeutique  semblent  avoir  fourni  une  éclatante  confirmation  à 
la  théorie  du  caractère  consomptif  de  la  fièvre. 

5.  Mais  quelque  disposé  que  l'on  soit  à  admettre  les  effets  pro- 
duits par  les  écarts  thermiques  sur  l'organisme  et  sur  ses  di- 
verses parties,  on  ne  dcit  cependant  pas  oublier  que  dans  une  foule 
de  cas  cette  influence  paraît  souvent  très-effacée.  On  est  donc  ainsi 
conduit  à  reconnaître  qu'il  doit  v  avoir  dans  l'organisme  des 
appareils  qui  peuvent  annihiler  parfois  et  souvent  compenser 
jusqu'à  un  certain  point  l'influence  d'une  température  anomale 
aussi  bien  que  celle  de  beaucoup  d'autres  troubles  pathologiques. 
Sous  ce  rapport  comme  à  bien  d'autres  titres,  il  n'est  pas  de  forme 
morbide  plus  intéressante  que  la  fièvre  récurrente.  Dans  cette  py- 
rexie  en  effet,  non-seulement  le  malade  supporte  impunément  des 
températures  excessives  et  prolongées  qui  seraient  assurément 
mortelles  dans  tout  autre  cas,  non-seulement,  dis-je,  les  fluctua- 
tions thermiques  les  plus  considérables  et  les  plus  brusques  s'ac- 
complissent presque  sans  laisser  de  traces,  mais  même  l'individu 


U  G  MODIFICATIONS  DE  LA  CHALEUR  SUR  L'ORGANISME. 

présente  parfois  des  phénomènes  généraux  graves  et  des  troubles 
nerveux  intenses  dans  la  période  intercalaire  d'apyrexie,  pendant 
laquelle  l'élévation  thermique  est  insignifiante  et  de  courte  durée, 
tandis  qu'au  contraire  il  est  essentiellement  moins  affecté  dans  les 
accès  violents  dans  lesquels  on  constate  des  élévations  brusques 
de  4°  ou  6°,  et  des  chutes  soudaines  de  5°  ou  7°. 

4.  Les  organes  et  les  divers  points  du  corps  qui  peuvent  être 
troublés  dans  leurs  fonctions  et  dans  leur  nutrition  par  des  écarts 
thermiques  sont  sans  nul  doute  très-nombreux,  ou  plutôt  il  n'existe 
probablement  aucune  partie  du  corps  qui  jouisse  à  cet  égard  d'une 
immunité  complète  et  absolue. 

Nous  allons  rechercher  maintenant  dans  quelles  parties  du  corps 
les  effets  de  la  température  se  manifestent  le  plus  souvent  et  de  la 
façon  la  plus  nette,  et  nous  aurons  soin  d'indiquer  les  conditions 
dans  lesquelles  se  produisent  ces  phénomènes. 

1°  Système  nerveux.  —  Il  faut  cependant  tenir  compte  de  cette 
circonstance  que  le  système  nerveux  est  soumis  à  l'influence 
de  processus  multiples  et  de  causes  diverses,  et  que  son  im- 
pressionnabilité  est  extrêmement  variable  suivant  les  individus  ; 
par  conséquent,  c'est  dans  les  troubles  fonctionnels  du  cerveau  et 
des  nerfs  qu'on  peut  le  moins  prouver  d'une  façon  concluante 
l'influence  particulière  de  la  température.  Il  est  certain  que  dans 
toutes  les  élévations  qui  sont  encore  compatibles  avec  la  vie,  les 
fonctions  cérébrales  peuvent  se  conserver  dans  leur  parfaite  inté- 
grité, au  moins  tant  qu'an  ne  leur  demande  pas  de  surcroît  de  travail . 
Dans  les  températures  hyperpyrétiques,  telles  qu'elles  se  produi- 
sent peu  avant  et  pendant  l'agonie,  on  observe  il  est  vrai  presque 
toujours,  un  certain  trouble  psychique,  une  certaine  obnubila- 
tion  intellectuelle;  cependant,  dans  les  cas  où  les  lésions  sont  nom- 
breuses et  anciennes,  on  ne  saurait  chercher  dans  la  tempéra- 
ture seule,  la  cause  du  trouble  cérébral.  La  fièvre  intense  peut 
bien  déterminer  de  l'agitation,  de  la  céphalalgie,  de  l'insomnie, 
des  cauchemars  et  parfois  même  du  délire,  mais  il  est  rare  que 
ces  phénomènes  soient  sous  la  dépendance  exclusive  des  conditions 
thermiques. 

2°  Contractions  du  cœuh.  — 11  est  vrai  qu'elles  aussi  sont  sou- 
mises à  beaucoup  d'autres  influences  indépendamment  des  mala* 


MODIFICATIONS  DE  LA  CHALEUR  SUR  L'ORGANISME  447 

dies  locales  ;  le  contraste  de  leur  fréquence  et  de  leur  intensité 
avec  le  degré  de  la  température  est  si  commun,  qu'il  se  produit 
presque  dans  tous  les  cas,  au  moins  à  un  moment  quelconque  de 
la  marche  morbide.  Néanmoins,  on  ne  peut  méconnaître  qu'il 
existe  certains  rapports  entre  l'état  du  pouls  et  celui  de  la  tem- 
pérature. Il  est  notamment  certain  que  dans  les  températures  ex- 
trêmement fébriles,  des  contractions  calmes  et  pleines  ne  se  pro- 
duisent plus,  et  qu'au  contraire  elles  deviennent  le  plus  souvent 
accélérées,  et  en  même  temps  insuffisantes  et  surtout  irrégulières. 
Mais  ce  fait  ne  suffît  pas  pour  démontrer  que  les  troubles  dans  les 
contractions  du  cœur  soient  déterminées  par  les  modifications 
thermiques;  on  observe,  au  contraire,  très  souvent  que  les  modi- 
fications du  pouls  précèdent  d'un  peu  celles  delà  température,  et 
peuvent  donc  servir  jusqu'à  un  certain  point  à  les  annoncer. 

5°  L'état  de  replétion  des  vaisseaux  capillaires  exerce  une 
grande  influence  sur  la  température  par  l'émission  de  chaleur  qui 
en  résulte,  de  sorte  que  leurs  relations  réciproques  sont  très-com- 
plexes. 

4°  Fréquence  de  la  respiration.  —  Il  en  est  de  celle-ci  comme 
des  contractions  du  cœur;  il  faut  ajouter  cependant  que,  dans  tous 
les  cas  un  peu  graves,  il  se  développe  de  bonne  heure  des  lésions 
pulmonaires  qui  influent  à  leur  tour  sur  la  fréquence  de  la  respi- 
ration. 

5°  Langue.  —  Il  est  vrai  que  l'état  de  plus  grande  sécheresse  de 
cet  organe  s'observe  assez  souvent  avec  des  températures  normales 
même  sans  qu'il  y  ait  affection  locale  de  la  bouche. 

6°  Fonctions  digestives.  —  Bien  que  l'influence  directe  de  la 
température  sur  la  digestion  ne  soit  jamais  bien  nette,  la  fré- 
quence du  catarrhe  gastrique  dans  toutes  les  maladies  est  un  fait 
habituel . 

7°  La  contractilité  musculaire  est  presque  toujours  légère- 
ment émoussée,  mais  ce  trouble  passager  peut  reconnaître  bien 
d'autres  causes. 

8°  Les  sécrétions,  notamment  la  sécrétion  urinaire,  subissent  en 
général  des  modifications,  mais  les  rapports  de  ces  troubles  sécré- 
toires  avec  les  écarts  thermiques,  sont  encore  bien  loin  d'être  pré- 
cisés. 

9°  Etat  du  sang.  —  On  constate  en  particulier  une  diminution 


448  MODIFICATIONS  DE  LA  CHALEUR  SUR  L'ORGANISME. 

notable  du  chiffre  des  globules;  mais  cette  anémie  globulaire 
peut  aussi  se  développer  à  la  suite  des  phlegmasies  exsudatives, 
de  linanition,  etc. 

10°  Tendance  aux  extravasions  et  aux  transsudations,  à  la  for- 
mation de  dépôts.  —  Mais  tous  ces  effets  peuvent  être  le  résultat 
de  divers  facteurs. 

11°  Lésions  parenchymateuses  étendues  (stéatose  aiguë).  —  Ces 
lésions  peuvent  aussi  se  produire  sans  écart  thermique  considé- 
rable (empoisonnement  par  le  phosphore) . 

12°  Arrêt  ou  tr ourles  de  la  nutrition  générale.  —  L'amai- 
grissement et  la  consomption  ne  doivent  pas  toujours  être  consi- 
dérées comme  la  conséquence  de  l'état  fébrile  ou  du  collapsus,  et 
la  part  que  prennent  les  autres  processus  morbides  à  l'amoindris- 
sement de  la  nutrition  ne  se  calcule  pas  plus  que  celle  qui  revient 
à  l'influence  des  modifications  thermiques. 

5.  En  examinant  sans  parti  pris  de  grandes  séries  d'observa- 
tions isolées,  on  est  conduit  à  formuler  les  conclusions  suivantes  : 

1°  Dans  les  écarts  thermiques  modérés,  soit  au-dessus  soit  au- 
dessous  du  taux  physiologique,  on  ne  constate  dans  l'organisme 
aucun  phénomène  qui  puisse  être  envisagé  comme  la  conséquence 
nécessaire  de  la  température  anormale  et  qui  ne  puisse  se  pro- 
duire assez  souvent  aussi  sans  écart  thermique.  Ce  qui  cependant 
paraît  dans  certains  cas  être  le  plus  facilement  influencé  par  les 
modifications  de  la  température,  ce  sont  :  les  phénomènes  sub- 
jectifs, la  turgescence  générale  du  système  capillaire  et  l'aspect 
qui  en  résulte,  les  fonctions  digestives,  l'activité  cérébrale,  la 
contraction  musculaire,  la  quantité  et  la  composition  de  l'urine, 
peut  être  aussi  des  autres  produits  de  sécrétion.  Ces  effets  sont 
d'ordinaire  d'autant  plus  accusés,  que  l'organisme  est  obligé  en 
même  tenais  de  réagir  plus  énergiquement. 

2°  Dans  les  élévations  brusques  et  plus  ou  moins  étendues  de  ia 
température  à  des  degrés  considérables,  il  se  produit  souvent  des 
troubles  nerveux  intenses  et  quelques  autrco  troubles  fonctionnels  ; 
mais,  dans  des  cas  assez  fréquents,  tous  ces  phénomènes  échappent 
à  l'attention  aussi  bien  du  malade  que  de  ceux  qui  le  soignent;  on 
ne  peut  alors  précisément  les  reconnaître  qu'à  l'aide  de  la  mensu- 
ration. Chose  singulière,  c'est  que  même  dans  les  cas  où  l'éléva- 


MODIFICATIONS  DE  LÀ  CHALEUR  SUR  L'ORGANISME.  449 

tion  thermique  brusque  s'accompagne  de  symptômes  nombreux 
et  intenses,  on  rencontre  très-rarement  le  délire,  tandis  que  la 
céphalalgie,  l'obtusion  intellectuelle,  le  vertige  et  même  le  sopor 
sont  assez  habituels. 

5°  Une  élévation  thermique  alternant  avec  des  rémissions  quo- 
tidiennes peut  se  maintenir  pendant  assez  longtemps,  même  quand 
elle  est  très-considérable  sans  être  accompagnée  momentanément 
de  phénomènes  imputables  à  l'anomalie  thermique  elle-même. 
Les  troubles  fonctionnels  concomitants  n'offrent  du  moins  assez 
souvent  aucun  parallélisme  avec  la  hauteur  des  exacerbations,  et, 
en  pareil  cas,  l'action  immédiate  éventuelle  de  l'élévation  de  la 
température  pourrait  bien  être  de  beaucoup  surpassée  par  l'in- 
fluence de  la  cause  morbifique  et  des  lésions  multiples  produites 
dans  les  organes  par  la  maladie  elle-même.  Cela  n'exclut  pas  ce- 
pendant le  fait  que  la  température  rémittente  fébrile  ne  puisse 
avoir  aussi  sa  part  dans  l'anémie  globulaire  consécutive,  dans  les 
troubles  sécrétoires  et  nutritifs.  Ces  effets  paraissent  cependant 
être  déterminés  plutôt  par  la  durée  que  par  l'intensité  de  la  marche 
fébrile  rémittente. 

4°  Dans  les  grandes  élévations  thermiques  sous-continues  et  con- 
tinues, il  existe  soit  d'autres  conditions  tellement  graves  qu'il  est 
difficile  de  rattacher  les  troubles  fonctionnels  isolés  à  l'augmenta- 
tion de  la  température,  ou  bien  ce  sont  en  général  des  cas  obscurs 
qui  ne  doivent  raisonnablement  servir  de  base  à  aucune  conclu- 
sion générale,  ni  d'arguments  en  faveur  d'aucune  théorie.  En 
tous  cas,  il  n'existe  pas  un  seul  phénomène  morbide  qui  offre  la 
moindre  trace  de  parallélisme  même  approximatif  avec  les  degrés 
thermiques,  et  dont  on  puisse  dire  avec  raison  qu'à  une  certaine 
limite  de  température  il  doive  infailliblement  se  produire.  Mais 
cela  n'empêche  pas  que  l'anomalie  thermique  ne  puisse  avoir  des 
résultats  divers  ou  indirects,  et  des  conséquences  ultérieures  plus 
ou  moins  éloignées. 

5°  Ce  n'est  qu'A  l'approche  de  la  mort  que  les  symptômes  mor- 
bides sont  en  rapport  direct  avec  l'élévation  de  la  température,  en 
tant  que  celle-ci  soit  évidemment  incompatible  avec  la  continuation 
de  la  vie.  Quoique  la  raison  de  ce  fait  nous  échappe  complètement, 
il  est  peu  probable  cependant  que  l'explication  donnée  par  Weckart 
soit  la  vraie  (Archiv  der  Heilkunde,  IV,  195),  selon  cet  auteur,  à 

29 


450  MODIFICATIONS  DE  LA  CHALEUR  SUR  L'ORGANISME. 

un  certain  degré  thermique,  la  fibrine  commencerait  à  se  séparer 
de  la  masse  sanguine.  Cependant,  sous  ce  rapport  aussi,  la  fièvre 
récurrente  nous  a  appris  que  la  limite  extrême  de  la  température 
compatible  avec  la  vie  doit  être  portée  plus  loin  qu'on  ne  semblait 
auparavant  autorisé  à  l'admettre. 

6°  Quand  la  température  descend  des  hauts  degrés  à  l'état  nor- 
mal et  au-dessous,  il  se  présente  souvent  de  grandes  anomalies 
fonctionnelles  dans  des  cas  où  aucune  influence  défavorable 
n'agit  sur  le  malade,  et  où  celui-ci  peut  être  dans  la  meilleure 
voie  de  guérison.  Dans  le  typhus  exanthématique,  le  délire  persiste 
souvent  plusieurs  jours  après  la  disparition  de  la  fièvre  ;  dans  la 
fièvre  typhoïde  également,  les  troubles  cérébraux  les  plus  intenses 
correspondent  parfois  à  l'époque  où  la  température  tend  manifes- 
tement à  décroître.  Dans  les  pneumonies,  les  graves  désordres  fonc- 
tionnels du  cerveau,  et  notamment  le  délire,  se  présentent  beaucoup 
plus  souvent  après  que  le  maximum  thermique  a  été  franchi,  ou 
même  quand  la  température  est  déjà  redevenue  normale,  que  pen- 
dant le  .paroxysme  de  la  fièvre.  11  en  est  de  même  dans  une  foule 
d'autres  affections  morbides.  Mais  tout  aussi  fréquemment  les 
abaissements  thermiques  les  plus  subits  peuvent  se  produire  sans 
que  les  fonctions  du  cerveau,  pas  plus  que  celles  de  tout  autre  or- 
gane, n'en  soient  nullement  affectées. 

7°  On  ne  saurait,  à  la  vérité,  méconnaître  l'influence  des  tempé- 
ratures sous-normales  sur  la  turgescence  de  la  surface  du  corps,  et 
par  conséquent  sur  l'habitus  extérieur  du  malade.  Mais  quand  les 
abaissements  thermiques  sont  un  peu  considérables,  les  conditions 
sont  toujours  tellement  obscures  et  complexes  qu'il  paraît  impos- 
sible d'attribuer  les  phénomènes  produits  à  la  seule  diminution  de 
la  température. 


SUPPLÉMENT 

Addenda  à  la  page  109  [Influence  du  repos  et  du  travail)  et  à  la  page  118 
[Influence  de  la  pression  atmosphérique). 


Lortet  a  fait  une  étude  comparative  très-intéressante  sur  les  dif- 
férences de  température,  dans  l'état  de  repos  et  pendant  le  mou- 
vement, dans  les  plaines  et  sur  les  hautes  montagnes,  et  a  com- 
muniqué récemment  les  résultats  de  ses  recherches  dans  les 
Comptes  rendus  (1869,  p.  709  ;  séance  de  l'Ac.  des  se,  20  sept.). 
Les  expériences  furent  faites  à  Lyon  (à  200  mètres  d'altitude), 
sous  une  température  atmosphérique  de  22°, 7  ;  la  chaleur  propre 
était  de  56°, 4  dans  le  repos,  de  56°, 2  dans  le  mouvement. 

Au  contraire,  dans  deux  ascensions  du  Mont-Blanc,  le  17  et  le 
26  août  1869,  Lortet  a  trouvé  : 


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PREMIÈRE  ASCE 

NSION 

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5  "•  4 

Degrés. 

Degrés. 

Degrés. 

Degrés. 

Degrés. 

Degrés. 

A  Chamonix 

1050 

+10,i 

36,5 

56,3 

+12,4 

37,0 

35,3 

A  la  Cascade-du-Durd. 

1500 

+  11,2 

56,4 

35,7 

+15,4 

36,3 

34,5 

Au  Chalet-de-la-Para. 

1605 

+11,8 

56,6 

54,8 

+15,6 

36,3 

34,2 

A  la  Pierre-Perdue.    . 

2049 

+15,2 

56,5 

33,3 

+14,1 

56,4 

33,4 

Aux  Grands-Mulets.    . 

5050 

-    0,3 

56,5 

33,i 

—   M 

56,5 

33,3 

Sur  le  Grand-Plateau. 

3952 

-    8,2 

36,3 

52,8 

—  6,4 

36,7 

32,5 

Aux  Bosses  du  Droma- 

4556 

—10,3 

36,4 

52,2 

—   4,2 

55,7 

32,3 

Au  sommet  du   Mont- 

4810 

-9,1 

36,3 

32 

—  3,4 

36,6 

„ 

452  SUPPLÉMENT. 

Les  processus  chimiques,  sans  doute  diminués  parla  raréfaction 
de  l'air,  étaient  cependant  encore  suffisants,  quand  le  corps  était 
en  repos,  pour  maintenir  l'équilibre.  Mais  aussitôt  que  des  efforts 
étaient  produits  et  que  les  forces  chimiques  devaient  par  consé- 
quent se  transformer  en  travail  mécanique,  elles  ne  suffisaient  plus 
à  produire  la  quantité  de  chaleur  nécessaire  pour  la  conservation  de 
la  température  normale.  La  chaleur  propre  diminuait  donc  rapide- 
ment de  plusieurs  degrés  (même  de  5°)  ;  mais,  aussitôt  après  un  re- 
pos dequelquessecondes,  les  forces  chimiques  se  transformaient  de 
nouveau  en  chaleur,  et  la  température  revenait  rapidement  à  l'état 
normal.  Au  sommet  du  Mont-Blanc,  une  demi-heure  de  repos  était 
nécessaire  pour  que  la  température  normale  fut  de  nouveau  at- 
teinte. 

Pendant  la  digestion,  cette  différence  entre  l'étatlde  repos  et  de 
mouvement  n'était  pas  sensible;  la  température  se  maintenait, 
malgré  les  efforts,  entre  56°  et  57°,  et  atteignait  même  57°, 5'. 
L'influence  compensatrice  de  la  nourriture  ne  durait  cependant 
pas  longtemps.  Une  heure  déjà  après  le  repas,  le  refroidissement 
causé  par  les  efforts  musculaires  se  faisait  de  nouveau  sentir. 


TABLE 


DES  ÉQUIVALENTS  THERMOMÉTRIQEES 


CALCULES   D  APRES  LES    ECHELLES 


DE  CELSIUS ,  DE  RÉAUMUR  ET  DE  FAHRENHEIT 


CELSIUS. 

RÉAUMUR. 

FAHRENHEIT . 

CELSIUS. 

RÉAUMUR. 

FAHRENHEIT . 

0 

0 

32 

33,4 

26,72 

92,12 

5 

4 

41 

53,5 

26,8 

92,3 

10 

8 

50 

55,6 

26,88 

92,48 

15 

12 

59 

33,7 

26,96 

92,66 

17,5 

14 

65,5 

55,8 

27,04 

92,84 

20 

16 

68 

33,9 

27,12 

95,02 

22,5 

18 

72,5 

34 

27,2 

95,2 

25 

20 

77 

54,1 

27,28 

95,38 

27,5 

22 

81,5 

54,2 

27,36 

95,56 

30 

24 

86 

54,3 

27,44 

95,74 

50,5 

24,4 

86,9 

54,4 

27,52 

93,92 

31 

24,8 

87,8 

54,5 

27,6 

94,1 

31,5 

25,2 

88,7 

54,6 

27,68 

94,28 

32 

25,6 

89,6 

54,7 

27,76 

94,46 

32,5 

26 

90,5 

54,8 

27,84 

94,64 

52,6 

26,08 

90,68 

54,9 

27,92 

94,82 

32,7 

26,16 

90,fc6 

35 

28 

95 

52,8 

26,24 

91,04 

35,1 

28,08 

95,18 

32,9 

26,32 

91,22 

35,2 

28,16 

95,36 

33 

26,4 

91,4 

35,5 

28,24 

95,54 

33,1 

26,48 

91,58 

55,4 

28,32 

95,72 

35,2 

26,56 

91,76 

35,5 

28,4 

95,9 

53,3 

26,64 

91,94 

35,6 

28,48 

96,08     [j 

TABLE  DES  ÉQUIVALENTS  THERMOMÉTRIQUES. 


55,7 

55,8 

55,9 

36 

56,1 

56,2 

56,25 

56,3 

56,4 

56,5 

56,6 

56,7 

56,75 

56,8 

56,9 

37 

57,1 

57,2 

57,25 

57,5 

57,4 

57,5 

57,6 

57,7 

57,75 

57,8 
57,9 
38 

58,1 

58,25 

58,2 

58,25 

58,3 

58,4 

58,5 

58,6 

58,7 

58,75 

58,8 
58,9 


28,56 

28,64 

28y72 

28,8 

28,88 

28,96 
29 

29,04 

29,12 

29,2 

29,28 

29,36 

29,4 

29,44 

29,52 

29,6 

29,68 

29,76 

29,8 

29,84 

29,92 

30 

50,08 

50,16 

50,2 

50,24 

50,32- 

50,4 

50,48 

50,5 

50,56 

50,6 

50,64 

50,72 

50,8 

50,88 

50,96 

31 

51,04 
51,12 


FAHRENHEIT. 


96,26 

96,44 

96,62 

96,8 

96,98 

97,16 

97,25 
97,34 
97,52 

97,7 

97,88 
98,06 
98,15 

98,24 

98,42 

98,6 

98,78 

98,96 

99,05 

99,14 

99,32 

99,5 

99,68 
99,86 
99,95 
100,04 
100,22 
100,4 
100,58 
100,625 
100,76 
100,85 
100,94 
100,16 
101,3 
101,48 
101,66 
101,75 
102,84 

102,02 


39 

59,1 

59,2 
59,25 

59,5 

59,75 

59,4 
59,5 

59.6 

59,7 

59,75 

59,8 

59,9 

40 

40,1 

40,2 

40,25 

40,5 

40,4 

40,5 

40,6 

40,625 

40,7 

40,75 

40,8 

40,9 

41 

41,1 

41,125 

41,2 

41,25 

41,3 

41,4 

41,5 

41,6 

41,625 

41,7 

41,75 

41,8 

41,875 


REAUMUR. 


51,2 

51,28 

51,36 

51,4 

51,44 

51,5 

51,52 

51,6 

51,68 

51 ,76 

51,8 

51,84 

51 ,92 

32 

52,08 

5'2,16 

52,2 

52,24 
52,32 
52,4 
52,48 

52,5 

52,56 
52,6 
52,64 
52,72 

52,8 

52,88 
52,9 
52,96 
33 

55,04 

55,12 

55,2 

53,28 

55,5 

55,36 

55,4 

55,44 

55,5 


FAHRENHEIT. 


102,2 

102,38 

102,56 

102,65 

102,74 

102,875 

102,92 

105,1 

105,28 

105,46 

105,55 

105,64 

105,52 

104 

104,18 

104,56 

104,45 

104,54 

104,72 

104,9 

105,08 

105,125 

105,26 

105,37 

105,44 

105,62 

105,8 

105,98 

106,025 

106,16 

106,25 
106,34 
106,52 

106,7 

106,88 

.  106,925 
107,06 

107,15 

107,24 

107,375 


TABLE  DES  ÉQUIVALENTS  TIIERMOMÉTRIQUES. 


455 


CELSIUS. 

RÉAUMUR. 

FAHRENHEIT. 

CELSIUS. 

RÉAUMUR. 

FAHRENHEIT . 

41,9 

55,52 

107,42 

45,5 

54,64 

109,94 

42 

33,6 

107,6 

45,375 

54,7 

110,075 

42,1 

53,68 

107,78 

45,4 

54,72 

110,12 

42,125 

55,7 

107,825 

45,5 

54,8 

110,3 

42,2 

55,76 

107,96 

45,6 

54,88 

110,48 

42,25 

55,8 

108,05 

45,625 

54,9 

110,525 

42,3 

55,84 

108,14 

45,7 

54,96 

110,66 

42,575 

55,9 

108,185 

45,75 

35 

110,75 

42,4 

55,92 

108,32 

45,8 

55,04 

110,84 

42,5 

34 

108,5 

45,9 

55,12 

1 1 1 ,02 

42,6 

54,08 

108,68 

44 

55,2 

111,2 

42,625 

54,1 

108,725 

44,1 

55,28 

111,38 

42,7 

54,16 

108,86 

44,2 

55,56 

1 1 1 ,56 

42,75 

54,2 

108,95 

44,5 

55,44 

111,74 

42,8 

54,24 

109,04 

44,375 

55,5 

111,875 

42,875 

54,3 

109,175 

44,4 

55,52 

111,92 

42,9 

54,52 

109,22 

44,5 

55,6 

112,1 

43 

54,4 

109,4 

44,6 

55,68 

112,28 

43,1 

54,48 

109,5S 

44,7 

55,76 

112,46 

43,125 

54,5 

109,625 

44,8 

55,84 

112,64 

45,2 

54,56 

109,76 

44,9 

55,92 

112,82 

45,25 

54,6 

109,85 

45 

36 

113 

EXPLICATION  DES  PLANCHES 


La  planche  I  représente  un  modèle  de  registre  graphique  pour 
la  température,  le  pouls  et  la  respiration.  La  ligne  verticale  forte- 
ment marquée  représente  sur  ce  cadre  graphique,  comme  sur  les 
tracés  des  autres  tableaux,  le  minuit,  la  ligne  perpendiculaire  plus 
mince,  le  midi.  Les  intervalles  compris  entre  ces  deux  colonnes 
peuvent  êlre  utilisées  pour  les  mensurations  faites  à  n'importe 
quelle  heure  du  jour  et  de  la  nuit.  Pour  plus  de  clarté,  les  degrés 
de  Celsius  et  de  Réaumur  ont  été  mis  côte  à  côte. 

Afin  de  faire  mieux  ressortir  l'utilité  pratique  de  pareils  ta- 
bleaux, j'y  ai  transcrit  l'observation  d'un  cas  très-intéressant  en 
lui-même  par  les  diverses  péripéties  qu'il  a  présentées.  Il  est 
aisé  de  reconnaître  tout  l'avantage  de  ces  tracés  graphiques,  qui 
reproduisent  fidèlement  le  cycle  de  la  maladie.  Quelques  notes  ad- 
ditionnelles relatives  aux  particularités  spéciales  qu'a  présenté  le 
cas  en  question,  ainsi  qu'aux  agents  thérapeutiques  auxquels  on  a 
eu  recours,,  suffiront  pour  embrasser  d'un  seul  coup  d'œil  l'his- 
toire sommaire  de  la  maladie. 

Ce  tableau  thermographique  présente  encore  d'autres  indica- 
tions, à  savoir  :  dans  la  partie  supérieure,  les  noms,  âge,  profes- 
sion, nationalité,  dernier  domicile,  date  de  l'invasion,  diagnostic 
général  de  la  maladie,  numéro  du  thermomètre;  les  jours  du  mois 
sont  marqués  en  chiffres  arabes,  les  jours  de  la  maladie  en  chiffres 
romains.  Les  principaux  agents  thérapeutiques  mis  en  usage  sont 
également  indiqués;  vient  ensuite  la  courbe  thermique  avec  six 
mensurations  par  jour  en  moyenne,  puis  le  tracé  graphique  du 


EXPLICATION  DES  PLANCHES.  457 

pouls  compté  le  matin  et  le  soir,  enfin  le  tracé  pnéométrique.  A  la 
partie  inférieure  du  tableau  se  trouvent  encore  notés  les  résultats 
de  plusieurs  pesées,  indiqués  en  kilogrammes,  et  à  la  fin  encore 
quelques  remarques.  Il  est  facile  de  rendre  encore  plus  complet 
ce  tableau,  en  y  ajoutant  par  exemple  le  tracé  graphique  des  mo- 
difications de  volume  de  la  rate  ou  celui  d'un  épanchement  pleu- 
rétique  et  autres  phénomènes  pathologiques  importants.  Pour  les 
commençants,  il  ne  sera  peut-être  pas  superflu  de  marquer  à  l'encre 
rouge  l'espace  compris  entre  37°, 5  et  56°, 5,  qui  représente  la  la- 
titude de  la  température  normale. 

Le  cas  que  j'ai  mis  à  profit  pour  l'intelligence  du  présent  tableau 
était  extraordinairement  grave  et  compliqué. 

Il  s'agissait,  en  effet,  d'une  fièvre  typhoïde  avec  rechute  au  milieu 
de  la  quatrième  semaine,  et  contre  laquelle  plusieurs  médications 
avaient  été  successivement  employées.  On  reconnaît  d'abord  l'action 
du  calomel  à  une  chute  rapide  de  la  température;  on  ne  pouvait 
s'attendre  à  un  effet  durable  du  remède,  car  la  maladie  était  déjà 
très-avancée  au  moment  où  on  avait  eu  recours  à  cet  agent.  Quand 
la  température  commença  à  se  relever,  on  administra,  le  douzième 
jour  de  la  maladie,  et  malgré  l'existence  d'une  bronchite  assez  in- 
tense, un  bain  froid  (à  18°  C.  =14°  -  R.)  pendant  vingt  minutes; 
des  douches  d'eau  glacée  furent  en  outre  appliquées  et  répétées 
trois  fois  par  jour.  Les  effets  immédiats  des  bains  sur  la  température 
(prise  dans  le  rectum)  sont  marqués  en  lignes  ponctuées.  Après  le 
premier  bain,  la  température  descend  de  40°  à  59° ,  1  ;  après  le 
second  bain,  de  40°, 5  à  59°, 5,  et  retombe  ensuite  spontanément 
à  59°, 1  (voij.  la  ligne  ponctuée  correspondante)  ;  après  le  troisième 
bain,  de  59°, 9  à  58°, 5;  après  le  quatrième,  l'effet  immédiat  se  ré- 
duit à  un  dixième  de  degré.  Dans  l'intervalle  de  chaque  bain,  le 
tronc  fut  couvert  de  compresses  glacées.  Mais  bien  que  tous  les 
symptômes  se  fussent  amendés  sous  l'influence  de  ce  traitement, 
que  la  langue  d'abord  sèche  et  fuligineuse  se  fût  complètement 
dépouillée,  que  l'appétit  revînt,  que  le  météorisme  eût  presque  dis- 
paru, que  la  rate  eût  diminué  de  volume,  que  surtout  les  phéno- 
mènes cérébraux  se  fussent  notablement  amendés,  et  que  la  bron- 
chite aussi  ait  été  moins  forte,  la  malade  se  plaignait  tellement 
des  souffrances  que  lui  causaient  les  bains  froids  qu'on  fut  obligé 
de  faire  usage  de  l'eau  tiède  (25°  à  32°  C).  Le  résultat  (voy.  la 


458  EXPLICATION  DES  PLANCHES. 

ligne  ponctuée)  fut  bien  moins  favorable  :  ta  partir  du  quinzième 
jour,  la  malade  se  refusa  obstinément  à  continuer  ses  bains.  Dès  que 
les  bains  eurent  été  abandonnés,  latempérature  remonta,  malgré  la 
continuation  des  compresses  froides;  mais  à  partir  du  dix-septième 
jour,  la  maladie  paraissait  prendre  une  meilleure  tournure.  Une 
recrudescence  de  la  fièvre  (le  dix-neuvième  jour)  qui  incommoda 
fort  la  malade,  la  décida  d'autant  plus  à  reprendre  des  bains 
qu'elle  avait  constaté  leur  favorable  effet  sur  une  malade  voisine  ; 
elle  en  prit  un  le  lendemain.  Le  résultat  fut  avantageux;  les  ré- 
missions devinrent  plus  profondes.  Mais  une  exacerbation  s'étant 
produite  le  vingt  et  unième  jour,  la  malade  refusa  de  nouveau  de 
prendre  son  bain;  on  n'insista  plus,  car  elle  paraissait  être  dans 
de  meilleures  conditions.  Mais  à  partir  du  vingt-cinquième  jour, 
les  hautes  exacerbations  apparurent  à  nouveau,  et  les  rémissions 
devinrent  de  jour  en  jour  plus  faibles.  La  rate  augmenta  de  vo- 
lume. Ces  symptômes  ne  furent  d'abord  accompagnés  d'aucun  autre 
phénomène  subjectif,  et  la  malade  persista  dans  son  refus  de  re 
prendre  des  bains.  Tous  les  signes  du  fastigium  se  manifestèrent 
de  nouveau  :  troubles  cérébraux  intenses  allant  même  jusqu'au  dé- 
lire, météorisme  croissant,  rate  énorme,  nouvelle  éruption  de 
taches  rosées,  adynamie  profonde.  A  cela  vint  s'ajouter  une  bron- 
chite intense  avec  infiltration  des  deux  lobes  inférieurs,  petitesse  et 
fréquence  du  pouls,  albuminurie,  thrombose  douloureuse  des  extré- 
mités inférieures  avec  œdème  considérable.  A  la  vérité,  au  trente- 
cinquième  jour,  la  température  extrêmement  fébrile  fut  abaissée 
par  l'emploi  de  }a  digitaline,  mais  la  malade  tomba  dans  le  collap- 
sus,  la  face  était  pâle  avec  rougeur  nettement  circonscrite  des  pom- 
mettes, le  nez,  les  oreilles,  les  mains  et  les  pieds  étaient  glacés; 
la  respiration  était  irrégulière,  fréquente,  entrecoupée  ;  elle  perdit 
complètement  connaissance,  ne  fit  plus  que  murmurer  vaguement 
quelques  mots  et  présenta  continuellement  des  mouvements  auto- 
matiques dans  les  muscles  du  visage  et  des  mains.  Le  deuxième 
bruit  du  cœur  commença  à  disparaître,  la  malade  paraissait  agoni- 
sante. A  ce  moment,  on  eut  de  nouveau  recours  aux  bains  (à 
25°, 5  C).  L'effet  qu'on  osait  à  peine  espérer  fut  surprenant. 
Déjà  après  quelques  bains  les  symptômes  les  plus  effrayants  dis- 
parurent. Non-seulement  l'influence  sur  la  température  fut  très- 
marquée,  mais  la  langue  se  dépouilla  aussi  très-rapidement,   le 


PI 

.  1 

Nom  e(     àôc   ■     ./////,/    .lln/iins     17  ana'                Lieu  de  naissance  :  ûrimma                                                                               Dêbul  do   la    maladie  :    18  Octobre  1868  (  matin  j                       „.     -,           .        Typhtui  abdominal  grave  az/ee  recrudescence.                                                                      Numéro  du 
Profession    :        Oomestiauc                                  Dernier  domicile   :     ITZhmatod^' SeÂutyaste  -  rex  de  haussée                 Date  de   rentrée      :         26  Octobre        t<cprès  midi  J                  Uiaojiostic  :  ;/„„,,/,...„//„.„  ,,,,■,„  ï™Mmalne                        Ivajitemeivt  :  Bauujroid*          Thermomètre :  6082 

OH 

:>0      4"       2fl 

■ut       :ui       :;/  .1»./         2        3         t         f 

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Ma.  12 J'itp/ithf  abdominal  traite  sans  succès  par  le  ea/omel 


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PL.  IV 


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F.  Savy- Editeur 


EXPLICATION  DES  PLANCHES.  459 

météorisme  diminua,  l'appétit  revint  et  les  selles  devinrent  demi- 
molles,  la  rate  commença  à  diminuer,  la  malade  recouvra  con- 
naissance, le  sommeil  reparut,  de  grandes  quantités  d'urine  sans 
albumine  furent  excrétées,  la  respiration  devint  plus  régulière  et 
l'infiltration  des  poumons  et  la  bronchite  s'amendèrent.  L'œdème 
des  membres  inférieurs  diminua,  et  après  six  jours  la  malade  en- 
trait en  convalescence  et  les  bains  purent  alors  être  impunément 
supprimés. 

Les  autres  planches  représentent  des  spécimens  de  cycle  ther- 
mique dans  différentes  maladies.  Ils  sont  aussi  tous  relatifs  à  des 
cas  observés  par  moi.  Les  segments  de  la  courbe  thermique  com- 
pris entre  minuit  et  midi  correspondent  d'ordinaire  au  minimum 
quotidien  (et  sans  prendre  en  considération  l'heure  de  la  matinée 
sur  laquelle  il  tombe).  Les  segments  compris  entre  midi  et  minuit 
correspondent  de  leur  côté  au  maximum  quotidien. 

Plusieurs  fois  nous  avons  jugé  utile  de  noter  plusieurs  points 
d'observations  entre  les  deux  lignes  perpendiculaires.  11  est  im- 
possible de  commettre  à  cet  égard  la  moindre  erreur.  Quant  aux 
autres  tracés  thermiques,  l'épigraphe  qui  surmonte  chacun  d'eux 
nous  dispense  de  plus  amples  explications. 


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Greenhow,  Cas  d'atrophie   du  cerveau.  Abaissement  considérable  de  la   température 
quelques  jours  avant   la  mort.   (Transact.    of  the  clin.  Society,   vol.   III,  p.  164, 
1870.)  —  Homme  de  52  ans  six  jours  avant  la  mort.  Température  axillaire  36°,4.  La 
température  tombe  les  jours  suivants  à  56°,1  — 55°  5  —  54°,1  —  55°,6  —  52°  4,  et 
le  jour  de  la  mort  elle  n'était   plus   que   de   50°   centigrade.  Elle  s'éleva   d'un  1/2° 
quelques  instants  avant  le  moment  fatal.  La  température  dans  l'aisselle  droite  était 
un  peu  plus  élevée  que    du    côté  gauche.   Celle  du   rectum    était  d'environ  1/2°  eu 
sus.    Autopsie.    Hydropisic  arachnoïdienne  et    vmtriculaire.   —   Hammarsten  (Olol), 
Physiologisht   chemiska    undersôkninjar   ôfvar  chloralhydrat.  (Upsala   Lâkarc 
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la  température  :   Voyez  Schmidt's  Jahrb.,   p.  87,  n°  7;  1871.  Abaissement  de  la 
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wisser   Hirntheile    auf  die    Temperatur  des    Thierkôrpers.  —  He:denhain    (Û.), 
Ueber  bisher  unbeachtete  Einivirkungen   des    Nervensystems  auf  die  Kôrperlem- 

30 


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zur  Lehrc  von  der  Pyâmic  und  Septikâmie  nach  neuern  Beobachtungen  und  Un- 
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59  ans  :  Température,  40°,5,  40°,8.]  41°,8.  [Brit.  med.  Journal,  9  july,  1870; 
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température  est   habituellement  plus  grande  dans  les   parties   paralysées.  Plus  tard, 
refroidissement  et  sueurs  profuses.   —  Fox  (Wilson),    Traitement   de   l'hyperpyrexie 
par  l'application  du  froid  à  l'extérieur  dans   le  rhumatisme  articulaire  aigu.   [British 
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Ueber  den  Einfluss  der  Blutentleerung  auf  die  Circulation  und  die  Temperatur 
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dans  la  syncope  provoquée  et  dans  les  hémorrhagies  artificielles  ;  température 
comparée   des  cavités   centrales   et  des   tissus  profonds  périphériques.    [Gazette 
de   Paris,    page    46.)   —    Thermomètre  destiné  à  prendre  la  température  des 
muscles.  {Gaz.  médic.  de  Paris,  p.  15.)  —  Becherches  expérimentales  sur  quel- 
ques phénomènes  physiques  de  la  vie  et  sur  leur  application  à  la  détermination 
de  la  mort  apparente  et  de  la  mort  réelle.    {Gaz.   hebd.  de  méd.  et  de  chirurg., 
n°  38,  p.  606  ;  n°  59,  p.  625.)  —  L 'abaissement  de  la  température  comme  signe  de 
mort.    {Gaz.   hebd.,    n°    43,   p.    710.)   —  Landrieux   (E.),    Considérations    sur  la 
température  comparative  des  deux  régions  axillaires  dans  la  pneumonie  double. 
{Gaz.  méd.  de  Paris,  p.  440.)  —  Lebert,   Ueber  die   Verânderungen  der  Kôrper- 
wàrme  in  der  primitiven  acuten   Pneumonie.    {Deutsch.  Archiv  fur   klin.  Med., 
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quant.     Verânderungen     der     Kohlensàureproduction     beim    Mcnschen.    {Deut- 
sch. Arch.  f.  kl.  Medic,  vol.  VII,    p.  155.)    —  Zur   Lehre   von    der  Wàrmere- 
gulirung.    (Virchow's  Arch.,    p.  434,    Bd  LUI,    4  Heft;    ibid.,   Bd   LU,    1   Heft, 
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Wârme  regulirung.  (Virchow's  Arch.,  LUI,  Heft  1,  p.  111,  128.)    —  Lissaïïer,  Zur 
antipyretischen  Behandl.  des  Typhus  abdominalis.   (Virchow's  Arch.,  Bd  LUI,  2 
et  5  Heft,  p.  266-274.)  —  Manasseïn  (\V.),  Zur  Lehre  von  den  Temperaturherabse- 
tzenden  Mittehi.    (Pflùger's    Archiv,  IV,   285-501;    Centralblatt    f.    med.    Wiss., 
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p.  15  ;  n°  4,  p.  40  ;  n°  6,  p.  63.)  —  Exemple  d' abaisseraient  considérable  de  la  tem- 
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de  Paris.) 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Abaissement  de  la  température  générale. 
Ses  causes,  197. 

Abaissements  thermiques  partiels,  164. 

Accouchement  (Température  dans  1'),  106, 
366,  367. 

Acmé  ou  fastigium,  249. 

Afanasieff,  442. 

Affectons  fébriles  (Marche  de  la  tempé- 
rature dans  les),  243,  286. 
—    catarrhales  aiguës,  372,  575. 

Age  (Influence  de  1')  sur  la  température, 
101. 

Agonie,  18,  284,  287. 

Aine  (Température  dans  1').  Procédé  d'ex- 
ploration de  Levier,  100. 

Air  (Influence  de  1'),  112. 

A  sselle.  Voy.  Axillaire. 

Aitken.  Ses  travaux  sur  la  thermométrie,  52. 

Alcool  (Action  de  1')  et  des  boissons  alcoo- 
liques, 120,  138,  139. 

Aliénation  mentale  (Température  dans  1'), 
432. 


Alimentation  (Influence  de  1'),  118,  137. 

Altérations  du  sang  et  des  sécrétions, 
434. 

Aménorrhée,  158. 

Amphibole  (Stade),  14,  15. 

Amygdalite,  595,  398. 

Andral.  Ses  travaux,  38. 

Angine.  Voy.  Amygdalite. 

Anémie  (De  1')  dans  la  lièvre  typhoïde, 
325. 

Appareils  thermo-  électriques  enregis- 
treurs, 73. 

Application  du  thermomètre  (Mode  d'). 

Approximativement  typiques  (Maladies),  7. 

Aronssohn  (Thèse  de  Strasbourg),  51. 

Articulaire  aigu  (Rhumatisme),  405. 

Atmosphérique  (Influence  des  variations 
de  pression),  118. 

Atropine  (Effets  de  1'),  139. 

Atypiques  (Maladies),  7. 

A  erbach.  Théorie  de  la  fièvre,  185,  186. 

Axillaire  (Exploration),  100. 


Baerensprdng  et  Traube  (Observations  de), 
46. 

Baerensprung.  Température  des  nouveau- 
nés,  202.  Choléra,  451. 


Bailly  (Mémoire  de),  55. 

Bains  froids  (Effets  thermiques  des),  51, 

175,  457-459. 
Bartels  et  Jdrgensen,  51. 


470 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


Barth,  51, 

Basses  températures.  Voy.  Sous-norma- 
les et  Collapsus. 
Baumler  (G.).  Mort  par  insolation,  154.  Fiè- 
vre typhoïde,  552. 
Béclarp.    Ses   travaux   sur  la  contraclion 

musculaire,  111. 
Becquerel   et   Breschet  (Recherches  de), 

55,  110,  142,  159. 
Behse.  Théorie  de  la  fièvre,  185. 
Bellinghieri  (Vacca),  52. 
Bennet-Dowler  (Expériences  de),  51. 
Bérard  (P.  H.)  (Article  de),  56. 
Berger  (Traité  de),  35, 
Bergeron.  Pneumonie  des  vieillards,  209. 
Bergmann  (Recherches  de)  sur  l'action  des 

matières  septiques,  42,  141. 
Bernard  (Claude).    Influence  du  système 
nerveux  sur   la  température,  55>  144, 
145.  Température  du  sang,  99.  Influence 
des  hautes  températures  sur  les  animaux, 
155.  Théorie  de  la  lièvre,  183. 
Berthelot.  Sur  la  chaleur  animale,  53. 
Bibliographie,  460,  467. 
Rillroth.  Température  après-  les  trauma- 
tismes,  50.  Lésions  de  la  moelle  cervi- 
cale, 431.  Tétanos,  452. 
—      et  Weber.  Sur  la  fièvre  trauma- 


tique,  187,  188,  565. 

—  et  Hufschmidt  (Expériences  de), 
140,  159. 

—  et  Pick,  155. 
Binz.  Effets  de  la  glace,  117. 
Blagden  (Expériences  de),  30. 
Blass.  Érysipèle,  561. 

Boecker.  Action  thermique  des   hains  lo- 
caux, 116. 
Boerhaave  (Thermomètre  de),  27. 
Boissons  (Effets  des  différentes),  120. 
Bouillaud   (Observations  thermométriques 

de),  56. 
Brand,  de  Stettin.  Traitement  de  la  fièvre 

typhoïde,  328. 
Brener  et  Ghrobak  (Expériences  de),  151 . 
Bright.  (Température  dans  la  maladie  de) , 

415. 
Briquet  et  Mignot.  Choléra,  431. 
Brodie  (B.)  (Théories  et  observations  de), 

52,37,  244,205,451. 
Bronchite  (Température  dans  la),  373. 
Brown-Séquard,  117,  155,  159,  1 45,  146, 
149. 

—        et  Tholozan  (Expériences  de), 
115,  116. 
Budge  etWALi.ER  (Expériences  de),  146. 
But  de  la  thermométrie  médicale,  54. 


Cachexies,  434.  Palustre,  424.  Syphiliti- 
que, 418,  435. 

Café  (Effets  du),  120. 

Callieurcès,  442. 

Calomel  (Effets  du),  1 59. 

Calories,  75. 

Camphre,  curare,  159. 

Cancer  (Température  dans  le),  457. 

Catarrhales  (Affections)  des  muqueuses, 
372-375. 

Causes  des  modifications  de  la  tempéra- 
ture, 96,  122,  127,  156. 

Cérébro-spinale  (Méningite),  400. 

Chaleur  animale.  Théorie  de  Lavoisier, 
50.  —  de  Crawfort,  31 .  —  de  Currie, 
55.  —  de  Liebig,  42-43.  —  de  Meyer, 
45-46. 

—         (Travaux  sur  la),  52-55. 

Chaleur  fébrile,  174,  177. 

Chaleur  (Équivalent  mécanique  delà),  45. 

Charcot.  Mémoires  et  travaux,  51.   Cho- 


léra, 431.  État  fébrile  chez  les  vieillards, 
209. 

Choléra  (Température  dans  le),  427. 

Chomel.  Article  sur  la  chaleur  animale,  36. 

Chossat  (Expériences  et  théories  de),  55, 
59,  157,  144. 

Chroback  et  Brener  (Expériences  de),  151. 

Chroniques  (Température  dans  les  mala- 
dies), 457,  459. 

—  (Formes  fébriles),  22,  23. 

—  (Fièvres),  458,  440. 
Clausius.  Mémoire  sur  la  théorie  mécani- 
que de  la  chaleur,  53. 

Cœur  (Température  dans  les  maladies  du), 
437. 

—  des  grenouilles  (Etfets  de  la  chaleur 
sur  le)   Voy.  Cyan,  445-444. 

—  (Influence   des  modifications  thermi- 
ques sur  les  contractions  du),  446-447. 

Coleman  (Thèse  de),  32. 
Colin  (Expériences  de),  99. 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


471 


Collapsus,  9,  177,  181,  199,  200. 

Collard  de  Martigny.  Influence  de  la  cir- 
culation sur  la  température,  56. 

Compton  (Articles  de),  52. 

Constipation  (Effets  delà),  158. 

Contraction  musculaire  (Influence  de  la), 
109. 

Convalescence,  17. 

Coqueluche  (Température  dans  la),  575. 

Couches  (Température  dans  les),  107, 
367. 

Courbes  thermiques.  Voy.  Tracés. 


Crawfort  (Expériences  de),  51. 

Crises,  16,  270,  271,  272,  385. 

Critiques  (jours),  585.  Voy.  Traube. 

Couenneuses et  diphthéritiques (Affections), 
575,376. 

Croupale  (Pneumonie),  376. 

Cuny-Bohvier.  Influence  de  l'alcool,  120. 

Gurrie  (J.),  31,  32. 

Cycles  fébriles,  229,  245,  246. 

Cyon.  Influence  des  modifications  thermi- 
ques sur  le  cœur,  443. 

Czermak.  Choléra,  431. 


Dalton,  53. 

Damrosch,  50. 

Dau ville  (Observalions  de),  109. 

Davy  (John).  Expériences,  35,  41,  42.  Tem- 
pérature sénile,  105.  Influence  exercée 
par  les  mouvements,  110.  —  par  un  ef- 
fort intellectuel,  112.  —  par  le  séjour 
dans  des  lieux  très-chauds,  118. 

Défervescence,  16,  17,  269-277. 

De  HaeN,  28,  29. 

Demarqday  (Thèse  de),  40. 

—  et  Duméril  (Expériences  de)  sur 
les  effets  de  l'éther  et  du  chloroforme, 
40. 

Dépressive  (Influences  qui  exercent  une 
action)  sur  la  température,  129, 130. 

Diabète  (Température  dans  le),  457. 


Diarrhée,  138. 

Différence  quotidienne,  11,  255-236. 

Différences  individuelles,  104. 

Digitale  (Effets  de  la),  139. 

Diphthéritiques  (Inflammations),  375,  576. 

Dobson  (Expériences  de),  50. 

Donders  (Traité  de),  42.  Expériences,  14(i. 

Donné.  Observations  therniométriques,  56. 

Dothiénentérie.  Voy.  Fièvre  typhoïde,  292 

et  suivantes. 
Dowler.  Insolation,  155. 
Doyère.  Choléra,  452. 
Duclos  (Thèse  de),  51. 
Dulong  et  Després  (Mémoires  de),  55. 
Ddméril  et  Demarquay.  Effets   de  l'alcool, 

158,  159. 
Dyscrasies  (Température  dans  les),  434. 


E 


Earle  (Expériences  de),  33. 

Eau  froide  (Action  physiologique  de  1'), 
115,  116. 

Ebmeyer.  Tétanos,  431. 

Écarts  de  la  température  physiologique, 
121. 

—      morbides  (Cause  des)  de  la  tem- 
pérature, 122,  156. 

Eckard,  442. 

Edenhuizen,  145. 

Edwards.  Influence  des  agents  physiques 
sur  la  vie,  35. 

Efforts,  108.  —  musculaires,  152.  —  in- 
tellectuels, 117. 


Elévations   de    la   température    (Causes 

des),  139,  191,197. 
Emissions  sanguines   (Effets  thermiques 

des),  121. 
Endocardite,  402. 

Enduits  de  la  peau  (Influence  des),  142. 
Enfants    (Température   des),    103.  Voy. 

Roger. 
Éphémère  (Fièvre),  19,  20.  Voy.  Fébri- 

cule. 
Épicritique  (Période),  17,  275,  276,  277. 
Épilepsie.  Voy.  Névroses,  452. 
Équivalents  thermométriques  (Table  des), 

453,  454. 


472 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


Erb.  Tétanos,  433,  434. 

Érysipèlz,  359,  561 . 

Eulenburg.  Érysipèle  361. 

Everard-Home.  Influence  du  système  ner- 
veux sur  la  production  de  la  chaleur  ani- 
male, 35. 


Exacerbations,  228. 

Exanthèmes,  161. 

Exercice  musculaire  (Effets  de  1')  sur  la 

température,  152. 
Eydaux    et    Saubyck    (Observations    de), 

118. 


Fastigium,  14,  249,  266. 

Fébricule,  19,  20,  362,  365. 

Fébrile  (Chaleur),  174, 177.  Collapsus  dans 

les  maladies  fébriles,  181. 
Fébrilité,  204. 

Ferber.  Fièvre  typhoïde,  530.  Tétanos,  435. 
Fick.  Travaux  sur  la*  chaleur  animale,  52. 
Fiedler.  Fièvre  typhoïde,  331 . 
Fièvres  (Division  des),  19. 
Fièvre  continue.  Voy.  Typhoïde,  318,  551. 

—  chronique  (types  de  la),  438,  440. 

—  intermittente,  425,  426. 

—  péléchiale,  353. 

—  récurrente,  558. 

—  -    rémittente,  561,  562. 

—  terminale,  20,  441. 

—  traumatique,  565.  364. 

—  (théories  de  la),  183. 

Finlayson  et  Forster  (Recherches  de)  sur 


la  température  des  enfants,  103. 

Fischer.  Températures  sous-normales  dans 
les  plaies  de  la  moelle,  152,  451,  452. 

Fluctuations  de  la  température,  11,  104, 
227,  246.  Voy.  aussi  Quotidiennes. 

Fleischer.  Action  du  curare  sur  la  tem- 
pérature, 140.  —  dans  les  maladies, 
227. 

Fleury.  Action  de  l'eau  froide,  115. 

Foie  (Maladies  du),  416. 

Folet.  Température  chez  les  hémiplégi- 
ques, 162. 

Fouqué  (Thèse  de),  51. 

Frère  (Expériences  de),  140,  141. 

Fricke  (Recherches  de),  37. 

Friedlander  (  Observations  thermométri- 
ques de)  dans  le  choléra,  516,  428. 

Frisson,  6,  169-174,  199. 

Frôhlich  (Mémoire  de),  35,  547. 


Gavarret,  37,  52.  —  (Appareils  thermomé- 
triques de),  75. 

Gentil  ,  Variations  de  la  température, 
54. 

Gerlac»  (Expériences  de),  142. 

Gibson,  52. 

Gierse.  Dissertation,  58.  Recherches,  159. 

Goufrin.  Action  physiologique  de  l'alcool, 
120. 


Goldsciimit  (Dissertation  de),  419. 

Gôppert.  Voy.  Choléra,  451. 

Griesinger  (Traité  de),  551.  Typhus,  558. 

Grimshaw,  52,  558,  595. 

Grippe,  575,  574. 

Grdnewald  et  Winckel.  De  la  température 

dans  le  travail,  106-108. 
Gotercock  (Observations  de).  Choléra,  429, 

451. 


Il 


Haen  (De),  28,  29. 

Hagenbach  et  Liebermeister.  Fièvre  ty- 
phoïde, 328. 

Hagspiel.  Effets  des  applications  locales  de 
glace,  117. 


Haie  (Mémoire  de),  33. 

Haller-Marcard,  30. 

Hallmann  (Recherches  de),  59,  328,  442. 

Hardy  (Thèse  de),  51. 

Harless,  442. 


TABLE  ALPHABETIQUE. 


475 


Hecker,  108. 

Hectique  (Fièvre),  22,  23. 

Heidenhain.  Effets  de  l'irritation  des  nerfs 
sensitifs,  135. 

Helmholtz  (Article  de),  42.  (Calculs  de), 
93,  94. 

Helbig.  Insolation,  134. 

Hémiplégie  (Température  dans  1').  Voy. 
Lépine,  163. 

Hépatite,  416,417. 

Hermann.  Typhus  récurrent,  343. 

Hecbner.  Pyémie,  372. 

IIippocrate  (Doctrine  d'),  26. 

Hirn  (de  Colmar).  Combustion  de  l'oxy- 
gène, 45.  Équivalent  mécanique  de  la 
chaleur,  52. 

Historique  de  la  thermométrie,  26,  53. 

Hôpital  (Emploi  du  thermomètre  à  1'),  85. 


Hoppe.  Influence  de  l'humidité  des   corps 

sur  la  température,  116. 
Hubenet.  Voy.  Choléra,  431. 
Hubler.  Scarlatine,  357. 
Hufeland  et  Currie,  32,  34. 
Hunter  (Expériences  de  John),  50. 
Huppert.    Élévation    thermique    après   la 

mort,  287. 
Hydrocète  (Température  après  l'opération 

de  1'),  159. 
Hydriatrique  (Traitement).  Ses  effets  dans 

les  maladies  fébriles,  115,  116. 
Hydropisies  (Température  dans  les),  437. 
Hijperémie  (Effets  de  1'),  135,  161. 
Hyper •pyrétiques    (Températures) ,    205. 

Leurs  effets  sur  l'organisme,  445. 
Hyperthermogénèse,  191. 
Hystérie,  163. 


Ictère  (Température  dans  1'),  437. 

Idiosyncrasies,  104. 

Importance  pratique  de   la   thermomé- 
trie, 57. 

Immermann,  51 ,  298,  528. 

Inanition  (Température  dans  1'),  435. 

Inflammations  (Modifications  locales  de  la 
température  dans  les),  158,  159. 

—  couenneuses  et  diphthéri- 

tiques,  375,  376. 


Influence  des  modifications  thermiques  sur 

l'organisme,  442,  450. 
Influences  thermiques  :  actions  de   l'air, 

de  l'eau,  de  l'humidité,  112,  113. 
Influença.  Voy.  Grippe,  373,  374. 
Initial  ou  pyrogénétique  (Stade),  12,  13, 

14. 
Insolation  (Température  dans  l'),  11 1, 155. 
Intérieure  du  corps  (Température),  100. 
Irritants  (Effets  des),  133. 


Jaccocd.  Ses  travaux,  51.  Voy.  Introduc- 
tion. 

Jacobson  et  Bernhard.  Température  du 
cœur,  100,  161. 

Jaune  (Fièvre),  417. 

Jenni  (Observations  thermométriques  de), 
50. 


Jochmann.  Types  de  la  fièvre  chronique,  434. 

Jaule  (de  Manchester).  Équivalents  de  cha- 
leur, 45. 

Jiïrgensen.  Marche  typique  de  la  tempéra- 
ture quotidienne,  50,  105,  119.  Études 
cliniques,  298.  Traitement  de  la  fièvre 
typhoïde,  328. 


K 


Kernig.  Effets  du  décubitus,  111,  115. 
Kiehan.  Pneumonie,  595. 
Kilogrammètre ,  53. 


Kirejeff.  Action  thermique  des  bains  lo- 
caux, 116. 
Knautue.  Température  physiologique,  50. 


TABLE  ALPHABETIQUE 


Kochee.  Traitement  de  la  pneumonie,  595, 

Korber.  Variole,  347. 

Kraber  et  Ziemssen.  Rougeole,  352. 


Kcssjuul.  Pleurésie,  405. 

—      et  Tenner  (Expériences  de),  155, 
148,  149. 


Ladajie  (Recherches  thermométriques  de), 
51. 

Ladé  (id.),  51,  332.  Fièvre  rémittente, 
361. 

Lait  (Fièvre  de),  367. 

Laschekewitsch,  143. 

Laudien  (Recherches  de),  161. 

Lavoisier  (Théorie  de),  50,  51. 

Legallois,  53. 

Lebmann.  Action  thermique  des  hains  lo- 
caux, 116.  Tétanos,  205. 

Lépine.  Température  des  membres  paraly- 
sés, 165. 

Léo  (Mémoire  de)  sur  une  épidémie  de  va- 
riole, 347. 

Lésions  traumatiques  de  la  moelle  cervi- 
cale, 431,  432. 

Leubuscher  et  Reinhart.  Choléra,  431. 

Leïden  (Expériences  de)  ,  189.  Tétanos, 
153,  432. 

Lichtenfels  et  Frolich  (Études  de),  105, 
117. 

Liebebmeister  (Recherches  de),  51.  In- 
fluence de  la  respiration,  111.  Fièvre, 
186.  Fièvre  typhoïde,  328,  332.  Tem- 


pératures hyperpyrétiques,  445. 

Liebig  (Théorie  chimique  de)  sur  la  cha- 
leur, 42,  45. 

G.  Liebig  (Dissertation  de),  99. 

Limites  de  la  température.  Physiologique, 
89.  Pathologique,  3. 

Liouville  et  Voisin.  Recherches  sur  le  cu- 
rare, 159. 

Livikgstone  et  Thomso\.  Effets  de  la  race. 
104. 

Locales  (Variations)  de  la  température, 
98,  157. 

Lockstàdt.  Choléra,  451. 

Lombarii  (Appareil  thermo-électrique  de), 
73.  Relation  entre  la  température  et  les 
actes  intellectuels,  105,  108,  112. 

Lortel  (Expériences  de).  Voy.  Supplé- 
ment. 451,  452. 

Lôwenhart.  Température  dans  la  manie, 
205. 

Lucas  (Dissertation  de),  35. 

Ludwig  (Hypothèses  de),  55. 

Lussana  et  Embrosoli,  149. 

Lues.  Voy.  Syphilis,  249. 

Lijsis,  16,  273,  275. 


M 


Macartny   (Traité  de)  sur  l'inflammation, 
144. 

Maeter,  207. 

Magnan.  Manie,  205. 

Mair.  Choléra,  451. 

Maladies-  (De  la  température  dans  les  dif- 
férentes), 288,  4i2. 
—      chroniques,  454,  457,  459. 

Malaria,  424. 

Manie  (Température  dans  la),  203. 

Mannkopf,  Méningite  cérébro-spinale,  402. 

Manque  de  nourriture  (Influence  du),  119. 

Marasme.  Voy.  Cachexie,  434. 

Marche  de  la  température  dans  les  affec- 
tions fébriles,  2 i3,  287. 


Marey  (Thermographe  de),  74. 

Marshall  Hall  (Expériences  de),  156. 

Martin  (Charles),  29,  50. 

Maurice  (Thèse  de),  51. 

Mayer.  Sa  théorie  de  la  corrélation  des 
forces,  45,  44.  Équivalent  mécanique  de 
la  chaleur,  55. 

M'Cornak,  52. 

Méningite,  599,  402.  Cérébro-spinale,  400. 
Basilaire  et  de  la  convexité,  599,  401. 

Menstruation  (Influence  de  la),  105, 157. 

Mensurations  isolées,  201,  226. 

Mentales  (Maladies),  205,  452. 

Michael.  Température  dans  la  fièvre  inter- 
mittente, 428. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


475 


Mignot  et  Briquet,  Choléra,  451. 

M  Maire  aiguë  (Tuberculose),  419,420. 

Mobilité  de  la  température,  155,  156. 

Modifications  thermiques  générales  et  lo- 
cales dans  les  maladies,  156,  166. 

Moelle  cervicale  (Lésions  traumatiques  de 
la),  431. 

Moelle  épinière  (Effets  de  la  section  de 
la),  149. 

Moers.  Typhus,  358. 

Montegazza.  Influence  de  la  douleur,  135. 


Monti.  Rougeole,  552.  Choléra,  431.  Téta- 
nos, 453. 

Mobgan  (De).  Cas  de  morve,  418. 

Mort  (Température  après  la),  286,  287. 

Morve  (Température  dans  la),  418,  419. 

Mossler,  51. 

Moyenne  quotidienne,  1,1. 

Muqueuses  (Affections  catarrhales  des), 552. 

Musculaires  (Influence  des  contractions), 
152,  155. 

Murchison.  Typhus,  558. 


N 


Nadir,  229. 

Nasse,  55,  37,  52,  144.  (F.  et  H.  Nasse.) 

Naunyn  et  Quincke  (Expériences  de)  sur  les 

effets  thermiques  des  lésions  de  la  moelle, 

150. 
Néphrites.  Voy.  Reins  et  Bright  (Maladie 

de). 
Nerfs  (Effets  des  lésions  des),  145,  148. 
Névralgies  (Elévation  de    la    température 

dans  les),  161. 


Névroses,  431.  Psychiques,  432.  Mortelles, 
433. 

Normes  pathologiques,  291,  292. 

Normale  (Température),  87, 

Nothnagel.  Température  des  membres  pa- 
ralysés, 162. 

Nourriture  (Influence  de  la  privation  de), 
157. 

Nouveau-nés  (Température  des),  102. 

Nutrition  générale  (Troubles  de  la),  448. 


Obernier.  Traitement  hydriatrique  des  ma- 
ladies fébriles,  51.  Insolation,  111,  135. 
Ogle,  18,  50, 101,  105,  119. 
Onimus.   De  la  théorie  dynamique  de  la 


chaleur,  55. 
Organisme    (Influence    des    modifications 

thermiques  sur  1'),  442,  450. 
Ostéomyélite,  414,  415. 


Paludéennes  (Affections),  424,  426. 
Paralysés   (Température  des   membres), 

162. 
Parenchymateuse  (Inflammation)  des  reins, 

415. 
Parotidite,  598,  599. 
Péricardite,  402. 
Périodes  thermiques,  12,  18.  Période  de 

déclin,  266,  267-277.  Période  épicriti- 

que,  275,  276.  Voy.  aussi  Stades, 


Péritonite,  402. 

Pertes  de  sang  (Effets  des),  156, 137. 

Perturbation  critique,  15,  265. 

Pfeilsticker.  Rougeole,  552. 

Phlycténulaire  (Fièvre),  561. 

Phthisie  aiguë,  421,  422. 

Phthisie  pulmonaire,  tuberculeuse  et  ca- 

séeuse,  456. 
Picker  (Dissertation  de),  30. 
Pick  et  Dybkovvski,  287. 


476 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


Pionm  (Remarques  de),  36. 

Pitschaft  (Essai  de). 

Plaies  (Température  des),  112. 

Planches  (Explication  des),  456,  459. 

Pleurale  (Température  de    la  cavité),  93 

Pleurésie,  402. 

Pneumonie,  (576-395). 

Ponfick.  (Érysipèle),  361. 

Post  mortem  (Température),  286. 

Pouls  (Rapports  de  la  température  et  du), 

212. 
Préagonique  (Température),  286. 
Pression  atmosphérique  (Influence  de  la), 

118. 


Priestley  et  Scheele,  118. 

Privée  (De  l'emploi  du  thermomètre  dans 
la  pratique),  83. 

Processus  constitutionnels  liés  aux  modi- 
fications de  la  température  (Formes  gé- 
nériques des),  167. 

Produits  putrides  (Effets  des),  140. 

Professions  (Influence  des),  103. 

Propositions  fondamentales,  1-25. 

Pus,  140. 

Pyémie,  368. 

Pyréxie,  93. 

Pyrogénétique  (Stade),  12. 


Q 


Qdincke  et  Nauntn,  450,  431. 
Quinine  (Sulfate  de)  dans  la  fièvre  typhoï- 
de, 330. 


Quotidiennes  de  la  température  physiolo- 
gique (Fluctuations),  104,  227. 
—  Différences,  228. 


R 


Races  (Influence  des) ,  103. 

Rechutes  (Fièvre  à),  365. 

Rectale  (Température),   100. 

Reinhard,  431. 

Reins  (Inflammation  parenchymateusedes) , 

415. 
Relation  entre  certaines  températures  et 

la  santé,  103 
Rémissions  thermiques,  228. 
Réplétion   des   vaisseaux  capillaires  (État 

de).  Son  influence  sur  la  température, 

447. 
Repos  (Influento  du),  108. 


Resjnration.  (Relations  avec  la  tempéra- 
ture), 447. 
Rétention  d'urine,  158. 
Reus  (d'Aschaffenbourg)  (Mémoire  de),  35. 
Rhumatisme  articulaire  aigu,  405. 
Richardson.  Diphthérite,  376. 
Rigor,  Voy.  Frisson. 
Rœderer.  Chaleur  animale,  50. 
Roger  (Henri),  39. 
Roséole,  Rubéole,  357. 
Rosentual,   442. 
Rougeole,  547. 
Ruïter.  Action  de  la  belladone,  146. 


Saignées  (Influence  des),  136. 
Saissy.  Animaux  hibernants,  32. 
Sanctorius,  27. 

Sang  (Température  du),  99,  448. 
Savary.  Température  du  sang,  99. 
Scarlatine,  352. 


Schafer.  Température  des  enfants,  102. 
Schalske.  Modifications  de  l'irritabilité  pro- 
duites par  la  chaleur,  442. 
Schiff,  147. 
Schiffer,  287. 
Schuidtlein.    Fièvre  jaune,   416. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


477 


Schmitz.  Théorie  de  la  fièvre,  185. 

Schmeider.  Insolation,  154. 

Schoder.  Température  pendant  le  travail, 
106-152. 

Schrôtter.  Pneumonie,  595. 

Schusler.  Action  des  bains,  115. 

Secondaire  (Fièvre),  565. 

Sécrétions  (Rapports  avec  la  température), 
447. 

Seidel.  Fièvre  typhoïde,  552. 

Seguin,   52. 

Senator,  188-285. 

Septigues  (Poisons),  141. 

Septicémie,  141. 

Séreuses.  (Température  des)  enflammées, 
402. 

Sexe  (Influence  du),  105. 

Sbdme.  Température  post  mortem,  28G. 

Sidmey  Rixger.    Température    comme  dia- 
gnostic de  la  phthisie,  52. 

Signification   d'une   mensuration   isolée, 
215. 

Siegel,  552. 

Simon  (Joh-),  52.  | 


Sinapismes. 

Smith,  52. 

Soi.mon.  Morve  Laryngée,  418. 

Sommerbrodt.  Morve  aiguë,  418. 

Sous-normales  (Températures),  450. 

Speck,  110. 

Spillman  (Thèse  de),  51. 

Squire  (Observations  de),  108. 

Stade  amphibole,  264. 

—  pyrogénétique,  246. 

—  (dans  les  maladies  fébriles),  15. 
Stéatose  aiguë,  448. 
Symptômes  cérébraux,  214. 
Syphilis  constitutionnelle,  417. 
Syphilitigue  (Cachexie).  Voy.  ce  mot. 

—  (Fièvre),  418. 

Système  nerveux  (Influence  de  la  tempé- 
rature sur  le),  446.  Expériences,  151. 
Observations  cliniques,  153. 

Supplément  (Recherches  de  Lortet  sur 
l'influence  du  repos  et  du  travail,  de  la 
pression  atmosphérique  sur  la  tempéra- 
ture), 451. 


Technigue  de  la  thermométrie,  65. 
Température  normale,  87. 

—  fébrile,  9-95 

—  physiologique,  2. 

—  (Effets  de   la  chaleur  extérieure  sur 
la),  153. 

—  hyperpyrétiques,  10. 

(Influence  snr    l'organisme  des), 

445. 

—  (Signification     générale     de       cer- 
taines). 

—  Sous-normiles  sur  l'organisme  (In- 
fluence des),  450. 

Temps  de  l'observation  (Du),  80. 

Tension  (Effets  delà),  447. 

Termes  usités  de  la  thermométrie. 

Tétanos,  433. 

Thé  (Effets  du),  121. 

Thérapeutiques  (Effets   des  agents),  350. 

Thérapeutique  (Du   thermomètre  comme 

moyen  de  contrôle  de  la),  165. 
Thermiques  (Influences),  112. 
Thermographe  de  Marey,  74. 
Thermomètre  (Enregistreur),  74 

—  (Emploi  du,  dans  la  pratique),  83. 

—  à  maxima,  69. 


Thermomètre  à  mercure,  68. 

—  métastatique  de  Walferdin,   72. 

—  (Mode  d'application  du),  77. 
Therr,. ométrie  médicale  (Historique  de  la), 

51. 

—  (But  et  utilité  de  la),  54. 

—  clinique  spéciale,  288. 
Thermométriques  (Table  des  équivalent?), 

455.     ' 

Thermonomie  pathologique,  3. 

Thierfei.der.  Fièvre  typhoïde,  48. 

Thomas.  79,  287,  350,  357,  595. 

Thomson.  Chaleur  produite  dans  les  parties 
enflammées,  34. 

Thoracenlèse  (Effets  de  la), 

Tonsillaire  (Angine).  Voy.  Amygdalite. 

Tracés,  86. 

Traube,  184,  385. 

Traumatique  (Fièvre),  50. 

Traumatismes  (Température  après  les),  50. 

Tf.eibmann  (Dissert,  de),  sur  l'angine  ton- 
sillaire. 

Trichinose,  422. 

TsEsenicHiN,  140. 

Tuberculose  miliaire  aiguë,  419. 

Tyndall    (John).    La    chaleur     considérée 


478 


TABLE  ALPHABÉTIQUE. 


comme  un  mode  de  mouvement,  53. 
Types  morbides.  —  Types  intermittents  et 

rechute,  22. 
Typhoïde  (Fièvre),  292-532. 


Typhus  exanthématique,  332. 

Typhus  fever,  332. 

Typhus  récurrent,  338. 

Typiques  (Maladies).  Formes  morbides, 67. 


u 


Uhle.  Température  dans  la  fièvre  typhoïde, 

325. 
Unités  de  chaleur, 
Unterberger    (de  Dorpat).    Ses  observa- 


tions sur   le  tétanos  chez  les  chevaux, 

435. 
Utérus  (Température  de  1'),  195. 
Utilité  de  la  thermométrie,  54. 


Vacca  Bellingheri.  Examen  de  la  théorie 
de  Crawfort,  52. 

Van  Fokker.  Résumé  général  de  la  ther- 
mométrie, 51. 

Vagin  (Température  normale  du),  100. 

Vaginite,  160. 

Valentin  (Recherches  de),  145-287. 

Valeur  du  thermomètre,  72. 

Van  Swieten,   27. 

Variations  de  la  température  dans  les  ma- 


ladies, 125-157. 

Variations  de  la  température  physiolo- 
gique, 96-127. 

Varicelle,  257-558. 

Variole,  Varioloïde,  545-347. 

Yirchow  (Théorie  delà  fièvre  d'après),  182. 

Vivenot  (Expériences  de),  118. 

Vomissements,  138. 

Voisin  et  Liouville.  Recherches  sur  le  cu- 
rare, 139-140. 


w 


Wachsmuth.  Sa  théorie  sur  la  fièvre,  186. 
—  Sulfate  de  quinine,  551. 

Wagner  et  Uhle  (Traité  de  pathologie  gé- 
nérale, 50. 

Waiil.  Rains  froids  dans  les  fièvres,  51. 

Walfermn  (Thermomètre  métastatique), 
72. 

Walther  (Expériences  de),  130-151-155. 

Warnatz  (Dissertation  de),  595. 

Warer.  J.-S.,  52. 

Weber  (H).  Températures  hyperpy rétiques 
dans  les  lésions  médullaires,  451 .  Ex- 
périences, 40.  Théorie  de  la  fièvre,  188 

Weber  (O).  Température  après  les  trauma- 
tismes,  50. 


Westphal  (Température  dans  la  paralysie 

générale),   432-453. 
Winckel.  100-108. 

WlNTERNITZ.    117, 

Wistinghausen  (Dissertation  de),  37. 

Wolf  (Revue  analytique) ,  50,  108,  168. 

Wunderlich.  Ses  premières  recherches 
faites  sous  l'inspiration  de  Traube,  47- 
48. 

—  (Élèves  de),  49.  —  Sur  les  névroses 
mortelles,  454.  —  Tétanos,  287.  — Ca- 
lomel  dans  la  fièvre  typhoïde,  529. 

Wurlitzen  (Température  du  sang),  99. 

Wurster,  102. 

Wtss  et  Rock.  Fièvre  récurrente,  543. 


Zecchi.  Thermomètre  enregistreur,  75. 
Zénith,  229. 

Zeuner  (Théorie  de  la  chaleur  d'après),  52. 
Ziemssen.  Bains  froids  dans  la  fièvre  typhoïde, 


51.  — Pleurésie  et  pneumonie,  100. 
Zimhermann,40  (Tliéorie  de  la  chaleur) ,  187, 

—  Fièvre  intermittente,  426. 
Zorn,  Typhus  récurrent,  345. 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Introduction i 

Préface xi 

Généralités.  —  Propositions  fondamentales.  —  Exposé  des  faits  d'après  les  don- 
nées historiques  et  théoriques 1 

I.  Historique  et  bibliographie  de  la  thermoscopie  clinique 26 

IL  Valeur  pratique  et  résultats  de  la  thermométrie 54 

III.  Technique  de  la  thermométrie  au  lit  du  malade 65 

IV.  Température  physiologique 87 

V.  Causes  des  modifications  pathologiques  de  la  température 122 

VI.  Températures  locales  ou  topiques.  —  Température  générale.  —  Leurs  mo- 
difications dans  les  maladies 157 

VII.  Types  génériques  des  processus  communs  liés  aux  modifications  de  la  tem- 
pérature   167 

VIII.  Mensuration  isolée. —  Sa  valeur  séméiologique 201 

IX.  Fluctuation  quotidienne  de  la  température  pathologique 227 

X.  Cycle  thermique  des  maladies  fébriles 245 

XL  De  la  température  dans  les  différentes  maladies.   . 288 

1.  Fièvre  typhoïde 292 

2.  Typhus  exanthématique 332 

5.  Typhus  récurrent. 538 

4.  Variole 343 

5.  Pougeole 347 

6.  Scarlatine 352 

7.  Roséole  et  varicelle 357 

8.  Érysipèle 358 

9.  Fièvre  rémittente  avec  éruption  phlycténulaire 561 

10.  Fébricule. 362 

11.  Pyémie 368 

12.  Affections  catarrhales  aiguës  des  muqueuses 372 

13.  Inflammations  diphthéritiques  et  couenneuses  des  membranes  mu- 

queuses   375 

14.  Pneumonie 376 

15.  Amygdalite.  :'.-■■'.. 395 


480  TABLE  DES  MATIERES. 

16.  Parotidite 598 

17.  Méningite 399 

18.  Pleurésie.  —  Endocardite.  —  Péricardite.  —  Péritonite.   .   .    .  402 

19.  Rhumatisme  articulaire  aigu 405 

20.  Ostéomyélite 414 

21.  Néphrite  parenchymateuse 415 

22.  Hépatite 416 

25.  Syphilis 417 

24.  Affection  farcino^morveuse 418 

25.  Tuberculose  miliaire  aiguë 419 

26.  Phthisie  aiguë 421 

27.  Trichinose 422 

28.  Maladies  paludéennes. 424 

29.  Choléra 427 

30.  Lésions  trauniatiques  de  la  moelle  cervicale 451 

51.  Névroses 432 

32.  Maladies  chroniques.  — Dyscrasies.  —  Cachexies 454 

XII.  Influence  des  modifications  d    la  chaleur  propre  sur  l'organisme 442 

Supplément 451 

Table  des  équivalents  thermiques. 452 

Explication  des  planches 456 

Bibliographie  supplémentaire 460 

Table  alphabétique .- 469 


ERRATA 

Page  4,  ligne  3,  en  haut.  Au  lieu  de  :  un  signe,  lisez  :  le  signe. 

Page  7,  ligne  1,  en  bas.  Au  lieu  de  :  suppuration  aiguës  et  chroniques,  lisez  :  sup 
puration  aiguë  ou  chronique. 

Page  15,  ligne  9,  en  haut.  Au  lieu  de  :  persistance  de  phénomènes,  lisez  :  persis- 
tance des  phénomènes. 

Page  55,  ligne  7,  en  haut.  Au  lieu  de  :  Bertelot,  lisez  :  Berthelot. 

Page  437,  ligne  22.  Au  lieu  de  :  atteints  d'hydropisie  axillaire,  souvent  la  tempéra- 
ture est  basse,  lisez  :  atteints  d'hydropisie,  souvent  la  température  axillaire  est  basse. 

Page  60,  ligne  20.  Au  lieu  de  :  maintes  fois  des  circonstances  où,  lisez  :  maintes 
circonstances  dans  lesquelles. 

Page  142,  ligne  7,  en  haut.  Au  lieu  de  :  entrer  des  modifications  dans,  lisez  :  subir 
des  modifications  à. 


paris.  —  iMr.  simo.\"  riAçoN  et  comp.,  rue  d'erfurth,  1. 


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